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Il n'y a pas de société de consommation
0:00 Je vote, je vote plus. Je ne peux pas voter autre chose que communiste si jamais je peux voter pour ces communistes-là. Jamais. Elle est plus européiste bientôt que Marie-George. Je ne peux pas. Donc je ne vote pas. Ce n'est pas bien.
0:30 Comment est-ce que vous avez-vous fait pour la société de consommation ? Au premier abord, c'est généreux d'être contre la société de consommation. C'est un bon sentiment. Quelque part, moi je vois la gabegie. Pas besoin de vous faire un dessin, quelque échelle que ce soit. C'est la première chose. Mais alors, comme c'est dangereux de le formuler comme ça, dans le vague, sans préciser. Sans préciser production de quoi, consommation de quoi. Donc, alors là, encore grande solitude, c'est que, je cite Clouscard, il est très clair.
1:06 Il dit, je n'ai jamais vu une société de consommation. Ou s'il en existe une, dites-le moi, j'y vais tout de suite. C'est vrai, c'est le communisme réalisé. Non, j'ai vu des classes qui consomment, des milieux qui consomment. Je n'ai jamais vu une société qui consomme. Première mise au point. Deuxième. Et il faut qu'il y en ait beaucoup qui se privent pour que d'autres consomment. Et ça, ils ont vécu quelque part, pendant longtemps, dans les pays en voie de développement. C'est effrayant. C'est une espèce de détaillage de ce qu'est dit Clouscard au jour le jour.
1:39 Et le café, par exemple. J'ai vécu longtemps, Côte d'Ivoire, qui est le premier producteur de café du continent. Quand vous voyez, c'est facturé combien ? Je ne parle pas aux deux magots. Mais simplement, un café parisien, c'est 2 euros facile, un café, maintenant. Quand tu vois ce qu'on paye aux ramasseurs de café, enfin aux producteurs, précisément, le contraire du consommant. Aux producteurs de café ivoirien, africains en général, ivoirien en particulier. Je veux dire, la culbute, les profits sont faramineux.
2:12 Or, le café, ça ne pousse pas dans nos régions. Donc, c'est tous les jours, vous voyez, ce qu'on consomme comme tasse de café, toutes les minutes, dans les bureaux, dans les trucs, aux Etats-Unis, en Europe, etc. Ça vient d'un produit qui est... Parce qu'on parle toujours du pétrole, pour aller faire ce que je dis. Là, je prends le café. Je ne parle jamais. C'est des chiffres énormes. Alors, bon, laissons cela. Mais, donc, voilà, pour préciser les notions. Clouscard est le premier à proposer de ramener ses représentations à un concept. Pour lui, il n'y a pas la production et la consommation.
2:46 C'est deux moments qui peuvent être dans le même individu. Lorsqu'on montre les consommateurs dans un reportage télévisé, on voit des gens dans une grande surface en train d'acheter des trucs. Mais, attends, mais peut-être c'est un ouvrier, un paysan, c'est un producteur qui est dedans aussi bien. Un cadre, parce qu'il n'y a pas que des productions matérielles. Une tapissière qui est en train de faire leur course. Que ça veut dire ça ? Que ça veut dire que c'est des consommateurs comme si on était là, comme ça, des veules en train de consommer. Non, mais ils ont bien le droit d'aller faire des boutiques après tout le travail. Ils vous font quand même. Il faut déjà remettre ça en place.
3:16 Premièrement, une question de sémantique. Et surtout, surtout, surtout, ils proposent un concept. C'est là que ça devient sérieux. Tu ne juges pas un niveau de vie qui l'est trop ou pas assez ou ceci, cela dans le vague. C'est-à-dire comme ma grand-mère. Ma grand-mère, c'est ça parce que ma grand-mère Corse s'émerveillait des boutons pour la lumière. Parce que c'est venu même tardivement en Corse. Elle passe son temps à faire des clacons. On, off, on, off. En s'extasiant devant l'ampoule. Je comprends, parce que à son époque, c'était un luxe inouï d'avoir ça. Parce que les chandelles rallumées, c'était compliqué. Et l'eau, la corvée de l'eau, vous n'imaginez pas ce que c'est.
Produire plus ou consommer plus : un critère mesurable
3:47 Bon, bref. Donc, pour ces gens-là, aujourd'hui, on consomme par rapport à leurs critères. À ce moment-là, il faudrait se réjouir tous les jours de ne pas en être à Néandertal, à Homo sapiens. Ça veut dire quoi ? C'est stupide de juger par rapport à un stade passé. Qu'est-ce que je suis en train de dire ? Je suis en train de dire qu'il y a une seule manière objective de juger qui est producteur et qui est sale consommateur. C'est que, il y a deux classes sociales. Il y en a dix mille, mais qu'on peut ramener à deux, quand on est rigoureux. C'est la classe de ceux qui produisent plus qu'ils ne consomment, et la classe de ceux qui consomment plus qu'ils ne produisent.
4:17 Point. Là, c'est mesurable. Clouscard propose un concept même. On ne devrait réserver le mot de consommation qu'à celui dont il est établi qui consomme plus qu'il ne produit. Celui, c'est une personne morale, ça peut être une société, ça peut être la France, ça peut être... Au niveau d'un individu, c'est complexe. Mais je veux dire, tout ça est mesurable. On est dans le faisable, dans ce qui est possible, même si c'est des difficultés, les modèles mathématiques à effectuer. Donc, peut-être que si on jugeait notre consommation en fonction des possibilités de production qu'offre la technologie d'aujourd'hui, on s'apercevrait qu'on est largement en dessous du compte en matière de consommation.
4:56 Donc, je renverse totalement la chose. Même si la réponse est légende, consiste à dire qu'il faut arrêter, on produit dix fois trop de ça, et pas assez de ça. C'est ça, c'est essentiel. C'est sûr que si on produisait assez de médicaments anti-sida, je pense à l'Afrique, là, je veux dire, pour faire tomber les prix, ce ne sera pas plus bête. Je veux dire, c'est inaccessible pour les principaux intéressés, ou Denis Wackind, tu as connu ça quand tu étais là-bas. Voilà, tu veux dire, il y a des choses qu'on ne produit pas assez, parce que leur prix est encore trop élevé, les bagnoles devraient coûter 2000 euros maximum.
5:26 Quand on voit le temps que ça met à être produit maintenant, c'est scandaleux, quoi, quelque part. Ça ne devrait rien coûter, une voiture. Je sais bien que vous ne vous êtes pas très voiture. Mais il faut comprendre à quel point ça a été comme floué en mesurant toujours notre niveau de vie, comme si c'était tout d'un coup le gouvernement d'aujourd'hui qui avait enfin apporté la prospérité, alors que c'est le travail de plusieurs siècles d'abord. Et surtout, on juge un niveau de vie par rapport aux possibilités, il ne faut pas être utopiste non plus, je ne vais pas râler parce que je n'ai pas encore ma résidence secondaire sur Mars.
5:56 Ça viendra peut-être, on n'arrive pas encore là. Donc par rapport aux possibilités d'aujourd'hui, aux forces productives, pour parler en termes marxistes, aux forces productives d'aujourd'hui, on devrait consommer ce qu'on a envie de consommer, ce dont on a besoin et ce qu'on désire, ce n'est pas rien. Il n'y a pas que des besoins, sinon on en serait resté à l'animal, beaucoup plus. Donc là, je suis complètement contre-courant de la décroissance entendue dans ce sens-là. Même si je répète, il y a des tas de choses, des tas de productions que je serais ravi de voir décroître.
6:28 On va revenir à un partage des richesses. Eh oui, c'est lié les deux. C'est clair, c'est pour ça que c'est des enjeux pipeaux. Quand je dis des concepts pipeaux, c'est pour ne pas poser les vrais problèmes. Il y a cette ombre-là derrière. On fait croire qu'on va résoudre le problème en discutant sagement entre nous dans un café. Non, ça demande, on y revient. Une révolution, mais pas au sens spectaculaire. Il ne suffit pas de monter sur les barricades. Mais des changements basiques, radicaux. Ils peuvent être silencieux, tranquilles, pacifiques.
6:58 L'ignominie de Staline, c'est d'avoir confondu la lutte des classes et la lutte contre les individus. On peut liquider toute une classe sociale, parasitaire, il y en a, les traders, etc. On peut liquider une classe sociale sans égratigner un seul individu. Tandis que Staline, si ce n'est pas toi, c'est ton frère, c'est pas bon, à la fin, toute la famille passe. C'est la monstruosité. Donc, si on peut s'attaquer au système bancaire sans avoir besoin de se plaquer ? Bien sûr. Juifs, etc. Voilà, on est bien d'accord.
Le sociétal opposé au social
7:29 Mais tu as vu, il y a des gardiens qui veillent. Si tu t'attaques à la BNP, c'est que tu es antisémite, on va te dire. C'est fantastique qu'on en soit arrivé là, comme assez s'est intimidé par ce genre de discours. Ça, je vois, les Foucault, plus que Deleuze, là, ils y sont pour beaucoup. Foucault ne fait qu'enfourcher des causes qui sont toujours le plus marginal des marginales. Le mec dans les prisons, la zonzon, le taulard, l'immigré homo, l'immigré homo taulard et schizophrénique.
8:02 Bon, à la fin, c'est bizarre. Foucault qui est un privilégié, un diplomate, je veux dire. Et tout le communisme aujourd'hui, enfin le Parti communiste, c'est rallié à ça ? Mais oui, mais c'est ça. C'est pour ça que moi je ne peux pas voter pour, comment elle s'appelle, la blondinette, l'apparentée communiste. Oui, oui, qu'on voit toujours avec l'autre historien, là, Messie, vous le connaissez. Pardon ? Autain, voilà. La mère Autain, je l'entends dire en pleine grève, la dernière guerre pour les retraites. C'était fou, là, c'est un des derniers grands combats, hein, quand il y avait des mecs qui montaient la garde près des stocks de pétrole, là.
8:37 Et qui disait, il faut bien comprendre que la seule vraie opposition aujourd'hui, ce sont les homosexuels, les immigrés, on est en plein combat des retraites. C'est fou. C'est là qu'on voit d'opposer le sociétal au social, à ce point-là. C'est quand même criminel, quelque part. On peut même mener le combat. On peut émanciper les homos, surtout dans les pays où ça interdit, tout en faisant le progrès social. C'est quand même pas contradictoire. Je suis prêt à me battre contre les Égyptiens qui foutent des homos en taule, bien sûr.
9:07 Ça n'a rien à voir. Et voilà, et puis c'est pas les hommes qui dominent les femmes ou les femmes qui dominent les hommes. Il y a des hommes et des femmes. Madame Bettencourt nous domine. Qu'est-ce que je te dise ? Il y a des hommes et des femmes qui dominent d'autres hommes et femmes. Même si toute chose reste égale par ailleurs, il faut toujours le préciser, j'ai assez voyagé dans les pays les plus pauvres. C'est la femme pauvre qui morfle le plus en humanité. C'est assez clair. Oui, alors avant de le développer, je signale tout de même que c'est un concept qui commence à se banaliser.
Libéral et libertaire : deux notions accolées
9:44 Alors qu'il était dans une solitude, il a produit un syntagme, comme on dit pour être révoluant linguistique, qui maintenant est devenu presque trivial. Alors d'abord, le fait d'avoir à coller les deux notions. Parce que en général, le libertaire, on imagine l'anarchiste dans les rues qui tire du pavé sur qui ? Sur le patron libéral. Donc c'est pas du tout les mêmes camps. C'est même opposé. Comment il peut dire le libéral, libertaire ? Voilà la position classique du problème, quoi. Le libertaire, c'est celui, je sais pas, c'est le gavroche qui part à l'assaut des injustices.
10:20 Or, premièrement, le capitalisme est anarchiste dans son essence. Le capitalisme déteste l'État, la loi, la régulation, les règlements. Vous les écoutez tous les jours, il ne répète que ça. En France, on croule sur les bureaucraties, sur les directives. Moi qui ai travaillé dans une très grosse boîte privée comme Hachette, la bureaucratie d'une grosse boîte, elle vaut bien celle d'une administration. Ça, je vous le dis. En paperasse et... Bref. Bon. Donc c'est que ça mise au Dieu dans Corse. Sans aller chercher des exemples extrêmes qui sont les plus purs du libéralisme et libertarien que je faisais allusion tout à l'heure, là.
10:58 Il y a une vieille tradition. Qui ont pour point commun que le principe... On a envie de dire l'individu, mais en fait ce serait abusé du mot. C'est le particulier qui est leur principe. Je fais cette petite nuance, pardon, pour introduire une difficulté que Hegel a résolue avec son concept de... En général, on oppose individu au groupe. Je fais une petite parenthèse, mais la notion la plus abjecte qui a permis tous ces retournements, c'est celle du totalitarisme. Ça, c'est forgé par l'élève du plus nazi des philosophes.
11:29 Je vais très vite, ça a été forgé par Hannah Arendt, l'élève de Heidegger. Parce qu'il y en a... Non, mais je dis ça parce qu'il y en a qui se demandent encore si Heidegger était nazi. Non, il n'est pas nazi. Il est le plus nazi des philosophes, c'est quand même différent. Il était grand, hein, parce qu'il y avait des petits nazis, on nommait pas Hitler à l'époque. Et... Ce qui est un peu inquiétant, c'est que l'ombre de Heidegger... C'est dans l'ombre de Heidegger que se situe toute l'école philosophique française de Sartre à Derrida. Malgré toutes ces différences et leur curé d'interne. C'est quand même inquiétant. C'est vraiment l'époque de la guerre froide.
12:00 Et... Heidegger, quelques citations, hein. Nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer. Ça vous intéresse de faire des parts tous avec les gestapos, là. Deuxièmement, la plus grande invention de la métaphysique occidentale, c'est la création des Panzer Divisionen, c'est le séminaire de 1933. Ça en fait pas mal, quand même, je veux dire. Et... Chaque fois qu'on veut soulever le dossier, on dit, mais non, vous avez pas compris, Heidegger, c'est compliqué, il faut connaître que c'est pas philosophe. C'est intéressant aussi, ça. Il y a les bœufs qui comprennent rien, quoi.
12:33 Et... Donc... Les libéraux et les libertaires, il fallait oser montrer... Un peu comme le jeune Hegel a compris tout d'un coup que derrière le romantique allemand, il y avait l'usine anglaise. C'est ça qui fait le changement de Hegel, quoi. Il voit tout d'un coup la machinerie qui est derrière le décor, de la mélancolie et de... Il voit qu'il y a des... Il y a eu une anglaise, quand même. Bon. Il y a Hegel, on disait qu'il lisait les gazettes politiques comme la prière du matin. C'est significatif comme métaphore. Et alors, pour se tenir au courant, il ne paraissait pas dans un monde d'évasion.
13:06 Il avait été avec ses copains jusque-là. Donc, le fait d'avoir accolé ces deux noms, que tout semblait opposé dans la représentation de l'opinion idéologique, et en montrant leur lien profond, se confirme maintenant sous vos yeux. J'ai écouté ce matin quelqu'un qui résumait le point de vue de l'EIIL. Vous savez, ceux qui jouent au football avec les têtes de ceux qui ont trucidé la... Comment ça s'appelle ? L'armée qui veut un seul État islamique au levant, là...
13:41 Bref. Qui est en train de faire la peau de l'Irak, comme ils ont essayé de faire la peau à la Syrie, qu'ils n'ont pas arrivé, donc maintenant ils sont en Irak. Et auxquels on fait semblant de s'opposer. Je suis persuadé qu'on les soutient. Les rebelles ? Pardon ? Les rebelles ? Oui. Les djihadistes ? Oui, bien sûr. Ils ont bien servi, ils ont bouffé des Popov en Afghanistan. C'est des mecs providentiels, ça. Ils ont abattu les États-nations irakiens pour en faire trois, les Kurdes d'un côté. Justement, je suis en train de le dire. Leur programme, à eux, c'est de faire la Oumma.
14:11 Je vous rappelle, je ne parle pas dans l'ordre, c'est-à-dire supprimer ces frontières issues de la colonisation, c'est ce que disent les djihadistes actuellement, et refaire la grande Oumma sans frontières. D'ailleurs, ils ont fait un film de propagande où on voit un bulldozer qui enlève cette frontière dans le sable. C'est curieux. C'est une valeur que Bruxelles. Les frontières, c'est désuée. C'est curieux quand même. C'est ceux qu'on a financés pour faire la peau à Assad, sans s'y parvenir. Parce que là, c'était un peu gros.
14:41 Et puis parce que c'est une brute, l'autre Assad aussi. Je veux dire, son père, il en avait tué 20 000, il y a 30 ans. Mais surtout parce que la majorité des Syriens sont très attachés à la nation syrienne. et aux alaouites. Donc, de voir tout d'un coup cette conspiration, convergence objective, entre des discours qu'on ne peut plus opposer apparemment que l'EIIL et les diplomaties occidentales, et les directives de Bruxelles, à savoir qu'il faut abolir les nations, et puis aussi, il y a le côté austérité, puritanisme, protédié, protestant.
15:26 Il y a une culture qui est là, c'est très important, on le néglige tout le temps. Il ne faut pas baiser, il ne faut pas manger, il ne faut pas consommer. C'est aussi le programme du puritanisme, quand même. Il ne faut pas oublier ça. Il y a une déboflatie, c'est bien connu, comme ça, nous on est les cigales. C'est n'importe quoi d'ailleurs. Et voilà quoi. Donc, décider que dès les années 70, il y avait l'apparition d'un libéralisme libertaire, c'est-à-dire le contraire du capitalisme de papa, répressif, pour moi, de l'épargne, de l'effort, et de l'avoir, et du gain durement obtenu, pour le monde dans lequel nous vivons maintenant, qui est magnifiquement résumé par la formule de Clouscard, qui a donné son titre au DVD, tout est permis, mais rien n'est possible.
16:13 Et le tour est joué. Tout est permis, mais en pointant au pôle emploi, si tu veux traduire en français. Tout est permis, mais avec un travail à temps partiel, où j'aurai la moitié du RMI, à la fin du mois, en calculant bien. Voilà. Et le tour est joué. Qu'est-ce qu'on a besoin de diminuer la consommation ? Ça se fait, par contrainte. Tu mets les gens au chômedu, et c'est bon, tu as ta décroissance, tu l'as. La preuve, c'est ce qu'on vit, puisque maintenant, on est menacé plus par la déflation que l'inflation, ce que je n'ai jamais vu en 65 ans. C'est plutôt l'inflation, nous, nous réunions.
Stabilité de la métrique et montant des ventes
16:43 Vous allez connaître la déflation. Vous n'avez pas connu l'inflation, vous aurez la déflation. Il n'y a rien de pire, je vous plaît. Il n'y a rien de fatal dans tout ça. Quand j'ai connu Clouscard, Henri Lefebvre, qui a été son patron de thèse, organisait un séminaire à l'école pratique des hautes études, à son annexe près des deux magots, à Saint-Germain-des-Prés, sur le thème de l'intégration.
17:26 Sociologiquement, alors, je vous explique, ce qui, à une époque, était subversif, devient maintenant intégré comme étant l'establishment. Un yaourt dans un champ. Il y a une certaine époque, c'était une audace surréaliste. L'effet de discontinuité, de collage, comme on aurait dit, un yaourt dans un champ. C'était un tableau moderne. Maintenant, n'importe quelle pub, n'importe quelle affiche, te montrer un yaourt dans un champ. Donc, pour montrer, le pouvoir d'intégration, ce n'est pas misé. C'est l'idée de Lefebvre, c'était pas mal comme thème. Et donc, chacun me fait un exposé sur la manière dont la société intègre ceux qui prétendaient s'y opposer.
18:01 J'ai parlé tout à l'heure du trotskiste Jostin, du maoïste Kessler Il s'était si bien intégré dans cette société. Et moi, j'étais exposé comme les autres, je venais d'arriver là. Parce que j'avais tardivement à Paris. J'étais à Abidjan. Et j'ai décidé de faire un truc sur un domaine que je connais un peu mieux, ou j'ignore un peu moins que les autres, qui était la consommation musicale. Je précise bien sur la consommation musicale. Donc, avec des mesures, pas sur mes goûts.
18:31 Et, il est clair que quand on prend tous les genres ensemble, pour prendre les genres des rayons de disquaires classiques, jazz, variété, grosso modo, on peut raffiner des classements. Après, tu peux mettre des latinos, des dents, des trucs. Bref, musique du monde, genre important que je n'ai pas de côté. Je m'en suis occupé pendant 10 ans dans mon centre, avec l'aide de l'UNESCO. Bref, et donc, quand tu prends ces genres-là, il suffit de faire des mesures.
19:02 On constate que le montant des ventes est directement proportionnel à la stabilité de la métrique. pardon, je ne parle pas en termes musicaux, mais c'est facile à comprendre. Je veux dire que tant que tu peux faire comme ça tout le long, que le morceau ne bouge pas. Il ne bouge pas. Il peut hurler. Quentin, je ne sais pas quoi, Quanta, je ne sais plus, chanteur, ça, mais enfin, je veux dire, la métrique, elle ne bouge pas. Quand tu as attendu une première mesure d'un rock, tu as attendu toutes les mesures.
19:32 pas intérêt. Voilà. Idem en jazz. Le swing, je suppose, la battue régulière, etc. Voilà. Mais attention, y compris, vous allez comprendre, pardon, la musique baroque, que j'appelle moi baroque, B-A-R-O-C-K, vous commencez à comprendre pourquoi. Mais oui, ça a apparu au même moment. On ne jouait pas, il me l'a dit, depuis trois siècles. Je vais dire, un coup, ça revient au moment où le rock a apparu. C'est profond, ces trucs, c'est le monde du plan Marshall. Ce n'est pas voulu, c'est plus profond.
20:02 que ça, si c'était voulu, ce ne serait pas aussi parfait, parfaitement fait, ou défait. Je veux dire, c'est-à-dire, les musiques sont sur un rail, comme je les appelle. Et, est-ce que je les condamne, est-ce que je les approuves, ce n'est pas la question. Mais je vais me prononcer, je ne refuse pas le débat. Ça dépend ce qu'on met par-dessus. Parce que Bach, il a exactement cette métrique-là. La métrique, elle ne bouge pas, il faut attendre Beethoven pour que la métrique commence à bouger en musique. Faut attendre la Révolution française. Les grandes coupures, c'est marrant. Les grands craquements, la révolution industrielle, la révolution politique. Donc, avant, tida-tim, tantam, jusqu'au bout, ça ne bouge pas, le tempo.
20:38 Mais Bach, par-dessus, lui, ce n'est pas la pénurie. Il a été fait le développement mélodique harmonique d'une complexité qui compense la monotonie métrique de son temps. Il n'y a pas rien. Le jazz fait exactement ça. Sur le canevas du blues, sur les accords du blues, les mêmes qui sont dans le rock'n'roll, le rock'n'roll stricto sensu, ou AC/DC, des trucs comme ça, sur les accords, on va retrouver tout. Parker, ou Gillespie, ou Miles, ils vont faire des solos, ils vont enrichir ça mélodiquement, parce que c'est pour répéter comme le rock'n'roll tout le temps les mêmes accords. Une fois, j'ai vu des musiciens rock venant demander, musicien jazz, tu me montres comment tu fais les accords là ?
21:12 Ben oui, tu vois, il y a deux accords et demi dans toute histoire du rock. Qu'est-ce que je te dis ? Et voilà, c'est sympa par ailleurs, je veux dire, c'est bien pour danser, festif, ce qu'on veut, encore que, ce qui est bien, alors là par contre, un petit point social et sociétal, un petit compliment au rock, c'est que ça intègre n'importe qui, parce que c'est tellement facile que n'importe qui peut entrer sur la piste de danse, si tu veux, à la limite. Je ne parle pas du rock'n'roll stricto sensu, qui est beaucoup plus complexe. Tu as remarqué que quand il y a une couple qui sait bien danser le rock'n'roll, tout le monde les regarde. 40 ans après, c'est curieux, alors qu'une mode chasse l'autre tous les deux ans, on a l'impression qu'il y a une nouvelle musique, pas du tout.
21:45 Ça, ça n'a jamais bougé. C'est curieux, hein ? Voilà, je n'ai pas d'intérêt là-dedans. Mais, le principe, le principe fondamental, quand même, c'est celui-là. C'est que vous pouvez faire la métrique que vous voulez, il faut que ça compense, ou inversement, si vous avez une métrique trop agitée, il ne faut pas que tout le reste soit trop complexe non plus, sinon elle est même plus perceptible de la musique. Enfin, je ne veux pas être trop abstrait, mais il est clair que dans Beethoven, de temps en temps, il y a un accord et personne ne peut savoir, n'importe qui, aucun auditeur si ça va aller à gauche, à droite, devant ou derrière.
22:17 Il y a une imprévisibilité qui vient avec l'époque. La liberté est devenue centrale. Il n'y a pas le programme qui se déroule comme ça. La musique de Bach, comme celle de Vivaldi, elles sont différentes, mais elles ont le même code. Voilà ce que je suis en train de dire. C'est pas la même réelle, pas la même métrique, sauf que Bach enrichit incomparablement plus que Vivaldi la mélodie et l'harmonie par-dessus. Ça, c'est ce qui fait les différences individuelles. Ce sont des musiques d'un monde, je ne dis même pas d'une époque, c'est-à-dire plusieurs siècles, où il y avait une place pour chaque chose et chaque chose a sa place. Et vous n'en bougez pas.
La musique people a tué les musiques populaires
22:49 Les corporations étaient faites pour bloquer l'évolution économique, les paysans n'en parlant pas, sans sorte, ne bouge pas avant l'après-guerre, pratiquement. Voilà. Donc, par ces discussions avec Clouscard, qui n'y connaît rien, je me permets de le dire parce qu'il était le premier à le dire, je n'y connais rien, tu m'as foutu et ju. Bon. Alors, il n'a pas été de la culture bourgeoise. Il m'a apporté 100 000 fois plus que le peu que je lui ai signalé ça pour la musique. Il m'a dit, ça tombe à pic, je m'en doutais. Tu vois ? Et c'est venu féconder, c'est comme ça qu'est passé quelque part le long chapitre sur la Sodo dans les Trilcodes.
23:21 Dans le capitalisme de la séduction, pardon. Et c'est que pour qu'un truc se vende rapidement, il faut que toi, lui, n'importe qui, le mémorise le plus vite possible. Donc, le matin, je me rase, ça fait déjà six fois que je l'entends sans m'en apercevoir parce que je l'entends du aéropé le matin ou de toute information. C'est bien fait, un tube. Et c'est comme ça que la musique people est venue tuer les musiques populaires. Là, j'y tiens beaucoup. J'y tiens beaucoup parce que une musique populaire de sens, là encore, c'est comme nature tout à l'heure. Attention, c'est côté philo, je suis désolé, mais le patron Socrate, c'est comme ça, notre spécialité, c'est d'interroger les mots.
23:56 On n'y peut rien. À savoir, la relation d'un peuple, de ce peuple-là, à la différence de celui-ci, comme il y a des fleurs qui ne poussent que sur un certain terreau et pas sur un autre ou des fruits ou des plantes, etc. Donc, je veux dire, la musique populaire hongroise ne peut pas être la même que la musique populaire des indiens d'Amazonie, etc. Et il n'y a pas si longtemps dans la région de France, il y avait déjà encore une différenciation dans le sud-ouest, c'était plutôt le tango qui était la danse populaire la plus répandue.
24:29 Dans le nord-est, c'était plutôt la polka, la java, l'accordéon avec les Belges. Et c'est important toutes ces notions. Maintenant, c'est la première fois dans l'histoire de la consommation musicale mondiale, je suis un peu solennel parce que c'est pas banal quand même, qu'on écoute les mêmes tubes entre 22h et 2h du matin à Rio, à Tokyo, à Abidjan, à San Francisco, à Paris, etc. C'est sans précédent. Donc, c'est une musique qui est venue arraser la différenciation des musiques populaires.
24:59 C'est tout le contraire. C'est pour ça que je fais... C'est pas pour bouffer de l'anglo-saxon que je dis la musique people. La musique people a tué les musiques populaires. C'est pour faire une espèce de jeu de mots. Mais, à l'autre côté, c'est vrai de même que la notion de... de pop music, si tu veux, c'est une espèce d'antiphrase pour moi. Il y a deux choses à ça. Il me semble qu'il y a la domination par la culture, mais il y a aussi le déracinement, l'individualisation qui a causé en parallèle la chose.
25:33 Tout à fait. Moi, je suis pas conservateur. Je suis ravi qu'on écoute plus les musiques de grand-papa. C'est pas la question. Je suis en train de dire que justement, on est à un blocage. Ça fait 50 ans que la musique de masse n'évolue pas. Du point de vue des paramètres musicaux. C'est-à-dire que vous n'avez qu'un... Les jeunes, je m'aperçois, qui ne connaissent qu'un timbre, c'est la corde amplifiée. Ça peut être un hautbois, une clarinette, une flûte, d'un cor. C'est une richesse qui leur passe. Donc, moi, je suis pour enrichir les possibilités. On peut faire de l'avant-garde avec un cor, une clarinette et avec une guitare électrique. Je suis contre aucun timbre.
26:03 Ce qui compte, c'est ce que le musicien fait. « Mais qui que ce timbre-là depuis 40 ans ? » Alors, disto, tout ce que tu veux, réverbe, wah-wah, etc. Mais je veux dire, voilà. Mes gamins, pardon, mes gamins, quand j'étais chef de projet de ce centre de formation et de promotion musicale dans les pays les plus pauvres du monde, au Niger, les gamins, au départ, ils ne connaissaient que Vanessa Paradis, Michael Jackson, etc. Ils ignoraient tout des musiques populaires nigériennes traditionnelles et c'est normal. Je veux dire, c'est la musique pour eux de leur vieux.
26:33 Je ne condamne pas. De même que la bretonne qui arrivait à la gare Montparnasse pour fuir la misère bretonne et faire le tapin à la rue de la Gaieté, elle n'a pas envie, on lui parle de binious et machin et de coiffure. Voilà. On comprend qu'on veut un peu tourner le dos. Mais ce n'est pas ça. Ils sont dans une nasse. C'est-à-dire, quand je leur ai fait découvrir ce qu'on leur interdit d'accéder par cette musique-là, c'est là où je dénonce surtout. Ils sont dans une espèce de ghetto musical. D'accéder au jazz, au classique, enfin, aux musiques qui bougent, qui sont enrichies.
27:03 Ou il y a de la musique, ils n'ont pas du plastique. Ils ont le TGV. Quelque part, c'était des révélations. Et il y en a qui sont réconciliés avec les musiques traditionnelles africaines qui passionnent les foules d'Europe, bien sûr, et tant mieux, en faisant ce détour-là par le jazz des classiques. C'est profond comme itinéraire. C'est les mecs qui n'avaient jamais vu un piano de leur vie parce que moi, c'est un pays pauvre, je n'allais pas leur faire payer l'inscription, elle était symbolique. C'est comme si il n'y a rien du tout. C'est des gamins à Lyon que j'avais au centre.
27:35 Et j'ai choisi exprès parce que je l'ai pris à zéro. C'est ça qui était bien, ce projet. Je n'ai pas pris un train en marche. J'ai ouvert à zéro avec votre argent. La Commission européenne est financée. Et donc, j'ai choisi un quartier exprès où les Blancs ne venaient pas souvent, bien populaire, etc. Que les gamins, s'ils sont de chez eux, ne soient pas intimidés par des beaux quartiers. C'est très clivé là-bas. Je t'en doutais. Là où il y a la grande misère et la richesse. Donc, c'est frappant.
28:06 Il y en avait un qui avait, je me rappelle. Mon piano est arrivé de France. Alors le bateau, c'est un peu long, etc. Pour pouvoir, la porte était fermée à clé parce que ma copine était partie, elle préparait de la craig pour faire une balade et la porte était fermée. Je n'avais pas la clé. Donc, en attendant, je tapote des touches pour voir s'il n'y a pas trop souffert pendant le voyage. Ah, les gamins. Mais où est coulant ? Il n'y a pas coulant, hein. Il n'y a pas de courant et ça marche. Et ça vient d'Europe. Ce n'est pas normal. Pour eux, les instruments acoustiques, c'est africain et les instruments électriques, c'est les blancs.
28:39 Ce n'est pas intéressant, ça, comme anecdote ? C'est fantastique, quand même. Alors, je leur ai dit, quand même, que la grande histoire de la grande musique est acoustique et que ni Thelonious Monk ni Charlie Parker n'avaient jamais touché à un ampli, quand même. Bon. Et que ce sont les plus illustres de leurs petits frères. et donc, j'ai vu sur leurs yeux, ça m'a arrivé quelque chose. Étonnant, c'est vrai que bon sang, pour eux, l'acoustique, c'est un peu le vieux truc, quoi. Et ça vient d'Europe, donc c'est bien. Mais comment le piano pouvait marcher sans courant ?
Que faire ? De la théorie
29:19 Je ferai la réponse que j'ai faite à Friot. Je vais soulever la question à l'ébré tropique, je dirai. Parce que, première réponse, c'est éviter. Que faire ? Sous-entendu, on a assez bavardé, on a assez fait de la théorie, maintenant il faut mettre la main à la patte, il faut agir, les prises de tête, c'est terminé, bref, la vie est opposition de théorie pratique. Or, troisième fois que l'on rappelle la citation à Sauré, qu'est-ce qu'il dit Lénine ? Sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire. Que faire de la théorie ? C'est ce qui manque le plus aujourd'hui.
29:49 Au sens, bien sûr, réfléchir, enfin la théorie, c'est pas un bouquin, elle est en bibliothèque seulement, c'est pas faire l'histoire des penseurs. C'est partir de TF1, de Canal+, peu importe. et de réfléchir, c'est là que moi le sens strict de réfléchir, de dire, qu'est-ce qu'on est en train de dire ? C'est pas cohérent ça. Parce que ce mot-là, nature disait ça tout à l'heure, maintenant il dit le contraire, c'est ça le travail théorique. Il n'a pas changé depuis Socrate, depuis la naissance, c'est chercher ce que parler veut dire. C'est important. Parce que c'est là qu'il y a les enjeux sociaux.
30:21 Selon que je traite un rebelle syrien de résistant ou de rebelle, ça change déjà complètement son profil. Tu peux tuer ou au contraire sauver en changeant un vocabulaire, en transformant un vocabulaire. Jamais les mots n'ont été aussi pipés que maintenant. Et c'est sur ce terreau, ce flou, que fleurit l'extrême droite. Sur cette confusion. C'est parce que quelque part, j'en veux beaucoup, doctrine irrationnaliste, je reviens à Deleuze, Foucault, etc.
30:52 Non pas parce que je suis un amoureux du concept de la clarté, moi je suis plutôt plus nocturne. Mais, je veux dire, il faut les deux, il faut être dialectique. Mais par contre, on a tellement privilégié l'anti-raison, l'anti-rationalisme, parce qu'il est bien évident que la raison, c'est le goulag, ce schéma qui commence à prendre un peu du plomb dans l'aile avec la crise économique et la crise sociale et ce qu'elle révèle surtout. Je vous rappelle que Foucault a fait un ouvrage où il défend de manière fervente le libéralisme pur et dur.
31:22 Après, il nous a fait croire qu'il était à gauche. C'est important quand même. Donc, voilà, je réponds sur tout ça d'abord, c'est que faire, que faire de la théorie, mais pas de la théorie au sens élitiste, pas encore une fois des prises de tête qui rebuteraient le cahira qui dit la courneuve, ou ailleurs, mais simplement, au contraire, ce qui est à la portée de tout un chacun, c'est de s'efforcer d'avoir une distance théorique vis-à-vis de la parole publique.
31:57 Qu'elle soit médiatisée, presse écrite, presse parlée, télévisée, internet, bien sûr. et c'est ce qui me semble le plus important. Pourquoi les mêmes, pourquoi l'état-nation est une prison insupportable quand c'est la Yougoslavie, d'accord, et que quand c'est l'Ukraine, c'est scandaleux qu'on fasse sécession à Donetsk, c'est curieux. les valeurs s'inversent, c'est la sucreurie, le pire. C'est quand tous les bords peuvent échanger et que là, ça donne ce qu'on appelle le rouge brun.
32:29 Soral elle a surfé là-dessus, le rouge brun. Il y a un point, le point M entre A et B, qui est le point M. Donc, il participe à la fois de A et de MB. Tu ne sais jamais très bien où tu es. Des fois, on a l'impression que plus marxiste que Marine, tu meurs. Je veux nationaliser Alstom, blanc-rouge, bientôt, elle dénonce le chômage par la Commission européenne. C'est le programme du PC, d'accord ? Bien sûr, elle laisse échapper d'autres trucs que son identité et ceux qui font les prières dans les rues et qui l'empêchent de dormir ou des choses comme ça.
33:02 Mais, quelque part, la perversion est dans les mots. Or, ça, c'est quelque part libérateur. Pour ça, je me permets de conclure là-dessus. Parce que ça, n'importe qui peut le faire. On n'a besoin ni de moyens, ni de capital, ni d'un puissant organe de presse, même si tout ça ne gâte rien à l'affaire quand on l'a pour la bonne cause. Mais ça, c'est la résistance. Et je terminerai là-dessus, je conclurai sur la figure même de Socrate. On voit le petit vieux à la barbe, etc. Socrate est quelqu'un qui surgit quand la cité s'effondre, historiquement. Elle va passer à l'Empire.
Socrate, veilleur de nuit de la cité
33:32 C'est Alexandre, puis César, Philippe, puis le fiston, Alexandre, puis l'Empire romain. En parlant pas, on met tout le monde terminé la cité. Ce modèle unique de représentativité. Bon, qu'est-ce qu'il fait Socrate ? Il descend dans la rue et il interroge les gens, ce qui est agaçant. Tu me demandes à moi, je connais que ça et maintenant je bafouille. Ça va pas. Il demande à un général ce qui est le courage, il bafouille. Il demande à un artiste ce que c'est que la beauté, l'autre bafouille. La beauté, c'est la statue que j'ai faite, là. Oui, il faut qu'elle a crépuscule et il est pas beau, là. Si, si, ça n'a rien de voir avec sa statue. Oui, c'est vrai.
34:03 Donc voilà, ça énerve à la fin. Et surtout, on l'accuse de corrompre la jeunesse et de faire en sorte que, on ne croit plus au dieu de la cité. C'est ça au départ l'étame du procès, Jean Venturien. Donc il y a un malentendu énorme. Socrate, c'est celui qui dit à la cité qu'on peut encore se sauver. C'est le veilleur de nuit. La chouette de Minerve. France, on voit le crépuscule, le fracé. Bon, c'est le veilleur de nuit. C'est comme si un mec venait te dire « Eh mon vieux, il faut se réveiller, la maison prend feu et tu le flingues parce qu'il te tire d'un sommeil délicieux. »
34:35 C'est ça qui s'est passé le meurtre de Socrate. C'est une image qui vaut ce qu'elle vaut et c'est ça au départ. Donc, il faut recommencer par Socrate remettre la politique dans l'interpellation immédiate. Et l'écriture, quelque part, par exemple, comme tu le sais, si j'étais spécialiste, ce serait plutôt de Hegel à la limite que de Rousseau mais je n'aime pas le mot spécialiste. Les études hégéliennes ne se sont jamais si bien portées. C'est pas notre sujet donc je ne développe pas. Il y a des bouquins, des traductions comme il n'y en a jamais eu. Mais c'est amorti et confiné dans des petites chapelles universitaires.
35:08 « Ah, tu te fais ta thèse et donc tu vas aller à machin parce que lui, il connaît. » C'est un trouble personne. On est loin de Socrate qui n'écrivait aucune ligne et qui interpellait dans la rue. « Dis-moi, toi, qui sais si bien illustrer à la bataille du marathon, c'est quoi le courage ? » « Plutôt qu'appelles-tu. » Voilà. J'en termine là.