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Ouverture et présentation de « Que faire ? »
0:00 Moi, Lénine, j'écris ces mots, il faut rêver, et tout à coup j'ai peur. Parce qu'il y en a encore qui se disent, est-ce que la matière est avant l'esprit ou après l'esprit ? Comme si c'était le problème du jour. C'est une régression, on est revenu, n'est-ce pas, aux discussions métaphysiques, au moment où la plus formidable armada de tout le temps est en train d'enserrer la Russie, par exemple.
0:30 On n'a rien compris à l'histoire des sciences, si on se contente de dire, voilà, le faux, ça c'était du faux, c'est devenu ringard, je jette le faux à la poubelle, et voilà le vrai maintenant. Toutes les positions philosophiques, quelle que soit leur diversité, peuvent être enjouies dans l'une des trois suivantes. Bonsoir à tous les camarades, à tous les amis.
1:02 Alors je donne d'abord la référence, ce texte de Lénine, vous le trouvez à la fin du chapitre 5, un ouvrage célébrissime, puisqu'il ne s'agit de rien d'autre que de « Que faire ? » celui qu'on évoque souvent, simplement en citant le titre « Que faire ? » point d'interrogation. Il est rare que cette question ne soit pas d'actualité, n'est-ce pas ? Titre bien choisi, et qui d'ailleurs n'est pas de Lénine de départ. Lénine le reprend lui-même, appelez ça comme vous voulez, agitateur d'idées, révolutionnaire, philosophe, écrivain.
1:35 Je pense à Tchernychevski, pour lequel Lénine avait toujours eu beaucoup de respect et d'admiration, dans l'œuvre duquel « Que faire ? » désigne un roman. Un roman dont les héros, bien sûr, se meuvent dans cette agitation révolutionnaire qui va aboutir à l'octobre 17, même si c'est bien en amont. Oui, chapitre 5, donc le dernier, juste avant la conclusion de l'ouvrage, vous avez cet extrait du texte qui s'inscrit dans un passage, où je vous dis le contexte d'abord, tout ce qu'il faut savoir au préalable, c'est très vite résumé, où Lénine dit simplement, évoque la nécessité d'élaborer un journal, ça viendra plus tard, n'est-ce pas, un journal qui serait à la disposition de tous les militants de l'immense Russie, de tous les militants bolcheviques de l'immense Russie, soit inscrits, soit sympathisants, de Moscou jusqu'à la mer d'Okhotsk, jusqu'à Vladivostok, on dit que c'est grand.
Baudelaire, l'étincelle et l'incendie wagnérien
2:37 D'emblée, je vais lire le passage et m'arrêter au thème qui va être central et qui concerne justement les rapports entre l'action et le rêve. Alors, un écrivain qui n'a rien de léniniste apparemment, je pense à ce réactionnaire qui était Baudelaire, réactionnaire dans ses idées politiques, il fait partie de la génération du désenchantement, je ne vais pas faire un cours sur Baudelaire, c'est une digression qui nous amènerait trop loin, mais Baudelaire écrit ces vers qui résument bien notre problématique, « Je sortirai quant à moi volontiers d'un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve, Puissé-je user du glaive et périr par le glaive. »
3:23 C'est une belle introduction au texte qui va nous occuper. Voilà, donc je me détourne vers le texte si vous voulez bien, ça fait pas mal de pages, n'est-ce pas, qu'il insiste sur la nécessité d'avoir un tel journal, et il résume l'enjeu, tout d'un coup, n'est-ce pas, le grandiose enjeu de ce débat, « Ce journal serait comme une partie d'un gigantesque soufflet de forge qui attise chaque étincelle de la lutte de classe et de l'indignation populaire pour en faire jaillir. » Un immense incendie.
3:56 Nous nous sommes quittés hier soir sur un incendie cosmique, celui qui met fin au règne des dieux, dans le crépuscule des dieux, n'est-ce pas, de Wagner. Wagner qui, dans sa jeunesse parisienne, à l'époque où son premier séjour à Paris fréquentait, à l'époque où il était dans une misère noire, au point qu'il faisait pour survivre des arrangements pour cornet à piston de quelques airs d'opérailles italiens à la mode, en particulier de la favorite de Donizetti. Et c'est à ce moment-là qu'il fréquentait Bakounine.
4:27 Je fais comme ça pour montrer que je ne fais pas des rapprochements tout à fait arbitraires. Je ne répète pas la phrase, mais je rebondis sur un mot qu'elle contient, que le mot « étincelle », vous voyez ? Un soufflet de forge qui attise chaque étincelle de la lutte de classe et de l'indignation populaire pour en faire jaillir un immense incendie. « Étincelle » se dit en russe « Iskra » et ce sera le titre du journal. C'est pour ça que nous en parlons, n'est-ce pas ? « Iskra », « Étincelle ».
4:57 Autour de cette œuvre encore très innocente et encore très minime par elle-même, mais régulière et commune dans toute l'acception du mot, bien formulée par Lénine, commune dans toute l'acception du mot, se recruteraient systématiquement et s'instruiraient une armée permanente de lutteurs éprouvés. Vous voyez, il y a un souci, bien sûr, politique, en première et même en dernière instance, mais entre les deux, il y a un souci pédagogique, didactique, de formation, pas seulement de ceux qui n'ont pas eu la chance, et Dieu sait s'ils étaient nombreux en Russie, n'est-ce pas, d'être scolarisés, mais même des cadres du parti, et même des intellectuels qui ont quelquefois besoin, plus que d'autres quelquefois, n'est-ce pas ?
Apprendre à désapprendre : Hermann Kant et Brecht
5:40 d'apprendre à désapprendre. Je fais allusion, bien sûr, à ce roman qu'il m'est arrivé de citer, ce roman de Kant, et oui, Kant écrivait des romans, mais non, non, non, il ne s'agit pas d'Emmanuel Kant, il s'agit de Hermann Kant, un romancier de l'ex-Allemagne communiste, de la Deutsche Demokratische Republik, Hermann Kant, qui a écrit un roman, mais si bien brossé, n'est-ce pas, et si bien agencé, qu'il a même mérité d'être traduit en français et d'être édité chez Gallimard, à la NRF, vous voyez ?
6:18 Il fallait croire qu'il n'était pas si mauvais que ça. Il n'y avait pas beaucoup d'écrivains estallemands qui y trouvaient grâce, dont les noms étaient simplement évoqués, à cette époque-là, dans les lettres françaises. Or, Hermann Kant évoque, à un moment donné, je ne suis pas dans la digression, je suis en plein dans ce que dit Lénine, à propos de la formation des intellectuels, ceux qui apparemment n'auraient pas besoin de formation, mais qui devraient former les autres, n'est-ce pas ? Dans une certaine conception erronée, du faire savoir, à défaut de savoir faire.
6:50 Faire savoir à ceux qui savent faire. Oui, dans ce roman, je rappelle très rapidement que dans ce roman, le narrateur est chargé par le parti à la fin de l'époque héroïque, de l'époque où il n'y avait même pas des ficelles pour faire des colis et envoyer, l'Allemagne était encore ravagée sous les décombres du plus grand cataclysme historique de tous les temps. Et voilà que le nouveau régime, très tôt, avait pris la décision d'ouvrir l'enseignement supérieur à ceux qui n'avaient jamais eu la chance d'aller à l'université, tant s'en faut, mais même pas au lycée ou à l'école.
7:28 Et donc, il avait créé ce qu'on appelait l'ABF, ce sont les initiales en allemand, de quelque chose qui veut dire la faculté des ouvriers et des paysans. Donc, notre narrateur, notre héros, a fait partie des premières promotions de cette université, il vient donc des milieux très populaires. Et là, il est chargé par le parti, il a fait son chemin entre-temps, de faire le discours de clôture, on va fermer cette université, parce que l'Allemagne de l'Est est devenue un pays qui est sorti de l'époque pionnière. J'en profite pour vous signaler qu'il y a une une du monde diplomatique à la fin des années 70, il faudrait que je retrouve l'année, vous pouvez écrire au journal, vous êtes meilleur navigateur que moi.
8:09 Cette une disait « le vrai miracle allemand a lieu à l'Est ». Vous pouvez voir la prospérité de l'Allemagne de l'Est. Le vrai miracle allemand a lieu à l'Est. Non, non, je ne parle pas de l'Huma, je parle du monde diplomatique, et qui n'était pas encore la feuille de chou, je ne dis pas ça péjorativement, une des rares qui soit lisible en français actuellement dans la grande presse de grande diffusion, progressiste, tiers-mondiste, alter-mondialiste, tout ce qu'on voudra, je ne veux pas trop ironiser, mais je veux dire qui était un peu plus social-démocrate, n'est-ce pas ? et qui avait osé ce titre « le vrai miracle allemand a lieu à l'Est ».
8:42 Donc, allez, on va fermer cette université, il s'agit de faire le discours de clôture, et la plume lui tombe de la main, parce qu'il se remémore toutes ces époques de fondation où tout était si difficile, où il fallait tout recommencer à zéro, pas seulement au niveau matériel, ça va de soi, je ne vais pas m'attarder. Mon ex-épouse, qui a bien connu toute cette période-là, disait qu'elle avait demandé un pain de beurre pour son 15e anniversaire, vous voyez. Et vous connaissez la chanson, n'est-ce pas ? La Butte rouge, cette chanson qui remonte à la commune, n'est-ce pas ? Car les bandits qui sont cause des guerres ne meurent jamais on tue les innocents, c'est toujours les civils qui écopent le plus, n'est-ce pas ?
9:14 Donc, la plume lui tombe, parce qu'il ne voit pas de rapport entre ces époques pionnières, tout ce qu'ils ont encaissé, souffert pris sur eux, et tant mieux, il ne déplore pas, mais cette jeunesse de l'Allemagne de l'Est qui vit dans un confort beaucoup plus assuré, et qui quelquefois n'arrive pas à imaginer tous les obstacles qu'il a fallu surmonter pour en arriver là. Et il se rappelle leur premier cours d'histoire, voilà où j'en arrivais, apprendre à désapprendre, je ne perds pas mon fil. Et ce cours d'histoire donné par quelqu'un qui sort des camps, par un militant progressiste, n'est-ce pas ?
9:48 Celui qui a survécu au camp, Rivenlam, leur fait un cours un peu surprenant, en commençant par un poème. C'est ce fameux poème que je vous ai souvent cité, qui commence comme ceci, ce poème de Brecht, on dit que les rois ont construit Thèbes aux sept portes, mais a-t-on vu les rois entasser les pierres ? On dit que les pharaons ont construit les pyramides, a-t-on vu les pharaons pencher sur le sable ?
10:19 Et lorsqu'on a construit la grande muraille en Chine, où a-t-on logé les maçons ? Et c'est là que le professeur, arrêtant sa lecture, ce poème de Brecht, dit voilà, il faut que vous commenciez par apprendre à désapprendre. Désapprendre cette histoire où on dit les rois ont fait ceci, voilà. Donc, quand je dis formation des intellectuels, c'est dans ce sens-là, apprendre à désapprendre. Apprendre à entamer quel tant soit peu la chape idéologique, qui pèse plus profondément que l'inconscient freudien, et c'est pas peu dire, je ne suis pas de ceux qui en nient l'existence mais qui est encore plus contraignant dans la stricte mesure où il contient l'autre sans que le réciproque soit valable.
11:07 L'inconscient de classe contient l'inconscient sexuel et même le régule, on en parlera une autre fois, pour en savoir plus lisez l'admirable traité de l'amour fou de Michel Clouscard, bien sûr. Si vous trouvez l'édition originale, ce serait une très bonne nouvelle. Voilà, tout ça, c'est pour commenter, vous voyez, autour de cette œuvre encore très innocente, encore très minime par elle-même, le journal, mais régulière et commune, quoi de plus régulier qu'un périodique, comme on dit, se recruterait systématiquement et s'instruirait une armée permanente de lutteurs éprouvés.
« Il faut rêver » : l'ironie de Lénine
11:37 Sur les échafaudages, vous voyez, on parle au conditionnel, on va arriver au rêve, n'est-ce pas ? Où les tréteaux de cette organisation commune en construction, nous verrions monter bientôt, sortant des rangs de nos révolutionnaires, des Jeliabov, c'est leur prédécesseur dans le foisonnement révolutionnaire qui était en Russie dans toute la deuxième moitié du 19e siècle, des Jeliabov, social-démocrates, à l'époque, c'est l'avant-garde, et sortant des rangs de nos ouvriers, des Bebel russes, parce que Bebel était un Allemand qui a bien connu Karl Liebknecht, n'est-ce pas ?
12:13 Fondateur du Parti communiste allemand, du KPD, et grand compagnon de Rosa Luxemburg. Bebel était à peu près à mi-chemin politiquement entre la position bolchevique, si vous voulez, quasi-bolchevique de Karl Liebknecht et celle plus réformiste de Bernstein, et sortant des rangs de nos ouvriers, des Bebel russes qui, à la tête de cette armée, mobilisée, soulèverait tout le peuple pour faire justice de la honte et de la malédiction qui pèse la Russie.
12:44 Eh oui, Marx avait tout prévu, sauf que la révolution éclaterait dans un des pays les plus retardataires de l'Europe de l'époque. point à la ligne, un blanc, et voilà ce qui va nous occuper. Rêver est nécessaire, ça dépend des traductions de Lénine. Il faut rêver, voilà à quoi il nous faut rêver. Rêver, comment un dirigeant communiste qui fait l'éloge du rêve ? Eh bien, lui-même sent bien qu'on va lui en vouloir, y compris chez ses camarades.
13:20 Je ne dis pas ça parce que je sais qu'il y en a qui m'en veulent de sembler perdre du temps en rêvant de Mignon. Je crois que j'ai rarement eu une préoccupation aussi politique que lorsque j'ai décidé de consacrer un commentaire au personnage de Mignon et je reviendrai. Il faut rêver, je rends la parole à Lénine. J'écris ces mots. Moi, Lénine, j'écris ces mots, il faut rêver et tout à coup, j'ai peur. Je me vois siégeant au congrès d'unification avec en face de moi les rédacteurs et collaborateurs de Rabotchéié Diélo un journal des travailleurs.
14:03 Et avec en face de moi les rédacteurs et collaborateurs de Rabotchéié Diélo et voilà que le camarade Martinov se lève et menaçant m'adresse la parole. Il parle de ses camarades, c'est affectueux. m'adresse la parole. Permettez, une rédaction, permettez, cher Vladimir Ilyich, une rédaction autonome a-t-elle encore le droit de rêver sans en avoir référé au comité du parti ? Eh oui, Lénine, une caricature, n'est-ce pas, ce qu'on traite de léniniste, c'est-à-dire de stalinien, c'est-à-dire je reviendrai.
14:39 Puis, c'est le camarade Kritchevski qui se dresse et approfondissant philosophiquement le camarade Martinov, lequel a depuis longtemps approfondi le camarade Plekhanov, grand classique de la lecture de Marx avant Lénine, continue plus menaçant encore, j'irai plus loin, je vous demande, un marxiste a-t-il en général le droit de rêver ? On pose la question, n'est-ce pas, s'il n'a pas oublié que, d'après Marx, l'humanité s'assigne toujours des tâches réalisables et que la tactique est le processus d'accroissement des tâches du parti qui croissent en même temps que lui ?
15:20 La seule idée, Lénine reprend la parole, la seule idée de ces questions menaçantes qu'il imagine, me donne le frisson et je ne pense qu'à une chose où me cacher, bien sûr, tout ce passage est ironique. Ironie, bienveillante, mais quand même, essayons de nous retrancher derrière Pissarev. Je vais revenir après à Pissarev, mais je reviens un peu en arrière, n'est-ce pas ? D'après Marx, l'humanité s'assigne toujours des tâches réalisables, dit, n'est-ce pas, les camarades qui l'interrompent.
Pissarev : « il y a désaccord et désaccord »
15:52 C'est une allusion ici à la fameuse préface de 59 où Marx dit que l'humanité n'a jamais posé que des questions qu'à partir du moment où elle avait les moyens de se les poser et d'y apporter une solution. Donc, j'enchaîne, la seule idée de ces questions menaçantes me donne le frisson et je ne pense qu'à une chose où me cacher, essayons de nous retrancher derrière Pissarev. Alors, Pissarev, curieux personnage, je ne veux pas trop perdre de temps, comme je vous l'ai dit, donc je fais juste une toute petite sous-fiche, une mini-fiche technique, n'est-ce pas ?
16:28 Pissarev fait partie du… Justement, il était lié à ce Tchernychevski qu'admirait Lénine, ce philosophe agitateur d'idées et Pissarev avait été en plus connu pour ses talents de traducteur. En particulier, il a traduit l'allemand, il a traduit Heine et il a traduit un auteur que pratiquement personne ne lit en France et peut-être encore moins en Allemagne, un auteur de la fin du XVIIIe qui s'appelle Klopstock, qui a écrit une épopée quasi religieuse qui s'appelle la Messiade, comme le Messie, la Messiade.
17:05 Klopstock était un des auteurs de prédilection de Hölderlin, j'évoque ça au passage. Donc, ce Pissarev ne croyait pas justement qu'il était dans les brumes du mysticisme, il est au contraire connu pour avoir dit je préfère être le cordonnier russe, n'est-ce pas, que le Raphaël russe. Autrement dit, il avait un côté nihiliste en matière d'art et d'esthétique, toute l'histoire de l'art c'est de l'inutilité, il n'y a que les sciences positives, ce n'est pas tout à fait les positions marxistes, loin de là, s'en faut, ça manque un peu de dialectique, mais enfin, il avait le mérite de ne pas faire partie de ceux qui étaient dans la décadence, la mode, des poètes symbolistes, il y a de belles choses, mais enfin, du point de vue strictement poétique, mais enfin, dans lesquelles la classe au pouvoir dans l'ancienne Russie tsariste se délectait pendant que le knout s'abattait sur les épaules des travailleurs.
18:01 Or, ce Pissarev, il le cite justement à propos du rêve, et il cite, vous allez voir à quel point la réflexion de Pissarev est nuancée et pourquoi Lénine le fait intervenir. « Il y a désaccord et désaccord » écrivait Pissarev au sujet du désaccord entre le rêve et la réalité. Autrement dit, il y a plusieurs manières de poser le problème du rapport entre le rêve et la réalité.
18:31 Ça mérite discussion puisqu'il y a plusieurs manières de le poser. « Mon rêve » sous-entendu, première hypothèse, « mon rêve peut dépasser le cours naturel des événements » ou bien il peut donner un coup de barre dans une direction où le cours naturel des événements ne peut jamais conduire. Je répète, « mon rêve peut dépasser le cours naturel des événements » anticiper un petit peu pour voir ce que ça peut donner dans l'avenir, bref, faire travailler tout d'un coup l'imagination qui prend le relais de ce qui est dans l'ici et le maintenant.
19:04 Ou bien il peut donner un coup de barre dans une direction où le cours naturel des événements, quoi qu'il arrive, ne peut jamais conduire d'impossibilité logique, pratique, réelle, technique que ça ne se réalise jamais. Dans le premier cas, si le rêve ne fait que dépasser le cours naturel des événements mais en le prolongeant dans l'ordre de ce qui est possible, de ce qui pourrait être possible. Donc, dans le premier cas, le rêve ne fait aucun tort.
19:34 Ce rêve-là, on peut y rêver tout son soul. Pourquoi ? Il peut même soutenir et renforcer l'énergie du travailleur. Rien dans de tels rêves ne peut pervertir ou paralyser la force de travail. Bien au contraire. si l'homme était complètement dépourvu de la faculté de rêver ainsi, c'est-à-dire d'imaginer. s'il ne pouvait de temps à autre, écoutez bien, devancer le présent et contempler en imagination le tableau entièrement achevé de l'œuvre qui s'ébauche entre ses mains.
20:08 Il en est au début, mais il essaie d'imaginer l'œuvre achevée. Je suspend la phrase et j'introduis ici une petite remarque de Mozart qui tombe à pic. Mozart disait que chaque fois qu'il met la première note d'une œuvre nouvelle, il sait déjà qu'elle va être la dernière. Donc, je reprends, s'il ne pouvait, l'homme de temps à autre, devancer le présent et contempler en imagination le tableau entièrement achevé de l'œuvre qui s'ébauche entre ses mains, je ne saurais décidément me représenter quel mobile ferait entreprendre à l'homme et mener à bien de vastes et fatigants travaux dans l'art, la science et la vie pratique.
20:55 Alors là, alors là, non, non, mais j'insiste parce que vous avez l'impression que c'est clair, c'est simple, oui, mais ce qui est moins clair, c'est l'immensité des enjeux. C'est là que je voudrais insister. Car l'enjeu, alors lui, il est d'une actualité. Je vous rappelle que tout ce cycle de causerie que je développe cette année s'inscrit dans le cadre de ce que j'ai appelé il n'y a pas si longtemps le retour à la logique du sujet.
Retour à la logique du sujet contre le néopositivisme
21:27 Quel rapport, vous me direz ? Avant de dire le rapport, je rappelle l'enjeu qui anime tout cet effort que j'essaye de déployer pour familiariser la notion de logique du sujet et la notion même du sujet. Pourquoi ? Parce que l'idéologie la plus dominante à notre époque, la plus écrasante, surtout depuis que le mur de Berlin a disparu et depuis la disparition de la partie organisée d'une alternative, organisée et réelle, pas évoquée comme une utopie de l'alternative à l'impérialisme et au capitalisme impérialiste.
22:08 Depuis, il y a une idéologie qui règne presque de plus en plus sans partage que je dénonce souvent, c'est ce qu'on appelle le néopositivisme. Je vous rappelle que je ne fais pas le procès du positivisme, j'en vois les limites, mais le positivisme était un grand progrès lorsqu'il s'agissait de lutter contre les délires et le ressentiment du sectarisme religieux à l'époque où elle se déchaînait contre ce qu'ils appelaient la gueuse, la République, c'était la gueuse, n'est-ce pas, dans la grande réaction de la grande bourgeoisie catholique.
22:46 Et je ne bouffe pas ici du chrétien, je bouffe un peu du curé, mais pas du chrétien, si vous regardez bien. Je fais souvent l'éloge, n'est-ce pas, des théologiens chrétiens de la libération en Amérique latine, n'est-ce pas, et je rends hommage ici à leur sacrifice. Et vous savez, à ceux qui disaient que, le problème, n'est pas de savoir si Dieu existe mais le problème, c'est de le faire exister, de faire en sorte qu'il ne soit pas, non pas origine, quelle importance qu'il ait créé des galaxies bourrées d'ammoniaque et d'azote, ou des trous noirs, non, mais que Dieu ne soit pas l'origine, mais le résultat.
23:24 Et que chaque fois que nous étendons le royaume de la liberté en faisant reculer l'empire de la nécessité, autrement dit, puisque je parle d'Amérique latine, que nous nous mettons du côté des guérillas, des travailleurs qui affrontent les pouvoirs, parmi les plus fascisants qu'on ait vus dans l'époque contemporaine, avec l'aide et le soutien de tous les services de renseignements gringo et nord-américains, chaque fois qu'on étend le royaume de la liberté contre l'empire de la nécessité, on accroît un peu plus l'existence de Dieu et on pose le problème différemment.
24:02 Oui, je ne bouffe pas de ce christianisme-là, mais par contre, je veux dire, cette spiritualité, ce pseudo-mysticisme, cette complaisance de grenouille de bénitier, comme on dit si bien en français, qui n'est ni la foi du charbonnier ni ce que j'évoquais à l'instant la théologie de la libération, c'était ce qui régnait lorsque le positivisme est apparu en ce sens, n'est-ce pas ? Lorsqu'Auguste Comte dit qu'il faut cesser de rechercher les causes premières et les causes finales, non seulement je lui donne raison, parce que là, il ne fait que prolonger après tout ce magnifique aboutissement des Lumières qu'est la philosophie kantienne, qui n'est pas la fin de tout, on peut faire mieux que Kant, mais qui a au moins le mérite, n'est-ce pas, de mettre un point final au cercle vicieux de la métaphysique.
Matérialisme ou idéalisme : une question régressive
24:56 Je dis ça parce que c'est actuel, parce qu'il y en a encore qui se disent est-ce qu'il faut être réaliste ou idéaliste ? Matérialiste ou idéaliste ? Je vous mets au défi de trouver dans l'œuvre de Marx, etc., des pages et des pages consacrées à ce genre de problème. Ou même chez Hegel. Oui, il contracte idéalisme, lui, il ne s'est jamais désigné comme idéaliste, premièrement. Par contre, il lui est arrivé de dire que l'animal est le premier idéaliste, sans d'élance sur ce qu'il appelle lui l'idéalisme. Il fallait dire au fait que l'animal consomme.
25:26 Donc, ça veut dire qu'il dénie, c'est l'humour chez Hegel, n'est-ce pas ? Il est tellement convaincu de l'irréalité des objets extérieurs qu'il s'en empare et qu'il les consomme. C'est une régression, on est revenu, n'est-ce pas, aux discussions métaphysiques, au moment où la plus formidable armada de tout le temps est en train d'enserrer la Russie, par exemple, sur les frontières de l'Ukraine, mais aussi depuis la mer Baltique. Au moment où l'humanité court peut-être parmi les pires dangers, c'est un vieil homme qui vous parle.
25:56 J'ai jamais vu des dangers de guerre aussi brûlants qu'en ce moment. Et de quoi on parle dans les salons, dans le plateau télé, d'une femme à qui on a refusé de traduire un roman parce qu'elle n'était pas noire, je n'ai pas dit afro-américaine, vous voyez ? Je parle comme les Africains qui disent les Blancs, qui ne sont pas dans nos errements. Ou bien, ce n'est pas de ceux qui sont dans le féminisme bourgeois et vous dites ça parce que je suis une femme et ainsi de suite et qui ignorent tous les formidables travails des féministes de la classe ouvrière qui en ont fait avancer les choses, croyez-moi.
26:36 Un très beau livre aux éditions Delga qui y est consacré. Ou alors, on parle de est-ce que la matière est avant l'esprit ou après l'esprit ? Comme si c'était le problème du jour, n'est-ce pas ? Je n'ai pas tranché dans un sens ou dans l'autre, je m'en garderai bien et j'en reviens à Lénine. Vous croyez que je m'étais égaré ? Lorsque Lénine arrive à la fin de sa lecture de la grande logique du philosophe réputé appartenant au courant qu'on appelle l'idéalisme absolu où il est le seul à occuper la case.
27:11 Je rappelle à titre scolaire que l'idéalisme allemand, on le divise en idéalisme subjectif, Kant, Fichte, c'est tant que Kant puisque c'est un idéalisme qui est déjà un contresens. L'idéalisme objectif, Schelling, qui voit l'idée réalisée dans le monde extérieur mais dans la nature, alors Hegel qui le voit se réalisant, non pas réaliser, mais se réalisant progressivement dans l'histoire. Et ça, c'est ce qu'on appelle scolairement l'idéalisme absolu. C'est idéaliste absolu.
27:41 À la fin de la grande logique, arrivé au chapitre qui s'appelle précisément l'idée absolue qui clôt la grande logique. On a l'air d'être dans les bondieuseries avec des titres comme ça. Lénine est stupéfait par le degré de lucidité que déploie Hegel et de pertinence que déploie Hegel dans ce chapitre au point qu'il dit ce chapitre sur l'idée absolue, je le cite mot pour mot, c'est dans les fameux cahiers sur la dialectique, ce chapitre sur l'idée absolue est archi remarquable. C'est le passage le plus matérialiste et le plus idéaliste de Hegel.
Le point de vue naturaliste ; la nature n'est pas le paysage
28:16 C'est contradictoire dit Lénine mais c'est un fait. Écoutez, si Lénine lui-même vous dit ne perdez pas trop de temps dans ce genre de contradiction, ça peut être contradictoire mais ça n'empêche pas que ce soit archi remarquable. Eh bien, prenons-en de la graine. C'est ces enjeux sur lesquels je me suis attardé mais ça, ce n'est pas une perte de temps, c'est pour revenir dans ce qui est le plus actuel. Le règne du néopositivisme, le règne des logiques, de l'objet, que cet objet soit la nature, l'être, tout ce qui est posé à l'extérieur de l'humanité comme un déjà-là qui la précède, que ce soit Dieu ou que ce soit la nature.
28:58 Il faudrait qu'il se conforme soit aux lois naturelles, le biologisme, pas la biologie, moi je n'ai rien à dire contre la biologie, je dis il doit être encore vivant comme pas mal d'entre nous, ou que ce soit non pas la nature mais le surnaturel, Dieu. Dans tous les cas, je me conforme à la loi de la nature ou à la loi divine, n'est-ce pas ? Et je vous rappelle ici que lorsqu'on est un peu embrouillé en philosophie, je sais qu'on est souvent avec mes détours donc j'en profite pour être clair. Et je dis une bonne fois pour toutes, non pas pour être péremptoire et dire le problème est tranché, non non, une bonne fois pour toutes au sens propre, c'est-à-dire ce que je vais dire, vous pouvez l'utiliser quel que soit le problème philosophique qu'on aborde, c'est une proposition pédagogique.
29:43 toutes les positions philosophiques, quelle que soit leur diversité, peuvent être rangées dans l'une des trois suivantes. Le point de vue naturaliste, je viens de l'évoquer, c'est la nature qui explique l'homme aujourd'hui, ce serait par exemple les sciences cognitives, les neurosciences, etc. Je n'en dis ni du mal ni du bien, je donne un exemple de ce qui peut être rangé dans le point de vue naturaliste. C'est la nature de l'homme dans les équipements qu'il a eus à sa naissance, naissance, naître, le verbe naître, natal, n-a-t, nature.
30:15 Réfléchissez bien à cela parce que la plupart du temps vous confondez, nous confondons, moi-même spontanément quand je ne pense pas trop, nature et paysage. La nature, c'est ce qui est à l'extérieur. Oh, comme c'est beau ! Ce qu'on voit là, ce n'est pas la nature. C'est dix mille ans d'efforts pour transformer la nature en paysage. C'est ça, le bocage normand. Mais oui, mais oui, c'est ça, l'étagement des rizières dans les Yunnan, au sud de la Chine.
30:45 Non, non, ce n'est pas la nature, c'est le paysage. Je n'ai pas dit qu'il n'y a pas de beauté qui ne doive rien à l'homme dans la nature. La forêt amazonienne, le désert, et c'est depuis ce temps que j'aime si tendrement le désert et la mer. Pour reciter Baudelaire. Non, mais il ne faut pas confondre la nature et ce que l'homme en a fait, c'est-à-dire le paysage. J'ai consacré tout un cycle, je vous y renvoie, pardon, je me cite beaucoup, n'est-ce pas, mais c'est pour ne pas perdre trop de temps.
Le point de vue surnaturaliste : 2001, l'odyssée de l'espace
31:18 Donc, premier point de vue, le point de vue naturaliste. Il y a un déjà-là, préalable à l'homme, qui explique tout, qui en dernier instant, c'est la seule explication qui tient la route. Je n'ai pas dit l'explication scientifique, l'explication scientifique exclusivement naturaliste, des sciences de la nature. qui fait abstraction des sciences de l'histoire, précisément. Celles qui permettent au sujet de se développer. Deuxièmement, l'antithèse du point de vue naturaliste.
31:51 Vous voyez, je tiens compte de l'opposition, c'est-à-dire le point de vue surnaturaliste, du surnaturel, expliqué l'homme par une intervention divine. C'est ici, la volonté de Dieu, que je sois comme ceci ou comme cela. Et même quand la référence religieuse n'est pas explicite, on la reconnaît très bien, pensez à l'Odyssée de l'espace, cet admirable film dont mon ami Aliocha, notre ami Aliocha, à qui nous devons, vous devez, et que je dois surtout, l'admirable court-métrage, la fausse note sur la consommation musicale et ce que j'appelle les ghetto sonores, Aliocha m'a révélé qu'il y a des revues spécialisées qui font le bilan chaque année de quel est le film que les cinéphiles mettent en tête pendant longtemps.
32:38 Je me rappelle, c'est ma génération, c'était le Cuirassé Potemkine. Et puis pendant un temps, c'était Citizen Kane de Welles, n'est-ce pas ? Allez, soviétique américain. Et bien, il paraît que depuis quelques années et inconditionnellement, c'est précisément 2001, Odyssée de l'espace, de notre cher Stanley Kubrick. Or, rappelez-vous le passage dont tout le monde se souvient au début, la stèle, la stèle qui réapparaît d'une manière récurrente tout le long du film, dès le début, c'est la préhistoire.
33:10 Cette stèle sans laquelle cette espèce d'australopithèque qui s'agite devant les cavernes où ils sont menacés par le tigre à dents de sabre et autres périls de la providentielle nature, apparaît tout d'un coup la stèle qui leur permet tout d'un coup de passer de l'organe à l'outil. Vous savez, avec un os, ils font le premier outil qui, comme par hasard, est une arme meurtrière, d'ailleurs. N'est-ce pas ? Autrement dit, l'homme n'aura pas pu franchir et décoller du monde naturel et animal sans cette intervention surnaturelle qu'est la stèle qui vient d'ailleurs d'autres mondes, d'autres galaxies.
33:49 extraterrestres. Surnaturelle, extraterrestre, allez, tout ça va dans le même sens. Et cette stèle, n'est-ce pas, que les protagonistes du film, l'équipe d'astronautes essayent d'approcher et c'est à ce moment-là qu'on entend l'admirable musique que j'admire toujours les choix musicaux de Kubrick, je ne parle pas seulement du Schubert dans Barry Lyndon, mais aussi, alors là, tout à fait à l'opposé, de la musique contemporaine du XXe siècle.
34:21 Le requiem de, excusez-moi, j'ai un trou de mémoire, mais ça va me revenir avant la fin de l'émission, j'ai reçu son fils à Paris qui s'intéressait aux musiques africaines et qui pensait que j'en étais, que j'en étais une encyclopédie là-dessus, je n'ai pu lui donner que le renseignement que je pouvais. Antithèse du point de vue naturaliste, le point de vue surnaturaliste. Ne perdons pas notre fil. Tous les positionnements philosophiques et des sciences en années différentes peuvent être classés dans un des trois. J'ai dit le premier, le point de vue naturaliste, la science cognitive, le point de vue surnaturaliste, je procède dialectiquement, je passe à l'antithèse.
Le point de vue anthropologique : l'homme fait l'homme
34:58 Et maintenant, celui qui satisfait les deux, c'est-à-dire qui revient sur Terre, qui est aussi matérialiste que le premier, mais qui ne réduit pas la matière à la nature. car un marteau, c'est une matière, c'est la matière, mais ce n'est pas une matière tout à fait naturelle. C'est Aristote qui dit quelque part que si les haches pendaient aux arbres comme leurs fruits, on dirait que le tranchant est leur âme. Belle image. La forme, la forme tranchante dans laquelle on peut lire à quoi sert, on va y arriver, à quoi sert, quel est le but, quelle est la fin, qu'est-ce que je me représente, qu'est-ce que je dois faire avec, aller au-delà de ce qui est ici et maintenant pour imaginer ce qui est au-delà telos, téléologie, la fin.
35:45 Vous voyez tous les enjeux qu'il y a derrière ce passage de Lénine et de Pissarev. Et donc, le troisième point de vue, celui qui est aussi matérialiste que le premier, tout en tenant compte, n'est-ce pas, de l'enrichissement qu'apporte le second qui insiste que sur des parties que la nature ne peut pas produire mais au prix d'être dans l'anti-scientifique et dans le non-mesurable et le non-éprouvable.
36:16 C'est celui qui dit ce n'est pas la nature qui fait l'homme, je résume tout maintenant, ce n'est pas Dieu qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait l'homme. Et ça s'appelle, ce n'est pas, le point de vue ici, des sciences de l'histoire. Voilà, pas des sciences humaines. Marx ironisait sur la formule les droits de l'homme et du citoyen. il ironisait non pas sur l'homme ni sur le citoyen mais sur le « et ». Comme si on n'avait jamais vu dans toute l'histoire de l'espèce humaine un homme qui ne soit pas, un individu humain qui n'appartienne pas à une collectivité, qui ne soit pas un citoyen, même si ça ne s'appelle pas citoyen, ça peut être le sujet du roi, ça peut être le citoyen de Thèbes ou de Sparte.
37:06 Mais en tout cas, je veux dire, on n'a jamais vu l'homme isolé, individuel, naturel. Et c'est ce que Rousseau le premier a vu, qui fonde l'ordre anthropologique, ce n'est pas le point de vue naturaliste, je reviens, vous voyez, je répète, qui continue son antithèse, le point de vue théologique, je remplace surnaturaliste par théologique, ici je crois que tout le monde comprend, mais le point de vue qui contient la richesse des deux précédents sans avoir leurs inconvénients respectifs, leur unilatéralité respective, terme très fréquent chez Hegel, « einseitig », « Seite », side en anglais, c'est le côté, de ne voir qu'un seul côté, c'est-à-dire le point de vue anthropologique, ce n'est pas la nature qui fait l'homme, ce n'est pas, je ne parle pas de l'existence d'un être là, d'un individu, sans la nature, je ne serais pas là, je parle de son essence, qu'est-ce qui fait que cet être là, on doit l'appeler un homme, et non pas un singe, et non pas un animal seulement, ce qui n'enlève rien à l'animalité qu'il garde en lui, jusqu'à la fin de ma vie, devrait manger pour vivre, ça, ça ne doit rien à l'histoire, ni à l'homme, spécifiquement parlant,
Réhabiliter une téléologie propre au monde humain
38:17 mais ce n'est pas ça qui fait de moi un homme, car ça, c'est valable aussi pour les fourmis, et même pour les plantes, il leur faut manger un peu d'oxygène, de sels minéraux, dans le sol, ce n'est pas ça qui spécifie, l'homme ne confondez pas l'existence avec les sens, et ne sacrifiez pas l'une à l'autre, dans quelque sens que ce soit, ne sacrifions pas, quand je me permets de donner quelques directives comme ça, j'essaie de les appliquer à moi-même, n'est-ce pas aussi, voilà, donc, vous voyez, je tenais à ce développement, je reviens en arrière sur la phrase de Pissarev qui est admirable, n'est-ce pas, bien au contraire, si l'homme était complètement dépourvu de la faculté de rêver ainsi, rêver, vous voyez ce que ça veut dire ici, ça veut dire avoir dans la tête quelque chose qui n'est pas là, ce qu'on appelle un telos, je suis en train de réhabiliter une téléologie qui n'a rien à voir avec une téléologie qui a bon droit a été ruinée par l'apparition de la physique scientifique à l'époque de ce qu'on appelle la révolution scientifique, le passage du XVIe ou du XVIIe siècle avec Galilée puis Newton, c'est-à-dire quand on a vu s'écrouler les causes finales aristotéliciennes
39:27 mais que Aristote mettait dans les pierres, dans les arbres, n'est-ce pas, il n'y a pas de finalité dans la nature, j'ai même dit un jour qu'il n'y a pas d'acte dans la nature, je répète l'exemple que je prends souvent quand on dit le vent secoue les arbres, nos instituteurs nous ont appris que le sujet c'est le vent, que le verbe est employé à la voix active donc le vent est actif et les arbres sont passifs, là ils se laissent secouer par le vent, bon, ça c'est valable, c'est une métaphore, nous sommes dans la poésie comme souvent dans la langue courante, et oui, sans nous en apercevoir, d'accord, parce que ça nous fait penser, c'est une grammaire qui nous oblige à penser que le vent est actif et que les arbres sont passifs, mais le vent n'est pas plus actif que les arbres, le vent est lui aussi non pas une cause, ex nihilo, comme ça, et après lui il n'y aurait que des effets passifs, non, le vent est lui aussi les effets de différence, de pression, de température, demandez aux physiciens, aux météorologues, qui vous le diront plus précisément que moi, voilà, il est aussi peu actif que les arbres, il n'y a pas d'acte dans la nature, ou bien il y en a nulle part, ou bien s'il y en a, il faut chercher ailleurs
40:37 que dans la nature, alors voilà Dieu, vous revenez à Dieu, oui, dans le surnaturel, non, oui, il y a un surnaturel, mais pas au sens, n'est-ce pas, théologique, c'est-à-dire sans faire intervenir quelque chose qui ne soit pas matériel, d'accord, parce que, encore une fois, passer de la tanière à la maisonnette, à la chaumière, ou la maison sur pilotis, n'est-ce pas, dès l'époque aurignacienne, magdalenienne, pour parler en termes préhistorien, c'est déjà, n'est-ce pas, bien sûr, quitter l'ordre naturel et à quel point.
41:19 Je suis en train de paraphraser une phrase de Marx sur laquelle on ferait bien de ne pas faire d'impasse. Et oui, oui, je vise ici les néo-déterministes, vous savez, ceux qui prennent un malin plaisir en revenant à un certain spinosisme qui n'est pas le Spinoza que je privilégie, parce que moi, je privilégie le Spinoza qu'on lit jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la cinquième partie de l'éthique qui a pour titre de la liberté de l'homme, après avoir parlé de la servitude, exactement comme Pascal.
41:52 Et oui, je rapproche les deux, ils sont exactement contemporains. Comme Pascal dit « misère de l'homme sans Dieu », n'est-ce pas ? « Misère et grandeur de l'homme », n'est-ce pas ? « Car l'homme n'est ni ange ni bête », dit Pascal. Vous savez, cette citation célèbre, « le malheur est que celui qui veut faire l'ange, celui qui veut imposer les droits de l'homme, n'est-ce pas, dans sa tête, à des gens qui sont mille fois plus démocratiques que lui, vous voyez qu'en passant, celui-là, le malheur est que celui qui veut faire l'ange fait la bête. Donc, je suis en train de réhabiliter une certaine téléologie exclusivement anthropologique.
42:29 Pas une finalité qui serait à l'œuvre dans la pierre qui est en train de tomber et dont Aristote disait que si elle accélère dans sa chute, c'est parce qu'elle veut rejoindre son lieu naturel qui est le bas et qu'elle accélère parce que comme les chevaux sentent l'odeur de leur litière dans l'écurie, tout d'un coup, ils ont hâte d'arriver et donc ils accélèrent. Là, ils parlent de quelque chose comme si c'était quelqu'un. Voilà. Autrement dit, il fait de la pierre qui tombe un sujet. Mais ce finalisme-là, je le combats comme tout scientifique.
43:00 Mais en quoi il est non pas seulement une erreur, mais plus gravement parlant, je fais de la philosophie ce soir, grâce à Pissarev et à Lénine et à Marx, en quoi il est une erreur ce finalisme antique et qui a encore répondu chez beaucoup de gens. Mais enfin, il faut dire qui s'écroule logiquement avec la révolution scientifique, avec le mécanisme, mécanisme contre la finalité. C'est des oppositions scolaires. Pour l'instant, on n'est pas très dialectique. Qu'est-ce qui ne va pas dans ce finalisme ?
43:32 Ce qui ne va pas, c'est que ce qui n'est valable que dans le monde de l'homme, l'homme fabrique des outils. Et là, il y a la phrase de Marx sur laquelle je me suis interrompu, je la cite d'abord et je reprends la parole après. Ce qui distingue immédiatement l'architecte le plus malhabile de l'abeille la plus experte, parce qu'on me dirait mais l'abeille aussi, elle fait, vous parlez de cas surpilotier, elle fait des cellules admirablement hexagonales. Oui, elle fait le même depuis des millions d'années. Oui, bien sûr. Et partout. Donc, qu'est-ce qui fait la différence ? C'est que l'homme a sa maison dans la tête avant de la réaliser dans le monde extérieur, dans la réalité.
La différence entre l'erreur et l'illusion
44:06 Autrement dit, l'homme a ce qu'on appelle dans la tête une fin. C'est ça, une pensée. C'est cette téléologie-là dont je parle. Or, elle nous montre quoi ? Ce qui ne va pas dans le finalisme antique, qui fait comme si les objets étaient des sujets, c'est que ce n'est pas seulement une erreur que dénonce l'apparition de la physique scientifique, mais que c'est surtout une illusion.
44:41 Et là, je vais au-delà du simple fait de constater que c'est une erreur et de la jeter à la poubelle sans plus. Non, on n'a rien compris à l'histoire des sciences. Si on se contente de dire voilà, le faux, ça c'était du faux, c'est devenu ringard, je le fous à la poubelle et voilà le vrai maintenant. Une science sans histoire. On se demande comment ça a pu surgir tout d'un coup, les Galilées et les Newton, ça doit être dans les gènes, diront encore les naturalistes. Vous voyez à quoi je veux en arriver ?
45:11 La différence entre l'erreur et l'illusion, c'est que quand je dis 5 plus 9 égale 17, ouf, je me trompe, c'est pas grave, ça c'est une erreur, je suis fatigué, j'ai fait la comptabilité toute la journée, je prends une tasse de café, on n'en parle plus, c'est pas grave, ça ne persiste pas longtemps. 9, c'est 14, c'est n'importe quoi. Voilà.
45:41 Mais je ne parle pas de ça, je parle de l'illusion. L'illusion, elle, et je dis d'abord ce qu'il y a de commun aux deux, vous savez que mes auditeurs savent que quand on veut faire une différence décisive entre deux choses, il faut commencer par rappeler leur point commun, sinon on ne comprend pas la différence. Le point commun de l'erreur et l'illusion, d'abord c'est que tous les deux énoncent des choses fausses. Donc 9 plus 5 égale 17, c'est faux. C'est une erreur.
46:11 Mais, la Terre est au centre du cosmos et je suis au centre de la Terre et donc je suis le centre du monde, ce qui a prévalu jusqu'à Copernic c'est l'illusion scientifique. C'est faux aussi, c'est complètement faux. Ce n'est pas la même chose. Vous sentez bien la différence. C'est qu'ici, le faux n'est pas seulement différent du vrai, car 17 est différent de 14, égale barré, c'est tout différent. Encore une fois, une tasse de café, on n'en parle plus. Non !
46:42 Dans le cas du rapport du géocentrisme à l'héliocentrisme, le vrai n'est pas seulement différent du faux, il en est exactement l'inversion. Alors là, il ne peut plus y avoir de hasard. Vous voyez la différence ? Je reviens à la finalité. Il y a quelque chose qui se cherche là, qui se veut sans savoir, sans bien savoir, inconsciemment. Et oui, c'est quand même… j'avais une infinité de choix, de nombres à trouver dans la différence. C'est comme si j'avais dit 9 plus 5 égale moins 14.
47:17 Tiens, j'aurais dit exactement le bon chiffre, la bonne valeur absolue, mais en inversant le signe. Vous voyez ? C'est ça, l'illusion. Donc, je répète, le faux et le vrai. Allez, je résume. Dans les deux cas, on a l'erreur et l'illusion. Différence d'erreur et l'illusion. Dans les deux cas, on a bien affaire à des énoncés faux. Mais tandis que, dans le cas de la simple erreur, le faux est simplement différent du vrai, dans le cas de l'illusion, il en est exactement l'inverse.
47:47 Et donc, et donc, ici, l'erreur correspond à un intérêt du sujet. Et donc, ça dure beaucoup plus longtemps. On a beau essayer, et c'est pour ça qu'il est beaucoup plus difficile de dissiper une illusion que de corriger une simple erreur. Vous voyez que mon vocabulaire essaie d'être précis maintenant. Il est beaucoup plus difficile de dissiper une illusion que de corriger une simple erreur.
Les anti-Freud et la conscience de soi
48:17 Alors, il y en a qui défendent, comme moi, le sujet, mais qui sont dans l'illusion de la conscience, qui réduisent le sujet à la conscience, qui disent « Pouf, l'inconscient, c'est une invention de ce charlatan de Freud ». C'est ceux qui ont tellement peur, n'est-ce pas, d'être face à eux-mêmes, n'est-ce pas, qui ne retiennent que ce dont ils sont conscients. Des fois, qu'ils trouveraient à l'intérieur même, à l'intérieur d'eux-mêmes, ce qu'ils cherchent. Vous savez, quand on veut se protéger d'un danger chez soi, on ferme les verrous, on ferme les fenêtres, on a peur des craquements.
48:48 Mais tout ça s'avère inutile si on a renfermé la nuit chez soi, le cauchemar. Ce qu'illustre très bien un film que je vous recommande, un film culte qui s'appelle, de fiction, de space, comme on dirait maintenant, space film, Planète interdite. Je n'en dis pas plus, mais je vous y renvoie, regardez, dans Allociné le scénario, vous comprendrez, c'est à quoi je fais allusion. Ceux qui ont tellement peur, n'est-ce pas, du sujet qui est à l'intérieur d'eux et qui contredit complètement l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, et je cite encore Marx, toujours de la fameuse préface de 59, « Pas plus qu'on ne juge un individu à l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne juge une époque sur sa conscience de soi. »
49:36 Vous vous rendez compte si on devait juger l'individu avec l'idée qu'ils font d'eux-mêmes de sa conscience d'eux-mêmes ? Ça irait vite les procès, lorsqu'il y a eu un crime, on dirait à l'accusé, « Accusé, levez-vous ! Qu'est-ce que vous en pensez ? » « Oh, monsieur le juge, à mon avis, je suis innocent. » Mais acquitté, ben oui, c'est moi qui décide de moi-même. Non, non, il faut faire un vrai procès, il faut être objectif. Alors là, il faut être scientifique, ne pas se contenter, n'est-ce pas ? Il faut se dire, « Tiens, pourquoi le dimanche, je tiens tellement à mettre une nappe différente des autres quand j'invite les potes ?
50:09 Il faut changer un peu de l'ordinaire pensant, je ne peux pas expliquer ça par la biologie, je ne mange pas plus ni mieux au niveau biologique lorsque je mets une jolie nappe, lorsque je mets des fleurs sur le guéridon quand ils vont arriver et lorsque je mets les radis en rond autour du saucisson pour faire joli. Tout ça n'ajoute rien, pas plus que les peintures sur les cavernes. Et c'est ça l'homme. L'homme commence lorsqu'on va au-delà du minimum vital.
50:41 Je n'ai pas dit que le minimum vital n'est pas important. Sans lui, il n'y aura rien. Sans l'existence et le vital. Mais s'il n'y a que ça, on n'est pas encore entré dans l'anthropologie ni dans l'homme. Tout ça est en jeu dans ce qu'on est en train de voir. Car tout ça est nié. Ce côté anthropologique est nié par ceux qui font le procès permanent du téléologique. On lui a réglé son compte au XVIe siècle à la téléologie qui ne tient pas la route.
Aliénation de la finalité et théorie spinoziste de l'erreur
51:11 Et maintenant, je vais être plus précis. Je reviens à l'histoire des sciences. Pourquoi pendant des milliers d'années, a-t-on eu tendance à penser qu'on était au centre ? Parce que c'est beaucoup plus rassurant de penser que j'habite la place Vendôme plutôt que d'apprendre que je suis dans une lointaine banlieue pourrie. Toutes les banlieues ne sont pas pourries, mais je m'entends. Ceux qui subissent, ce qui se passe dans les barres et les cités et ceux qui en subissent les conditions matérielles en particulier comprennent ce que je veux dire.
51:44 Eh bien oui, c'est plus rassurant d'être au centre. Autrement dit, l'homme créateur de choses à qui il assigne un but, chaque fois qu'un artisan, qu'un ouvrier, qu'un ingénieur imagine un pont, quelque chose, un objet à qui il assigne une fonction, une fin, un but, l'aliénation, c'est-à-dire le fait de le transposer chez un autre que soi-même, c'est-à-dire, c'est ça la physique d'Aristote, c'est de raisonner comme si les objets qui nous environnent étaient tous le fruit de l'art et de l'artisanat, comme si c'était l'objet d'une création, d'un, comment on dit, intelligent design, on dit maintenant, je ne sais pas.
52:33 Voilà, donc je rappelle qu'on n'est pas allé jusqu'au bout de la révolution scientifique quand on ne fait pas ce procès. Autrement dit, c'est parce que l'homme, niant sa propre réalité, s'est aliéné dans la nature en imaginant qu'elle est animée par des fins comme si elle était un peuple de sujets et non pas une collection d'objets. C'est comme si cet homme-là allait jusqu'au bout du procès scientifique qui a fait qu'on est arrivé à la révolution scientifique, c'est ramener la finalité à sa place.
53:11 Je fais ici et je suis un peu plus spinosiste que ceux qui se réclament de Spinoza pendant la guerre froide, à commencer par les Deleuze et compagnie et on ferait et bon, bref, perdons pas de temps, à savoir le Spinoza qui fait une des plus belles théories de l'erreur et surtout de l'illusion qu'on n'ait jamais faite et que je vous résume très rapidement. Si, dit Spinoza, l'erreur consistait à faire exister ce qui n'existe pas, j'imagine, je ne sais pas moi, un agneau qui a des ailes, bon, si l'erreur consistait à penser quelque chose qui n'existe pas, il faudrait la considérer plutôt comme une preuve de notre grandeur qu'une preuve de notre faiblesse.
53:53 Est-ce que ça veut dire qu'on est comme Dieu, on peut arriver à faire exister ex nihilo des choses qui n'existent pas ? Autrement dit, l'erreur ne consiste pas à penser ce qui n'existe pas. La pensée pense toujours quelque chose qui existe, elle est poussée par quelque chose qui existe à penser ceci plutôt que cela, mais elle pense quelque chose mais elle ne le pense pas à sa place. il y a ce que Freud appellera plus tard un déplacement. Un déplacement. C'est vrai, c'est vrai qu'il y a quelque chose qui poursuit une fin, mais ce n'est pas le caillou qui tombe qui poursuit une fin, c'est nous.
54:27 Donc, on a fini ma longue parenthèse épistémologique en rappelant qu'il faut cantonner la téléologie et la finalité, pas le finalisme, la finalité au monde de l'histoire et de l'anthropologie et ne pas imputer une finalité aux choses de la nature. Je laisse entre parenthèses l'entre-deux entre le monde des cailloux et le monde de l'homme, je laisse le monde des cailloux, enfin quand je dis le monde des cailloux, le monde de la matière inanimée qui est de loin ce qui domine dans l'univers.
54:59 Parce qu'en dehors de la planète bleue, comme on disait dans Goldorak, je me demande bien, il y a certainement d'autres endroits à habiter en termes statistiques, c'est probable, disons, je ne sais pas si l'on croit à la loi des grands nombres, pour en rester là et rester lucide. Mais je veux dire, ce n'est pas la règle la plus générale et la mieux observée. Donc, entre les êtres inanimés, les galaxies, l'ammoniaque, les supernovas et les sujets de l'histoire que nous sommes, qui en sommes aussi des objets d'ailleurs, il y a le monde vivant.
55:32 Le végétal et l'animal. Et donc, je ne tranche pas, je vous laisse le soin de réfléchir si on doit y imputer une finalité ou pas. Ce n'est pas notre objet là maintenant, mais il fallait recaser les choses et les mettre dans l'ordre. donc, il faut réhabiliter cette urgence de nos jours contre le néo-positivisme qui voudrait nous réduire à un mécanisme, ce qui n'est pas du tout cohérent, n'est-ce pas ? Mécanisme, mécanisme dans lequel les savants nazis n'hésitaient pas à basculer, n'est-ce pas ?
56:06 Quand ils essayent de tout raisonner en termes génétiques, vous savez, les races, les supériorités, les infériorités, tout ça, c'est le bon gène ou c'est pas le bon gène, c'est la bonne race ou c'est pas la bonne... Bref, par tout ce qui est natal, de ce qui dépend de la naissance. Les juifs en ont été la première victime parce que là, c'est par naissance, n'est-ce pas ? Et non pas par appartenance politique parce que ce sont les judéo-bolcheviques qui ont pu se dérouiller dans le monde nazi. Mais enfin, il y a plein de juifs qui n'avaient rien de communistes ni de bolcheviques et qui ont été des victimes à cause de leur naissance.
Le rêve et la vie : fin du texte de Lénine
56:38 C'est monstrueux, n'est-ce pas, de tout juger en termes de nature, de natal. Pensez-y. À notre époque, cela revient, revient avec une obscénité inquiétante. Donc, je continue, j'enchaîne, je reprends et j'enchaîne. Le désaccord, je prends la fin de cette page, le désaccord entre le rêve et la réalité n'a rien de nocif. Si toutefois, l'homme qui rêve croit sérieusement à son rêve, ça a été traduit, ça a été imputé à Lénine alors qu'il cite Pissarev, on le traduit souvent en le simplifiant en disant rêver est nécessaire à condition que le rêveur aille jusqu'au bout de son rêve, ce qui est à peu près l'esprit du texte.
57:22 Enfin, respectons-en la lettre. Le désaccord entre le rêve et la réalité n'a rien de nocif. Si toutefois, l'homme qui rêve, autrement dit, entre l'imaginaire et le réel immédiat, là, sensible, il dit si elle maintenant, si toutefois, l'homme qui rêve croit sérieusement à son rêve, ça veut dire si il adjoint à son rêve un principe de réalité pour le réaliser, s'il observe attentivement la vie, compare ses observations à ses châteaux en Espagne et d'une façon générale, travaille consciencieusement à la réalisation de son rêve.
57:55 lorsqu'il y a contact entre le rêve et la vie, c'est la phrase la plus célèbre de Pissarev, lorsqu'il y a contact entre le rêve et la vie, tout est pour le mieux. Et c'est le plus nihiliste, le plus anti-esthétique, le plus anti-révasserie, n'est-ce pas, des mouvements nihilistes russes qui s'expriment. Et Lénine reprend à la parole, des rêves de cette sorte, de cette sorte, c'est-à-dire de ceux qui ne font pas l'impasse sur le réel, sur le réalisme et le matérialisme, qui tiennent compte des lois de la matière.
58:29 Si Marx étudie à fond le capital, au lieu de rêver comment devrait être la future société communiste et d'enfanter les chimères, au lieu de... Il commence d'abord par penser ce qui est et non pas ce qui doit être. Si on veut s'en débarrasser du capitalisme, et Marx faisait partie de ceux qui souhaitaient que l'humanité s'en débarrassent, si on veut s'en débarrasser, il faut savoir comment ça fonctionne, d'abord, n'est-ce pas ? Donc, il faut revenir au réel. Des rêves de cette sorte, de ceux qui prennent en compte le réel, il y en a malheureusement trop peu dans notre mouvement.
59:05 Sous-entendu, soit parce qu'il y en a qui sont dans les chimères, donc qui rêvent, mais sans avoir le principe de réalité, je résume rapidement, soit au contraire ceux qui disent que tout rêve est une perte de temps, une rêverie, et que c'est indigne d'un militant marxiste, n'est-ce pas, de faire appel au rêve ? Donc, des rêves de cette sorte, il y en a malheureusement trop peu dans notre mouvement. Et la faute en est surtout aux représentants de la critique légale et du suivisme illégal qui se targuent de leur pondération, de leur sens du concret.
59:38 Fin de citation de cet admirable texte de Lénine. Rêver est nécessaire, à condition que le rêveur aille jusqu'au bout de son rêve. Voilà. Je peux donc vous donner rendez-vous à d'autres textes où nous allons suivre ce qui s'apparente à les rêveries et vous verrez que c'est pour ne pas lâcher quelque part un enjeu, un enjeu qui nous amène à ce qu'il y a de plus actuel, ce qu'il y a de plus actuel et de plus pressant.
1:00:11 J'essaie de traduire un jeu de mots hégélien, « spiel » et « Beispiel » « spiel » c'est l'enjeu, le jeu, « spiel » et « spiel » et « Beispiel » c'est l'exemple. Dans chaque cas particulier, « Beispiel » exemple, il y a quelque chose d'autre qui est en jeu. C'est ce que nous verrons la prochaine fois, cet enjeu-là. Il faut donner une grande attention au réel dans sa matérialité pour le déterminer.