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Report du commentaire des documentaires sur l'écriture
0:49 Bonsoir, chers amis. Je vous quitte trois secondes et je vous reprends tout de suite. Je vous présente quelqu'un. Regarde un peu. Voilà, vous voyez, je râle parce qu'elle est tout le temps fourrée sur le radiateur. Et donc, elle me laisse tomber. Et donc, je vais lui régler son compte. Voilà. Vous pouvez prévenir la société protectrice des animaux, alerter les vegans, tout ce que vous voulez.
1:19 En fait, elle adore ça. Oui, on a une relation un peu sadomaso. Je suis bien content de vous retrouver pour ce dernier direct de 2020, que je vous dise tout de suite, qui est une légère modification par rapport au programme qu'on vous a annoncé sur notre page Facebook, où vous avez la gentillesse de nous suivre. Alors, donc, j'avais prévu une lecture avec vous de deux documents, de trois, mais surtout de deux documents vidéo pris sur Arte, des documentaires faits par Arte, qui étaient excellents.
2:09 d'ailleurs, je ne suis pas un fan d'Arte, mais là, j'avoue que c'était excellent, et qui concerne l'origine de l'écriture, et qui sont exceptionnellement bien faits, et surtout, chacun des documentaires développait les deux aspects du problème de la mémoire qui nous travaillent et que nous essayons de travailler depuis bien des semaines maintenant, et bien des mois, à savoir aussi bien la forme de la mémoire que la matière, le grand couple aristotélicien, l'immense couple aristotélicien de la matière et de la forme.
2:46 L'un insistait sur comment ça a commencé, vous savez, les problématiques classiques, écriture iconique par des images, par exemple, l'écriture hiéroglyphique, l'écriture alphabétique, au contraire, ça c'est la forme, si vous voulez, le code, la codification, et puis, un autre insiste sur la matière, sur le support. On écrit sur quoi ? Sur du papyrus ? Sur du parchemin ? Voilà, je ne veux pas développer parce que ce serait anticipé sur quoi ? Je ne le ferai pas aujourd'hui parce que j'ai vu qu'il faudrait visionner quelques passages de la vidéo qui prennent chacun un certain temps et donc, nous avons décidé avec Philippe Moreau que le mieux était qu'on enregistre mon commentaire de ces deux vidéos et qui vous seront diffusées incessamment, toujours sur YouTube, bien sûr, sur Facebook et sur YouTube par les bons soins de Philippe que je remercie d'avance
3:57 et donc, je ne saurais trop vous recommander en attendant, puisque ça vous donne du temps justement de visionner intégralement ces deux vidéos-là. j'avais sélectionné pour ceux, en pensant toujours à ceux qui n'ont pas le temps, j'avais sélectionné quelques passages qui me semblaient, les passages obligés, on dit en musique, n'est-ce pas ? Quand on parle d'une basse obligée, ceux qui sont incontournables, comme on dirait dans les salles de rédaction ou sur les plateaux télé, mais franchement, vu la qualité des deux documents, le mieux, c'est que si vous avez un petit moment par ces temps de confinement, ça devrait arriver.
4:42 Voilà, en digérant votre champagne et vos huîtres et votre foie gras ou votre jeûne, vous avez le droit aussi de visionner ces deux vidéos et le commentaire sera donc très bientôt. Par contre, je conserve bien sûr la deuxième partie, n'est-ce pas ? Dont je rappelle très rapidement le sommaire.
Mnémosyne publique et privée : Antigone lue par Hegel
5:16 Les titres de cette deuxième partie, c'était « La préservation de l'ancienne sauvagerie dans l'absolument moderne ». Ancienne sauvagerie et absolument moderne, si vous regardez sur notre page Facebook telle que ça a été annoncé, sont entre guillemets parce que, bien sûr, les amateurs de poésie le savent, ce sont deux citations de Rimbaud, n'est-ce pas ? L'un extrait d'un texte dont je me suis souvent servi pour d'autres problématiques, les meilleurs textes sont inépuisables et servent à des problématiques très différentes.
5:51 Apparemment, la preuve, elles sont reliées quelque part. Donc, celui-ci est extrait de mouvement. J'y reviendrai à ce texte dans un petit moment. Et quant à absolument moderne, c'est dans la saison en enfer qu'il y a cette conclusion célèbre de Rimbaud après avoir renoncé à toutes ses lubies, à toutes ses nostalgies, bref, et surtout à toutes ses tentatives d'évasion, à son escapisme, qui est la marque, une des marques, qu'on a vu ensemble, si vous vous rappelez bien, une des marques indélébiles de la modernité, ne pas s'évader, mais au contraire, il dit, il faut être absolument moderne et il enchaîne en disant, le contraire de l'évasion, tenir le pas gagné.
6:38 Pas le pas gagné, le pas gagné. Voilà. Et puis après, j'enchaînais sur Mnémosyne publique et privée, car les mécanismes, les contenus et la forme de la mémoire personnelle, je pense à, on a vu assez de textes à Proust, etc., ne sont pas les mêmes que ceux de la mémoire collective, n'est-ce pas ? On a vu un bel exemple avec le sondage qui avait été fait auprès du public européen, en l'occurrence, là, c'était en France, à la fin de la guerre, fin 1944, quelle est la nation qui a le plus contribué à la victoire contre la barbarie nazie, à l'époque, près de 60%, répondent à l'Union soviétique et 30 ans après, n'est-ce pas ?
7:34 La machine propagande d'Hollywood et Le Jour le plus long et tout ce qui suit, bref, et 30 ans de guerre froide, jouant leur rôle, les choses s'inversent, tout d'un coup, c'est les États-Unis qui auraient joué le rôle le plus important. Voilà, pour montrer que les mémoires, les mécanismes de la mémoire collective n'obéissent pas tout à fait au même principe que ceux de la mémoire privée. Donc, ça explique un peu ce titre sur lequel je reviendrai, Mnémosyne publique et privée. en montrant que les deux sont très difficilement séparables.
8:09 Aller séparer dans n'importe quel moment de notre journée ce qui est d'ordre strictement privé et ce qui est d'ordre strictement public. Par ailleurs, je suis toujours sur le deuxième man, la publique et privée. Par ailleurs, l'opposition du public et du privé, vous croyez que je suis dans l'économie, dans le social, le secteur nationalisé, par rapport au MEDEF ou au CAC 40, ça va encore plus loin que ça, si je puis dire.
8:40 Car, vous voyez, une œuvre qui a plus de 1500 ans, l'Antigone de Sophocle, dont Hegel dit à plusieurs reprises dans son œuvre que c'est une œuvre tout à fait exceptionnelle dans l'histoire de l'art puisqu'elle reste valable malgré les différences de contexte, on n'est plus dans une société esclavagiste, etc. comme le monde grec. Il dit, c'est...
9:10 de tout... Il dit même, il pousse ce cri dans ses leçons sur l'esthétique qui s'adresse à ses élèves de tous les chefs-d'œuvre de l'antiquité et du monde moderne et je les connais tous et s'apercevant que ça peut avoir de... de vantard, n'est-ce pas, cette expression. Il ajoute aussitôt et chacun peut et doit les connaître. Sous-entendu, je suis là pour ça avec mon cours d'esthétique. De tous les chefs-d'œuvre de l'antiquité et du monde moderne et je les connais tous, Antigone me paraît le plus parfait, le plus apaisant.
9:43 En elle, n'est-ce pas, la féminité et la virilité sont individualisées dans le choc de la famille et de l'État. Bon après, je laisse tomber, mais voilà, c'est que Antigone ne veut pas laisser le cadavre de son frère abandonné aux oiseaux sauvages et aux bêtes de proie face à Créon qui va absolument, n'est-ce pas, punir ce citoyen qui a osé faire le crime le plus grave qu'on puisse imaginer dans le monde grec, n'est-ce pas, c'est-à-dire trahir sa cité en pleine guerre avec la cité voisine en passant à l'ennemi.
10:17 Et voilà, donc c'est vraiment un conflit entre les valeurs du privé, mais pas de l'individu, du privé, au sens ici de la famille, de l'ensemble, du clan, d'accord, si ça vous parle, de l'ensemble, de la communauté, la micro-communauté familiale qui est l'ensemble de toutes celles et ceux dans lesquels coule le même sang, même parenté du sang, donc avec une détermination ici naturelle par opposition à la cité qui réunit au contraire sur un lien politique moins naturel, je ne sais pas, ceux qui viennent voter sur l'Agora ou sur la Pnyx, voilà.
Lecture de « Mouvement » de Rimbaud
10:56 Donc vous voyez que public et privé, ça ne date pas d'aujourd'hui ce conflit et ça doit tenir pour que Hegel lui-même dise que c'est de tous les chefs-d'œuvre et dans tous les arts, peinture, musique, c'est le Antigone me semble le plus parfait, le plus apaisant. Au moment où les fêtes arrivent, on va insister sur cet aspect-là. Voilà, et je voulais terminer justement, ça m'inspire la conclusion, c'est un petit jeu de mots, un devoir de mémoire avec lequel on nous bassine, n'est-ce pas, surtout pour ceux qui n'appliquent jamais le devoir de mémoire à ce qu'il faudrait, en oubliant, n'est-ce pas, que, en oubliant, c'est-à-dire en perdant la mémoire de leur devoir, justement, voilà.
11:41 Donc, pardon pour cette introduction un peu laborieuse, mais il s'agissait surtout de vous prévenir du changement, et donc, je commence tout de suite par la préservation de l'ancienne sauvagerie dans l'absolument moderne. Comme, je vous le rappelle, ce n'est pas la pire des nouvelles, et je vous en remercie, nous vous devons cette bonne nouvelle, nous avons dépassé le cap des 2000 abonnés depuis la dernière fois.
12:12 j'ai même vu, ça m'a fait très plaisir que pas mal de ceux qui nous suivent s'en félicitaient publiquement, ça m'a fait bien plaisir, ça veut dire qu'il y en a qui sont nouveaux, qui prennent le train en marche, qui n'ont peut-être pas suivi les textes que nous travaillons dans le cadre de cette recherche sur l'anamnèse et l'amnésie, et a fortiori qui n'ont pas suivi les sept dernières années de vidéos mensuelles, n'est-ce pas, que nous faisions non pas en direct cette fois, mais dans la salle du centre culturel Goscinny, dans le 13e, en espérant qu'on va le reprendre bientôt, et je suis donc, pardon pour ceux qui connaissent déjà, je suis tenu de rappeler, autant que le texte est très court, c'est une illumination de Rimbaud, ce très beau texte qui s'appelle
13:22 Mouvement, donc extrait des illuminations de Rimbaud, et je vous le lis d'abord sans commentaire, il est court, et vous allez voir que l'ancienne sauvagerie est citée dans les tout derniers passages de ce texte assez court. Mouvement. Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, le gouffre à l'étambot, la célérité de la rampe, l'énorme passade du courant, mène par les lumières inouïes et la nouveauté chimique les voyageurs entourés des trombes du Val et du Strom.
14:07 Ce sont les conquérants du monde cherchant la fortune chimique personnelle. Le sport et le confort voyagent avec eux. Ils emmènent l'éducation des races, des classes et des bêtes sur ce vaisseau de repos et vertiges à la lumière diluvienne au terrible soir d'études. Car, de la causerie parmi les appareils, le sang, les fleurs, le feu, les bijoux, des comptes agités à ce bord fuyard, on voit, roulant comme une digue au-delà de la route hydraulique motrice, monstrueux, s'éclairant sans fin leur stock d'études.
14:48 Eux, chassés dans l'extase harmonique et l'héroïsme de la découverte. Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, un couple de jeunesse s'isole sur l'arche. Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne et chante et se poste ? Point final. Je reprends maintenant ce texte pour ceux qui ne seraient pas encore tout à fait habitués à cette parole dont Rimbaud disait que comprendre ma parole il faut qu'elle fuit et vole ?
15:24 Non, mais c'est beaucoup plus clair qu'on ne croit. Vous avez déjà deviné, même ceux qui le découvrent voient bien le rôle que joue la modernité au sens vraiment le plus matériel, le plus concret, celui de l'industrie, de l'avant-garde industrielle. Rimbaud était un superbe vagabond et entre, il savait qu'il était des Ardennes et entre Belgique où il allait souvent et la France, il passait par des régions de fortes concentrations industrielles et donc il y avait comme ça quelques spectacles qui l'ont frappé et il y a une espèce d'hymne au futur qui est en train de préparer ces technologies.
16:06 Alors c'est assez émouvant de voir ce gamin à haillons sur les routes, n'est-ce pas, en train d'être émerveillé, bluffé, on dirait aujourd'hui en langage plus familier par un monde complètement préservé des galères, pas un monde d'ingénieurs travaillant. Voilà, je vous dis le contexte comme ça exprès en voix off et vous verrez qu'une fois ceci bien calé, le texte est en fait beaucoup plus clair qu'il ne le semble.
Une centrale hydraulique : l'hymne futuriste de Rimbaud
16:39 Alors je commence. Le mouvement, je recommence en commentant, le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve. En fait, il semble que l'unité industrielle qui l'a inspiré là, au cours d'une promenade, soit une centrale hydraulique. Vous allez voir, le mot hydraulique est dans le texte plus loin. Vous savez, je n'interprète jamais. je me sers du matériau rigoureusement textuel. Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, le gouffre à l'étambot. L'étambot, c'est le gouvernail, le système de gouvernail.
17:09 Ici, ça désigne les deux panneaux que ferment les écluses, n'est-ce pas, ou couvrent les écluses. Le gouffre à l'étambot, la célérité, donc la vitesse de la rampe, l'énorme passage du courant, pour actionner les turbines, il faut quand même qu'il y ait du courant, tout ça, c'est le groupe sujet, on dirait en grammaire, n'est-ce pas ? Je répète une dernière fois, le groupe sujet, le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, le gouffre à l'étambot, la célérité de la rampe, l'énorme passage du courant, et voilà le verbe, mène par les lumières inouïes, voilà le complément d'agent, et la nouveauté chimique, mène qui ?
17:46 Les voyageurs entourés des trombes du Val et du Strom. Il y a une vision d'avenir, n'est-ce pas ? Alors, ce que c'est les voyageurs, est-ce une péniche qui passe ? Est-ce que ce sont ceux qui traversent le pont ou la centrale hydroélectrique, peu importe ? Mais ce qui est intéressant, c'est le terme la nouveauté chimique, vous voyez ici, qui prouve à quel point je n'interprète pas, il s'agit vraiment des avant-gardes technologiques de son époque, n'est-ce pas, mène, on est dans les années 1870, vous savez, on ne parlait pas encore beaucoup d'industries chimiques à l'époque, il voit l'émergence de cet univers, de cette féerie industrielle qui paraît vraiment à l'opposé des hantises, décroissantes et écologistes aujourd'hui.
18:36 J'enchaîne. Mènent par les lumières inouïes et la nouveauté chimique, les voyageurs entourés des trombes du Val et du Strom. Et là commence une espèce d'hymne à cette communauté scientifique qu'il est en train d'observer, ce sont les conquérants du monde cherchant la fortune chimique deuxième fois, cherchant la fortune chimique personnelle, le sport et le confort voyagent avec eux. Là, il y a un petit côté pathétique, n'est-ce pas, de voir ce gamin en galère sur les routes, dans d'autres passages, il dit des fois le matin j'avais la contenance tellement défaite, n'est-ce pas, après la fatigue, le manque de sommeil, que certains de ceux que je croisais ne m'ont peut-être même pas vu.
19:24 Et là, tout d'un coup, ceux-là, en l'air, c'est gens du futur, d'être entourés de quoi ? Du sport. Le sport était réservé encore à une élite sociale à l'époque, le terme est anglais. Le sport et le confort voyagent avec eux. Le « eux », pronom personnel éloignant. Ce n'est pas moi, c'est « eux », c'est un autre monde. Ils emmènent l'éducation des races, des classes et des bêtes sur ce vaisseau.
19:54 Alors, écoutez, emmener des bêtes, des classes sur un vaisseau, ça doit vous rappeler quelque chose. On dirait l'arche de Noé, n'est-ce pas ? On dirait le déluge. Alors, on dirait « ça y est, Pagani, tu interprètes quoi que tu en dises. » N'est-ce pas ? Regardez bien, si je dis déluge, c'est que le mot, l'épithète de déluge diluvien arrive. Ils emmènent l'éducation des races, des classes et des bêtes sur ce vaisseau repos et vertige à la lumière diluvienne au terrible soir d'étude.
20:28 quand même, n'est-ce pas ? Car, de la causerie parmi les appareils, n'est-ce pas ? Le sang, les fleurs, le feu, les bijoux, des comptes, des comptes C-O-M-P-T, n'est-ce pas ? Mathématiques, des comptes agités à ce bord fuyard. On voit roulant comme une digue au-delà de la route hydraulique. Vous voyez, ça confirme qu'on est devant une centrale. Hydraulique motrice, monstrueux, s'éclairant sans fin.
20:58 Qu'est-ce qu'on voit comme ça, avec un suspense, leur stock d'études ? Technique et science, c'est pas eux, toujours eux, là-bas, cet autre monde qui est à portée de main, mais si loin en fait, eux, chassés dans l'extase harmonique et l'héroïsme de la découverte. Donc, on est ici à l'opposé du sujet que nous traitons depuis quelques temps. Il n'est nulle part fait allusion ici au passé. On est au contraire, c'est une espèce d'hymne futuriste.
Le couple de jeunesse et le sens de la sauvagerie
21:28 Et voilà qu'arrive l'étrange chute. Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, il n'est nul poète qui ne soit pas attentif aux accidents atmosphériques, n'est-ce pas ? Un ciel qui se couvre, une éclaircie au contraire, un arc-en-ciel, une clairière, ou comme dit magnifique Hölderlin dans une superbe lettre qui date de l'époque juste intermédiaire entre les séjours à Bordeaux et le début de la folie, lettre à Casimir Ulrich Böhlendorff, vous pouvez oublier, mais sauf pour, si vous voulez revoir cette lettre qui est une splendeur, il dit à un moment donné à propos de la lumière, sa force quand elle s'en vient, sa force quand elle s'en va.
22:18 Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, un couple de jeunesse, alors là, on est à l'opposé de la vision futuriste, il n'y a rien de plus ancien, n'est-ce pas, que, vous savez, les passants disent quand ils voient un couple de jeunes en train de flirter sur un banc, les amoureux sont seuls au monde, c'est ce qu'il y a de plus humain, on n'a pas attendu fort heureusement le monde moderne pour cela, n'est-ce pas ? Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, un couple de jeunesse s'isole, les amoureux sont seuls au monde, sur l'arche, et là vient la question, entre tirets, regardez bien, est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ?
23:00 Point d'interrogation. Et sans attendre la réponse, la chute, rapide, et chante, et se poste. Donc, ce couple de jeunesse chante et se poste. c'est cette conjonction dans le même texte pourtant bien court, d'une dimension opposée à celle que nous avons traité jusque-là, celle du passé, d'un texte presque entièrement orienté vers l'avenir et même vers le futur, au sens justement le plus anticipant, le plus futuriste, au sens que les cinéastes, 2001, l'Odyssée de l'espace ou Solaris, donnent à ce mot-là.
23:46 Film de fiction, on disait, dans les années 50, d'anticipation un peu plus tard, Space, vous diriez, depuis les Star Trek et compagnie, mais ça c'est plus votre génération que la mienne, à l'opposé de la dimension de la mémoire, à l'opposé de ce cœur tendre dont parlait Baudelaire dans Harmonie du soir, qui tourne le dos au futur qui est en train de venir, là, à la nuit, au néant vaste et noir, puisqu'on est au crépuscule, si on laisse l'horloge tourner, on va tomber dans le néant vaste et noir, qui tourne le dos et bref, je cite Baudelaire, comment le dire mieux, un cœur tendre qui est, qui a de la haine, qui hait le néant vaste et noir, du passé lumineux, vous voyez, il tourne le dos à l'avenir, et du passé lumineux recueille tout vestige.
24:44 C'est comme s'il déroulait en un seul vers le programme des milliers de pages que Proust va consacrer, à recueillir le moindre vestige du temps apparemment perdu, et qui, grâce à la plume de Proust, mais on y viendra, est devenu un temps retrouvé. Donc, voilà, presque tout le texte est dans cette dimension du futur. Donc, en principe, c'est hors programme par rapport au sujet qui nous occupe depuis déjà un certain temps, depuis tout ce cycle et qui se clôt aujourd'hui.
25:19 Et puis, voilà, que vient, que surgit tout d'un coup le passé le plus lointain. Est-ce ancienne sauvagerie ? Alors là, soyons clairs, sauvagerie ne veut pas tout dire ici, le sauvage qui dévore ses victimes tout crues, ce n'est pas le barbare. Regardez, un couple de jeunesse, c'est tendre, ce n'est pas du tout ça. C'est le sauvage au sens étymologique, celui qui se sauve, qui a bien raison de se sauver quand on voit ce que les civilisés leur ont fait, n'est-ce pas, en débarquant.
25:54 Voilà, ne pas oublier que, si vous regardez bien, le vrai terme pour esclave en latin, c'est servus, qui va donner serviteur, servus, celui qui a été conservé, qui n'a pas été exécuté et liquidé. Donc voilà, ce n'est pas du tout le sauvage comme une menace, mais au contraire, une sauvagerie précaire, vulnérable, n'est-ce pas, qui n'a pas résisté aux forces, n'est-ce pas, plus civilisées, plus outillées, plus équipées, est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne.
26:33 alors, c'est peut-être ça le terme le plus mystérieux, comme si, dans ce monde futuriste, le rappel de notre ancienne sauvagerie, parce qu'entre nous, allez, un couple de jeunesse, là, c'est vrai, justement, parce qu'il se sent seul au monde, il se touche, il y a un rapport physique, il y a quelque chose d'animal, c'est quelque chose de plus archaïque, et tant mieux, c'est ce qui est attendrissant, c'est pas un couple de jeunesse qui s'isole sur l'arche, c'est pas une correspondance amoureuse entre deux êtres séparés par des continents ou par des mers.
27:16 J'ai voulu par des mers en être séparés, disait la pauvre Phèdre. Donc, il y a quelque chose de bouleversant ici, n'est-ce pas ? C'est comme s'il y avait presque une, comme s'il fallait presque pardonner cette apparente légère impudeur de faire surgir notre vieux compagnonnage avec nos origines naturelles et animales dans le monde le plus opposé, dans celui qui est le plus sophistiqué, dans la nouveauté chimique, n'est-ce pas ?
Solaris de Tarkovski et 2001 de Kubrick
27:49 Dans les stocks d'études au long de la route hydraulique motrice, voyez, comme si ce n'était pas fait pour aller ensemble. Et justement, puisque je faisais allusion à des choses qui vous semblent peut-être plus familières pour certains, je pense au cinéma à deux réussites, deux superbes réussites du film dit d'anticipation, mais on ne peut plus opposer, et comme esthétique, et comme philosophie, et comme feeling, comme ce que vous voudriez, c'est-à-dire l'Odyssée 2000 de Kubrick et le Solaris de Tarkovski, ce qui est intéressant, on avait vu pour tout à fait autre chose, c'est qu'autant la fusée, la station spatiale soviétique dans Solaris a un côté, je ne dis pas crade, mais un côté presque rural, on va opérer allemand, que la terre lui soit légère, aurait dit, il m'a dit ça après son retour de Moscou, il avait été frappé pour un Allemand à quel point Moscou était propre, et il avait dit oui, on a pris un avion soviétique qui était un petit peu sommaire,
29:01 enfin il avait trouvé un mot, comme c'était un ancien aviateur de la Luftwaffe, voilà, la station spatiale elle est un peu négligée, ça donnerait un coup de balai par-ci, par-là, les astronautes portent des chandails, les cosmonautes, pardon, vous savez comme les cosmonautes en l'Union soviétique, et les astronautes du côté des astronautes, américains, alors qu'il n'y a pas plus lisse, plus germano-américain, plus nickel que la station de Kubrick, n'est-ce pas ?
29:31 Regardez le passage où l'on voit les cercueils, enfin les cercueils, ils ne sont pas morts, ils sont en cryogénie, n'est-ce pas ? Les sujets qui sont dans la glace, mais on dirait qu'on les a astiqués mais cinq minutes avant que le film ne commence, mais jusqu'au point qu'on pourrait se voir dans chacun d'eux, n'est-ce pas ? pour reprendre un slogan publicitaire, trivial. Donc, quand je parle d'ancienne sauvagerie, ce qu'il faut pardonner, c'est peut-être qu'elle fait tache forcément avec le corps, tout ce qui est organique, tout ce qui est ancien, primitif.
30:13 c'était le mot, ça m'aurait bien qu'avait pris mon beau père allemand pour caractériser l'avion soviétique etwas primitiv, en oubliant que c'est quand même les soviétiques les premiers qui ont atteint la vitesse de libération qui permet de satelliser un objet autour de la Terre, avec le premier Sputnik. comme si quelque chose d'aussi innocent qu'un couple de jeunesse, comme il dit, un couple de jeunes amoureux n'avait plus sa place dans le monde du futur, ce qui serait inquiétant.
30:47 C'est le cas dans Odyssée de l'espace. On pouvait toujours trouver une histoire d'amour dans le film, il n'y en a pas une, d'un bout à l'autre. C'est un chef-d'oeuvre, le film, ce n'est pas la question. Il n'y en a pas du tout. Alors que dans le film soviétique, je veux dire, il y a les apparitions et disparitions d'une figure féminine envoûtante. Bon, donc, mystérieux, cette ancienne sauvagerie. Eh bien, Rimbaud, dans ce texte très court, mais quelle leçon de sagesse, de maturité, ce gamin qui n'a pas 19 ans quand il écrit ça, nous montre ici ou nous permet de faire le bilan de tout notre cycle sur la mémoire.
Anamnèse ou oubli : fidélité à la précarité commune
31:32 Car je ne suis pas allé au bout, je ne vous ai pas dit, finalement, à la question qu'on avait posée au départ, est-ce qu'il vaut mieux faire un grand effort d'anamnèse, de creuser, creuser dans notre mémoire jusqu'à arriver aux souvenirs les plus lointains, jusqu'aux scènes primitives, jusqu'à l'inquiétante, n'est-ce pas ? Ou bien, comme Nietzsche le proposait, de couper le cou à cet effort anamnésique, je dis couper le cou parce qu'il y a l'image du serpent dont il faut mordre la tête et la recracher au loin, n'est-ce pas ?
32:03 Dans Zarathoustra, et au contraire, qu'il n'y a rien de plus sain qu'une certaine dose d'oubli, parce que s'il fallait se souvenir à chaque instant de tout ce qui nous est arrivé, on perdrait cœur, cœur au sens de courage, et c'est le sens ancien. voilà, on n'a pas répondu. Voilà, j'ai campé le problème, n'est-ce pas ? Faut-il aller jusqu'au bout, c'est-à-dire, aller, revenir à notre étymologie commune, à ce qui fait que toute la société humaine est une communauté.
32:39 Là, pour une fois, je n'oppose pas la communauté et la société. j'oppose, bien sûr, la société à la communauté très restreinte et exclusive et dangereuse du communautarisme, la communauté dans la particularité, dans l'illusion de croire qu'elle est particulière. J'en profite pour dire, c'est extraordinaire, quand vous faites parler des sociétés qui se vantent de leur identité, pour exprimer ce qu'elles ont d'unique, elles disent ce que disent toutes les communautés.
33:09 Je ne sais pas, mais chez nous, on a un sens de hospitalité et on a une fierté, enfin bref, nous énervons pas. Donc, non, là, c'est comme si toute l'humanité redevenait une communauté lorsque chacun d'entre nous, poursuivant son anamnèse jusqu'au plus lointain, faisant œuvre de fidélité. Vous voyez, je révise tout ce qu'on a dit, le plus fidèle, ce celui dont la mémoire remonte le plus loin, n'est-ce pas ? Jusqu'à quoi ? Jusqu'à ce que nous sommes tous en arrivant au monde, n'est-ce pas ?
33:40 C'est-à-dire un petit animal vagissant et peu viable et qui ne s'en sortirait pas individuellement s'il n'y avait pas le relais d'une communauté déjà équipée, que ce soit celle de Néandertal, celle du Moyen-Âge, n'est-ce pas ? Ou celle de Manhattan ou de Tokyo ou de Shanghai, maintenant, peu importe, n'est-ce pas ? reconnaître à chacun de nous cette précarité, ne pas la refouler, ne pas se carapaçonner dans des tas de défense, des armures intellectuelles, idéologiques, n'est-ce pas, de se préserver, d'avoir des gestes barrières, n'est-ce pas, avec tout ce qui menacerait cette fragilité initiale à laquelle il faut rester fidèle.
Carapaces et gestes barrières idéologiques
34:29 Ici, je fais un petit développement philosophique. Je viens de parler de carapace. Il y a une belle dialectique autour de ce terme. C'est une métaphore que je prends, puisque je parle ici de gestes barrières, intellectuels, des barrières idéologiques. Et Dieu sait, si ça a de l'importance dans l'idéologie, autant qu'au niveau matériel, le fait de devoir se protéger contre un danger, contre une menace, penser à tous les efforts faits dans la propagande nazie, pour persuader le peuple allemand, n'est-ce pas, que le judéo-bolchevisme était une menace mortelle pour chaque Allemand, n'est-ce pas ?
35:08 Je dis bien le judéo-bolchevisme, le juif, communiste, parce que tout ça, c'est la même engeance dans la bouche d'un nazi, n'est-ce pas ? On sait que tout ça vient de l'Orient, c'est issu de là. Que ce soit Marx, Jésus, ou les ghettos de Berlin ou de Leipzig. Donc, qu'est-ce qu'on est en train de revoir là ? Je suis en train de dire qu'il peut y avoir des gestes barrières dans le discours idéologique, n'est-ce pas, se protéger, et rappelez-vous, ce choral composé par Luther, Luther lui-même, celui par lequel commence, n'est-ce pas, le sentiment national allemand, et de manière superbe, en s'opposant, n'est-ce pas, à la dictature papale qu'il y avait sur l'Europe à ce moment-là, pour ne pas oublier.
36:07 Même si en bon allemand, mais que mes amis allemands me pardonnent, mais ils savent que je suis plus germanophile que bien des allemands, il n'empêche que, après avoir lutté pour l'indépendance de l'Allemagne face, n'est-ce pas, au Vatican, ensuite, il a déchaîné la violence, il a demandé au Seigneur de mater les révoltes de paysans, les paysans qui commençaient à prendre au sérieux ce mouvement d'émancipation, et on a bien vu ici toute l'ambiguïté, n'est-ce pas, mais ça, c'est l'histoire allemande, laissons cela, j'admire autant Luther que je vois aussi ce qu'il y a d'inquiétant.
36:48 Pourquoi j'en parle ? Parce que je vous avais dit qu'il avait composé un choral dont le titre était « Je reviens à mes barrières, mes gestes barrières ». « Ein feste Burg ist unser Gott ». Traduction, « Notre Dieu est une citadelle ou une forteresse » ça dépend de la traduction imprenable. Vous voyez, il y a déjà les Panzerdivisionen, le blindage, la carapace. Non, non, je ne suis pas dans le désordre. Il y a la continuité dans ce que je dis, j'essaye.
37:19 Et n'oubliez pas que je suis venu à la carapace au blindage, au geste barrière à partir de la fragilité de notre ancienne sauvagerie commune, de cette chair à nu, qui est celle que recherchent les amants et qui recherchent justement la protection des murs, des draps, du lit, de l'anonymat, de l'obscurité. Je reviendrai parce que c'est tout le problème des rapports du public et du privé. Vous savez à quel point je suis pour qu'on restitue, n'est-ce pas, tout ce qui a été spolié à la propriété collective, tout ce qui a été nationalisé, les banques, les chemins de fer, parce que les chemins de fer, ça l'est encore en partie, mais enfin, je vais dire, l'électricité, les aciéries, n'en parlons pas il y a longtemps.
Défendre une sphère privée : les deux pôles
38:10 Et voilà que je défends aussi le fait qu'il faut qu'il reste une sphère privée. Vous voyez la dialectique ? Quand Hegel disait que l'opposition d'Antigone et de Créon est l'opposition éthique la plus hautement tragique et qu'elle traverse tous les arts et tous les temps, on commence à comprendre pourquoi cette œuvre le fascine du début jusqu'à la fin. de son œuvre, n'est-ce pas ? Je dis ça parce qu'il a traduit l'Antigone de Sophocle quand il avait 15 ans au lycée, en bon petit héléniste comme ils étaient tous, et dans ses derniers ouvrages, n'est-ce pas, y compris dans Les principes de la philosophie du droit, son testament politique, n'est-ce pas, il revient encore une fois sur ce qu'il appelle une des plus sublimes illustrations de l'opposition de la famille et de l'État, du public et du privé.
39:02 Oui, il faut qu'il y ait une sphère privée, tout le monde sera d'accord, je veux dire, moi je suis pour la nationalisation mais pas de votre brosse à dents, ni de votre copine, et je m'adresse à vos copines, il ne s'agit pas de nationaliser votre copain. Allez, soyons sérieux, vous voyez bien, il faut, c'est ce dosage qu'on est en train de travailler pour ma conclusion sur ce cycle de la mémoire, n'est-ce pas ? La mémoire doit aller jusqu'au plus ancien, à notre vulnérabilité, et notre ancienne sauvagerie, et en même temps, n'est-ce pas, c'est pas un hasard si cette ancienne sauvagerie est introduite par Rimbaud comme chute, de quoi ?
39:48 d'un poème entièrement dévoué à ce qu'il y a, à cette promesse fabuleuse qu'il y a dans sa vision du futur, devant ce qui devait être une centrale électrique qui s'est révélée sur son chemin. Voilà ce que je tenais à poser, à camper avec vous, les deux pôles, cette problématique. Le plus ancien, notre ancienne sauvagerie, vulnérable comme une huître, dont on a enlevé la coquille, et qui remue, c'est bientôt le réveillon, excusez-moi, c'est un peu sadique, mon exemple, mais je veux dire, vous savez, quand on leur met du vinaigre ou du citron, il y a des huîtres qui continuent à remuer, c'est terrible, vous voyez, comme cette chair est vulnérable.
40:32 Et je vais revenir au sadisme tout à l'heure, c'est pas de hasard, mais des taux, ne croyez pas. Et ça, c'est un premier pôle, cette ancienne sauvagerie vulnérable, et qui a demandé des millénaires et des millénaires d'histoire pour élaborer les moyens de se protéger de toute agression extérieure, voire intérieure, ça c'est tout le champ de la psychanalyse, n'est-ce pas ? Et l'autre pôle, c'est la modernité, la praxis, l'action collective, pour peu qu'on récupère, bien sûr, et qu'on se réapproprie les grands moyens de production et d'échange, vous voyez, on n'est plus tout à fait en poésie là, et pourtant, c'est tellement lié, on le voit bien ici, avec le texte de Rimbaud, n'est-ce pas, qui est un hymne, n'est-ce pas, à ce qui est le plus développé dans la praxis de son époque, et qui est l'occasion d'un sommet poétique.
Retour sur Phèdre : la pulsion sadique d'Aricie
41:30 Alors, pourquoi j'ai fait une petite allusion, apparemment, sadique à mes huîtres qui gigotent sous l'acide, n'est-ce pas, de l'échalote, du vinaigre et ou du citron, c'est parce que j'ai eu dans mes courriers, y compris des courriers personnels, sur ma boîte personnelle, quelqu'un qui en dit, qui exagère, en disant quand même que c'est Phèdre la moins coupable, je reviens un peu sur la dernière fois, Phèdre la moins coupable, dans la tragédie de Racine, enfin quand même, la petite Aricie, c'est terrible, elle est condamnée par ce salopard de Thésée, dictateur de la cité, elle, dernière survivante d'une famille que Thésée a exterminé, enfin exterminé tous les rejetons mâles, la dernière survivante, et en plus, pour pas qu'elle fasse des rejetons, il interdit à tout homme de l'approcher, mettant des gardes autour de sa résidence, d'accord ?
42:24 Et pour une fois qu'elle a un amour, voilà que cet amour va être tué par les divinités tutélaires de Thésée, par le monstre marin surgit de l'océan sur l'ordre de Neptune, n'est-ce pas, à qui Thésée a demandé de le venger de son fils. Or, je voudrais ici, je fais une petite parenthèse dans mon propos initial, sur un mot que je suspends un instant, je reviens à la tragédie de Phèdre pour lire un passage que je n'avais pas lu du tout, qui est le passage où Aricie, la petite innocente dont on me dit que je le prends un peu à la légère avec elle, n'est-ce pas ?
43:05 Et la Cendrillon, là, je la compare souvent à Cendrillon parce qu'elle n'a vécu que du malheur et tout d'un coup, voilà que le prince lui-même, le prince charmant le plus envié de la cité, le fils de Thésée, est amoureux d'elle. D'accord ? Mais elle est en train de l'apprendre par sa confidente, elle n'y croit pas, n'est-ce pas ? Parce qu'il n'a pas la réputation de s'intéresser aux femmes, l'Hippolyte, je ne reviens pas sur tout ça. Et voilà que sa confidente lui dit je vous dis juste les derniers mots de la confidente dès vos premiers regards je l'ai vu se confondre ses yeux qui vainement voulaient vous éviter et déjà plein de langueur ne pouvaient vous quitter le nom d'amant peut-être offense son courage mais il en a les yeux s'il n'en a le langage.
43:52 Réponse d'Aricie que mon cœur chère Ismène écoute avidement un discours qui peut-être a peu de fondement on dirait Cendrillon qui n'en croit pas c'est un rêve Oh toi qui me connais te semblait-il croyable que le triste jouet d'un sort impitoyable donc là elle donne raison à mes contradicteurs c'est quand même la plus malheureuse comment je peux dire qu'elle est coupable de quoi que ce soit que le triste jouet d'un sort impitoyable un cœur toujours nourri d'amertume et de pleurs dû connaître l'amour et ses folles douleurs reste du sang d'un roi noble fils de la terre je suis seul échappé au fureur de la guerre j'ai perdu dans la fleur de leur jeune saison six frères exterminés par Thésée six frères quel espoir d'une illustre maison le fer moissonna tout et la terre humectée but à regret le sang des neveux d'Érechthée tu sais depuis leur mort quelle sévère loi défend à tous les grecs de soupirer pour moi on craint que de la soeur les flammes téméraires ne raniment un jour la cendre de ses frères mais tu sais tu sais bien aussi
45:02 de quel œil dédaigneux je regardais ce soin d'un vainqueur soupçonneux alors attendez parce que ça a l'air un peu obscur mais là tout d'un coup on apprend que ça l'arrange que Thésée n'est-ce pas il y a son petit côté fier de jeune femme n'est-ce pas on interdit aux hommes de m'approcher mais est-ce que je suis en train de courir après les hommes moi tu sais que de tout temps à l'amour opposé je rendais souvent grâce à l'injuste Thésée dont l'heureuse rigueur secondait mes mépris vous voyez l'oxymore dont l'heureuse rigueur secondait mes mépris donc on apprend qu'elle est un peu comme Hippolyte Hippolyte est très intimidée par le monde féminin il le fuit et il préfère la chasse et les forêts n'est-ce pas à la cour au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour et elle elle est un peu comme ça les garçons pourtant on pourrait penser que n'est-ce pas qu'elle serait en droit n'est-ce pas d'être un peu plus entourée dans sa solitude et voilà qu'elle dit tu sais que de tout temps à l'amour opposé
46:12 voilà une encore qui nargue Vénus n'est-ce pas je rendais souvent grâce à l'injuste Thésée dont l'heureuse rigueur secondait mes mépris mes yeux alors mes yeux n'avaient pas vu son fils voilà de même que la première fois Hippolyte tombe amoureux comme par hasard de la seule femme auquel on n'a pas le droit d'approcher l'ordre venant de son propre père je rappelle au passage pour ceux qui croient que j'interprète ça c'est dans le texte et dans le mythe dans le poème du peuple et elle une manière totalement parallèle n'est-ce pas elle dit qu'elle a été de tout temps à l'amour opposé c'est la première fois qu'elle ressent quelque chose pour un garçon mais alors qu'est-ce qui lui plaît qu'est-ce qui l'a fait craquer regardez bien l'innocente mes yeux alors mes yeux n'avaient pas vu son fils non que par les yeux seuls lâchement enchantés j'aime en lui sa beauté sa grâce tant vantée un petit côté coquette qui commence à apparaître voilà mais non c'est pas parce qu'il est beau gosse ça va je veux dire ça va il y en a des beaux gosses donc regardez non que par les yeux seuls lâchement enchantés moi moi ici j'aime en lui sa beauté sa grâce tant vantée
47:22 présent dont la nature a voulu l'honorer elle reconnaît qu'il méprise lui-même et qu'il semble ignorer j'aime je prise en lui de plus nobles richesses les vertus de son père et non point les faiblesses j'aime je l'avouerai cet orgueil généreux alors voilà qu'elle est amoureuse d'un type et ce qu'elle aime chez lui c'est le fait qu'il n'aime pas les femmes c'est quand même c'est pas mal comme problématique sacré Racine j'aime je prise en lui de plus nobles richesses les vertus de son père et non point les faiblesses j'aime je l'avouerai cet orgueil généreux qui jamais n'a fléchi sous le joug amoureux attention là on imagine Hippolyte fléchissant une jambe je suis en train de vous montrer parce que pour l'instant c'est pas criminel tout ce qu'elle dit même s'il y a un petit côté un peu plus coquet qu'on ne le pensait quand même un peu moins victime un peu moins cendrillon mais là on voit apparaître tout d'un coup une composante sadique mais je n'exagère pas regardez regardez ce qui vient elle déjà lui fait fléchir une jambe je l'avouerai j'aime je l'avouerai cet orgueil généreux qui jamais n'a fléchit sous le joug amoureux
48:32 Phèdre en vain s'honorait des soupirs de Thésée moi je suis plus fier et fuit la gloire aisée d'arracher un hommage à mille autres offerts voilà je ne suis pas le genre de femme à m'amouracher d'un homme que les autres femmes aiment ça c'est de l'hubris c'est de l'hubris un orgueil qui met les dieux en alerte pour moi je suis plus fier elle le dit oui je n'interprète pas et fuit la gloire aisée d'arracher un hommage à mille autres offerts et d'entrer dans un cœur de toutes parts ouverts mais de faire fléchir deuxième fois mais de faire fléchir un courage inflexible être la première vous voyez à avoir le dessus sur Hippolyte mais de faire fléchir un courage inflexible de porter la douleur dans une âme insensible quand je dis qu'il y a une pulsion sadique vous voyez que je suis strictement littéral les grands textes n'ont pas besoin qu'on lise entre les lignes tout ce qui est important est justement dans les lignes c'est ça les grands écrivains c'est des écrivains médiocres
49:42 qui demandent tout le temps à ce qu'on cherche entre les lignes des significations cachées n'est-ce pas mais de faire fléchir un courage inflexible de porter la douleur dans une âme insensible d'enchaîner un captif voilà maintenant qu'on lui met les fers d'enchaîner un captif de ces fers étonnés puis étonnés à l'époque c'était le tonnerre contre un joug qui lui plaît vainement mutiné c'est là ce que je veux c'est là ce qui m'irrite Hercule à désarmer coûtait moins qu'Hippolyte donc ça veut dire que le vers est extraordinaire excusez-moi j'ai appuyé sur un déclenchement automatique de morceaux enregistrés et donc désarmé vous savez désarmer un homme bref pour le ramener sans doute à la chair nue à l'ancienne sauvage voilà je refais ma petite parenthèse racinienne c'était pour vous montrer que quand je parlais de de l'huître qui gigote sous l'acide là je ne peux pas
50:53 m'empêcher de penser à l'agressivité d'Aricie qui va jusqu'à dire voilà ce que je veux voilà ce qui m'irrite Hercule à désarmer coûtait moins qu'Hippolyte ça annonce c'est un drôle de combat désarmer quelqu'un qui est plus dur à désarmer qu'Héraclès vous vous rendez compte voilà donc je reviens à ma polarité l'ancienne sauvagerie c'est pas environnée de danger vulnérable peu viable je reviens pas sur fondement de l'anthropologie si je reviens un petit peu quand même parce que encore une fois il y en a qui prennent le train en route et c'est trop important pour qu'on le passe entièrement sous silence mais je le résume très rapidement tous les les les physiologues les l'anatomie et tout on voit bien que l'espèce humaine est prématurée génériquement en plus de la prématuration de tel ou tel sujet qui est né un peu avant terme voire beaucoup je connais j'en connais j'en connais une qui était née à six mois et qui se porte à merveille
Prématuration de l'espèce et héros fondateurs trouvés
52:04 maintenant d'ailleurs l'espèce humaine est prématurée d'une manière générale et c'est la conséquence d'un moment dramatique de l'évolution quand le passage du quadrupède que nous étions tous lorsque nous n'étions pas encore des hommes comme nous étions encore des singes ou en tout cas des primates pour être plus prudent et moins réducteur lorsque le passage de la quadrupédie à la bipédie en rétrécissant les os du bassin a rendu la grossesse difficile ce que la religion et l'Ancien Testament a bien vu lorsqu'on dit tu enfanteras dans la douleur comme si c'était cette fois pour expier une faute alors que ce n'est pas une faute c'est un hasard de l'évolution ce n'est pas qui qui ne poursuit pas un intelligent design n'en déplaise à certains restants matérialistes et et donc c'est très important cette prématuration générale parce qu'elle montre
53:14 que l'espèce humaine n'aurait pas été viable s'il n'y avait pas un relais social si l'homme est le politikon voilà pourquoi je m'attarde un petit peu il faut toujours le rappeler si la relation à l'autre qui n'est pas le seul à partager dans le monde animal il y a des animaux sociaux toutes les espèces animales ne sont pas sociales loin de là mais il y en a qui le sont et il y en a qui le sont même à un niveau d'intégration comme les abeilles ou les fourmis je ne veux pas vous faire un dessin ou les dauphins qui ont un système de communication extrêmement sophistiqué vous savez ça bien sûr c'est pas un langage mais c'est un système de communication extrêmement perfectionné comme c'est pas le sujet aujourd'hui je ne reviendrai pas sur les différences abyssales qui séparent la communication animale du langage humain et qui n'est pas qu'une différence de degré loin de là donc s'il n'y avait pas le relais de la société qui attend le petit d'homme au moment où il vient au monde au moment où il est jeté dans le monde dans sa détresse je prolonge ma phrase en la laissant en suspens
54:24 pour vous faire remarquer que tous les héros fondateurs dans des traditions aussi différentes que la tradition hébraïque je pense à Moïse trouver dans un berceau flottant sur les eaux du Nil je pense à Oedipe dont on va reparler tout à l'heure trouver les pieds percés c'est de là que vient son nom Oedipos attaché ligoté le roi de Thèbes à qui on avait prédit qu'il aurait un fils qui le tuerait à demander à un berger de l'emmener dans la forêt qu'il ne peut plus en entendre parler le berger n'a pas eu le cœur de égorger l'enfant il l'a laissé comme ça il a été trouvé comme Moïse pas dans l'eau mais dans la sauvagerie celle qui ne pardonne pas et Siegfried dans la mythologie plus nordique plus germanique n'est-ce pas dont la mère a accouché dans les conditions les plus dramatiques en mourant en le mettant au monde et qui vagissait à quelques pas de la résidence
55:34 du forgeron du Nibelung mime qu'il a élevé pour qu'un jour Siegfried lui serve à récupérer le trésor du Nibelung mais c'est une autre histoire que nous verrons comme vous savez bientôt donc à chaque fois vous voyez le héros fondateur est trouvé ça veut dire que lui-même on ne peut pas dire sa généalogie voilà ses parents pour fonder il ne faut pas avoir pour être fondateur il ne faut pas être fondé sinon on est dans une chaîne sans fin voilà c'est intéressant de le remarquer au passage alors justement puisque j'ai parlé d'Oedipe je m'achemine vers Oedipe comme incarnant celui qui qui semble donner le plus raison à Nietzsche celui qui qui n'aurait jamais dû n'est-ce pas faire cet effort d'anamnèse n'est-ce pas parce que je vous mets au défi de trouver un polar aussi bien ficelé que l'histoire de Sophocle même les Dix petits nègres d'Agatha Christie c'est déjà bien trouvé que la victime
Œdipe roi : l'enquête du coupable et la morale objective
56:44 tant pis pour ceux qui ne l'ont pas lu mais je le dis la victime pardon le coupable voyez mon lapsus le coupable fait partie de ceux qui sont qui sont morts avant que commence le récit donc c'est d'autant plus difficile à trouver on cherche en général rarement le coupable dans ceux qui sont morts donc là c'est encore mieux n'est-ce pas puisque c'est le coupable qui mène l'enquête carrément et en toute bonne foi si je puis dire c'est toute ambiguïté est là c'est pas je vous rappelle que à peine il est rentré dans Thèbes il est adulte il a survécu un autre berger il a trouvé il a été élevé par un autre roi Polybe je vais très vite et très tourmenté dès sa jeunesse par des moqueries qu'il avait qu'il ne ressemblait pas à ses parents qu'il était un étranger et tout ça il a eu des doutes sur ses origines et il est allé voir
57:54 comme souvent les grecs quand ils ont un problème il est allé consulter ce qu'il y a de plus avisé dans le monde grec que l'oracle de Delphes et vous savez l'oracle il ne répond jamais directement à la question qu'on lui pose en l'occurrence la Oedipe disait c'est qui mes parents et l'oracle répond toi tu vas épouser ta mère et tu vas tuer ton père chose tellement épouvantable n'est-ce pas tellement épouvantable double crime monstrueux à la limite de la lubricité l'apostrophe que Oedipe décide de ne pas revenir n'est-ce pas pour faire mentir l'oracle de ne pas revenir chez ceux qu'il croit ses parents naturels n'est-ce pas et il se dirige fatalement vers Thèbes où il y a ses vrais parents et là il croise celui qui ne sait pas être son père sur un carrefour entre Daulis et Delphes et là il y a une espèce de dispute de priorité la grande chaleur méridionale et méditerranéenne un énervement et Oedipe énervé n'est-ce pas abat d'un coup de glaive celui qui ne sait pas être son père donc il n'a plus qu'à rentrer dans Thèbes en triomphe n'est-ce pas puisqu'il débarrasse
59:04 Thèbes du fléau qui barrait la route c'est le sphinx puisque Oedipe celui qui nous a débarrassé du sphinx celui qui nous tuait quand on n'arrivait pas à percer les énigmes mais qui meurt si on arrive à répondre à ses devinettes le sphinx et bien sûr pour le remercier de les avoir débarrassés de ce monstre la cité lui offre la reine la veuve c'est-à-dire celle qui ne sait pas être sa mère voilà donc prophétie se réalise or immédiatement quelques temps après qu'il commence à régner parce qu'il pourrait y avoir une lapienne après tout personne n'est au courant voilà que la peste s'abat sur Thèbes ça c'est tout le problème de Crime et Châtiment on dirait du côté de Dostoïevski dans la morale antique dans l'éthique antique la morale objective comme dit comment on dit chez Hegel je veux dire le châtiment est immanant au crime l'intention a peu d'importance ça ne sert à rien de dire mais je ne l'ai pas fait exprès mais je ne savais pas ça ne sert à rien ça c'est la morale moderne chrétienne qu'on peut comprendre qui nous paraît plus juste n'est-ce pas mais quelqu'un qui rentre dans le bois sacré par erreur parce qu'il cherchait des champignons je dis n'importe quoi je veux dire
1:00:14 il a beau dire dans le monde ancien ah mais je n'ai pas fait exprès je ne savais pas que c'était un bois sacré il mérite la mort point je veux dire peu importe ce qu'il y avait dans sa tête c'est l'acte dans son objectivité la morale objective c'est ça et Hegel dit ça nous paraît barbare mais c'est une morale moins développée que la nôtre mais plus courageuse c'est intéressant parce que la nôtre est peut-être plus juste mais elle ouvre la porte à toutes les hypocrisies il suffit de dire n'est-ce pas mais vous savez moi je n'ai jamais voulu et vous savez comme le dit très bien l'expression de la langue et qui sait beaucoup de choses l'enfer est pavé de bonnes intentions voilà donc encore une fois Oedipe mène l'enquête ce qu'on lui dit l'oracle de Delphes consulté comment se débarrasser de ce fléau la peste qui ravage Thèbes et qui fait des ravages voyez je passe une pandémie à une autre voilà que l'oracle dit la peste ne disparaîtra pas tant qu'on n'aura pas trouvé et puni le meurtrier de Laios et clac tout d'un coup ça renvoie au meurtre
1:01:24 de son père dont personne ne sait que c'est son père n'est-ce pas et surtout personne ne sait que c'est lui qui l'a tué c'était quelque part un carrefour sur les routes loin de tous les regards lui-même ne savait pas qu'il avait affaire à Laios le roi de Thèbes donc il mène l'enquête et il en rajoute n'est-ce pas Hölderlin qui a fait une admirable traduction enfin surtout un commentaire le dernier texte à peu près avant la folie est un essai philosophico-poétique d'une densité ahurissante et qui s'appelle Remarque sur les traductions d'Oedipe et d'Antigone mais là je pense à Oedipe dit très bien que Oedipe interprète trop infiniment je cite la parole de l'oracle il pourrait se contenter comme les gens de la cité de dire prenez des mesures faites des sacrifices essayez d'apaiser les dieux non il en rajoute qu'on fouille dans tous les foyers qu'on rase la maison de celui qui ne veut pas donner le nom ou donner un indice qui pourrait nous permettre d'arriver au coupable
1:02:34 voyez il en rajoute même il a même un hubris dans l'inquiry comme on dirait chez les anglo-saxons dans la manière de mener l'enquête n'est-ce pas et vous savez quel est le résultat terrible n'est-ce pas tellement terrible que lorsqu'il apprend la terrible vérité par celui-là même qu'il a trouvé dans la forêt n'est-ce pas le vieillard qu'il a trouvé dans la forêt et qui lui dit tu tires ton nom du fait que tes pieds étaient percés par les cordes et Oedipe répond terrible injure héritée de mes langes voyez on revient à la sauvagerie première les langes quand il était encore dans les langes du nourrisson donc je vais très vite parce que c'est une histoire que tout le monde connaît jusque-là mais la première chose qu'il fait c'est qu'il s'arrache les yeux mais quelle profondeur pas tout y est dans ce mythe à quoi ça me sert les yeux puisque je les ai braqués partout j'ai fouillé avec mes yeux partout à l'extérieur je cherchais à l'extérieur car les yeux
Lecture de la fin d'Œdipe à Colone
1:03:44 c'est fait pour voir l'extérieur c'est pas fait pour répondre à l'oracle dont la devise est inscrite au fronton du temple de Delphes n'est-ce pas connais-toi toi-même c'est pas s'il avait oublié l'oracle il aurait cherché le coupable à l'intérieur voilà donc il s'arrache les yeux qui lui ont servi à rien et depuis comme vous le savez c'est pour ça on va en arriver à ma conclusion c'est pour ça je vais assez vite depuis il erre entre les cités il a la pire des peines pour un grec les grecs sacralisent tellement la cité que le pire pour eux c'est pas la mort c'est d'être condamné à être chassé de toutes les cités d'errer de cité en cité et donc c'est comme ça que se termine la fin tragique de cette tragédie épouvantable qui s'appelle Oedipe roi mais Sophocle a écrit après Oedipe à Colone Colone est un petit faubourg d'Athènes donc des années et des années après ce que je viens de vous raconter le vieux Oedipe qui depuis les années erre en s'appuyant en appuyant son bras sur sa fille Ismène n'est-ce pas qui sont ses yeux ses oreilles et ses sens qui lui dit attention ici lève le pied il y a des cailloux bref
1:04:54 qui s'est substitué à ses yeux son errance le conduit comme le hasard fait bien les choses aux portes d'Athènes sur laquelle règne à ce moment-là Thésée tiens tiens qu'on retrouve n'est-ce pas et voilà que Thésée dans sa générosité seule de tous les rois de petites cités grecques décide de mettre fin aux douleurs du pauvre Oedipe n'est-ce pas et autorise enfin acquiesce à la demande d'Oedipe faite par sa fille et lui-même à savoir qu'il demande à pouvoir mourir sur cette terre-là sur la terre d'Athènes et que si on l'autorise ça apportera bonheur à la cité je vous résume tout ça pourquoi ?
1:05:43 pour vous dire que vous n'aurez pas ma conclusion factuelle mais oui voilà la surprise on ne peut vous voulez qu'on aille jusqu'au bout de l'anamnèse qu'est-ce qui est arrivé quel est l'ultime épisode de la vie d'Oedipe comment ça se termine happy end ou terrifiante et bien regardez là c'est la fin donc de la suite d'Oedipe d'Oedipe à Colone on apprend voilà l'Oedipe s'éloigne avec deux personnes qui le guident vers l'endroit qu'on lui a réservé pour qu'il puisse y mourir n'est-ce pas il a même quitté il a fait ses adieux déchirants à sa fille et le chœur fait ce commentaire s'il m'est permis de t'implorer ô reine du sombre empire il s'agit de Proserpine et toi Pluton qui règne sur les mânes je vous conjure d'accorder à cet étranger de passer par une mort douce et paisible sur les bords du Styx le fleuve qui entoure les enfers au sombre séjour qui nous reçoit tous après tant d'infortune si peu méritée vous voyez que le chœur a pitié
1:06:53 il serait juste que la fortune c'est-à-dire au destin ici la fortune t'accorda ses faveurs divinités infernales et toi monstre on parle de Cerbère et toi monstre indomptable qui couché aux portes des enfers pousse du fond de ton antre d'horribles hurlements gardiens vigilants et toi fille de la terre et du tartare ouvre un libre accès à ce vieillard prêt à descendre au ténébreux séjour je t'en conjure toi qui dors d'un sommeil éternel dans les profondeurs de la terre voilà le chœur le messager revient donc on voit pas comment a fini Oedipe voilà pourquoi je vous dis je pourrais pas vous répondre le messager revient et dit ceci vous l'entendrez comme vous le voudrez citoyen je peux vous apprendre en peu de mots que Oedipe est mort mais ce qui s'est passé ne comporte pas un récit simple et le détail en est long le chœur il est donc mort l'infortuné le messager il a terminé sa vie toujours triste le chœur de quelle manière
1:08:03 sans doute avec une assistance divine et là je vous lis la longue réponse voilà la fin du destin de Oedipe oui et la chose est vraiment merveilleuse au sens de prodige de surnaturel oui et la chose est vraiment merveilleuse vous avez vu vous-même comme il est sorti d'ici sans guide lui-même il nous guidait arrivez au bord de ce gouffre qui repose sur des fondements d'airain il s'est arrêté aux portes des enfers dans un des nombreux sentiers qui partagent la route près d'une caverne profonde où subsiste la mémoire de l'éternelle fidélité de Thésée et de Pirithoüs là il s'assit entre le rocher Thoricien un poirier sauvage et un tombeau de pierre puis il dépouilla ses tristes vêtements et appelant ses filles il leur dit de lui porter de l'eau vive pour le bain et les libations la toilette du condamné si vous progrès elles allèrent à la colline de la féconde Cérès c'est le gadonné qui était à l'origine du mot céréales déesse de l'agriculture elles allèrent à la colline de la féconde Cérès et eurent bientôt exécuté les ordres de leur père elles revinrent pour le purifier et le revêtir c'est toujours
1:09:13 le travail des femmes vous remarquez du mort et le revêtir d'une robe nouvelle conformément au rite sacré lorsque ses désirs furent remplis et que tout fut achevé le dieu des enfers tonna à ce bruit les jeunes filles tremblèrent et tombant aux genoux de leur père elles versèrent des larmes et ne mirent pas de terme à leurs sanglots mais lui en entendant ce bruit fatal les presse dans ses bras et leur dit mes enfants de ce jour n'avez plus de père tout est fini pour moi désormais vous n'aurez plus à me donner des soins qui je le sais ont dû être pénibles mais un seul mot vous récompense de vos peines personne ne vous aimait plus que moi quand vous ne m'aurez plus le reste de votre vie sera tranquille à ces mots tous se tenaient embrassés pleuraient et poussaient des sanglots cependant les lamentations cesser et à ces vifs transports avaient succédé un bon silence tout à coup une voix dont le son nous glace d'effroi la voix d'un dieu se fit entendre elle appelait Oedipe elle criait Oedipe qu'attends-tu ?
1:10:13 viens tu tardes bien longtemps et lui se sentant appelé par un dieu fait approcher Thésée et lui dit prince chéri donne-moi ta main pour gage d'une foi inviolable et vous mes filles unissez les vôtres aux siennes promets de ne jamais consentir à les abandonner et de faire tout ce que ta bienveillance t'inspirera pour leur bonheur Thésée trop généreux pour répandre des pleurs en fait le serment alors Oedipe touchant ses filles d'une main défaillante mes enfants dit-il il faut avoir le courage de vous éloigner de ces lieux il ne vous est pas permis de voir ni d'entendre le reste c'est ce que je vous dis à vous n'est-ce pas qui voulaient savoir la fin il ne vous est pas permis de voir ni d'entendre le reste ni à moi non plus pour être témoin de ce qui doit se passer donc la scène primitive n'est-ce pas nous renvoie à une scène finale qui nous échappe à ces mots nous obéîmes tous et nous suivions ces jeunes filles le visage baigné de larmes à quelques distances nous osons regarder en arrière Oedipe avait disparu Thésée restait seule tenant la main devant ses yeux comme en présence d'un spectacle terrible c'est intéressant vous voyez Orphée n'aurait jamais dû se retourner
1:11:23 regarder en arrière c'est comme ça qu'il a perdu Eurydice et quant aux épouses de Lot n'est-ce pas dans la Bible vous savez lorsque Sodome et Gomorre ont été détruits par le feu céleste on avait dit surtout ne te retourne pas même certains ont dit que ça prouvait que c'était une attaque atomique il ne fallait pas regarder l'éclair n'est-ce pas ne te retournez pas et les épouses de Lot qui se sont retournées ont été changées en statue de sel et bien là pareil Thésée vous voyez Thésée restait seule tenant la main devant ses yeux comme en présence d'un spectacle terrible dont il n'eut pu soutenir la vue bientôt nous le vîmes le grand Thésée lui-même se prosterner et adorer à la fois la terre et le divin Olympe le genre de mort qui a enlevé Oedipe écoutez bien est inconnu pour tout autre mortel ce n'est pas ça ce n'est pas ce qui l'a tué mais on sait ce que ça n'est pas ce n'est ni la foudre des dieux qui l'a frappé ni une violente tempête qui l'a englouti sans doute quelque dieu l'aura porté aux enfers où la terre se sera doucement entre-ouverte pour le recevoir
1:12:33 dans ses sombres abîmes il a expiré écoutez bien sans effort sans douleur et d'une manière toute merveilleuse ceux qui trouveraient mon récit peu croyable je ne les trouverai pas eux-mêmes dans leur bon sens voilà comment je reviens à la polarité sur laquelle Rimbaud nous a guidés mais j'interroge d'abord Philippe pour savoir à quelle heure on est à quelle durée pardon très bien parfait donc après une heure dix alors est-ce qu'il y a des questions pour l'instant non très bien alors donc je reviens au texte de Rimbaud et à sa polarité vous voyez que des deux pôles puisqu'il y a à une heure dix j'ai le temps de vous lire parce que je l'avais préparé mais je me demandais si j'aurais le temps alors ça tombe très bien on a vu
Le souvenir et la musique comme faux futur
1:13:43 pendant longtemps dans notre cycle sur la mémoire l'anamnèse je résume tout des textes enfermés un peu dans le passé les textes sur le souvenir sur la mémoire et l'harmonie du soir de Baudelaire n'est-ce pas et les admirables passages de Proust sont très beaux mais quelque part n'est-ce pas ils sont tous enfermés dans une vallée une fracture une faille du passé c'est peut-être ça qui fait quelquefois qu'il y a la jouissance du souvenir parce que le temps du souvenir est un faux temps c'est un faux futur et ici je pense à la musique vous voyez c'est intéressant comme problématique peut-être une des phrases les plus profondes de Lévi-Strauss et Dieu sait si je critique que je critique son néo-kantisme non pas son kantisme j'ai rien à dire contre le kantisme son néo-kantisme mais par contre là lorsqu'il parle de la musique qu'il connaît bien il a dit cette phrase magnifique lorsqu'il a justifié le fait qu'il voyait un parallèle entre la musique et les mythes que ça obéit à la même logique
1:14:53 à savoir tout se passe comme si je le cite la musique n'entrait dans le temps la musique aussi bien que le mythe n'entrait dans le temps que pour mieux en sortir sortir du temps c'est passer à l'éternité en étant des problématiques importantes tout de même en effet Mozart disait moi quand je compose quand je commence à composer une oeuvre je sais déjà qu'elle sera la dernière note donc c'est pas un vrai futur c'est pas le vrai avenir redoutable celui dont on ne sait jamais comment ça peut tourner il y a un très beau passage dans Victor Hugo vous savez quand Napoléon qui a enfin un fils enfin il a enfin un héritier avec l'Autrichienne avec Marie-Louise en 1811 au temps où les âmes sans nombre attendaient prosternés dans l'ombre que le ciel eût dit oui c'est du Hugo voilà et Napoléon s'écrie tout d'un coup l'avenir l'avenir est à moi n'est-ce pas ça y est je vais avoir une dynastie comme les anciens souverains moi descendant un petit Corse qui devait être berger il n'y a pas si longtemps en termes de génération
1:16:03 voilà que je vais rejoindre les Bourbons les Habsbourg et autres et voilà que Hugo répond dans le poème non l'avenir n'est à personne Sire, l'avenir est à Dieu le vrai futur le vrai avenir on ne sait pas il y a toujours ce que Parménide appelait la dent du hasard qui fait que vous savez il y en a qui font toute une guerre et qui en reviennent indemne et d'autres qui se tuent en tombant sur le rebord d'un trottoir chacun sait cela n'est-ce pas donc bien sûr il y a du temps qui s'écoule dans une symphonie dans un concerto dans une chanson bien sûr dans un blues il y a du temps qui s'écoule que l'horloge peut mesurer mais pour l'auditeur et ce que je vais dire est d'autant plus vrai que l'auditeur connaît bien la musique et vous comprenez pourquoi on n'apprécie jamais autant une musique que lorsqu'on a déjà bien entendu et qu'on peut anticiper ce qui vient quand je vous dis qu'on entend ce qu'on attend on le voit bien là ce n'est pas un vrai futur donc quelque part le fait de se réfugier dans un passé dans la musique du passé
1:17:14 je viens de résumer un petit peu ce que je viens de dire peut avoir aussi quelque chose de mortifère c'est une manière de tourner le dos quand Baudelaire dit un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir du passé lumineux recueille tout vestige ça veut dire qu'il n'attend plus rien du futur pour lui tout ce qui est futur il n'y a aucune perspective autre qu'un néant vaste et noir allez l'expliquer à une jeunesse remarquez c'est un peu ce qu'on lui dit depuis quelques temps depuis pas mal de générations quand on dit bon notre régime la démocratie bourgeoise représentative parlementaire vous croyez que je perds mon fil c'est peut-être pas le régime parfait il y a des défauts mais enfin tous les autres sont pires c'est sympa pour une jeunesse on va dans le mur mais il n'y a pas d'autre solution non non il faut retrouver un futur c'est pour ça que je me suis servi de Rimbaud ici et que je vais conclure avec lui avec un autre texte extrait des Illuminations et qui a pour titre génie IE non pas au sens romantique le super génie le superman mais au sens n'est-ce pas d'un terme intermédiaire n'est-ce pas entre le naturel et le surnaturel
Lecture de « Génie » de Rimbaud
1:18:24 et ce texte je ne suis pas le premier à le remarquer c'est sans doute le plus bel autoportrait qu'un poète ait fait de lui-même n'est-ce pas même s'il en parle à la troisième personne n'est-ce pas et peut-être même que Rimbaud après tout n'a pas pensé à lui mais c'est tellement lui mais juger plutôt ce texte admirable donc je vous le lis comme il est aussi court n'est-ce pas que le précédent je vous lis d'abord d'une traite génie il est en fait c'est le dernier poème qui clôt pour le recueil des Illuminations c'est intéressant il est l'affection et le présent présent souligné les dimensions du temps commencent à apparaître il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver et à la rumeur de l'été lui qui a purifié les boissons et les aliments voyez un côté surnaturel lui qui a purifié les boissons et les aliments lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations il est l'affection il y avait marqué il est l'affection et le présent il enchaîne il est l'affection
1:19:34 et l'avenir la dimension on n'a pris que des textes qui étaient enfoncés dans le passé avec mouvement j'ai mis en perspective grâce à Rimbaud le passé l'ancienne sauvagerie et le futur le futur scientifico technique qui doit nous sauver de ce qui nous menace et voilà que là il n'y a plus le passé il n'y a plus que le présent et l'avenir il est l'affection et l'avenir la force et l'amour que nous nous pauvres humains debout dans les rages et les ennuis dans le quotidien nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase il est l'amour mesure parfaite et réinventée dans une formule célèbre dans la saison en enfer Rimbaud dans une de ses formules célèbres avait dit l'amour est à réinventer on le sait alors de dire tout le monde le sait même si chacun fait comme s'il ne le savait pas bon il est l'amour mesure parfaite et réinventée raison merveilleuse et imprévue et l'éternité donc il est l'amour et l'éternité je répète
1:20:44 il est l'amour mesure parfaite et réinventée raison merveilleuse et imprévue et l'éternité machine aimée des qualités fatales nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre c'est dangereux de lire un grand poète car il révèle des choses vous savez malheureusement le grand poète c'est celui qui donne un sens plus pur aux mots de la tribu qui nous oblige à faire des anamnèses qui viennent troubler tous nos refoulements n'est-ce pas vous me direz mais non il produit de la beauté un poète il ne produit pas de l'horreur mais rappelez-vous pour ceux qui ont vu le film mort à Venise tout le monde oublie parce que ça passe rapidement dans le générique au début comme ça il y a une citation de Rilke car le beau n'est que le premier degré du terrible n'est-ce pas donc voyez nous avons tous eu l'épouvante à propos du poète de sa concession et de la nôtre ô jouissance c'est rare car un beau soit aussi solaire et hymnique n'est-ce pas jouissance de notre santé élan de nos facultés affection égoïste et passion pour lui lui qui nous aime
1:21:54 pour sa vie infinie et nous nous le rappelons et il voyage et si l'adoration s'en va sonne sa promesse sonne arrière ses superstitions ses anciens corps ses ménages ses âges le vieux monde c'est cette époque-ci qui a sombré il ne s'en ira pas il ne redescendra pas d'un ciel il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaietés des hommes et de tout ce péché il ne sera pas puritain ça vient n'est-ce pas il ne va pas nous prescrire des gestes barrières toute la journée il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaietés des hommes et de tout ce péché car c'est fait donc il suffit de quoi lui étant et étant aimé ô ses souffles ses têtes ses courses la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action ô fécondité de l'esprit et immensité de l'univers son corps le dégagement rêvé le brisement de la grâce croisée de violences nouvelles sa vue tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite son jour
1:23:04 l'abolition de toute souffrance sonore et mouvante dans la musique plus intense son pas les migrations plus énormes que les anciennes invasions ô lui et nous l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues ô monde et le chant clair des malheurs nouveaux et attention à la chute il nous a connus tous et nous a tous aimés sachons cette nuit d'hiver de cap en cap du pôle tumultueux au château de la foule à la plage de regard en regard force et ses sentiments las le héler le voir et le renvoyer et sous les marées et au haut des déserts de neige suivre ses vues ses souffles son corps son jour point final et le renvoyer voilà je ne vais pas m'attarder longtemps parce que ça nous prépare bien à Rilke voilà il insiste sur le fait que tout est fuyant on n'est plus enfermé dans une poche du passé il faut restituer le mouvement aller vers le futur n'est-ce pas et non pas un faux futur cette fois mais un futur ouvert ouvert peut-être aussi au danger n'est-ce pas
1:24:14 il faut retrouver les frontières c'était peut-être ce qui a aussi n'est-ce pas fait que lorsque le premier Spoutnik a été lancé une nouvelle frontière apparaissait dans l'histoire de l'humanité n'est-ce pas et qui fait que tant de lieux de réjouissance des boîtes de nuit dans le monde entier y compris dans l'Occident s'appelait le Spoutnik bon il ne faut jamais prendre les gens pour tout à fait les idiots donc je reprends ce côté fuyant n'est-ce pas je pense à Verlaine qui conclut son admirable art poétique par que ton vers soit la bonne aventure épars au vent crispée du matin qui va fleurant la menthe et le thym que ton vers soit la chose envolé qu'on sent qui fuit d'une âme en aller vers d'autres cieux à d'autres amours que ton vers soit la bonne aventure épars au vent crispée du matin qui va fleurant la menthe et le thym et tout le reste est littérature donc je voulais réhabiliter ici ce que et très rapidement maintenant on trouve tout de long du poème de Rilke
1:25:24 dont je ne fais pas l'analyse parce qu'il est long mais dont je relèverai justement la leçon la plus importante c'est qu'il insiste sur ce qu'il y a de plus fugitif de ce qui est le plus de l'ordre temporel le dire la parole le souffle il ne faut pas oublier que dans l'évangile par exemple je multiplie les références mais c'est pour tourner autour du même pot lorsque les disciples disent mais c'est quoi l'esprit le père à la rigueur on a une représentation le barbu le fils bon mais l'esprit c'est quoi c'est un peu plus compliqué comme notion et le Christ répond tu entends le vent vous voyez le souffle tu entends le vent tu ne sais ni d'où il vient ni d'où il va le vent souffle où il veut ainsi en est-il des choses de l'esprit on ne pouvait pas mieux rapprocher l'esprit de la liberté je ne sais pas tu ne sais ni d'où il vient ni où il va voilà donc je restitue cette mobilité dont on a besoin surtout depuis qu'on est coincé en confinement n'est-ce pas et donc je reviens au texte
La neuvième Élégie de Rilke et la parole qui intériorise
1:26:34 alors j'espère que je vais le retrouver bon sang j'ai perdu mon texte de Rilke bon enfin je rappelle je l'ai quand même dans la tête sommes-nous peut-être ici nous les hommes sommes-nous au monde ici là dans la vie dans le phénomène pas dans l'au-delà pour dire dire maison pont fontaine porte cruche arbre fruitier fenêtre tout au plus colonne tour ça c'est des objets très immobiles mais pour dire comprends comprends-le pour dire tout ce que les choses elles-mêmes jamais ne pensèrent être dans leur intimité c'est pas si compliqué vous voyez bien il y a une opposition totale entre la chose qui est condamnée à demeurer dans son statisme et la manière dont nous l'exprimons en la faisant passer dans la temporalité et en l'intériorisant rappelez-vous pas Mallarmé qui dans un peu d'écrivains on réfléchit comme Mallarmé sur le problème
1:27:45 du du langage en particulier de la parole poétique mais du langage en général qui parle des mots et rappelez-vous surtout avant que je cite Mallarmé par quoi nous avons commencé tout ceci par la figure centrale jusqu'à aujourd'hui de Mnémosyne qui n'est pas seulement la divinité de la mémoire mais c'est celle à qui on doit l'usage des mots comme par hasard ça va ensemble n'est-ce pas or Mallarmé dit à quoi bon la merveille de transposer un fait de nature tenez cruche pardon ça c'est un objet fruitier n'est-ce pas source arbre à quoi bon la merveille de transposer un fait de nature un objet extérieur en sa presque disparition vibratoire regardez comme c'est précis la langue de Mallarmé à quoi bon n'est-ce pas échanger un truc aussi tangible qu'un arbre un beau chêne dans le mot chêne qui n'est jamais que des vibrations dans l'air n'est-ce pas le mot c'est un son à quoi bon je répète la merveille de transposer un fait de nature en sa presque disparition vibratoire par le jeu de la parole
1:28:55 cependant si ce n'est pour qu'en émane sans sous-entendu délivrer sans l'approche sans la gêne pardon sans la gêne d'un proche ou d'un concret rappel l'objet empirique la notion pure pour qu'en émane sans la gêne d'un proche ou d'un concret rappel pour qu'en émane quoi la notion pure et il donne un exemple célébrissime je dis dans la parole je dis une fleur je n'ai pas précisé je n'ai pas dit une tulipe un œillet une rose là on est dans la botanique on n'est pas dans la poésie je dis une fleur et hors de l'oubli où ma voix relègue aucun contour sous-entendu toutes les fleurs que je viens d'énumérer en tant que les calices su-su connu c'est du Mallarmé musicalement se lève vous avez entendu quand je dis une fleur sans préciser musicalement se lève idée même et suave une musique suave qu'est-ce qui se lève ?
1:29:52 l'absente de tout bouquet voilà la magie par laquelle le monde extérieur est intériorisé par nous voilà ce que développe Rilke donc j'y suis maintenant sommes-nous peut-être ici et j'enchaîne pour dire maison pont fontaine porte cruche arbre fruitier fenêtre tout au plus colonne tour mais pour dire comprends-le pour dire tout ce que les choses elles-mêmes jamais ne penseraient être dans leur intimité n'est-ce pas une ruse de cette terre qui toujours se tait ? n'est-ce pas l'homme et l'animal qui parle dans cet univers silencieux rappelez-vous Pascal s'exprime qu'est-ce pour eux ?
1:30:41 qu'est-ce pour deux amants pardon que d'user un peu le seuil plus ancien de l'user eux aussi après tous ceux qui vinrent et avant ceux qui viendront légèrement voici le temps avec l'homme des choses dicibles voici leur patrie c'est souligné parle et proclame plus que jamais décline et passe les choses que l'on peut vivre bon je saute un peu sur la chante à l'ange la louange du monde non pas du monde surnaturel sublime si c'est pas parler des beautés célestes l'ange il les connaît mieux que nous c'est pas la peine chante à l'ange la louange du monde non pas du monde supérieur tu n'en imposeras pas avec la splendeur de ce que tu sens moins que lui et qu'il sent avec plus de sensibilité tu es un novice aussi dis-lui la chose simple qui regardez comme toute histoire est récupérée le passé récupéré mais en vue du futur ayant pris forme de génération en génération la chose simple est devenue la nôtre et vit à côté de la main dis-lui les choses il en sera plus stupéfait comme tu l'étais devant le cordier de Rome ou le potier du Nil
1:31:51 voilà je voulais conclure sur ce texte admirable n'est-ce pas et je dis comme la chute comme la chose qui sert ou meurt pour être autre chose puis s'échappe avec félicité du violon voyez encore quelque chose voyez un son de violon encore de plus évanescent qu'un son qui s'échappe d'un objet matériel d'un truc en bois et en boyau et en métal et ces choses dont la vie est déclin comprennent que tu les célèbres périssables elles nous prêtent le pouvoir de sauver à nous les plus périssables regardez le paradoxe nous les plus périssables les mortels ça vous rappelle Hölderlin ils ne peuvent pas tous les dieux les mortels avant eux atteignent l'abîme nous périssables elles nous prêtent le pouvoir de sauver à nous les plus périssables elles veulent qu'au fond de notre cœur invisible nous les transformions en ô infiniment en nous voyez processus d'intériorisation grâce à la parole de ce qui est extérieur quel que soit finalement terre n'est pas ce que tu veux
1:33:01 invisible en nous renaître n'est-ce pas ton rêve être une fois invisible quand elle est passée en nous elle n'est plus visible une tulipe là prise dans un jardin ici et dans un ici et dans un maintenant elle est visible mais quand je dis une fleur ou tulipe le mot lui-même n'est-ce pas avec ses voyelles c'est devenu invisible quelle mission imposes-tu si ce n'est la transformation terre toi que j'aime je le veux oh crois qu'il ne serait plus de tes printemps pour me gagner à toi l'un d'eux a un seul est déjà trop pour le sang printemps c'est tellement de sensations dans un printemps c'est déjà trop pour le sang indiciblement je consens à toi de loin je viens à toi toujours tu avais raison et ton inspiration sainte est la mort familière dans un autre poème Rilke dit devance la séparation devance toute séparation anticipe la séparation passe dans l'au-delà vois je vis de quoi ni l'enfance ni l'avenir ne diminuent une existence surabondante jaillit dans mon cœur voilà je voulais terminer sur un texte
1:34:11 qui ouvre l'avenir n'est-ce pas et qui ne soit pas un faux futur déjà déjà mis déjà codé n'est-ce pas oui oui vous répétez ce que j'ai dit au début pour ce qui serait arrivé un petit peu après le début donc il y a une petite dérogation au programme qui avait été publiée sur Facebook hier je vous confirme qu'on va bien analyser et s'enrichir de ces deux trois excellents documentaires sur l'origine de l'écriture et donc de la mémoire collective pas d'écriture pas d'histoire ces documentaires Philippe a enregistré l'approche que j'ai essayé d'en faire et la vidéo qui en résulte sera balancée très rapidement sur et Facebook notre page habituelle et sur Youtube
1:35:21 bien sûr voilà et bien je vous remercie et puis bien sûr ben je vous souhaite le merveilleux le merveilleux de Noël pour vous pour vos enfants pour vos parents pour vos grands-parents pour tout le monde voilà en vous remerciant encore pour votre fidélité et à l'année prochaine