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#5 Benefits and harms of amnesia...

#5 Bien-et Mé-faits de l'amnésie...

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Why is human memory inseparable from forgetting, and how does the consciousness of death mean that 'the echo changes'?

Dominique Pagani starts from an idea: there is never memory without forgetting, and what limits memory is not only an external cause but an internal force that does not want to resurface. He returns to Hölderlin's Mnemosyne fragment ("mortals before them reach the abyss; thus with them the echo changes") and puts it in dialogue with Proust, the griot of the Mandingo epic, Baudelaire and the song Syracuse: memory appears there as a victory over death and time. He then asks how the echo can render more than the initial sound, and seeks the answer in Senancour's Obermann and in Pascal's Pensées: the finite annihilates itself before the infinite, no limited satisfaction satisfies man, hence boredom and diversion. He draws from this that man begins with the superfluous and makes for himself a second nature, custom, and reads Rousseau on the never-completed passage from the state of nature to the civil state. He concludes that production must serve desire, which is infinite, not need.

Conceptsmemoryforgettinganamnesisimmanencetranscendenceinfinitymal du siècleboredomdiversiondesiresuperfluouscustomcivil societymodernity

Sessions are in French. YouTube offers automatic English subtitles (CC › Auto-translate).

About this session (in French)

1. “Ma situation est douce, et je mène une triste vie. Je suis ici on ne peut mieux ; libre, tranquille, bien portant, sans affaires, indifférent sur l’avenir dont je n’attends rien, et perdant sans peine le passé dont je n’ai pas joui. Mais il est en moi une inquiétude qui ne me quittera pas ; c’est un besoin que je ne connais pas, qui me commande, qui m’absorbe, qui m’emporte au-delà des êtres périssables... Vous vous trompez, et je m’y étais trompé moi-même ; ce n’est pas le besoin d’aimer. Il y a une distance bien grande du vide de mon cœur à l’amour qu’il a tant désiré ; mais il y a l’infini entre ce que je suis et ce que j’ai besoin d’être. L’amour est immense, il n’est pas infini. Je ne veux point jouir ; je veux espérer, je voudrais savoir ! Il me faut des illusions sans bornes, qui s’éloignent pour me tromper toujours. Que m’importe ce qui peut finir ? L’heure qui arrivera dans soixante années est là prés de moi. Je n’aime point ce qui se prépare, s’approche, arrive, et n’est plus.Je veux un bien, un rêve, une espérance enfin qui soit toujours devant moi, au delà de moi, plus grande que mon attente elle-même, plus grande que ce qui passe”

-Étienne Pivert de Senancour - /Obermann/Lettre XVIII (texte intégral:https://fr.wikisource.org/wiki/Obermann)


2.“...et certes quand ils étaient longuement contemplés par cet humble passant, par cet enfant qui rêvait – comme l’est un roi, par un mémorialiste perdu dans la foule –, ce coin de nature, ce bout de jardin n’eussent pu penser que ce serait grâce à lui qu’ils seraient appelés à survivre en leurs particularités les plus éphémères ; et pourtant ce parfum d’aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d’une allée, une bulle formée contre une plante aquatique par l’eau de la rivière et qui crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d’années successives, tandis qu’alentour les chemins se sont effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent. Parfois ce morceau de paysage amené ainsi jusqu’à aujourd’hui se détache si isolé de tout, qu’il flotte incertain dans ma pensée comme une Délos fleurie, sans que je puisse dire de quel pays, de quel temps – peut-être tout simplement de quel rêve – il vient.(...) Quand par les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et que chacun boude l’orage, c’est au côté de Méséglise que je dois de rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles et persistants lilas."

(Marcel Proust | A la recherche du temps perdu/Combray/<https://alarecherchedutempsperdu.org/>/page 042)

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