Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Le triangle moi, l'autre, la chose contre le naturalisme
0:00 Quatrième épisode de la philo avec Pagani, l'abécédaire de Dominique Pagani. On en est à la lettre E parce que le B comme bar a été censuré par le chat. On verra si on se le fait en B comme bonus à la fin de tout le truc de philo avec Pagani. J'en profite pour faire une petite pub parce qu'il se trouve que Pagani, en ce moment, il essaie de faire traduire Michel Clouscard en anglais. Et donc, il a lancé une cagnotte pour le faire traduire en anglais. Je vais vous la mettre en lien, la cagnotte, et vous pouvez lui donner un petit peu pour qu'il y ait enfin cette traduction de Michel Clouscard qui est quand même un auteur qui est important, qui est très très intéressant, moi je trouve, et qui peut apprendre à nos amis anglo-saxons.
0:46 On a donc la lettre E comme enfance. On se regarde ça. Alors aujourd'hui, on est dans le parc Jean-Jacques Rousseau. Dominique est un grand lecteur et un grand spécialiste de Jean-Jacques Rousseau. Donc sur le E, ça sera un triangle. Alors on n'est pas chez Girard et on n'est pas... Alors c'est intéressant, Jean-Jacques Rousseau, si vous débutez un peu Pagani, Clouscard, tout ça, c'est un auteur qui est très important pour eux. C'est l'auteur qui représente la révolution française, Jean-Jacques Rousseau. Et donc, Clouscard notamment, il va s'inspirer de Hegel, de Marx et de Jean-Jacques Rousseau. C'est vraiment ces trois grandes figures auxquelles il se rattache.
1:23 Moi j'aime toujours entendre Dominique Pagani parler de Jean-Jacques Rousseau parce qu'il s'y connaît vraiment bien. Pas dans le désir, mais je te dis 3 E, Émile, Enfance, Ermenonville. Donc Émile, l'Émile de Rousseau évidemment. Enfance et Ermenonville parce qu'il est enterré à... enfin pas enterré, mais il repose à Ermenonville. J'aime bien voir la figure du triangle car elle est particulièrement appropriée à Rousseau. Je ne suis pas ni dans la mystique des nombres, ni dans Pythagore, ni dans la numérologie, ni dans la forme maçonnique.
1:55 Quand je parle de triangle, soyons clairs. Je parle d'intelligibilité. Ça nous permet de sortir du binaire que je condamnais tout à l'heure au niveau de la consommation musicale. Là on passe quand même à 3. Je fais allusion à quoi ? J'en parlais à l'instant. Quand j'ai parlé du calumet de la paix qu'on s'échange, du verre qu'on partage, de la bouteille qu'on partage, de l'apéritif qu'on partage, et je vais radicaliser de l'ouvrier de l'époque de Zola qui au moment où la paye arrive, elle est tellement... je suis prêt de prendre cette référence historiquement, elle est tellement minime à l'époque qu'il doit faire des choix. Nous, on peut avoir et le nécessaire et le superflu, lui à l'époque, on ne peut pas avoir les deux.
2:31 Donc si c'était vraiment un animal déterminé, comme on va nous faire croire aujourd'hui dans les sciences cognitives, par des... comme on dit, les néospinosistes, qui ont un peu le spinos... Pourquoi à chaque fois qu'il y a un épisode avec Pagani, il attaque les spinosistes et Lordon ? En tout cas dans ce sens-là, par des conatus et par des déterminismes purement naturelles, il filerait immédiatement à l'alimentation du coin, acheter la quantité de glucides, de lipides, de protides qu'il lui faut pour reproduire sa vie qu'il perd à gagner.
3:01 Là, c'est intéressant. C'est super intéressant parce qu'il est en train de rapprocher justement de notre débat de mercredi sur les troubles du comportement alimentaire, la nutrition et tout. Il est en train de dire que chez l'homme, il y a la notion de superflu. Il y a cette notion-là. Il dit que si l'homme était un animal, il pourrait se concentrer d'aller acheter les lipides, les glucides et les protides qu'il lui faut. Il dit que ce n'est pas ça.
3:31 Or, qu'est-ce qu'il fait ? Soyons scientifiques, observons-le, caméra, magnétophone, allez, enregistrons. Il va à l'assommoir, on le sait bien, il va boire avec les copains. C'est-à-dire coincé entre le superflu et le nécessaire, un être humain va encore. Voilà, je vais à un dernier exemple. Loin de notre ouvrier, c'est les gardiens que j'ai vus, ou même qui en plein désert. Quand on s'arrête, on croit qu'on est seul en plein désert, on n'est jamais seul. Du rocher sort une tête, deux têtes avec un petit bidon de plastique qui nous demande de l'eau, des nomades, des petits troupeaux, trois ou quatre chèvres, deux chameaux.
4:05 Ils sont assoiffés. Ils leur donnent de l'eau, nous on tient le coup parce qu'on a les t-shirts mouillés autour de la tête, là, dans la voiture. Ils donnent de l'eau et avant de boire, ils versent les gouttes par terre pour les dieux. Après, ils boivent. C'est une petite lutte sourde pour la reconnaissance avec le blanc fortuné que je suis à leurs yeux et équipé avec ma 4x4, etc. Ça ressemble vraiment au rituel, au sacrifice, de donner quelque chose qui, objectivement, va se perdre.
4:37 Mais c'est ça aussi d'humanité, de donner en plus. Ça veut dire que je suis peut-être... J'ai le couteau sur la gorge, je suis un néant, socialement, économiquement. Mais je suis un être humain, je vais te le montrer. Je donne à boire d'abord au sol et après, moi, j'en prends. Ou comme les gardiens qui font leurs prières sur une petite natte de carton. Mais il y a un espace sacré, distinct de l'espace profane. Voilà, je leur rends hommage à ceux-là qui en savent quelque chose sur la consommation et sur le désir. Donc, merci pour le triangle parce que ce n'est pas mon rapport à la chose qui compte.
5:11 C'est là où le naturalisme se trompe. Ce n'est pas seulement mon rapport à l'autre non plus. C'est ce triangle qui unit indissolublement moi, l'autre, la chose. Bien sûr que s'il ne devait pas manger pour vivre, s'il n'y avait pas la chose, je ne serais pas en train de faire un repas. Mais je ne consomme pas de manger pour satisfaire la faim. Je mange à table, à certaines heures, avec des convives. Donc, je consomme de l'autre en même temps que je consomme de la chose. Voilà ce que je suis en train de dire. Et c'est ce triangle, de même que le langage, le mot, ce n'est pas seulement un rapport à la chose.
5:43 Quand je dis arbre, il n'y a pas un rapport entre le mot et la chose. Je le dis à toi. Le langage, ce n'est pas fait pour parler tout seul. Il y a moi, la chose dont je parle, l'arbre, et la personne à qui j'en parle, toi ou un autre. C'est ce triangle. Donc, merci pour le triangle. Et Rousseau n'a jamais cessé de se placer à l'intérieur de ce triangle. Il a renvoyé dos à dos les partisans de l'Ancien Régime et les libéraux libertaires de l'époque de lumière, si je puis dire. Il les a renvoyés dos à dos pour se placer sur un troisième plan, qui est celui de la volonté générale, déjà.
L'enfance de Rousseau et l'Émile, du pédagogique au politique
6:14 Donc, si je prends les trois E, l'enfance, bien sûr, je commencerai par l'enfance. C'est extraordinaire l'enfance comparée de François-Marie Arouet, dit Voltaire. J'ai dit Arouet parce que son père avait une des charges notaires les plus en vue sur la place de Paris à l'époque, né dans la fortune, et tant mieux pour lui, faisant d'excellentes études au meilleur lycée à Louis-le-Grand, pendant que Rousseau fait l'école buissonnière, lit comme il peut les livres qu'il trouve dans la cave de son oncle, où il était mis en apprenti, et plus souvent sur les chemins que sur les bancs de l'école, et se gave de ce qui constituait le gros de la culture populaire à ce moment-là, qui parle que ça s'excitait pas les désirs, ce qu'on appelait à l'époque les romans.
6:55 Les romans qu'on ne dit plus, les romans de l'école baroque, les romans où il y a des spadassins, qui meurent cinq fois pour ressusciter, se taper d'épée. J'adore écouter Pagani, moi, en me perdant comme ça. Je sais qu'on perd des spectateurs, là, mais il y a toujours de la culture comme ça, un peu romancée. C'est joli. C'est joli et intéressant. Bon, beaucoup d'action, beaucoup d'amour. Voilà l'enfance de Rousseau. J'ai retrouvé le troisième E.R. à mon avis, mais le deuxième Émile.
7:26 Émile, voilà. Donc, comment ne pas penser à l'Émile, puisqu'on parle de l'enfance ? Alors, l'Émile, d'abord, c'est une reprise de quelque chose qui circule depuis la Renaissance. Disons depuis Rabelais, en fait. Je parle du début de la Renaissance, parce que Montaigne, il va faire la même chose, mais le premier, c'est Rabelais. À savoir que le pédagogique, le discours pédagogique, a toujours une visée politique. La bonne éducation est celle qui forme le futur citoyen ou sujet, si on parlait en Réau.
7:57 Ça, soit dit en passant, aujourd'hui, on voit avec la destruction de l'école, la destruction un peu des humanités, de cette éducation qu'on hérite des Lumières et qui avait pour but de former des citoyens. Et aujourd'hui, Macron, il veut toujours former des travailleurs, des employés. C'est-à-dire que dès 12 ans, on va dire, tu veux faire quoi ? Et puis à 14 ans, il faut que tu sois déjà dans un stage et puis que tu sois dans un travail.
8:27 Avant, ce n'était pas du tout ça. Avant, tu atteignais le baccalauréat et il y avait de la philosophie au baccalauréat pour pouvoir t'ouvrir un petit peu sur le monde extérieur et sur la citoyenneté. Et ce n'est pas du tout le même type d'éducation. C'est vraiment, aujourd'hui, quelque chose d'extrêmement réactionnaire de vouloir former les gens pour un but très utilitaire, plutôt que de les former comme citoyens. C'est très important. La païdéia, la vieille notion grecque de transmission à l'enfant, la païdéia est le pédagogique comme anti-chambre du politique.
9:00 Donc déjà, l'Émile s'inscrit dans cette tradition. Alors avec quelle nouveauté ? Surtout qu'il s'adresse, il est censé faire la... D'abord, il inaugure en plus un genre littéraire qui va faire florès après, à travers Goethe et jusqu'au XXe siècle, je pense à Jean-Christophe, ce qu'on appelle le Bildungsroman en Allemagne, le roman de formation, où on suit un héros depuis justement sa toute petite enfance jusqu'à son accomplissement, ou à son déclin, peu importe. Et donc c'est l'Émile, le premier, qui inaugure cette série.
9:34 Mais il s'adresse à l'enfant d'une autre classe sociale, à l'enfant d'une aristocrate. Et là, ce n'est pas un hasard, il y a une décision chez Rousseau, c'est qu'il va falloir quand même, non pas que ce gamin d'aristo, il n'a rien à expier, lui, il n'a rien fait. Mais quand, pour prendre un exemple auquel je tiens, il décide de dire à la mère d'Émile, il faut qu'Émile, maintenant, au stade où il en est, apprenne un métier manuel, on en est vers 8-9 ans, un métier à mon fils, mon fils artisan, monsieur, y pensez-vous ?
10:07 Une réponse du narrateur, qui exprime la pensée de Rousseau, j'y pense mieux que vous, madame, qui ne voulait jamais en faire qu'un lord, un marquis, un prince, et peut-être même un jour moins que rien. Moi, je vais l'élever à l'état d'homme. Et quoi que vous puissiez dire, il aura moins d'égaux à ce titre qu'à tous ceux qu'il tiendra de vous. Déjà, on est renseigné sur ce que Rousseau appelle homme, il ne suffit pas de naître homme pour l'être, il faut le devenir. On en parlait tout à l'heure avec la capsule sur Sophie Rabhi, ce côté anti-humaniste de penser qu'on est homme.
10:42 Non, on s'humanise dans l'éducation, dans la société humaine. Ce n'est pas un programme, juste une biologie et une âme qui se déploie dans le monde, être homme. C'est aussi arriver à s'introduire dans une culture socio-historique et être éduqué dans l'humanité. Il n'y a pas beaucoup d'hommes, ça veut dire. Il aura moins d'égaux à ce titre. Mais enfin, quelle audace à l'époque, on voit bien qu'on est plus sous Louis XIV, il aurait été rembastillé tout de suite. Mais là, simplement, du rang de roi qu'un lâche, un méchant, un fou peut remplir comme un autre, il monte à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir.
11:21 On voit ici que ce n'est pas le pédagogisme Rousseau seulement. Ce n'est pas la bonne manière d'éduquer mon enfant, etc. L'enfant est inscrit dans une globalité politique sans laquelle la pédagogie n'a aucun sens, si on n'en tient pas compte. Et beaucoup d'aristocrates qui avaient écouté ce discours de Rousseau s'en sont félicités parce qu'ils ont été exilés à Londres, à la Révolution. Ils étaient bien contents d'avoir appris un petit boulot, et là, de serrurier, comme Louis XVI, et l'autre, je ne sais pas moi, de menuisier pour subvenir à leurs besoins. Ils ne pouvaient plus se contenter de ramasser la récolte de leurs métayers.
11:54 Il est en train de dire qu'il faut envoyer les bourgeois au goulag, là, en gros. Il faut les rééduquer par le travail. Voilà, donc, l'Émile s'inscrit là-dessus. Plus, tout de même, puisqu'on m'arrive vers Ermenonville, donc la progression est nécessaire, de l'enfance à Émile, l'enfance reste là, chez Rousseau. Il y a ce qu'on appellerait un petit canalisme, et je dis juste pour le situer, je ne vais pas le réduire à ça, il y a une fixation maternelle, chez Rousseau. Et effectivement, comme on voit sa biographie, le fait qu'il appelle la première femme dont il était vraiment amoureux, Madame de Warens, le fait qu'il appelle maman, je veux dire, il y a le même significatif, le fameux texte sur le plaisir qu'il ressent à la fessée, j'en passe, et des meilleurs.
L'île maternelle et l'île Saint-Pierre
12:35 Et si on met Rousseau et KB dans une pièce avec 50 femmes, combien est-ce que Rousseau prend de femmes, et combien KB prend de femmes ? Et... Mais tu ne m'interroges pas là-dessus. Le fil est important. Ermenonville, nous y sommes. J'ai même un coup d'œil sur l'île où il y a la tombe de Rousseau. C'est une île. Là, Rousseau a enfin la paix. Il est isolé. Comme on dit en italien, il est isolé.
13:05 Une île, c'est là où on est isolé. Préservé. Même un château fort, le fait qu'il soit entouré d'eau, ça n'a jamais empêché la prise d'assaut du château. Mais quelque part, dans l'imaginaire, d'avoir de l'eau à traverser pour aller quelque part, c'est une séparation beaucoup plus profonde. Les Égyptiens disaient bien que la navigation du mort jusqu'à la terre sacrée de Pount, le monde des dieux, c'était une navigation. Les autres types a une manière de trouver toujours des idées nouvelles pour nous expliquer des trucs. Je pense qu'à l'oral, dans des concours un peu d'éloquence, il doit être super bon.
13:37 Les fameux bateaux, les nefs mystiques qui les ont portés là-bas. Donc, où je veux en venir ? Il est de nouveau dans les ventres maternels, protégé de tout. Comme le fœtus qui est une île dans les liquides amniotiques. Et cette île suit Rousseau tout au long de sa carrière. Je veux dire, déjà son enfance un peu isolée, et du mouvement des lumières, c'est normal, vu là où il est apparu, géographiquement, mais aussi même isolée de la vie normale et quotidienne de ses petits camarades de Genève, comme ça vient un peu de marginal.
14:12 Puis, au sens propre, l'île Saint-Pierre dans le lac de Bienne, dans les années 60, où il va se réfugier contraint et forcé parce qu'il était décrété de prise de corps, et où il a vécu quelques trop courtes semaines pour lui, mais il est très important de réaliser, ça répond bien à ta question, que quand il y était, il pensait qu'il allait être condamné à y rester jusqu'à la fin de sa vie. Donc, il s'exile. Comme Ovide, chez les Daces sauf que là, c'est dans une île, dans un lac de Suisse, lac de Bienne, où j'ai fait d'ailleurs ma première longue marche en stop pour aller vers cet endroit qui est merveilleux.
14:48 Mais comment il a trouvé ça, ces jeux de mots, avec isolé, isolat, émile, exil, ça sort de nulle part, même s'il l'a préparé à l'avance, c'est pas si évident. et c'est là, dans cette île, qu'il va vivre des moments où il touche à l'absolu, il le dit lui-même, je veux dire, qu'il relate bien plus tard, à la fin de sa vie, dans les rêveries du promeneur solitaire, sur le mode pré-proustien d'une recherche du temps perdu, et il accède même au temps retrouvé.
15:18 Donc, je continue à voir l'importance de l'île dans la vie de Rousseau. L'île maternelle, d'abord, toute première, c'est le lien secret de l'embryon au corps qui le porte. L'île Saint-Pierre dans le lac de Bienne, où il atteint cette jouissance, car c'est pas un puritain Rousseau, il dit bien le mot jouissance, en quoi consistait cette jouissance, vous entendez, dans le que j'ai vécu à l'île Saint-Pierre, je le donnerai à deviner à tous les hommes de ce siècle, et c'est là qu'il dit qu'elle consiste essentiellement dans un précieux farniente.
Le projet de constitution pour la Corse
15:53 Et troisièmement, que mes compatriotes de Corse ne m'en veulent pas si j'enchaîne du Farniente en Corse, quitte à alimenter une fausse imagerie, que Rousseau dément d'ailleurs, mais lorsqu'il est contacté par les émissaires de la jeune République corse, contacté suite à un complot ou au contraire une vraie demande, peu importe, mais lui, il reçoit ce contact où on lui demande, on dirait comme une consultation, il fait un travail de consultant, de faire d'élaborer un projet de constitution pour la toute jeune République corse, qui est la première à mettre en œuvre dans la réalité le programme des Lumières avant les États-Unis, avant la France.
16:32 Il a dit « Corse basée » « Basée Corse » il ne faut pas oublier et Rousseau est enthousiaste, d'abord parce qu'à l'époque la Corse, un peu le Vietnam de l'époque, s'enthousiasme les intellectuels, c'est le pays exemplaire qui vient de se libérer d'un joug, d'une oppression, d'une tyrannie par lui-même, et des Génois pour ensuite retomber dans une autre oppression qui est celle du roi de France, bien sûr, et là c'est entre les deux, la France n'a pas encore, c'est pas encore saisie du dossier, donc on peut faire une constitution pour cette jeune République indépendante, et Rousseau, au début, est peu intéressé par le projet et ne fait qu'écrire des propos qu'on dirait dilatoires, « je suis trop vieux, je suis fatigué, c'est formidable ce que vous avez fait, c'est dommage, mais je ne suis plus à la hauteur »
17:12 et puis petit à petit, en se renseignant sur l'île, sur le dossier Corse comme un consultant consciencieux doit le faire, on constate qu'il s'implique de plus en plus dans le projet jusqu'à faire cette déclaration extraordinaire à son interlocuteur, il y a quatre lettres qu'on a gardées, à son interlocuteur à M. Buttafoco, ce qu'il y a d'ailleurs Buttafoco, d'ailleurs, émissaire de Paoli, il lui dit, « oublions le projet constitution, laissez-moi aller mourir de votre île. » Donc, quand je dis l'île du début de l'enfance pour reprendre tes trois E, en passant par l'Émile jusqu'à Ermenonville où il repose dans une île, c'est un symbole sans lequel on ne comprend pas Rousseau.
L'île, métonymie de la nature chez Rousseau
17:46 Je termine juste par cette phrase que je ne comprends pas, ce serait paradoxe pour un marxiste de faire l'apologie du solipsisme absolu de celui qui est refermé sur lui-même dans sa bulle et dans son île et qui n'a d'autres liens avec personne d'autre qu'avec la mer, c'est-à-dire quelqu'un qui est mort en général. J'adore ce mec à gauche, à chaque fois, il se prend des explications de baisers, il dit, « ouais, raconte-moi des choses par rapport au thème enfance, Émile et Ermenonville. » Pagani fait des détours pendant 15 minutes, il lui explique que le rapport, ouais, c'est il, qu'il le suit tout le long de sa vie ou je ne sais pas quoi, puis lui, il est à côté, il entend ça, il fait une mine un peu inquiète et sérieuse.
18:25 Et qui a disparu. Donc, je rappelle ici que l'île est ici une métonymie, une manière indirecte de parler du statut, du fameux statut de la nature, chez Rousseau, il faut le trancher une bonne fois pour toutes. La nature, c'est ce recours que je peux toujours avoir sous la main quand la société civile est devenue insupportable lorsqu'il règne, comme il a dit lui-même, la servitude et la domination. C'est là que la nature est l'île. Île refuge, exil, prendre le maquis dans l'île. Voilà, avec la Corse il aura fait les deux.
18:58 Bon, cette lettre-là, elle était particulièrement vénère, je trouve. Dur à commencer, assez... Ouais, je sais pas, ça part un peu dans tous les sens, mais moi j'aime bien, j'aime bien parce qu'il y a beaucoup de culture et puis en plus on voit qu'il aime raconter et il y a plein de bribes de choses intéressantes là-dedans. On voit que c'est un vieux prof de lettres, de philosophie qui a plein de choses à dire. C'est le genre de type qui t'a envie d'aller voir un coup et qui te raconte des histoires comme ça.
19:30 qui t'a envie de faire.