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Remerciements et le Parsifal d'Odilon Redon
0:18 Bonsoir chers amis, j'espère que vous me recevez bien, que vous me recevez bien. Je ne m'adresse plus au septembrisard, parce que ça a été le premier de cette rentrée au mois de septembre, je ne m'adresse plus à l'octobre rouge, ni même à novembre où nous avons eu quand même un bel automne, je m'adresse aux décembristes, je fais des petites références historiques que les uns et les autres comprendront.
0:50 Merci mille fois. Vous allez voir pourquoi j'insiste aujourd'hui pour les remerciements que je vous adresse. A tout, aux visiteurs occasionnels, aux visiteurs heureusement obstinés et fidèles. Je vais par ordre croissant les abonnés, les adhérents bien sûr, les amis, les camarades. Certains se sont peut-être appellé. Nous avons dépassé les 5 000 abonnés quand même. Bon, il y en a qui font mieux, il y en a qui font 5 millions.
1:24 Mais voilà, je marque le coup pour la petite association que nous avons dans le budget, tellement ric-rac, si vous voulez, qu'on ne peut pas se permettre de dépenser même quelques euros pour de la promotion, de la publicité, pour acheter. C'est des mégaphones. Donc voilà, merci beaucoup. C'est grâce à la croissance de notre audience que nous en arrivons là.
1:58 Je tenais à marquer le coup. Deuxième petit préambule, avant d'entrer dans la suite de notre feuilleton sur l'hésitation, il y a beaucoup de personnes qui m'ont appelé cet après-midi. Je suis désolé de ne pas avoir décroché. Je m'en suis aperçu pendant les trois minutes où j'ai réuné, enfin où j'ai réuné, j'ai reconnecté mon portable, que j'avais mis sur mode avion parce que j'ai travaillé avec Pierre-Alain en ligne. Pierre-Alain est en Italie, ce n'est pas simple. Je ne voulais pas Pas d'interférences pendant que j'étais en ligne. Je promets que je rappelle demain, ou si vous vous rappelez demain, sachez que demain je suis beaucoup plus tranquille. Voilà. Ah non, pas demain soir, hein, demain jusqu'à 19h.
2:57 Bon, je rentre dans le vif du sujet. J'explique un petit peu le titre et l'image, la belle image. C'est un tableau d'Odilon Redon, certains l'ont sans doute reconnu, n'est-ce pas, qui a pour titre Parsifal. Il est un contemporain de l'époque où la Wagnerite commence à se répandre en Europe, et en particulier un peu tardivement à Paris, où d'abord ça avait fait l'objet de scandales, et puis tout d'un coup, il y a tout ce qui compte dans la culture à l'époque de Baudelaire à Proust, vous voyez, c'est pas tout à fait la même époque.
3:36 Enfin, je veux dire, c'est les avant-gardes, de la poésie, de la prose, du roman. Les peintres, Odilon Redon en l'occurrence, et pas seulement. En Angleterre, il y a le peintre Rackham aussi, qui fait d'admirables tableaux et gravures, surtout inspirés par le Ring d'ailleurs. Il fait des figurines particulièrement stylisées, sveltes, presque comme des sirènes de dessins animés.
4:10 Et le thème, alors par contre, pourquoi je mets en scène deux personnages ? D'abord pourquoi Wagner ? Nous en étions à Chrétien de Troyes, au personnage de Perceval le Gallois. Wagner, c'est la reprise de ce personnage sous le titre germanisé de Parsifal. Bon, à la suite, je vous avais montré ceci, fidèle en cela, ce n'est pas Wagner par caprice comme ça qu'il a germanisé, tout pangermaniste qu'il était, mais c'est parce que, à l'époque de Chrétien de Troyes, ou quelques années en tout cas après l'apparition de Perceval le Gallois, au XIIIe siècle, Wolfram von Eschenbach, un des plus importants des Minnesinger, c'est comme ça qu'on dit les troubadours, mot à mot ça veut dire, Les chanteurs zingers au pluriel, singen, sang, les Minnesinger, et Minne, c'est une personnification féminine de la musique, un peu comme Erato ou Mnemosyne, on avait vu aussi, ou même Écho.
5:29 Vous savez que la nymphe Écho, les anciens disaient que l'écho qu'on entend quand on parle en une montagne, dans un cirque, en fait c'était une nymphe qui nous répondait. Et ce qui fait dire, dans un des plus beaux poèmes de notre langue, La Ballade des dames du temps jadis de François Villon, où il fait une énumération des belles femmes peu fabuleuses, jusqu'à des femmes réelles comme Jeanne d'Arc, Et Jeanne, la bonne Lorraine, Qu'Anglais brûlèrent à Rouen, Où sont-ils, Vierge souveraine, Mais où sont les neiges d'antan.
6:02 Voilà pour Jeanne, mais pour Écho, Écho parlant, Quand bruit on mène Dessus rivière ou sus étang, Qui beauté eut trop plus qu'humaine, Mais où sont les neiges d'antan. Voilà, donc, les chanteurs d'amour, Minnesinger, le plus important en langue allemande, excusez-moi, Je ne servais rien à un miroir. Pour ma cravate, c'était terrible au début. Et alors, comment on y passe ?
Rouge et blanc ; de l'épique au courtois, puis au Graal
6:37 À cause de l'opposition que j'ai développée la dernière fois et que je reprends ici, la polarité du rouge et du blanc. Je vous avais dit qu'on y reviendrait. Parce qu'il y en a qui croient que je dis ça et puis après je passe à autre chose. Je suis un obstiné obsessionnel. Et c'est pourquoi, en faisant une entorse à la chronologie, je devrais commencer par le personnage de Siegfried et après par celui de Perceval Parsifal, puisque Parsifal est le testament de Wagner, l'œuvre qui vient en dernier.
7:16 Je commence en les renvoyant dos à dos Parsifal et Siegfried, je commence par un personnage qui n'est pas vagnerien, qui est bien de notre matière de Bretagne, par l'immense chrétien de Troyes, qui, allez savoir pourquoi, tout d'un coup, à la fin de cette dernière œuvre, tout d'un coup fait intervenir le Graal dans ses poèmes « La quête du Graal ». C'est pas un préambule, dernière petite incidente avant de rentrer dans le texte cette fois, parce qu'on est dans la problématique là, c'est intéressant de remarquer que la poésie médiévale, si je reste par exemple, je vais dire dans l'Hexagone, il n'existait pas à l'époque, si je reste dans le domaine français, commence par l'épique, Comme presque toujours les cultures, au départ c'est épique. Homère a précédé Pindare le lyrique et Sophocle le dramatique, par exemple.
8:23 Dans les dramatiques, Eschyle qui est plus épique que Sophocle et les deux étant moins intériorisés que Euripide, il y a un ordre. Notre poésie commence par l'épique, la chanson de Roland. Alors là, il n'y a pas la bagatelle, il y a bien la belle Aude dont il est question de temps en temps, parce qu'elle attend Roland quelque part dans son château. Mais enfin, je veux dire, c'est surtout de la Baston, c'est magnifique, la versification, le grand vers d'Elinard, l'auteur de Serké, et l'époque de Charlemagne quand même.
9:03 Et puis quand on passe à presque l'antithèse, c'est-à-dire au roman courtois, c'est-à-dire à l'époque où le pouvoir royal ayant centralisé le royaume, ce n'est plus la guerre qui est le sujet principal, puisqu'il a pacifié un peu le royaume. Ils ont mis du temps, de Philippe Auguste à Louis XI, vous voyez, il y a tout un travail de centralisation et de pacification qui aboutira plus tard à la monarchie absolue, où en Louis XIV pourra se permettre de dire « l'État, c'est moi ».
9:39 Voilà, les petits féodaux de province, là, quelques grands qui soient, je veux dire, vous venez à la cour, je vous donne du Molière, du Racine, du Lully, mais vous arrêtez de grenouiller dans mon dos. Voilà, c'est plus la guerre. Et ça se passe à la cour, c'est ça ? L'amour courtois. Que voulez-vous faire à la cour quand il n'y a plus la guerre ? L'amour. Et donc les problèmes s'intériorisent. La quête du Graal est l'étape finale de ce processus. C'est l'amour aussi, mais c'est l'amour divin.
10:12 Voilà, je voulais rappeler cette progression qui n'est pas un hasard. Donc quand on dit « mais qu'est-ce qui a piqué tout d'un coup ? » Chrétien de Troyes de se consacrer au Graal alors qu'il avait jusqu'ici chanté les exploits de ses héros de chevalerie qui défendaient la veuve et l'orphelin. Même si, dans tous ses romans, il y a plein de merveilles, de choses miraculeuses, surnaturelles, comme il se doit surtout dans le genre celtique, Avec l'imaginaire merveilleux de cette matière de Bretagne, c'est tout de même des amours laïcs, l'amour de Lancelot pour Guenièvre, pour l'épouse du roi Marc, etc.
Perceval l'idiot et le mutisme au château du Graal
11:00 Mais pour Érec, pour Énide, etc. Et là, il s'agit de l'amour divin. Graal, je ne sais pas. Alors, je vous rappelle, je vous avais déjà dit que notre Perceval a été élevé comme un sauvageon par sa mère. Donc c'est un peu un demeuré, c'est un peu l'idiot. Je précise qu'au moment où Wagner écrit Parsifal, où il met en scène un idiot, Je ne reviens pas à vous rappeler que Nietzsche, ça l'a rendu furieux, tant que c'était Siegfried qui ne respectait rien, qui brisait les anciennes valeurs avec son épée, qui était la belle bête blonde, sans caricature, Nietzsche, c'est pas un parajoutiste, mais qui était par-delà le bien et le mal, si vous voulez, tout d'un coup finir avec ce héros qui, quand on le frappe tend l'autre joue, qui balbutie, et c'est pour ça que je l'ai pris pour illustrer l'hésitation, vous allez voir.
12:03 Car c'est ça notre thème, l'hésitation entre les deux pôles, du rouge et du blanc, on va y revenir. Ça commence à se clarifier. Lorsque Wagner met en scène cet idiot qui tranche avec les Siegfried et même avec les Tristans, etc. Voilà que Flaubert écrit Saint-Julien le pauvre, un des plus troublants de ses héros dans la série des trois contes, C'est une admirable série, n'est-ce pas ?
12:35 Et Dostoïevski à l'époque écrit tout simplement « L'idiot, il se passe quelque chose » à la fin du 19ème siècle dans notre modernité, au cœur de notre modernité, avant qu'elle se fracasse sur la guerre de quatorze, dans ce siècle qui n'en finit pas de finir. Donc je reviens à cette polarité et j'en arrive au passage que je vous ai résumé, mais on n'avait pas lu le texte dans le détail, ce passage où, en quête d'aventure, donc on est un petit peu encore au début, dans le premier tiers du récit, il a quitté depuis un moment le château de sa mère, il a déjà réussi des exploits, on a appris à redouter sa force, et surtout il a eu le premier contact avec Blanchefleur, Qui deviendra plus tard sa femme, n'est-ce pas.
13:25 L'espace d'une nuit où ils ont été corps à corps et nu à nu, pour citer Chrétien de Troyes. Et surtout, et surtout, et surtout, voyons que ça c'est l'amour humain, et surtout, de déambulation en aventure, de forêt en clairière, il a débouché sur un mystérieux château où il a assisté à la monstration du Graal. Je vous ai parlé de tout ça, donc je vais un peu vite, à cette cérémonie où il a vu un roi blessé, le roi pêcheur blessé selon les versions, au rein, à la hanche, à la cuisse, en tout cas qui ne peut plus se tenir debout, qui est presque toujours allongé, ou dans une barque où il pêche pour se distraire.
14:10 Donc on joue sur le roi pêcheur, celui qui a pêché, raison pour laquelle il est blessé comme une punition immanente, et le roi qui pêche en même temps, c'est pas comme le chat qui pêche, il a assisté à tout ça. Et tout le monde attendait qu'il pose la question, qu'est-ce que c'est que ça ? Qui on sert avec ça ? Qu'est-ce que c'est que ces pucelles d'une beauté surnaturelle ? Ce vase qui brille et qui fait éteindre les bougies alors qu'il continue à brûler, on a l'impression qu'ils sont éteints tellement qu'il irradie sa lumière.
14:49 Et il est resté muet, stupéfait, sauvageon. Lui qui avait la parole facile au début quand il rencontrait des chevaliers, il est resté. Et du coup, le matin, quand il s'est réveillé dans ce château, la herse était levée, le pont-levis était baissé, l'air de dire « vous pouvez partir, il n'y a plus rien à faire ici ». Il n'y a vu personne, il est parti tristement. Il y a eu tout ça avant. Donc là, il est en quête de nouvelles aventures, après avoir assisté à ça, et n'avoir pas été tout à fait à la hauteur par son mutisme, par son hésitation à poser la question.
Lecture : les trois gouttes de sang sur la neige
15:32 Il arrive sur une lande pleine de neige, c'est début de l'hiver, couverte de neige, avec les tentes du roi Pêcheur qui t'en badrouille avec la cour, ça se faisait souvent à l'époque. Voilà, je n'en dis pas plus, la merveilleuse langue de Chrétien de Troyes va se substituer fort heureusement à la mienne. Il vint droit à la prairie. Gelé et enneigé, où campait l'armée du roi. Mais avant qu'il arrive aux tentes, voici venir un vol groupé d'oies sauvages.
16:10 Je fais un premier arrêt dans Parsifal de Wagner. Parsifal surgit sur la scène en éclaboussant de sang d'une flèche le cygne sacré du Graal, un oiseau blanc. Voici venir un vol groupé d'oies sauvages que la neige avait éblouie. Il les a vues et entendues, car elles fuyaient à grand bruit devant un faucon qui fondait sur elle d'un seul trait. Il atteigna toute vitesse l'une d'elles qui s'était détachée des autres. Il l'a heurtée et frappée si fort qu'il l'a abattue au sol.
16:51 Là, il n'est pas dans l'hésitation comme chasseur. Pour faire couler les sangs, comme Ulysse qui commet le carnage par le cheval de Troie au début et par le massacre des prétendants à la fin. Vous voyez, je reviens du tout début. Mais ce n'est pas moi qui fais des continuités artificiels. C'est incroyable comme le contenu est homogène sur plus de 2 millénaires. Nous n'anticiperons pas. Il l'a heurté, frappé si fort qu'il l'a abattu au sol, mais il est trop au matin, trop tôt, et il repartit sans plus daigner se joindre ni s'attacher à elle.
17:28 Perceval cependant pique des deux dans la direction où il avait vu le vol. L'oie a été blessée au col, elle saigna trois gouttes de sang. Et nous voici donc notre polarité, vous voyez que je n'invente pas là, il y a trois gouttes de sang sur la prairie immaculée. On eut dit une couleur naturelle. L'oie n'avait tant de douleur ni de mal, elle n'avait pas de blessure grave, qu'il lui fallut rester à terre.
17:58 Restez à terre. Le temps qu'il y soit parvenu, elle s'était déjà envolée. Quand Perceval vit la neige qui était foulée, là où était couché l'oie, Et le sang qui apparaissait autour, il s'appuya sur sa lance pour regarder cette ressemblance. Car le sang et la neige, j'arrête là sur ce blanc et ce rouge, ce rouge et ce blanc, j'arrête parce qu'il interrompe sa chasse, il y a de l'hésitation, il change de visée tout d'un coup.
18:30 Il était tout entier à ses oies sauvages, et voilà qu'il lâche la proie, sinon pour l'ombre, en tout cas sur un drôle de décor. On dirait un lit où il vient d'y avoir une nuit de noces, n'est-ce pas ? Regardez, regardez, je n'interprète pas. Quand Perceval vit la neige qui était foulée là où s'était couché l'oie, et c'est là qu'est le sang, il s'appuya sur sa lance pour regarder cette ressemblance.
19:00 Car le sang et la neige ensemble sont à la ressemblance de la couleur fraîche qui est au visage de son ami. Donc il pense à sa blanche fleur, c'est son prénom, tout à cette pensée, il s'en oublie lui-même. Grand poète, Chrétien de Troyes, il n'a pas seulement oublié les oies, il s'en oublie lui-même. Pareille était sur le visage de Blanche Fleur, cette goutte de Vermeil, et hop, rebelote, disposée sur le blanc, à ce qu'étaient ces trois gouttes de sang, avec ces structures triangulaires, lourdes de symbolique, apparues sur la neige blanche, il n'était plus que regard.
19:48 Quand je parlais de fascination dans le titre de l'épisode de ce soir, je crois que c'est clair pour tout le monde maintenant que je n'étais pas en train d'en rajouter. Il n'était plus que regard. Et on va voir tout à l'heure, Siegfried, pareil, changeait complètement de visée, il était venu pour tuer le dragon et tout d'un coup il entend le chant des oiseaux, mais là c'est l'ouïe. Il n'était plus qu'audition, qu'il ne sera plus, il n'était plus que regard, je ne me lasse pas de semer.
20:22 Il lui apparaissait, tant il y prenait plaisir, que ce qu'il voyait, c'était, et encore une fois, la couleur toute nouvelle du visage de son ami, si belle. Voilà ce que vous trouvez dans ce que Chrétien de Troyes, dans son Perceval le Gallois ou La Quête du Graal, on dit quelquefois aussi le Conte du Graal, dans ses vingt premiers vers, il s'adresse à la cour bien sûr, C'est une cour de Champagne.
20:56 à l'époque, et pensant à la gent féminine qui est dans ses cours et qui est ravie d'avoir de nouveau une narration, on sait qu'il va y avoir, c'est la poésie courtoise, n'est-ce pas, c'est la matière de Bretagne, il va être question d'amour, beaucoup plus que la chanson de geste, il leur dit qu'il va leur raconter, je cite, le plus beau conte qui soit narré en cour royale, Ce est li contes del graal.
21:31 Voilà donc pour Perceval. Je vous dis que je tord un peu le cou à la chronologie puisque je finirai cette séance par la fin du deuxième acte de Siegfried, bien que Siegfried ait été composé un petit peu avant. C'est Wagner qui a déjà tous ses moyens de la dernière période, ses moyens musicaux, je veux dire. Je finirai par la fin du deuxième acte de Milieu et la fin du deuxième acte de Siegfried.
22:08 Je vous dis tout de suite la raison pour laquelle je tiens à finir avec, parce que là, vous allez voir qu'on va voir beaucoup d'hésitations ce soir. En passant de Perceval à Parsifal, ça ne va pas s'arranger les hésitations. Mais là, ça se termine, le final de Siegfried, je ne veux pas anticiper, mais ça se termine sur une magnifique décision sur laquelle le rideau du deuxième acte tombe avec fracas comme ça, sur un espèce de triomphe assez rare, solaire. On n'est pas dans les brumes du Crépuscule des dieux. Donc, je passe maintenant au personnage de Parsifal. Pour ça, il faut que je fasse une assez longue, non pas préambule, mais une introduction pour vous résumer ce qui s'est passé avant, les extraits qu'on va voir.
Le Parsifal filmé par Syberberg
22:57 Je vous dis tout de suite qu'on va en voir pas mal, certains sont un peu longs, par rapport aux courts extraits qu'on met de vidéos en général pour illustrer juste un petit point précis du contenu, tandis que là, il y a quelques enchaînements dramatiques qu'on ne peut pas couper. Et je crois qu'il y en a pour les unes et les autres qui y trouveront leur compte, qui n'en reviendront pas. D'autant que j'ai choisi la mise en scène, ou la réalisation plutôt, puisqu'il s'agit d'un film, mais un film qui d'un bout à l'autre suit la partition et le texte de Wagner.
23:39 Un peu comme Joseph Losey a fait l'admirable Flûte enchantée, non Bergman a fait la Flûte enchantée, c'est pas, Joseph Losey a fait un admirable Don Giovanni. Ça c'est un peu exceptionnel, c'est pas de l'opéra filmé, c'est des films, n'est-ce pas, qui sont faits avec des chanteurs d'opéra qui sont des acteurs, c'est quand même pas évident. Et là, j'ai pris bien sûr la mise en scène pour Siegfried, celle que vous connaissez, c'est Boulez qui tient la baguette, l'admirable Chéreau qui fait la mise en scène.
24:17 Et là, il s'agit de Hans-Jürgen Syberberg, cinéaste que les cinéphiles sans doute connaissent, n'est-ce pas, qui a fait que des films extrêmement étranges, extrêmement baroques modernes, si je puis dire. Pas baroques du tout au sens des baroqueux, mais baroques au sens propre, je veux dire, avec des collages. J'ai des déduits. On voit des bustes de Marx et de Nietzsche traîner quelque part dans le château du Graal, enfin bref, des symboles empruntés à pratiquement toute l'histoire intellectuelle ou artistique moderne, y compris à la psychanalyse.
24:58 Bon, je ne vais pas déflorer, mais en tout cas, c'est exceptionnel comme qualité. Et surtout, c'est un des rares qui nous présente un Parsifal tel que Wagner, Il demandait qu'il soit mis en scène, parce que la plupart du temps, on nous flanque des Parsifales qui font 130 kg et qui ont 30 ans de trop. Non, je n'exagère pas, 30 ans de trop, c'est un peu ridicule. C'est censé être un jeune homme balbutiant, un gamin, n'est-ce pas ? Un ado.
25:29 Il a trouvé vraiment le personnage idoine et surtout il y a une conduite d'acteur qu'on voit rarement dans les metteurs en scène d'opéra. Donc voilà, pour ceux qui s'intéressent, retenez Hans-Jürgen, Jean-Georges, Syberberg, n'est-ce pas ? Il y a eu une faute, là, ils ont mis Sieberberg, je crois, sur YouTube, mais j'ai toujours dit que, comment ça s'appelle, chez Apple, iTunes, YouTube, tout ça, Je suis admiratif devant l'intelligence de l'ergonomie, de tout ce que vous voulez. C'est intelligent, mais c'est inculte.
26:16 Bon, c'est un peu l'Américain. Même si, à mon avis, les gens les plus fins et élevés sont aussi en Amérique, mais ils sont tellement marginalisés là-bas qu'on a à peine le temps d'en parler. Mais il faut être honnête. Leur rendre justice à cela. Donc, ça je vous dis souvent, je ne bouffe pas de l'Américain, je bouffe de l'Atlantisme. Pour l'instant, c'est eux qui ont le pouvoir, c'est un moment. Sans plus tarder, je voudrais qu'on commence par la scène où on va voir Parsifal jaillir sur scène, parce qu'il le fait tardivement. Le premier acte est long, ne vous inquiétez pas, on ne va pas se le voir en entier, mais c'est un des plus longs de Wagner.
Le domaine du Graal, la lance perdue et Klingsor
26:54 Souvent le premier acte est long et laborieux chez Wagner, on remarque, c'est l'acte d'exposition. Le second, c'est l'acte où il y a l'action, où on ne peut plus revenir en arrière. Et le troisième est celui où il y a la guérison, la rédemption, la guérison. Et là, ce premier acte, je vous dis ce qui se passe avant. Nous sommes dans le domaine du Graal. Attention, c'est un drôle d'espace. D'ailleurs, lorsque un passage qui est postérieur à celui qu'on va voir, on coupera avant, mais je vous le dis quand même puisque je parle d'espace, lorsque le chevalier qui est le narrateur de toute la première partie, comme souvent chez Wagner, on ne voit pas l'action, elle est comme prise à la glu.
27:48 C'est un vieux chevalier qui fait un peu le catéchisme, plutôt l'histoire sainte aux écuyers. Il raconte un peu l'état dans lequel est le domaine du Graal depuis qu'on y a perdu la lance, que le méchant dedans, le sorcier Klingsor, a dérobé la lance. Parce que ce domaine du Graal est un domaine sacré, puisqu'il abrite les deux reliques les plus importantes de la chrétienté, le vase qui a recueilli le sang du Christ, donc le Graal, un vase, symbole plutôt féminin, dans l'imaginaire, surtout de l'époque, mais aussi la lance, la lance qui a percé le flanc du Christ, et la lance sans laquelle le vase ne serait pas rempli.
28:40 C'est lorsque ces deux reliques sont ensemble au château du Graal que les chevaliers du Graal sont invincibles, une espèce de templiers un peu fantomatique, sont invincibles. D'ailleurs, ils sont habillés en rouge et blanc, mais aussi, donc un peu blanche avec une croix rouge. C'est ça, oui, Madame Fils, oui. Et alors il leur raconte comment ça s'est passé, histoire assez tragique, puisque depuis que la lance n'est plus là, le domaine du Graal tombe en déshérence.
29:12 Tous les vendredis, en principe, il y a la cérémonie du Graal pendant laquelle le roi du Graal Amfortas le fameux roi pécheur dont parlaient Chrétien de Troyes. Vous comprenez pourquoi il est blessé, pourquoi il a fait une faute. Voilà ce qui s'est passé. Je remonte aux origines. Le père du roi Pêcheur, le père d'Amfortas, le roi Pêcheur, Titurel, on le voit très peu, donc je passe très vite, et celui qui le premier, je vais le passer très vite, a amené depuis l'Orient, à la Croisade, le Graal en lieu sûr dans ce château qui soit dit en passant que Wagner situe très précisément en l'appelant Montsalvat.
29:54 Montsalvat, il le place dans les Pyrénées, à la limite, surtout à l'époque de la chrétienté et de l'islam. Et ce n'est pas tellement la guerre entre chrétiens et islamistes, à l'époque, c'est la guerre entre chrétiens et païens. Vous allez voir, comme ça s'illustre dans ce récit. Donc, chrétiens et ceux qui ne sont pas chrétiens, Les païens, les païens, quels qu'ils soient. Donc, ce qui est très injuste, ce qu'elle dise à nous.
30:28 Ils sont encore plus rigoureux dans la transcendance. Ce n'est pas que les chrétiens n'ont même pas d'incarnation. Donc, depuis que le Graal est là, tous les vendredis, il y a une monstration du Graal éblouissante. Le roi Amfortas officiait à ce moment-là, sans problème, il n'était pas blessé. Et puis, un des chevaliers, voilà où les problèmes commencent, a essayé de faire taire en lui Deviné quoi ? Ben oui, bien sûr, la libido. Il n'appelle pas comme ça, n'est-ce pas ? Il n'appelle pas comme ça.
31:06 La tentation, vous voyez, parce que pour être chevalier de Graal, il faut être d'une pureté, d'une chasteté à toute épreuve. Et n'y pouvant pas, n'y arrivant pas, il a fini par, dans le texte on dit d'une manière un peu laborieuse, Il a porté sur lui une main criminelle et s'est châtré. Il y a beaucoup de sang dans cette histoire. Il y a le sang du Christ dans le Graal, il y a le sang du cygne éclaboussé sur sa blancheur quand Parsifal va rentrer en scène, on va le voir tout à l'heure.
31:41 Et il y a le sang de cette blessure épouvantable de l'auto-castration de… ah oui, je ne vous ai pas dit son nom, le magicien Klingsor. Donc à l'origine, c'est un chevalier du Graal, c'est un souvenir de la théologie qui dit que Satan est un ange déchu, tombé du ciel, un peu plus bas. Et même en contrebas. Donc, pour se venger, n'est-ce pas, bien sûr, ce crime l'a fait chasser du château du Graal, bien sûr, parce qu'on a tenté comme ça, c'est profond, philosophiquement, ce serait trop facile, n'est-ce pas ? L'important, c'est d'avoir le désir et d'y résister.
32:26 Et pour se venger, n'est-ce pas, d'être exclu, d'être considéré comme un relapse, il a fait subir une transformation profonde au désert. Je fais intervenir une nouvelle détermination. Qu'est-ce que c'est que le désert ? C'est un désert qui sépare le domaine du Graal de tout le reste du monde. Là aussi, c'est assez facile, semblant de voir. Ça veut dire qu'on ne peut y arriver que par une traversée du désert. Et personne ne peut trouver le chemin du Graal s'il n'a été initié ou s'il n'a pas reçu une grâce. Voilà, en gros.
32:59 Somme en ce désert, il ne le laisse pas comme ça, stérile. Il le transforme en jardin des sortilèges, dans lequel il fait pousser les fameuses filles-fleurs. Et oui, Wagner, c'est l'époque de Gustave Moreau, c'est le contemporain de Baudelaire, c'est frémissant d'érotisme. Alors que cette communauté, ce qui la caractérise, c'est qu'on doit renoncer aux jouissances de la chair et passer de l'amour humain à l'amour divin.
33:38 C'est compliqué. Je reviens aux filles fleurs, qu'on verra dans plusieurs extraits de Parsifal, pour ne pas les grouper tous sur un qui serait trop long. Pour l'instant, le chevalier est en train de raconter tout ça, devant les jeunes écuyers fascinés, dans lesquels il y a des voix de femmes, parce qu'ils sont tout jeunes. Ça c'est des opportunités de musiciens, pour avoir un ténor, une alto, une basse, etc.
34:13 Il leur parle et le premier extrait va commencer au moment justement où il fait ce constat navrant, que depuis que la lance est plus là, les chevaliers n'ont plus l'ardeur au combat, le Graal ne les rend plus invulnérables, Donc il ne bouge plus beaucoup. C'est un monde en dépérissement. Vous devinez où je suis arrivé. Je suis arrivé à notre modernité. On ne peut pas dire que notre monde se porte bien. De quelque bord qu'on soit quand même. Il y en a qui disent que ça c'est à cause des immigrés. Moi je trouve ça à cause de l'OTAN, chacun ses trucs. Tout le monde est d'accord pour dire que ça ne va pas. C'est pour ça que des fois on ne sait plus qui est rouge, qui est brun. Parce que ça fait beaucoup de mécontents à notre époque.
35:05 Par une minorité qui en profite très bien. Donc, il fait ce constat accablant, n'est-ce pas ? Et je commence juste quand deux écuyers viennent de s'exclamer après un silence un peu accablé de Gurnemanz, c'est le vieux chevalier dont je vous parle qui leur fait un peu l'histoire sainte, deux jeunes qui disent Quelqu'un pouvait aller récupérer la lance, quelle gloire ce serait pour lui ? C'est à ce moment-là que va commencer l'extrait que je vous propose, je demande à Pierre-Alain encore un peu de patience, quelques secondes, et le chevalier leur dit qu'il y a quand même une note d'espoir, une vague et surtout touche de surnaturel.
35:54 Un jour, le roi Pêcheur, dans cette lamentable situation, était en prière, en confession, en abandon coupable devant un hôtel, un autel A-U-T-E-L bien sûr, et à ce moment-là, il a eu une apparition. Le Graal a commencé à luire au-dessus de l'autel et il a entendu une voix qui énonçait une promesse que vous allez entendre en direct avec des guillemets.
36:37 La meilleure conduite d'acteur, nous l'avons, c'est important pour une pièce d'une telle profondeur. Avec tout ce que je vous ai raconté, ça n'a pas trop posé le problème. Je finis justement de vous contextualiser tout ça. Donc il était en prière et cette vision est aussi une diction qui dit ceci très précisément.
37:07 «Durch mit Leid wissend » « Instruit par la pitié » « Durch mit Leid » « mit » c'est avec, ça veut dire la compassion, mot à mot. « Instruit par la pitié viendra le pur idiot » on dit le fol au Moyen-Âge. Le fol. « Sache attendre celui que j'ai choisi. » Qu'on commence à dire ça devant les écuyers émerveillés qui reprennent en chœur très lentement et sur la note qu'ils tiennent lentement et qui se prolongent, tout d'un coup, avec une violence, parce qu'après toute cette musique prise à la glu, lente, sombre, c'est sans espoir, tout d'un coup de l'action et on amène tout d'un coup.
Le cygne abattu : projection de l'interrogatoire
37:54 Chose épouvantable, le cygne du Graal car on est sur un domaine où il est interdit de faire du mal au moindre animal. Wagner était végétarien, il ne faut pas oublier ces choses-là. L'extrait qu'on va voir va être kiffé par les véganes, si je puis dire. Et vous voyez que ça ne dispense pas d'être antisémite, ce qui est le cas de Wagner, combattif et obsessionnel, et nationaliste. Bref, on y reviendra. Ça ne veut pas dire que parce que je suis vegan, je suis un fasciste.
38:29 Non, mais je veux dire, ça ne garantit pas, ça ne suffit pas à garantir, quand on a la compassion pour les animaux, n'est-ce pas, qu'on est dans les bonnes valeurs. Ça peut cohabiter avec ce qui est de pire. C'est juste pour ça. Enfin, la réciproque, je ne suis pas en train de dire, les véganes sont des fachos. Mais attention, je le mets en garde. C'est une quête le bien. Il ne suffit pas d'épargner, comme les lamas tibétains qui avaient d'excellente relation avec le troisième Reich. Oui, à l'époque, renseignez-vous, à les années 30, il ne s'agit pas d'épargner les poux qui vous accablent, C'est incroyable parce qu'il faut respecter la vie où qu'elle souffre. Bon, donc, là, ce n'est pas un animal qui est tué ou qui souffre, seulement c'est pire que ça.
39:23 C'est dans ce domaine-là, il choisit, enfin il choisit, dans le chrétien de Troyes, je vous ai lu, c'était une oie sauvage, une oie blanche comme ça, sur la neige, des taches rouges sur du blanc. Là, il choisit le cygne du Graal, ce qu'il y a de plus virginal, c'est pas le symbole de pureté, vous voyez, le blanc, la reine blanche comme un lys qui chantait à voix de sérène pour reprendre encore Villon. Voilà donc je vous demande d'être attentif au chevalier qui est un peu jeune pour le rôle mais qui joue admirablement et qui surtout qui a une voix de basse.
39:59 C'est lui qui chante le plus longtemps dans Parsifal pendant près de quatre heures et demie. Et vous voyez que nos extraits sont courts par rapport à la durée totale mais il devrait avoir les cheveux blancs un peu et tout ça. Il a un peu la quarantaine résonante, la cinquantaine maximum, mais sinon excellente basse, bonne diction.
40:31 c'est un peu compliqué parce que c'est un anglais archaïque où le « you » est remplacé par le « thee » et « thou », c'est le « du » allemand. Et repérez bien la note tenue sur laquelle finit la promesse, les jeunes écuyers la reprennent, et tout d'un coup, le surgissement du signe ensanglanté et de Parsifal qu'on amène en disant « c'est lui qui a osé tuer le cygne ».
41:01 Vous allez voir l'incroyable interrogatoire qui commence. Là, je dis à Pierre-Alain qu'il a été bien gentil et bien patient et qu'on peut commencer ce premier extrait.
44:52 et chastra on de Gondis, leandre canacidonin, ... des Wels, du konntest morden, hier im heilgen Walde des stiller Friede, dich umfing.
46:01 ... des eines Tieren naden wir nicht an, ... grüßten dich freundlich und fromm,
47:29 ins Oh «Was ist er nun dir?» «Hier, schau her, hier trafst du ihn!» ...Da starrt noch das Blut...
48:06 ... hängen die Flügel, ... das Schneegefieder, ... dunkel befleckt. ... gebrochen das Aug, ... siehst du den Blick?
48:47 ... deiner Sündentat du inne. ... Sag, Knab', erkennst du deine große Schuld? ... Wie konntest du sie begehn? Je ne savais pas, je ne savais pas.
49:31 je ne savais pas. Wer sandte dich dieses Weges, das weiß ich nicht, dein Name dann. Ich hatte viele, Car meint, Joc, j'ai pas de la poesie, C'est du connu?
51:11 ie «Nichts weißt du, was ich dich frage, jetzt meld, was du weißt, denn etwas musst du doch wissen.»
« Je ne sais pas » : l'hésitation absolue et le nom oublié
51:59 C'est une poulotement étrange. Tout de même, quel interrogatoire ! Quel travail quasi-sadique ! Je ne voudrais pas forcer le trait, mais je ne sais pas ce que vous en pensez de culpabilisation du jeune homme. On lui dit « ce n'est pas bien, ici c'est interdit, pourquoi tu fais souffrir les animaux inutilement, même pas pour les manger, ici ils ne se mangent pas ». D'ailleurs, comment il surgit Parsifal avec son cheval à côté ? Regardez bien, je reviens en arrière exprès, un retour sur texte ici.
52:34 Les images, vous les avez vu, on ne va pas les oublier. Pour une fois qu'elles sont conformes aux indications de Wagner, merci Hans-Jürgen Syberberg, Mais pour ce qui est du texte, quand il arrive avec son cheval, il y a le chœur des écuyers qui disent « il faut punir, c'est lui qui a tiré ». Comment tu peux faire cela ? Les premiers mots de Gurnemanz, le vieux chevalier, pas assez vieux, vous avez vu ? Et les premiers mots de Parsifal, avec un sourire indifférent, « moi j'aime bien tirer au vol tout ce qui vole ».
53:08 Alors ça, c'est pas de l'hésitation. Commencez à comprendre où je veux en arriver. Par contre, dès que l'interrogatoire commence, c'est l'hésitation absolue. Dès qu'on l'interroge, comment as-tu pu faire une chose pareille ? Je ne sais pas. « Qui est ton père ? Je ne sais pas. » « Qui t'a montré le chemin, parce que le vieux chevalier sait que personne ne peut arriver au domaine du Graal s'il n'a pas été initié ou s'il n'a pas reçu une grâce. Donc, il est quand même intrigué. Il dit « Je ne sais pas. » Pour lui, c'est un hasard. Il est en quête d'aventure. Il est arrivé là.
54:02 Et devant ces réponses, et puis attendez, une dernière, enfin, dans cette série, cette première série de questions avant qu'un cortège emmène le pauvre cygne, et la dernière question, très importante, quand il lui dit « mais quel est ton nom ? » C'est quand même le minimum, on connaît son nom. Et cette réponse étrange, j'en ai eu beaucoup, mais je ne me souviens d'aucun.
54:34 Hésitez même à dire comment on s'appelle bafouiller, ne pas pouvoir dire son nom. Le nom, c'est ce qui nuclé, pas besoin d'emprunter, c'est évident, la psychanalyse qui a énormément à développer là-dessus, au point que ça inspirait à Lacan un jeu de mots célèbres. Le nom du père, c'est souvent le père qui donne le nom, et les noms du père, ceux qui ne veulent pas être dupes sont souvent dans l'erreur. Bon, de toute façon, ça c'est des jeux de mots. Mais l'importance du nom, la dénomination, elle est toujours très solennelle chez Wagner.
55:10 Là, elle est carrément mystérieuse. Mais vous voyez, le père de Siegfried, Siegmund dans la Valkyrie, il se donne six noms avant d'arriver à Siegmund. Bon, on m'appelle comme ça parce que j'étais courageux, comme ça, parce que j'ai jamais eu de chance comme ça, vous voyez. Sauf que là, il les connaît. Et là, il dit, j'en ai eu beaucoup, je ne me souviens d'aucun. Dans le texte de Chrétien de Troyes, et c'est ça qui a inspiré Wagner dans la multiplicité des noms, parce qu'il serre de très près ses données, il fait un énorme travail de recherche pour le Ring, C'est un domaine germanique et est allé fouiller dans les archives des Eddas en Islande, des Eddas scandinaves, les plus vieux textes scandinaves.
55:59 qui est de serrer le texte de Chrétien de Troyes, Chrétien de Troyes fait discuter Perceval au début quand il quitte le château de sa mère et qu'il la rencontre pour la première fois, il voit des chevaliers éblouis par les armures qui brillent au soleil, les heaumes, les fanions, les lances, et non pas cette arme de sauvageon, l'arc à l'époque. J'en profite pour rappeler qu'il y a plus qu'une lutte de classe, quasi-race, enfin eux pensent en termes de race à l'époque, même si c'est des choses de classe, entre les nouveaux occupants de la Grande-Bretagne, les Germains, les Normands, les hommes du Nord, donc les Vikings, donc des Scandinaves, donc de langue germanique, pour lesquels les habitants de la Grande-Bretagne, les Gallois, Et puis tout, c'est des races.
56:52 C'est dans le texte de Chrétien de Troyes, qu'ils sont stupides et qu'il n'y a rien à en tirer. Donc, à un moment donné, un chevalier dit « mais tu t'appelles comment ? » et Perceval le Gallois répond tout en tripotant les heaumes, les hauberts, l'épée comme ça, sans répondre à la demande de renseignements que les chevaliers lui font. Au contraire, en contreposant des questions à lui, ça sert à quoi ça ? Il dit, je ne sais pas, ma mère elle m'appelait des fois, moi je m'appelle mon fils, ou bien je m'appelle mon cher ami, ou bien ma mère veille, vous voyez.
57:43 Et puis quel travail de culpabilité quand il lui dit « Regardez comme c'est long, c'est insupportable, regarde ce cygne, mais on a droit à des détails incroyables ». Et là on arrive, on plante nos yeux, nous spectateurs et notre cervelle dans le sang du cygne, le rouge au cœur de la blancheur. On ne nous épargne rien quand tu liras. Regarde ! Les plumes maculées, les plumes qui se collent jusqu'à devenir sombres. Regarde ! Les yeux vitreux ! Et puis à chaque fois qu'il essaie de détourner son regard, il dit « schau her ! Regarde, regarde là, regarde ici ! » À ce moment-là, ici dans cette mise en scène, il se défait de son arc.
58:38 Dans les mises en scène, dans les indications de Wagner, il prend son arc et le brise sur son genou. Dans le cas, il réalise que la culpabilisation est arrivée à ses fins. Dans l'extrait suivant, il se passait tellement de choses, après je ne vais pas vous les résumer, on perdrait du temps. On va se retrouver dans le domaine du magicien, avec Perceval qu'on va retrouver, mais qu'est-ce qu'il fait là ? Le domaine du magicien, regardez les chevaliers tout à l'heure qui désespéraient si quelqu'un pouvait aller récupérer la lance, et bien oui.
Kundry, le drame lyrique et le festival scénique sacré
59:17 Ça je l'ai sauté, parce que le premier acte, je vous ai dit qu'il est long déjà, j'ai sauté toute une première partie du deuxième acte avec le duo entre le souteneur et sa prostituante victime. Je ne rigole pas. On voit enfin le fameux Klingsor, le terrible magicien autocastré. Et on retrouve la femme, je ne vous en ai pas parlé exprès, parce que c'est tout un développement à faire rien sur ce personnage. Wagner a mis plus de 60 ans.
59:48 Et de personnages féminins en personnages féminins, de Senta dans Le Vaisseau fantôme, à Elisabeth dans Tannhäuser, à Elsa dans Lohengrin, et Iseut bien sûr, pour aboutir à cette composition, à cet hybride fantastique qu'est le personnage de la femme que vous avez vue, cette Sauvageonne qui est dans les feuilles mortes, Kundry. Au début, nous l'avons vue, au premier acte. Pas nous, là, dans les séquences, je ne peux pas tout vous montrer, Mais je veux dire, au début de la pièce, on la voit très tôt, qui s'efforce de soulager la plaie du roi pêcheur.
1:00:21 On ne peut pas la guérir, elle ne la guérit jamais, mais elle court le monde entier pour trouver des baumes, des choses qui au moins lui soulagent un moment sa douleur. Et elle dit même à un moment donné qu'Amfortas, le roi pêcheur veut la remercier au bord du lac, dont la brise de temps en temps le soulage un peu sa douleur, Il lui dit « Kundry est toujours fidèle » parce qu'elle sort toujours des buissons, elle dort dans des buissons, pire qu'une SDF, elle n'est même pas en ville, n'est-ce pas ? Une sauvageonne, vous voyez une symétrie avec Perceval.
1:00:55 Je reviendrai à cause de l'extrait qu'on vient de voir. Elle lui dit où tu as trouvé ce baume, et elle dit tous les parfums d'Arabie, s'il ne suffit pas, l'Arabie ne contient plus assez de parfums pour te soulager. C'est un souvenir du Macbeth de Shakespeare, on connaissait tout ça par cœur, où la tache de sang de Macbeth après son crime ne part pas. Et elle dit « tous les parfums d'Arabie ne laveront pas cette tache ». Vous voyez quelle culpabilité qui est le thème obsessionnel, rémanent, récurrent tout le long.
1:01:35 Or, il est intéressant de remarquer que le personnage, le héros de ce drame lyrique, ou plutôt, vous savez que je suis très sensible au genre, donc je vais préciser, il y a l'opéra. La majorité italienne, il y a un magnifique opéra français, russe bien sûr, et dans l'opéra il y a des différences. Genre entre l'Opéra Bouff, les Noces de Figaro, le Singspiel, une espèce de comédie populaire dans les pays germaniques, surtout du sud de l'Autriche par exemple, ou de Bavière, l'Opéra seria, qui met en scène les princesses, Titus et Bérénice par exemple, la Clémence de Titus, pour parler de Mozart.
1:02:24 Wagner, c'est l'opéra dans son ensemble qu'il a mis de côté pour le remplacer déjà par le drame lyrique, qui est une fusion intégrale, d'une part du texte et de la musique, comme vous le voyez en permanence là, avec ces cordes qui vous déchirent l'âme à chaque fois qu'il y a une question, un silence, on entendait. Une musique qui elle aussi ouvre des béances de douleurs, de douleurs de l'âme spirituelle cette fois.
1:02:54 Regardez le rôle des cordes dans Parsifal, même s'il y a des cuivres somptueux, mais beaucoup moins que dans le ring. Là c'est les cordes qui remuent le plus l'intériorité. Donc, à propos de genre, pour Parsifal, il y a encore un genre qui n'a été appliqué qu'à Parsifal. Wagner l'a intitulé « Bühnenweihfestspiel ». « Bühne », c'est la scène, « Festspiel, festival ». Autrement dit, ça veut dire « Représentation festival, scénique, sacré ».
1:03:26 C'est un opéra sur un sujet quasi religieux, même si ce n'est pas officiellement religieux, parce qu'il y a des tas de trucs qui ne sont pas dans le dogme, je vous le dis moi, mais qui a une connotation, une résonance, vous le voyez bien, en permanence mystique, sinon religieux. Et ça a un nom, même dans les traditions opératiques, lorsqu'on écrit une œuvre dramatique chantée sur un sujet religieux, tiré le plus souvent de la Bible, comme l'admirable, je vous le conseille, à l'époque de Monteverdi, entre le XVIe et le XVIIe siècle, début du XVIIe, surtout, un compositeur magnifique, mais moins connu que l'immense Claudio Monteverdi, Je pense à Giacomo Carissimi qui a écrit un oratorio « Jephté », c'est dans la Bible, il y a Jefté qui un peu comme Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie chez les Grecs, qui sacrifie sa vie pour gagner la bataille, parce que c'est ce que Dieu lui a demandé pour le mettre à l'épreuve comme il a demandé à Abraham, il a immolé son fils en le retenant au dernier moment.
1:04:36 Donc voilà, comme une œuvre chantée dramatique sur un sujet sacré, c'est un oratorio. Parsifal est presque un oratorio. Ce n'est pas tiré de la Bible, c'est tiré de Chrétien de Troyes. Et puis, j'en profite pour dire au passage que la connotation chrétienne du Graal, le vase qui est censé avoir recueilli le sang de Christ, est tardive au Moyen-Âge. Au départ, dans le Chrétien de Troyes, il n'est pas du tout question d'une récupération chrétienne.
1:05:08 On ne sait pas bien ce qu'est le Graal, on sait qu'il éblouit, qu'il est de lumière, on sait qu'il est lié à la nourriture parce que c'est un plat, ça on est sûr. Il y en a qui disent un vase, il y en a qui disent un plat. N'est-ce pas ? On dit bien on va aller grailler, c'est des vieux radicaux vous savez ça. Ou ça sent le graillon dans l'argot. Mais dans Chrétien de Troyes, il n'y a pas encore la récupération chrétienne. Elle viendra plus tard avec le moine Robert de Boron qui, voyant le succès, un peu avec des histoires magiques païennes, il redoutait un peu que les fidèles ne se laissent entraîner dans des superstitions pré-chrétiennes, à christianiser la chose.
Les filles-fleurs, Proust et Herzeleide
1:05:52 Wagner unifie les deux, le merveilleux pré-chrétien avec la magie, Klingsor. Alors, je ne vous ai pas dit la meilleure, parce que là on va arriver avec l'extrait suivant, il faut bien en parler. On était dans le religieux, maintenant on va un peu dans le démonique, parce que la séquence qu'on va voir va commencer par Parsifal se promenant au milieu des filles-fleurs. Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de filles-fleurs ? Bon sang !
1:06:27 Il est évident qu'un Proust qui était fou de Wagner n'a pas choisi au hasard le titre pour lequel il a eu enfin son prix Goncourt à l'ombre des jeunes filles en fleurs. Je vous ai dit que j'ai connu une agrégée de lettres ? Il y a un travail de recherche en maîtrise sur un parallèle entre le parcours du narrateur dans la recherche, qui va de la fixation à la mère, regardez tous les drames du coucher, de son coucher quand sa mère ne vient pas lui donner le dernier baiser parce qu'elle a des invités, et les pages parmi les plus bouleversantes de Proust que ça donne.
1:07:08 Donc de la fixation maternelle à la guerre de 14 avec les dirigeables allemands au-dessus de la place de la Concorde, de la blanche sonate au rouge septuor « Je n'invente rien, je passe pas du coq à l'âne ». Et cette jeune femme avait fait ce parallèle avec ce très beau titre de la fidélité, sous-entendu presque trop fidèle à la mère, de la fidélité à la grâce. Vous avez vu que Perceval, qui est un peu accablé, culpabilisée, s'illumine de nouveau, quand la seule réponse positive qu'il fait aux questions qu'on lui pose, la seule fois où il répond en nous donnant une information, c'est quand le vieux chevalier revient à lui après le corps-térent.
1:07:53 Il lui dit « Bon alors maintenant, dis-nous quelque chose, qu'on sache moins quelque chose de toi, c'est pas possible de rien savoir. » Et il dit « J'avais une mère, elle m'a élevé dans la forêt, il dit son nom Herzeleide, ce qui veut dire mot à mot, cœur dolent, le lai, vous savez, à la complainte. Herz, c'est le cœur, Herzleid, cœur dolent, bon sang, souvenir de la Pietà, de la madone souffrante devant le cadavre de son fils, Mater dolorosa. »
1:08:26 Et oui, tout ça est très surdéterminé. Alors, vous m'avez dit, on s'éloigne des filles fleurs, là. On ne va quand même pas mettre la Vierge Marie dans les filles fleurs. Ah non, ça non, parce que ce n'est pas du tout les mêmes ordres. Jugez plutôt. Qu'est-ce qu'il a fait du désert ? Il l'a transformé en jardin des sortilèges, en jardin des tentations, dans lequel il fait pousser des êtres étranges qui sont fleurs par en bas jusqu'au calice, et qui sont De très belles filles par en haut et dont la fonction est de séduire les chevaliers du Graal quand ils sortent pour aller au combat.
1:09:02 On ne dit pas qu'on est sur les Pyrénées à la limite de deux mondes, des fidèles et des infidèles. Et c'est là que le situe Wagner. On a souvent pensé à Montségur puisqu'il appelle Montsalvat, à forteresse cathare. Wagner a beaucoup travaillé aussi les données cathares, d'âge et les cathares aussi à la lance, L'histoire de la lance qui saigne, elle a une goutte de sang, ça c'est dans le Chrétien de Troyes, qui perle de la pointe vers le manche. Tout ceci est tellement mystérieux et quand même bien clair parfois, madame. Ça en fait des blessures et des sangs différents.
1:09:39 Le sang du péché qui se mêle au sang, qui sauve l'humanité au sang du Christ. Nietzsche, lisant le livret, avait dit « trop de sang et puis j'aime pas les femmes hystériques ». Je reviens à Kundry, un personnage que vous avez vu dans les feuilles mortes. On saura bien plus tard, on aura sur… enfin on va découvrir au début du deuxième acte sur lequel on va commencer notre prochaine séquence. Je tiens à le contextualiser pour vous. On saura que cette fille qui court le monde entier pour soulager la blessure du roi pêcheur, c'est à cause d'elle qu'il est blessé.
1:10:19 Parce que lorsqu'elle est sous la dépendance du magicien Klingsor, par un envoûtement, on dirait, vous voyez, un envoûtement, elle ne s'appartient plus, elle ne s'appartient plus, elle n'appartient uniquement à sa volonté, Et elle devient, sous les ordres de Klingsor, qui est castrée, la séductrice en chef. C'est pour ça que je vous dis qu'il y a un vrai dialogue qui ouvre le second acte, qu'on ne verra pas, mais que je vous recommande avec des accents schoenbergiens pour les connaisseurs. On est bien au-delà du romantisme, on est dans l'expressionnisme, d'une violence.
1:10:51 Lorsqu'il lui dit « je suis ton maître », elle lui dit « ah bon avec quel… » Et l'autre qui est terrifié de cette ironie. Et quand je vous disais que c'est vraiment un dialogue entre le souteneur et sa prostituée en chef, je n'inventerai rien. Allez, va au travail, parce que c'est dangereux aujourd'hui. Et je vous dis la citation exacte. À présent, on dit tous les chevaliers qui sont tombés, facile, ils ne résistent pas à ta beauté parce qu'elle change complètement.
1:11:24 Quand elle se transforme en séductrice, Wagner a mis 60 ans à forger le personnage de Kundry. Le personnage de Kundry. On saura plus tard, c'est elle qui le dira plus tard à Parsifal, dans l'immense scène de séduction que je vous épargne, on verra juste le tout début, On verra que c'est une réincarnation de femmes qui ont vécu, dont une qui a vu le calvaire du Golgotha et qui a ri.
1:11:54 C'est la vie qui arrive. Le Christ se serait retourné à ce moment-là et depuis elle est condamnée à rire, à rire, à rire. Femme malheureuse, ricanante, d'où ce thème souvent qu'on entend quand elle est là, une espèce de descente chromatique, tantôt rapide, tantôt lent, mais le plus souvent rapide, comme un hennissement de cheval. Donc cette Kundry, on va voir, Parsifal, on n'a pas répondu à la question, qu'est-ce qu'il fait là ? Il a pris la décision, je vous ai sauté, d'ailleurs on voit nulle part le moment où il se décide.
Parsifal chassé, puis parmi les filles-fleurs
1:12:36 Dès le deuxième acte on a compris que ça y est, la pitié l'a instruit comme demandait la promesse, n'est-ce pas ? Il a vu la souffrance du roi pêcheur, il a assisté, ça je vous saute, c'est des scènes extraordinaires, Il stupéfie l'œil et l'oreille, la monstration du Graal dans le temple du Graal qui clôt le premier acte. Parsifal voit la souffrance infinie, c'est la musique qui l'exprime le plus, c'est irrésistible, jusqu'à un paroxysme.
1:13:06 Et il ne pose pas la question. Et du coup, le vieux chevalier qu'on a vu, qui avait de l'affection pour lui, qui s'est dit quand même, Ça ressemble à la promesse, cette histoire, ça doit être celui qu'on nous a promis, là, cet idiot, là, ça tombe bien, il a trouvé le chemin, donc il doit avoir la grâce, mais il est affreusement déçu, parce qu'il est bouche bée devant la souffrance, comme ça, il est dans l'hésitation. Parler, ne pas parler. Je vous avais dit que la même personne qui a fait son mémoire sur le parallèle de Proust et de Wagner, ici, de Parsifal et du Les professeurs de leur parcours respectifs, la même avait préparé l'agrégation et elle avait le conte au programme en littérature comparée.
1:13:52 Et leurs professeurs leur avaient dit que la figure de l'ogre qui est si récurrente dans les contes pour enfants ne leur épargne rien, ça c'est épouvantable. Je ne m'en plains pas, j'étais le premier à aimer ça quand je lisais, mais ça me faisait peur. Surtout quand on disait qu'il y avait tellement de sang sur les murs de Barbe Bleue qu'on se voyait dans le mur. Pire que mes yeux propres. Et donc, le personnage, la décision qu'il a prise et qu'on n'a pas vue, le vieux chevalier le chasse, ça on le voit.
1:14:33 Mais on ne voit pas, Parsifal dire, c'est comme ça, je promets d'aller chercher la lance. Non, on se doute que c'est ce qui se passe entre les deux actes pendant l'entracte, si vous voulez. On le voit arriver là. Mais les derniers mots du vieux chevalier quand il le chasse à la fin du premier acte, c'est les derniers mots à part la promesse qui tombe de la coupole, comme on réentend la même phrase comme dit par un ange, c'est « Va-t'en d'ici et à l'avenir laisse les cygnes tranquilles, cours après les oies ». Je cite, c'est étrange, cours après les oies et laisse les cygnes tranquilles.
1:15:15 « Oison que tu es ! » Il ferme la porte dans l'immense salle qui était remplie de chevaliers, le culte, le Graal, qui est vide, où rien ne s'est passé et qui est plus triste que jamais, le rideau se ferme. Et là, on le voit, Parsifal, tout d'un coup entouré. C'est la première fois qu'il voit comme ça du sexe féminin de tous les côtés, des filles-fleurs qui toutes lui disent « Komm, komm ». C'est une scène de vamp collective incroyable, absolument incroyable. Je n'en dis pas plus, je demande à… c'est tellement du tout contenu, il fallait quand même tous ces éclaircissements.
1:15:55 Donc, regardons… ah oui, quand même, je vous dis à l'avance que Parsifal va se modifier. Au début, il est émerveillé, il voudrait jouer avec elle, puis comme elle le serre de plus en plus, il n'oublie pas qu'il a sa mission. Vous voyez comment on revient à l'hésitation ? Sa mission c'est de... Il est allé chercher la lance. Il les écarte en disant « donnez-moi de l'espace » « Raum » « Raum » « Raum » ce qui donne « room » en anglais.
1:16:26 « Donnez-moi de l'espace » et au moment où il les écarte, où il se libère, on entend pour la première fois depuis le début de l'œuvre, comme elle dure près de cinq heures, de quatre heures et demie, ça veut dire que ça fait deux heures que ça a commencé. Et pour la première fois, on entend son nom avec une voix féminine. Et on sent que Kundry n'a pas pu résister de nouveau à l'envoûtement de Klingsor, qu'elle est au travail et qu'elle va faire la plus importante de ses opérations de séduction jamais entreprise.
1:17:01 Carre et j'y reviens. Le vieux magicien, dans la scène, dans leur duo qui précède celle qu'on va voir, il lui dit « Tomber les chevaliers, c'est facile, ils sont des hommes, mais plus dangereux se présente aujourd'hui celui que protège le bouclier de l'idiotie ». Et là elle résiste à lui. « Je ne veux pas, c'est un enfant ». Vous voyez ? Vous voyez ? Et c'est là que, par magie, il l'envoûte, elle ne résiste plus et je n'en dis pas plus.
1:17:40 Il est parmi les filles fleurs donc, au début, il va s'égayer, il va s'amuser, il va en avoir marre, il les écarte. À ce moment-là, écoutez bien, toute l'œuvre bascule. On est au milieu, comme souvent chez Wagner, à deux heures du début, à deux heures de la fin. On entend Parsifal. Et il répète et il dit « c'est ainsi que m'appeler la mère en rêve quand elle dormait ». Séquence.
1:18:55 versonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonleonle La scène étant longue, j'ai fait quelques coupures, on ne peut pas faire défiler cinq heures de chez l'heure,
La scène primitive : le récit de Kundry
1:20:08 Mais je le reprends à partir du moment où elle lui raconte, elle le met devant sa scène primitive. Oui, c'est une notion freudienne, mais écoutez, je ne dis plus rien d'abord. Vous savez, Freud, c'est même pas une demi-génération après la mort de Wagner. C'était dans l'air tout ça, vous savez, c'était presque mûr. En tout cas, qu'est-ce que c'est la scène primitive ? Quelque part, il y a une scène qui a provoqué la névrose, le traumatisme, mais qui n'est pas entièrement construite par l'enfant.
1:20:46 Il y a une scène où il a vu quelque chose. Des fois, ça s'appelle le coït des parents, surtout dans les maisons où il y a une promiscuité pour des raisons économiques. Fantasmé ou réel, je ne tranche pas le débat, c'est un débat interne au champ analytique, mais intéressant. C'est ça qu'on appelle la scène primitive, c'est-à-dire qu'elle lui raconte comment il a été conçu.
1:21:20 Elle lui raconte ce qu'elle a vécu, elle a vécu des millénaires, donc elle était là, elle a vu le bébé. Et ça, la deuxième partie donc. Ce deuxième acte commence sur « Ich sah das Kind », j'ai vu l'enfant, j'ai assisté à ses premiers rires, à ses premiers babiles, et surtout, et de nouveau, une culpabilisation très différente de celle où Gurnemanz, le vieux chevalier, le culpabilisait avec le sang du cygne, là, elle lui dit « Ah, comme elle t'aimait, quand tu partais dans la forêt, comme elle était anxieuse, et quand tu revenais, comme elle te couvrait de baisers, on ne peut pas oublier un tel baiser ».
1:21:58 Comme elle le ramène, n'est-ce pas, aux scènes primitives de l'éros, n'est-ce pas, à la fidélité absolue, mais fidélité dangereuse, n'est-ce pas. Car au bout de tout ça, il y a un cadavre. Ici je cite Nerval, oui tout se tient, n'est-ce pas. La treizième revient, c'est encore la première et c'est toujours la seule ou c'est le seul moment, car es-tu roi ô toi, pardon, car es-tu reine ô toi, la première ou dernière ? Es-tu roi toi, le seul ou le dernier amant, aimez qui vous aima du berceau dans la bière ? C'est ce qu'on va voir maintenant du berceau dans la bière.
1:22:44 Séquence.
1:25:52 ...dass du mich wendest, weiter ich durch mir, und weiter komm ich wieder, wo ich viel erlang.
1:28:23 Galt ihres höchster Pflichtgebot. Den Waffenfern der Männer kam und wütten, wollte sie still durchbärben und behüten.
« Loin des chocs des guerres » ; la stratégie de Kundry
1:29:05 Je crois que ça se passe presque comme atteint, en tout cas, sur le point que c'est vraiment d'une audace incroyable d'être remonté si loin. Il connaît ce personnage, là où la mémoire consciente ne peut jamais remonter. Et donc, elle restitue pour lui, les tout premiers temps de sa existence de nourrisson. Qu'elle veut dire là, vous voyez ? Plusieurs remarques quand même, de nouveau, je fais un retour sur texte, parce que des fois on n'en croit pas ses oreilles.
1:29:47 C'est presque les avant-derniers mots lorsqu'elle dit « Elle t'a protégée von Waffen fern, von Männerkampf und Wüten, loin des chocs des guerres. » Je vous ai dit qu'au début de ce cycle, ma principale hésitation à moi, parce que c'était par honnêteté que je parlais d'hésitation, Je suis moi-même assigné par la situation que nous vivons. J'avais dit que j'ai hésité entre deux pôles, vous parlez tous les jours du danger de guerre qui ne fait que s'accroître.
1:30:25 Loin des chocs des guerres et des haines, elle a perdu son mari au croisade, elle ne veut pas que ça recommence pour son fils. Donc vous parlez tous les jours de la guerre, du danger de guerre. Je vous répète que j'ai passé 75 ans et que je n'ai jamais vu un tel danger de guerre. Et pourtant j'en ai vu des crises, vous savez, à l'époque des missiles Cuba et pas seulement. La guerre du Vietnam, le Moyen-Orient, il n'y a pas si longtemps, ça s'est contemporain à vous, Quand Obama avait mis des bateaux et des missiles nucléaires en face de la Syrie pour tirer sur les bases russes, c'est grave ce qu'il se passe là, et là c'est en Europe.
1:31:07 Comme me disait un ami africain, la guerre entre blancs, quand il y a la guerre entre blancs, là c'est grave. Ça ne veut pas dire qu'il était bien placé le pauvre, pour savoir que ses frères étaient massacrés dans les villages du Mali et du Burkina, n'est-ce pas ? Depuis quelques années de terrorisme. Mais ça fait moins de dégâts, la machette terrible, mais je veux dire, ce n'est pas que des missiles.
1:31:42 Donc, et les forces mises en présence, ce n'est pas assez terrible. Hésiter entre ça et puis reprendre une de nos rêveries analytiques, Faire des commentaires de texte. On en fera encore, parce que ça correspond aussi à une demande de beaucoup d'entre vous, et je me ferai un plaisir de recommencer. Mais vous voyez bien qu'on ne fait pas l'un sans l'autre. Vous voyez ? Parsifal a une mission. C'est le contraire du fun, là. Il doit reprendre la lance. Et là, il est déjà en train de l'oublier. Il est envoûté, parce que Kundry a eu un trait de génie, Elle a une stratégie de séduction absolument géniale. Au lieu de montrer ses seins, ses hanches et ses formes comme les filles fleurs, et ça suffisait pour les autres chevaliers du Graal, elle a compris que, comme disait Klingsor, le magicien plus dangereux est aujourd'hui celui qui protège le bouclier de l'idiotie.
1:32:44 Elle a compris qu'avec lui il fallait une toute autre stratégie au lieu de faire un ventre de sa personne comme une fille de saloon. C'est pas comme une danseuse de saloon, je ne dis pas ça péjorativement envers la fille et la pauvre gosse. Mais plutôt contre bien de ceux qui la matent. Je ne dis pas tous parce que j'ai vu récemment sur Facebook Robert Mitchum avec Marilyn Monroe et j'ai pensé à cet admirable film qu'est La rivière sans retour, où il va la chercher, la délivrer justement de tous ses regards pour la ramener chez lui, au bord de la River of No Return.
1:33:32 Ici, on ne le verra pas ça, on ne va pas voir tout le drame lyrique, tout le Bühnenweihfestspiel, le festival scénique sacré, pour être précis, en termes de genre, on ne le verra pas, un mystère on pourrait dire aussi au Moyen-Âge, on disait un mystère, représenté le mystère de Notre-Dame, vous voyez les spectacles sur un sujet sacré, disons Pas religieux, mais sacré. Au moins sacré. Et alors, on ne verra pas le moment où il est troublé. Vous voyez là, il dit « je n'ai jamais vu, même en rêve, ce qui me… » vous diriez « aujourd'hui, me scotch, aujourd'hui ». Vous voyez ? Enfin, on dirait dans les cités. Pas seulement d'ailleurs.
1:34:16 Est-ce que tu as fleuri dans ce buisson de rose ? Oui, il est tout naïf, il croit qu'il a émané comme les autres. C'est là qu'elle dit « non, je viens de très loin ». C'est là qu'elle dit qu'elle vient de très loin dans le temps, surtout. Puisqu'elle lui parle de sa naissance, de sa conception et de l'amour de sa mère pour le nourrisson jusqu'à son départ qui l'a tuée. C'est vraiment intéressant. On anticipe Siegfried, on verra que la scène qu'on va voir de Siegfried, c'est juste après qu'il vient d'apprendre que sa mère est morte en le mettant au monde, lui aussi, il ne savait rien de sa naissance.
1:34:53 Vous voyez, je n'invente rien, c'est récurrent. Après, on ferait, il dit tout ça, c'est arbitraire, on a la psychanalyse. Bon, je vais dire, d'abord, je n'en prends pas ça qu'à la psychanalyse, mais enfin, il faut avouer qu'avant la psychanalyse, c'était des choses qu'on ne disait pas. On ne parlait pas de la sexualité infantile, de… Alors que toutes les mères africaines de la tradition dans les villages savent très bien que pour calmer l'enfant elle lui tripote le zizi comme ça, n'est-ce pas ? En public je veux dire, c'est pas très criminel pour une mère à son bébé.
Le thème de la lance rappelle la mission
1:35:34 On ne verra pas la scène où tout d'un coup on voit l'hésitation en direct, c'est-à-dire au moment où il parle, vous savez que c'est la musique ici, ce qu'il dit, l'essentiel. Il y a des silences, il y a énormément de silences, vous avez remarqué, comme quand l'autre le questionnait tout à l'heure, je ne sais pas, je ne sais pas, il y avait des silences, mais il y avait par contre des silences de la parole, mais pas des silences des instruments. Je vous ai dit les cordes remuer l'âme. On sent qu'il y a des enjeux terribles. Au moment où il commence à être subjugué par la beauté de Kundry, et surtout sa vigilance est endormie par la tristesse qui l'envahit quand elle le raconte, parce qu'elle va aboutir, je ne vous mets pas à ça, mais elle va aboutir, lui dit, pleine de douleur à force de te perdre, elle a succombé, elle est morte.
1:36:22 Et elle va le prendre dans ses bras pour soi-disant le consoler et lui donner son premier baiser. Je ne vous en dis pas plus, comment tourne ce baiser, c'est tout l'enjeu de la pièce, tout le grand retournement de la pièce. Mais renseignez-vous, ça vaut le coup. Wikipédia, Wagner, Parsifal. Vous savez que Wagner est le personnage sur lequel, je ne sais pas si je l'ai répété, on a écrit le plus de livres après Jésus-Christ et avant Napoléon.
1:36:54 Alors oui, ce n'est pas ça qui manque, la documentation. Vous êtes un meilleur navigateur que moi. Non, mais ce qui m'intéresse pour ce qui est l'hésitation, c'est mon thème que je ne peux pas perdre dans tout ça. Au moment où Parsifal est en train d'oublier sa propre quête de la lance. Lui, il a une mission. Qu'est-ce qu'il fait avec les filles fleurs et avec l'autre qui lui raconte des sortilèges ? Il ne s'aperçoit pas que c'est pour le ramollir. Tout d'un coup, on entend. C'est pour ça que je vous dis que c'est la musique qui nous rappelle sa mission. On entend le thème de la lance, ces quatre notes ascendantes.
1:37:28 Comme quelque chose qui vient, qui monte et qui va percer. C'est très net. Elle vient comme ça percer le tissu sonore des tas d'autres thèmes qui se mélangent dans le récit de Kundry. Au moment où il était en train de soupirer avec des larmes, en train de dire « Mon Dieu, ma mère, ma mère, c'est vrai que c'est terrible ce que j'ai fait, c'est terrible, j'ai tué ma mère en fait, et ma mère, je l'ai oublié. » Et là, on entend à ce moment-là le thème de la lance. Et il dit « Ah, qu'est-ce que j'oublie encore ? »
1:38:05 Comme s'il l'entendait lui dans l'orchestre tout d'un coup. J'oublie autre chose qu'il avait dit. Je ne m'y retrouve plus. Alors on est au comble de l'hésitation. C'est pour ça que je tenais à cette séquence préalable. «Nur dumpfe Torheit » c'est dur à traduire « il n'y a que de la stupidité pèse dans mon cerveau ». Et bien pour ne pas rester sur ce château du Graal qui ne nourrit plus les chevaliers, parce que la lance ne revient pas, sur ce perceval qui est au bord d'oublier sa mission jusqu'au fatal baiser, je ne vous en dis pas plus.
Siegfried, Mime et la mission de tuer le dragon
1:38:47 Pour finir sur l'antonyme de l'hésitation, c'est-à-dire la décision, je vous avais parlé d'Alexandre qui tranchait le nœud gordien pendant la première séquence sur ce thème, nous allons terminer, poursuivre d'abord, avec Siegfried, lui aussi, au bord d'oublier sa mission. Mais sur sa mission, c'est quoi ? C'est pas du tout… On n'est pas dans la matière de Bretagne, dans le sacré et dans le christianisme. Là, on est bien païens, il s'agit d'aller liquider le dragon.
1:39:17 Siegfried a été élevé par un père adoptif, n'est-ce pas ? Un forgeron venu du Nibelheim, du monde souterrain, parce que les forges, c'est en dessous, les métaux, tout ça, n'est-ce pas ? Les minerais, Blanche-Neige et les Sept Nains, quand ils vont travailler, c'est dans des cavernes. Ils ont l'air sympathiques et tout comme ça, mais l'origine c'est des Nibelungen, Walt Disney.
1:39:47 Le forgeron qui a l'origine, ceux qui s'en souviennent, on l'a vu dans l'or du Rhin, fouetté par Alberich, le maître du Nibelheim, le nain en chef, si je puis dire, Celui qui a volé l'or aux filles du Rhin et qui le fait travailler, qui l'a tourné par des formules magiques en forme d'anneau qui lui donne la puissance sur le monde, celui qui possède l'anneau. L'anneau qu'il a perdu quand les dieux le lui ont arraché, pour pouvoir payer les géants qui avaient construit leur citadelle aux dieux. Donc il n'a plus ni l'amour auquel il a renoncé pour avoir l'or, ni l'or.
1:40:20 Et donc il poursuit sa malédiction furieux, dépouillé de tout. Il fait travailler toute son armée des ombres pour un jour faire tomber le monde au-dessus, le monde des dieux, ce sera le crépuscule des dieux. Mais pour l'instant on n'en est pas là. Entre temps, Mime, le forgeron qui était fouetté par son demi-frère, c'est heureusement pas rentré curieux dans la mythologie. Caïn, Abel, Romulus, Rémus, tout ça, c'est étrange. Dans la mythologie hindou, il y en a des relations de fratrie comme ça qui tournent mal.
1:40:54 Il s'est évadé du Nibelheim, il vit dans la forêt, il est à sa forge et il a trouvé un petit bébé vagissant, comme Parsifal, avec Herzeleide dans la forêt. C'est troublant, il a une continuité d'une œuvre à l'autre, malgré toutes les différences des invariants. Il a trouvé le petit Siegfried, il a trouvé le cadavre de sa mère à côté, elle est morte en le mettant au monde. Le Mettons au monde, c'est après, il est mort de chagrin quand il a quitté le manoir maternel.
1:41:28 Il faut aller vivre de chevalerie, ce qu'il voulait éviter à tout prix. Mais je reviens à Siegfried. Donc il a été trouvé, élevé par ce forgeron qui a des desseins ténébreux, qui veut l'élever, qui a appris à avoir sa force unique. Ce n'est pas l'équilibre avec lui. Je pourrais peut-être me servir de lui pour qu'il tue le dragon, le dragon qui veille sur le trésor. Denis Blum, avec tout l'or du Rhin, les bijoux, le trésor fabuleux des Nibelungen, c'est maintenant le dragon, l'ancien géant qui se transformait en dragon après avoir tué son frère, encore, et qui ne peut être tué que par un grand héros et non pas par ce forgeron qui est extrêmement trouillard.
1:42:11 Et donc là, la scène qu'on va voir, elle commence par un petit échange très court, mais je tenais à le mettre pour souligner le contraste entre quoi et quoi ? Entre le nain bondissant là, qui passe son temps exaspéré, en disant « je t'ai langé, je t'ai élevé, tu n'es quand même pas patient avec moi, tu devrais me devoir plus ». Et vous verrez qu'il a une petite flasque, comme on dit, un petit flacon en métal au cou, où il dit « quand tu auras tué le dragon, tu seras fatigué, j'ai préparé quelque chose pour te rafraîchir ». En fait, il a préparé un poison pour liquider Siegfried et récupérer le trésor une fois que le dragon a été tué.
1:42:52 Donc je vous laisse pendant les dernières secondes. Sa mission, c'est ça, c'est de tuer le dragon. Sauf que dès qu'il va le chasser, en disant « allez, attends, je ne veux plus te voir » quand il est à Mime, Surtout qu'il vient d'apprendre par Mime en le forçant à lui dire la vérité sur ses origines. Il n'est pas son vrai père, personne ne sait que c'est Wotan quelque part, enfin c'est Siegmund descendant de Wotan, les biens des dieux, et que sa mère est morte en le mettant au monde. Tout ça, il l'apprend depuis la matinée.
Les murmures de la forêt : projection
1:43:22 Et il lui dit « Attends, je ne veux plus te voir ». On voit de Mime s'éloigner en disant « Siegfried et Fafner, ce sont ses derniers mots, puisse-t-il s'entretuer tous les deux ». Et à ce moment-là, pour la première fois, Siegfried est seul. Il a été élevé par Spher depuis toujours. Il est seul au milieu de la forêt. Et là il se passe quelque chose, c'est tout le décor qui hésite, les branches se mettent à bruisser, des instruments, des bois, ce qui illustre le mieux les chants d'oiseaux, des flûtes, des hautbois, des clarinettes, tout ça sur un fond de corde qui font les arbres qui ne cessent d'osciller dans le vent, des immenses conifères qu'on ne verra pas là, C'est le seul reproche qui ferait sa mise en scène, peut-être c'était trop compliqué d'en faire, je ne sais pas.
1:44:22 C'est des arbres un peu plastiques, mais ce n'est pas grave. Donc, pour le reste, c'est admirable, et surtout sa direction d'acteur. Alors celui que je vous explique tout de suite, c'est une catastrophe, la voix. Mais oui, je suis désolé, on ne peut pas avoir tout, mais tout le reste est admirable, la conduite de boulez et d'une transparence, et avec le sens de la balance sonore exceptionnelle. Même s'il y a encore mieux. Je l'avais consacré une fois, on y reviendra, un auditeur qui m'avait demandé quelles sont les gravures de référence du ring.
1:44:56 Mais ce Siegfried-là joue admirablement, il est dirigé par Chéreau, mais il le fait très bien, sauf qu'il a du mal à chanter. Voilà, c'est difficile. Je vous le laisse au moment où il chasse Mime de la clairière qui est à deux pas de l'antre du dragon. Mais avant qu'il y ait le combat avec le dragon, il y a cette intermezzo, cette hésitation de l'action, exactement comme dans Parsifal, la scène des filles-fleurs se fait au second acte.
1:45:30 Il y a toujours trois actes chez Wagner, deux extrêmes, un médian. C'est encore le médian à chaque fois. C'était des filles fleurs, une espèce de note de fraîcheur quelque part dans toute cette histoire terrible. Et là, dans Siegfried, pareil, il n'y a plus des dragons, des géants, il y a ce ramage, le bruissement du vent dans les branches, Et la magie de la grande forêt de l'Est. Parce qu'elle va des Vosges jusqu'à Vladivostok, passant par la Pologne. Extraordinaire. Bon, séquence.
1:46:26 Du sollst mich nicht lieben, sag ich es nicht, voll aus dem Auge mir, lass mich allein, sonst halte ich sie längst, weil ich raus, fängst du unser Liebe gern an. Das eklige Nicken und der Haugen Zickel, Wann endlich soll ich sie versehen, Wann werd ich den Albarnen los? Ich lass dich schon am Quell, dort lager ich mich. Steh' du nur hier, steigt an die Sonne zur Höhe, merk' auch den Wurm.
1:47:53 Ruhme mich auf, darfst du des Rates, oder wenn dir das Fürste gefällt, Vater und Sigrid, Sigrid und Vater, ... dass dir mein Vater nicht ist, wie fühl ich mich trop so froh.
L'oiseau, la mère, le cor et le sang du dragon
1:54:45 Je suis désolé pour toutes ces coupures, mais encore une fois, comment voulez-vous interrompre un flot de lave de quasi cinq heures ? Il faut bien… Je remercie d'autant plus Pierre-Alain parce que c'est pour son timing qui est au quart de poil, je veux dire merci mille fois. Et là encore, je vous dis ce qui se passe et qu'on ne verra pas avant la prochaine séquence. Donc vous avez vu tout ce ravissement, les chants d'oiseaux, et c'est une idée à Chéreau, l'oiseau dans la cage, c'est payou.
1:55:21 Mais enfin, je veux dire, ce n'est pas dans les indications d'origine, dans les didascalies, peu importe. On verra, on peut le dire, parce que ce n'est pas un policier tout à l'heure qui va le libérer, bien sûr. C'est intéressant de la symétrie ou l'antisymétrie entre Parsifal qui plus tard, d'une flèche, va faire tomber le cygne dans la mort, dans le lac, dont il faudra repêcher son cadavre. Et au contraire, Siegfried qui fait s'envoler l'oiseau de sa cage. On verra ça après, on va le voir tout à l'heure.
1:55:56 Mais pour l'instant, après ce ravissement des champs d'oiseaux, on s'est remarqué que l'oiseau est lié à la mère tout de suite. Et c'est d'ailleurs au moment où il se demandait, il essaie de se représenter comment pouvait être sa mère, c'est joli, parce qu'il devait être la reine des chevreuils, Il connaît que ça, lui, dans la forêt, il n'a jamais vu. Et il n'est pas encore arrivé au royaume des Gibichungen, comme dans le Crépuscule des dieux, où il va rencontrer Gutrune et oublier qu'il a réveillé la plus belle des femmes, qui dort sur le rocher et qui a délivré les flammes.
1:56:33 Bon, on n'en est pas là pour l'instant, il ne connaît que la forêt et la forge de son père adoptif. Donc, tout ce qui passe entre temps, c'est ça, c'est qu'il n'a que des pensées positives, il dit « s'il me chante quelque chose, il parlera de ma mère ». On entend d'ailleurs le cor qui prend la relais parce que l'oiseau c'est plein de thèmes, vous avez remarqué.
1:57:13 Il y a celui-là, et puis il y a souvent la réponse, excusez-moi parce qu'il y a plein de fils, ou alors en Mi, plus souvent c'est en Mi d'ailleurs, ou alors Voilà, ces thèmes se répondent, se font écho, mais lorsqu'il est réduit au strict minimum, c'est vraiment l'oiseau, quand il faut l'évoquer en une fraction de seconde, c'est… voilà.
1:57:50 Or, lorsqu'il dit, peut-être qu'il me parle de ma mère, au flûte ou au bois, tout d'un coup, se substitue le cor, qui fait une espèce de résonance, d'amplification, comme toute la poitrine qui se gonfle quand on souffle dans le cor, n'est-ce pas ? Je ferai quelque chose de spécial. Je pense que c'est le son du cor, ce qu'il y a de plus proche et de plus lointain en même temps. C'est étrange, ça fait penser à au loin, Roland en train de perdre son sang en soufflant dans son cor, et en même temps, c'est ce qu'il y a plus proche de la respiration. C'est une poitrine d'homme, le cor.
1:58:32 Et voilà que tout d'un coup, je continue de résumer ce qui se passe jusqu'à la prochaine séquence, silence se fait dans la forêt. Pourquoi ? Parce que Siegfried essaie d'imiter les oiseaux. Il y a une séquence quasi comique, avec son épée il se taille comme un roseau, s'il voulait, il voudrait se faire un petit instrument et faire la réplique au chant d'oiseaux qu'il entend. Il ne fait que des couacs. C'est pour ça que c'est un côté comique. Du coup, il en a marre, il prend son cor, il fait sa fanfare, voilà, et il fait un tel raffût avec son cor, il est en pleine forme, c'est solaire comme passage.
1:59:12 De tout d'un coup, ça réveille le dragon qui sort de sa caverne, il y a un duel avec le dragon, je vous passe bien sûr, Siegfried a le dessus, et en mourant, le dragon, qui est un ancien géant, lui fait une anamnèse historique, il lui dit, mon pauvre vieux, d'accord, je meurs, Je meurs sous les coups d'un héros aux yeux clairs. Mais il meurt noblement le dragon. Et Siegfried est d'ailleurs ému, mais il dit tu n'es que le jouet d'un immense combat qui se livre depuis longtemps entre le monde souterrain et le monde des dieux au-dessus.
1:59:43 Les deux sont en traîtrise. Et le dragon, juste avant de mourir, lui dit comment t'appelles-tu ? Il répète Siegfried et il meurt le dragon. Après Mime arrive, croyant que… Non, j'oublie un détail important. Siegfried rentre dans la caverne du dragon et il voit l'amoncellement du trésor. Pour lui, il ne sait pas que ça a de la valeur. Il aime comme un enfant jouer avec une topaz comme ça parce qu'elle est grosse et laisser un saphir ou un rubis de côté.
2:00:21 En fait, il sort et il a le sang du dragon dans les mains. Il porte ses lèvres, ça le brûle, ça le brûle, mais le contact d'avoir goûté le sang du dragon fait que maintenant il comprend le langage des oiseaux. Il y a un étrange fragment où Hegel, le dragon, comparse de la nature. Un fragment isolé comme ça, ne m'en demandez pas plus, il n'y a pas avant à Il est prêt pour expliquer un trait de poésie isolé, le dragon comparse de la nature.
2:00:57 Bref, il comprend la voix des oiseaux et il comprend d'une manière générale le sens de tous les messages. Même quand les gens mentent, lui, il sait quelle est la vérité. Les gens lui disent, en fait, croyant mentir, ils lui disent explicitement leurs vraies intentions. Donc, Mime arrive et reprend ses goilantes, je t'ai élevé, je t'ai langé, tu dois être fatigué, tu es toujours violent avec moi, tu n'as pas de reconnaissance. Mais en même temps, il ajoute, mais je n'ai jamais pu te sentir et d'ailleurs ce qu'il me faut, c'est de couper ta petite tête et m'emparer du trésor.
2:01:32 Il lui dit la vérité et Siegfried, bien sûr, là-bas, abat son père adoptif. Donc, voilà, tout ça, ça va être court. Enfin, Siegfried. Siegfried se trouve devant deux cadavres. Quelle journée ? La matinée, il a appris une partie de la généalogie que sa mère, sa mère au moins, elle sait qu'elle est morte en le mettant au monde, c'est pas très gai, et quant à son père, on sait rien. Donc il se trouve avec deux cadavres, il est midi, il a chaud, il a un coup de déprime, on dirait, il n'a pas une dépression, pas Siegfried, mais il a un coup de déprime, il est fatigué, il dit « je... »
2:02:11 Et puis je finis par dire, le seul être sympathique que j'ai rencontré dans ma vie, c'est cet oiseau qui chantait sur l'arbre, vous savez, celui qui est toujours dans sa cage. Et tout d'un coup, l'oiseau revient voleter, voleter autour de lui, et comme il a goûté le sang du dragon, les flûtes et les hautbois sont remplacés par une soprano dans l'extrême aiguë, dans la coloratura. C'est un des plus beaux passages, un des plus frais, un des plus solaire, du chant Wagnerien.
2:02:43 Je vous laisse. Alors bien sûr, l'oiseau, lui aussi, ils sont toujours déniaisés, les héros Wagneriens. Les êtres de rencontre en savent toujours plus qu'eux. L'oiseau lui dit « Ah, Siegfried a tué le dragon, Le trésor lui appartient, il sera le maître du monde et maintenant il peut aller. Je sais qu'elle est la plus belle des femmes, elle dort sur un rocher entouré de flammes, Feuer umbrennt ihren Saal. Et il emmène... L'acte va se terminer comme ça, Siegfried le suivant joyeusement vers le fond du décor qui s'ouvre, vers la lumière qui s'ouvre de la forêt noire, vers le rocher où dort la Valkyrie.
La décision finale et conclusion
2:03:28 Il se ferme, non, sans qu'on ait entendu. Pardon pour cette parenthèse musicale, mais c'est le plus important. Quand il y a le thème de Wotan, il y aura toujours, à partir du moment où il réveille la Valkyrie, le thème qu'on avait entendu dans la Valkyrie, du sommeil de la Valkyrie, Comme une respiration tranquille. Et là, le thème de l'oiseau et du sommeil de la Valkyrie se couple, comme un couple, regardez.
2:04:07 Voilà, c'est ça le procédé Wagner. Passons, c'est la trame, c'est la musique savante. Et bien, séquence.
2:08:30 Bon, on ne pourra pas dire que je vous laissais sur un coup de déprime. Et sérieusement, nous sommes passés d'une longue séquence sur l'hésitation à enfin une décision. Après avoir rêvé avec le chant des oiseaux qui ont failli lui aussi lui faire oublier qu'il était là pour le dragon, C'est le dragon qui l'a ramené tout de même coup à la réalité. Et bien il prend la décision suite aux paroles de l'oiseau d'aller franchir les flammes qui ne peuvent être franchies que par celui qui n'a jamais connu la peur. Soit dit en passant, on saura après qu'il va connaître pour la première fois, troisième acte de Siegfried, le réveil de la Valkyrie. Quand il va avoir pour la première fois une femme, parce qu'il croit que c'est un homme, au début il voit une armure, une des armes, quand il s'écrit « Das ist kein Mann » mais c'est pas un homme ! Parce qu'avec son épée il fait sauter, Il ne doit pas respirer, il ne dit pas encore elle. Il fait sauter les lacets de sa cuirasse et tout d'un coup, il voit bien sûr ce que vous imaginez une poitrine de femme.
2:09:29 Il est terrifié pour la première fois. Bref, ça c'est la suite. C'est le troisième acte de Siegfried et la scène du réveil de la Valkyrie dont Nietzsche disait que la sphère des dieux, des héros et du sublime elle-même était passée. Voilà, scène la plus solaire, comme par hasard, Siegfried. Il n'aime pas trop les brumes wagnériennes et il dit que Wotan était le dieu du mauvais temps. Je vous laisse sur cette boutade, je vous remercie de vous être un peu plus familiarisé, moins avec l'abstraction, parce qu'il fallait que je commence par là, philosophiquement, l'hésitation, n'est-ce pas ?
2:10:06 Comme un curseur qui passe le temps d'un pôle extrême à l'autre, n'est-ce pas ? Et que vous soyez familiarisés de manière avec les êtres plus incarnés, j'ai éprouvé un grand plaisir à vous présenter ces figures de l'hésitation, Perceval, Parsifal, Siegfried, et tant d'autres que nous verrons. Merci de votre fidélité. Encore une fois, bravo pour les 5000 abonnés. Vous en faites tous partie.
2:10:42 Et à la prochaine fois, dans pas si longtemps. J'espère cette fois en présentiel, parce que nous allons reprendre les séquences à Goscinny pour ce qui est des franciliens. Voilà, et grand merci à Pierre-Alain qui s'est surpassé ce soir. Ça ne devait pas être bien simple, n'est-ce pas, d'espacer toutes ces séquences et de nous les livrer avec cette précision quasi horlogère. Voilà, merci beaucoup à tout le monde.