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Un direct d'été et le passage à la logique du sujet
0:00 Eh bien, ce n'est pas seulement l'usage qui le veut, c'est quand même plus que jamais justifié. Un grand merci à la régie technique, comme on dit, et essentiellement à Philippe et à Hugo. Philippe qui est comme le capitaine Nemo dans son laboratoire chez lui, et Hugo qui a eu la gentillesse de se déplacer chez moi, pour veiller au grain et pour cadrer. Je vous rappelle que c'est à Hugo que vous devez le montage à peu près des vidéos que nous faisons, et les principaux incidents techniques pour lesquels nous sommes désolés sont le plus souvent indépendants de nous.
0:40 Ça dépend du flux, de la salle, enfin bref, je ne vais pas m'attarder là-dessus. Donc oui, c'est une excellente idée de Philippe qui est à l'origine du live de ce soir, du direct, je vais dire à partir de maintenant. De ce soir, c'est parce que c'est, pour ne pas que l'été soit seulement, que ce soit une vacance, mais pas tout à fait une vacuité. Voilà, puisque c'est le même radical. Et j'ai hésité le choix de plusieurs thèmes, ce n'est pas ça qui manque.
1:19 Je crois que vous êtes assez habitués au fait que ce n'est pas le plus important, les thèmes. Ce qui est important, c'est que de quelques... Il y a 3000 entrées au labyrinthe. Le problème, c'est qu'on fait toujours même circuit une fois qu'on est dedans. Voilà. Peut-être pas dans le même ordre. Et cette fois-ci, si, comme vous avez pu vous en apercevoir, pour ceux qui ont consulté notre page Facebook, et notre site, parce que je rappelle que sur notre site, il y a tout. Le site http et dominiquepagani.net.
1:54 Dominique Pagani est tout attaché, je vous rappelle. Il y a toutes les vidéos dans l'ordre, plus et tant d'autres renseignements. D'ailleurs, plus des sites amis auxquels nous sommes très attachés. Là, je me suis finalement arrêté sur un texte de Kafka, auquel j'ai déjà fait allusion pour ceux qui nous suivent depuis très longtemps, dans certains ateliers des années passées. Je l'avais cité lorsque... Dans les entretiens que je fais depuis le début, depuis 2014, enfin depuis le début de leur diffusion sur le net, lorsqu'on est passé de ce qu'il est convenu de l'appeler la philosophie de la connaissance, dans la progression, vous vous rappelez, je ne vais pas le répéter, empirisme, rationalisme, déterminisme, crise, crise de la philosophie cognitive, lié un petit peu à la critique kantienne.
2:48 Si la connaissance réussit, exemple Newton à l'époque de Kant, c'est au détriment de la liberté, c'est pour nous apprendre qu'on est déterminé. Enfin bref, il y a une crise, il y a une belle problématique classique, académiquement classique, il n'y a aucune connotation péjorative quand je dis ça. Et là, on est passé... Alors, il est convenu d'opposer la philosophie des connaissances à la philosophie de l'action. On peut dire philosophie des valeurs, ça fait un peu spiritualiste.
3:18 Surtout que maintenant, vous savez, les plus grands criminels de ce monde passent leur temps à justifier leurs actions criminelles en disant « car ce n'est pas conforme à nos valeurs », en parlant de leurs ennemis. C'est un mot dont je me méfie. Voilà. Et je préfère dire, je pense développer ça l'année prochaine, je vous le dis en avant-première, dès la reprise de nos ateliers, tout ce qui a trait à la logique du sujet. Tout simplement.
3:48 Voilà. Grâce à tout notre grand volet initial de la philosophie de la connaissance qui aboutit aux sciences positives, aux sciences, je n'ai pas dit positivistes, aux sciences dures, exactes, sciences de la nature, qui ne réussissent pour l'instant que dans le champ de la nature, ce qui confirme un peu le partage que fait Kant dans son introduction à la critique du jugement. Ça n'a pas beaucoup bougé, ça. Et alors, dans les sciences humaines, c'est le foutoir.
4:18 Dans les sciences de la nature, c'est bien. Il y a plein de problèmes, plein d'inconnus, heureusement. Il y en a encore pour des milliers d'années. Mais enfin, je veux dire, il y a de l'ordre. Il y a du simple au complexe. Et dans les sciences humaines, c'est un peu à la tête du client. C'est un peu du n'importe quoi. Au point que la plupart du temps, les gens scrupuleux en philosophie mettent sciences humaines, sciences entre guillemets. Donc, lorsque nous sommes passés à la logique du sujet, je l'ai introduit par la notion de modernité.
4:58 Je vous rappelle qu'on dit que Descartes a initié la philosophie du sujet dans les histoires de la philosophie scolaire. Ce qui n'est pas faux. Le cogito, c'est la première personne. du verbe « je pense », n'est-ce pas ? En latin, « cogitare ». C'est le sujet qui passe tout au crible. Et si le sujet ne valide pas, rien ne marche en philosophie. C'est ça qui est nouveau à partir de Descartes. C'est l'émancipation du sujet, n'est-ce pas ? Et puis après, ce sujet va s'approfondir avec Kant, n'est-ce pas ? Bon. Et n'en parlons pas après, avec ses déterminations historiques, matérialistes et historiques avec Marx.
Du bonheur au mal du siècle, puis au siècle du mal
5:34 Bon. Très bien. Mais, pour introduire cette logique du sujet, j'ai rappelé tout de même que, chronologiquement, historiquement, aller au-delà de Kant, au-delà des Lumières, c'était passé d'un XVIIIe siècle qui avait eu le bonheur, puisqu'on est maintenant dans la logique du sujet. Bon, on ne peut intéresser qu'un sujet, pas un caillou. D'un siècle où le bonheur est la valeur de référence pour des gens aussi différents, voire opposés, que Voltaire et Rousseau, c'est ce qui unifie un petit peu l'immense mouvement foisonnant un très riche des Lumières, cette quête de cette notion laïque que le bonheur.
6:16 On ne répétera jamais assez qu'il faut quelqu'un d'aussi peu suspect, d'allégance à l'Ancien Régime que Saint-Just pour oser dire que le bonheur est une idée neuve en Europe. Il savait ce qu'il disait, c'était récent. Et j'insiste sur ce côté laïque, ce n'est pas le salut que je respecte. Pascal a comme problématique le salut. Il n'est pas le seul, mais essentiellement, un siècle avant, les Lumières.
6:46 Le libertin se contente de la jouissance. Et puis il y a le bonheur. Et je posais ce problème, comment se fait-il, je n'ai toujours pas abordé le texte de Kafka, comment se fait-il qu'on ait passé d'un siècle où le thème central est le bonheur à un siècle qui va être caractérisé par ce qu'on appelle dans les manuels de littérature et d'histoire de l'expression du sujet le mal du siècle. Bref, d'une quête éperdue du bonheur à un siècle de conscience malheureuse dont il n'est pas sûr que nous soyons sortis, puisque je vois à peine que la mélancolie romantique qui est la première manifestation du mal du siècle s'aggrave considérablement avec le spleen de Baudelaire, je vais vite, qui ajoute une dimension physique presque hallucinatoire, des cloches tout à coup sautent avec furie et lancent vers le ciel un affreux hurlements ainsi que des esprits errants et sans patrie.
7:39 Oui, hallucination positive. Puis, l'angoisse moderne, En attendant Godot de Beckett qui se passe dans une poubelle pendant toute la pièce, sans même parler de Kafka, vous voyez, ou de réflexion sur le suicide d'un Camus. Bref, donc, sans compter que, je reprends ma progression, 18e siècle de lumière, quête du bonheur.
8:11 Siècle suivant, ce qui le caractérise, c'est le mal du siècle. Siècle suivant, le siècle du mal, le siècle de l'horreur, enfin des horreurs qu'on n'avait pas atteintes à une telle échelle et qui sont d'autant plus des horreurs qu'elles surgissent dans un monde où on avait tout pour son passé. On ne peut pas imputer le déchaînement d'horreurs et de violences, par exemple celui qui s'est effectué à l'occasion des deux guerres mondiales, sur le côté primitif ou la barbarie.
« La Cloche fêlée » de Baudelaire
8:41 Ça a surgi, au contraire, dans les nations les plus développées économiquement. Alors, je fais ce long préambule pour rappeler que c'est par un texte, c'est par le commentaire, mon premier commentaire de texte développé, pour illustrer justement ce malheur qui caractérise la modernité par rapport à l'Ancien Régime, pour aller vite maintenant, j'avais choisi La Cloche fêlée de Baudelaire. Je vous rappelle que dans la cloche fêlée de Baudelaire, je vais le rappeler très rapidement, c'est un sonnet, il y a deux quatrains, deux tercets.
9:16 Je le rappelle parce qu'il y a deux quatrains qui parlent de la cloche heureuse, celle qui sonne les heures, celle qui impulse le rythme de vie des gens qui ne sont pas justement dans le malheur et encore moins dans le désespoir. ceux qui sont dans ce que Mallarmé appelle avec mépris la litière ou le bétail heureux des humains et coucher, avec ce mépris un peu aristocratique de fin de siècle et décadent, pas péjoratif. Et puis, les deux tercets qui au contraire, à partir du moment où il arrête de parler des autres et il dit moi, moi mon âme est fêlée.
9:53 Donc, voilà, je rappelle ce poème et vous comprenez pourquoi je vais en parler. Parce qu'il parle de la communication impossible, de la voix qui n'arrive pas à sortir du gosier. Vous voyez le rapport avec le message impérial, le messager qui n'arrive pas à, ah, mais la langue, c'est admirable, la langue, regardez, à délivrer le message comme si le message était un prisonnier, comme la voix qui est prisonnière dans le gosier, vous voyez. Donc, je vais rôder un peu autour de ce thème d'abord du message qui ne parvient pas à destination, sans même parler pour les lacaniens qui l'ont déjà repéré, certainement, quand ils sont un peu exercés à la lettre volée, dont le titre original en anglais est Purloined Letter.
10:35 Lacan l'a très bien montré. Baudelaire était un peu hésitant dans son anglais. Il est en affinité. Ses traductions sont excellentes, mais des fois un peu inexactes. Au contraire de Mallarmé. Mot à mot, ça veut dire la lettre prolongée, la lettre qui a subi un détour, qui n'est pas allé directement de l'expéditeur au destinataire, mais qui a été indéfiniment retardée, prolongée. Purloined Letter. Voilà. Alors, je rappelle la cloche fêlée. Il est amer et doux pendant les nuits d'hiver d'écouter près du feu qui palpite et qui fume les souvenirs lointains lentement s'élever rime normandes au bruit des carillons qui chantent dans la brume.
11:16 Bienheureuse, voilà, c'est dit en toutes lettres, le bonheur. Bienheureuse, la cloche au gosier vigoureux qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante, jette fidèlement son cri religieux ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente. Voilà pour les quatrains. On a déjà l'Église et l'armée. La cloche, l'Église et l'armée ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente. Les deux foules sans femmes auxquelles Freud a consacré un essai.
11:48 L'Église et l'armée. Sur les foules, un essai sur les foules. Bon, donc, voilà pour les quatrains. À la ligne. Moi, mon âme est fêlée. C'est pas être qui parle. Et lorsqu'en ces ennuis, c'est un sens très fort à l'époque, je le rappelle, c'est le sens que Baudelaire emprunte au 17ème siècle, ça veut dire angoisse. Et lorsqu'en ces ennuis elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, il arrive souvent que sa voix affaiblie semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie au bord d'un lac de sang sous un grand tas de morts et qui meurt sans bouger dans d'immenses efforts.
12:31 Voilà. Je voulais rappeler ce sonnet pour montrer que c'est pas pour faire un commentaire littéraire du texte de Kafka et de m'intéresser à l'œuvre de Kafka en tant que singularité. Ce qu'on ne saurait trop faire, mais c'est pas le lieu ici. C'est un commentaire philosophique que je fais pour montrer qu'il y a bien un thème qui circule là dans la modernité. Et maintenant, je lis le message impérial dans lequel Kafka l'appelle un, avec l'adjectif indéfini, un message impérial.
Lecture d'« Un message impérial » de Kafka
13:07 Je rappelle qu'il est extrait de la muraille de Chine, donc l'empereur c'est censé être l'empereur de Chine, mais enfin, je veux dire, je suis très reconnaissant à Philippe d'avoir trouvé une très belle illustration où l'on voit un souverain sous-continental, pakistanais ou indien, qui regarde par la fenêtre le Taj Mahal. Ça, il correspond très bien aussi pendant son agonie. Voici le texte. « L'empereur, dit-on, t'a envoyé à toi en particulier, à toi, sujet pitoyable, ombre devant le soleil impérial, chétivement enfoui dans le plus lointain des lointains.
13:44 À toi précisément, l'empereur de son lit de mort a envoyé un message. Le messager, il l'a fait agenouiller auprès du lit pour lui souffler le message. Et l'empereur tenait tant à son message qu'il se le fit répéter à l'oreille. De la tête, il a fait signe que c'était bien cela qu'il avait dit. Et devant tous ceux qui le regardent mourir, tous les murs qui gênent se trouvent abattus. Et sur de vastes perrons qui s'élancent avec audace se tiennent en cercle les grands de l'Empire.
14:16 L'empereur agonise devant sa cour. Les grands de l'Empire, devant eux tous, il a expédié le messager. Le messager s'est mis en route tout de suite. Un homme vigoureux, infatigable. En poussant alternativement d'un bras et de l'autre, il se fraye un chemin à travers la foule. S'il rencontre de la résistance, il désigne son poitrine où est le signe du soleil. Il avance facilement comme nul autre. Mais la foule est grande. Et elle n'en finit pas d'habiter partout.
14:49 Si l'espace s'ouvrait devant lui, comme le messager volerait, et bientôt tu entendrais le battement magnifique de son poing à ta porte. Mais hélas, que ses efforts restent vains. Et il est toujours à forcer le passage à travers les appartements du palais central. Jamais il ne les franchira. Et s'il surmontait ces obstacles, il n'en serait pas plus avancé. Dans la descente des escaliers, il aurait encore à se battre. Et s'il parvenait jusqu'en bas, il n'en serait pas plus avancé.
15:20 Lui faudrait traverser les cours. Et après les cours, le second palais qui les entoure et de nouveau des escaliers et des cours et de nouveau un palais. Et ainsi de suite durant les siècles des siècles. Et si enfin il se précipitait par l'ultime porte, mais jamais, jamais cela ne pourrait se produire, il trouverait devant lui avec un V majuscule, je le signale avant, la ville impériale. Le centre du monde.
15:52 La ville qui a entassé les montagnes de son propre limon. Là, personne ne pénètre. Même pas avec le message d'un mort. Mais toi, tu es assis à ta fenêtre et dans ton rêve, tu appelles le message quand vient le soir. Bien. Alors, à ceux qui sont quelque peu familiarisés avec mes interventions, je rappelle que je déteste l'interprétation et que j'aime bien lui substituer l'analyse, c'est-à-dire ne parler de ce qui est objectivement exprimé dans le texte sans chercher un sens qui serait entre les lignes avec les mauvais écrivains, n'est-ce pas ?
Les trois personnages et « Le plus proche village »
16:37 Ils n'ont pas réussi à faire passer ça dans les lignes. Comme disait Van Gogh, nous ne pouvons faire parler que nos tableaux. Ça, c'est honnête. Donc, je constate ici, pour essayer de s'y retrouver, parce que tout est un peu énigmatique, puis ça tourne fantastique, pendant des siècles, des siècles, il va errer dans le palais avec son message. Ce qui est clair, c'est qu'il y a un message qui ne parvient pas à destination. Apparemment, on va discuter de tout ça.
17:08 Mais, je suis intéressé par les personnages de ce mini-drame, de cette très courte dramatique. je ne parle pas des multiples personnages accessoires qui sont noyés dans un collectif. Les grands de l'Empire qui sont autour de l'Empereur, la foule qui encombre les salles, les palais. Je parle de ceux qui sont puissamment individualisés.
17:40 Alors, on va les lister, c'est bien de vue. Il y a bien sûr l'Empereur. Il y a le messager. Il y a une personne qui est désignée, vous voyez que je suis vraiment dans l'analyse et pas dans l'interprétation, par un pronom personnel. N'oubliez pas, c'est-à-dire vous, moi, lui, la personne qui est tutoyée par Kafka. L'Empereur, dit-on, t'as envoyé à toi, toi, misérable.
18:10 Quand même, c'est le destinataire du message, ce n'est pas rien comme personne. Non, il y a l'Empereur. Il y a le messager. Il y a le destinataire. Ce destinataire, dont on apprend à la fin, qu'il appelle le message quand vient le soir. Je dis ici, pas pour être inclusif, au sens sociétal d'aujourd'hui, qu'à la fin, on peut mettre un E muet à la fin de l'assis, mais toi, tu es assise à ta fenêtre et tu attends le message quand vient le soir.
18:45 Ça ne s'applique pas seulement aux hommes, cette histoire. D'autant que, vous connaissez tous, un conte célèbre où c'est Anne, Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? N'est-ce pas ? La figure de l'homme qui navigue et de la femme riveraine. Donc, c'est très universel, ce toi. Voilà les personnages qui sont là. Et je constate que cette communication apparemment impossible est dans quelles conditions. Kafka est implacable.
19:17 Il ne peut même pas quitter le palais central et si par miracle il pouvait le quitter, ce serait encore pire parce qu'il arriverait dans la ville impériale où là, personne ne pénètre, fût-ce avec le message d'un mort. C'est tellement une constante chez Kafka, mais j'ai dit, je ne faisais pas une étude de Kafka, mais je ne commente que l'occurrence de ce thème qui va se colorer maintenant, vous allez voir, d'un autre enjeu philosophique qui est présent aussi dans une autre nouvelle que je vais vous réciter intégralement parce qu'elle ne fait pas une page comme le message impérial mais carrément une seule phrase.
19:50 Cette nouvelle s'appelle « Le plus proche village ». La voici. « Mon grand-père avait coutume de dire la vie est étonnamment brève. Dans mon souvenir, elle se ramasse aujourd'hui sur elle-même si serrée que je comprends à peine comment un jeune homme peut se décider à partir à cheval pour le plus proche village sans songer que tout accident écarté qu'est-ce que ce serait ?
20:20 Ça c'est moi qui ajoute. Tout accident écarté virgule une existence ordinaire et se déroulant sans heurte ne suffise pas de bien loin même pour une telle promenade. Le messager n'arrive pas à sortir du palais. Le jeune homme n'arrive même pas à atteindre le plus proche village. Je présume que vous voyez bien le lien. pourquoi j'ai dit qu'il y avait une nouvelle connotation philosophiquement intéressante dans ce texte-là et qui est lié aux enjeux pour lesquels j'ai choisi le texte Kafka et que je vais expliciter incessamment.
20:59 c'est qu'il y a quelque chose de parménidien dans ces deux impossibilités. Vous vous rappelez de parménide. Les Éléates parce qu'il était d'Élée la ville d'Élée Zénon d'Élée ce cruel zénon dont parle Valéry dans le cimetière marin zénon cruel zénon Zénon d'Élée m'as-tu percé de cette flèche qui vibre vole et ne vole pas. Vous voyez le rapport ? Flèche suspendue comme ça. Autre vers de Valéry Achille immobile à grands pas.
21:34 Alors que le message impérial on a l'impression que le messager est vigoureux ah si il n'y avait pas la foule il volerait vous voyez le contraire. Alors que là il est immobile à grands pas vous voyez c'est la même problématique. Celle qui consiste à nier la possibilité même du mouvement donc on n'est pas dans le matérialisme historique et dans le progressisme là. Alors pourquoi je dramatise comme ceci ?
La communication philosophique est-elle possible ?
22:05 Je suis sûr qu'il y en a qui en ont eu l'intuition je mets en question l'entreprise philosophique elle-même avec ce texte. La possibilité d'une communication philosophique et c'est pourquoi je l'ai introduit lorsque j'ai voulu vous prévenir qu'on allait faire ce direct ce soir je l'ai introduit par une allusion au début de Lénine et la philosophie d'Althusser. Il se trouve que je ne vais pas indiquer ça dans mon petit poste mais je vous le dis Lénine avait été invité à faire une communication philosophique je crois que c'était au Collège de France et si je couffre il me rend le pontiste peut-être au Collège de philosophie mais c'est l'un des deux je crois que c'était au Collège de France je crois que c'était pas encore au Collège de philosophie bref et il dit vous m'invitez à faire quelque chose un exercice impossible c'est-à-dire une communication philosophique il y a une contradiction entre le mode d'expression de la philosophie et le concept de communication et il cite en exemple Lénine qui avait été invité par un parti ouvrier
23:17 italien dans la région de Naples à faire une invité à faire précisément c'était l'objet de l'invitation une communication philosophique et à l'expression Lénine avait éclaté de rire voilà il lui sert une belle expression il dit ce rire auquel les pêcheurs de Capri reconnaissaient qu'il était de leur sang avec Capri et Tunesil qui sont dans le golfe de Naples avec Ischia et Nisida dont parle Nerval dans Octavie voilà qu'est-ce que ça veut dire qu'il n'y a pas de communication philosophique je reviens au fondement et au début de toutes mes interventions lorsque j'ai exposé la philosophie je l'ai tout de suite lié à deux instances historiquement à la crise qu'une période de crise historiquement empiriquement à la crise les grandes avancées de l'histoire philosophique se produisent lorsque la société dans laquelle elle surgit est en crise c'est-à-dire est affectée dans sa totalité et pas seulement en partie ça ne peut plus
24:27 durer comme avant voilà sans une réforme globale sans un changement réforme révolte révolution c'est un autre débat retenez ça réforme révolte révolution ils sont de beaux sujets je vous rappelle que le mot réforme dans les 30 dernières années n'a servi qu'à faire des contre-révolutions par exemple maintenant les travailleurs tremblent quand on leur parle d'une nouvelle réforme ils ont raison bon quant à la révolte c'est sûr qu'elle est plus sympathique mais le pouvoir préfère la révolte qu'il peut toujours mater dans le sang je pense aux jacqueries paysannes qui se sont succédé dans l'ancien régime voilà ou la tragédie de la commune qui est magnifique mais qui restait hélas une révolte c'est toujours moins dangereux pour le pouvoir qu'une révolution donc cet ordre réforme révolte révolution donc je l'ai lié au concept de crise mais aussi au concept de liberté je vais vite je rappelle que ça ne sert à rien de se poser la question philosophique
25:37 par excellence que dois-je faire non pas que le que je puisse savoir soit moins important mais le que je puisse savoir n'est pas proprement philosophique puisque le mathématicien l'astronome le physicien le biologiste se la pose aussi d'une manière au moins aussi légitime et en plus avec une efficacité qu'on ne peut pas leur contester donc ce qui est proprement philosophique c'est précisément ce que j'appelle la logique du sujet là que dois-je faire rappel seul un sujet est capable d'en faire je suis sûr que certains d'entre vous se rappellent que quand on dit l'expression le vent secoue les arbres on apprend en grammaire que le vent est actif et que les arbres sont passifs puisqu'on peut dire le même message mais en l'inversant les arbres sont secoués par le vent les arbres complément d'agent du sujet vent oui non c'est un sujet grammatical c'est pas un sujet sérieux c'est un sujet métaphorique du point de vue strictement physique le phénomène du vent n'est pas plus actif n'a rien de plus actif n'est-ce pas que le mouvement des branches d'arbres les différences de pression barométrique
26:47 température la rotation de la terre tout ce que vous voulez parce qu'après je m'y perds un peu sont les causes dont le vent est un effet donc le vent n'est pas plus une cause Kant a réfléchi toute sa vie sur le concept de causalité comme si on commençait à deviner que seul un sujet peut être une cause effective n'est-ce pas dans l'inertie naturelle il n'y a que des effets il n'y a pas d'action dans la nature donc soit il n'y a que la nature qui existe et dans ce cas-là toute action est illusoire moi je veux bien mais il faut assumer soit les notions d'action de sujet de fin comme Marx dit ce qui distingue tout de suite l'abeille la plus experte de l'architecte le plus malhabile c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité ça dit bien qu'il y a un projet une pensée préalable dans le cas de l'architecte d'accord et dans le mouvement
27:57 post-structuraliste on a beau jeu de dire mais ça c'est encore une superstition téléologique on oublie que la critique nécessaire de l'illusion téléologique telle que le système d'Aristote en a été l'exemple emblématique pendant des siècles jusqu'à ce qu'il y ait la coupure galiléenne rompt avec cette approche finaliste de la physique je suis obligé d'aller vite mais je crois que c'est des notions familières à peu près pour tous ceux qui s'intéressent à ces sujets je rappelle que on ne va jusqu'au bout de cette critique justifiée du finalisme non pas en supprimant la téléologie mais en la remettant à sa place ce que personne ne fait plus depuis les sixties depuis la contre-révolution structuraliste je ne suis pas structuraliste il y a des structures partout où il y a de la connaissance moi je n'ai rien contre le fait de structurer sa pensée ou de discerner des structures dans le réel c'est excellent mais je parle de structuralisme c'est la même différence qu'il y a entre l'amour de l'environnement dont je suis un des premiers défenseurs et qui peut donner
La philosophie postule la liberté, que Kant pense sans la connaître
29:07 une écologie rationnelle on en est loin à l'écologisme qui est un naturalisme et qui se soucie moins de l'environnement qui existe que de la nature n'est-ce pas qui est une notion hypothétique c'est pas comme la matière donc je reviens à ces fondamentaux qu'on est en train de revoir au travers de Kafka d'un message qui n'arrive pas à se délivrer je reviens à l'essentiel que je n'ai pas encore formulé la deuxième notion que j'ai liée à la philosophie outre celle de crise c'est celle de liberté car ces notions de sujet allez je résume maintenant sujet finalité action activité toutes ces notions-là supposent quelque chose qui n'est pas mécanique qui n'est pas un processus aveugle et muet comme un caillou en train de dévaler après un orage mais qui supposent avoir comme source première un quelqu'un et non pas un quelque chose c'est la seule différence que je vous demande de prendre en considération
30:17 je vous rappelle que quelqu'un qui est connu pour être un des héros du structuralisme héros à l'ue je pense à Lacan par exemple n'est-ce pas encore qu'il s'en défendrait disait qu'avant signifier quelque chose toute parole signifie pour quelqu'un s'il n'y a pas un quelqu'un bien distinct de quelque chose on ne comprend rien à l'inconscient je parle du point de vue de Lacan et donc c'est pas au langage à l'ordre symbolique et on revient au message à l'ordre de la signifiance alors ne nous embrouillons pas je vous résume c'est très clair et très simple la philosophie est impossible autant que la délivrance du message par le messager d'un empereur de Chine la philosophie est impossible si on ne postule pas je reprends le terme de Kant la liberté dans son principe autrement dit je ne peux poser la question que dois-je faire que dans la seule hypothèse où je peux faire quelque chose quand j'aurais trouvé
31:27 par le détour de la connaissance ce que je dois faire s'il avère que tout est déterminé et qu'il n'y a pas d'action que nous sommes passifs quoi que nous fassions ce que les Lordon etc. vous savez adorent insister là-dessus je veux dire il n'aborde jamais la faite de même que beaucoup d'écologistes sont fans de Spinoza c'est comme ça qu'on dit à cause de son naturalisme Deus sive Natura Dieu c'est-à-dire la nature oui mais je ne vais pas le faire aujourd'hui mais il y a des textes où il dit que c'est stupide d'avoir en considération les animaux au même égard que les hommes je pense ici au vegan et à tout ce qui s'ensuit voilà je ne veux pas développer et je suis sûr que Spinoza autant que moi je veux dire ne prenons aucun plaisir à la souffrance animale c'est un tout autre débat mais il ne met pas sur le même plan ça que la souffrance humaine donc je répète la philosophie n'a de sens qu'à partir d'un domaine propre par rapport aux sciences par rapport à la religion à partir du moment où elle pose la question que dois-je faire la religion
32:37 ne se la pose pas elle donne des réponses vous voyez les 10 commandements les réponses précèdent les questions ça ne la réduit pas ça peut être la conclusion d'un parcours philosophique spirituel pourquoi pas la science elle se pose la question que puis-je savoir la question que dois-je faire elle peut être le savant peut se la poser comme savant comme homme comme être humain mais certainement ce n'est pas sa science ce n'est pas ses études scientifiques qui vont l'aider à y répondre à la question que dois-je faire à résoudre un problème moral éthique intervenir enfin faire un choix sortir d'un dilemme je veux dire un vieux sage au fond de la forêt africaine peut être beaucoup plus pertinent quelquefois n'est-ce pas qu'un prix Nobel de biologie il n'y a rien de réducteur ni pour l'un ni pour l'autre à dire cela donc la philosophie suppose que je puisse faire quelque chose elle suppose la liberté et je vous ai dit depuis le début mais je sais que mes auditeurs glissent un peu là-dessus que je n'ai pas la réponse peut-être que toute entreprise philosophique n'est-ce pas
33:47 et ne tranche pas le débat peut-être qu'elle est toute entière soumise à une illusion oui donc voilà je vous voyez que il n'y a pas de disproportion entre la dramatisation extrême du texte et le Kafka presque désespérant vous avez remarqué que je dis presque je suis sûr que pas mal d'entre vous pensent que c'est un texte désespéré enfin en tout cas en termes de pour ce qui est la réussite d'une communication et là je l'étends la philosophie vous voyez pourquoi ?
34:32 je fais une série de rappels j'ai parlé en termes de contenu la philosophie suppose la liberté et nous n'avons pas démontré que la liberté existe je vais très vite il y a même dans le sillage de Kant il y a des gens qui ont montré regardez comme j'essaie de choisir mes mots qu'il y aurait une contradiction à démontrer la liberté si elle était l'objet d'une démonstration on tomberait dans le déterminisme bref j'en profite ici parce que je ne voudrais pas laisser des scories comme ça sur la route sans les traiter très rapidement que si Kant dit bien que là nous sommes dans le domaine noumenal j'ai un auditeur qui s'appelle noumen je le salue au passage enfin qui a pour pseudo nous plus loin mène la liberté le monde l'âme le sujet la chose en soi tout ça bien sûr d'ordre noumenal or Kant dit qu'on ne peut en avoir aucune connaissance attention c'est précis sous-entendu positive mais regardez comme l'espoir commence à revenir on peut en avoir une connaissance négative
35:42 attention nous sommes dans Kafka on est parti de Kafka et la théologie négative joue un rôle important dans Kafka à savoir si par exemple il s'avère dans mon analyse transcendantale kantienne que l'espace et le temps ne peuvent pas être imputés à l'objet si elles viennent du sujet du sujet en général pas du sujet particulier pas du moi empirique mais notre raison est ainsi faite que comme dit Kant qui ne se préoccupe pas beaucoup à l'inverse de Hegel des questions de genèse n'est-ce pas historique du sujet notre raison est ainsi faite que mais par contre le temps et l'espace et c'est pourquoi il détermine un monde phénoménal le noumène nous ne pouvons rien dire directement de positif mais nous savons au moins que par exemple dans le noumène il n'y a ni temps ni espace puisque ça on sait que ça ne peut venir que de nous d'où la fameuse formule de Kant qu'on tire dans un sens très douteux mais qui ici prend tout son sens je voulais réduire le savoir faire une place à la foi
Le message attendu est parvenu : Pascal et la théologie négative
36:52 attention ça veut dire que la liberté redevient possible à partir du moment où on ne peut pas connaître la chose en soi mais on doit la penser vous savez la distinction kantienne du connaître et du penser est ici fondamentale voilà je ne veux pas être trop technique mais je vous renvoie à ces passages de la fin de l'esthétique transcendantale qui sont sans doute le moment le plus décisif de la critique de la raison pure je ne veux pas dire les plus importants les plus profonds les plus complets mais les plus décisifs pour comprendre le reste d'entreprises kantiennes donc je suis en train de montrer là que tout n'est pas aussi désespéré et j'en arrive à mon dernier personnage le destinataire n'est-ce pas et celui que nous pouvons être qui de nous n'a pas rêvé de recevoir le message qui l'attendait je ne sais pas et comment ça se fait qu'elle ne m'appelle pas et comment ça se fait qu'il ne m'appelle pas vous savez les SMS les trucs les machins on l'attend tous un message qui devrait tout d'un coup nous délivrer de toutes les angoisses je ne sais pas parfois ça arrive mais l'angoisse revient après voilà
38:02 c'est pas un message tout à fait impérial mais enfin c'est un peu du même ordre or il y a une petite note à la fin du message je suis sûr ça ne vous a pas échappé mais toi tu es assis ou assise à ta fenêtre et tu appelles le message quand vient le soir bon sang ben moi je soutiens je prends la responsabilité de soutenir devant vous nous sommes à vacances donc c'est une bonne nouvelle que le message est parvenu à destination dès l'instant qu'il est attendu il est parvenu à destination je suis sûr que certains d'entre vous ont déjà fait un rapport avec cette phrase extraite du mystère car c'est un mystère que je suis en train d'introduire du mystère attention du mystère au mysticisme à la mystification il n'y a qu'un pas restons prudents mais à la phrase de Pascal vous voyez on a souvent fait le rapprochement entre les deux dans les deux cas il y a une théologie négative regardez les travaux de Goldmann sur le dieu caché le dieu des jansénistes
39:12 et le Deus absconditus c'est un dieu qui est présent par son absence vous voyez théologie négative et ce message on voudrait bien savoir ce qu'il y a dans ce message de l'empereur on est tous un peu comme dans la lettre volée on est suspendu au parcours de la lettre et personne ne sait jusqu'à aujourd'hui ce qu'il y a dans cette lettre ni ce qu'il y a dans le message de l'empereur je ne sais pas son absence que ce message nous fascine donc j'y reviens pour être beaucoup plus précis tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas trouvé voilà ce que dieu dit à l'âme souffrante dans le mystère de Jésus console-toi tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas trouvé c'est incompréhensible apparemment c'est pour ça que c'est un mystère comment on peut à la fois chercher et dire avoir trouvé si je cherche c'est que je n'ai pas trouvé et bien c'est l'inverse ça me fait comprendre Pascal celui qui a l'inquiétude de rechercher la Sophia Philosophia de la désirée Philo au point de se mettre en quête de la Sophia
40:22 c'est-à-dire pas seulement de l'épistémé du savoir vous voyez que je révise à chaque fois mais aussi de la sagesse pas seulement de répondre à la question que puis-je savoir mais à la question que dois-je faire le simple fait de se mettre en quête est déjà une percée est déjà une avancée autrement dit par cette phrase Pascal condamne théologiquement ceux qui se sentent en règle avec la religion avec Dieu ceux qui disent ben voilà moi je respecte les dix commandements je fais partie des justes vous savez il y a une parabole dans l'évangile où il y a un publicain c'est-à-dire un homme de mauvaise vie on dirait aujourd'hui un maquereau un proxénète qui n'ose pas rentrer dans l'église à cause de ses péchés n'est-ce pas et puis un pharisien qui lui rentre et prie un orant comme on dit les bras comme ça écartés qui s'adresse directement à l'éternel à répéter les mêmes prières qu'il a l'habitude de débiter depuis qu'on l'a lui enseigné comme des Kyrielles Kyrie eleison enfin ça répéter c'est-à-dire Kyrielles et celui qui est à l'entrée dit qu'il n'est pas digne d'entrer dans cette demeure mais que Dieu dit une seule parole et son âme sera guérie
41:32 et bien sûr l'orant le pharisien le montre du doigt et dit voilà il a tellement fait de péchés qu'il n'entre pas à entrer dans ta maison et le Christ il dit oui mais c'est lui qui est proche de moi voilà donc il y a une théologie négative voilà en quoi ce texte est important et bien je vais maintenant insister sur ce personnage c'est-à-dire que il y a une communication dans les deux sens si quelqu'un est assis à la fenêtre c'est une manière n'est-ce pas d'établir une connexion ces connexions je voudrais bien établir de manière plus confortable avec vous avec l'émetteur avec l'empereur et là je montre je prends une autre référence kafkaïenne le château son testament son dernier roman le plus achevé enfin le plus achevé il est inachevé mais le plus achevé du point de vue de la maîtrise de l'écriture le plus épuré aussi où il a moins d'effets pathétiques mais tout de même vous savez très rapidement c'est le héros du château qui s'appelle K
« Le Château » : la tour, le son de cloche, le grésillement
42:42 même plus Joseph K dans le procès qui réduit à la lettre K point de suspension arrive un soir d'hiver dans un village perdu d'Europe centrale Kafka est d'origine tchèque mais il écrit en allemand et quand on regarde ce qui arrive les personnages l'autorité du château c'est un monde mais tellement germanique mais qu'est-ce qu'il connaît son Allemagne celui-là bon mais j'évoquerai ça une autre fois dans un autre contexte je pense que cette oeuvre de Kafka ne pouvait surgir que dans un monde germanique aujourd'hui il pourrait surgir dans le Middle West le héros surgit dans ce village arrive dans l'auberge qui est encore ouverte l'auberge des paysans parce qu'il y en a une autre l'auberge des messieurs et dit qu'il a été embauché par le château comme arpenteur voilà je vous résume je ne vais pas vous raconter toute l'histoire et voilà et immédiatement les problèmes se créent on n'a pas besoin d'un arpenteur qui vous dit que vous avez été embauché voilà et il va passer tout le roman je vous dis l'essentiel à essayer d'atteindre le château son employeur on lui fait comprendre que c'est compliqué
43:54 c'est le seul du village qui a cette obsession de vouloir atteindre le château les villageois s'en tiennent j'allais dire sagement ironiquement au village et je vous résume le roman en fait il n'atteindra pas le château et à cause de sa quête il ne peut pas non plus faire partie du village n'est-ce pas donc il est toujours dans la navette oui comme on trouve notre messager il est toujours ce va-et-vient entre un château qui l'atteint presque à chaque fois mais sans jamais vraiment l'atteindre et là je vous cite un passage un extrait du premier voyage qu'il fait avec un misérable conducteur qui a un traîneau dans la neige comme ça et qui demande de le diriger vers le château ce qui étonne beaucoup le villageois pour qui ça semble être un hubris enfin et qui est un peu phtisique qui a une touffe bref voilà et bien sûr la fatigue est trop grande dans la neige il faut retourner alors qu'on était presque arrivé au château et voilà ce qui se passe tout d'un coup d'abord avant de dire ce qui se passe une petite description du château je vais d'abord vite et je vais ralentir
45:04 le passage essentiel K. poursuivi son chemin les yeux braqués sur le château rien d'autre ne l'inquiétait mais en se rapprochant il fut déçu ce château n'était après tout qu'une petite ville misérable un ramassis de bicoques villageoises que rien ne distinguait sinon si l'on voulait qu'elles étaient toutes de pierre mais le crépit semblait partir depuis longtemps et cette pierre semblait s'effriter un souvenir fugitif a frappé l'esprit de K. il songea à sa ville natale elle le cédait à peine à ce prétendu château si K. n'était venu que pour le voir ça aurait été un voyage perdu il aurait mieux fait d'aller revoir sa patrie où il n'était plus retourné depuis longtemps il comparait en pensée le clocher de son village avec la tour qui se dressait là-haut celle du clocher sûre d'elle-même donc dans son village montait tout droit sans une hésitation et se rajeunissait en haut terminée par un large toit qui la couvrait de tuiles rouges c'était un bâtiment terrestre bien sûr que pouvons-nous construire d'autre mais qui plaçait son but plus haut que le plat ramassis des petites maisons et qui prenait une expression plus lumineuse au-dessus des tristes jours et du travail quotidien la tour d'ici donc celle du château la seule que l'on vit était la tour
46:14 d'une maison d'habitation on s'en rendait compte maintenant peut-être celle du corps principal du château c'était une construction ronde et uniforme dont le lierre recouvrait une construction une partie pardon gracieusement elle était percée de petites fenêtres que le soleil faisait étinceler elle avait quelque chose de fou et se terminait par une sorte de plateforme dont les créneaux incertains irréguliers ruineux gravaient dans un ciel bleu des dents qui semblaient avoir été dessinés par la main craintive ou négligente d'un enfant on eut dit qu'un triste habitant et là je ralentis contraint de vivre enfermé dans la pièce la plus reculée de la maison avait crevé le toit et s'était levé pour se montrer au monde voilà l'image que lui suggère image vraiment étrange et interpellante que lui suggère la tour principale du château on eut dit qu'un triste habitant contraint de vivre je parlais tout à l'heure du message prisonnier dans le gosier on eut dit qu'un triste habitant contraint de vivre enfermé dans la pièce la plus reculée de la maison avait crevé le toit et s'était levé pour se montrer au monde deuxième tentative
47:24 il s'efforce d'arriver au château je vais plus vite il le rate de nouveau avec son voiturier là dans la neige K. ne dit plus rien s'assit sur l'arrière du traîneau la toux se calma la toux du conducteur petit à petit et ils partirent là-haut le château déjà étrangement sombre que K avait espéré atteindre dans la journée et recommençait à s'éloigner mais comme pour saluer K à l'occasion de ce provisoire adieu le château fit retentir un son de cloche vous voyez le redressement l'infléchissement positif de mon intervention de ce soir a commencé avec le fait que le destinataire attend le message et qu'en tant que tel le message est quelque part arrivé à destination le fait qu'on l'attende si vous êtes certain que la personne pour laquelle vous avez l'amour le plus fou attend impatiemment votre SMS avoue que quelque part c'est gratifiant pour vous et or ici de nouveau voilà que le destinataire le but poursuivi le château s'exprime alors regardez bien de quelle manière par un son
48:34 mais comme pour saluer K à l'occasion de ce provisoire adieu puisque K a fait demi-tour nouvel échec le château fit retentir un son de cloche un son ailé le contraire du messager qui n'arrive pas à progresser un son ailé un son joyeux qui faisait trembler l'âme un instant on eut dit car il avait aussi un accent douloureux qu'il vous menaçait de l'accomplissement des choses que votre cœur souhaitait obscurément je pense à Hölderlin dans un fragment de la fin un fragment dans un commentaire de Pindare une traduction qui vient de faire il dit cette phrase extraordinaire peur de la vérité à cause du plaisir à son contact je suis sûr qu'un Lacanien ici m'écoute peur de la vérité à cause du plaisir à son contact je répète Caril le château fit retentir un son de cloche un son ailé un son joyeux qui faisait trembler l'âme un instant on eut dit car il avait aussi un accent douloureux qu'il vous menaçait de l'accomplissement des choses que votre cœur souhaitait obscurément
49:44 puis la grande cloche se tut bientôt relayée par une petite qui sonnait faible et monotone peut-être là-haut elle aussi peut-être au village déjà allez savoir ce Drelin Drelin convenait d'ailleurs mieux au lent voyage que faisait K en compagnie de ce voiturier miteux mais inexorable qui inexorablement donc l'éloigne du château voilà je crois qu'on comprend mieux maintenant c'est pas un hasard si c'est sous la forme d'un son je ne vais pas vous faire que la lecture mais je vous fais allusion oralement aussi à un autre passage du tout début quand il arrive à l'auberge le soir il y a un petit employé du château qui dit mais c'est que ça on n'a jamais embauché d'arpenteur c'est quoi cette histoire je vais vérifier allemand administratif saumasse bon il téléphone au château il y avait les premiers téléphones le téléphone est dans la dans la salle publique où sont les paysans dans le bar on dirait aujourd'hui de l'auberge des paysans et comme réponse
50:54 à l'appel K entendit un grésillement vous voyez de nouveau un son et Kafka décrit ce grésillement c'est tout ce qu'on sait de la voix du château comme si c'était des milliers de voix d'enfants à la fois lointaines et très proches voilà je vous ai dit l'enjeu pour ne pas noyer le poisson on a la confusion l'enjeu c'est la manière de s'exprimer de la philosophie et là j'en viens à un deuxième volet des interventions que j'ai faites dès le début et que je renouvelle cette année où j'insiste depuis le début ce sont les thèmes que j'ai placés au début parce qu'on ne cesse jamais de les creuser à savoir que le philosophe occupe une position intermédiaire entre deux extrêmes que sont le mathématicien et le poète trois rapports au langage le mathématicien le poète voilà pour les deux extrêmes trois rapports deux rapports ici très différents voire opposés l'un qui fuit
Entre le mathématicien et le poète, la navette du philosophe
52:05 complètement toute métaphore et qui se contente du dire pur sans parler silencieusement le mathématique et le poète au contraire qui est pure parole et le philosophe qui fait une espèce de navette entre les deux vous voyez entre le village et le château de nouveau et parce que le philosophe voudrait atteindre à la rigueur pour laquelle la mathématique est un modèle la mathématique c'est une métonymie du scientifique en général je ne parle pas du scientisme mais d'une idéologie qui revient en force à la faveur du néopositivisme mais la mathématique est si métaphore métonymie pardon du discours scientifique le philosophe voudrait avoir cette rigueur cette universalité cette communication réussie il n'y a pas une version hindoue et une version patagone de la vitesse de l'électron il n'y a pas
53:19 une version chinoise une version française de la somme de deux et deux ce qui faisait dire à Aristote la mathématique unit les hommes la politique les divise alors je rebondis sur cette phrase apparemment anodine et d'une vertigineuse profondeur d'Aristote c'est pas hasard si c'est la politique qui les divise et on comprend mieux la navette du philosophe car le philosophe ne peut pas être indifférent lui à l'enjeu politique avec sa question que dois-je faire donc j'ai discuté avec Philippe et Hugo avant ce direct cet enjeu de la communication proprement philosophique et de sa possibilité ou de son impossibilité dans son lien avec la difficulté qu'il y a aujourd'hui d'unifier le champ politique de l'unifier dans le sens d'un changement il n'a jamais été aussi difficile de se faire entendre politiquement même dans ceux qui semblent appartenir
54:29 à la même famille politique regardez comme la gauche je suis un vieillard je n'ai jamais vu la gauche aussi divisée depuis que j'ai vécu si tant est qu'elle existe encore il m'arrive je ne veux pas vous désespérer je ne le suis jamais il m'arrive d'être pessimiste mais je ne le suis jamais désespéré mais il m'arrive de penser quelquefois que toutes les oppositions politiques de nos jours sont presque toutes intrafascisantes je pèse mes mots je n'ai pas dit fascistes mais intrafascisantes c'est-à-dire qu'on n'oppose que des discours qui tendent vers le fascisme sans même s'en apercevoir je ne vais pas développer ça parce que ça me mettra je reparlerai de l'écologisme mais j'en agacerai certains on en parlera à une autre occasion mais attention à l'enjeu lui-même quand je dis la mathématique enfin je rappelle ce que dit Aristote la mathématique les hommes la politique les divise le philosophe ne peut pas lui
55:39 laisser la métaphore au poète et se rapprocher du mathématicien ce que font ceux qui sont dans le néopositivisme logique dans la logique formelle et dans dans dans l'école analytique bref tout ce qu'on oppose à l'école continentale vous savez que nous sommes les arriérés nous les continentaux nous sommes un peu nous avons toujours un arrière-plan métaphysique alors que les anglo-saxons vous savez j'ai fait une intervention en Norvège récemment j'ai appris à ma grande stupéfaction là-bas qu'il fallait éviter la malentendue car le mot philosophie sur le campus là-bas ne désigne pratiquement que le néopositivisme logique que la philosophie analytique si vous préférez une autre désignation il ne peut pas abandonner la métaphore je répète on pourrait se rapprocher précisément parce que la métaphore bien sûr est naïve si on la prend dans un sens réaliste quand je dis le soleil se lève je suis encore dans le géocentrisme je suis dans l'illusion de croire que c'est le soleil qui bouge alors que c'est la terre qui tourne autour de lui et sur elle-même pour ce qui est
56:49 de la succession jour et nuit soit dit en passant bref je suis dans la métaphore d'accord mais cette métaphore ne m'apprend rien là le positivisme a raison enfin la science a raison c'est dans le scientisme à savoir elle ne m'apprend rien sur le mouvement de la terre et encore moins sur celui du soleil d'accord mais ça m'apprend sur celui qui parle et nous sommes dans une discipline la philosophie qui a démarré avec un connais-toi toi-même c'est bien c'est un crime vous voyez qu'il y a de l'ordre quand même dans tout ça j'ai l'air comme ça de vous balader d'un truc à l'autre mais non c'est toujours le rappel de ce qui est proprement philosophique l'essentiel peut-être de l'effort philosophique consiste à préciser ce qui est proprement de l'ordre du champ strictement philosophique pour arrêter de perdre du temps avec des disciplines qui ne sont pas les nôtres c'est-à-dire se poser la question de l'action que dois-je faire y répondre d'une manière rigoureuse mais ou bien que cette rigueur ne peut pas être la même
Nerval : Angélique et Aurélia, l'une multipliée par moins un
57:59 que celle du géomètre et c'est pourquoi j'ai tenté pendant toute l'année où j'ai fait le feuilleton nerval vous voyez que ça se tient non pas de nous donner comme ça un bol d'air encore que ce n'est pas désagréable en se baladant sur les traces de Gérard dans les forêts les étangs et les lacs du Valois aspirant avec bonheur les brumes d'automne comme il dit oui ça nous ferait du bien dans la canicule d'aujourd'hui et de ce soir mais enfin ça tire sur la fin mais pourquoi j'ai développé la nerval pour arriver certains vous se rappellent peut-être à cette étude comparée de deux passages de nerval un qui est dans les filles du feu dans Angélique où il voit les jeunes filles chanter devant la cathédrale pendant le coucher de soleil et l'autre dans Aurélia dans un rêve ça n'a rien à voir comme contexte l'un qui fait partie de la réalité presque journalistique l'autre de l'imaginaire par excellence à savoir le rêve et je montrais que je le rappelle très rapidement en sortant j'ai pu admirer sous un rayon de soleil couchant les tours des fortifications romaines à demi démolies et revêtues de lierre il parle bien sûr de Senlis
59:09 et c'est là qu'il voit un groupe de jeunes filles de petites filles pardon en train de chanter sous la direction d'une jeune fille des chansons traditionnelles des comptines des canards dans la rivière même je cite le titre et et la petite se met il y en a une qui que la grande dit je voulais entendre celle-là à part parce que ça n'a pas l'air très juste et la petite se met je cite Nerval à chanter avec une voix faible mais bien timbrée et je montre que les deux textes sont en rapport exactement inverse comme si chacun des textes était l'autre multiplié par moins un je suis sérieux regardez dans le texte d'Angélique les bâtiments sont en ruines ils sont réduits nous sommes dans le domaine de la tour aboli pour ceux qui connaissent bien Nerval je suis le prince aquitaine à la tour aboli il parle des tours romaines qui existent à Senlis à demi démolies revêtues de lierre mais vous voyez qu'il y a une résonance symbolique qui va au-delà de l'existence empirique des fortifications gallo-romaines à Senlis qui existent indubitablement
1:00:19 voilà le bâtiment est réduit la lumière elle est déclinante puisque nous sommes au coucher de soleil j'ai pu admirer sous un rayon de soleil couchant et en plus nous sommes à l'automne au déclin de l'année c'est le jour des morts que je vous écris pardon ces idées mélancoliques donc dans le texte d'Angélique tout est sur le déclin et ça ne produit pas du tout quelque chose de tragique au contraire c'est une douce mélancolie d'automne dans le rêve je me trouvais dans une salle qui me semblait être la demeure de mon aïeul mais elle semblait s'être agrandie seulement voilà le bâtiment tout d'un coup est agrandi exactement à l'inverse un jour trois fois plus brillant que le jour naturel je cite le texte là arrivait par la croisée et il y avait dans l'air des souffles qui rappelaient les tièdes matinées du printemps alors nous ne sommes pas en automne mais nous ne sommes pas non plus en été ou en hiver nous sommes dans l'exacte symétrique de l'automne qui est le printemps je vous dis que c'est multiplié par moins un nous ne sommes pas dans un bâtiment réduit mais dans une salle agrandie et les trois femmes qui lui parlent car ce ne sont plus des petites filles
1:01:29 face à un adulte comme lui mais ce sont trois grandes dames et lui est un enfant à qui ces dames viennent de faire un petit habit comme des langes si vous préférez entièrement tissés à l'aiguille de fils ténus comme des toiles d'araignées bon je les remercie en rougissant comme si je n'eusse été qu'un petit enfant devant de grandes et belles dames on ne peut pas faire plus opposer un adulte devant des jeunes filles dans un contexte déclinant un enfant devant des dames dont l'une me parlait avec une voix vibrante et mélodieuse je cite on est à l'inverse de la voix faible de la petite fille tout à l'heure je suis en train de montrer quoi ?
Une passerelle, les métaphores et le travail d'équipe
1:02:08 qu'il peut y avoir une scientificité étendue à ce qui semble le plus étranger à la détermination scientifique à savoir l'imagination littéraire surtout que c'est un rêve ruse de la raison n'est-ce pas le décor n'est jamais aussi déterminé que lorsque je crois que c'est ma libre imagination qui en trace le contour donc je sais que je vous demande beaucoup mais si vous pouvez revoir les deux derniers épisodes du feuilleton d'Angélique vous verrez qu'il est possible donc vous avez promis quelque chose de positif on est parti d'un texte apparemment désespérant de jeter une passerelle fut-elle frêle mais pleine de promesses entre la philosophie théorique les sciences dures il n'y a qu'ici que le théorique c'est un terrain solide je prends les métaphores kantiennes et les dites sciences humaines une passerelle
1:03:19 entre les deux parce que si une littérature onirique le rêve de Nerval obéit à une détermination stricte et peut être susceptible d'une prévisibilité aussi rigoureuse que la prévisibilité des éclipses pour un astronome et bien c'est qu'on a une voix royale qui peut s'ouvrir devant nous voilà la nouvelle que je voulais essayer de vous communiquer tout en mettant en question bien sûr ma communication philosophique que j'essaye de faire depuis des années mais vous comprenez pourquoi elle est problématique et doit rester problématique parce qu'il semble y avoir une contradiction il semble qu'il y a une contradiction insurmontable entre le côté métaphorique du langage de tous les jours que je devrais laisser tomber comme ont fait les mathématiciens d'Euclide il y a plus de 2000 ans précisément parce qu'il manque d'univocité si c'est la rigueur et la vérité que je cherche seulement voilà dans les métaphores du langage que je suis en train d'abandonner à ce moment là il y a tous les enjeux des volontés des désirs
1:04:29 et donc le problème politique il est là il est dans les enjeux des métaphores du langage courant et c'est pour ça vous voyez que je suis toujours attentif à essayer de redresser ces métaphores lorsque à force de s'y habituer on finit par oublier que c'est des métaphores quand on dit le jour se lève et quand on finit comme dit magnifiquement Hegel par prendre les chaînes de Dodone pour des arbres je fais allusion à quoi ce sera un peu le dernier aspect de mon intervention je fais allusion au fait que si la philosophie est encore là j'avais commencé par le paradoxe Lénine si tu parles tu sers il n'y a pas de communication philosophique alors qu'est-ce que je fais moi depuis des années c'est à cause du pouvoir que nous subissons en attendant la résolution des problèmes de la société dans laquelle nous vivons qui ne peuvent être résolus
1:05:39 que par l'apparition d'un nouveau mode de production à la faveur de nouveaux rapports de production et donc de propriété nous ne pouvons pas avoir la communication que je souhaiterais avoir celle dont je viens d'esquisser la possibilité qui demande bien sûr un travail d'équipe je pense bien que je vous l'aurais délivré moi si je pouvais l'avoir moi tout seul non j'ai besoin de vous et vous avez besoin des autres c'est un travail d'équipe je me rappelle que lorsque Clouscard lorsque Sartre a eu la gentillesse de recevoir Clouscard lui présentant son sujet de thèse de L'Être et le Code et Sartre apparemment l'a bien consciencieusement lu puisqu'il en fait un compte-rendu que c'est un très bel exemple de ce que l'histoire est véritablement à savoir je cite Sartre une totalisation en marche et non pas une totalité je veux dire une totalisation en marche mais il y a un reproche que fait Sartre c'est Clouscard qui m'a dit il y a tout de même un hubris c'est de croire que de telles
1:06:49 problématiques énormes n'est-ce pas toute l'histoire de la praxis en France depuis le haut Moyen-Âge jusqu'à la révolution française non incluse bref toute l'histoire de l'ancien régime peut être faite par un seul individu et Sartre dit il faudrait un travail d'équipe à quoi Clouscard disait je demande que ça qu'on m'envoie des mecs je suis tout seul voilà je conclue là-dessus sur le rire de Clouscard n'est-ce pas que j'ai si souvent entendu en vacances et je vous remercie en tout cas de votre de votre fidélité des très bonnes vacances dans tous les cas et je vous remercie