Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Le cycle Nerval et le livre introuvable
0:00 Donc c'est le plan de la séquence 2-6. Je rappelle que le premier chiffre désigne le cycle de la répétition à la libération, ou d'Ulysse à Dédale, si vous préférez les noms propres. Et que c'est la deuxième année sur ce cycle, d'où le 2 et le 6ème, c'est le 6ème atelier qu'on fait de cette deuxième année. Et qui a pour originalité cette année, par rapport aux approches précédentes, qu'au lieu de le faire sur le mode, je suis dans les genres, dans les genres académiques, au lieu de le faire sur le mode de la dissertation générale, ou de la causerie, comme vous voulez, la conférence, je le fais sous la forme de commentaires de texte, en commentant un seul texte de Nerval, donc jusqu'à la fin du cycle, en juin prochain.
0:52 Nous avons commencé ce cycle Nerval, la lecture d'Angélique, la première des nouvelles qui ouvrent le recueil des filles du feu. Nouvelle qui passe toujours inaperçue, qui est un peu sacrifiée à la petite merveille qui suit, qui est Sylvie, qui est célébrissime, mais dont Proust faisait tant de cas. A juste titre, Proust se sentait découragé d'arriver à une telle perfection. Il y a les grands récits de Nerval sur la folie, Aurélia, etc., qui sont des documents qui ont été commentés par le surréaliste.
1:23 Vous avez tout utilisé, vous n'avez pas besoin de moi pour ça. Et Nerval n'appréciait pas beaucoup qu'on le réduise à un cas pathologique. Et puis, il y a cette nouvelle un peu inaperçue, mais qui est Nerval quand même placée en tête du recueil, ça ne doit pas être tout à fait sans intention. Qui porte un prénom féminin comme l'ensemble des filles du feu, l'Angélique, Sylvie, Émilie. Et qui a longtemps eu mauvaise réputation parce qu'il tombe un peu des mains, parce que c'est décousu, parce qu'il change d'intrigue tout le temps, parce qu'on ne sait jamais de quoi il parle, ou qu'il change de propos.
1:56 Bon, je ne vais pas revenir là-dessus, on en a suffisamment à côté. Je pense toujours un petit peu aux nouveaux arrivants, si vous voulez, mais je ne peux que leur conseiller de lire cette nouvelle qui n'est pas très longue. Enfin, c'est assez long pour une nouvelle, c'est court pour un roman, ça fait 80 pages à peu près. Et là, nous en sommes donc, la dernière fois, nous avons fait une lecture assez suivie de la dixième lettre, où il se passe quelque chose d'important, puisque pour la première fois, on décolle, ça y est, à pied, de Senlis, on a eu du mal, parce qu'il se plaisait bien dans Senlis. On avait déjà du mal à sortir de Paris, mais ça, c'était un peu par contrainte, on était dans l'univers borgésien des bibliothèques, des labyrinthes, pour la recherche de ce livre introuvable, de ce roman infaisable, ce sont des expressions nervaliennes.
2:39 Ce livre introuvable, donc je rappelle quand même, pour la xième fois, sur lequel il est tombé en contact en faisant le badaud à la foire du livre de Francfort. Ce énième voyage, et puis il ne nous dit pas ce qu'il faisait à Francfort, mais on sait qu'il est sur le retour, puisqu'il dit dans deux jours, je serai à Paris. Et là, il tombe sur ce bouquin, le titre l'intéresse un peu à titre bibliophilique, c'est pas... Les mémoires d'un abbé qui avait le 18e siècle, qui était défroqué, qui s'est évadé de la Bastille, a fait des choses intéressantes.
3:09 Qui a voulu fonder une république, comment on peut dire, 18e siècle en France, comme ça... Oubliez que Nerval a écrit un recueil qui s'appelle Les Illuminés, dans lequel l'abbé de Bucquoy fait partie de la série, C'est écrit dans les années 1840, tout de même. Donc, voilà, tout ça, c'est contextuel, je ne m'attarde pas trop. Et il veut acheter le livre, il n'a pas les sous, il n'a jamais de sous en voyage, parce que Dumas le lui a piqué.
3:40 Vous n'avez qu'à vous intéressez au dossier. Nerval a souvent été le nègre de Dumas. Et lequel Dumas était un peu nègre sur les bords. Il avait les cheveux frisés, c'est vrai, il était métis. Allez, je passe du propre figuré, ce n'est pas bien. Et il y a l'histoire de louis d'or, toujours, entre Nerval. Regardez dans la correspondance entre Nerval et Dumas. Dumas écrivait au kilomètre, il avait du succès, et le pauvre Nerval racolait les morceaux. Et donc, il ne peut pas l'acheter, il dit, ce n'est pas grave, dans deux jours je serai à Paris, à Paris on trouve tous les bouquins, puis il ne le trouve pas, on s'aperçoit assez vite qu'il se débrouille, il ne peut pas le trouver, donc ça devient un anti-roman, puisque je ne trouve pas le bouquin.
4:19 Il faut que je parle d'autre chose, et cette autre chose, c'est ce que nous lisons. C'est étrange comme structure. Et pourquoi il est très important quand même qu'il le trouve, je le rappelle pour une dernière fois, pour une dernière fois aujourd'hui, c'est qu'il venait de paraître, ça c'est de l'histoire, ce n'est pas de la littérature, il venait de paraître un amendement, juste à son retour d'Allemagne. On était sous Guizot, et puis après le prince-président Louis Napoléon, qui avait encore resserré les boulons, et supprimé les quelques libertés qui avaient pu se frayer un chemin à la restauration, et un amendement qui interdisait aux auteurs de faire ce qu'on appelait à ce moment-là le feuilleton roman, c'est-à-dire de mélanger la fiction et l'histoire.
5:05 Alexandre Dumas, vous voyez, Les Trois Mousquetaires, etc. Le censeur disait, ou bien vous faites du roman, ou bien vous faites de la fiction, donc on dirait aujourd'hui, ou bien vous faites de l'histoire. Vous n'êtes pas toujours entre les deux, on ne sait jamais où on en est. Je rappelle que la raison principale de l'interdiction, c'est que le public qui était friand des feuilletons, qui était le gagne-pain des Eugène Sue, des Dumas et des Nerval, dans les journaux, ce public-là était quand même le public des barricades. Voilà, ça c'est la contexte d'exposition historique.
5:36 Or, Nerval dit, il faut absolument que je trouve le livre que j'ai vu en Allemagne pour montrer que mon personnage, il existe, qu'il est bien historique, que ce n'est pas une fiction. Et à partir de ce prétexte policier, il nous introduit à un problème insoluble jusqu'à aujourd'hui. Où commence la fiction ? Où commence l'histoire ? L'histoire. Le jour le plus long. Il est amateur de cinéma ici. Le cinéphile. Le jour le plus long.
6:06 Eh oui ! Nous étions sous la botte nazie jusqu'à ce que l'oncle Sam vienne nous en délivrer. L'oncle Tom. Qu'est-ce que c'est que ces histoires ? Ce n'est pas de l'histoire, ça. En 1944, les soviétiques sont aux portes de Berlin. Alors, il y a eu un sondage. Je le dis parce que vous ne le savez pas. Ça, c'est de l'histoire. Premier sondage. Premier sondage, IFOP. Fin 1944. C'est tôt, hein, quand même. Où on demande au public, dans toute l'Europe, mais là, je vous parle de la réponse française, quelles sont les puissances qui ont le plus contribué à la défaite du nazisme ?
6:39 77% répond l'Union soviétique. 25% répond l'Angleterre, puis les poussières pour tout le reste. Pardon, les États-Unis, puis les poussières pour le reste. On pose la même question. 30 ans après, c'est l'inverse. 80% disent que c'est les États-Unis. Je veux dire, c'est quoi l'histoire ? Les États-Unis sont intervenus pour ne pas que l'Europe devienne soviétique. Je rends hommage aux 50 000 gamins qui sont morts, sur les plages de Normandie, j'aurais même préféré qu'ils arrivent plus tôt.
7:13 Ce que suppliait le gouvernement soviétique. Voilà, non, c'est pour vous dire, où commence l'histoire, où finit la fiction. Vous savez où ? Vous avez de la chance. Allez, on n'est pas là pour raconter des histoires, mais pour réfléchir sur l'histoire. Donc, Nerval, vous voyez, c'est du sérieux. Quand il dit, alors, je fais l'histoire du roman, là. Si j'arrive pas à retrouver le bouquin, je le publierai tel qu'il est. Je n'inventerai rien. Voilà, ce sont les préalables à ce que nous lisons.
De Paris au Valois : Longueval, Mortefontaine et le jour des morts
7:43 Donc, ça, c'est la partie parisienne, les bibliothèques, ils ne le trouvent pas. Le bouquin est introuvable. Il était là il y a 15 jours, mais il n'y est plus, parce qu'on fait des prêts d'une manière un peu laxiste. On a une bibliothèque. Et là, il y est, mais il y a des rongeurs qui sont arrivés dans les caisses de Russie et d'Athènes. Il y a la souris d'Athènes et le rat de Russie, le rat Kozak, qui ronge les manuscrits. Je ne plaisante pas, c'est dans les rues. Vous voyez ? La trace effaçable. Quand vous voulez vous faire de l'histoire, s'il est rat, c'est Marx qui disait dans l'idéologie allemande qu'il avait abandonné ses œuvres de jeunesse écologique, feuerbachienne et libertaires à la critique rongeuse des souris.
8:20 Voilà. Donc, c'est du viril quand même tout ça. On a eu du mal à sortir de Paris. Je vous ai dit d'être très attentif à ce que Aristote appelle le déplacement local. On est à Francfort, puis on est à Paris. À Paris, on profite à peu près toutes les bibliothèques, l'Arsenal, la Nationale, etc. Sans succès. Jusque cette fameuse quatrième lettre, n'est-ce pas, que le grand virage de déplacement local, où on va enfin aller au vert, puisque cette lettre commence comme ceci. J'ai eu l'idée d'aller aux archives de France où l'on m'a communiqué la généalogie authentique des Bucquoy, le nom de l'abbé sur lequel portent les mémoires du livre.
8:54 Leur nom patronymique est Longueval. En compulsant les nombreux dossiers se rattachant à cette famille, j'ai fait une trouvaille des plus heureuses. Une foule d'autres archives m'ont renvoyé à d'autres documents qui doivent, je cite, mot pour mot, qui doivent exister à la bibliothèque de Compiègne. Voilà notre Nerval qui a été laissé d'une précision ahurissante, qui employait des procédés chimiques pour déchiffrer des manuscrits dans les bibliothèques. Tout d'un coup, et d'un vague, pour qu'on ait une raison valable de quitter Paris et d'aller vers Compiègne, et je vous ai distribué la carte la dernière fois pour qu'on ait bien le tracé, le déplacement local.
9:31 Entre Paris et Compiègne, on passe par Ermenonville, où il y a la tombe de Rousseau, et où il y a l'enfance de Nerval à Morte-Fontaine. Alors je suis obligé de buter sur le signifiant de Morte-Fontaine. Une fontaine, c'est fait pour abreuver, pour nourrir, pour allaiter. Comment il peut y avoir la mort à la source ? Morte-Fontaine. C'est son village maternel. Ça ne s'invente pas, ça, vous savez. La treizième revient, c'est encore la première, et c'est toujours la seule, ou c'est le seul moment, c'est la mort ou la morte.
10:05 Ô délice, ô tourment. Donc, on est obligé de passer par le valois, ce qu'indiquait déjà, à titre symbolique, la dernière syllabe du nom patronymique des Bucquoy, à savoir Longueval. Longueval, Gérard de Nerval, n'oubliez jamais que c'est un nom d'emprunt, je l'ai déjà dit, je le répète, il s'appelle Gérard Labrunie, comme tout un chacun. C'est à la mode à l'époque, le Balzac s'est affublé d'une particule, c'est très à la mode. Lui, il ne prend pas n'importe quel patronyme, il prend un patronyme qui le maternise, n'est-ce pas ?
10:39 Car c'est le pays de la mère. La mère est de Mortefontaine, à 3 km de La Chapelle-en-Serval, alors que son père est d'Agen, prince d'Aquitaine à la tour Aboli. De côté du père, c'est la castration de la tour Aboli. Et là, il ne nous dit pas tout ça, parce qu'il fait mieux que le dire, il exprime, il nous dit, une foule d'archives m'ont renvoyé à d'autres documents qui doivent exister à la bibliothèque de Compiègne, le lendemain étant le propre jour de la Toussaint, je n'ai pas manqué cette occasion de distraction et d'études. Ben oui, c'est un jour congé, c'est un jour férié, c'est le jour des morts.
11:14 Il y a des voyages qui sont des pèlerinages, les pèlerinages vont toujours à une tombe. Est-ce qu'on va à la tombe de la mère ou est-ce qu'on va à la tombe de Rousseau ? Voilà, je vous ai résumé à peu près tout l'enjeu. Est-ce qu'on est dans le roman personnel, dans le champ psychologique ? Ou est-ce qu'on va vers le contrat social ? C'est un drôle de texte. Et on le dit décousu. Je trouve que c'est le texte un des plus homogènes de la littérature de Gaulleta. Et c'est pour ça que je l'inscris dans la lignée entre Ulysse et Dédale, n'est-ce pas ?
11:45 Entre la répétition qui est le lot fatal du héros de l'Odyssée, qui commence par un carnage épouvantable, le sac de Troie, dont il est le froid instigateur avec le cheval, j'invente rien. Et qui se termine par le happy end, par excellence, heureux, qui comme Ulysse, mais non, pas du tout, qui se termine par un autre carnage épouvantable. Mensonge sur le mensonge que c'est le happy end, perpétué par les poètes dans des textes admirables, je pense à Du Bellay. Mais enfin, quand vous regardez le massacre des prétendants autour d'Ulysse, dites donc, il y a des cervelles sur le mur, il y a des flèches qui rentrent dans l'œil, c'est épouvantable !
12:26 Et chaque fois, c'est à Ulysse qu'en est le froid instigateur. Comme si peut-être tout le reste du parcours, la grande boucle qu'il fait, le haut de Odysseos, n'était qu'un vaste détour pour éluder cette agressivité fondamentale qu'il a en lui, qui réitère le carnage. N'oubliez pas que ce cycle de causerie sur la répétition et la libération vient prendre la relève de notre premier cycle, sans l'interrompre, qui s'appelait Entre crise et guerre, philosophique.
12:57 Vous êtes les enfants des deux plus... Nous sommes, en tant que moderne, les contemporains, les deux enfants des deux plus grands carnages de l'histoire de l'humanité. Au XIXe siècle, au siècle du mal du siècle, a succédé le siècle du mal. Je n'y peux rien. C'est comme ça. Il faut donc quand même y penser un petit peu. Puis, donner un peu de chagrin au post-moderne qui trouve que tout ça est bien triste. Donc, on est parti de... On a réussi à s'arracher à Paris avec tous ces prétextes d'archives, etc.
La génération du désenchantement : lecture de Sylvie
13:29 On n'est pas resté très longtemps à Compiègne, parce que c'est un peu au nord par rapport à Ermenonville. Regardez la carte. Et à partir de la dixième lettre, on a la dernière fois, on s'est enfin décidé à quitter Senlis, dans laquelle Nerval se plaisait assez, malgré la mélancolie qu'il gagne du fait que ce soit le jour des morts. C'est le jour des morts que je vous écris pardon de ces idées mélancoliques. Là encore, je suis obligé de le répéter. C'est quand même assez étrange qu'on ait besoin de s'excuser d'être mélancolique le jour des morts.
13:59 Je vous ai rappelé tout de même que s'ils s'excusent c'est parce que ils savent très bien que le romantisme est en train de passer de mode. On n'est pas encore dans Baudelaire, on n'est plus dans le romantisme, on est dans le néant. Dans ce qui a été très bien étudié entre autres par Bénichou, la génération du désenchantement et la génération qui succède à 1848 aux échecs de la révolution. Si vous jetez un petit coup d'œil sur un texte beaucoup plus connu que celui que nous travaillons sur Sylvie, vous avez un extraordinaire résumé de cette époque auquel Musset a consacré un des livres les plus intelligents du romantisme confession d'un enfant du siècle où Musset analyse assez bien un terme historique le mal du siècle sauf qu'il y fait un volume Nerval en deux pages concentre l'essentiel vous voyez quand il dit ceci dans Sylvie après alors Sylvie ça n'a rien à voir c'est autobiographique ça commence un peu à la Flaubert une autodérision du héros romantique je paraissais tous les soirs aux avant-scènes d'un théâtre en grande tenue de soupirant bon et puis très vite il contextualise son époque l'époque du narrateur l'époque à laquelle
15:09 il est censé parler d'où il est censé parler et il dit ceci pardon parce que le papier est bouffant voilà nous vivions alors dans une époque étrange des années 40 comme celle qui d'ordinaire succède aux révolutions ou aux abaissements des grands règnes ce n'était plus la galanterie héroïque comme sous la fronde le vice élégant et paré comme sous la régence c'est Montesquieu le scepticisme et les folles orgies du directoire c'était ah vous allez vous reconnaître un mélange d'activité d'hésitation et de paresse ah oui vous êtes reconnu d'utopie brillante d'aspiration philosophique ou religieuse d'enthousiasme vague mêlée de certains instincts de renaissance d'ennui des discordes passées d'espoirs incertains quelque chose comme l'époque de pérégrinus et d'Apulée l'homme matériel aspiré au bouquet de roses qui devait le régénérer par les mains de la belle Isis la déesse éternellement jeune et pure nous apparaissait dans les nuits nous faisait honte
16:19 de nos heures de jour perdus l'ambition n'était cependant pas de notre âge et la vive curée qui se faisait alors des positions et des honneurs nous éloignait des sphères d'activité possibles il ne nous restait pour asile que cette tour d'ivoire des poètes où nous montions toujours plus haut pour nous isoler de la foule à ces points élevés où nous guidaient nos maîtres nous respirions enfin l'air pur des solitudes nous buvions l'oubli dans la coupe d'or des légendes nous étions libres de poésie et d'amour amour hélas des formes vagues des teintes roses et bleues des fantômes métaphysiques vu de près la femme réelle révoltait notre ingénuité il fallait qu'elle apparût reine ou déesse et surtout n'en pas approcher l'un d'entre vous m'avait posé une question à ce propos en me disant pourquoi il y a cette crainte comme ça de la femme réelle il ne faut pas lire n'arrivée à la moitié la suite à la ligne quelques-uns d'entre nous néanmoins prisaient peu ces paradoxes platoniques et à travers nos rêves renouvelés d'Alexandrie dites donc changement de décor Alexandrie c'est la partouze généralisée agitait parfois la torche des dieux souterrains qui éclaire l'ombre un instant de ses traînées d'étincelles c'est ainsi que sortant du théâtre avec l'amère tristesse que laisse un songe évanoui j'allais volontiers me joindre à la société d'un cercle où l'on soupait un grand nombre et où toute mélancolie cédait devant la verve intarissable de quelques esprits éclatants
17:29 vifs, orageux, sublimes parfois tels qu'il s'en est trouvé toujours dans les époques de rénovation ou de décadence voilà voilà l'époque reflux des révolutions échec de 48 donc je vous l'ai dit Bénichou a consacré un très bel ouvrage qui s'appelle La génération du désenchantement l'école pardon excusez-moi l'école du désenchantement qui correspond à cette génération donc Nerval c'est il appartient à cette époque d'entre deux il n'y a pas que du psychologique dans la folie c'est aussi assez aliénant de ne pas être encore dans la modernité telle qu'à partir de Baudelaire puis Verlaine puis Rimbaud puis Mallarmé à s'affirmer où il aurait pu avoir des frères et il n'est plus dans il n'a plus droit à l'épanchement et l'éjac de la génération d'avant quelle solitude comme pardonne ce style vieilli c'est lui qui parle comme ça il s'excuse toujours de son ton alors et nous allons là nous nous acheminons vers Ermenonville la tombe de Rousseau qui inaugure la nouvelle sensibilité romantique ça ne s'invente pas tout ça c'est quand même structuré donc nous en étions à Senlis et en quittant Senlis
La marche à pied, le rythme schubertien et la brume d'automne
18:39 il y a enfin cette affirmation pleine de fraîcheur la marche à pied à la Schubert ce rythme d'errance feutré que vous trouvez dans l'admirable passage de Barry Lyndon n'est-ce pas ou Kubrick qui a eu la très bonne idée d'utiliser le second mouvement du sublime trio de Schubert en mi-bémol mais vous trouvez encore mieux dans son ultime grande symphonie petit timide Schubert a fait une symphonie gigantesque qu'on a trouvé dans ses papiers bien après sa mort et vous trouvez le pas de Nerval je suis arrivé hier à Compiègne poursuivant les Bucquoy sous toutes les formes avec cette obstination lente qui m'est naturelle c'est ça le rythme de Schubert le rythme de ce qu'on appelle en Allemagne le Wanderer wander en anglais l'errance je suis arrivé hier à Compiègne poursuivant les Bucquoy sous toutes les formes avec cette obstination lente qui m'est naturelle donc nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois aspirant avec bonheur la brume d'automne on a été là la dernière fois enfin on est partis et puis c'est bien c'est positif aspirant avec bonheur la brume d'automne la fraîcheur les champignons c'est plus la canicule
19:50 c'est pas encore l'hiver bon d'accord c'est la mort l'automne mais oui aspirant avec bonheur quoi la mort c'est étrange cette nouvelle sensibilité nous on est tellement habitués vous savez ah oui la melancolie d'automne mais écoutez ça c'était jamais vu dans la littérature des siècles avant le romantisme ça s'est jamais vu qu'on fasse l'éloge de la caducité c'était des contre-valeurs ça c'est la mauvaise saison alors qu'après Rousseau il faudrait à Chateaubriand on pourra dire j'entrais avec ravissement dans la saison des tempêtes vous voyez l'enchanteur j'entrais avec ravissement dans la saison du mauvais temps c'est Nietzsche qui disait pour donner un petit coup à Wagner votant des lieux du mauvais temps je lui préférais Nice bien sûr un bon post-moderne comme nos bobos vont en Croatie moi j'ai mis assez de soleil pour ceux qui sont pour la conscience malheureuse donc je ne parle pas de la Corse bah écoutez quand on s'en avait marre de la mer vous vous rincez dans un torrent frais de haute montagne on ramène de voiture je ne fais pas de la pub voilà
21:01 donc nous sommes partis de Senlis à pied travers les bois aspirant avec bonheur la brume d'automne on est partis donc de Senlis et on se dirige vers Ermenonville donc l'axe nord-ouest-sud-est grosso modo qu'est-ce qu'il reste à pied à faire je rappelle que nulle part Nerval ne dit que son but est d'aller à la tombe de Rousseau son but c'est de trouver les ruines du château des ancêtres de l'abbé de Bucquoy et de la belle angélique de Longueval dont il est tombé par hasard sur un manuscrit en faisant des recherches sur son ancêtre ça fait quand même beaucoup de prétextes différents et les ruines de ces châteaux parce qu'il y en a plusieurs sont censées être du côté de Soissons donc nous dirigeons vers Soissons nord-est-sud-est très bien je vous ai fait remarquer que Nerval va toujours en Orient en Allemagne ou dans le Valois c'est-à-dire à l'inverse à la marche du soleil et à la marche du temps alors encore c'est pas qu'il y pense il fait mieux que le penser il l'exprime et je répète cette phrase j'ai l'air d'être un peu lancinant nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois aspirant avec bonheur la brume d'automne c'est agaçant
Le passage supprimé : la noyade et la verticalité
22:11 parce qu'on a envie de continuer et moi je vais refaire le premier pas et bien oui mais c'est que vous rappelez-vous la dernière fois ce qu'on a vu c'est que le texte enchaîne nous avions parcouru une route qui aboutit au bois au château de Mont-l'Évêque c'est du réel pour l'instant Mont-l'Évêque juste après Senlis contre vers Ermenonville on n'est pas dans l'ordre de ce moulin par contre je vous ai fait remarquer que vous n'aviez pas l'édition critique c'est-à-dire la Pléiade et que dans la Pléiade on met en note le fait qu'ici Nerval a sucré un passage d'une page et demie je vous rappelle qu'il n'est pas seul je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un ami que j'appellerai de son petit nom Sylvain c'est un prénom très commun dans cette province le féminin étant le gracieux nom de Sylvie sans compter que dans un autre chapitre il parlera de la tribu de Sylvanectes qui entesse et contrait autrefois au Moyen-Âge Sylvanectes Sylvie on est au pays des forêts là on est dans l'ordre symbolique il est vraisemblable que sa petite amie ne s'est jamais appelée Sylvie et que Sylvain est le nom du demi-frère redouté du frère de lait voilà enfin ce sont des émanations des bois des forêts toujours est-il
23:21 que il y a une interruption il est avec Sylvie nous sommes partis nous c'est Sylvie et moi Sylvain ne fait que surgir au moment où on va entrer dans les bois et d'ailleurs vous le verrez tout à l'heure disparaître quand on va quitter les bois au-delà des Ermenonville mais n'anticipons pas or si je restitue le texte qui a été sucré par Nerval donc si je défais la censure on a ce texte extraordinaire où l'on passe et ça je vous l'avais signalé de l'horizontalité qui nous portait jusque là le sol ferme qui porte nous sommes partis de Senlis qui aspirent à travers les bois à la brume d'automne à une verticalité inquiétante qui fait comprendre que Nerval n'ait pas voulu le laisser dans le texte définitif voilà le texte qui manque n'est-ce pas en regardant les grands arbres qui gardaient à leur sommet un bouquet de feuilles jaunies et tout d'un coup regardez on lève la tête dès la première phrase du texte qui a été sucré on est dans l'axe vertical on a une rupture orthogonale par rapport à là où on était dans la phrase que je ne vais pas répéter une xième fois sur les brumes d'automne
24:32 en regardant les grands arbres qui ne gardaient plus à leur sommet qu'un bouquet de feuilles jaunies Sylvain me dit te rappelles-tu du temps où tu venais passer des vacances dans le village on t'appelait petit parisien là je ne cite pas tout à fait de mémoire nous allions cueillir des écrevisses oui dit Nerval je me souviens que tu m'as laissé me noyer dans un remous de l'oise tu m'as dit qu'on pouvait passer et j'ai fait un plongeon dans six pieds d'eau l'écume verte qui nage près de nos rivières m'a fait croire traîtreusement qu'on pouvait passer puis j'ai fait un plongeon dans six pieds d'eau tu t'es enfui en disant que le petit parisien était allé où il avait voulu et qu'il s'était néyé noyé en patois voilà les amis Sylvain rougit et ne répondit pas mais bon c'est un drôle de passage puis la sucrée mais ta soeur ta soeur qui nous suivait s'arrachant les mains sur les feuilles coupantes des irises m'a tiré par les cheveux et m'a sorti de l'eau ça fait une admirable scène à l'ufantale de la noyade sauvée par la soeur de Sylvain et qui a été sucrée comme si Nerval s'appliquait à gommer dans ce texte que je me place au-dessus de tout y compris de ce texte majeur ce texte qu'on dit être marginal
25:43 comme s'il s'appliquait à gommer et c'est ce qui me plaît dans ce texte le roman personnel pour ne pas être distrait de la direction la direction qu'il affirme depuis le départ depuis Francfort en effet Ermenonville est à 3 km de Mortefontaine Ermenonville où il y a la tombe de Rousseau est à 3 km de Mortefontaine où il n'y a plus que le souvenir d'une morte dont la tombe est bien loin de là puisqu'elle a eu le malheur de suivre son mari dans les campagnes napoléoniennes tellement qu'elle était amoureuse elle a laissé le nouveau-né chez les tantes et les cousines du Valois et elle est morte des fièvres qu'elle a contractées en traversant des ponts chargés de cadavres c'est la légende familiale en tout cas elle est enterrée encore maintenant en Pologne à Glogau donc c'est pour ça que je repose la question est-ce que Nerval fait un pèlerinage à la tombe de sa mère ou à la tombe de Rousseau pour l'instant il a éloigné le roman personnel et nulle part dans ce récit il n'est question de Mortefontaine dont il est question si souvent dans les autres récits de Nerval ce toponyme maléfique n'est nulle part nommé ici
Couleurs de Delacroix, nature et paysage, Chaalis
26:53 donc nous en étions là cette fois je continue nous avions parcouru une route qui aboutit au bois et au château de Mont-l'Évêque des étangs brillaient ça et là à travers les feuilles rouges relevées par la verdure sombre des pins sur les couleurs de Delacroix Delacroix lac de sang hanté des mauvais anges ombragé par un bois de sapin toujours vert dit Baudelaire dans un poème célèbre de Delacroix à lac de sang rouge ombragé par un bois de sapin toujours vert des étangs brillaient ça et là à travers les feuilles rouges relevées par la verdure sombre des pins je vous le dis au cas où on serait dans le réalisme naïf et des couleurs d'époque dans la préface de la phénoménologie Hegel pour se moquer de la manie de l'identité qu'il y a chez Schelling vous savez Schelling l'homme est minéral la femme est végétal l'homme c'est plus la femme c'est moins voilà les trucs très à la mode et Hegel dit c'est comme si un peintre n'avait sur sa palette que deux couleurs le vert pour les paysages de nature et le rouge pour les paysages historiques vous voyez
28:03 comment on retrouve ces deux couleurs bien Sylvain me chanta ce vieil air du pays voilà qu'on passe à la petite chanson de marche courage mon ami courage nous voici près du village à la première maison nous nous rafraîchions on buvait dans le village un petit vin qui n'était pas désagréable pour des voyageurs ben oui vous ne pouvez pas comprendre non excusez-moi je parle comme un vieux non non je suis en train de dire vous ne pouvez pas comprendre ce que ça veut dire quand on a vécu en Afrique là au bout de quelques kilomètres on s'arrête dans un village on prend un petit blanc sec et qu'on continue le petit ton 300 kilomètres à rien entre Niamey et Agadès rien si vous avez de l'argent vous êtes blanc ou vous êtes ministre vous avez des jerrycans sur le toit de la voiture vous avez de l'eau quand vous vous arrêtez il y a des ombres qui sortent des rochers des enfants avec des bidons qui demandent de l'eau je vous le dis parce que il ne faut pas confondre la nature et le paysage il en faut des millénaires d'efforts pour transformer la nature en paysage habitable donc on buvait dans le village un petit vin qui n'était pas désagréable pour des voyageurs l'hôtesse nous dit voyant nos barbes vous êtes des artistes vous venez donc
29:13 pour voir Chaalis je ne sais pas si certains d'entre vous connaissent l'abbaye de Chaalis alors je vous conseille parce que franchement 39 km à vol d'oiseau de Notre-Dame il ne faut pas le coup de s'entruire le plus long c'est de sortir de Paris donc allez-y le dimanche ça circule bien c'est d'une beauté tout ce point là le triangle Senlis Chaalis à Ermenonville il y a la tombe de Rousseau c'est un bourg quelques milliers d'habitants avec un magnifique parc à l'anglaise je rappelle que le terme romantique à l'origine désigne la manière anglaise de faire les jardins c'est d'abord ça après ça se complique mais la première occurrence du mot dans notre langue dans notre littérature c'est la cinquième promenade de Rousseau les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève si on y voit moins de vignes et de champs on y voit plus de forêts c'est très précis je vais refaire la parenthèse donc Chaalis c'est pas une commune c'est écrit en gros sur la carte mais il n'y a rien il y a un château où Henri IV a abrité ses amours avec Gabrielle d'Estrées voilà pour Closer il y a une chapelle délirante une chapelle de gothiques flamboyants avec des gargouilles des escargots des choses bref il y a
30:23 les ruines d'une abbaye qui fait penser à Walter Scott d'ailleurs Nerval il fait allusion c'est tout et c'est un un lieu de promenade je vous conseille d'aller pique-niquer surtout qu'une petite cafétéria juste dans le parc ça vaut le coup donc Chaalis dit est-ce que cela existe encore ? vous voyez que c'est un petit peu un voyage dans le temps aussi et c'est là qu'il dit de même qu'il est bon dans une symphonie même pastorale de faire revenir de temps en temps le motif principal gracieux tendre ou terrible pour enfin le faire tourner au final avec la tempête graduée de tous les instruments dis donc quel crescendo beethovenien je répète de même qu'il est bon dans une symphonie même pastorale là il nous donne le secret du genre dans lequel il écrit de faire revenir de temps en temps le motif principal l'abbé de Bucquoy on l'a un peu oublié gracieux tendre ou terrible ça c'est terrible et puis tout d'un coup quelques mesures après Beethoven tout d'un coup c'est gracieux c'est ça la forme sonate passons on pourrait y passer des heures je crois utile de vous parler encore de l'abbé de Bucquoy sans m'interrompre dans la course que je fais en ce moment vers le château de ses pères
31:33 avec cette intention de mise en scène exacte et descriptive écoutez bien sans laquelle ses aventures n'auraient qu'un faible intérêt dites donc ça veut dire je me fous de votre gueule depuis le début de cette nouvelle ça n'a aucun intérêt l'histoire de l'abbé de Bucquoy ce qui est intérêt c'est ma mise en scène alors profitons des digressions ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas une autre histoire mais c'est pas celle de l'abbé de Bucquoy qui est la plus importante le final se recule et vous allez voir que c'est encore malgré moi non pardon la finale se recule encore et vous allez voir que c'est encore malgré moi bien je saute une petite digression sur l'état des bibliothèques et nous arrivons à précisément à Chaalis c'était le fils du garde qui nous faisait voir le château abandonné depuis longtemps donc petit paysan du coin qui leur fait visiter les lieux c'est un homme qui sans être lettré comprend le respect que l'on doit aux antiquités il nous fit voir dans une des salles un moine le terme est souligné qu'il avait découvert dans les ruines à voir ce squelette couché dans une auge de pierre j'imaginais que ce n'était pas un moine mais un guerrier celte ou franc couché selon l'usage avec le visage tourné vers l'orient dans cette localité où les noms d'Hermann d'Armen sont communs
32:43 dans le voisinage sans même parler d'Ermenonville Nerval adore délirer avec les toponymes situé près de là et qu'on appelle dans le pays Arme Nonval ou Nonval Armenonville excusez-moi ou Nonval qui est le terme ancien bon donc vous voyez on voit de plus en plus l'épaisseur historique de l'endroit où nous arrivons et pourquoi j'en parle et c'est ça dans mon plan quand je vous ai dit nous approchons la tombe de Rousseau puisqu'il y a de grands physiciens ici qui me surveillent si je dis des bêtises me semble être le barycentre de l'espace dans lequel nous entrons le centre de gravité et vous savez qu'en physique moderne post-Einsteinien relativiste n'est pas il n'y a pas comme ça l'espace qui est un cadre dans lequel on n'a plus qu'à placer des objets non les objets déforment l'espace par leur masse et pas par leur poids par leur masse ils déforment l'espace et même quelquefois ils le déforment terriblement comme près des trous noirs n'est-ce pas je m'arrête là parce que je vais dire des bêtises donc la tombe de Rousseau joue ce rôle d'espace hyper dense ce qui fait qu'à l'approche
33:53 de la tombe de Rousseau l'espace devient celui des déformations auxquelles je vous demande d'être assez attentif c'est pour ça qu'il s'attarde dans la périphérie de cette tombe en particulier à l'abbaye de Chaalis 3 km avant d'arriver à Ermenonville nous redescendons pour voir la chapelle je vous saute des passages je vous ai dit il n'y a qu'un château une chapelle et les ruines d'une abbaye c'est une merveille d'architecture les élancements des piliers des nervures on retrouve le Nerval un peu journalistique qui nous fait visiter l'ornement sobre et fin des détails révélait l'époque intermédiaire entre le gothique fleuri et la renaissance je vais vous faire remarquer que Nerval adore les lisières pour nous inciter à aller dans le Valois rappelez-vous ce qu'il avait dit dans la fameuse quatrième lettre où il y a la rupture par rapport à Paris la vieille France provinciale est à peine connue de ses côtés surtout qui cependant font partie des environs immédiats de Paris au point P-O-I-N-T où l'île de France la Picardie et le Valois se rencontrent c'est ni en Picardie ni dans le Valois ni dans l'île de France mais au point où ils se rencontrent on a souvent dit que Nerval c'était quelqu'un pour qui les frontières étaient des espaces
Les saintes décolletées : nous sommes des chrétiens païens
35:03 et non pas des lignes n'est-ce pas ce qui est valable pour l'espace c'est aussi valable dans le temps cette chapelle est intermédiaire regardez entre des tas d'intermédiaires n'est-ce pas elle révélait l'époque intermédiaire entre le gothique fleuri et la renaissance déjà le gothique fleuri c'est la décadence du gothique mais une fois entrés nous admirâmes les peintures qui m'ont semblé être de cette dernière époque vous allez voir des saintes un peu décolletées nous dit le fils du garde en effet on distinguait une sorte de gloire peinte en fresque la fresca comme on est italien à l'eau du côté de la porte parfaitement conservée malgré ses couleurs pâlies sauf la partie inférieure couverte de peinture à la détrempe mais qui ne sera pas difficile de restaurer les bons moines de Chaalis auraient voulu supprimer quelques nudités trop voyantes du style Médicis mais oui on s'attarde je vous l'ai dit à l'approche de la tombe de Rousseau on prend son temps on devrait foncer sur la tombe de Rousseau on reste à la périphérie à Chaalis et on s'attarde sur quoi maintenant que vous avez compris que dans les digressions qu'est l'essentiel les messages de Nerval sur la lutte entre le Moyen-Âge et la Renaissance entre le christianisme et le paganisme entre les soupirs de la sainte et les cris de la fée on retrouve toujours les mêmes thèmes quelle continuité quand même
36:13 j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron il fait allusion à ces deux crises de folie et d'internement j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron modulant trois tours sur la lyre d'Orphée les soupirs de la sainte voilà pour le christianisme et les cris de la fée et bien vous allez voir des saintes un peu décolletées dites donc ça ça va pas avec les saintes ça hein en effet tous ces anges et toutes ces saintes faisaient l'effet d'amours et de nymphes aux gorges et aux cuisses nues l'abside de la chapelle offre dans les intervalles de ses nervures d'autres figures mieux conservées encore et du style allégorique usité postérieurement à Louis XII voilà je tenais à cette petite digression à Chaalis il y en a plein d'autres à Chaalis on s'attarde on prend son temps mais juste pour vous dire qu'à chaque fois la digression est l'occasion d'un message est toujours le même cette lutte entre les deux aspects de notre modernité nous sommes des chrétiens païens c'est ça être moderne qu'est-ce que vous voulez que je vous dise c'est pas de ma faute à moi on a une jambe qui veut aller à gauche puis une autre jambe qui veut aller à droite c'est pas bon ça pour l'identité
37:23 c'est pas bon pour l'équilibre psychique en même temps c'est qui fait notre grandeur trois fous c'est pas moi qui décrète je suis pas médecin enfin trois folie emblématique dans l'ordre chronologique Hölderlin, Nerval, Nietzsche trois obsédés par le rapport Grèce-Christianisme il doit y avoir un lien personne ne s'est épuisé à penser la différence des deux l'opposition et la synthèse des deux comme Hölderlin par exemple il y a une magnifique lettre qui est écrite à la fin de sa vie juste avant l'effondrement comme on dit au retour du fatal voyage à Bordeaux fatal parce qu'il a été en premier pour avoir un fond contact avec le monde méditerranéen qu'il avait tant rêvé Bordeaux c'est atlantique pour nous bien sûr mais pour un allemand il y a des oliviers il y a des femmes brunes c'est lui qui dit les femmes brunes qui foulent un sol doux comme la soie au temps de mars quand les jours et les nuits sont égales un magnifique poème qui s'appelle Andenken
38:34 qui veut dire on traduit par souvenir il faudrait mieux traduire par évocation et dans ce poème qui se termine par cette chute qui est à des sommets de la poésie la mer enlève et rend la mémoire et le flux et le reflux l'amour de ce qui est jamais là fixe et contemple mais les poètes seuls fondent ce qui demeure et dans ce poème très précisément enfin dans cette lettre où il fait allusion à son voyage à Bordeaux cette fameuse lettre où il dit à son ami une des clés de sa folie je peux bien le dire comme les anciens héros qu'Apollon m'a frappé il dit dedans mon cher je pense que le mode de chanter va prendre un autre tour car depuis les grecs nous sommes les premiers nous c'est vous c'est moi c'est les modernes depuis les grecs nous sommes les premiers à chanter originellement selon la nature et selon la patrie depuis 25 siècles donc je vous dis cette position là j'ai l'air de plaisanter vous allez voir des saintes un peu décolletées
39:44 et en effet toutes ces saintes faisaient l'effet d'amour et de nymphes aux gorges et aux cuisses nues il a l'air de persifler c'est du Nerval c'est pas du Baudelaire il tape pas sur la table c'est pas du Rimbaud c'est discret il y a un an jour pour jour dit Baudelaire un homme avec une discrétion qui ressemblait à du mépris alla chercher la rue la plus noire de Paris pour y délier son âme et il fut toujours lucide magnifique homage de Baudelaire à Nerval n'est-ce pas ? donc cette opposition je vous le dis nous avons une jambe qui va à gauche nous avons une jambe néo-païenne c'est très à la mode néo-nietzschéenne néo-païenne anti-totalitaire anti-monothéiste vous connaissez ça mieux que moi et une chrétienne je n'ai pas dit catho et une chrétienne c'est à dire cartésienne non non je ne suis pas du tout dans les bondieuseries le contraire il fallait une civilisation chrétienne pour arriver au principe d'inertie pour qu'un Descartes dise non non il n'y a pas des nymphes là dans l'eau il y a H2O il n'y a plus d'immanence il n'y a plus de divin il n'y a rien de divin autour de nous
40:54 il y a de la matière et du mouvement il y a Dieu mais Dieu il n'est pas là il est au-delà ça c'est chrétien c'est transcendant c'est plus immanent c'est pratique parce que Dieu on ne le rencontre jamais donc ici on peut faire ce qu'on veut ici on est maître et possesseur de la nature ça c'est le monde chrétien et puis il y a le monde païen où on tremble devant le divin il faut faire attention de ne pas franchir le bois sacré parce que dans le monde grec on ne pourra pas dire je n'ai pas fait exprès ça ne compte pas chez les grecs vous avez franchi le bois sacré vous êtes coupable parce que nous pâtissons nous reconnaissons que nous avons failli dit un magnifique cœur dans Sophocle voilà je m'attarde un peu sur ces oppositions parce qu'elles sont encore les nôtres Hyppolite le grand traducteur de Hegel dit en postface à la philosophie du droit au testament politique de Hegel on peut discuter les solutions de Hegel mais les problématiques qu'il pose celles de la contradiction entre l'idéal antique pour lequel la cité est le but du monde des citoyens l'ici bas la cité pas la transcendance pas la conscience malheureuse qui est la nôtre la conscience écologique bref non conscience qui trouve son accomplissement dans la cité qui s'évade de la nature dans la cité
Le désert, la nature suisse de Girardin et les illuminés
42:04 on va pas faire plus opposé à notre idéologie dominante entre ce monde là et le monde chrétien qui est le monde non plus de l'être mais de l'être disparu c'est à dire de l'essence de l'au-delà il dit on peut discuter ces solutions mais ces problèmes sont encore les nôtres revenons à Chaalis ou plutôt quittons Chaalis puisqu'on s'y est un peu attardé en quittant Chaalis il faut bien qu'on arrive ça y est on va y arriver allez au trou noir il y a encore à traverser quelques bouquets de bois puis nous entrons dans le désert ça s'appelle comme ça encore maintenant je vous rappelle qu'il y a eu d'énormes coupes d'arbres fin des 18ème siècle les guerres avec l'Angleterre il fallait faire des bateaux puis les guerres napoléoniennes et comme c'est du sable auquel nous devons ces admirables paysages de forêt parce que nos ancêtres ne sont pas idiots s'ils ont laissé les forêts là c'est qu'il n'y avait rien à gratter c'était du sable en dessous donc quelquefois on a tellement coupé d'arbres que le sable n'a pas repoussé et ça donne la mer de sable pour ceux qui ont des enfants qui sont allés passer le week-end à la mer de sable à Chaalis ils comprennent ce que je veux dire allez-y les enfants il y a des tas d'animations il y a des cow-boys il y a des indiens dans les dunes
43:14 il y a même des chameaux donc il y a assez de désert pour que du centre on ne voit pas d'autres horizons pas assez pour qu'en une demi-heure de marche on arrive au paysage le plus calme le plus charmant du monde ça fait deux fois qu'il prend ce temps-là tout au début dans la quatrième lettre toujours pour nous tenter de quitter Paris il avait dit le passage que j'ai commencé à citer la vieille France provinciale est à peine connue de ces côtés surtout qui cependant font partie des environs immédiats de Paris au point où l'île de France la Picardie et le Valois se rencontrent maintenant j'enchaîne il est permis de rêver les plus belles bergeries du monde il y a tout d'un coup une amplification à ces endroits limites mais là pareil au moment où on va arriver à ce que moi je dis être le but du voyage mais il ne nous l'a pas dit il a dit je dis qu'il fallait faire un petit détour par Ermenonville par un pèlerinage le jour des morts à la tombe de Rousseau c'est tout mais en fait on va vers les châteaux de Bucquoy donc on arrive au paysage le plus calme le plus charmant du monde une nature suisse comment suisse en Ile-de-France une nature suisse découpée au milieu du bois par suite de l'idée qu'a eu René de Girardin d'y transplanter l'image du pays
44:24 dont sa famille était originaire l'aristocrate Émile de Girardin dont le vrai nom était Gherardini et d'origine du Piémont qui a invité Rousseau à venir mourir si je puis dire le fait que Rousseau est mort six semaines après avoir accepté l'invitation mourureux d'ailleurs avait transformé avait déjà fait ce que Edgar Poe dans une nouvelle extraordinaire appelle le jardin paysage si je fais une petite transition pour vous recommander une lecture délicieuse au sens rousseau c'est à dire libido oral délicieuse c'est un grand film d'opium vous savez Edgar Poe oui Edgar Poe c'est macabre c'est horrible en général les nouvelles d'Edgar Poe Bérenice à qui on arrache les dents dans son tombeau c'est épouvantable les nouvelles d'Edgar Poe il y a deux nouvelles délicieuses il y en a deux le domaine d'Arnheim une ville qui existe en Hollande et le cottage Landor L-A-N-D-O-R les deux sont dans les histoires grotesques et sérieuses vous savez qu'elle est il y a trois grands volumes
45:34 je ne parle pas des poèmes je parle des nouvelles l'histoire extraordinaire traduites par Baudelaire à chaque fois bien sûr les nouvelles histoires extraordinaires où il y a l'introduction de Baudelaire qui est peut-être le plus grand texte théorique et esthétique de Baudelaire les fameuses notes nouvelles sur Edgar Poe et puis l'histoire grotesque et sérieuse dans lequel vous trouvez je vous le dis très rapidement le pitch c'est Poe imagine il a que ça à faire il est dans l'alcool il a encore perdu sa jeune femme de 14 ans de maladie il a emprunté un voisin un drap pour l'enterrer et il s'est remis à boire et donc dans ce rêve de fumeur d'opium il imagine un jeune aristocrate qui est hérité d'une fortune qu'il ne faut même pas essayer d'imaginer parce que c'est par cumulation des ancêtres qui sont organisés dans le testament pour qu'on ne puisse pas voir le testament avant plusieurs générations bref et qui peut donc réaliser son rêve cet homme avait des théories pragmatiques comme beaucoup d'anglo-saxons il avait une théorie du bonheur ce qui est très 18ème siècle il disait qu'il y a des conditions pour le bonheur même pour tout le monde c'est qu'il faut avoir le libre exercice du plein air ça aussi c'est très anglo-saxon c'est un grand sportif pour un grand nageur il faut être en bonne santé en gros il ne faut pas avoir
46:44 une rage de dents deuxièmement il faut avoir un minimum de moyens matériels et troisièmement avoir une aspiration indéfinie alors lui son aspiration indéfinie c'était de réaliser un art qui n'a pas été assez cultivé c'est l'art du jardin paysage et j'y arrive vous voyez mais à une échelle à cause de la fortune dont il va hériter Edgar Poe se régale à imaginer un décor où chaque brin d'herbe a été pensé mais quand vous y êtes vous avez l'impression que c'est la nature c'est exactement ça vous y allez allez-y c'est pas loin il y a des endroits où il y a vous croyez que c'est des vraies collines des montagnes des étangs enfin tout ça a été aménagé c'est des pays de marécage et de forêt à l'origine il suffit de décaler un peu les eaux et puis on a tout ce qu'il faut j'ai vu une loutre déchirer un brochet en deux devant moi autrefois il n'y a plus de loutre maintenant c'était mon année de terminale donc une nature suisse découpée au milieu du bois par suite de l'idée qu'a eu René de Girardin d'y transplanter l'image du pays dont sa famille était originaire je fais un aparté un peu longue pour vous parler
47:54 d'un décor où vous croyez être dans la nature et il n'y a rien de plus artificiel on est en plein dans la synthèse de choses contradictoires et là on n'a plus qu'à foncer la tombe de Rousseau qui est je vous le rappelle dans une île la fameuse île des Peupliers au milieu de l'étang principal du domaine dans lequel nous arrivons mais non il va d'abord vers le château quelques années avant la révolution le château d'Ermenonville était le rendez-vous des illuminés qui préparaient silencieusement l'avenir et voilà que ce château on a bien fait de faire un détour par là a tout d'un coup une importance dans l'histoire de la pensée et même de la politique on a vu dans les soupers célèbres d'Ermenonville on a vu successivement vous ne connaissez pas tous ces noms-là mais c'est les illuminés on a qu'à dire son recueil le comte de Saint-Germain dont on sait qu'il a vu plusieurs vies pour ceux qui connaissent un peu Mesmer le mesmérisme le magnétisme Cagliostro développant dans des causeries inspirées des idées et des paradoxes dont l'école dite de Genève hérita plus tard je crois bien que monsieur de Robespierre le fils du fondateur de la loge écossesse d'Arras tout jeune encore peut-être encore plus tard Senancour
49:04 vous savez que c'est un de mes écrivains préférés Saint-Martin Dupont de Nemours et Cazotte vint exposer soit dans ce château soit dans celui de Le Pelletier les idées bizarres pour ceux qui sont livres c'est la page 123 les idées bizarres qui se proposaient les réformes d'une société vieillie par de l'ancien régime laquelle dans ses modes même au sens propre le mode avec cette poudre qui donnait au plus jeune front un faux air de vieillesse indiquait la nécessité d'une complète transformation Nerval hésite dans ses souvenirs historiques il n'est plus dans le roman personnel du tout Saint-Germain appartient à une époque antérieure c'est lui qui a fait voir Louis XV dans un miroir d'acier son petit-fils sans tête comme Nostradamus avait fait voir à Marie de Médicis les rois de sa race dont le quatrième étaient également décapités ceci est de l'enfantillage Nerval essaye de résister à la superstition ce qui révèle les mystiques c'est le détail rapporté par Beaumarchais que les Prussiens arrivés jusqu'à Verdun se replièrent tout à coup d'une manière inattendue d'après l'effet d'une apparition dont leur roi fut surpris et qu'il fit dire n'allons pas outre comme en certains cas disaient les chevaliers les illuminés français et allemands
50:16 s'entendaient par des rapports d'affiliation tout ça est historiquement tout à fait justifié les doctrines de Weishaupt on en reparle et de Jacob Böhme qui a une si grande influence sur Hegel le grand mystique médiéval allemand avait pénétré chez nous dans les anciens pays francs et bourguignons par l'antique sympathie et leurs relations séculaires des races de même origine le premier ministre du neveu de Frédéric II était lui-même un illuminé Beaumarchais suppose qu'à Verdun sous couleur d'une séance de magnétisme on fait apparaître devant Frédéric Guillaume son oncle qui lui aurait dit retourne comme le fit un fantôme à Charles VI ces données bizarres confondent l'imagination seulement Beaumarchais qui était un sceptique vous voyez que Nerval revient à la lucidité à travers Beaumarchais a prétendu que pour cette scène de fantasmagorie on fit venir de Paris l'acteur Fleury qui avait joué précédemment au français le rôle de Frédéric II et qui aurait fait allusion au roi de Prusse lequel depuis se retira comme on le sait de la confédération des rois ligués contre la France et là il y a cette phrase j'ai obligé de faire tout ce détour pour ne pas la sauter le souvenir des lieux où je suis m'oppresse moi-même de sorte que je vous envoie tout cela au hasard mais d'après des données sûres un détail plus important à recueillir
Des brumes de Watteau à l'impressionnisme
51:26 c'est que le général prussien qui dans nos désastres de la restauration on sortait à peine des désastres de l'Empire prit possession du pays ayant appris que la tombe de Jean-Jacques Rousseau se trouvait à Ermenonville exempta toute la contrée depuis Compiègne des charges de l'occupation c'était je crois le prince d'Anhalt souvenons-nous au besoin de ce trait on finit par y arriver Rousseau n'a séjourné que peu de temps à Ermenonville s'il y a accepté un asile c'est que depuis longtemps dans les promenades qu'il faisait en partant de l'ermitage de Montmorency avait reconnu que cette contrée présentait à l'herborisateur des familles de plantes remarquables dues à la variété des terrains en nous levant nous allons parcourir les bois encore enveloppés des brouillards d'automne chaque fois qu'il parle des bois nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois aspirant avec bonheur la brume d'automne et là il y a toujours un mélange de brume de brouillard nous sommes dans Watteau nous sommes dans Corot qui était l'exact contemporain d'ailleurs le tableau le plus célèbre de Corot c'est sans doute le souvenir de Mortefontaine si vous regardez bien c'est à dire lorsque Nerval dit le voyage à Cythère de Watteau tu nous parles de brume et Cythère c'est la Grèce c'est Apollon c'est des couleurs nettes vous savez que les peintres impressionnistes quand ils en ont eu marre
52:36 du flou de l'île de France et de la brume se sont taillés dans le midi en Arles pour Van Gogh à Aix pour Cézanne c'est post-impressionniste alors c'est plus du tout du flou c'est du rouge sur vert du lumineux et même quelquefois jusqu'à Tahiti même si je vous l'ai déjà dit l'ultime tableau de Gauguin à Tahiti en mourant c'est un village breton sous la neige car comme dit le bateau ivre je regrette l'Europe aux anciens parapets et la boucle se boucle la boucle de l'excentricité les souvenirs de lieu où je suis m'oppresse moi-même de sorte que je vous envoie tout cela au hasard mais d'après des données sûres en nous levant nous allons parcourir les bois encore enveloppés de brouillard d'automne je continue sur cette histoire de brouillard parce que je vous l'ai dit Nerval est intermédiaire entre le romantisme et la modernité littéraire qui va commencer à partir de Baudelaire et qu'on appelle l'impressionnisme dès qu'on quitte la littérature et qu'on est dans les arts plastiques et où la sensation l'impression le corps comme on dit aujourd'hui vont être plus importants que les idées du XVIIIe siècle ou le sentiment de l'époque romantique c'est précis ces choses là
53:46 je vous recommande pour ceux qui enseignent surtout pour ceux qui enseignent les lettres quand vous avez des élèves vous leur faites lire un texte un commentaire de texte vous leur demandez simplement de noter les mots qui expriment des sentiments joie, peine, jalousie des mots qui expriment des impressions rugueux, lisses lumineux, obscurs des sensations on est bien loin c'est pas pareil même si c'est le même radical c'est sentir dans les deux cas et ceux qui expriment des idées ça vous permet de classer immédiatement les courants littéraires vous voyez et vous serez surpris de voir que chez Rousseau qu'on dit être précurseur du romantisme j'aime pas beaucoup cette expression parce que ça veut dire qu'il fait un peu ce que les autres devra vous faire encore plus après non non non il faudra attendre la modernité pour reprendre ce que Rousseau avait découvert chez Rousseau il y a des sensations plus que des sentiments le flux et le reflux de cette eau son bruit continu mais renflé par intervalles frappant ça voilà mon oreille et mes yeux c'est pas du sentiment ça supplé au mouvement interne que la rèverie éteignait en moi vous voyez bien et donc je reviens à ces brouillards à la fin de cet admirable poème
54:56 sur l'exil qui est le Cygne de Baudelaire poème sombre poème sur l'exil un des rares dédicaces à Victor Hugo qu'il détestait mais à qui il rend hommage parce que c'est quand même l'homme de l'exil il est à Guernesey à ce moment-là le haut et Baudelaire a une pensée ému pour lui je pense à tous ceux qui ont perdu ceux qui ne se retrouvent jamais jamais j'ai trop de mémoire à la négresse amaigrie et phtisique piétinant dans la boue et cherchant l'œil hagard les cocotiers absents de la superbe Afrique derrière la muraille immense du brouillard enfin voilà il passe en revue plusieurs figures de l'exil à commencer par le cygne qu'il a inspiré un cygne qui s'est évadé d'une ménagerie près du Louvre et de ses pieds palmés frotté le pavé sec et à la fin il y a cette chute aussi dans la forêt où mon esprit s'exile un vieux souvenir sonne à plein souffle du cor vous voyez il y a une note d'espoir à la fin dans la forêt et dans le brouillard le brouillard il est aussi sonore c'est le son du cor qui n'est pas clair comme un coup de cymbale le son du cor c'est toujours à la fois proche et lointain c'est une poitrine si vous remarquez bien
56:06 on a les films de corsaires de pirates quand on voit tout d'un coup un grand navire à voile sur les flots il y a toujours une sonnerie de cor remarquez bien les musiciens de film ils ont comme ça le pif ou l'oreille ainsi dans la forêt où mon esprit s'exile vous voyez l'intériorisation Nerval est le premier à le faire je suis en train de dire que le romantisme est déjà une intériorisation par rapport au classicisme c'est déjà une musicalisation des arts plastiques et avec à partir de Baudelaire l'impressionnisme on a une intériorisation du romantisme c'est dans les manuels de littérature je ne m'attarde pas trop vous devriez le savoir que le paysage à partir de Baudelaire c'est le paysage intérieur ce n'est pas une description c'est une allusion c'est une évocation regardez l'invitation au voyage c'est un paysage qui n'existe nulle part il y en a qui cherchent si c'est la Hollande ou le Portugal il n'y a pas l'invitation au voyage alors que la réponse est dans le texte extraordinaire qu'on cherche quand même sur un atlas la réponse est dans le texte tout y parlerait à l'âme en secret allez les riches plafonds les miroirs profonds la splendeur orientale tout y parlerait à l'âme en secret
57:16 sa douce langue natale c'est le paradis perdu qui est à la base de toute cette poésie là c'est tout c'est dans la naissance c'est un souvenir métaphysique c'est pas un souvenir psychologique donc c'est pas la peine de chercher sur une carte c'est pourquoi Baudelaire ne voyage pas amer savoir celui qu'on tire du voyage il se contente de nous inviter au voyage c'est pour ça qu'il adore les ports parce qu'au port on reste là on a des impressions d'ailleurs on voit les bateaux comme ça qui oscillent sur leur quille et bien tout ça ça commence avec Nerval c'est pour ça j'insiste c'est le premier à faire ce paysage quand il dit le voyage à Cythère de Watteau donc je reprends a été conçu dans les brumes transparentes et colorées de ce pays en parlant du Valois brumes transparentes et colorées ça c'est du Monet c'est pas du Ingres voilà en levant nous allons parcourir les bois encore enveloppés des brouillards d'automne que peu à peu regardez nous vîmes se dissoudre en laissant reparaître le miroir azuré des lacs j'ai vu de paris effet de perspective sur des tabatières du temps je revis l'île des peupliers ça y est on y arrive au delà des bassins qui surmontent une grotte factice sur laquelle l'eau tombe quand elle tombe sa description
Les inscriptions et l'île des Peupliers
58:27 pourrait se lire dans les idylles de Gessner les rochers qu'on rencontre en parcourant les bois sont couverts d'inscriptions poétiques encore maintenant vous y allez sur les rochers il y a des inscriptions c'est des lieux où même la roche parle sa masse indestructible a fatigué le temps il y a un rocher vous y a marqué sa masse indestructible fatigué le temps ailleurs ce lieu sert de théâtre aux courses valeureuses qui signalent du cerf les fureurs amoureuses ou encore avec un bas-relief représentant des druides qui coupent le gui tels furent nos aïeux dans leur bois solitaire ce vers ronflant me semble être de Roucher Delille les aurait fait moins solides je présume que vous connaissez tous Delille et Roucher mais oui je plaisante personne ne connait Delille et Roucher sauf les spécialistes c'est le siècle le plus faible de notre littérature en poésie du XVIIIe siècle c'est connu c'est très riche en idées en philosophes etc et en prose je pense à Rousseau mais par contre dans la poésie stricto sensu par l'exception qui est chénier même ce qui reste encore dans la style classique mais qui a quand même quelques pensées nouvelles et qui dit sur des pensées nouvelles faisons des vers antiques à part je veux dire c'est très faible en poésie le plus grand poème
59:37 de l'époque c'est Rousseau mais c'est la poésie en prose les grands poèmes de l'époque c'est les confessions c'est les promenades voilà donc puis bien sûr d'admirables pages de la nouvelle Héloïse donc il sait très bien Nerval je ne m'arrête pas ici sévère en flanc monsieur René Girardin faisait aussi des vers c'était en outre un homme de bien je pense qu'on lui doit les vers suivants sculptés sur une fontaine l'inscription y est encore quand vous passez à Mortefontaine regardez à droite c'est un peu compliqué parce qu'il y a un virage regardez à droite et il y a marqué ceci sur la fontaine c'est la fontaine qui parle sur une fontaine d'un endroit voisin que surnomme excusez-moi que surmonte un Neptune et une amphitrite on n'est plus dans le christianisme légèrement décolletés comme les anges et les saintes de Chaalis et la fontaine dit ceci des bords fleuris où j'aimais à répandre le plus pur cristal de mes eaux c'est pas la grande poésie le plus pur cristal de mes eaux passant je viens ici me rendre le contrat social au désir au besoin de l'homme et des troupeaux en puisant les trésors de mon urne féconde songe que tu les dois des soins bienfaisants
1:00:48 puissé-je n'abreuver du tribut de mes ondes que des mortels paisibles et contents Nerval ne s'attarde jamais pour rien les murs parlent dans cette région entièrement d'un ordre entièrement symbolique puisque chaque centimètre carré a été pensé n'est-ce pas ? je ne m'arrête pas à la forme des vers c'est la pensée d'un honnête homme que j'admire l'influence de son séjour est profondément sentie dans le pays là ce sont des salles de danse donc tout ce qui est un intérêt pour les classes populaires où l'on remarque encore le banc des vieillards là des tirs à l'arc c'est le tirs à l'arc qui est le sport favori dans ces régions de forêt le robin des bois si vous préférez et Silvanectes au bord des eaux des temples ronds à colonnes de marbre consacrés soit à Vénus génitrice soit à Hermès consolateur toute cette mythologie avait alors alors c'est pas si vieux c'est à la fin du 18e siècle un sens philosophique profond la tombe de Rousseau on y arrive est restée telle qu'elle était avec sa forme antique et simple et les peupliers effeuillés accompagnent encore d'une manière pittoresque le monument qui se reflète dans les eaux dormantes
1:01:58 de l'étang ah mince le but du voyage qui devait être la logique de tout notre parcours ou à l'eau il y a de l'eau on ne va pas quand même marcher sur l'eau vous voyez qu'on va retrouver notre problème du vertical et de l'horizontal seulement la barque qui conduisait les visiteurs est aujourd'hui submergée les cygnes je ne sais pourquoi au lieu de nager gracieusement autour de l'île on aimerait bien l'idéal qu'il y ait des cygnes qui nagent gracieusement autour de la tombe de Rousseau les cygnes au lieu de nager gracieusement je ne sais pourquoi au lieu de nager gracieusement autour de l'île préfèrent se baigner dans un ruisseau d'eau bourbeuse qui coule dans un rebord entre des saules aux branches rougeâtres et qui aboutit au lavoir situé le long de la route nous sommes revenus au château on ne s'est pas attardé longtemps Rousseau est inaccessible Rousseau est enfin tranquille Rousseau est dans une isola isola isolée isola en italien c'est une île je fais une petite parenthèse un peu corse je suis désolé mais c'est Rousseau qui l'exige vous savez que le contrat social n'est pas une constitution c'est un ouvrage de philosophie politique il y a des principes il n'y a pas de loi c'est pas une loi
Rousseau et la Corse : les îles de Rousseau
1:03:08 par contre Rousseau a été appelé comme consultant on dirait aujourd'hui à proposer des projets de constitution pour deux peuples qui venaient d'acquérir une indépendance éphémère qui n'a pas duré longtemps la Pologne et la Corse la Corse était le Vietnam de l'époque toute l'intelligentsia d'Europe était enthousiasmée par la lutte héroïque du peuple corse contre les génois contre Voltaire disait l'Europe est Corse oui et il ne faut jamais oublier que la première république corse fondée par Pascal Paoli a été la première mise en oeuvre d'une bonne partie des idées de lumière pas toutes avant les Etats-Unis et avant la France voilà je le dis comme ça c'est à quel point je suis bassiné par la corsitude et les autres conneries ceux qui mettent les français dehors sur les murs et en dessous les arabes dehors il n'y a que les Corses qui sont bons c'est bien connu avec leur manie de dire que tous les défauts viennent de l'étranger nous on a des qualités ce qu'on dit partout chez les proites chez les bretons c'est toujours pareil donc je dis une chose de bien parce que c'est justice c'est une grande aventure cette histoire de l'éphémère république corse
1:04:19 or Rousseau a été sollicité pour faire un projet de constitution Rousseau répond je vous recommande je suis désolé de me recommander moi-même puisque j'ai commis la préface à une édition assez étrange faite par les Corses une édition bilingue corse-français de ce projet de constitution mais j'y tiens parce que l'éditeur a eu materia scritta a eu l'excellente idée de mettre en postface la correspondance de Rousseau et de l'émissaire de Paoli qui lui a commandé la constitution monsieur Buttafoco ça ne s'invente pas boutefeu et Rousseau commence il y a quatre lettres c'est pas long donc je vous recommande cette correspondance extraordinaire Rousseau commence par dire je suis très honoré vraiment vous êtes un peuple extraordinaire vous vous libérez du joug c'est bravo vous êtes à liberté mais bon je suis au bout du rouleau je suis vieux je suis déprimé j'ai la maladie de la pierre j'arrive à peine à me déplacer j'ai la police de trois grandes nations d'Europe à mes trousses j'ai pas de domicile fixe depuis vous savez que sa maison venait d'être lapidée à Môtiers par les puritains de Genève je veux dire c'est un homme traqué je vous le dis parce qu'on dit Rousseau c'est un paranoïaque c'est bizarre
1:05:29 il avait une manie persécution c'est bizarre on brûle toutes ses œuvres sur la place publique je veux dire Rousseau Voltaire je lui ai hommage à Voltaire qui est quand même le prophète de la tolérance écrasant l'infâme l'intolérance fanatique demande la tête de Rousseau sur un billot avec des termes d'une violence incroyable parce que Rousseau a osé critiquer l'idée d'implanter un théâtre à Genève il disait qu'il faudrait le remplacer par des fêtes populaires c'est l'heure le vrai théâtre et donc Rousseau commence à dire laissez tomber j'avais déjà mes sondes de l'urètre tout ça merci beaucoup c'est un grand honneur et l'autre insiste Rousseau fait des réponses un peu dilatoires il se renseigne comme un bon consultant il demande des renseignements sur la relation entre le peuple et le clergé en Corse il constitue un dossier il essaie de faire une documentation il demande des renseignements sur les mœurs de Paoli sur ceux-ci sur ceux-là et puis tout d'un coup il y a un virage extraordinaire à la troisième lettre il dit écoutez oublions le projet de constitution je suis fatigué laissez-moi mourir chez vous non non non je ne m'appelle pas Bernard-Henri Lévy je ne veux pas être le philosophe officiel non non non
1:06:39 c'est pas ça je m'avais vu bourblier dans un petit canton il ne dit pas pas près des pouvoirs ma femme et moi on n'a jamais demandé de l'argent à personne on sait subvenir à nos besoins laissez-moi vivre libre sur une terre libre je vous le dis parce que ce n'est pas très connu ce rapport de Rousseau on a failli avoir la tombe de Rousseau en Corse non mais il y a un destin de l'île chez Rousseau voilà ce que je voudrais montrer il y a une première île chez Rousseau c'est le ventre maternel je n'insiste pas il suffit de lire les confessions il n'y a que ça chez Rousseau quand il y a il dit Saint-Pierre quelquefois naissait de courtes et faibles réflexions sur les instabilités des choses de ce monde dont la surface des eaux m'offrait l'image mais bientôt ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient ces impressions elles-mêmes c'est déjà trop s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait il y a un personnage invisible immense qui est la mère pas sa mère la mère depuis Isis ça s'appelle la mère la Vierge Marie celle qui porte porte c'est pour ça qu'on aime bien être sur l'eau sur l'eau on flotte porte
1:07:49 sans compter que les pieds lumineux des maris puissent pousser le mufle aux océans poussifs comme dirait Rimbaud mais oui mais bientôt ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait point de m'attacher au point qu'appelé par l'heure et le signal convenu dont on l'appelait parce qu'il fallait bien aller dîner je ne pouvais m'arracher de là sans effort vous voyez il y a l'île d'abord l'île originelle dont nous sortons tous et puis pour le meilleur comme pour le pire et puis il y a l'île Saint-Pierre dont il dit lui-même que c'est là qu'il a passé les meilleurs moments de sa vie dans la pensée qu'il était condamné à y vivre jusqu'à la fin de ses jours alors qu'il n'y a passé que quelques semaines et puis il y a l'île de Corse où il a failli aller mourir pour lesquels il a fait quand même ce travail de philosophie politique voilà je remets la parenthèse insulaire et vous voyez là l'homme traqué est à l'abri même la barque qui permettrait d'aller tout près toucher le tombeau
Le triangle Henri IV, Gabrielle, Rousseau
1:08:59 non on la voit encore elle est maintenant sous l'eau elle est pourrie complètement dans les bois flottants voilà donc nous sommes revenus au château alors je m'attarde pas c'est encore un bâtiment de l'époque d'Henri IV je reprend un peu sa chronique de guide de voyage et le concierge ne nous a pas permis de visiter les appartements parce que les maîtres y résidaient les artistes ont plus de bonheur dans les châteaux princiers dont les autres sentent qu'après tout ils doivent quelque chose à la nation on nous laissa seulement parcourir les bords du grand lac dont la vue à gauche est dominée par la tour dite de Gabrielle donc je vous rappelle que Henri IV a abrité ses amours dans ce château avec Gabrielle d'Estrées direz-vous tu reviens à Closer quel intérêt on arrive à l'essentiel on arrive à ce que j'appelais dans mon plan le triangle de Rousseau tel que Nerval le déploie excusez-moi donc on nous laissa seulement
1:10:10 parcourir les bords du grand lac dont la vue à gauche est dominée par la tour dite de Gabrielle reste d'un ancien château un paysan qui nous accompagnait écoutez bien un paysan nous dit voici la tour où était enfermée la belle Gabrielle tous les soirs Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre et le roi qui était jaloux le guettait souvent et a fini par le faire mourir regardez le triangle le triangle absolu celui de la lettre volée de Lacan le roi le regard qui ne voit rien le roi des cartes vous savez la reine qui voyant que le roi ne voit rien voit son amant l'amant c'est qui ?
1:10:59 Rousseau l'homme du peuple qui vient pincer de la guitare comme un Casanova sous la fenêtre de la favori de Henri IV non mais écoutez vous me direz c'est du délire Henri IV c'est le 16e siècle il est mort en 1610 Rousseau c'est le 18e je ne suis pas sérieux le paysan c'est des ignars et oui mais Nerval il n'est pas d'accord avec cette conclusion regardez bien c'est un temps fort ça voilà pourtant comment se forment les légendes il commence par rigoler avec nous dans quelques centaines d'années on croira cela Henri IV Gabrielle et Rousseau sont les grands souvenirs du pays on a confondu déjà à 200 ans d'intervalle les deux souvenirs et Rousseau devient peu à peu le contemporain d'Henri IV comme la population l'aime donc le paysan a une sympathie pour vous comme la population l'aime elle suppose que le roi a été jaloux de lui et trahi par sa maîtresse en faveur de l'homme sympathique aux races souffrantes avec race veut dire classe ici extraordinaire triangle où Nerval corrige le snobisme que nous avions
1:12:09 de dire ce paysan est un ignare et qu'on n'est rien à l'histoire des historiens on a vu tout à l'heure que l'histoire des historiens il faut faire attention quelles sont les puissances qui ont contribué à écraser le nazisme et il y a cette phrase incroyable où Nerval s'engage le sentiment qu'a dicté cette pensée celle du paysan est peut-être plus vrai qu'on ne croit là il prend la défense vous voyez carrément lui l'homme cultivé deux points Rousseau qui a refusé cent louis de Madame de Pompadour a ruiné profondément l'édifice royal fondé par Henri tout a croulé son image immortelle demeure debout sur les ruines et oui quand Rousseau a eu un succès de ce qu'on appellerait aujourd'hui le showbiz quand il a écrit le devin du village un opéra à succès qui a eu un grand succès il aurait pu faire carrière sa femme Thérèse il s'est dit mais continue comme la femme de Wagner quand Wagner a fait Rienzi il a eu un succès monstre il a dit voilà fait le drame historique c'était à la mode bon sang il voulait faire du mythe Madame de Pompadour comme on disait souvent
1:13:19 il a proposé cent louis Rousseau à refuser vous savez que sa devise vitam impendere vero faire dépendre sa vie du vrai comme ça et même qu'il a enlevé la perruque n'est-ce pas ses cheveux il a refusé Nerval y voit au-delà de l'acte éthique il y voit une signification politique profonde Rousseau qui a refusé cent louis de Madame de Pompadour a ruiné profondément l'édifice royal fondé par Henri dans le fait que je ne me laisse plus acheter je ruine un édifice ça va loin vous savez ça ça va loin il y a bien des journalistes qui ne peuvent pas en dire autant et quand je dis acheter c'est symbolique c'est sûr que ce soit de l'argent il y a des promesses de ce voyage en Irlande je dis ça parce que Sollers s'il ironisait toujours sur le sentiment il faut baiser le sentiment c'est la connerie son rêve c'était d'avoir une aventure sentimentale en Irlande avec une journaliste de France Culture voilà je dis ça parce que les libertins finissent toujours comme ça les libertins c'est pas Rousseau donc Rousseau qui refusait cent louis de Madame de Pompadour
1:14:29 a ruiné profondément l'édifice royal fondé par Henri tout a croulé son image immortelle demeure debout sur les ruines et on voit une espèce d'une image titanique de Rousseau qui s'élève comme ça presque de manière phallique sur les ruines de l'Ancien Régime c'est un passage étonnant il en vient des idées aux abords de la tombe de Rousseau vous voyez que c'est pas simplement un petit pèlerinage comme ça parce que c'est une curiosité du coin il y a la tombe de Rousseau on croit tous un ancêtre du romantisme donc on veut lui faire un petit coup mais c'est pas ça c'est indissociablement l'homme de la praxis du contrat social et de la psyché et de la nouvelle Héloïse c'est indissociablement les deux et le fait que le personnage central de Gabrielle de la femme soit là pour incarner ce que je suis en train de dire je suis en train de dire quoi ?
1:15:18 je fais un saut là un saut hégéliano-marxiste si vous préférez on est au bord de la tombe de Rousseau on peut le dire pourquoi c'est si important ce triangle ? parce que Gabrielle concentre symboliquement des millénaires d'extorsion de plus-value c'est quoi l'intérêt du pouvoir sinon la jouissance ? et que quoi ? qu'est-ce qui peut mieux incarner la jouissance que la favorite du souverain ? je le dis parce que la preuve ne croyez pas que je déteste l'interprétation non pas la mienne ou la vôtre mais l'interprétation en général je suis en train de faire de l'analyse pourquoi je dis ça ?
1:16:00 parce que si c'était que ce texte là mais quand vous regardez mon voyage en Orient quand il raconte l'histoire de Salomon de la reine de Saba et du petit forgeron qui construit le temple pour la gloire de Salomon mais c'est lui le forgeron dont la reine est amoureuse c'est exactement le même triangle Salomon fait tuer le petit forgeron qui a construit le temple Adoniram lisez Adoniram histoire de Soliman prince des génies et de la reine de Saba au coeur du voyage en Orient dans les nuits du Ramazan lisez c'est extraordinaire c'est publié à part dans les petits éditeurs je ne sais plus je ne me rappelle plus le nom des petits éditeurs je crois que c'est des j'ai peur de dire des bêtises enfin c'est des petites éditions à 2 euros ça vaut le coup c'est le même triangle Salomon la reine de Saba quand elle s'avança vers lui dans les splendeurs pourpre du matin la reine du midi et le petit forgeron qui est censé être la pièce rapportée le challenger comme Rousseau qui vient pincer la guitare sous la fenêtre de Gabrielle c'est exactement la même structure ça veut bien dire qu'il y a un effet symbolique et que la femme ici la féminité est symbolique
1:17:10 bien sûr c'est pas femme réelle et censée incarner c'est pas n'importe quelle femme c'est pas la femme en général c'est la favorite du roi et à quoi ça sert d'avoir le pouvoir si je n'avais pas Gabrielle vous savez qui c'est Henri IV c'était un protestant à l'origine quand il a été parpaillot dans le Béarn et quand on lui a dit majesté vous ne pourrez pas régner sur Paris vous n'êtes pas catholique vous ne pouvez pas régner sur Paris et qu'il a répondu vous connaissez tout ça c'est la phrase bravo merci la plus forte c'est fait des histoires ça fait plaisir pardon c'est vrai que tu as la gorge à faire bravo merci Paris vaut bien une messe couillon eh oui les filles paris des boucles et des fesses comme ça de conneries d'histoire de religion parce que je m'en fous alors Paris vaut bien une messe je veux que je me converti ça n'a aucun problème eh oui Henri IV c'est ça la jouissance la poule au pot vous savez tout ça je ne plaisante pas quand vous allez à la pointe de l'île de la cité vous avez cette pointe qui se prolonge qu'on appelle la pointe du Vert-Galant qui est censée être
1:18:21 le phallus d'Henri IV c'est pas moi qui décide c'est comme ça à l'époque parce que le souverain a toujours eu une plus longue plus féconde depuis les pharaons c'est depuis toujours ça le souverain doit s'accoupler avec le corps avec la mère du cosmos c'est d'une banalité c'est toujours le même truc Freud disait ce qui est navrant dans l'ordre symbolique c'est la répétitivité vous croyez que c'est moi qui à chaque fois dit les mêmes trucs mais non c'est pas moi c'est d'une monotonie enfin bref dans ce qu'il y en a qui disent il y a l'imaginaire on va le fêter là en mai on va fêter l'imaginaire au pouvoir j'espère qu'on le fêtera pas trop parce que moi j'ai vu l'imaginaire au pouvoir comme vous pas en direct heureusement pour moi vous savez dans les reproductions dans les films Nuremberg de 1936 l'imaginaire au pouvoir les flambeaux la nuit les croix gammées les aigles romaines c'est pas triste l'imagination au pouvoir vous allez pas me dire que c'est la raison tout ça quand même voilà je vous dis au passage en sortant du parc oui pardon excusez-moi tout a croulé son image immortelle demeure debout sur les ruines
Le cimetière d'Ermenonville et la tombe comme sema
1:19:31 quant à ses chansons et on revient à Rousseau musicien dont nous avons vu les dernières à Compiègne elle célébrait d'autres que Gabrielle mais le type de la beauté n'est-il pas éternel comme le génie ce qui est bien la preuve que Gabrielle est ici un prétexte en sortant du parc nous nous sommes dirigés vers l'église située sur la hauteur on s'éloigne de nouveau de la tombe de Rousseau et dans mon plan on s'approche de la tombe de Rousseau on n'arrête pas de s'approcher et de s'en éloigner parce que l'église on est effectivement sur la hauteur on a une vue un peu quand on est sur l'église on a une vue sur l'espace du village on voit la tombe de Rousseau un peu au loin donc elle est fort ancienne mais moins remarquable que la plupart de celles du pays le cimetière était ouvert à Chaalis vous avez remarqué qu'on lui a fait visiter la tombe d'un moine franc il a imaginé un guerrier celte c'est le sol vertical horizontal pour marcher il faut un sol qui porte or ce sol est troué tout le temps il y a des tombeaux partout dans ce sol maternel qui est censé être vivifiant où on reprend des forces vous savez quand il nous a fait quitter Paris
1:20:41 il nous a dit je reprends des forces sur cette terre si féconde qui me change c'est la stérile des agitations de Paris terre féconde stérile des agitations de Paris et voilà que cette terre féconde où on devrait comme Antée vous savez le héros de l'antiquité dont la mère était Gaïa à la terre qui fait que Héraclès a eu beaucoup de mal à le tuer il a dû l'étouffer en l'air parce que chaque fois qu'il touchait terre donc sa mère il reprenait les forces Héraclès dit dans un poème je suis issu de la race d'Antée je retourne les dards contre le dieu vainqueur je suis de ceux-là qui inspire le vengeur vous voyez non non je ne plaisante pas et bien voilà la preuve que c'est un échec et tant mieux cette quête du roman personnel c'est le leurre de retrouver une mère vivante alors que c'est une morte fontaine c'est vain comme quête ce qui nous avertit qu'il ne faut pas chercher la vie là où elle n'est plus c'est que le sol est jonché de cadavres dans ce pays là et il n'y a plein de passages je ne vais pas vous bassiner avec mais je m'attarde sur celui là parce que ça vaut son pesant d'or elle est forte ancienne mais moins remarquable que la plupart de celles du pays le cimetière était ouvert nous y avons vu principalement le tombeau de De Vic
1:21:51 ancien compagnon d'armes d'Henri IV qui l'avait fait présent du domaine d'Ermenonville c'est un tombeau de famille dont la légende s'arrête à un abbé il reste ensuite des filles qui s'unissent à des bourgeois donc encore des tombes des filles qui s'unissent à des bourgeois ça s'appelle redorer le blason en histoire la noblesse faisant la guerre et ne travaillant pas elle ne peut que s'appauvrir donc elle marie ses filles à des bourgeois il redore le blason et elle le fait tellement bien que les bourgeois vont être tout puissants et il n'y aura plus qu'à décapiter le roi après bref telle a été le sort de la plupart des anciennes maisons deux tombes plates d'abbés très vieilles regardez la progression les tombes sont de plus en plus indéchiffrables deux tombes plates d'abbés très vieilles dont il est difficile de déchiffrer les légendes vous voyez à Paris les manuscrits étaient rongés par la souris d'Athènes et le rat de Russie et maintenant les tombes sont difficiles à déchiffrer plus près d'une allée et c'est la fin de la progression une pierre simple sur laquelle on trouve inscrit c'était bien Ci-gît Almazor A.L.M.A.Z.O.R
1:23:02 Ci-gît Almazor jusque là il y avait De Vic des familles connues et d'abbés les filles qui s'unissent à des bourgeois Ci-gît Almazor est-ce un laquais est-ce un chien est-ce un fou c'est un fou qui parle qui écrit la pierre ne dit rien de plus et ce passage cette passage en revue des tombeaux est extraordinaire du haut de la terrasse du cimetière la vue s'étend sur la plus belle partie de la contrée les eaux miroitantes à travers les grands arbres roux les pins et les chênes verts les grès du désert prennent à gauche un aspect druidique la tombe de Rousseau on y revient mais de loin il ne peut pas s'en empêcher il y revient se dessine à droite et plus loin sur le bord un temple de marbre d'une déesse absente qui doit être la vérité ce fut un beau jour que celui où une députation envoyée par l'Assemblée nationale vint chercher les cendres de philosophes pour les transporter au Panthéon car je vous rappelle que ce tombeau auquel nous accédons est un pur signe ça arrive rarement ça un tombeau où il n'y a pas les cendres pas besoin d'être fétichiste ni morbide il n'y a pas moins morbide que ce tombeau qui est une merveille avec les peupliers qui tremblent tout le temps
1:24:12 dans le soleil et dans l'air dans le vent et dans le ciel donc on n'y va pas pour la présence des cendres de philosophes qui sont au Panthéon donc c'est un pur signe SEMA tombeau jeu de mots qui remonte à Platon Platon dans le Gorgias il suffit déjà le jeu de mots que le corps est le premier tombeau le corps, le SEMA ce d'être un beau jour que celui où une députation envoyée par l'Assemblée nationale vint chercher les cendres de philosophes pour les transporter au Panthéon lorsqu'on parcourt le village on est étonné de la fraîcheur et de la grâce des petites filles avec leur grand chapeau de paille elles ont l'air de suissesse les idées sur l'éducation de l'auteur de l'Émile semblent avoir été suivies il revient tout le temps aux traces qu'il y a encore aux traces sociales si je veux dire dans la population locale de l'héritage de Rousseau les exercices de force et d'adresse la danse les travaux de précision encouragés par des fondations diverses ont donné sans doute à cette jeunesse la santé, la vigueur et l'intelligence des choses utiles je vais être obligé de conclure parce que le temps passe mais tout de même je ne peux pas abandonner le texte sans vous dire regardez on n'est plus obligé
Le départ : laveuses, pluie et chardons
1:25:22 de quitter Ermenonville puisqu'on est censé maintenant continuer vers Soissons et d'après moi le texte est fini puisqu'on quitte la tombe de Rousseau vous allez voir comme le paysage nous dit que c'est fini ce que Rousseau ne peut pas nous dire ce que Nerval ne peut pas nous dire Sylvain me dit c'est toujours Sylvain qui prend la parole dès qu'il s'agit de changer de direction et de continuer le déplacement local vous avez remarqué nous avons vu la tombe de Rousseau il faudrait maintenant gagner Dammartin où nous trouverons des voitures pour nous mener à Soissons et de là à Longueval nous allons nous informer du chemin aux laveuses qui travaillent devant le château méfiez-vous des laveuses qui travaillent devant le château je vous le dis vous connaissez un peu la mythologie c'est toujours étrange le monde des laveuses des lavandières des filles du Rhin des êtres féminins qui sont au bord de l'eau comme ça et qui papotent et surtout bien plus dangereuses encore que ces filles-là le passeur le nocher qui sont toujours des êtres redoutables qui peuvent vous laisser au milieu nous allons nous informer du chemin aux laveuses qui travaillent devant le château vous allez voir les lavandières aller tout droit par la route
1:26:32 à gauche nous dire-t-elle ou également par la droite vous arriverez soit à ver soit à Ève ce sont des toponymes qui existent ver, ver, Ève, EVE comme Ève de Adam c'est deux hameaux près d'Ermenonville je vous dis ce qui est symbolique je vous dis ce qui est réel vous arriverez soit à ver soit à Ève Ève veut dire O vous passerez par Othis et en deux heures de marche vous gagnerez Dammartin ces jeunes filles fallacieuses nous faire faire une route bien étrange il faut ajouter qu'il pleuvait pfff le temps s'est gâté la balade s'est terminée la joie du voyage nous sommes partis laissant les sapies à travers les bois aspirant avec bonheur la brume d'automne non non non il pleut la route était fort dégradée je vous ai dit que le sol il fallait qu'il porte une route dégradée et pluvieuse c'est un sol lourd où il est difficile de marcher avec des ornières pleines d'eau qu'il fallait éviter en marchant sur les gazons d'énormes chardons qui nous venaient à la poitrine chardons à demi gelée mais encore vivace
1:27:42 nous arrêtaient quelquefois des dons arrêtés par des chardons ne faut pas exagérer non plus même la nature s'oppose à ce qu'on quitte Ermenonville c'est extraordinaire c'est exactement ce que avec Clouscard nous appelions ensemble le symbolisme immanent il y a tout d'un coup une immanence du symbolisme du décor qui vient dire ici aux voyageurs vous devriez rester un peu plus longtemps près d'attendre une éclaircie ayant fait une lieu de kilomètres nous comprîmes que nous voyons ni Ver ni Eve ni Othis ni seulement la plaine nous pouvons nous être fourvoyés les jeunes filles les ont fourvoyés une éclaircie se manifeste à tout à coup à notre droite quelques-unes de ces coupes sombres qui éclaircissent singulièrement les forêts nous aperçûmes une hutte fortement construite en branches rechampies de terre avec un toit de chaume tout à fait primitif un bûcheron fumait sa pipe devant la porte on dirait un peu ces personnages magiques qui hantent les contes d'enfants au milieu de la forêt dans la clairière vous savez pour aller à Ver vous en êtes bien loin en suivant la route vous arriverez à Montabine nous demandons Ver ou Eve et bien vous allez retourner voilà on va entendre
1:28:53 vous allez retourner vous ferez une demi-lieue Nerval ajoute on peut traduire cela si l'on veut en mètres à cause de la loi puis arriver à la place où l'on tire à l'arc on retrouve tout d'un coup l'univers Rousseau le sport populaire arriver à l'endroit où on tire à l'arc vous sortirez du bois vous prendrez à droite vous trouverez la plaine et ensuite tout le monde vous indiquera Ver nous avons retrouvé la place du tir avec sa tribune et son hémicycle destiné aux vieillards voilà puis après il faudra bien quitter effectivement et aller dans les plaines et s'il ne va disparaître je me suis attardé sur cette résistance du décor au fait que la marche porte vous voyez mais en même temps nous sommes obligés enfin il nous a donné un programme il faut aller jusqu'à Soissons mais alors pourquoi je vais vous amener jusque là si c'est pour pas y rester je vais vous le dire la réponse elle est dans la quête du Graal de Chrétien de Troyes je suis très sérieux que Nerval connaissait très bien il y a même une allusion au Perceforest que j'ai sauté dans le récit d'Angélique un roman arturien
Conclusion : Perceval et la question à poser
1:30:04 la plus belle histoire qui soit jamais narrée en cour royale c'est la quête du Graal c'est comme ça que commence l'exorde n'est-ce pas du conte du Graal de Chrétien de Troyes or très rapidement Perceval jeune Sauvageon élevé dans la forêt par sa mère qui veut surtout pas qu'il fréquente la chevalerie qu'il élève comme le Bouddha a été élevé en dehors de toute laideur de tout danger du monde a été dans une prolongation du ventre maternel si vous préférez parce qu'elle a perdu son mari aux croisades et elle veut surtout pas que son fils fréquente la chevalerie parce qu'il lui reste que ça comme gage de l'amour de son mari que le Perceval ce jeune garçon Sauvageon alors que lui bien sûr il n'a qu'un rêve comme tout ce qui est braver l'interdit c'est de connaître la vie de la chevalerie et bien sûr ce qui devait arriver arriva il entend des cliquetis dans la forêt il voit des heaumes des lances il veut suivre les chevaliers il entend un soupir derrière il voit sa mère qui s'effondre il passe outre on apprendra après qu'elle est morte de chagrin en le voyant partir je vais très vite dans ses errances de chevaliers de jeunes Sauvageons Sauvageons parce qu'il ne connait pas du tout
1:31:14 les mœurs les manières de la chevalerie il a des armes viles il n'a pas des armes nobles il a un arc il tire au vol tout ce qui vole et il arrive en vue d'un château c'est le fameux château du Graal mais il ne sait pas que c'est le château du Graal il entre il voit tout d'un coup un roi le fameux roi pêcheur avec sa blessure je suppose que vous connaissez si vous ne connaissez pas lisez Chrétien de Troyes folio il y a une très belle traduction française d'aujourd'hui et il voit passer la lumière du Graal il voit les pucelles comme on dit qui suivent le roi qu'on sert avec le Graal car le Graal est avant tout une nourriture une nourriture qui rend invincible les moines chevaliers au combat contre les infidèles et il est muet il est stupéfait par la souffrance du roi pêcheur et du coup il ne dit rien et c'est la malédiction de tout le roman c'est qu'il n'a pas posé la question vous dire mais quel rapport avec pas le semi-échec mais le fait qu'on arrive
1:32:24 à la tombe de Rousseau qui est un peu le Graal le centre de gravité et puis tout d'un coup on s'éloigne mais c'est parce que vous avez le rôle de Perceval vous en tant que lecteur c'est là où il faut en arriver et ce sera ma conclusion c'est que Nerval ne pouvait pas faire beaucoup plus que de vous amener sur les lieux après c'est à nous de poser les questions les questions que Perceval n'a pas posées et qui font dire à la messagère du Graal quand elle surgit en plein banquet quand Perceval est fêtée par le roi Arthur comme un chevalier vaillant parce qu'il a défait comme ça de trois voyous et que c'est son jour de fête ça y est c'est sa gloire pas pour longtemps parce que surgit la messagère du Graal qui a une tête diabolique dents comme du jaune d'oeuf yeux de singe ou bien de chat elle montre Perceval en pleine fête et elle dit oh Perceval tu as vu le roi pêcheur tu as vu la lance qui saigne tu n'as pas posé la question et si toi demandais tu l'eusses le riche roi qui s'en effraie fut guéri de sa plaie et lui laissait la terre en paix ne faites pas comme Perceval poser la question pourquoi Nerval nous a amené jusque là et nous fait comprendre après que si on s'en éloigne ma foi
Analyse et interprétation
1:33:34 après il pleut il y a des jeunes filles qui nous indiquent la mauvaise route il y a des chardons à demi gelés mais encore vivaces qui nous empêchent d'avancer voilà ma conclusion je ne voudrais pas voler le temps il reste un petit peu de temps 20 minutes pour vos questions mais pour moi le voyage est terminé oui Thomas merci beaucoup pour cette séance ma question tu as revenu tout à l'heure quelque chose que tu as dit plusieurs fois pendant ce séminaire c'était que tu te méfiais de l'interprétation que tu préférais l'analyse je voulais savoir est-ce que tu peux peut-être définir justement la différence entre l'interprétation et l'analyse et peut-être ce que cette différence nous permet de comprendre quant au rapport du signe et du sens comment on peut comprendre le rapport du signe et du sens par rapport justement à cette différence entre l'interprétation et l'analyse et pour creuser un petit peu c'est que d'après ce que je comprends c'est comme si tu disais que l'interprétation il fallait s'en méfier parce que c'est pas comme s'il fallait chercher un sens qui était au-delà du signe mais que mais que comme le dire
1:34:44 Rimbaud dans la phrase que tu cites de temps en temps j'ai dit ce que ça dit comme s'il y avait une sorte de solidarité entre finalement le signe et le sens et en même temps je finis la citation j'ai dit ce que ça dit littéralement et dans tous les sens et en même temps je pense à une autre phrase aussi que je crois que tu cites dans ton livre à propos de la tromperie du signe que le signe soit trompeur aussi du coup par rapport à cette question entre la différence entre l'interprétation et l'analyse et ce rapport entre les signes j'ai affaire à des auditeurs lecteurs redoutables c'était puisant pour un corps sur vos questions non non c'est vrai une bonne question analyse interprétation je commence d'abord par là en simplifiant d'abord il faut toujours commencer par le simple il va s'élever comme par degrés vers les plus composés analyse subjectif l'interprétation je m'en méfie parce qu'il y a une dose de subjectivisme il n'a pas de subjectivité si on a et tout cela mais de subjectivisme c'est mon interprétation c'est la tienne c'est la sienne et l'objectivité s'évapore on n'a plus rien de commun le rêve du capitalisme nous enfermer tous dans nos bulles respectives chacun autant de Robinson
1:35:55 dans nos îles ce qui faisait dire à Marx ça c'est des Robinsonades ces histoires plaqués sur l'origine les premiers hommes se sont associés c'était des individus qui se sont associés pour former la société Robinsonade dit Marx on n'a jamais vu des hommes non sociaux s'ils étaient individuels c'est qu'ils n'étaient pas des hommes Rousseau dit admirablement dans l'état de nature il y a un animal stupide et borné qui devient un être intelligent et un homme que dans l'état civil donc pourquoi je fais ce petit détour pour rappeler que attention je ne suis pas contre subjectivisme pour des raisons seulement philosophiques c'est que c'est le rêve du pouvoir qui est sans partage aujourd'hui depuis que le mur de Berlin est tombé j'aurais été peut-être fusillé sous Staline probablement avec ma grande gueule mais mais n'empêche que depuis qu'il est tombé on a affaire au règne sans partage de l'horreur subjectiviste soyez chacun dans vos bulles et n'en sortez pas soyez chiites soyez sunnites soyez corse soyez français soyez hommes soyez femmes soyez jeunes soyez vieux soyez homos soyez hétéros
1:37:05 et déchirez-vous mais c'est ça le monde d'aujourd'hui voilà il n'y a nulle part de contrat social là-dedans d'accord donc je réponds à ta question très sérieusement là il y a déjà d'abord la guerre que je mène dans le sillage de Hegel aussi contre le subjectivisme et non pas contre la subjectivité on est bien d'accord au contraire Hegel dit que tout dépend de ce point de vue essentiel c'est très rare qu'Hegel résume l'essentiel il déteste ça mais pour une fois qu'il le fait dans la préface de la phénoménologie cette fameuse phrase appréhender exprimer le vrai non plus comme substance mais aussi précisément comme sujet là il y a une élévation du sujet mais le subjectivisme ce n'est pas le sujet c'est le particulier on est encore très loin de l'individu je vais un peu vite alors que l'analyse et sa complicité avec la scientificité a toujours un rapport avec la signifiance au sens matériel du terme je ne suis pas dans les délires structuralistes de l'époque des sixties et des conneries et la Kristeva et la langue et le délire non non non la signifiance
1:38:16 lorsqu'en musique pour dépassionner un petit peu je sais que tu t'y intéresses de plus en plus ça me fait plaisir lorsque en musique par exemple si je vous dis dans la symphonie pastorale de Beethoven je pense au verset de l'évangile où Jésus dit tu seras avec moi ce soir en paradis ça a été dit c'est l'interprétation de ça pourquoi pas mais je vais dire je ne suis pas sûr que Beethoven ait pensé à tout ça par contre si je vous dis à partir de la mesure 59 on passe de majeur en mineur il n'y a rien de subjectif bon il faut un peu se mettre d'accord sur le truc d'un majeur mineur on le sait en 5 minutes ça c'est pas compliqué mais ça c'est objectif ou si je vous dis un des plus beaux vers de racine dans Mithridate et du pied de l'autel vous y pouvez monter souveraine des mers qui vous doivent porter il parle à une femme à une reine qui va monter il ne lui dit pas vous allez régner sur des mers pleines d'eau salée dont vous êtes la souveraine non souveraine des mers qui vous doivent porter alors on dit c'est magique non c'est pas magique il y a souveraine des mers qui vous doivent porter
1:39:27 j'analyse il y a l'allitération trois fois du V c'est ça la différente repadation analyse je vais à grand part mais c'est pour montrer que c'est faisable que c'est une bonne nouvelle car ce signifiant il est valable pour tout le monde c'est pas pour moi à Pagani qu'il y a trois V dans le vers de Racine le texte est là pour nous tous puisque je suis dans racine je l'avais signalé quand on avait fait travailler Phèdre lorsque dès la première scène les premiers mots d'Hippolyte les premières raisons qui donnent mensongères ben oui je suis un bon fiston je vais chercher mon papa on est sans nouvelles c'est quand même pas normal depuis plus de six mois éloigné de mon père j'ignore le destin d'une tête si chère j'ignore jusqu'au lieu qui le peuvent cacher c'est bien il fait six mois il a disparu je suis un bon fiston je vais me mettre en quête jusqu'à ce que son confident lui dise mais ça fait six mois que je n'arrête pas moi je suis votre esclave je cherchais vous inquiétez pas je cherchais partout on ne le trouve pas il n'a peut-être pas envie que vous le trouviez ça dans ma femme votre père ah bon bon du racine donc trois actes plus tard quand il fait son aveu à Aricie la petite andouille
1:40:37 Hippolyte celui qui croyait qu'il était à part les femmes soient l'amour c'est pour les autres c'est pas pour moi asservi maintenant sous la commune loi par quel trouble me vois-je emporté loin de moi cette espèce de reconnaissance de sa déchirance l'écroulement de son narcissisme asservi maintenant sous la commune loi ben oui je suis dans la loi commune par quel trouble me vois-je emporté loin de moi il dit à Aricie depuis plus de six mois honteux désespérés portant partout le trait dont je suis déchiré contre vous contre moi vainement je m'éprouve vous présente je vous fuis absente je vous trouve je m'arrête parce qu'on a envie de la vie jusqu'à la fin il y a quand même quelques milliers de vers six mois précision arithmétique ça c'est de l'analyse ça fait six mois que mon père a disparu ça fait six mois que je suis amouré d'Aricie comme c'est curieux de la seule femme que mon père a interdit d'approcher dans toute la cité après on dirait la petite analyse c'est de la connerie laissée en frais de l'euse ça c'était bon quand il fallait abattre le marxisme c'est fini la guerre la bataille de Paris a été gagnée par l'OTAN c'est bon c'est fini sois bien sérieux maintenant voilà comment je réponds à ta question sur l'analyse et l'interprétation et puis tu as dit
1:41:47 qu'il y a une contradiction c'est un peu plus compliqué comment je peux nous ramener au signe par la rigueur de l'analyse en même temps dire attention trahison du signe et méfiance de l'esprit je crois que c'est le titre de mon chapitre si je me souviens bien c'est que le signe a une limite on l'a vu ici avec Nerval Nerval nous amène par toute une série d'édifications symboliques jusqu'à la tombe de Rousseau dont je vous l'ai dit qui est l'ultime sema l'ultime signe mais après il faut parler il faut aller au-delà de la signifiance simplement symbolique parce qu'il n'y a pas plus de signe que le langage c'est pas la question mais il y a le concept dans le langage et c'est là que je dis il faut aller au-delà de l'esthésis et c'est bien ce qu'on reproche à Hegel on ne le dit jamais que c'est ça qu'on lui reproche on lui reproche d'avoir ruiné l'espoir de faire de l'art l'absolu de faire de l'esthésis l'esthétique l'horizon indépassable de la pensée comme à une certaine époque dans les sixties le signifiant était l'horizon indépassable de la pensée je réponds un peu mieux
Le particulier, l'individu et l'universel
1:42:58 à ta question il faut réhabiliter le sens oui pardon on doit avoir une précision sur la différence entre particularité et individu alors très actuel je suis contre le particulier parce que je suis pour l'individu voilà comment je commence à répondre vous savez que je suis contre l'écologie parce que j'oppose l'environnement à la nature tout ça devrait être enseigné à l'école primaire tellement que c'est évident comme distinction pourtant c'est incompréhensible à un écolo à l'expliquer à Jadot qu'il faut défendre l'environnement contre la nature à cet abruti prétentieux et moralisateur et partisan de l'OTAN en Syrie bon bref vous me calmez oui c'est tout ça l'écologie sixième section du principe de la philosophie du droit testament politique de Hegel où il répond à ta question
1:44:10 de manière un peu plus précise comme jamais il l'a été il fait intervenir l'individu comme synthèse de deux extrêmes opposés c'est la méthode syllogistique qu'il adore le particulier et l'universel qu'est-ce que l'individu ? c'est le particulier que nous sommes tous au départ nous ne commençons pas dans l'universalité nous ne commençons que dans des singularités vagissantes nous commençons tous comme Oedipe comme Siegfried comme Moïse jetés dans la forêt dans le fleuve dans le néant nous ne commençons pas viables il n'y aurait pas dix mille ans de praxis pour nous soutenir avec des landos des chauffages centraux on n'est pas viables les animaux oui il y a plein d'animaux qui sont viables dès la naissance qui trottent dans la savane au bout de quelques heures mais pas nous nous on est zôon politikon parce qu'il faut un relais social pour être viable c'est un moins qui a créé le plus qu'un homme comme Marx montre très bien que c'est un travail non payé qui fait la plus-value c'est un moins
1:45:21 qui fait le plus mais pour en rester à ta question nous sommes un particulier au départ donc ce particulier peut s'entêter dans sa particularité je suis un corse je suis une meuf je suis un mec je suis une connerie quoi quand je pense comme identité comme une condamnation par contre quand je réfléchis cette particularité c'est la détermination qu'ajoute Hegel quand le particulier réfléchit sur lui-même c'est à dire quand il prend conscience des déterminations qu'il a amené là il s'élève à l'universel progressivement et cette particularité réfléchie sur soi et par là je cite élevée à l'universalité c'est exactement ce qu'il faut appeler l'individualité c'est la particularité consciente de ces déterminations qui le ramènent à l'universel mais c'est plus du tout l'universel abstrait c'est pas le genre le genre sur lequel ironisaient les contre-révolutionnaires anglais et français dans Burke comme il s'appelle l'autre de Maistre vous savez qui disait j'ai rencontré des polonais dans ma vie des hongrois des allemands mais des hommes j'ai jamais vu vous connaissez que l'universel abstrait le pouvoir aboutir confondait l'universel
1:46:33 et le genre c'est comme tous ceux qui ont confondu l'idée platonicienne avec le générique ils n'ont rien compris Mallarmé qui est beaucoup plus proche de Platon savait que quand j'ai dit une fleur musicalement se lève idée même et suave l'absente de tout bouquet l'idée de fleur est beaucoup plus concrète c'est pas l'universel abstrait vous connaissez beaucoup d'idées qui ont qui ont de la suavité mais oui musicalement se lève idée même et suave l'absente de tout bouquet voilà donc qu'est-ce que l'individu et en quoi il s'oppose au particulier c'est le particulier le particulier réfléchit sur lui-même et par là élevé à l'universalité autrement dit il n'est pas un individu qui veut et surtout pas d'une manière immédiate personne ni moi ni personne nous sommes des individus immédiatement ça demande un effort ça demande un travail ça demande un parcours un processus nous venons de voir un moment de parcours avec Nerval ça peut être le jeu de l'oie ça peut être la quête du Graal ou l'odyssée d'Ulysse peu importe mais c'est le parcours qui progressivement fait l'individualité les fleuves ne sont jamais individualisés à leur source
1:47:43 il n'y a rien qui ressemble à un autre fleuve comme un fleuve à sa source c'est-à-dire un petit pissou qui vous coule entre les jambes vous avez déjà vu des cônes de déjection dans la montagne elle commence sous l'Amazone ici là, là, là à deux mètres ou là il y a des petits ruisseaux qui courent de tous les côtés on ne sait pas ce n'est pas encore un fleuve le fleuve c'est un toujours déjà complexe ça suppose que ça s'est déjà réuni que tout d'un coup il y a quelque chose qui commence à prendre corps qui commence à s'individualiser vous voyez il y a des apports étrangers je l'avais dit pour le jazz n'est-ce pas si vous remontez à l'origine vous le perdez le jazz comme on perd le fleuve quand on remonte à sa source vous allez trouver du gospel magnifique c'est pas du jazz vous allez trouver du ragtime très beau c'est pas du jazz pas encore vous allez trouver du blues dans le sud très bien des worksongs mais il faut que tout ça se rencontre dans une impureté magnifique pour tout d'un coup faire le miracle du jazz comme tout ce qui est riche c'est pas et qui est donc toujours déjà complexe mais l'individu c'est ça ce que n'est pas la particularité au départ qui je répète au départ est un corse un africain j'en sais rien peu importe c'est une pureté
1:48:54 ça manque un peu d'impureté au départ ça manque un peu d'apport extérieur voilà donc j'insiste beaucoup là dessus la particularité réfléchit sur elle même et par là elle est l'individualité autrement dit je reprends mon image du fleuve j'en parle un peu à Hölderlin parce que c'est des derniers grands textes ils sont tous fascinés par les figures des grands fleuves il y a à l'origine il n'y a rien qui ressemble à une source comme une source je veux dire la source du Var ressemble à celle de l'Amazone l'embouchure à part la dimension peut-être bon il y a 200 km de large à l'embouchure de l'Amazone c'est toujours pareil les embouchures de fleuve c'est des marais c'est des deltas c'est marécageux ça part un peu dans tous les sens les estuaires de la mort par contre ce qui est individuel c'est tout le dessin du fleuve lui-même jusqu'à ses moindres méandres ça c'est unique pour chacun c'est le parcours que nous faisons qui est individuel c'est le temps que nous y avons passé c'est pas le but que nous poursuivions c'est tous les moyens que nous avons ramassés pour y arriver qui nous ont fait oublier les buts premiers tant mieux quelque part et c'est ce qui fait dire Hegel dans la préface
1:50:04 à la Phénoménologie la chose n'est jamais épuisée dans son but mais dans son actualisation lorsque le champ arrive à sa limite il arrive à la forêt il est à sa limite c'est bon je réponds un peu à ta question oui encore 5 minutes 5 minutes non non mais 5 minutes au moins pardon tu as dit que une caractéristique de la modernité était la communication entre la jambe païenne et chrétienne et dans les ateliers précédents il me semble que la modernité c'était le passage tendanciel de la communauté substantielle vers une société qui fait part à la subjectivité dit-on que je peux mourir tranquille et que vous êtes attentif alors moi je l'entendais aussi comme un passage tendanciel du paganisme au christianisme dont l'apparition de la philosophie du christianisme la Révolution française tout ça sont des états donc est-ce que tu dis que la réaction
Faut-il amputer la jambe païenne ?
1:51:14 pour la conclusion est-ce que pour toi la résolution de ce problème de la modernité la résolution progressiste on pourrait dire c'est l'amputation de la jambe païenne voilà oui bonne question je ne peux pas répondre oui d'une manière univoque et immédiate voilà actuellement je lutte contre la jambe païenne parce que c'est dans les enfin contre le naturalisme dominant pour aller vite des fois ils ne sont même pas conscients que c'est néo païen il y a plein de chrétiens qui sont écolos allez leur expliquer on leur dit mon royaume n'est pas de ce monde ils sont là à faire l'adoration de la planète bon enfin et à mettre les grenouilles au dessus de la postérité d'Adam je ne peux pas dire ça je ne peux pas faire l'impasse parce que les deux sont des moments nécessaires en termes dialectiques il y aura toujours la nécessité qui est une pulsion païenne je vais dire pourquoi et il y aura toujours la nécessité d'un rappel à la logique de l'essence pour parler chrétienne
1:52:24 je rappelle que l'essence de la métaphysique allemande je ne m'appelle pas Heidegger je ne vais pas dire dis-moi allemand à chaque truc mais enfin je ne suis pas un heideggérien français je veux dire plutôt parce qu'Heidegger il est normal qu'il parle allemand mais c'est vrai qu'il y a une distinction à faire entre l'être Sein c'est l'infinitif du verbe être la logique de l'être la logique de Hegel c'est le Sein et la logique de l'essence c'est Wesen or n'importe quel écolier en allemand sait que Wesen c'est le participe passé du verbe être tout simplement ça évite des délires métaphysiques l'essence c'est l'être passé c'est l'être disparu c'est l'être évaporé c'est l'être envolé chez les grecs l'être il n'a pas disparu il faut voir ils sont protégés il est presque trop là Apollon m'a frappé il est presque trop là le bois sacré on a vu tout à l'heure on y entre sans prendre garde parce que les lieux ils sont partout regardez Icare à peine il s'élève un peu boum
1:53:34 alors que nous Spoutnik trop oui les gratte-ciel à la New York la conquête spatiale ça c'est pas le monde grec c'est les flèches des cathédrales c'est les minarets des mosquées c'est la transcendance on est bien d'accord je fais toujours la même opposition donc si l'être c'est l'être disparus c'est un progrès par rapport à l'être c'est un progrès que l'être se soit fait absent que le père ait dérobé aux hommes son visage comme dit Hölderlin et que Dieu soit devenu le Deus Absconditus le chef d'oeuvre de Goldmann le Dieu caché Dieu qui se manifeste par son absence non pas par sa présence précisément comme on l'a vu tout à l'heure c'est l'essence même du christianisme mais enfin ça nous laisse quand même et c'est là que je réhabilite maintenant le côté païen c'est que si Dieu mon royaume n'est pas de ce monde ça veut dire qu'il y a toujours une scission entre la présence et la vérité ou bien on a affaire à une vérité mais qu'il manque de présence ou bien on est condamné
1:54:44 à une présence sans vérité le monde de Kafka donc le plus grand artiste sans doute de la littérature du XXe siècle qui a très bien exprimé cette théologie négative n'est-ce pas surtout dans le château de son ultime chef d'oeuvre où le héros le narrateur K qui n'est même plus Joseph K qui est K n'arrive à s'installer ni au village ni au château ni dans l'immanent ni dans la transcendance le pauvre vieux mais dans la navette entre les deux bon et dans la neige et dans le dénuement la faiblesse des religions de la transcendance en l'occurrence ici du christianisme bien sûr c'est précisément cette scission que Hegel critique et qu'il appelle conscience malheureuse il y a toujours un lien chez Hegel entre la logique de l'essence et de la conscience malheureuse l'essence c'est-à-dire l'être envolé l'être disparu c'est bien c'est un progrès c'est bien qu'on ait vu qu'il n'y a pas de nymphes dans les sources c'est bien Descartes c'est bien de dire c'est terminé le divin il n'est pas là il est au-delà mais après il faut le récupérer le divin il ne faut pas le laisser au-delà il faut qu'il retrouve
1:55:54 son vrai topos et son vrai topos c'est la société humaine ce n'était pas la nature ce n'était pas les nymphes dans les sources et ça et Clouscard je me rappellerai toujours que lorsque Clouscard écrivait les chemins de la praxis son ultime c'est son testament on le regarde bien il luttait contre Parkinson quand il l'écrivait il me téléphonait j'étais en Afrique malheureusement assez loin et il me disait je me frotte les mains à 7h du matin je cours au manuscrit il avait une ivresse de finir et il me demandait parce qu'il n'avait pas eu d'éducation catholique de son milieu populaire il me demandait de lui répéter tout le temps le passage de l'apocalypse où Jean dit et voici descendre la Jérusalem céleste ça veut dire que même le christianisme ne laisse pas l'absolu dans l'au-delà mais exprime le salut par le fait que la Jérusalem devient terrestre hic et nunc et il est même ajouté c'est ce qui est le plus à Clouscard et l'époux dit à l'épouse viens épouse c'est la Jérusalem de l'épouse on revient un peu à Gabrielle et Henri IV si vous regardez bien voilà donc je veux dire tu comprends pourquoi
1:57:04 je veux dire je ne peux pas répondre oui d'un côté ou de l'autre il y a des irréversibles ce n'est pas le monde païen qui a disparu je corrige un peu ce que tu as dit tout à l'heure c'est bien de très bien de se rappeler qu'être moderne c'est quitter la société substantielle pour la société des sujets effectivement c'est ce qui se passe en gros avec la révolution française lentement progressivement pas pour tout le monde plus lentement dans les campagnes et bien sûr les campagnes sont assez substantielles et restent encore souvent dans la substantialité comme les tantes baisent un crucifix ou bien supplient saint Antoine qu'elles retrouvent leur bague on n'est pas dans le christianisme c'est pas grave on ne va pas les brûler pour ça on n'est pas dans le christianisme on est dans la vieille pensée archaïque substantielle ou dieu on a besoin qu'il soit là dans le crucifix dans herbis et lapidibus dans les herbes et dans les pierres on n'arrive pas à s'habituer pareil chez les orientaux le bouddhisme a été un échec politique parce qu'il était d'une exigence d'abstraction par rapport au brahmanisme brahmanisme ça s'accompagne tout le temps de rituels de sacrifice il y a que ça toute la journée toute l'année mais par contre le bouddhisme c'est un nihilisme total par rapport à tout ça
1:58:14 et bien il a disparu il s'est maintenu un peu à Ceylan à Sri Lanka excuse moi je suis un peu vieux à Sri Lanka mais de l'Inde il a disparu parce que le peuple il lui faut baiser des crucifix enfin le peuple le peuple archaïque substantiel celui qui est encore dans la nécessité et bien oui j'ai vécu très longtemps dans les pays parmi les plus pauvres du monde on comprend très bien leur superstition il n'y a jamais de mort naturelle chez les Africains traditionnels on est inconsolable dans l'option de mort naturelle c'est inassumable si quelqu'un meurt si quelqu'un lui a jeté un sort il y a une raison c'est pas possible qu'on meurt pour rien pour des raisons contingentes on va dire dans la société archaïque c'est ça la société substantielle c'est pas géographique c'est pas celle des Africains et puis nous non non on est tous partis du substantiel et on en a encore pas mal en nous c'est pas il n'y a qu'à voir dans les archaïsmes du rêve par exemple mais voilà je vais dire je réponds à ta question je ne vais pas amputer une jambe au profit d'une autre il faut apprendre à claudiquer et à se frayer un chemin avec des jambes qui ne vont pas toujours dans la même direction c'est bon
1:59:30 on peut les manger merci à vous