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Autocritique : vanité, modestie et humilité
0:00 Bonsoir tout le monde, bonsoir en premier à ceux qui étaient là la dernière fois et qui sont déjà sur les starting blocks parce que je vois que de la régie on me dit qu'il y en a plus d'une douzaine en attente. et je dois commencer par une autocritique. Non, non, je ne fais pas la coquette. Vous savez que je dis toujours que je ne suis pas orgueilleux, mais je suis vaniteux. En général, les gens se flattent de l'inverse.
0:38 Moi, je trouve qu'au contraire, l'orgueil, c'est une grande considération de soi que je n'ai pas, hélas, sans doute. Et je suis vaniteux. Et le vaniteux est celui qui est toujours flatté de voir un jugement positif sur lui venant de l'extérieur parce que de l'intérieur, l'estime fait défaut. Voilà. C'est la différence entre la modestie, qui est presque toujours une fausse modestie, et l'humilité. L'humilité peut apparaître chez un vantard et un vaniteux.
1:19 Parce que l'intéressé, sait bien qu'à part soi, il est nul. C'est ça qui compte, n'est-ce pas ? Si j'étais croyant comme mes grands-tantes et mes grands-mères, je dirais qu'à Dieu seul, comme dit l'écriture, appartiennent la sagesse, la puissance et la gloire. Bon, revenons à nous, pauvres pêcheurs. Je suis alors là d'autant plus heureux de vous retrouver que j'ai été quasi comblé par un petit déferlement de courrier, suite à la première des vidéos que nous avons consacré aux Attelés de la confinitude que vous êtes avec nous.
2:05 Alors que, pour ma part, j'étais plutôt mécontent de mon ouverture, si je puis dire, dans la mesure où j'ai voulu caser trop de matière, comme souvent dans les premières fois, et que ça pouvait paraître un peu confus, et qu'il y avait matière à décanter. Et voilà qu'on me dit, mais pas du tout, on veut encore des poèmes, on veut encore des morceaux de musique et des poèmes.
2:35 Alors écoutez, si vous me cherchez, vous me trouverez. Voilà, je serais très heureux que vous me trouviez sur ce chapitre-là. Pour l'instant, je reste dans les parages, mais je vais m'efforcer quand même, parce que je maintiens mon autocritique, de donner à la conversation de ce soir. Je demande à la régie et à Philippe, en l'occurrence, de me faire signe méchamment, si je m'écarte de cette bonne résolution. Je vais me forcer d'être plus, comme je vous l'avais promis la dernière fois, mais sans tenir ma promesse dans le genre de la discussion au coin du feu, plutôt que dans la proclamation publique, urbi et orbi, du balcon de je ne sais quelle place de Rome ou d'ailleurs.
3:24 Je parle de la place Saint-Pierre, bien sûr. Donc, je vais rester, oui, dans les poèmes, sachant que vous avez vu que ça ne vous empêche pas d'aller où on veut, surtout quand ils sont très beaux, c'est-à-dire très profonds, c'est-à-dire exprimant, le plus souvent à l'insu de l'auteur, des vérités et donc des réalités vertigineuses, et bien actuelles, en tout cas parmi ceux que je sélectionne.
Transmettre plutôt que créer ; la cosmogonie védique
3:54 Et je reste même, je vais rester dans Baudelaire pour mes premiers exemples, mais avant, je reviens un petit peu en arrière pour contextualiser un petit peu les textes de la dernière fois et ceux que je vais essayer d'aborder aujourd'hui. Et cette contextualisation, je vais la construire à partir d'éléments que j'ai déjà diffusés dans les ateliers que je fais mensuellement que la plupart d'entre vous me font la bonté de suivre régulièrement, et même pour certains fidèlement.
4:25 Je développe une thématique qui est souvent récurrente dans ce que je dis. Je me permets toujours de vous mettre en garde quand je soulève un thème qui vient de votre serviteur. Je ne cesse de répéter, et encore une fois, je ne fais pas la coquette, que je ne suis pas un créatif. Je suis plutôt, il me semble, que l'essentiel de mon effort porte sur la transmission des créations des autres, avec lesquelles j'ai eu le bonheur, la chance, dans la mesure où on peut parler de hasard.
4:56 Surtout que ma culture a commencé, comme souvent, à l'école primaire, et que mes premiers instituteurs étaient des Africains francophones, dont le français n'était même pas la langue maternelle. Vous voyez que le périple est long pour arriver à Hegel, à Baudelaire, à Lénine et à Hölderlin. Donc, il y a un invariant tout de même dans ma transmission, ou un thème plus récurrent que d'autres.
5:28 Quelquefois, il y a quelque chose qui vient de mon cru. Et je vous dis, je vous mets en garde, parce que comme ça vient de mon cru, je ne peux pas vous en donner les mêmes garanties que lorsque je cite d'éminentes références, n'est-ce pas, de Platon à Clouscard, j'aurais l'embarras du choix, je ne vais pas les citer, mais voilà, et même, on peut remonter au-delà, les Héraclites, les Upanishads et les Vedas, ça ne me dérange pas. Je fais une première petite digression.
6:01 Il y a un, dans les textes du Veda, c'est le plus ancien texte de la religion brahmanique, qui nous soit parvenu, les Vedas. On les situe, en gros, entre le Xe et le VIIe siècle, avant Jésus-Christ. Donc, pour certains, ils sont contemporains, de certains présocratiques, je veux dire tout ça. Ne nous égarons pas, ne perdons pas de temps. Mais il y en a un, c'est des poèmes. Alors, on pourrait dire des poèmes philosophiques, c'est des poèmes spéculatifs, où il y a un mélange encore de noms propres, Indra, Shiva, etc.
6:33 Ce n'est pas encore des principes abstraits, comme les présocratiques l'amèneront avec l'un, le multiple, l'être, etc. Mais, tout de même, je veux dire, il y a plus qu'une amorce de pensée spéculative, il y a des saillies d'une profondeur vertigineuse. C'est pour ça que je dis souvent, ce n'est pas de la philosophie, on n'en est pas à Socrate, il n'y a pas une réflexion, il n'y a pas une distance avec les mots de la cité que nous employons tous les jours. Il n'y a pas encore le « qu'appelles-tu le courage, toi là-bas le général, j'étais illustré à la guerre contre les Perses ». Mais, c'est une pensée d'une profondeur souvent vertigineuse.
7:07 Voilà. La philosophie est une espèce dans le genre pensée, mais toute pensée n'a pas la précision de la détermination philosophique. Alors, j'en cite un, qui a pour titre « Cosmogonie », et qui dit qu'à l'origine de tout, il y avait l'eau, comme dans le prélude de l'Or du Rhin, qui ouvre la tétralogie de Wagner comme une cosmogonie, n'est-ce pas ? Le rideau se lève, nous sommes dans les profondeurs du Rhin, où nous voyons s'ébattre les filles du Rhin, mais qui ne sont pas encore remontées à la surface.
7:40 Et ce poème, à ceci de magnifique, qu'il procède par interrogation, qu'y avait-il à l'origine ? D'où vient le principe ? Qu'est-ce qui remuait dans l'eau insondablement profonde ? Le désir préforme, vous voyez ? Et puis, il y a cette saillie, comme je vous dis, qui est stupéfiante encore aujourd'hui. Il y a le temps qui parle et qui dit, à l'origine du monde, c'est moi qui enfanta le père.
8:12 Le temps dit, c'est moi qui enfanta le père. En général, c'est le père qui enfante tout, n'est-ce pas ? Le géniteur universel. Voilà, je referme la parenthèse pour vous dire que ce sont des pensées profondes. Donc, moi, voilà, je vous mets en garde dans toutes ces références. Quand je les cite, je suis partisan. Vous voyez, je ne sais pas, Spinoza, polémique avec Descartes. Mais quand je cite Descartes, je suis pour Descartes. Quand je cite Spinoza, je suis pour Spinoza. C'est mon côté prof, je suis désolé.
8:44 Mais je n'aime pas ceux qui ne se réfèrent à un auteur avec délices que pour attaquer un autre, n'est-ce pas ? Je dis souvent, en début d'initiation à la philosophie, de ne pas compter sur moi pour en rajouter dans la baston qui oppose les uns aux autres. C'est déjà bien si on comprend la nécessité de philosopher, que ce soit du point de vue. d'Aristote, de Spinoza, de Foucault, de Plotin, de Clouscard.
La modernité, née de deux révolutions
9:16 C'est encore autre chose. Or, vous voyez, comme j'ai du mal avec tous ces détours, c'est que je me protège contre le fait de vous apporter une idée personnelle. Mon idée personnelle, c'est que, je vous l'ai dit, il ne faut pas perdre de temps, sans trop l'étayer, sans trop la démontrer, ça nous emmènerait pas si loin que ça, mais disons que la démonstration que je pourrais aborder les prochaines fois. Mais en tout cas, je voudrais être clair d'abord, ne pas noyer le poisson et qu'on voit bien la forêt avant de se perdre dans le détail des branches et des feuilles.
9:46 J'ai parlé de la modernité la dernière fois. Je l'ai située dans un surgissement qui a pour genèse deux phénomènes historiques, deux phénomènes que l'histoire confirme, valide la révolution industrielle anglaise, la révolution politique française, les deux dans un mouchoir de poche qui s'appelle le 18e siècle. Et je dis que, comme souvent, il y a un abîme, c'est pour ça que j'insiste sur la modernité qu'elle inaugure, parce qu'elle est encore la nôtre.
10:18 Il y a un abîme entre l'univers ouvert par ces deux craquements dans lequel nous sommes encore, qui coïncide avec l'apparition de la société industrielle, urbaine, société civile bourgeoise, et il y a un abîme entre ce monde dont elle a accouché et les mondes antérieurs, qu'on classifie souvent à juste titre sous la rubrique de l'Ancien Régime, en vous mettant en garde contre les tentations anachroniques que nous avons.
10:51 Nous n'imaginons pas à quel point nous sommes très loin de penser, de sentir, et même d'être émus, de la même manière que les gens de l'Ancien Régime. Je vous avais très rapidement donné un exemple, avec, par exemple, nous sommes ravis de visiter des cathédrales ou des chapelles romanes. Je pense que chez moi en Corse, il n'y a pas assez de richesse dans l'histoire corse. Le peuple de bergers, d'agriculteurs et vaguement de marins dans le Cap-Corse, il n'y a pas assez de richesse pour produire les magnifiques cathédrales du continent.
11:29 Mais, par contre, la île est parsemée de petits bijoux, de petites chapelles bouleversantes de simplicité et souvent décorées de motifs animaux et végétaux mystérieux. Eh bien, pour nous, ce sont des trésors, des témoignages d'un passé que nous appelons le Moyen-Âge sur une très longue période, puisque j'ai pu me laisser l'Europe en gothique. Mais je vous ai dit la dernière fois qu'à l'époque classique, sous Racine, sous Boileau, c'était considéré comme les témoignages d'une laide barbarie, et gothique voulait dire, reproduit par des Goths, c'est-à-dire par des barbares dont il vaut mieux oublier qu'ils sont nos ancêtres.
12:07 Voilà. Enfin, je parle pour les Français du continent. Donc, ça, c'est, je l'ai amené, c'est la modernité, notre modernité, que j'ai illustrée la dernière fois par un thème qui revient souvent chez Baudelaire, mais qui commence avant lui avec le romantisme et qui s'exaspère chez lui, et n'en parlons pas chez Rimbaud, chez ses successeurs, que j'ai fait tourner autour du thème de l'évasion et qu'on peut ranger sur la rubrique de ce qu'on appelle l'escapisme.
12:38 Escape en anglais, Scappare, encore, si on est italien, comme vous voulez, s'échapper, n'est-ce pas ? C'est que quelque chose est devenu insoutenable en accédant à la modernité. Et c'est quelque chose, je le dis dogmatiquement aujourd'hui, c'est ce que Hegel nomme au dernier chapitre de son ouvrage, de son chef-d'œuvre énigmatique, n'est-ce pas ? jusqu'à aujourd'hui, la phénoménologie de l'esprit, cette histoire de toutes les aliénations par lesquelles la conscience doit passer pour enfin se débarrasser de toutes les illusions que cela implique au profit de la vérité qui vient dissiper toutes ces certitudes antérieures.
13:31 Le livre déploie toutes ces certitudes, un peu comme un feuilleton, n'est-ce pas ? et on les voit disparaître une à une, enfin disparaître, n'est-ce pas ? S'écrouler et revenir d'une forme plus profonde, sous une forme plus profonde, je ne vais pas développer ici le fameux Aufheben, ou l'Aufhebung, comme on voudra, qui veut dire à la fois supprimer et conserver, sinon pour dire grosso modo, et chacun le comprend très bien comme ça, que le fruit accomplit la fleur, donc en ce sens, il conserve, n'est-ce pas, l'essentiel de ce qui se préparait dans la fleur, mais au prix de la supprimer.
La Bruyère et l'équilibre périlleux du classicisme
14:07 Il faut que le pétale de la fleur soit tombé, qu'elle se soit fanée, pour que surgisse cette perfection qu'est le fruit. Ici, je n'ai pas envie de vous citer La Bruyère, qui dit ceci, à propos de, vous allez voir pourquoi je pense à propos des fruits et de leur maturité. Il y a dans l'art un point de perfection comme de bonté ou de maturité, vous voyez les fruits mûrs, comme de bonté ou de maturité dans la nature.
14:40 Il y a dans l'art, donc le contraire de la nature, l'artificiel, il y a dans l'art un point, attention, un point de perfection, difficile à atteindre le point, avant ou après, ce n'est pas la perfection. Il est dans l'art, je me répète exprès, un point de perfection comme de bonté ou de maturité dans la nature, qui est en deçà ou au-delà, qui le sent, pardon, ce point de perfection a le goût parfait, qui est en deçà ou au-delà a le goût défectueux.
15:14 Il y a donc un bon et un mauvais goût et l'on dispute des goûts avec fondement. Voilà, je mets de côté cette citation de La Bruyère pour rappeler tout de même à l'opposé, vous voyez, de la modernité, du romantisme à fortiori de ce qu'on appellera plus tard le symbolisme lorsqu'on passe de la mélancolie romantique à l'angoisse du spleen baudelairien, par exemple. Là, on est à l'opposé, on est dans le classicisme, dans l'équilibre, dans l'unité, dans la clarté.
15:47 Et, comme tout classicisme, le modèle quasi inaccessible dont on peut toujours essayer de se rapprocher sans jamais l'atteindre, c'est le modèle d'un modèle grec. Or, la phrase de La Bruyère nous montre un point. Si on est en deçà ou au-delà, on a raté son coup. Ça veut dire que la fameuse, le fameux équilibre grec, tous ces mots qui prêtent à confusion, le fameux juste milieu, la aurea mediocritas, qu'on traduit en français par la médiocrité dorée avec ce risque de contresens, car médiocrité est péjoratif en français.
16:22 Mais ici, c'est pris au sens propre, médium, le milieu. Ce qu'il y a de plus précieux, c'est d'essayer de rester dans ce point au milieu entre l'en deçà et l'au-delà qui ont ceci de commun qui sont défectueux. Donc, il faut se jucher au sommet d'une parabole et s'y accrocher avec le risque de glisser à chaque instant. Vous voyez ? Eh bien, c'est comme ça qu'il faut voir l'équilibre grec comme un équilibre périlleux. C'est surtout pas l'équilibre des partis centristes en politique.
17:00 C'est un tas de choses que j'appelle moi l'extrême-centre, car ce sont tout sauf des modérés, même s'ils essayent d'apparaître sous la forme de, sans étiquette, divers modérés, centre-gauche, centre-droite. C'est dans ce ventre mou que se sont réfugiés tous ceux qui avaient collaboré, n'est-ce pas, qui rasaient les murs en 1945 et qui ont reparu sous ce genre d'étiquette. Et si j'en parle, c'est parce que c'est ce qui nous gouverne depuis qu'à droite ont disparu les communistes et à gauche, excusez-moi pour lapsus, à droite ont disparu les gaullistes et à gauche les communistes, les deux forces de la résistance ayant disparu, reviennent bien sûr des tendances plus inquiétantes qui nous gouvernent depuis bien longtemps.
Mallarmé : l'homme écrit noir sur blanc
17:47 Que ce soit du centre-gauche ou du centre-droite ne changent rien à l'affaire. Je referme cette parenthèse. Donc, j'ai fait allusion au classicisme parce que de même qu'on voit mieux le rouge sur le vert, n'est-ce pas ? Et le bleu sur le jaune que sur le turquoise avec lequel on peut le confondre sans jamais savoir si c'est du vert ou du bleu. Donc voilà, c'est par opposition qu'on voit mieux la figure sur un fond qui lui fait contraste. Noir sur blanc comme dit la langue.
18:21 Et comme si je rêvais au coin du feu au lieu de me précipiter et de passer à d'autres thèmes, je m'attarde sur celui-là, le noir sur blanc et le contraste. Car je pense à un magnifique passage de Mallarmé que vous trouverez sous le chapitre « L'action restreinte ». L'action restreinte qui est le chapitre d'un long développement en prose qui s'appelle « Variation sur un sujet ».
18:54 Vous trouverez ça en Wikisource. « Variation sur un sujet » Mallarmé et aller directement à l'action restreinte. Ça n'enlève ni ne retranche. Ça n'ajoute ni ne retranche rien en Mallarmé mais enfin, c'est ce que je préfère dans Mallarmé pourtant il y a des poèmes magnifiques mais un peu glacés, un peu marmoréens alors que là dans sa prose il a poussé sans doute plus loin que personne à la maîtrise de la prose moderne une espèce de mélodie indéfinie.
19:26 Notion que j'emprunte à Wagner que Mallarmé et Proust appréciaient tant. Donc, dans ce passage de l'action restreinte Mallarmé s'applique à répondre à un jeune qui lui a écrit comme en écrit à un écrivain. Visiblement au travers de ce qu'en dit Mallarmé on devine que le jeune exprime ses angoisses d'un adolescent qui se demande si ça vaut le coup à quoi sert la littérature que faut-il faire est-ce que ce ne serait pas mieux d'agir d'où le titre l'action restreinte et visiblement le jeune a dû exprimer des idées angoissées puisque Mallarmé le prie instamment de comprendre que le suicide n'est pas une solution.
20:10 Mais pourquoi j'en parle ? Je parlais de noir sur blanc parce qu'il disait parce qu'il dit à un moment donné après le avoir dissuadé se suicider surtout ne rien faire car faute que la foule se déclare faute d'argent faute de tout il n'est pas de présent dit Mallarmé vous voyez il y a un passage assez presque désespéré désespérant il n'est pas de présent mais que faut-il faire dans l'absence et Mallarmé lui dit écrire point à la ligne et là commence le passage que je vais vous citer à propos de noir sur blanc tu remarquas et parle aux jeunes l'homme n'écrit pas lumineux sur un champ obscur seul l'alphabet des astres ainsi s'inscrit l'homme poursuit noir sur blanc vous voyez l'inverse des constellations les constellations c'est lumineux sur champ obscur alors que l'homme
La philosophie parle la langue naturelle
21:20 poursuit noir sur blanc et si je le cite non c'est pas un détour c'est au contraire ce qui va me permettre de faire le pas en avant là où je voulais en arriver depuis le début de cet entretien je reviens à cette part de ténèbre qu'il y a dans toute expression vous me dire attendez attendez on aimerait bien y voir clair exprimer c'est faire passer à l'extérieur c'est cesser d'être dans la bouillie de l'intériorité du sentiment du ressenti très bien j'approuve et Hegel aurait validé Hegel dit l'idée elle-même l'idée avec un I majuscule sa caractéristique la plus manifeste c'est de se manifester de s'extérioriser de s'incarner justement vous voyez donc là-dessus on est d'accord le fait que s'exprimer ne veut pas dire tout mettre sur la table et si je reviens à un thème qui est assez récurrent aussi dans ma transmission c'est que la philosophie n'utilise pas des équations je veux dire
22:30 approfondissant pour en rester au mode d'expression le mode d'expression de la philosophie c'est le langage courant bien sûr elle le tourne à sa manière et quelquefois avec le langage courant elle dit des choses bien compliquées mais avec les mots de tous les jours les philosophes qui multiplient un langage technique ne sont pas les plus grands et les passages où ils le font ne sont peut-être pas les plus profonds lorsque Hegel parle de la pure porosité des matières il n'y a pas un seul mot qui ne soit courant pure porosité poreux matière bien sûr la phrase paraît incompréhensible comme ça il faudrait la remettre dans son contexte on le fera une autre fois mais voilà c'est ce que les linguistes appellent le langage naturel le langage de tous les jours qui n'a pas été formalisé comme le font les mathématiciens ou les logiciens dans P implique Q là on est dans la logique formelle or je suis en train de dire que la logique formelle elle est entièrement lumineuse elle ne cache rien les mathématiques non plus il faut bien réfléchir sur cet enjeu parce qu'il y en a plein qui croient
23:40 parler scientifique n'est-ce pas et vous lancez à la figure des arguments de scientificité en utilisant le langage courant qui n'est jamais scientifique qui ne peut jamais accéder à l'univocité scientifique car quand je dis le jour se lève je ne dis pas une ânerie je ne suis pas en train de dire je dis n'importe quoi mais je ne suis pas dans le scientifique je suis dans la poésie le jour s'est pas couché il n'a pas un lit il n'a pas des draps il ne se frotte pas les yeux c'est nous qui bougeons ce n'est pas les soleils le soleil se lève il ne se lève pas vous voyez pourquoi je dis tout ça à propos de poésie je suis en train de dire que nous sommes poètes tous les jours sans nous en apercevoir en utilisant le langage courant et oui nous faisons comme monsieur Jourdain mais à l'envers lui il est tout étonné de la révélation que lui fait son professeur de rhétorique qu'il fait de la prose sans le savoir quand il appelle sa bonne et moi je suis en train de dire vous faites de la poésie sans le savoir quand il dit tiens le jour se lève ou tu me casses les oreilles
24:50 avec les les détours de Pagani casser les oreilles c'est du sens figuré je n'ai pas pris un marteau vous frappant sur le tympan voilà donc nous sommes dans la figuration vous voyez il faut s'y faire la poésie la langue naturelle et la philosophie vous voyez ce qu'elles ont en commun elles ont en commun la langue naturelle c'est pour ça qu'on dit que la philosophie boite elle aimerait avoir la rigueur des mathématiques c'est ce qui fait qu'elle n'est pas la poésie ni la littérature ni l'esthétique ni la religion elle veut avoir l'exactitude des mathématiques mais avec un langage qui n'est pas du tout fait pour ça car la langue de tous les jours elle n'a jamais été faite pour savoir si la terre était au centre et combien il y a de sable dans le Sahara et combien de temps met la lumière pour nous arriver de Bételgeuse ou d'antarès elle n'a pas été il n'a jamais été fait pour ça le langage il n'a été fait il n'est pas qu'on ne savait
26:00 rien de tout ça mais dès l'origine il est là pour à la chasse se communiquer où est le mammouth pour agir pour séduire pour tromper pour mentir pour prophétiser pour témoigner de la vision de Dieu pour faire la cour pour condamner pour absoudre mais pas pour connaître pour toute cette série d'attitudes que je viens d'énumérer dans lesquelles le langage naturel s'est investi depuis la nuit des temps aucun de cela n'a une visée purement cognitive on ne cherche pas à connaître absoudre condamné dragué prophétisé ce n'est pas essayer de connaître et bien c'est ça qui fait que la philosophie ne peut pas quitter la langue naturelle parce que les enjeux qui sont dans ses attitudes et que le mathématicien laisse de côté avec raison parce que ce n'est pas son affaire de séduire d'absoudre
Savoir et devoir : contre le néopositivisme
27:10 de condamner ce n'est pas son affaire en tant que mathématicien en tant qu'homme il peut être un saint ou une crapule c'est son problème mais ce n'est pas les mathématiques la physique ou la biologie qui vont le confirmer sur le bien fondé de cette absolution ou de cette condamnation oui c'est là qu'on voit l'abîme qui sépare les deux questions que distingue bien Kant dans tout le programme de philosophie un qui la rapproche de la science la question que puis-je savoir qu'on se pose aussi au CNRS on n'est pas que les philosophes qui se la posent et la question que dois-je faire qu'aucun savant ne se pose avec la langue de la science voilà attention au fumisterie du néopositivisme envahissant d'aujourd'hui c'est pour ça que je m'attarde un peu les sciences cognitives et toute démonstration qui voudrait tout réduire à un système d'équation dans un champ qui n'est pas fait pour ça aussi peu les mathématiques sont aussi peu qualifiées pour savoir si je dois achever un parent qui souffre d'une maladie qui le fait terriblement souffrir n'est-ce pas alors que les jours impairs je me dis oui les jours paires je me dis non quand même j'ai pas le droit
Le savoir absolu, écroulement des certitudes
28:20 j'en sais rien j'espère que dans mille ans je me posera encore la question un je impersonnel que l'humanité se posera encore la question n'est-ce pas et c'est pas l'objet de la science donc je reviens à ma modernité la modernité quand elle surgit elle produit ce que Hegel dans la phénoménologie de l'esprit je reprends mon fil appelle un savoir absolu mais qu'est-ce qu'il raconte c'est un mégalo Hegel non mais ça veut pas dire un savoir où on sait tout Hegel est indifférent à savoir combien il y a de gouttes d'eau dans l'océan pacifique combien il y a de grains de sable dans le Sahara et combien de cristaux de glace à l'antarctique il y a la différence indifférente comme il dit très bien il y a la différence indifférente il y a le particulier l'universel mais vous voyez cette vitre que je vois d'ici avec la nuit qui est derrière je fais ça et c'est déjà un angle différent le particulier il est là tout le temps je veux dire il n'est pas là pour nous opposer vous et moi parce qu'on a chacun bien sûr on n'a pas chaque individu est une focale à lui tout seul et qui fait jeter un plan et un seul
29:30 sur l'univers mais à l'intérieur de nous-mêmes il y a la même différenciation je bouge la tête et j'ai un autre angle sur le monde laissons là donc cette différence indifférente et ce dérisoire des différences oiseuses qui nous font passer à côté des vraies distinctions et des vrais découpages dont nous avons besoin et auxquels je reviens je le dis dogmatiquement pour l'instant que l'homme l'homme moderne est moderne à la mesure où il ne peut plus croire voilà ce que veut dire en gros savoir absolu je ne creuse pas techniquement il faut sentir ne peut plus croire que la terre est cubique ou qu'il pleut parce qu'un dieu a décidé de faire pleuvoir c'est pour ça qu'on retrouve encore le pronom il le pronom personnel comme si c'était une personne qui décidait de la pluie car la langue vient de la nuit des temps être moderne c'est savoir comme je dis souvent que dans les sources il y a H2O et non pas des nymphes je suis le premier ami des nymphes ce n'est pas la question n'est pas et comme dit très bien
30:41 le début du prélude à l'après-midi d'un faune de Mallarmé c'est le tout début c'est le coup d'archer et vous savez que les faunes adorent les nymphes ces nymphes je les veux perpétuer n'est pas c'est le tout début du prélude à l'après-midi d'un faune leur incarnat si léger etc ces nymphes je les veux perpétuer mais enfin je veux dire du point de vue de la stricte réalité je peux faire un barrage sur la rivière sans craindre que la nature ne se venge et que les nymphes ne se vengent et donc le monde de la technologie le monde qui a fait reculer le néant qui menaçait l'homme de l'extérieur cet animal peu viable cet animal qui naît immature cet animal qui naît avant-terme je parle de l'homme ici bien sûr ça se voit avec la fontanelle du nouveau-né n'est-ce pas qui est inachevé pour des raisons qui remontent à l'anthropologie à la station bipède bref je gagne du temps je m'occupe des conséquences et non pas l'origine ici
31:51 cet animal qui parce qu'il est inachevé du point de vue de ce qui lui est donné à la naissance natale naître naturel est obligé de récupérer ce qui lui octroie une viabilité d'exister par la relation à l'autre et non pas seulement à la chose car la relation à la chose il est plutôt moins doué que le rejeton de la gazelle qui trotte quelques heures après sa naissance devant un danger ou plus quelques jours donc cet animal qui n'est pas qui sait moins creuser avec ses mains la terre qu'un blaireau parce qu'il n'a pas l'équipement des griffes pour ça qui sait moins se dissimuler dissimuler son corps dans le décor que l'ours blanc dans l'Antarctique n'est-ce pas qui peut moins marcher silencieusement qu'un félin qu'un grand prédateur n'est-ce pas pour attraper sa pittance bref et qui se caractérise que par des moins par rapport à toutes les perfections animales parfait veut dire achevé en grammaire vous savez le parfait c'est ce qui est fini c'est ce qui est passé en grammaire
33:01 l'animal est parfait il est passé il n'est pas dans le futur que notre présent perpétue depuis l'origine de l'humanité justement c'est parce que l'homme est imparfait qu'il n'a pas de perfection spécifique creuser se dissimuler mais du coup il est spécialiste des généralités comme disait Auguste Comte pour le philosophe voilà donc ce savoir absolu dans ce sens-là c'est-à-dire la somme de désillusions d'écroulement des certitudes qui étaient les miennes avant que ne s'impose à moi le pire ennemi de la certitude qui est la vérité c'est une distinction qu'on voit souvent chez Hegel sur laquelle j'insiste parce qu'il y a beaucoup de gens pour lesquels c'est pareil je suis certain donc c'est vrai dans des milliers d'années il était certain que le sol sous nos pieds était le symbole même de l'immobilité on parlait du plancher des vaches alors que tout ça est dans une mobilité effarante ou réjouissante après tout peu importe
34:11 donc 30 km secondes autour du soleil nous tournons en ce moment mais comme nous faisons tous les objets à la même vitesse on a l'impression que c'est immobile voilà c'est ça le principe d'inertie l'homme moderne c'est celui à qui s'est imposé toute une série d'écroulements de certitudes je me répète pour l'essentiel car l'essentiel mérite d'être répété et au fur et à mesure que s'écroulent ces certitudes commence à se profiler sa vérité il y a un moment tragique dans la modernité et donc la dernière fois j'ai insisté sur des formes de beauté poétiques je pense surtout à Baudelaire ici qui essayent de s'évader de ce savoir de s'évader de ce présent pour se réfugier par exemple dans un passé dans le très beau film de Max Ophüls qui s'appelle La Ronde qui est une suite de sketch on voit un personnage au début qu'on reverra pour lier chacun des sketchs entre eux qui incarne le temps il dit qu'il est le temps
35:21 un temps circulaire d'ailleurs puisque le film s'appelle La Ronde sur une très belle musique et dans lequel le personnage dit j'aime bien le passé c'est moins ennuyeux que le présent et tellement plus rassurant que l'avenir oui bon donc cette manie de s'évader date de l'époque où le réel et la vérité sont devenus insoutenables et voilà donc la thèse que je avrai ce long détour j'essaye de vous énoncer maintenant clairement merci donc je n'étais plus cadré cette pardon cette je peux énoncer maintenant cette vérité mais non plus comme un résultat abstrait et privé de son devenir mais avec l'esquisse de devenir que je viens de tenter de brosser c'est que l'accès à ce savoir absolu du fait même de sa periculosité pour la conscience parce qu'elle laisse des plumes se double
Savoir absolu et non-savoir absolu
36:31 attention parce que là je reviens bientôt à l'actualité se double d'une tendance à maintenir un non-savoir absolu si vous préférez des termes empruntés à la psychanalyse un refoulement absolu un je ne veux pas savoir un déni une dénégation un négatif une négativité appelez ça comme vous voulez les dernières catégories sont philosophiques le refoulement est analytique et vient du champ freudien j'emprunte la forme freudienne ici du refoulement la forme que j'essaie de résumer avec ce que nous faisons quand nous jouons avec notre enfant bas âge en lui prenant son bain dans la petite baignoire et qu'il a souvent des choses qui flottent en général des balles ou des ballons vous enfoncez le ballon dans l'eau c'est ça le refoulement et dès que vous le lâchez il jaillit vers le haut et il vous saute à la figure Goethe disait
37:43 la vérité quand on la repousse on l'embrasse et donc je poursuis ma thèse dirais-je avec beaucoup de présomption avec le savoir absolu commence un conflit énorme entre savoir absolu et non savoir absolu ou si vous préférez entre révolution et contre révolution c'est l'histoire du 19ème siècle que je suis en train de faire jusqu'à aujourd'hui de notre modernité combien de temps a-t-on vécu en révolution de la prise de la Bastille à Thermidor ça fait pas très longtemps quelques très brèves années fulgurantes dont on a gardé l'école laïque obligatoire le bâton de maréchal comme on dit le fait que pour un bidas de basse extraction comme on disait à l'époque puisse devenir général pourquoi pas maréchal un bâton de maréchal dans la besace comme on disait et pourquoi pas consul et empereur les grandes écoles
38:54 le système métrique j'en passe il y a comme ça des moments sans équivalent dans l'histoire comme avancés et puis très vite il y a Thermidor puis il y a les coups d'état du Corse puis qui rétablit une forme de règne monarchique impérial et non pas royal puis la restauration alors encore plus régressive et puis patatras il y a 1830 qui fait que le ballon nous ressaute à la figure vous voulez l'enfoncer sous l'eau il revient à la figure et bien il y a un nouveau roi un roi un peu plus giscardien un peu plus centre gauche centre droit Louis-Philippe le roi bourgeois on l'appelait vous voyez ils étaient malins déjà vous avez bien compris que mince cette satanée canaille de peuple il faut faire avec donc il faut essayer de l'entuber de pomper mais il ne faut pas faire contre c'est pas monsieur Thiers vous savez le bourreau de la commune celui qui a fait plus de morts en une semaine la semaine sanglante n'est-ce pas que toute la révolution française en plusieurs années monsieur Thiers disait
Questions du public ; la perversion selon Freud
40:05 après ce carnage et après l'affreux siège de Paris il disait on ne pourra pas tout le temps y arriver comme ça avec les dragons et les cuirassés maintenant ce qu'il nous faut apprendre c'est apprendre à gagner les élections vous voyez comment on arrive vite à notre époque alors il faut donc que je lève que je change d'écran Camille faut-il dépasser le romantisme pour être moderne excellente question je suis en plein dedans Camille donc tu me laisses continuer et je sais que tu le fais Camille est un excellent garçon je me permets d'en parler un peu paternellement parce qu'il fait très jeune et j'en parle avec affection parce qu'il connaît bien la musique et je sais qu'il ne demanderait pas mieux que j'y revienne ça viendra Algarbra alors Algarbra ce sont nos amis norvégiens qui ont eu la gentillesse de m'inviter à faire cette causerie à Bergen qui font un travail extraordinaire dans un pays où les considérations révolutionnaires a fortiori marxistes etc.
41:02 sont aussi je ne sais pas moi incongrues n'est-ce pas qu'un ours blanc au milieu du Ténéré dans le Sahara et qui ont attiré mon attention je vous le dis au passage je transmets une de leurs transmissions dont j'ai été l'objet extraordinaire c'est que ce pays qui est un des pays fondateurs de l'OTAN de l'organisation atlantique qui a une frontière au nord avec l'ex-URSS et avec l'actuelle Russie des tensions que vous imaginez et depuis longtemps depuis plusieurs générations ce pays qui fait partie des pays dits scandinaves dont la majorité actuellement du Danemark à la Finlande en passant par la Suède n'aurait pas de pouvoir politique légitime s'il n'y avait pas un parti néo-nazi qui se prête à la coalition gouvernementale je le dis parce qu'on est souvent un modèle de démocratie extraordinaire il fait bon vivre attention je veux dire pour ceux la Norvège a le plus haut niveau de vie au monde plus que la Suisse par habitant
42:12 je précise tout ça pour bien faire comprendre ils m'ont parlé d'une région dans le nord dans le centre nord de la Norvège pas très loin de la frontière russe où la population résiste farouchement à la russophobie déchaînée de l'atlantisme menacée par son déclin économique et depuis bien bien des années au point que tout lui est bon y compris le virus pour essayer de renforcer ses positions économiques sociales et militaires et dans cette région pourquoi on s'exempte de cette russophobie et parce que elle a vu en 44 les Popov débarquer et les libérer de l'occupation nazie et je vous renvoie à une immense militante qui a pris des risques extraordinaires à l'époque en émettant de la résistance norvégienne aux résistants côté russe avec de très gros risques de se faire piquer par les voitures goniomètres de la Gestapo et on en reparlera une autre fois je dis qu'on consacrera
43:22 une session spéciale donc je salue mais je regarde sa question nous voyons le classicisme et le romantisme comme des forces structurantes de l'histoire qui vont bien au-delà de l'art très bien peux-tu nous dire comment tu vois ces forces et bien c'est ce que j'étais en train de faire formidable donc je peux continuer et Paul-Éric Langevin que je salue je me permets de dire je sais que ça va ça va gêner sa modestie que c'est un héritier de la grande famille et des Langevin qui a été la gloire de la physique et du communisme français tout de même et pas seulement parce qu'il y a aussi moins connu que le physicien un grand musicologue qui porte le même nom et Paul-Éric me dit refoulement égal névrose et déni perversion pour les psychanalystes je non je je regarde le curseur en dessous c'est tout il n'y a pas de suite oui alors je reviendrai je vais peut-être commencer par la troisième question très rapidement parce qu'il y a un petit contresens pas bien grave parce que Paul-Éric est suffisamment cultivé et intelligent mais je veux dire d'abord
44:32 en admettant qu'il y a une perversion la perversion n'a pas du tout qu'un petit canalisme le sens du langage courant l'homme est un animal perverti vertere veut dire tourné en gros n'est-ce pas vous le retrouvez dans inversion conversion et subversion retourné par en dessous subvertir donc vertere le perverti c'est celui qui retourne qui retourne quoi mais qui retourne l'instinct naturel alors avoir une relation érotique à un être humain alors que c'est pas la saison des amours et que le but poursuivi n'est pas la reproduction de l'espèce est une perversion n'est-ce pas c'est ce que dit d'ailleurs superbement Beaumarchais dans le mariage de Figaro quand il fait dire à Figaro nous marier en tout temps voilà pardon faire l'amour en tout temps voilà bien ce qui nous distingue des bêtes et non pas seulement à la saison des amours poussée par un instinct qui ne se préoccupe pas du tout de ceux qui sont en train de s'accoupler vous voyez qu'il n'y a plus faire l'amour de s'accoupler mais qui se préoccupe de la survie de l'espèce ce qui est bien différent bien vous pensez bien
45:45 que Tristan et Iseut lorsqu'ils s'évadent dans la forêt loin de la cour du roi Marc se moquent éperdument de la reproduction de l'espèce donc voilà si on prend perversion de ce sens général que c'est le propre de l'homme de ne pas se contenter de manger mais de manger cuit c'est une perversion à certaines heures même quand il a faim il attend c'est pas l'heure du repas j'ai essayé moi de corrompre Clouscard et de le faire manger en dehors des heures du repas il m'opposait une farouche résistance paysanne qu'il avait gardée de l'époque de l'occupation c'est pas et à tous et c'est pas l'heure c'est pas l'heure voilà après tu ne mangeras rien l'heure du repas il me disait il avait raison bon vous voyez tout ça c'est des perversions il s'en sentait d'accord mais il n'y a pas du tout un jugement moral chez Freud d'accord et bien sûr il montre bien les malheurs auxquels nous expose le refoulement mais il comprend très bien la nécessité absolue du refoulement attention Freud n'est pas un naïf mais le refoulement produit une pathologie lorsque le sujet ne sait plus qu'il refoule quand il n'en a
46:55 aucune conscience quand il est même certain du contraire voilà donc juste cette petite correction ce petit correctif pardon je reviens à la question de Camille qui vient de poser une question sur la musique je m'y attendais j'énonce sa question il y a également une question que je me pose depuis longtemps comment prolonger l'héritage de la musique savant aujourd'hui quelle voie emprunter voilà j'en prends note je ne te réponds pas tout de suite Camille parce que par courtoisie pour nos amis norvégiens qui sont bien loin et qui ont la gentillesse de se brancher sur notre live là notre direct je commence à leur répondre et pour ça je continue ma causerie parce que leur question porte en plein sur ce que j'étais en train de développer si l'accès au savoir absolu qui caractérise le fait d'être moderne être conscient du principe d'inertie et non pas qu'il y a des âmes et de l'animé partout y compris dans ce livre dans ce caillou dans ce mug donc si l'accès à la modernité et les pertes
Force de progrès et société sans classe
48:05 qu'elle entraîne pertes qui ne sont pas si graves en elles-mêmes même si elles ont pu mener à la folie ou au suicide les premières générations qui l'ont subi je pense ici au romantisme nordique romantisme allemand romantisme anglais surtout mais enfin aussi bien regardez les réflexions sur l'angoisse chez Kierkegaard le danois Kierkegaard par exemple parmi les plus profondes qu'on ait faites donc ces pertes pertes de certitude au profit de la vérité je me répète je les ai mis en parallèle avec la lutte entre révolution et contre-révolution mais je vais dire à l'instant que ce n'est pas des pertes très graves si ces certitudes c'était des billevesées des erreurs des illusions ce n'est pas une si grande perte de les perdre ce n'est pas très grave si j'apprends que j'ai perdu 200 millions d'euros dans la journée mais c'était de la fausse monnaie on me dit tout d'un coup que c'était des faux billets je n'avais pas vu ça ne m'est jamais arrivé je vous rassure mais vous voyez si on me dit que c'est de la fausse monnaie je me dirais heureusement je les ai perdus
49:15 sinon j'aurais fait des tas de de plans n'est-ce pas et au moment de payer j'aurais été bien embêté donc tu peux me remettre la première question de nos amis norvégiens que je ne trahise pas la lettre la littéralité de leurs questions merci oui le classicisme et le romantisme alors là encore un petit correctif j'oppose au romantisme bien sûr comme tout le monde au classicisme mais pas seulement je dis l'ancien régime dans lequel il peut y avoir du baroque qu'on oppose souvent au classique donc voilà disons l'ancien monde celui dans lequel il y a une place pour chaque chose et chaque chose à sa place alors que le propre de la modernité c'est de n'être jamais à sa place voilà c'est d'être dans la mobilité ce que nous avons commencé à voir la dernière fois comme des forces structurantes de l'histoire qui vont bien au-delà de l'art je ne voilà voilà une réflexion d'un ami norvégien qui qui anticipe et ça ça me ça me procure une grande joie qui anticipe le message
50:25 que j'essaye de vous délivrer mais bien sûr si je vous en parle c'est pas si je fais de l'esthétique puisque je je commente les les productions de l'art de poésie ou de musique si je fais de l'esthétique c'est surtout pas pour faire de l'esthétisme mais c'est pas pour rester dans l'art ni non plus pour en sortir au sens où je vais injecter des interprétations de manière arbitraire à l'intérieur de l'oeuvre d'art sans prêter attention aux détails la merveille des détails qu'elle nous propose pas du tout nous avons vu la dernière fois avec les rimes masculines et féminines dans Harmonie du soir à quel point c'est dans le détail qu'on voit au contraire la vertigineuse profondeur d'un grand créateur c'est pas on peut dire que toute l'immense profondeur d'une philosophie comme celle de Leibniz je ne partage pas tous ses points de vue mais enfin il y a quelque chose qu'on ne peut pas lui contester c'est que chez lui le détail a une importance décisive il allait même jusqu'à dire qu'un coup de canon qu'on tire en Chine quelque part nous l'entendons c'est ce qu'il appelle les petites perceptions sans nous en apercevoir oui oui le sens du détail
51:35 on est presque dans le silence qui était requis pour apprécier les moindres frémissements des préludes de Debussy la dernière fois oui alors quelles sont ces forces je les résume comme ceci dit une force de progrès je vais dire je prends un terme extensif exprès pas par prudence mais pour ne rien laisser au hasard force de progrès bien sûr qui a atteint une pointe avec la finalité d'une société qui surmonte la malédiction de la division en classe bien sûr de la société sans classe il y a un progrès vers cet objectif et ce progrès là est sanctionné dans l'expression dans la manière de s'exprimer dans l'intériorité pour la première fois par le romantisme mais il peut y avoir un romantisme très réactionnaire c'est ce que j'ai essayé de montrer avec Baudelaire la dernière fois qui avait les deux tendances donc et là grâce à la question de nos amis norvégiens je reprends mon fil apparaissent presque en même temps que la révolution au début
52:47 dès le début du 19ème siècle ce siècle ce qu'annonçait Rousseau dans l'Émile quand il dit à la mère de son élève nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions tiens nous voilà ramenés aujourd'hui nous approchons de l'état de crise et du siècle non pas de la révolution Rousseau si jamais quelqu'un fut prophète et précis le siècle des révolutions comme s'il savait déjà ce que j'ai indiqué tout à l'heure qu'à partir de la prise de la Bastille c'est pas une révolution comme on en a vu plein dans l'histoire qui remplace la cité grecque par l'empire d'Alexandre ou la république romaine n'est-ce pas par Auguste non non c'est une révolution qui ne s'arrête plus chaque fois qu'on essaye de la juguler et 1830 et 1848 et la commune et 1917 et le Front populaire et la libération qui nous apporte la retraite par répartition et la sécurité sociale dont notre président vient de découvrir que finalement mais ça a du bon le système de protection sociale après avoir tout fait pour le mettre en lambeau donc ça
53:57 c'est la force qui nous structure n'est-ce pas mais vers la société sans classe donc vers une liberté mais une liberté pour tous je rappelle ici la phrase pour moi la plus importante de Hegel la plus synthétique les orientaux savaient qu'un seul est libre c'est les orientaux de l'histoire c'est pas les orientaux d'aujourd'hui qui sont bien plus modernes que moi vous savez ceux qui s'occupent de la 5G en Chine ils sont autrement plus modernes que votre serviteur de la 5G a fortiori de l'ordinateur quantique les orientaux savaient au passé qu'un seul est libre l'empereur de Chine le néguse d'Ethiopie le roi des rois on perce peu un peu le pharaon les grecs deuxième étape surent on passe de l'imparfait de la longue durée au passé simple un miracle ça ne dure jamais longtemps surent que quelques-uns sont libres il y a un progrès il y a une société une communauté d'hommes libres à l'intérieur duquel il y a une liberté et une quasi-égalité de droit le vote la Pnyx l'agora tout ça où c'est la parole qui décide du pouvoir
55:07 et non pas seulement la force c'est bien mais pour quelques-uns il ne faut pas se faire d'illusions c'était à peu près un cinquième de la société qui était constituée d'hommes libres le reste bien sûr la vie quotidienne était basée sur la force productive qui est le pilier de toute l'antiquité pendant des millénaires et qui s'appelle l'esclave quand ce n'est pas la traction animale c'est carrément l'esclave la traction humaine et les orientaux savaient qu'un seul est libre je ne peux pas tronçonner cette formule les grecs surent que quelques-uns sont libres les modernes savent que tous sont libres point en puissance bien sûr et tout l'enjeu des soubresauts que nous vivons depuis la révolution française c'est de faire en sorte que la contre-révolution écrase la révolution ou que la révolution s'efforce de se libérer du verrou que veut lui imposer pour l'étrangler la contre-révolution c'est ça nous ne sommes pas en période révolutionnaire nous ne sommes pas en période contre-révolutionnaire nous sommes dans le conflit des deux c'est ça être dialectique
56:17 et nous retrouvons ma position pérueuse mais non pas comme un point de perfection comme chez le classique La Bruyère de l'ancien régime où il y avait une place pour chaque chose et chaque chose bien à sa place mais comme quelque chose qui est toujours en train de bouger n'est pas et donc première force qui structure notre modernité et qui produit ce qu'il y a de progressisme dans le romantisme et la seconde force qui n'est pas le classicisme classicisme exprime son époque non mais le néo-classicisme auquel j'ai fait allusion c'est pour ça je suis très content de la question d'Algarbra qui nous ramène de nos camarades qui nous ramène à l'ouverture de ces ateliers de la confinitude si je me suis attardé sur le côté parnassien sur la veine parnassienne de Baudelaire en précisant même que c'est pas l'aspect que je préfère chez lui mais pas pour des raisons politiques parce que ça donne des poèmes comme par hasard pas tout à fait aussi profond aussi beau et aussi réussi que lorsqu'il y a les deux quand il y a la perfection
Le néoclassicisme, antonyme du romantisme
57:27 formelle chez lui unie au frémissement de la musique et du parfum c'est pas le contraire de la stabilité minérale je cite au hasard un poème où il exprime un parfum pour montrer l'autre veine le contraire de la beauté avec ses seins de pierre et qui dit qu'elle déteste le mouvement qui déplace les lignes bon lecteur c'est dans un poème qui s'appelle le fantôme sous chapitre du poème qui a plusieurs chapitres le parfum lecteur as-tu quelquefois respiré avec ivresse et lente gourmandise ce grain d'encens qui remplit une église ou d'un sachet le musc invétéré charme profond et magique dont nous grise dans le présent le passé restauré vous avez tout Proust avec avec un parfum dont nous grise dans le présent le passé restauré ainsi l'amant sur un corps adoré du souvenir cueille la fleur exquise vous voyez que là tout est aussi évanescent fluide et mobile qui était impavide et marmoréenne l'incarnation
58:39 minérale de la beauté que j'ai fait parler la dernière fois donc ce n'est pas le classicisme qui est contre-révolutionnaire il est antérieur à la révolution il ne peut pas être contre-révolution il est conservateur le classicisme il n'est pas réactionnaire conservateur veut maintenir le statu quo le réactionnaire il est bien plus dangereux parce qu'il a eu peur et donc il est méchant il a une revanche à prendre et il a une menace n'est-ce pas à conjurer mettez-vous à la place des gouvernements des pays capitalistes en 45 je ne dis pas occidentaux parce que depuis que la terre est ronde dites-moi où est l'ouest j'irai volontiers je déplacerai ma chaise comme le petit prince si vous voulez toutes les 5 minutes pour essayer de rester à l'ouest mais enfin on est à l'ouest où on veut en Pologne on est on est à l'est de l'Allemagne et on est à l'ouest de la Russie on est l'est ou l'ouest comme vous voulez donc je préfère dire n'est-ce pas ce que ces mots cachent les concepts occultants l'Occident je prolonge ma parenthèse
59:49 sur l'étude de ce mot n'est-ce pas mais on vous dira mais c'est allez n'ergotons pas c'est les pays industrialisés ah bon l'Union soviétique et la Chine font partie de l'Occident ah non mince ça va pas non mais c'est les pays européens ah bon je croyais que le leader c'était les Etats-Unis d'Amérique ah zut ça va pas non plus aïe aïe aïe c'est pas les pays industrialisés c'est pas les pays européens c'est et qu'est-ce qu'il y a de commun entre le Japon l'Europe et les Etats-Unis oui c'est le capitalisme et même avec tout un secteur de la production en Chine s'il n'y avait pas n'est-ce pas l'omniprésence de l'état gouverné par un parti communiste qui dit maintenant il y a la surchauffe donc je vais monter
1:00:59 les taux d'intérêt et maintenant je les abaisse pour relancer la dynamique alors et qui tout d'un coup construit deux deux hôpitaux de plusieurs milliers de lits en 48 heures n'est-ce pas et et qui est en train de nous livrer un milliard non non c'est pas une hyperbole la nouvelle certaine nous l'ont apprise aujourd'hui la France vient de commander un milliard de France pays très développé n'est-ce pas très développé on peut faire faire la fusée ariane mais pour faire des masques on emprunte un milliard à la Chine qui fait aussi des fusées voilà donc ce n'est pas le classicisme qui est ici mon antonyme à partir de la modernité apparaît un conflit entre révolution et contre-révolution revenons en poésie entre romantisme mais au sens extensif dans lequel Baudelaire en fait partie à ce moment-là je reviendrai sur cette petite nuance après qui intéresse plus les cours d'histoire littéraire donc pour l'instant je laisse de côté mais l'antonyme ici c'est le néoclassicisme d'ailleurs dès qu'il y a néo il y a un petit côté fascisant qui se profile le néocapitalisme
Parnasse, rêverie de Rousseau, baroque et rock
1:02:10 le néolibéralisme c'est autrement plus attention je veux dire quand ça revient comme ça alors qu'on a déjà comme une ressucée c'est qu'il se passe quelque chose donc j'ai montré que la veine parnassienne de Baudelaire qu'est-ce que le Parnasse ? on l'a dit ça traîne dans tous les manuels le parnass ou l'art pour l'art sont des écoles néoclassiques quand Théophile Gautier écrit Émaux le pluriel d'émail Émaux c'est du dur c'est dur comme le marbre c'est de l'émail c'est pas des parfums des machins non non non c'est pas de l'évanescent c'est pas un grain d'encens qui remplit une église ou d'un sachet le musc invétéré et pourtant Baudelaire est parti de là vous savez que les fleurs du mal sont dédiés pardon dédicacés à Théophile Gautier au poète impeccable magicien ès lettres etc parce que c'est là qu'il a appris à discipliner la forme du vers très bien mais il manquait la vibration la forme parfaite mais qui en plus la vibration et Baudelaire c'est ce miracle d'avoir les deux d'avoir la forme racinienne et j'y arrive je reviens
1:03:20 à nos amis norvégiens et l'intériorité lire ce qu'il y a d'irréversible dans l'intériorisation apportée par le romantisme la profondeur des sentiments et ou de la sensation regardez Rousseau qui est à l'origine au premier surgissement du pré-romantisme lorsqu'il est à l'île Saint-Pierre lorsqu'il dit le flux et le reflux de cette eau son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux suppléé au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi et suffisait pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser il n'y a pas un seul sentiment il n'y a que des sensations frapper mes yeux et mes oreilles me faire sentir mon existence pas réfléchir sur la mélancolie la joie etc oui de Almeida donc j'y arrive je précise donc ceci c'est plutôt néoclassisme qui est illustré aujourd'hui par la vogue de la musique baroque dans le droit
1:04:30 de ce que je viens de dire je ne dis pas l'ombre d'une lettre et d'un seul mot et d'une seule phrase contre le répertoire baroque c'est vous que je dise contre Telemann Vivaldi à fortiori Bach ou l'immense Monteverdi qui arrive à réaliser pratiquement tout l'idéal wagnérien de l'oeuvre d'art total du spectacle de la danse du geste de la musique et du texte mais avec une économie de moyens n'est-ce pas à faire palir l'auteur du crépuscule des dieux avec un clavecin et un quatuor à cordes il a ressuscité avec tout ça la musique ce que les grecs appelaient musique c'est-à-dire la conspiration de tous les arts n'est-ce pas sur la scène non j'ai rien à dire contre ce répertoire mais le fait que ce répertoire revienne à la mode au moment le baroque ou le rock and roll surgissent dans les années 50 n'est pas un hasard je ne fais pas du jugement de valeur là pour l'instant je dis c'est pas un hasard que la modernité avait besoin de ce tempo régulier car c'est ça qui est commun à la musique baroque et au rock c'est pour ça qu'il m'arrive de dire pour présenter le baroque R-O-C-K c'est que ça swing c'est bien c'est en place
Poésie, mathématiques et spirale
1:05:40 ça me rassure ce segment de temps là qui commence il ne m'entraîne pas vers la mort il revient c'est cyclique c'est toujours le même il est régulier ça me fait du bien à moi homme moderne qui est tout le temps revenu allez j'y arrive à l'incarnation de l'homme et là je regarde la question parce que je vais amener une thèse mais je voudrais d'abord je suis sûr qu'elle va répondre aux questions qui viennent la philosophie et la poésie se font avec le langage courant oui ce que l'un de l'homme s'appelle le langage naturel on est d'accord mais la philosophie et la poésie prennent le langage courant avec autant de rigueur et en y cherchant une précision semblable à ce que prétend la science les mathématiques là donc la philosophie et la poésie s'écartent du langage courant et vont à leur façon à la rencontre des mathématiques êtes-vous d'accord ?
1:06:27 oui et non moi je suis parfaitement d'accord avec le fait que poésie et philosophie cherchent toutes les deux à à se servir avec la langue courante à atteindre une rigueur qui n'est pas celle de l'usage courant de la langue courante c'est là où je ne suis pas d'accord il y a un usage courant où là Fabio a parfaitement raison qui se moque de la rigueur alors que je vais lui faire plaisir il m'arrive souvent de dire je l'ai cité la dernière fois à notre ami Thomas Larochefoucault qui est un pilier de notre association et qui est un brillant mathématicien et qui enseigne à des classes supérieures et malgré son jeune âge il m'arrive de lui dire moitié sérieux moitié pour plaisanter que la seule différence entre la poésie et les mathématiques c'est que la poésie est une science exacte Fabio j'espère que je vous fais plaisir en tout cas c'est ce que je pense sincèrement quelque part tant qu'il est vrai mais c'est pas du tout c'est ça ma différence avec ça il me semble deviner
1:07:37 à travers ce que vous dites mais je ne voudrais pas vous faire dire ce que vous ne dites pas je crois qu'il y a une petite critique des mathématiques moi non quand ils restent dans leur champ je n'ai absolument rien au contraire moi je dirais comme Rimbaud il faut être absolument moderne aller à la science et en avant c'est Rimbaud qui dit ça sans doute celui qui a été le plus loin en poésie lui dit rien contre la modernité contre la science soit dit en passant mais je veux dire la mathématique a raison de ne pas essayer d'apporter de la rigueur là où le philosophe et le poète l'amènent parce que c'est quand on essaie de connaître le soleil on n'essaie pas de se connaître soi-même donc il n'y a pas la lutte et je reviens à ma citation de Mallarmé au jeune homme tu remarquas l'homme n'écrit pas lumineux sur champs obscurs seul l'alphabet des astres ainsi s'inscrit les constellations sur la noirceur du ciel l'homme poursuit noir sur blanc pli de sombres dentelles cette part de mystère n'est-ce pas et d'informulé qui reste à l'intérieur même de cette formulation qu'est la poésie
1:08:48 et la philosophie de cette tentative de formulation est la part de péché si je prenais une métaphore religieuse que nous avons en nous d'insuffisance ou de finitude de confinitude dirais-je aujourd'hui n'est-ce pas et je fais ici un détour par c'est pour ça que j'ai fait une allusion au religieux je fais un détour par le livre de la Genèse même ceux qui ne l'ont jamais lu la Bible on a entendu dire n'est-ce pas parce qu'on l'a répété mille fois qu'il est dit que dans l'écriture que Dieu a créé l'homme à son image d'accord alors ça veut dire quoi la plupart du temps on croit vraiment que c'est l'image plastique de l'homme là ça ressemble à Dieu que Dieu a a des poils sur le mollet qu'il a des poils dans les narines n'est-ce pas et qu'il se mouche quand il est enrhumé sans doute voilà donc je ne veux pas déflorer la part du temps plus courte que nos ateliers qui m'est imparti mais j'insiste ici sur le fait que cette part
1:09:59 de mystère c'est une précision mais en laissant dans l'imprécision c'est là où je ne suis pas d'accord quoi le négatif le refoulé sur lequel on rebondit sans cesse pour aller encore au-delà pour se rapprocher encore du vrai pour s'en éloigner de nouveau et c'est pour ça que je le remercie au passage notre webmaster que je salue encore une fois ici avec l'énorme travail de référencement qu'il fait sur nos vidéos Stéphane Ligoza qui est à Bordeaux et qui sans doute nous écoute il a eu la très bonne idée de mettre comme logo je lui laisse toute latitude du site où il concentre mes causeries depuis quelques années il a mis une spirale car c'est ça une spirale ça passe son temps et là je réponds en même temps à nos amis norvégiens à Camille et à Fabio ça va en avant ça revient en arrière ça va en avant ça revient en arrière mais c'est pas pour revenir à zéro ça progresse tout en revenant en arrière il y a à la fois la récurrence et l'avancée c'est ça la spirale c'est la synthèse du cercle réactionnaire et de la droite qui se veut n'est-ce pas
1:11:09 progressiste mais qui ne cumule pas grand chose un peu comme le paysage n'est-ce pas défile dans le rétroviseur sans jamais revenir voilà j'espère que nous avons vous voyez j'ai préféré rester dans les références de la dernière fois pour montrer qu'il y a encore beaucoup de choses à dire avant de vous saouler avec toute une autre série de références merci beaucoup de votre attention de votre patience et de vos questions merci