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Résumé de la saison : la spécificité du discours philosophique
0:00 Merci beaucoup d'abord aux fidèles des fidèles qui sont là depuis la première heure et à ceux qui nous font la gentillesse de nous rejoindre, qui ne savent pas en quoi ils sont engagés. Je les remercie d'autant plus que c'est la dernière saison, c'est comme ça qu'on dit dans les séries, de cette série de causeries qui a pour intitulé « comme vous savez, entre crises et guerres, philosopher ? ».
0:31 La dernière fois j'ai procédé à une esquisse de résumé, lequel est disponible sur la vidéo qui est parue depuis, je crois que c'était le 6 mai, chose comme ça. Et la 2-7 pour parler en termes, 2 c'est la deuxième année et 7 c'est le septième mois.
1:01 où j'avais commencé, où ils retrouveront les grandes divisions, les principales divisions de ce résumé, la nature et origine de la philosophie à titre d'introduction bien sûr, dans lequel je ne vais pas re-résumer le résumé, mais enfin dans lequel j'ai surtout insisté sur ce qui est spécifique à la philosophie et non pas sur les disputes internes entre philosophes qui importent moins ici qu'à mettre en exergue. Non pas l'originalité, ça c'est de la mondanité, mais la spécificité du discours philosophique, pas en jugement de valeur, pas que c'est plus important, que c'est mieux, que c'est plus élevé ou moins, mais par rapport à tous les discours avec lesquels on peut parfois la confondre, sur un large spectre qui va du discours scientifique au discours religieux, en passant par discours poétique, esthétique, vous voyez la philosophie touchant un peu à tout, ça vous Auguste Comte, il disait que le philosophe était le spécialiste des généralités, il était important de montrer qu'est-ce qui fait que malgré leurs différents internes, Platon et Aristote, Spinoza et Leibniz, je veux dire,
2:11 Hegel et Kant, etc., et Nietzsche et Schopenhauer, ont quelque chose de commun qui fait qu'on les appelle philosophes, à tort ou à raison, voilà, et ce depuis Socrate. C'était important, voilà, j'ai rappelé quand même, j'ai centré cette spécificité autour de la figure du patron, du patron au sens où Saint-Christophe est le patron des chauffeurs, comme j'ai dit la dernière fois, c'est-à-dire Socrate, n'est-ce pas ? Il est singulier que cette discipline qui a fait couler plus d'encre que beaucoup d'autres, vous voyez, en 2000 ans de philosophie, tout ce qui a pu être écrit, cette discipline a été initiée par quelqu'un dont on n'a aucun écrit, qui n'écrivait pas, qui n'enseignait pas dans des chaires d'État, et qui interpellait le citoyen dans l'agora, ou au forum, dans la rue, une métonymie, ça peut être au café, il n'y avait pas de café, ni la boisson, n'est-ce pas ?
3:04 Vous voyez les métonymies, ni le lieu où on la boit, mais enfin voilà, dans les lieux publics, même privés de temps en temps, voir le banquet, et encore que le banquet se réunit en privé chez quelqu'un, chez un particulier, chez Agathon, mais à titre public, c'était pour fêter quand même le vainqueur des Jeux olympiques de théâtre. Petit rappel. J'ai donc commencé par cette introduction, après, cette introduction nous a montré qu'on allait boiter pendant longtemps, puisque la philosophie a une jambe qui va vers la gauche, et une autre qui va vers la droite, c'est un peu difficile de marcher comme ça, vous voyez ?
Savoir et sagesse : que puis-je savoir, que dois-je faire ?
3:45 Surtout quand vous arrivez à une carrefour, il faut choisir. Donc, à savoir, elle va du côté du savant, parce qu'elle veut savoir. Comme au CNRS, c'est quoi CNRS ? On cherche à savoir, recherche scientifique, oui ou non ? C'est bien ce que ça veut dire. Puis les physiciens, les chimistes, les mathématiciens, ils ont le savoir, ils ont du savoir, et en plus ils cherchent encore à savoir, c'est bien. Donc on a un bout de chemin à faire ensemble. Tant que philosophia aimait la sophia, pour l'instant je ne traduis pas, mais chacun sait, enfin chacun sait, depuis qu'on le dit, que ça a au moins deux sens, et ces deux principaux, c'est savoir, la sophia, et sagesse.
4:24 Et dans la langue française, comme dans d'autres aussi, on va voir pour les langues germaniques, dans lesquelles je mets l'anglais, en l'occurrence, puisque wise vient du weise allemand, que quand on dit, oh, c'est un vieillard qui a une grande sagesse, ça veut dire qu'il sait, l'appellation traditionnelle du sage, ça veut dire qu'il connaît les plantes, il connaît les pierres, il connaît les animaux, il connaît les champignons, il a une grande sagesse. Dans la langue courante aussi, on trouve la fusion de deux choses qui pourtant n'ont rien à voir quelque part. C'est la visée d'avoir un discours qui correspond à ce qui est objectif et extérieur, ça c'est le côté scientifique, si vous voulez, c'est le savoir au sens strict, et la sagesse qui n'a rien à voir avec la connaissance pure, mais qui en plus se tourne du côté de l'action, est-ce que je fais bien ou mal, et non pas vrai ou faux, vous voyez tout de suite la différence.
5:11 Ce n'est pas le problème du physicien, le bien et le mal quand même. En tant qu'homme, oui, mais pas en tant que physicien. On peut être agrégé de physique et être un fieffé salopard. Et fieffé aussi. Donc, mais toujours est-il que la recherche du bien et du mal, bref, de la sagesse au sens strict, la vie est courte, on n'aura pas le temps de tout savoir, on n'aura pas le temps de savoir combien il y a de feuilles sur l'arbre là-bas, c'est embêtant, je vais mourir avant de le savoir. Hein ? Il y a des priorités à faire, vous voyez.
5:42 Le savoir, c'est ça. Je dis souvent combien il y a de grains de sable dans le Sahara. C'est peut-être parce qu'avoir vécu au Niger, mais attends, dès qu'il y a un petit coup de vent, rien dans notre salon, comme une graine de sable déjà. Il y a des tas de savoirs inutiles, je veux dire. Mais enfin, pour savoir ce qui est utile et inutile, il faut poser une autre question que le savoir, c'est la sagesse. Vous voyez, là, on voit bien la différence. C'est pas seulement que puis-je savoir, ça c'est Kant, le résum qui nous a rendu ce grand service, les deux grandes routes de la philosophie, celle qui marche dans la direction de la réponse à la question que puis-je savoir, et là on partage avec le savant, et celle qui répond à la question que dois-je faire ?
6:28 Est-ce que je meurs avant d'avoir tout su, mais en attendant, là, est-ce que je dois achever ma grand-mère qui a une maladie, inguérissable ? Vous voyez, ça, c'est pas une question de savoir, ça. Et là, c'est pas l'agrégé de lettres ou l'érudit, celui qui est le plus savant, qui va avoir le meilleur jugement. Comment savoir ? Voilà. Donc, mais, avant de passer à la suite de l'introduction, je rappelle quand même que ce qu'on avait retenu de l'introduction, c'est que le philosophe cherche d'abord et avant tout à répondre à la question que dois-je faire, en quoi, là, il se distingue de tout ce qui est scientifique, mais, et là, il s'en rapproche, il veut y répondre sur le mode d'un savoir, pas, comme au café du commerce, sur le mode de l'opinion.
7:15 Voilà. J'ai résumé et rappelé l'essentiel. C'est-à-dire, avec un énoncé qui soit valable partout et toujours, et non pas qui est vrai le lundi et faux le mardi, ou qui est vrai à Paris et faux à Londres. Après, la première grande partie, ça a été la philosophie de la connaissance. Alors là, on a beaucoup parlé de la philosophie des sciences, c'est bien normal, puisque la science reste un modèle dans le domaine de la connaissance stricto sensu, c'est-à-dire dans la recherche, non pas de ce qui doit être, ça c'est la sagesse, je viens de le dire, mais de la connaissance, ce qui est.
7:53 Demander à un singe et à un botaniste de se diriger vers une banane, c'est pas le même rapport. Le singe a un rapport de devoir être à la banane. Qu'est-ce que doit être la banane ? Elle doit être déglutie dans mon estomac, ou au passage, me faire du bien au palais. Il a le droit, le singe. Oui, ça n'a rien à voir avec la connaissance, c'est pas une visée cognitive, le singe. Alors que le botaniste, c'est ce qui est du carbone, de l'anhydride, là, je ne sais pas, ça chaillissait. La banane, c'est un grand chimiste. Ici, nous avons un grand physicien.
Le dogmatique et le sceptique, ennemis du philosophe
8:25 Voilà. Mais enfin, il devait y avoir du CHO, c'est organique tout ça, je présume, un petit peu. Voilà. Alors là, on n'est plus dans l'intérêt, on n'est plus... Le botaniste, c'est pas celui qui est intéressé pour lui-même à la banane. Mais qui veut dire sur la banane des choses qui sont valables toujours et partout, et pas seulement pour lui-même. Voilà. Donc, on a fait ce bout de chemin avec les savants, la réponse à la question que puis-je savoir, et on a essayé de voir comment ils y sont arrivés. C'est important, la science. C'est important parce que face à nos deux grands ennemis, le philosophe a deux grands ennemis, toujours, qui l'escorte, depuis le début, qui existaient avant lui et qui l'escorte, je veux dire, qui étaient là avant Socrate.
9:05 Allez, je vous le dis, c'est le dogmatique et son ennemi, le sceptique. Ils ne peuvent pas se blairer, mais ils sont alliés contre le philosophe qui les renvoie deux à deux. Vous voyez. Le dogmatique, vous savez, c'est celui qui, quand il demande qu'est-ce que la beauté, c'est le Parthénon. Il n'a jamais quitté Athènes. Le sceptique, c'est celui qui dit, mais non, on regarde les femmes hottentotes, qui ont des fesses callipyges, tu vois bien, ça n'a rien à voir avec la Vénus de Milo. Alors, ta beauté, elle n'existe pas, c'est que dans ta tête, tout est relatif.
9:35 Ça, c'est le sceptique. Vous voyez. Alors, il y en a un, il n'a pas se posé la question qu'on puisse savoir puisqu'il sait. La beauté, c'est le Parthénon. Et l'autre, il n'a pas se la posé non plus puisqu'il n'y a pas de beauté. Bon, vous voyez, les deux sont paresseux. Et c'est l'essentiel pour le philosophe, la recherche. Les deux répondent à la question avant de la poser. Pour l'un, la recherche est finie, il la connaît la beauté. Ah, le Parthénon. Oh, la Vénus de Milo. Et pour l'autre, elle est inutile, la recherche.
10:06 D'accord ? Parce qu'il n'y a pas de vérité, il n'y a pas de truc. Vous connaissez aussi, c'est ceux qui font les malins. Bon, nous avons vu que la seule différence entre les deux, c'est qu'il y en a un qui est resté à la maison et l'autre qui a un peu voyagé. Mais qu'on reste à la maison ou qu'on voyage, et si on se sert de ses yeux, on ne se sert que de ses yeux pour savoir, on reste en erreur. Il y en a un qui ne voit que le Parthénon et l'autre qui a vu un peu plus, n'est-ce pas, de forme de beauté. Jusqu'à ce qu'il y a un Socrate, n'est-ce pas, qui leur rappelle que quand on dit c'est beau, que ce soit l'Hottentot qui dit ça, de la femme Calipige ou de l'admirateur de la Vénus de Milo, c'est que ça veut dire ça me plaît, si ça me plaît, c'est que ça satisfait un désir.
10:43 Si ça satisfait un désir, il ne faut pas le chercher, la clé de la beauté à l'extérieur avec les yeux. Et donc, peu importe la différence des formes, des saisons, des pays, des climats et des cultures, ce qui est important, c'est de savoir quel est ce désir qui fait que j'ai un plaisir que j'appelle beau, qui est bien différent du plaisir que j'ai soit à manger, soit à être satisfait d'un outil avec lequel j'ai pu fabriquer un meuble, voilà. Un plaisir spécifiquement esthétique, mais qui, en tant que si, ça me plaît, c'est beau, ça me plaît.
11:13 Elle est belle, elle me plaît. Il est beau, il me plaît. Ça s'appelle une implication mathématiquement. Et si ça me plaît, autre implication, c'est que ça vient satisfaire un désir, que j'en ai conscience ou pas ne change rien à l'affaire. Voilà. Donc, vous voyez les deux ennemis qui précèdent, bonjour, qui sont antérieurs à la philosophie, parce que mon dogmatique et mon sceptique, vous les connaissez, vous les rencontrez au café du commerce tous les jours, enfin, vous n'allez peut-être pas au café du commerce, moi j'aime bien, ne croyez pas que je fasse de l'antipopulaire.
11:44 La mode est à l'antipopulisme, donc je prends la défense du café du commerce, il n'y a pas de raison, contre les ordures qui s'insurgent, contre le populisme et qui sont menacés, ils appellent populistes tout ce qui menace le statu quo, c'est la nouvelle mode. D'ailleurs, vous savez, il n'y a plus que deux théories, la théorie officielle et tout le reste c'est théorie du complot. Si vous contestez la théorie officielle, vous êtes dans la théorie du complot. Il n'y a plus rien entre les deux, vous êtes d'accord ? Sauf ici, vous avez le droit d'avoir une tierce opinion, qu'il ne soit ni celle de France 24 et de France Culture ou de Canal Plus, c'est pareil, de TF1, ni non plus, n'est-ce pas, celle des...
12:24 qui voit les Illuminati, les Francs-maçons, les Juifs et tout ça sur Internet, responsable de tous nos maux. Donc, insistons bien sur ce point-là, vous les connaissez, le dogmatique et le sceptique, ils étaient là avant la philosophie, c'est ce qu'on appelle la doxa en grec, pour faire les malins, l'opinion. C'est un discours qui peut être intéressant des fois et puis qui peut même être très intéressant lorsqu'il... pour faire le malin, pour séduire, ou pour se plaindre, peu importe, je veux dire, il n'a pas une visée de vérité au départ, n'est-ce pas, c'est plutôt une vérité de pouvoir, d'exercer un ascendant sur un public, c'est l'opinion.
La science comme modèle et les limites de l'empirisme
13:05 Par contre, nous sommes attachés, je l'ai dit il y a dix minutes, à répondre à la question que dois-je faire sur le mode d'un savoir. Voilà. Et nous avons commencé par la réponse en nous demandant comment... Oui, la science est donc privilégiée, elle est arrivée au savoir comment elle a fait. Vous voyez pourquoi le philosophe s'intéresse à la science, ce n'est pas pour faire la même chose, c'est pour voir... D'abord, c'est pour prouver aux sceptiques qu'il y a un savoir, si A égale B, donc B égale A, c'est un savoir, ce n'est pas subjectif, ce n'est pas machin, ce n'est pas ci, ce n'est pas cela, ce n'est pas relatif, c'est intéressant.
13:42 Et puis, tout ce qui s'ensuit, ça s'appelle les relations d'équivalence en mathématiques. Si Pierre est le frère de Paul, si Pierre est le frère de Paul, Paul est le frère de Pierre, et ainsi de suite. Et les droites parallèles entre elles, pareil. Il y a plein de choses comme ça qui sont de l'ordre, non pas seulement de la certitude, mais de la vérité. Vous commencez à voir la différence, la certitude, c'est dogmatique. Je suis certain que je suis sur le plancher des vaches, vous voyez que ça ne bouge pas, ça bouge à 30 km secondes autour du soleil.
14:12 Vous voyez, ça c'est la vérité. Il a fallu des millénaires pour passer de la certitude à quelques vérités. Il faut être humble. C'est l'héroïque, patient et laborieux chemin des sciences. Il ne faut pas les mépriser. Et ça, parce qu'on était très pauvre, c'était à la mode de les mépriser. Déjà Goethe qui s'inquiétait des mouvements romantiques, d'excellent sens de romantique puis un sens dangereux. Celui que voyait bien Goethe, comme son pote Hegel, quand Goethe disait, il fait dire ça, il fait dire ça au prologue de Faust, quand il dit à Méphistophélès, si je méprise la raison et la science, les dons les plus élevés de l'humanité, tu te donnes au diable et tu es perdu.
14:56 connaissait son Allemagne. Goethe. La France a des problèmes, l'Allemagne est un problème. Moi qui dis ça, c'est un grand historien de l'Allemagne. Je ne peux plus empêcher de dire problème, excusez-moi. Donc, la seconde partie, la première partie de la philosophie, la connaissance, la première partie, de la première partie, l'empirisme. On a essayé, c'est la rumeur qui court, les sciences y sont arrivés parce que la différence de ce qu'ils spéculent comme les philosophes ou les rêveurs ou les gens de l'opinion qui disent n'importe quoi, eux, ils se basent sur l'expérience.
15:31 On a vu que c'était faux. Si on se basait que sur ce qu'on voit, ce qu'on touche et ce qu'on sent, on continue à dire la Terre, je regarde bien, mais on ne le bouge pas. Je le regarde, mais on ne bouge. Ce n'est pas comme ça qu'ils y sont arrivés. Vous rendez compte des tonnes d'équations, des pages, des pages d'équations de géocentrisme. C'était foireux. Ça ne correspondait pas aux observations du tout. Oui. Et Galilée passe son temps à dire, il y a eu des études là-dessus, je vous ai renvoyé aux références des admirables études galiléennes de Koyré, Alexandre Koyré, un grand épistémologue des années 50.
16:07 K-O-Y-R-E. Il a fait du monde clos à l'univers infini. C'est un titre célèbre, par exemple. Et les études galiléennes. Et Galilée, il insiste, Galilée, presque toutes les trois pages, il dit, je ne me contente pas de le prouver avec mon télescope, on disait la lunette de Galilée. Mais il faut que je trouve la loi mathématique qu'il en rende compte. Vous voyez ? Sinon, il n'était pas satisfait. C'est un vrai savant. Ce n'est pas par coup de pot comme ça.
16:37 Je dirais même, je vous prendrais un exemple qui montre les limites de l'empirisme. Je pense au cas Neptune. Tous ceux qui sont un peu intéressés à la philosophie des sciences connaissent le cas particulier de Neptune qui a été découvert très tardivement par les astronomes, par Le Verrier en particulier au début XIXe siècle. Au 18e, début XIXe, Le Verrier. Or, ce n'est pas qu'il avait une vue plus exercée. Il ne s'appelait pas Oeil de Lynx, ce n'était pas un chef Apache, Le Verrier.
17:07 Il n'avait pas un télescope qui était le plus puissant de son époque. Je vais même vous dire, il a été prouvé depuis que Neptune avait été vu avant lui. Seulement, comme dans les théories de l'époque, il n'était censé y avoir rien dans cette partie-là du ciel, on fait comme si il n'avait rien vu, comme si c'était une erreur sur le télescope. C'est extraordinaire. Alors que lui, il savait qu'elle existait avant de la voir. Savoir avant d'aller voir. Parce qu'il y avait des déformations, vous connaissez un peu l'histoire, dans les autres mobiles du coin, Mercure, le retard, il fallait faire des équations un peu plus compliquées, mais enfin, je vais dire, tout à fait à la portée des mathématiques newtoniennes, leibniziennes, c'est-à-dire cette affo-barbarisme de l'époque.
17:53 L'époque, pour savoir qu'étant donné le retard, il faut un corps d'une masse de tant et d'une distance de tant pour produire une déformation pareille. Et donc, cette planète a été déduite avant d'être vue. Un bel exemple du concevoir qui précède le voir. Ne faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'ai pas dit que je méprise l'expérience et que les sciences n'ont pas besoin d'expérience. Je suis en train de dire que l'expérimentation scientifique est une chose magnifique et très compliquée. Elle suppose énormément de théories préalables. Sinon, c'est de l'expérience au sens courant.
18:24 Mon grand-père, qui a l'expérience, sait bien que les juifs et les corses ne savent rien. Bon, il y a plein de gens qui parlent comme ça. Les arabes, les noirs. Voilà, il y a expérience. La langue est riche. Profitons-en pour bien distinguer l'expérience au sens courant dans laquelle on veut réduire d'une manière très simplificatrice, voire tendancieuse et idéologique, la science et de l'expérimentation. Là, vous voyez, il y a une fiction qui suppose un acte, l'acte de l'esprit qui ne se contente pas de recevoir passivement comme un miroir les sensations qui me viennent comme ça, comme un chien qui a remué la truffe pour être en contact avec l'univers.
Du rationalisme au déterminisme
19:03 Non, mais c'est mignon, le chien qui remue la truffe, ce n'est pas la question. Mais vous savez bien qu'elle n'est pas faite pour la connaissance, la truffe. Elle est faite pour la nourriture et pour la femelle. Elle est faite pour l'action, pour les valeurs. Voilà. Donc, on a abandonné l'empirisme assez vite tout en gardant ce qu'il nous a apporté et qu'il est le seul à apporter. C'est le réel. En contact avec le réel. Et on s'est tourné vers son antithèse, je vais très vite, le rationalisme où là, on ne part pas des choses mais des mots.
19:34 Non pas des sensations, des impressions mais des énoncés. La science, elle commence avec la mathématique. La mathématique, elle commence avec des énoncés. D'abord, elle ne commence pas par nous montrer des couleurs, des formes, des odeurs. On ne va pas, non ? On commence par dire, je ne sais pas moi, le tout est plus grand que la partie, par des axiomes, des définitions, des postulats, ce qu'on appelle des notions premières à partir desquelles on va pouvoir déduire un maximum de notions démontrées. donc c'est toujours des discours. Soit des discours dérivés, donc démontrés, soit des discours premiers qui ne sont pas démontrés mais qui servent à démontrer tous les autres.
20:10 Le but du jeu étant qu'il est le moins possible des discours non démontrés au départ et qu'il est le plus possible, n'est-ce pas, de notions démontrées. Dans ce cas-là, on dit que la théorie est performante, elle est puissante. Vous voyez comme c'est symétrique. On part des choses avec l'empirisme, là on part des mots. L'empiriste, on avait vu avec l'astrologue qui regardait dans l'Antiquité orientale qui essayait de voir les étoiles sur une tour de 30 mètres pensant qu'il la verrait mieux, est un quelqu'un qui essaie de connaître un quelque chose, qui interroge un quelque chose.
20:45 On n'a jamais vu un quelque chose répondre à un quelqu'un. Je pense bien que la table ne va pas me répondre si je ne sais pas ce que c'est qu'une table. Et on a vu qu'au pied du ziggurat, il y avait un petit bonhomme ventru barbu qui s'appelait Socrate qui disait, non pas à l'étoile ou à la planète, mais à l'astrologue, qu'appelles-tu le soleil ? Qu'appelles-tu l'étoile ? Qu'appelles-tu une planète ? Et là, c'est un quelqu'un qui s'adresse à un quelqu'un qui peut lui répondre. On peut se corriger. Vous voyez, ce sont des différences énormes. J'ai pas mal développé la suite, la dernière fois, donc je vais beaucoup plus vite.
21:16 Et donc, on est passé de l'empirisme au rationalisme. Ce faisant, on a obtenu ce qu'on n'avait pas avec l'empirisme. Enfin, des énoncés de vérité, alors que dans ce fleuve qui coule tout le temps, celui des sensations, c'est Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, le monde des sensations, le monde de l'empirie, le monde de l'expérience courante, c'est le monde du devenir permanent. mouvement, comment il dit l'autre, qui ne naît ni ne périt jamais, enfin, où tout s'écoule sauf le devenir lui-même.
21:54 Parce que Héraclite avait déjà très bien vu avec la figure du fleuve, que toute réalité empirique est à l'image d'un fleuve, un flux, dire aujourd'hui, un flux de sensations. Je ne peux même pas dire que Socrate est jeune, il a déjà vieilli quand je l'ai dit. Alors, les Grecs, c'est attention à des trucs comme ça, ils ont bien entraîné l'esprit. Donc, on est passé au rationalisme et on a obtenu les vérités. Je vais vous donner des exemples, si A égale B, alors B égale A. On est content, là. Ça, c'est du certain. Il se voit là partout. Il m'en a perdu la réalité.
22:24 Qu'est-ce qu'on va mettre à la place de A et de B ? Soir, mathématicien, il renvoie ça aux physiciens, aux chimistes. Pas son problème. C'est un peu comme ça, les mathématiciens. Un peu, non. On en a besoin. Je dis du mal de personne. Voilà. Mais c'est vrai. Et même en mathématiques, un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, Bertrand Russell, Russel, quand même, un Principia Mathematica, il est solide, un ami de Wittgenstein, disait, la mathématique est un discours où On ne sait jamais de quoi on parle, ni si ce qu'on dit est vrai.
23:00 Vous voyez ? Il ne croyait pas qu'il critiquait les mathématiques, ce n'était pas son genre. Au contraire, c'était pour montrer leur force. Donc voilà, on a été bien embêtés dans notre parcours philosophique. Avec un, on a la réalité, mais on ne peut rien dire de vrai dessus. Avec l'autre, on a une vérité, mais on ne sait jamais à quoi ça correspond dans le réel, théorique pur. Et puis, on a été délivré par le troisième moment de la philosophie de la connaissance, c'est toujours dans le grand 1 de la réponse à la question que puis-je savoir, grand 1, petit c.
23:31 Petit a, l'empirisme, petit B de Rationalisme, petit c, synthèse, le déterminisme. Je ne l'écris plus au tableau, je l'ai fait la dernière fois, c'est simple, le déterminisme. Ah, l'idée géniale que, c'est bien simple, les choses, elles s'enchaînent dans la réalité, en dehors de ma tête, les planètes, les étoiles, ça s'enchaîne exactement dans le même ordre des propositions des mathématiciens scrupuleux ou d'un logicien scrupuleux. Vous voyez, c'est Spinoza qui disait que l'ordre et la connexion des idées est le même que celui des choses.
24:02 Et que l'implacable nécessité par laquelle la Lune tourne autour de la Terre, en fonction de la loi Newton, parce qu'en fait, la Terre a une masse plus grande, on n'a pas le choix. On n'est pas dans le monde de la liberté, laisser les écolos parler de la nature et des conneries comme ça, mais la nature, c'est le monde implacable, n'est-ce pas ? La liberté n'a pas de place, ne manquerait plus que ça, c'est le rapport de force. D'ailleurs, quand vous êtes en physique, on a un physicien. La première notion qu'on apprend, c'est toujours la force en école physique. Quand on commence en physique, on est bien d'accord. C'est l'invariant. Moi, j'ai appris ça, c'est ringard.
24:35 Oui, un invariant. On commence par la force. Après, on regarde la force et en certaines distances, on fait le concept de travail. Et après, combien de temps on a mis à faire ce travail ? C'est le concept de puissance. Parce que déplacer ça en trois secondes ou en trois heures, c'est quand même pas la même chose. Mais on est parti de la force. C'est la notion fondamentale de quoi ? De phousis. Phousis, ça veut dire nature en grec. Voilà ce que je voulais rappeler au passage. Heidegger va dire oui, oui, oui, mais les Romains, on n'a rien compris en traduisant physis par natura.
25:06 C'est la traduction de nature. La phousis, c'est la nature. Et donc, on a une approche scientifique, et non pas délirante et fantasmatique, poétique, ça peut être très joli, de la nature que depuis qu'on y a introduit le concept de force, pas la sensation de force, la sensation de force. Moi, je l'ai des fois, je suis un rigolo. Voilà. Non, le concept de force ou des concepts comme celui d'accélération. vous, vous savez, intéressez-vous à ça. C'est intéressant le concept d'accélération.
25:43 Je vous dis ça parce que, vous voyez, là, on a l'impression que tout est immobile. En fait, parce que, alors j'ai dit que tout ça se déplace à 30 km secondes. Oui, mais comme ça se déplace à la même vitesse, on a l'impression que c'est immobile. Vous voyez, en physique, on s'en fout que ce soit au repos ou au mouvement, c'est pareil. le problème, c'est l'accélération. Tous ont la même accélération, celle de la Terre qui les emporte. C'est tout. Mais s'il y en a un qui change de vitesse, soit en moins, soit en plus, c'est ça une accélération, soit positive.
Thalès, les moments, et l'universel contre le relativisme
26:14 Nous, dans notre langage grossièrement empirique, l'homme de la rue, moi le premier, accélérer, c'est aller plus vite. Non, ça peut être ralentir en physique. L'accélération négative, intéressant comme concept. Voilà, donc on a le déterminisme, ça y est, on a répondu à la question que puis-je savoir. n'est-ce pas ? Et c'est pas mal, on a fait un grand périple, on a mis des siècles, des millénaires, n'est-ce pas ? À faire en sorte que, je vous ai donné l'exemple de Thalès la dernière fois, n'est-ce pas ? À qui les, c'est peut-être une légende, c'est sans doute une légende, il y a toujours des rivalités entre les cultures, vous savez, les égyptiens, les grecs, les orientaux, encore maintenant, les grecs et les turcs ne peuvent pas se blairer.
26:53 Alors, il paraît que Thalès, voyagé en Égypte, comme tous ceux qui étaient instruits en Grèce, ils savaient bien qu'il y avait quand même 3000 ans d'avance, donc il fallait un peu écouter, voir un peu les prêtres d'Égypte. Et les égyptiens avaient dit, disons, toi le grec qui est si fort, il était déjà précédé par ses exploits théoriques, va donc mesurer la pyramide, la grande pyramide, sous-entendu, à 50 degrés à l'ombre, vous voyez, avec un double décimètre, c'est quand même un challenge. Et Thalès a répondu, l'ombre de Thalès mesure la pyramide.
27:25 Il n'y a pas besoin de monter. Il avait déjà découvert les triangles semblables, les homothéties, je crois que ça s'appelle. Vous me corrigez quand je dis des conneries. C'est scientifique. Ça m'arrive. Je ferai un jour une émission spéciale sur mes erratas. Quand je visionne, je vois des tas de... Au passage, c'est un verdeau dans un standit de forêt par rapport à toutes les bêtises que je dis des fois, mais... J'ai répété, répété à satiété la dernière fois que le beau-frère, que le Minotaure, comme le Morholt, l'ex-amant d'Iseut, donc celui d'Ariane, celui d'Iseut, avait la même relation de beau-frère.
28:05 Vous vous rappelez ? Non, c'est de demi-frère que je voulais dire. Ils ont la même mère, ils n'ont pas le même père. Je suis fourché entre beau-frère et demi-frère. Je le dis avant que les anthropologues ne me tombent, les historiens ne me tombent dessus. Les mythologistes. Donc, voilà, on a le déterminisme. Thalès, vous voyez, savoir avant d'aller voir. Puis vous savez que n'importe quel astronome de maintenant peut prévoir les éclipses qu'il va y avoir dans les milliers, même des millions d'années.
28:36 Comme il sait, celles qui ont eu lieu, c'est fantastique, le pouvoir d'anticipation de l'esprit. Le réel obéit à une pensée bien ordonnée, à une pensée non contradictoire. C'est ça, c'est ça la découverte du déterminisme. On fait des efforts énormes comme un insecte qui se bugne sur une vitre pour sortir pendant des millénaires en tentant des expériences, des trucs, des alchimistes, vous savez, les pauvres vieux. Ils sont efforcés à chaque fois de trouver l'or ou surtout comment faire en sorte que le seigneur, le roi, pour qui il est payé, pouvait guérir son impuissance et se taper des jeunes vies. C'est ça, c'est les deux grands secrets.
29:07 Vous allez voir tous les marabouts en Afrique, ça tombe toujours autour de ça. Comment retrouver la vigueur et le filtre dans Tristan. C'est le filtre, c'est pour le vieux roi Marc, pour qu'il puisse y arriver. Bon, vous voyez, ce n'est pas des visées théoriques au départ. C'est trop pressé, ces choses-là. Alors que par le long et patient détour de la théorie froide, l'homme s'est approprié le réel. Voilà. C'est une grande... Je suis sérieux. Empirisme, rationalisme, déterminisme sont des pas en avant. Chacun a été nécessaire. Il n'y a pas un qui a tort, l'autre qui a raison.
29:38 C'est ce qu'on appelle des moments en philosophie. Surtout chez Hegel qui aime beaucoup ce concept qu'il a emprunté à la physique. C'est un terme newtonien au départ, le moment. Je rappelle qu'un moment cinétique, c'est deux forces d'égale intensité mais de direction opposée. Une poignée de porte, c'est un moment. C'est très dialectique, ça. Vous voyez. Voilà un moment. Ça, c'est en train de tomber vers le centre de la Terre et puis il y a la table qui s'y oppose en sens inverse. C'est un moment.
30:10 La dernière fois, je vous ai dit une chose sur laquelle on va rebondir tout à l'heure. Si chaque fois qu'on met la vérité au défi, je pense aux sceptiques, ici, d'une manière insidieuse et idéologique, en la comparant au relativisme culturel, oui, ça, c'est valable dans notre culture, mais chez les Bantous, c'est exactement l'inverse, etc., comme s'il n'y avait pas de valeur humaine. Dans les 60-80 dernières années, on a dissous l'humanisme progressiste dans le relativisme culturaliste.
30:41 C'est grave, ce que je dis. Parce que la barbarie monte partout, vous savez bien. Ça monte tellement maintenant que tout le monde le sait. Électoralement. Quelles sont les forces qui progressent ? Ce n'est pas la plus rassurante. Je ne dis pas en France seulement, mais c'était qu'en France. On a essayé de faire croire qu'il n'y avait qu'en France. Maintenant, on se réveille, c'est dur. En Autriche, on a frôlé le président nazi. En Autriche, la patrie d'Hitler. Ce n'est pas si vieux, tout ça.
31:12 Ah oui, ce n'est pas comme les Allemands. Les Allemands, ils sont un peu coupables. Les Autrichiens, pas du tout. Vous discutez avec eux, ils disent qu'ils ont été victimes. C'est terrible. Pourtant, vous regardez Hitler rentrer en Autriche, c'est la joie, c'est la liesse. Quand il rentre à Prague, tout le monde pleure. Comparé. Bon, je ne vais pas faire du racisme, que les Autrichiens sont bons, les Tchèques sont bons, etc. Pas du tout ce que je veux dire. Mais tout de même, voilà, il ne faut pas non plus exagérer. Donc, il y a des forces graves qui montent et qui se basent beaucoup sur ce genre de relativisme des cultures, etc.
31:47 Et donc, c'est devenu presque incongru de défendre la notion d'homme d'universel. Burke, pour ceux qui le connaissent, c'était un penseur anglais contre-révolutionnaire dès les toutes premières années du 19e siècle, la fin du 18e, n'est-ce pas ? Il était terrorisé par la propagation des idées françaises, comme on disait à l'époque. Je ne suis pas pour la France ou contre la France, chacun se transforme.
32:17 Il y a la France de Gaulle, il y a la France de Pétain, on a toujours le choix. Je dis ça parce qu'il y en a qui croient que le débat, c'est pour la France ou contre la France. C'est quand même dingue, sans préciser quelle France. C'est quand même ça le problème politique. C'est quelle France. Bon. Oui, ce Burke-là, qui lui, alors carrément, contre les idées françaises, on disait à l'époque, sans l'émancer, disait, moi, j'ai rencontré des hindous, j'ai rencontré des grecs, j'ai rencontré des turcs, je n'ai jamais rencontré l'homme. Les petits malins.
32:47 Et je vous ai raconté, dans le même genre, je fais toujours ma diatribe antiseptique, parce que c'est le mi-prioritaire actuellement. Quand j'étais en... J'ai vécu quelques années en Afrique subsaharienne, et donc, quand il y avait des hommes d'affaires qui déboulaient là-bas, souvent ils disaient, allez demander à Pagani, ils connaissent bien l'Afrique. Comme si par imprégnation, comme j'y ai vécu des années, j'avais un jugement plus lucide et plus objectif. Alors qu'il y en a qui sont restés 50 ans en Afrique, des Blancs, qui n'ont toujours rien compris, même moins que jamais. C'est un autre problème. Toujours est-il que moi, je m'en acquitte, puisqu'on me pose des questions, je réponds.
33:19 Et tous, ils avaient les mêmes questions. Alors, qu'est-ce que je dois dire là ? Comment ils sont... Avec leur femme, je fais quoi ? Est-ce qu'il faut laisser un pourboire ? Bref, ils me posaient des questions comme si on avait affaire à des martiens. Comprenez ce que je suis en train de dire. Et moi, je leur disais que j'allais leur dévoiler un grand secret, mais surtout qu'ils ne le répètent pas, c'est que les Africains, ils ont envie que leurs enfants soient en bonne santé, qu'ils aillent à l'école, qu'ils aient un bon boulot et qu'ils rapportent à leurs parents un peu d'argent de temps en temps.
33:50 Ils retombaient les bras ballants et déçus. Bref, les Africains étaient des hommes d'après moi. Vous voyez ? Ils attendaient une identité et moi, je leur réponds l'universel. Tant merdant, c'est frustrant. Voilà, je voudrais réhabiliter un peu. Un triangle maudit depuis mai 68. J'adore juin 68, le triple mandismeil, tout ça. Non, non, je parle de mai 68, c'est une espèce de saloperie dont on n'est pas encore sorti malgré la crise qui essaie d'en sortir, c'est ça l'enjeu. Qui nous a foutu le néolibéralisme, qui a vu l'inauguration du capitalisme financier, parce qu'un capitalisme est capitalisme, je veux dire.
« Connais-toi toi-même » : un rapport au monde médiatisé
34:26 Donc, ce triangle maudit, je ne l'ai pas encore énoncé, mais vous vous en doutez, ces trois sommets sont l'homme, je l'ai déjà dit, l'universel, je viens de l'esquisser, et le progrès. Et vous doutez bien que ces trois notions sont liées. Vous enlevez l'un, les deux autres s'écroulent. Donc, on aura tellement l'occasion d'y revenir, que je ne vais pas insister là-dessus, j'en suis encore au résumé. Nous en étions là, voilà, on a fini de répondre à la question que puis-je savoir, ne faites pas dire ce que j'ai dit, on a encore tout à savoir, philosophiquement.
34:59 Mais enfin, vous voyez, on a fait ce bout de chemin avec la science-là. Et là, on est obligé de se séparer. Parce qu'avec le déterminisme, ce n'est pas seulement qu'on est arrivé à une espèce de perfection. Ça continue, on n'a pas tout déterminé, heureusement, mais on connaît la méthode. Puis maintenant, il y a un déterminisme statistique, non pas mécanique, je ne veux pas raffiner, quanta, c'est ça, en gros. Il y a plus de probabilités, mais enfin, je veux dire, ça ne veut pas dire que c'est moins précis qu'avant, au contraire. c'est même beaucoup plus précis.
35:30 Et donc, on ira toujours vers de moins en moins de marge d'erreur, de plus en plus, non pas seulement de certitude, au sens subjectif, mais de vérité objective dans les choses. Et voilà, notre patron Socrate, il avait rappelé qu'à l'entrée de l'oracle de Delphes, un des rares lieux sanctuaires où tous les Grecs se chamaillaient pire que les Français, tout le temps, s'unissaient. Il n'y avait pas tant de six trucs pour les unir. Les Jeux Olympiques, la langue, la religion, la mythologie.
36:03 Et donc, Delphes, dont les Grecs disaient que c'était le nombril du monde. À l'entrée du lieu de l'oracle qui est marqué « Connais-toi toi-même ». Et ce n'est pas ce qu'on est en train de faire, en étudiant les satellites de Jupiter. Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire. Je ne serai pas là s'il n'y avait pas eu tout ça. S'il n'y avait pas eu de science. Vous non plus. Mais je dis que la recherche philosophique ne peut pas s'arrêter là. « Connais-toi toi-même » c'est te rappeler qu'il n'y a pas que des objets autour de nous. Il n'y a pas que des quelque chose. Il y a aussi des quelqu'un.
36:36 Et que je suis plus souvent en relation avec des quelqu'un qu'avec quelque chose. Et même que ma relation aux choses est toujours médiatisée par des quelqu'uns. C'est même ce qui est spécifique de l'homme. Même quand je mange, il faut que je mange à table, entre convives. Dès que je suis seul, j'ai moins d'appétit. Je crois que ce n'est pas un cas personnel. Vous êtes d'accord. Je vais dire en gros. En gros. on parlait tout jeune comme ça. Ils sont toujours morphals. Mais comme ça. Statistiquement, vous verrez, ça vient. Voilà. Je vais dire la cigarette, le calumet de la paix, le pétard qu'on se passe.
37:10 Je ne sais pas. Le verre d'apéro. Dans toute société, c'est comme ça. En Afrique, c'est les vieilles femmes qui fument la pipe. C'est intéressant. Elles ont de longues pipes comme ça, de longues volées qu'elles trempent dans le même foyer en pierre, des pipes en pierre. Pour papoter ensemble. Donc, il y a toujours un triangle magnifiquement humain. Moi, la chose, l'autre. Moi, l'autre, la chose. À l'image du langage. Parce que je viens de résumer le schéma du langage.
37:41 J'ai tellement parlé du langage dernière fois que je ne vais pas trop insister là. Mais qu'est-ce que c'est qu'un mot ? C'est ce qui me sert à désigner quelque chose à quelqu'un. Même triangle. C'est notre rapport typiquement humain aux choses, c'est-à-dire un rapport médiatisé, pas immédiat. Je parlais de la truffe du chien tout à l'heure, c'est un rapport immédiat au monde dont le chien a besoin et qui lui suffit dans sa, comment on dit, son biotope. Dans son univers un peu clos, un peu restreint, ça lui suffit. Je ne suis pas en train de le plaindre. Loin de là. Mais nous, notre rapport au monde, il est médiatisé.
38:16 Moi, je vous dis panthère. Vous n'avez pas d'odeur de panthère, il n'y en a pas. C'est ça la différence avec l'animal. Ce n'est pas un signal que je suis en train de vous véhiculer. Parce que les animaux ont le signal. Vous savez, quand les animaux sentent le feu dans la brousse, quand ils sentent l'odeur de la fumée, ils savent que c'est le signal du feu. Vous ne vous inquiétez pas pour ça. Mais il y a loin du signal au signe, comme j'ai dit panthère. Il n'y en a pas et vous, vous avez déjà une représentation. Elle n'est pas là et elle est là. Ça, c'est le monde du signe. C'est le monde du langage.
38:46 Au point que Hegel est allé jusqu'à dire, je l'ai cité la dernière fois, je le répète, que l'homme est le concept même existant. Le concept, c'est Logos. L'homme est le concept même existant. Pas dans le monde des essences, mais dans le monde de l'existence. Et deux fois, il a dit ça à Hegel, cette définition, pour l'homme et pour le temps. Le temps est le concept le même existant. Voilà. Comme un peu sans tirer là-dessus, je le dis pour les chercheurs, que Hegel a le même prédicat pour l'homme et pour le temps.
39:16 L'animal est dans l'éternité. Il endure du temps. Comme dit un poète magnifique qui s'appelle Rilke, que certains d'entre vous connaissent un peu, nous nous sommes toujours inquiets parce que nous avons la mort devant nous, l'animal a toujours son avenir derrière lui. Il s'avance dans l'ouvert. C'est un très beau poème de Rilke. Voilà. C'est pour ça qu'on dit en français un imbécile heureux. On dit il est bête pour dire quelqu'un qui est idiot. Ça veut dire qu'il est animal. Allez, les deux sont valables. Donc, voilà, on a fait ce tournant.
39:47 On a fini la connaissance, le déterminisme du monde extérieur. Mais quant à soi, on a vu que ce n'est plus de l'ordre de la connaissance seulement, la connaissance de soi. On passe au domaine de l'action. Parce que se connaître soi-même, ça ne veut pas dire je cesse de regarder le soleil, je cesse de faire des équations, je me prends la tête comme le penseur de Rodin. Comme disait Auguste Comte, on ne peut pas être à la fois au balcon et se regarder passer dans la rue. Ce n'est pas ça, se connaître soi-même. Il y a longtemps que l'homme existe. Ça fait quelques dizaines de milliers d'années qu'il existe en tant qu'hommes et même en tant qu'hommes sapiens.
40:17 Donc, nous avons mis du temps à comprendre qu'il fallait faire comme les scientifiques. Juger sur pièces, juger sur des choses expérimentables. Expérimentables, je n'ai pas dit sensibles, immédiates. Expérimentables, c'est-à-dire transformer notre approche de telle manière qu'on puisse avoir un matériau objectif. Donc, il fallait faire de l'anthropologie en flagrant délit, comme j'aime bien dire. Et c'est comme ça qu'on a commencé à faire des commentaires de textes et qu'on a arrêté de faire le cours magistral. Car l'homme s'exprime.
40:48 l'action humaine, elle est matérialisée. Tenez, ça, c'est l'action humaine. Ça aussi, ça aussi. Vous êtes d'accord ? Cristallisée, comme dit Marx. La valeur, c'est du travail cristallisé chez Marx. Et donc, je n'ai apporté que des lectures, là, aujourd'hui. Parce que, vous savez, c'est le dernier cours, même au collège, je ne sais pas vous, ma génération, c'est comme ça, au dernier cours, le trimestre, c'est ça. Le prof disait, aujourd'hui, chacun récite le poème qu'il veut, ou des trucs comme ça, c'est un peu cool.
Présentation de la Contribution à la critique de l'économie politique
41:19 Alors, j'ai apporté plusieurs textes, mais qui vont se frotter les uns aux autres, qui n'ont rien à voir. Vous allez voir. Et puisque j'en suis à Marx, on me reproche souvent de jamais citer Marx alors que j'ai l'air d'être marxien. Je n'ai pas seulement l'air. Mais enfin, je vais vous citer le texte où il y a plus de marxien dans le moins de lignes. Parce que, comme je sais que vous n'aurez pas souvent l'occasion d'entendre du Marx, je profite pour en donner un max. Un max. Alors, c'est la fameuse introduction de 1859 à la...
41:51 Ecoutez bien. Contribution à la critique de l'économie politique. C'est ça le titre de Marx. Contribution à la critique de l'économie politique. D'abord, modestie, contribution. Voilà. C'était le titre initial du Capital. C'est pour ça que j'insiste. Avant de l'appeler Capital, ça devait s'appeler critique de l'économie politique. Et ceci est censé en être l'esquisse. Donc c'est le Marx, vraiment, qui possède toute sa batterie de concepts. Ce n'est pas celui des tâtonnements du début, à l'époque où il était un peu écolo, feuerbachien. Ce n'est pas ça.
42:21 Il a fait du chemin depuis. Non, non, mais écoutez, il y a des moments, comme j'ai dit tout à l'heure. Si vous savez ce que j'étais, moi, quand j'avais 15 ans, politiquement, vous ne croiriez même pas. Bon, bref. Alors, puis c'est bien, moi, je regrette pas, je suis passé par tout ça. J'ai mangé du tambour et bu de la cymbale. Étrange comme phrase, hein. J'ai mangé du tambour et bu de la cymbale. C'est dans les mystères d'Eleusis qu'on voit cette phrase. Je voudrais que les initier. Cité par Gérard de Nerval dans Sylvie. Plus proche de nous.
42:51 Donc, il y a un point commun, il y en a plein, entre Marx et Hegel. C'est le contraire d'Althusser. Althusser, il ne les sépare complètement, n'est-ce pas ? On a vu ce que ça a donné. PC est à combien ? Moins de combien ? Pour cent ? C'est pas que la faute d'Althusser. Althusser a un effet de ça, il n'est pas la cause le pauvre vieux. Enfin, quand il a étranglé sa femme, comme disait Clouscard, ben oui, il a étranglé sa femme. C'est le sait, toi. Je me rappelle Clouscard qui avait dit si un ouvrier fait ça, il a la guillotine.
43:22 Et là, toute une indignation parisienne qui dit elle s'est suicidée, ils ont maquillé en suicide. Ben oui, oui. Bon. Que la terre lui soit légère, comme on dit en Afrique. On ne dit pas Dieu ait son âme, on dit que la terre lui soit légère. C'est beau, le truc africain. Que la terre lui soit légère. Donc, un des points communs que Marx avec Hegel, c'est qu'il ne résume jamais leur pensée dans un principe fondamental, une phrase qui explique tout. Vous savez, c'est un peu à la mode ça aussi. Nietzsche, les fragments, un fragment qui est plus génial en trois lignes que toute la logique de Hegel en 80 volumes, c'est comme ça.
43:54 Bon, je ne dis pas ça contre Nietzsche, mais contre les misérables petits Nietzscheens de la guerre froide que nous subissons et que Nietzsche aurait vomi s'il savait le pauvre vieux. Donc, exception, le texte que je vais vous lire, comme c'est écrit, n'est-ce pas, pour un traducteur et puis qu'il a pensé aussi au traducteur français du Capital, il a dit, attention, moi je suis un petit peu au carrefour de l'économie politique anglaise, très belle déclaration, de l'action politique française et de la tradition théorique allemande.
44:27 Or, je sais que les Français, leur point faible, c'est la tête théorique. Donc, attention à votre traduction. Vous voyez, Marx était soucieux qu'en français, il n'y ait pas trop de simplification et de déformation de la complexité de son approche. Donc, c'est très rare qu'il résume, donc profitons-en, je vous dis, le plus de Marx en le moins de lignes. D'ailleurs, vous allez voir, il introduit comme ceci. Donc, critique de l'économie politique 1859 préface, solennellement, mes recherches aboutir à ce résultat. Je n'en montre rien.
Base, superstructure et époque de révolution sociale
45:03 Le résultat, deuxième fois, le résultat général auquel j'arrivais et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur, de Thésée, d'Ariane, de fil conducteur à mes études, peut brièvement se formuler ainsi. Deux points. Accrochons-nous. C'est moi qui rajoute. Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports nécessaires, déterminés, indépendants de leur volonté. Il y a déjà le mot déterminé, il y a aussi, il y a tout déterminé.
45:35 Rapport de production, donc il reprend le mot rapport en précisément un rapport de production qui corresponde à un degré de développement déterminé de leur force productive matérielle. Je veux revenir. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminée.
46:07 Vous avez vu qu'il y a pas mal de mots récurrents. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en général. Point. Je fais une pause, ça ne m'arrive pas souvent de vous faire de la lecture, mais c'est le dernier cours et je n'aurais jamais lu ces textes-là en début d'atelier. Mais maintenant, avec tout ce que nous avons discuté, exemple, qu'on a donné les rapprochements, c'est un peu moins abstrait que ça ne paraît. La première lecture, c'est très condensé. Chaque mot presque demanderait des pages. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en général.
46:44 Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. À un certain stade de leur développement, je m'interromps ici pour dire à ceux qui connaissent le texte, ici, il faudrait faire une division. La première partie, c'est le faux. Non, je ne suis pas sacrilège. C'est un rapport marxiste idéal qui n'existe jamais. C'est ce que Marx montre maintenant dans une partie. Il y a une base qui détermine un sommet.
47:15 C'est ce qu'on a lu en gros, une base économique qui détermine ce qu'on a dans la tête, si vous voulez simplifier. Et maintenant, il va dire que ce n'est pas comme ça que ça se passe. Vous allez voir, c'est plus compliqué. Le mouvement arrive, Héraclite arrive. À un certain stade de leur développement, parce que jusqu'ici, on était statique, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants. Lorsque la révolution industrielle se produit, une nouvelle classe apparaît, la bourgeoisie industrielle, qui rentre en conflit avec les rapports de production féodaux, par exemple, qui étaient basés sur l'agriculture et sur la rente foncière.
47:55 Par exemple. Donc, à un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants ou ce qui n'en est que l'expression juridique de quoi ? Des rapports de production existants, c'est-à-dire du politico-économique, on va y revenir. Ce qui en est l'expression juridique avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues, les forces productives, jusqu'alors. de formes de développement des forces productives qu'ils étaient, ces rapports, donc ces rapports sont des formes, ce n'est pas le contenu.
48:33 Les rapports de production bourgeois, féodaux, asiatiques, on verra après, beaucoup plus anciens. Donc, de formes de développement des forces productives qu'ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Vous voyez, selon l'époque, un certain modèle politique peut soit exprimer la situation économique d'un État, d'une société, soit au contraire être en conflit avec. Vous voyez comme c'est dangereux d'avoir seulement soit le rapport d'expression, le rapport d'identité, soit le rapport de contradiction.
49:05 Il faut historiciser l'affaire. Et en faisant l'histoire et non pas l'historicisme, c'est ça qui devient compliqué. On n'en est pas là. Donc, je répète cette phrase un peu renversée. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient, avance et bouleversement, ces rapports en deviennent des entraves. Alors, s'ouvre une époque de révolution sociale. Mais voilà, pourquoi c'est bien mon séminaire ? C'est une conjoncture de crise qu'il est en train d'exprimer.
49:35 Alors, c'est une époque de révolution sociale. Ça ne veut pas dire que la révolution est à la porte, ça veut dire que la situation est objectivement révolutionnaire. Ça peut durer longtemps. On ne satisfait pas les hommes par à peu près l'imposture disait Merleau-Ponty. Vous allez voir, Marx va nous rendre patients tout à l'heure, dans quelques lignes. Le changement, il est toujours à commenter ces périodes où ça craque, là, où on passe, vous savez, il a dit une phrase célèbre, le moulin à bras donne la féodalité, le moulin à vapeur donne la bourgeoisie.
50:05 Voilà en gros ce qu'il est en train de dire, même s'il vient de montrer que ce n'est pas si simple. Alors, c'est une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'énorme superstructure Songez qu'au niveau de la superstructure juridique, le droit, le monde du droit, on utilise encore une grosse partie du droit romain, 2000 ans après, par exemple. 2000 ans après que disparut la société gréco-romaine, par exemple. C'est un exemple extrême, mais a fortiori, vous voyez, pour des choses plus récentes, historiquement.
Le mesurable et l'idéologie comme inversion
50:36 Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse. Oui, cette table, on mettait tant de temps à la faire à l'époque, c'était purement manuel, puis on met tant de minutes à la machine. Il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse, je dirais épistémologiquement sur un mode mesurable, je n'ai pas dit mesuré, on n'a pas tout mesuré, mais mesurable. Si, allez, moi, quand je fais une parenthèse comme ça, c'est qu'il y a un enjeu, qui coiffe un autre enjeu.
51:08 Vous voyez ? Quand Foucault désire tous les hommes, ce qui explique la clé de leur truc, c'est le pouvoir. Vous voyez ? Foucault, c'est le pouvoir, c'est partout. Toi, tu as un pouvoir, elle, c'est un pouvoir, moi, je suis un pouvoir, je suis en train de vous séduire. Les pères vis-à-vis de leurs enfants, les hommes vis-à-vis des femmes, les homos vis-à-vis des hétéros, et le maton vis-à-vis des prisonniers, et le prisonnier vis-à-vis des prisonniers. Vous voyez ? C'est bien, parce que comme ça, tout est dilué, il n'y a plus de pouvoir politique. Bref.
51:38 Moi, je ne demande pas, je ne fais pas la critique morale, je dis, c'est quoi l'unité de pouvoir ? C'est le kilogramme masse ? C'est le becquerel ? C'est quoi ? Donc, quand j'ai dit mesurable, c'était pour insister là, c'est quelque chose démocratique dans la science. Newton et tous les corps s'attirent en fonction directe de leur masse et inverse du carré de leur distance. Masse, distance, tout ça, ça se mesure. C'est mesurable. Ce n'est pas des notions poire.
52:10 Alors, je le dis pour ceux qui parlent maintenant d'affect, ça c'est du côté Lordon. Demandez l'unité de mesure à chaque fois. Donc, Marx, qui est quand même plus rigoureux à ce niveau-là, le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toutes les normes de superstructures. Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse. Donc, il faut le distinguer de quoi ? Des conditions de production économique et des formes. Écoutez bien.
52:40 Écoutez bien là maintenant. Juridique, politique, religieuse, artistique ou philosophique. Bref, bon sang, bref. il y a donc un mot qui traverse tout ça, vous le devinez. Oui. Ah, t'avais une tête de le deviner. Tu faisais semblant. Si, il y en a qui le savent. Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il y a le monde économique. Voilà, ça on peut le mesurer, le bouleversement économique, on peut le mesurer.
53:11 Mon exemple de la table, combien de temps on la faisait, combien de temps... Il faut bien distinguer ce changement-là du changement qui se produit en gros, il veut dire dans les mentalités pour aller vite. Mais il ne dit pas ça, il dit le distinguer des conditions de production économique et des formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques. Bref, les formes... Pardon ? Bien. Vous avez compris ce que Marx appelle l'idéologie. C'est ce qui traverse tout ça.
53:41 Alors quand on dit il y a un conflit entre l'idéologie bourgeoise et l'idéologie marxiste, ils n'ont jamais lu Marx. Il n'y a pas d'idéologie marxiste. Marx montre que l'idéologie est toujours du côté du pipeau. Il dit que pipeau génial, attention, ça peut être génial, ça peut être l'expression d'une profonde vérité, mais une vérité qui ne sait pas. Elle-même, qu'elle dit la vérité. Comme un paranoïaque, délire. Mais ça ne veut pas dire qu'il dit les conneries. Il est sûr qu'il subit des menaces, mais ce n'est pas du tout celle qu'il croit. Oui, c'est lui la menace. C'est bon. Il devait être sincère, Hitler, il devait être inquiet.
54:13 Il pensait aux juifs. Il pensait que c'était vraiment une menace pour le peuple allemand. C'était lui la menace. C'est terrible, cette inversion. Typique de la psychose. Vous vous mettez devant un miroir, vous allez comprendre tout de suite ce que je veux dire. Vous avez vu dans un miroir ? Le miroir joue un grand rôle dans les paranoïas. Le stade du miroir. Vous savez, dans un miroir, c'est moins bien à l'envers. Salaud, tu m'as doublé. Oui, mon image me double.
54:44 Un extraordinaire rêve dans Aurélia de Nerval, comme ça, il rêve, qu'on est en train de célébrer un mariage dans un palais, bien sûr avec la femme qu'il aime, dans un palais. Ce pauvre Nerval, vous savez qu'on va le retrouver pendu dans une rue sordide de Paris parce qu'il a un hospice de nuit et il a refusé l'asile. Par une nuit où il gelait à pierre fendre. Et vous me suivez, donc je fais une parenthèse dans la parenthèse, vous savez, vous avez la pensée agile, mais son dernier billet, à sa tante de cette nuit-là qui avait hébergé quelques jours.
55:15 Ma chère tante, dis à ton fils que tu es la meilleure des mères et des tantes. Quand je n'aurai fini avec tous mes ennemis, tu auras ma place dans mon Olympe comme j'ai eu ma place dans ta maison. C'est bon. Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera noire et blanche. voilà. Donc, Nerval, dans ce rêve, il rêve que la femme aimée va épouser le prince, c'est un roi, c'est un palais, il le voit de derrière s'avancer sur le trône en robe rouge et quand il se retourne, c'est lui. Oh ! Voyez ? Hein ? Mais son double, c'est lui, mais tout à l'envers.
55:46 Lui, il est dans la misère, l'autre, il est cousu d'or. Lui, il est le banni de liesse, le Desdichado comme dit son poème le plus célèbre. Vous savez, je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé, ça vous connaissez. Ça veut dire le déshérité alors que l'autre, il a le pouvoir. Bref, typique dans les paranoïas ça joue. Donc, c'est pas n'importe quoi, il ne faut pas dire que délire, ça veut dire n'importe quoi. Spinoza a une magnifique théorie de l'erreur et pire encore de l'illusion qui est hautement plus grave que l'erreur car l'erreur une tasse de café et puis elle se corrige.
56:19 La simple erreur. Mais l'illusion que nous sommes au centre de l'univers et que ça y tourne autour de nous, ça a duré longtemps ça. Vous êtes d'accord que c'est pas n'importe quoi, c'est vrai qu'un centre et une périphérie, ça c'est pas idiot du tout mais c'est à l'envers. C'est le miroir, vous voyez ? C'est toujours comme ça l'illusion. L'agresseur vit tout le temps dans la menace. Vous savez les Allemands, je suis le plus germanophile de France, sans doute dans les mille plus germanophiles je l'ai dit à l'avance parce que je fais que bouffer du boch sinon apparemment.
56:50 Ah ben ils ont leur qualité, leurs défauts. J'ai dit à la fin c'est le pétain, c'est le dégoût. Bon, mais il se trouve que la bonne Allemagne elle est morte dans les camps. Je peux rien dire. Mais, Bach, j'adore Bach, il n'y a plus d'agressif que Bach comme musique. Mais enfin, son choral le plus célèbre sur des paroles de Luther, Ein feste Burg ist unser Gott Notre Dieu est une citadelle imprenable. Oui, tout de suite la citadelle assiégée, les panzers divisionnels, le blindage, c'est ça la paranoïa.
57:23 J'agresse et je vis tout le temps dans la menace. Qui m'agresse ? Les sous-hommes. Les sous-hommes c'est les juifs, les slaves, slaves, les slaves, les esclaves, les polonais, les russes. Quand un allemand disait Polak au XIXe siècle, c'est comme un français qui dit bougnoule. C'est pareil. Il faut savoir, c'est dans l'histoire, ça pèse. Et ça revient. C'est pour ça que je n'en parlerai pas, je ne m'attarderai pas. Il y a toujours plus pauvre que le pauvre.
La conscience n'est pas le lieu de la science
57:53 Ce qu'est un polonais pour un allemand, un Polak, c'est ce qu'est un russe pour un polonais. Vous voyez ? Il y a toujours un plus pauvre. Salaud de pauvre. C'est comme ça que se termine un film célèbre qui s'appelle La traversée de Paris, comme vous savez. Donc, qu'est-ce qui est commun à toutes ces formes fantasmées, donc illusoires, donc inversées du réel ? L'idéologie. Voilà ce qui traverse le droit, la politique, la religion, bref, la conscience. Ce que Marx a de commun avec la science, avec les scientifiques, c'est que la conscience n'est pas le lieu de la science.
58:27 La conscience peut accéder à la science, mais à son corps défendant. La conscience qui a laissé des plumes quand on est passé du monde clos d'Aristote au monde infini de Galilée. La conscience y a laissé des plumes. Au point qu'un Pascal qui lui est un immense savant, comme vous savez, un des plus grands mathématiciens de son temps, et aussi un immense mystique, Pascal disait le silence éternel des espaces infinis m'effraie. Lui, il assumait la révolution scientifique galiléenne. Il n'était pas comme les écolos de maintenant à dire, mais non, tout ça est ordonné d'une manière merveilleuse, il n'y a que l'homme qui fout la merde, mais sinon, la moindre grenouille, il ne faut pas écraser les grenouilles sur la route parce qu'elles sont nécessaires.
59:03 Vous voyez, si elles sont nécessaires, c'est qu'il y a une providence, c'est qu'il y a un intelligent design, comme on dit chez les anglo-saxons, n'est-ce pas ? Bref, c'est que dans l'univers, il n'y a pas seulement quelque chose, il y a un quelqu'un qui ordonne tout ça. Ben oui, il faut être cohérent. Il ne faut pas se baser sur la science pour dire des trucs qui sont l'inverse. La science, elle a commencé quand on s'est libéré de ces pensées-là, quand on s'est résigné à dire, ben non, dans l'univers, on est un peu orphelin. Déjà, le vivant, cherchez-le dans l'univers. Il y a beaucoup d'ammoniaques et de méthane, il n'y a pas beaucoup de vert.
59:33 Si vous regardez bien, demandez aux astronomes. Il doit y en avoir, des lieux habitables autres que le nôtre, c'est satisfait, il doit y en avoir, mais ce n'est quand même pas ça la règle. Bon, donc, vous voyez, j'insiste sur ce que c'est que l'idéologie. J'insiste aussi sur le radical Eidos. Eidos, qui est le concept de Platon, qu'on appelle souvent le platonisme, la philosophie des idées, des Eidos. Donc, on le traduit par idées sur la pneu Platon et Aristote, qui restait 30 ans à l'école chez Platon, on traduit Eidos par forme.
1:00:08 Le monde des formes chez Aristote, le monde des idées chez Platon. Un singe anthropoïde, ça veut dire un singe qui a la forme de l'homme. Vous voyez, on le retrouve dans la langue française. Donc, c'est curieux ce mot idée. Tantôt, ça a un sens très intellectuel à la Platon, mais là pour rien. C'est le concept le plus intériorisé, le plus approfondi, le plus... qui est au sommet d'un effort d'abstraction. Tantôt, au contraire, c'est le plus visuel, le plus empirique, c'est un genre anthropoïde. C'est intéressant.
1:00:38 Donc, je continue, je reprends cette phrase et je la continue. Lorsqu'on considère de tel bouleversement, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse, le temps de travail qui a changé, n'est-ce pas, pour le même objet, des conditions de production et des formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit, de ce changement dans les rapports de production et le mènent jusqu'au bout.
1:01:12 Ce n'est pas fini, la crise. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi. On le verra dans l'histoire plus tard comment notre époque, n'est-ce pas, comment juger notre époque. On dira, à l'époque, à cette époque-là, les hommes disaient que le grand danger, c'était la pollution de la planète, le réchauffement, etc. On dira ça. On dira ce qu'il y avait dans la conscience et non pas ce qui se passait dans la réalité. Pas plus qu'on ne juge un individu à l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne juge une époque sur sa conscience de soi.
1:01:46 Sinon, ce serait simple, dites donc. Accusé, levez-vous. Qu'est-ce que vous en pensez ? Je suis innocent, je suis innocent. Je vais me défendre. Écoutez, si on juge sur l'idée que j'ai de moi, je vais me défendre. Moi, je sais parler de moi, quand il le faut. Je sais vendre. Je travaille pour acheter, je leur ai apporté des fortunes, il paraît. Ben oui. Alors, il faut au contraire, au contraire, expliquer le conflit, pardon, il faut expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives, sociales et les rapports de production.
1:02:25 Vous voyez, là, il se répète Marx, il tourne autour du pot décisif. Le conflit essentiel, le bon découpage, c'est celui qu'il y a entre les forces productives et les rapports de production. Donc, ne soyez pas frustrés, je reviendrai après à ces notions qui se répètent. C'est pour les répétants qu'elles deviennent nécessairement plus claires. Une formation sociale, voilà, ça c'est pour les impatients. Écoutez bien, aussi je suis impatient, on en a marre. C'est pour moi aussi. Une formation sociale ne disparaît jamais avant que ne soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir.
1:02:56 Jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielle de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. Tant qu'elle ne s'est pas donné les nouveaux moyens, technologiques et tout, de passer une nouvelle époque. c'est pourquoi, phrase célèbre, l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre. Si on se pose le problème, c'est qu'on a déjà quelque part historiquement, on vient d'acquérir les moyens de leur trouver une solution.
1:03:32 C'est-à-dire qu'on a la solution, mais qu'on en a les moyens. Car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà, ou du moins sont en voie de devenir. Je ne vais pas faire une dépression ou faire une manif dans la rue parce que je n'arrive pas à avoir ma résidence secondaire sur la planète Mars. Vous voyez ? Non, on n'en est pas encore là. Vous voyez ? Ce n'est pas le problème du jour. Ce n'est pas ça qui va faire du buzz.
Les modes de production et la fin de la préhistoire
1:04:02 Car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. À grands traits, donc Marx dit lui-même, à grands traits, il est en train de faire un découpage historique. Retenez-le bien parce que je vais vous lire un texte qui fait écho à ça et qui n'est pas du tout un texte ni économique ni politique ni même proprement philosophique. À grands traits, les modes de production dans l'ordre chronologique, asiatique, antique, gréco-romain, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d'époque progressive de la formation sociale et économique.
1:04:32 Les rapports de production bourgeois sont la dernière, d'une dernière date, forme contradictoire du processus de production sociale. Contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui naît des conditions d'existence sociale des individus. Cependant que les forces productives, vous voyez encore, qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre ces contradictions. Marx dit que la bourgeoisie crée, à son insu d'ailleurs, les moyens de résoudre les problèmes qu'elle apporte.
1:05:06 Même si ces moyens se retourneront contre elle. Avec cette formation sociale, donc la bourgeoisie, s'achève donc, phrase intéressante, quoi ? Qui peut deviner la fin de la phrase ? Avec la bourgeoisie, s'achève, pardon ? La critique. On est parti des rapports de production asiatiques, antiques, féodaux, bourgeois. Qu'est-ce qui s'achève ? L'histoire. Qu'est-ce qu'il ne nous dit Pagani là ? Marx dit que l'histoire est finie.
1:05:37 Mais non, il ne dit pas ça. Non mais vous allez voir. C'est qui ? Qui dit ça ? Qui dit que l'histoire est finie ? Quel philosophe ? Oui, oui, il reprend ça de qui ? Soit disant. De Hegel, bien sûr. C'est Hegel qui dit qu'il y aura toujours plein d'événements, ce n'est pas la question. Mais qu'ils se dérouleront à l'intérieur de la forme de liberté et qui l'humanité moderne avec la figure définitive. Ah non, Marx, il fait une petite nuance par rapport à Hegel. Écoutez bien, quelqu'un connaît le texte peut-être ? C'est la fin de, non pas de l'histoire, mais de la...
1:06:07 Pardon ? Non mais c'est pas très loin. Parce que s'il n'y a plus de lutte des classes, il continue d'avoir des hommes et des événements. Mais c'est la fin de... Avec cette formation sociale, s'achève donc la préhistoire de la société humaine. Ce que Hegel croyait être la fin de l'histoire est pour Marx le début et la fin de la préhistoire. Comme je ne suis pas souvent dans les différends Hegel-Marx, profitez-en.
Forces productives, rapports de production, mode de production
1:06:37 Parce que si on... Quand on ne sait pas encore ce qu'il y a de commun, il vaut mieux commencer par accueillir ça d'abord. Voilà. Texte remarquable. Donc je dis quand même au passage que les deux concepts qui reviennent le plus souvent, concepts spécifiquement marxistes de force productive et de rapport de production, il n'est pas le seul à parler de production. Il est le seul à voir dans l'affrontement de ces deux catégories le moteur de l'histoire. A chaque moment de l'histoire. Or, il faut y regarder de plus près. Si vous regardez bien, philosophiquement maintenant, je fais une lecture philosophique, les forces productives, c'est matériel, ils passent son temps à le dire.
1:07:09 C'est le moulin à bras, puis après c'est le moulin à vapeur, le moulin électrique, je ne sais pas, je veux dire, les moulins laser, comment ? Voilà, voilà, tout à fait. C'est la technique. Alors maintenant on dit technologie pour faire un grand mot, oui, c'est ça, bien sûr. Donc, bien sûr, c'est vrai que technique, le silex éclaté, c'est déjà une technique. Les technologies, c'est peut-être quand il y a une théorie qui est incarnée dedans, un petit détour mathématique, pourquoi pas. Peu importe, tout ça, c'est le monde des moyens matériels. Avec les rapports de production, on change complètement de catégorie.
1:07:39 Ce n'est plus du tout le monde matériel et technique et économique, c'est le monde politique. Les rapports de production soient soit féodaux, soit bourgeois, soit asiatiques, chez Marx. Et il insiste, il dit que c'est les rapports de propriété. Car selon que le tracteur appartient seulement au seigneur, je dis n'importe quoi, si les tracteurs c'est que les seigneurs ont déjà disparu, ce qui confirme d'ailleurs Marx, si vous regardez bien, appartiennent au seigneur du lieu, au propriétaire de la latifundia, si vous préférez, n'est-ce pas, de grandes propriétés foncières, du sud de l'Italie ou du nord de l'Allemagne, les deux pays où il y a eu le fascisme.
1:08:12 C'est intéressant, il y a des logiques dans l'histoire. Il paraît que Guillaume II, c'est l'apogée des latifundia, les grands propriétaires prussiens, les régions qui s'appellent actuellement maintenant la Pomeranie, le Mecklenburg, vous voyez, les grandes plaines du nord de l'Allemagne. C'est beau, c'est très beau. Le pauvre Guillaume II, qui n'est pas réputé pour être le plus futé des souverains qu'il y a eu l'Europe, aurait dit, c'est pour ça que ça m'étonne, cette phrase est magnifique, il aurait dit, si un jour la fin du monde est annoncée, je me retirerai dans le Mecklenburg parce que là-bas tout se passe plus tard qu'ailleurs.
1:08:48 C'est joli, hein ? Vous voyez, c'est la terre des grands, des Junker, comme on dit là-bas. Pardon ? Si un jour la fin du monde est annoncée, c'est un croyant fervent, et empereur d'Allemagne, c'est quand même moins, je me retirerai dans le Mecklenburg parce que là-bas tout se passe plus tard qu'ailleurs. J'aurai mon dernier quart d'heure. C'est joli comme phrase. Voilà, c'était la terre des grands propriétaires agraires, fonciers, ce n'est pas de culture extensive, ce qu'on appelle en Allemagne les Junker.
1:09:19 Junker, les jeunes maîtres, les jeunes seigneurs, c'est l'esclavagiste, attention. Moi qui étais dans l'ancienne Allemagne de l'Est, j'ai vu deux Allemands de l'Est entre eux, se taquiner dans le nouveau régime communiste, le même communiste d'alors. Ils n'étaient pas tout à fait d'accord sur le régime. C'est normal parce qu'à l'époque ton père c'était le maître et le mien c'était son esclave. Quelqu'un qui était de Rostock là-haut, dans le Mecklenburg. Bon. Donc selon que le tracteur appartient au seigneur du lieu ou à la collectivité comme une coopérative, ça ne donne pas du tout la même société.
1:09:52 Voilà ce qu'est en train de dire Marx. Le tracteur, c'est la force productive. le rapport de propriété dans lequel il s'inscrit, c'est les rapports de production. Vous voyez maintenant la nuance, ce n'est pas une petite nuance. Tout est là. Et il y a un troisième terme. Je ne relis pas tout le texte, j'ai pas le temps. Il y a les forces productives qui déterminent des rapports de production. Le moulin à bras donne la féodalité, le moulin à vapeur donne la bourgeoisie, tendanciellement. Ce n'est pas en 1624, le 31 décembre, à minuit, qu'on passe de l'un à l'autre.
1:10:23 Tendanciellement. Le moulin à bras donne la féodalité, le moulin à bras donne la bourgeoisie. Donc les forces productives matérielles, il faut commencer par là. Vous voyez le jeu de construction, le jeu de légo, donne un certain rapport de production et la relation des deux, le rapport des forces productives au rapport de production, donne un monde que Marx appelle le mode de production. Il y a trois fois le mot production. Force productive dans l'ordre, rapport de production selon la propriété où se répartit les forces productives et enfin le mode de production.
1:10:55 Là, on arrive à l'histoire car l'histoire ne va pas être soit de pure économie, soit de pure politique séparée l'une de l'autre. Le mode de production, c'est un monde politique déterminé par une certaine structure économique. Bon, c'est des notions familières à chacun mais j'ai essayé de les mettre dans l'ordre cette fois-ci. Tout ça parce qu'on fait croire que le marxisme est un économisme. Althusser a pas fait cette erreur. Je lui dois cette honnêteté. Il a même écrit que le marxisme n'était pas un économisme. C'est pas un économisme. Regardez le titre.
1:11:26 Contribution à la critique de l'économie politique. C'est pas une économie politique révolutionnaire qui viendrait s'ajouter aux économies politiques bourgeois, assez réactionnaires. Non ! C'est une critique de l'économie politique. Et ça, c'est actuel. Une critique de la prétention de l'économie à se constituer comme science autonome. Oui ? Oui, bien sûr. C'est très important. Il faut le répéter souvent. Au départ, dans l'ordre de la détermination causale, si je puis dire, dans l'ordre logique, mais qui vous reste en gros à l'ordre chronologique, il y a d'abord la force productive matérielle.
1:11:59 C'est là que c'est un matérialisme. D'accord ? Il ne peut pas faire des cailloux éclatés là où il n'y a pas de cailloux. Il peut pas faire des barrages là où il n'y a pas d'eau. Et Marx a dit un jour, parce que, vous voyez, je défends même un côté écolo chez Marx. Profitez-en. Je ne parle pas souvent comme ça. Mais Marx disait, jusqu'à nouvel ordre, on n'a jamais réussi à pêcher des poissons dans les eaux où il n'y en avait pas. La nature fait partie pour Marx du procès de production. Oui. Ça inclut les outils de production. Tout ce qui est matériel et qui fait qu'on peut mesurer que cette table-là, qu'on la fasse au laser ou qu'on la fasse à la main, je veux dire, je veux dire...
1:12:35 La révolution de nos rapports à la matière. Voilà. Très bien. À la matière. Ça me va très bien. N'est-ce pas ? À la matière qui est toujours naturelle au départ, surtout quand c'est la matière première, n'est-ce pas ? Et qui, autour de nous, le plus souvent, n'est jamais une matière naturelle mais une matière artificielle, une matière travaillée, une matière dérivée, produite, produit fini. Voilà. Donc, deuxièmement, les rapports de production, c'est-à-dire la conjugaison des forces productives dont je viens de parler, qui sont pas mal matérielles, aux systèmes politiques dans lesquels elles s'exercent.
1:13:05 Encore une fois, un tracteur n'a pas du tout, ne donne pas la même société selon qu'il appartient à une coopérative ou qu'il appartient à, comme au Moyen-Âge, le Seigneur taxait tous ceux qui servaient de son moulin. Parce que les forces productives, ça lui appartenait à lui. À commencer par la terre. La principale force productive de toute la féodalité, de toute la société traditionnelle, c'est la terre. La principale force productive, il ne faut pas oublier. D'accord ? À partir du moment, je suis propriétaire foncier, moi, je n'ai rien à faire. Je n'ai pas à travailler. D'accord ? J'ai déjà assez de boulot à faire la guerre pour défendre mon fief contre le fief d'à côté, là, contre le Seigneur du coin.
1:13:39 Non, je dis ça parce que c'est pour justifier, vous voyez, je suis honnête, comme Marx, c'est-à-dire. On ne fait pas, on ne gueule pas toujours contre les patrons, même contre les seigneurs. Il y a un moment où le Seigneur est nécessaire. C'est quand il est la défense du paysan contre le Seigneur d'à côté. Il faut quelqu'un qui les protège, le patron. Padre et padrone, vous savez, comme on dit encore dans le midi de l'Italie. Le père, le patron, c'est le père. Ce n'est pas qu'il nous protège comme le père de famille, il protège les enfants. Ben oui, il y a une époque de misère. Puis dès qu'il y a le temps de paix, il en rajoute le Seigneur. Il continue à percevoir les taxes et tout ça. Vous voyez, c'est là que ça commence.
1:14:10 Donc, force productive. Rapport de production selon le système politique avant tout de propriété. C'est là qu'on insiste quand on est marxistes C'est-à-dire système juridique de la propriété où s'inscrivent collective ou s'inscrivent. C'est-à-dire les choses privées, grosso modo. Avec toutes les nuances entre les deux. Coopérative, communautaire, régime. Troisièmement, la conjugaison des deux, les forces productives et les rapports de production constituent une réalité historique maintenant qu'on appelle un mode de production.
1:14:43 Et il illustre mode de production asiatique quand c'est le problème de l'eau. Je vous le dis tout de suite. Ce qu'il appelle le mode de production asiatique, vous pouvez l'appliquer à l'Afrique subsaharienne. C'est-à-dire tout dépend de la circulation de l'eau. Je vais demander aux gens du Sahel vous allez vite comprendre ce que je veux dire. Bien sûr, vous voyez l'importance du riz, de l'alimentation, des rizières et donc la circulation de l'eau. C'est le mode de production asiatique, la répartition de la propriété foncière. J'arrive. Puis le mode de production antique, essentiellement esclavagiste dans l'antiquité méditerranéenne, que ce soit égyptienne, romaine, grecque, etc.
1:15:19 Ce n'est pas ethnique, ce ne sont pas les orientaux ou les machins, ça, les fantasmes. Et enfin, le mode de production féodalo-chrétien et puis le mode bourgeois. Ce sont des modes de production, ce ne sont pas des forces productives, ce ne sont pas non plus des rapports de production, ce sont carrément des modes de production. Donc à chaque fois, on part des briques et on arrive à des choses de plus en plus concrètes. Avec les briques, on fait des murs, avec les murs, on fait une maison. Il y a la maison chinoise, le mode de production asiatique, il y a la maison, c'est une métonymie chinoise, il y a la maison orientale, au sens historique, égypto-chaldéenne, pas au sens d'aujourd'hui, il y a des Irakiens qui sont plus modernes que moi, qui sont des ingénieurs nucléaires, et ainsi de suite, et le mode de production féodale, etc., et bourgeois.
Question du public : forces productives et classes sociales
1:16:06 Oui ? Moi, ça m'a déjà vu, mais je n'ai pas compris pourquoi le premier force productive, c'est nécessaire, c'est nécessairement référence directement à la matière, à la façon qu'on a de pouvoir la travailler. Pourquoi les forces productives, ça ne sert pas justement l'ensemble des classes qui chacune représente à un moment donné une force productive à l'intérieur de... Demande au physicien qui est à côté de toi. Mais non, il va te dire qu'une force, ça n'existe pas si elle n'est pas en train de remuer une matière. C'est même assez ambigu le début des cours de physique.
1:16:38 On définit la force par la masse qu'elle peut déplacer et la masse, elle-même, on la définit par la force qu'il faudrait pour la... Je ne me trompe pas. Ce serait idéaliste au sens philosophique, c'est-à-dire être dans l'immatériel mais illégitime. Parce qu'il y a un immatériel légitime, le point ou le cercle des mathématiciens, c'est l'immatériel légitime. On sait que c'est dans la tête que ça existe. Mais l'immatériel illégitime, c'est l'illusion de croire qu'il peut exister des forces sans la matière.
1:17:11 Encore une fois, je vais donner l'exemple du cendrier la dernière fois, je prends le godet, le verre, avec la même terre qui a servi, la même boue, la même argile qui a servi à faire ceci, j'aurais pu faire un cendrier, j'aurais pu faire quelque chose qui aurait une toute autre forme et donc une autre appellation, une autre essence pour parler en termes philosophiques. Donc, on est tous d'accord, il y a bien une distinction entre la matière qui compose ce verre et sa forme. Ce n'est pas la matière qui a défini le verre, c'est la forme que lui a donné le potier.
1:17:41 Non, la matière est apportée au potier, la forme est apportée par le potier. Ah, non, attends, la force musculaire de l'ouvrier, c'est une force productive, mais bien sûr, si c'est ça que tu veux dire. Non, non, toi, tu parles de la force du travail. Non, non, mais il n'y a rien de plus matériel. Non, je suis d'accord. Il n'y a qu'à me mettre à côté d'un fort des Halles pour déménager une maison.
1:18:13 Moi, ce n'est pas moi qui vais porter le piano, c'est vite vu. Je dis ça parce que j'en ai vu des pauvres malheureux trimballer mes pianos. Il y en a un qui m'a dit une fois, il y a ceux qui déménagent des pianos, il y a ceux qui en jouent. Bon, il ne savait pas aussi qu'il y a une grosse dépense musculaire pour apprendre à bien jouer du piano. 8 heures par jour pendant 20 ans, quand on disait à Mozart, est-ce que vous êtes doué ? Il disait, ça va, ça fait de l'âge de 4 ans que je marne. Je referme la parenthèse. Non, non, mais tu as raison. Non, non, j'avais un malentendu. Bien sûr. Non, mais pour moi, ça ne peut pas être que le simple c'est plus des techniques qu'on a pour travailler les choses.
1:18:46 Tant que ces techniques, justement, elles sont incarnées par telle ou telle classe et donc, je prendrais les forces productives comme, justement, tel type de groupe ou de classe, justement, qui possède ces techniques. Mais tu vas trop vite. Quand tu parles de classe, tu parles déjà de rapport de production. Tu n'es plus dans les forces productives. S'il y a des classes, c'est qu'il y a des divisions de propriétés. Déjà, il y a des répartitions, il y a des propriétaires et des non-propriétaires s'il y a des classes. La division de la société en classe vient de la division sociale du travail. Et même Marx va jusqu'à dire, le Marx de 1844, le fameux manuscrit, que la première division sociale du travail, qui va être à l'origine de la différenciation de la société en classe, tu as bien raison de la rappeler parce que c'est ça qui est le plus occulté aujourd'hui, ce n'est pas ça que je corrige dans ce que tu dis.
1:19:32 La première division, c'est l'homme et la femme. Marx. Pas la féministe, ce n'est pas l'autre abruti, comme elle s'appelle. Celle qui sur le plateau télé se dispute avec Tariq Ramadan. Caroline Fourest, ce n'est pas du Fourest, c'est du sérieux. C'est du sérieux. Parce que quand il fallait courser le mammouth, la femme qui avait 8 mois de grossesse, il fallait qu'elle reste là. Et donc il y avait une division objective et non pas parce qu'il y a des mecs qui domine, qui ont des pizards dominés. Non, c'est tous des pauvres malheureux, les hommes et les femmes de l'époque, qui font ce qu'ils peuvent.
1:20:04 Quand on a vécu dans les pays pauvres, on comprend ce que je veux dire. Quand on voit les hommes du Niger, du Mali, de toute la frange sahélienne, du Tchad, quand la saison sèche arrive, migrer de 400 kilomètres, abandonner les femmes et enfants pour aller se vendre comme ouvriers agricoles dans les terres un peu mieux arrosées du sud, du Ghana, de la riche côte d'Ivoire et de la Guinée, etc. On voit bien que les problèmes tels que les pose le féminisme à la Caroline Fourest, je veux dire, sont faits contre les femmes pauvres.
1:20:35 C'est le combat des femmes riches contre les femmes pauvres. Donc, ce n'est pas du tout ça que je critique. Mais s'il y a classe sociale, c'est qu'il y a déjà un mélange des propres actifs dans cette entreprise. Les classes sociales, ce n'est pas une donnée. Sinon, il n'y aura pas de marxisme. Si c'était une donnée comme la couleur des yeux ou l'hérédité, ce serait malheureux. tel que j'ai cru comprendre le question que tu formulais. Tu me diras, si je me trompe, c'est très bien de répondre en coopérative. Ce que tu remets en cause, c'est le lien de détermination univoque entre force productive et rapport de production.
1:21:07 C'est-à-dire que ce n'est pas les forces productives, il y a une matérialité posée là qui ne serait pas entre guillemets transformée par le travail social et donc par les rapports de production. Il y a une interaction entre les deux. Est-ce que c'est ce que tu veux dire ? Si c'est ça, tu as parfaitement raison. Alors là... C'est pour ça qu'on est obligé d'abstraire. On distingue des moments qui, et là tu as raison, dans la réalité, ne sont pas séparés.
Technique, numérique et crise ; matière et forme
1:21:37 Et c'est pour ça qu'il faut les distinguer. Sinon, on se fait des nœuds. Tu comprends ce que je veux dire ? Sinon, on mélange l'économique et le politique en parlant d'une société. Ça, on le fait tout le temps. Alors, si je veux juste finir, mais est-ce que ça veut dire que l'évolution des techniques est nécessaire pour en vous faire une révolution ? Bien sûr. Sinon, il n'y a pas de révolution. Parce que l'évolution des techniques, elle va toujours dans le même sens. C'est celui qui fait que si je peux faire la même chose en marnant moins, ça arrange tout le monde. A commencer par moi. Si je regarde, par exemple, un prix où tu peux les liens, si je regarde, par exemple, ce que tu dis du discours de Bernard Pouche, tu peux les lire.
1:22:07 Oui, oui. Mais qui t'a dit que ça fait avancer la production, ça ? Pardon ? Mais ce n'est pas des forces productives, ça. Mais bien sûr, il a raison, Bernard. Mais ce n'est pas des forces productives. Depuis quand on a vu l'informatique produire ? Elle ne produit pas. Non, c'est une forme. Ce n'est pas une matière. La finance d'aujourd'hui, elle prend une richesse ici, elle la transfère là-bas. Elle crée plus de la richesse.
1:22:37 C'est pour ça que j'ai pris l'exemple des chemins de fer sous Napoléon 3. C'était la création de richesse. Depuis les années 70, le capitalisme ne crée plus de richesse. C'est d'ailleurs la cause de la crise. Ils commencent à lire eux-mêmes que la productivité n'augmente plus, qu'il y a plus d'investissement. Le capitalisme fait la grève de l'investissement depuis deux générations. C'est ça la cause de la crise. Il n'investit plus dans la production, n'en déplaise aux écolos. Il est comme les écolos. Il est antiproductiviste, le capitalisme. Il préfère faire des affaires dans la finance que dans l'industrie. C'est bien ça la cause du chômage. C'est bien ça la cause qu'on voit plus de traders que d'ouvriers bientôt.
1:23:09 J'exagère un peu. C'est pour ça que le capitalisme freine les possibilités de production, par exemple, du numérique. Mais que le numérique, c'est parce que le numérique en est un... Ah, il peut être un auxiliaire de la production, bien sûr. ... de la production haute. Donc on pourrait dire qu'il y a déjà un terrain qui est prêt pour la révolution parce qu'une classe révolutionnaire pourrait s'emparer de ses moyens de production matérielle. Tout à fait. Bien sûr. Le numérique peut accélérer prodigieusement la production réelle. D'accord ? Il peut, mais il ne le fait pas. Mais il ne fait pas la production. Non, non, parce que...
1:23:39 Parce que la technique est pharmakon. Oui, oui, bien sûr, bien sûr. Ce que dit la matière, c'est différent. Bien sûr. Mais c'est pas le problème, c'est que justement, on s'en comprend. Bien sûr. Oui, mais là... J'ai fait exprès de lire ce texte pour qu'on se libère de ces images idéologiques qui circulent maintenant dans la chaleur de la crise. Il faut prendre du recul. Je suis en train de distinguer des instances qui sont mélangées de ce que nous sommes en train de dire. C'est l'urgence et les distinguer. Il y a un aspect matériel, je ne suis pas en train de dire il n'y a que celui-là.
1:24:11 Et il y a un aspect purement politique, je ne suis pas en train de dire il n'y a que celui-là non plus. Oui. On n'a jamais vu des rapports de production sans force productive et on n'a jamais vu dans aucune société des forces productives et là, vous avez raison, agir magiquement comme ça sans qu'il y ait des rapports de production qui les ordonne. Bien sûr qu'on est d'accord là-dessus. Et c'est pour ça qu'il faut les distinguer. Parce que, et j'y reviens, la clé elle est là. Aristote avait déjà vu ça. Sauf que pour lui c'est un mystère. C'est-à-dire, je distingue bien la matière de la forme puisqu'avec la même matière je pourrais faire autre chose.
1:24:41 On est tous d'accord. Mais je ne peux pas mettre la forme dans ma main droite et la matière dans la main gauche. La forme de ça, je ne peux pas. Aristote s'embêtait beaucoup. Parce que là, il faudrait qu'il y ait une matière mais qui n'ait aucune forme. Ce n'est pas possible. Parce que même si il y a une forme comme ça, c'est quand même une forme. Et puis là, je ne peux pas avoir la forme des formes. C'est lui qui dit ça. La forme des formes. C'est ce qu'il appelle Dieu. La forme des formes. Ça n'existe pas. Je voudrais juste dire qu'est-ce que tu pourrais dire à un tigleur, à un trio. Puisque là, à l'air, tu peux occuper les formes. De lire la préface de 1859 à la critique de la contribution de l'économie politique.
1:25:13 Sérieusement. Et après, de lire les cahiers sur la dialectique de Lénine où Lénine dit « Si vous voulez comprendre Marx, il faut relire toute la logique de Hegel. » Ça fait du boulot. Et un jour, Bernard m'a dit « Dominique, il faut que tu me branches sur la dialectique. » Oui. Il avait oublié que j'étais corse, je suis flémard. Non, non, je dis ça, j'ai beaucoup d'admiration pour Bernard qui est un travailleur acharné et il a bien du mérite. Et qui est un homme d'une bonté comme je ramasse.
1:25:43 Je n'ai rien à dire contre lui. Merci. Il est un peu parfois prisonnier de sa bonté. Juste, juste pour continuer, est-ce que justement le fait que la technique est pharmakon et c'est justement la réappropriation parce qu'il y a une force productive, celle qui est assignée à être ce qui est dans la merde dans le système tel qu'il a mis en place, quand il s'agit de récupérer justement la connaissance de la technique pour dire non, c'est comme ça qu'on s'organise.
1:26:23 C'est ce qu'on appelle le syndicalisme. D'où la lutte des milieux libéraux contre l'éducation nationale du tronc commun, par exemple. Il faut qu'il y ait des littéraires et des scientifiques, il faut qu'il y ait des intellectuels et des manuels. Voilà. Et même un certain cartésianisme. Vous savez que je défends Descartes contre la vague de l'irrationalisme. Mais enfin Descartes a tendance un petit peu à séparer la pensée de l'étendue. Encore la matière de la forme. Vous voyez, d'être un peu dans le pur cogito, c'est un peu l'intellectualisme de la bourgeoisie montant du 17e siècle. Qui a des ouvriers agricoles pendant ce temps qui assurent.
Hölderlin et la symbolique des fleuves
1:26:57 Voilà. Je ne voudrais pas faire l'impasse sur les autres textes que je voulais lire. On repense les discussions mais à la lecture d'un autre texte. Voilà ce que je veux dire. Vous avez tout loisir d'intervenir. Alors le second texte c'est celui d'un poète. Et après je vais vous lire un texte qui justifie pourquoi de la politique je passe à la poésie. Donc voici c'est un hymne de Hölderlin depuis que je vous bassine avec. Je suis sûr que vous ne le lisiez pas alors je continue. Alors on n'a jamais autant traduit.
1:27:28 Vous trouvez sur internet des traductions illisibles. Maintenant le traducteur veut se faire mousser. Moins il est lisible moins il est compréhensible. Des docteurs compliqués il les complique encore. J'ai déjà illustré ça dans mon Hegel j'y reviens pas ou j'ai lu pour ceux qui l'ont vu. Trois traductions de la première phrase du premier chapitre de la phénoménologie de l'esprit par trois traducteurs différents dans la chronologie de Hyppolite dans les années 50 pardon 40 jusqu'à maintenant et vous verrez que ça va vers l'illisible de plus en plus.
1:28:00 Comme si c'était dangereux que l'on sache la vérité. Mais là ici le poète dont je parle a une citation vous la trouverez jamais c'est celle-là donc je vous l'ai dit si vous cherchez bien on trouve tout mais c'est dans ses traductions des autres de Pindare où lui il dit qu'il a peur de la vérité mais pas à cause qu'elle me dénonce etc. au sens freudien ou même marxien il dit peur de la vérité c'est un fragment mystérieux peur de la vérité à cause du plaisir à son contact comprenez au fond peur de la vérité à cause du plaisir à son contact je l'ai dit bon on n'en est pas là là c'est un hymne avant de devenir fou il fait de grands hymnes avant de faire des fragments comme ça des grands hymnes et de plus en plus vers la fin de sa vie ces hymnes ont porté des noms de fleuves un fleuve, un destin c'est une métaphore ce fleuve d'Héraclite il connaissait les grecs par coeur c'est vrai que quand il écrivait quand il était fou dans sa chambre chez le menuisier il écrivait avec la main gauche et avec la main droite il scandait les breves et les longues parce qu'en a la poésie allemande est rythmique vous savez c'est scandé comme la poésie grecque les hymnes les trochées bon là cet hymne là s'appelle à la source du Danube il y en a un autre
1:29:10 qui s'appelle le Rhin celui là s'appelle à la source du Danube parce que le Danube prend sa source quelqu'un de cette lettre comme ça en Allemagne on dit en français c'est un monsieur qui est petit qui a la moustache qui connait mal la géographie c'est comme ça qu'on dit en Allemagne c'est des images nous on dit pire des chleuhs c'est où ? enfin quand même il n'y a pas un qui sait c'est terrible en forêt noire là à 20 km de Strasbourg l'autre côté du Rhin là où Hölderlin a passé son enfance donc il est un peu marqué seulement voilà il prend sa naissance là et après qu'est-ce qu'il fait vers où il va ?
1:29:52 vers l'est oui c'est le seul des grands fleuves européens ça a frappé Hölderlin symboliquement le Rhin file vers le nord c'est le seul le Rhin le Rhône prennent leur source un mouchoir de poche dans les Alpes Suisses les deux ont RH Rhin vous avez remarqué c'est le même RH qu'il y a dans le panta rhei d'Héraclite tout s'écoule non mais je suis sérieux d'ailleurs vous savez qu'il y a un jus de fruits qui s'appelle Réa qui a essayé de profiter de ça du flux non mais c'est sérieux et la femme de Cronos le temps s'appelle Rhéa le Rhin le Rhône c'est ce qui coule la Rhinite R H oui ou non le Rhinocéros c'est celui qui a la corne sur le nez qui coule et Platon appelait Héraclite je vous l'ai dit dernière fois il l'appelait comment ?
1:30:41 le Morveux puisqu'il disait tout s'écoule ils se faisaient pas de cadeaux entre les grecs bravo je savais que j'oubliais un truc je cherchais quoi c'était ça pour les musiciens le RH de rythme c'est le flux rhéologie les fluides les mécaniques voilà donc on est dans les fleuves et le Rhône qui prend sa source tout près du Rhin file vers le sud le Rhin file vers le nord et comme il dit dans un autre poème jamais ils ne vont en pure perte dans l'aride les fleuves il faut qu'ils soient signes c'est ça qu'il est en train d'élucider avec le Danube on n'est pas on est dans l'histoire je passe de Marx à Hölderlin Dich, Mutter Asia, grüß ich non je traduis toi notre mère Asie je te salue et oui comme Marx il a commencé par le mode de production asiatique oui c'est curieux il a apparemment rien de plus éloigné que le pauvre le dernier poète idéaliste ou mort l'esprit omnubilé par la Grèce l'antiquité la mesure le poème etc puis Marx force productive les deux classes rien à voir encore que Hölderlin Hegel et Schelling c'est marqué dans le petit musée où ils allaient à l'université
Lecture de l'hymne : la parole venue d'Orient
1:31:51 les trois ils avaient la même piôle les trois vous rendez compte j'aurais voulu être petite souris écoutez les discussions les deux plus grands philosophes de leur époque et le plus grand poète de tous les temps presque ensemble dans la même piôle en train de discuter de la figure d'Antigone vous rendez compte bon donc ils ont été en prison pourquoi ? parce qu'ils ont planté un arbre de la liberté à l'anniversaire du 14 juillet le premier anniversaire il était contemporain quand même je n'ai pas l'accord avec Marx bon donc ah je n'ai pas le même Hölderlin que celui de Heidegger c'est clair donc toi notre mère Asie je te salue et loin sous l'ombre des vieilles forêts tu t'étends et tu songes Asie c'est un petit allemand qui n'a jamais voyagé encore après il ira à Bordeaux il deviendra fou d'ailleurs dans un voyage de retour mais il n'est jamais allé en Asie ça ne voyageait pas à l'époque très peu donc surtout dans ces petits milieux là ils sortent à peine de la paysannerie ils vont faire pasteur ou prof de philosophie c'était pas encore ou pasteur pour essayer d'avoir un job c'est ça que leur mère souhaite à tous et après ils vont essayer de se barrer de pasteur pour faire précepteur dans une maison de riche c'était ça leur destin c'était pas grand chose donc pas question de voyager
1:33:01 et loin sous l'ombre des vieilles forêts tu t'étends et tu songes Asie à tes hauts faits et non point pas tout ça c'est une seule explosion cette phrase et non point pas ta force propre uniquement mais tout ivre de force quand tu le commences toi millénaire toi c'est la Chine l'Inde c'est pas les grandes civilisations par lesquelles toute histoire pas l'homme l'homme c'est l'Afrique mais l'histoire elle a pris histoire toi millénaire en plus du feu céleste le cri sans fin de ta jubilation et d'une telle voix vous voyez la phrase finit pas elle rebondit j'insiste parce qu'il n'y a pas cette tradition dans notre poésie en France c'est la petite forme je ne dis pas ça péjorativement elle a le sonnet le truc bien élaboré d'orfèvre là c'est le grand souffle lyrique mais tout ivre de force et d'une telle voix ô millénaire qu'aujourd'hui les oreilles nous résonnent encore vous voyez la vision aujourd'hui on a encore les oreilles un peu comme les physiciens on entend le big bang on l'entend il y a des échos non c'est vrai on entend comment ça s'appelle le bruit de fond de l'univers pardon oui qui croyait que c'était une erreur qui croyait qu'il y avait de la poussière sur le radio télescope et non c'était les derniers échos 7 milliards d'années après
1:34:11 d'un truc qui a dû faire du bruit quand même bon qu'aujourd'hui les oreilles nous résonnent encore car c'est pour qu'un hommage te fût rendu que je fût appelé moi par le chant moi le poète en général et là il prend une comparaison ainsi que de là-haut par le chant il parle de l'Orient on n'est pas chez nous en Europe ainsi que de là-haut c'est où ça là-haut regardez bien des riches harmonies et puissantes de l'orgue dans la salle sacrée en pur ruissellement des tuyaux intarissables le prélude éveilleur commence le matin et va s'amplifiant de galerie en galerie commence toujours par la subordonnée c'est pour ça que c'est un peu dur à suivre on attend la principale ainsi que de là-haut les riches harmonies et puissantes de l'orgue dans la salle sacrée en pur ruissellement des tuyaux intarissables le prélude éveilleur commence le matin et va s'amplifiant de galerie en galerie et que vivifiant le fleuve mélodique coule à présent jusqu'aux ombres glacées et la ferveur remplie partout la maison et alors éveillé maintenant il se lève maintenant il répond au soleil de la fête le coeur de l'assemblée la société humaine le coeur de l'assemblée on n'est plus dans l'individu ainsi va la parole de l'Orient Ainsi va le verbe vous avez pris la traduction
1:35:21 la parole de l'Orient Le même développement le même découpage qu'il y avait chez Hegel les orientaux vous vous rappelez je vous avais cité cette phrase d'Hegel qui donne un sens à l'histoire sans que ce sens soit totalitaire et même qui est le plus anti-totalitaire des sens puisque c'est la liberté le sens de l'histoire les orientaux savaient qu'un seul est libre il ne s'agit pas des orientaux d'aujourd'hui c'est des orientaux historiques pas géographiques ne sombraient pas tout de suite dans l'empirisme géographique et naturaliste et donc racial et donc raciste les orientaux ça veut dire les grands empires par lesquels l'histoire a commencé l'empereur de Chine le roi des rois de Perse le pharaon d'Egypte les orientaux savaient qu'un seul est libre les grecs sûr que quelques-uns sont libres les modernes savent que tous sont libres c'est le développement orient le soleil se lève en orient l'empire du soleil il culmine à midi sur Delphes je ne suis pas rien et puis il décline chez nous nous on est l'Occident je l'ai oxy je l'ai tué c'est profond aussi il mettra toute une vie à comprendre que nous sommes plus profonds que les grecs moins beau mais plus profond quand il le comprendrait
1:36:32 il deviendra fou alors essayez de comprendre avant de devenir donc et voici que donc ainsi vint le verbe de l'Orient à nous c'est pas fini c'est un fait commencé parce qu'on a enfin le contact et sur les roches du Parnasse et sur le Cithéron vous voyez toujours le même trajet je l'entends Ô Asie l'écho venu de toi et il se rompt contre les capitoles à Rome poétiquement mathématiquement il n'a rien il y a autre chose la grandeur romaine la beauté grecque la grandeur romaine et il se rompt contre les capitoles et voici que soudain ben oui il manque une étape c'est nous nous les barbares pour l'instant on est dans des huttes mal chauffées et en fumée alors qu'il y a des grandes civilisations à tout près et voici que soudain précipité du haut des Alpes elle vient étrangère jusqu'à nous la voix façonneuse d'hommes celle qui vient d'Orient de l'Asie une stupeur alors étreignit l'âme de tous ceux qu'elle avait atteint et la nuit furent sur les yeux des meilleurs vous vous rappelez je vous avais dit que le romantisme allemand était une hécatombe ils sont tous morts fous ou suicidés mais pas par des malheurs par un excès de bonheur un excès d'illumination poétique le dernier c'est typique
1:37:42 il le dit dans l'hymne du Rhin il dit pas l'hymne du Danube l'hymne du Rhin il dit car il est lourd à porter le malheur mais encore plus le bonheur et ici devant la splendeur du verbe venu d'Orient vous voyez une stupeur alors étreignit l'âme de tous ceux qu'elle avait atteint et la nuit fut sur les yeux des meilleurs car le pouvoir est grand de l'homme alors l'homme en général et là on est dans les forces productives regardez bien et son art son art c'est technique technique et son art où j'en suis et il mate l'homme le flot et le roc et la force du feu et l'épée ce porteur de très nobles pensées il ne la craint point mais devant le divin le fort est abattu niedergeschlagen et presque il prend une comparaison magnifique il même celui le plus fort il ressemble au gibier qui va pousser par la douce jeunesse c'est les grandes forêts ça de Bavière et de Forêt Noire où on va les chevreuils et les cerfs pousser par la douce jeunesse court infatigablement sur les montagnes et qui sent sa propre force à la haute chaleur de Midi ça c'est Midi la Grèce nous on est l'Occident regardez bien mais quand décline dans les brises joueuses du soir à la lumière sacrée et qu'avec le rayon de fraîcheur l'esprit de joie descend toucher la terre bienheureuse alors il succombe et s'abat
1:38:52 c'est symbolique les chevreuils ne s'abattent pas parce qu'il fait beau parce que le cristaline est splendide il le sait bien Hölderlin c'est profond alors il succombe et s'abat tant de beauté le déconcerte et il s'endort d'un sommeil éveillé dès avant que les astres s'approchent avant la nuit de même nous nombreux sont en effet ceux chez qui la lumière des yeux s'est éteinte devant les dons et les présents divins voilà ce qui m'intéresse c'est que c'est la même progression je passe mon temps à vous dire que c'est la même chose non seulement les philosophes entre eux mais même les poètes et Marx vous voyez et un dernier exemple je passe maintenant à un roman maintenant je passe tout ce que je veux dire sous le patronage de Kant vous me direz bon c'est normal on est en philo Kant mais tu nous as un peu bassiné Kant ne peut pas parler d'un autre non mais c'est pas Emmanuel Kant vous ne connaissez pas celui-là c'est Hermann Kant qui connaît ?
L'Amphithéâtre de Hermann Kant et le poème de Brecht
1:39:45 ah j'étais sûr de faire mon effet non c'est un romancier c'est un romancier d'Allemagne de l'Est donc d'un pays qui n'existe plus donc je ne peux plus aller y passer mes vacances non mais c'est rare comme situation on m'a volé un pays on peut faire l'association pour des plaintes je ne peux pas gagner je ne peux plus passer ses vacances ça ne s'impose plus voilà donc sérieusement c'est un des rares romanciers dont le roman était tellement bon qu'il a été traduit en français et même chez Gallimard vous voyez et qui s'appelle l'amphithéâtre essayez de le trouver sur internet Hermann Kant l'amphithéâtre dit Aula en allemand parce qu'il prend le nom latin les allemands ce roman je vous le pitche très vite parce que j'ai très peu de temps le narrateur ça se passe à notre époque un petit peu après la guerre le narrateur donc au début de la construction en Allemagne de l'Est un petit peu après la fin du début si vous voulez est chargé le narrateur est chargé par l'administration de son université de faire le discours de clôture de l'ABF on ne sait pas ce que c'est que l'ABF donc je vous le dis c'est une université créée en 49 en Allemagne de l'Est donc en Allemagne communiste pour donner une chance à ceux qui n'avaient jamais eu la chance vu leur origine sociale d'accéder aux études supérieures
1:40:56 soit même aux études tout court aux études supérieures c'était une université si on traduit des ouvriers et des paysans donc des gens de 30 ans étaient là pour la première fois en classe vous voyez dans une salle de classe à apprendre l'histoire la géographie la géologie la minéralogie c'est une aventure assez exceptionnelle et lui il est chargé de faire le discours de clôture elle va fermer ses portes parce que maintenant c'était des époques héroïques et pionnières maintenant tout le monde va à l'université à l'enseignement au cycle général voilà et donc c'est le prétexte du roman la plume lui tombe de la main parce qu'il se rappelle de la période héroïque il n'y avait pas de la ficelle pour faire des colis il n'y avait rien on se lavait avec ce qu'on appelait ça du savon enfin bref l'Allemagne après la guerre c'était pas grand chose donc vu du côté allemand et là ils racontent leur premier cours d'histoire il y a des mecs de 30 ans alors il y a un type qui vient qui sort d'un camp de concentration un communiste quand la liste fut terminée Riebenlamm c'est le prof là il dit bon vous vous appelez le groupe de travail A1 vous êtes au nombre de 32 votre classe est trop nombreuse mais j'espère qu'elle ne le sera jamais moins jeunes gens ne faites pas de bêtises jeunes filles ne faites pas trop d'enfants vous allez faire de l'histoire et pour cela il faut tout d'abord que vous appreniez ce que c'est l'histoire chlouk employé des postes
1:42:06 qu'est-ce que l'histoire chlouk se leva chlouk vous savez boire un chlouk ça veut dire boire un coup et regarde Riebenlamm Riebenlamm attendez enfin chlouk dit l'histoire c'est ce qui a pu se passer dans le monde une guerre quand la guerre est finie les changements de gouvernement ce qu'on a découvert de nouveau l'Amérique pourquoi les choses tombent bravo dit Riebenlamm c'était un bon départ et depuis quand mademoiselle Bilfert couturière depuis quand à votre avis l'histoire nous est-elle connue quand la jeune fille se leva Trullesand c'est un héros du roman un jeune chuchota je parie qu'elle s'appelle Juliette perdu dit Riebenlamm elle s'appelle Vera et vous vous vous appelez un instant vous vous appelez Gert et non Roméo tant que nous sommes en cours personne n'y s'appellera Roméo compris ?
1:42:47 et bien on est en Allemagne et bien mademoiselle Bilfert l'histoire la jeune fille toute rouge dit timidement je crois que c'est depuis toujours c'est depuis le début Riebenlamm s'assied sur son bureau et dit bon c'est ce que vous croyez maintenant si je vous demande quand vous situez ce début vous serez bien embarrassé vous ne voudrez pas dire Adam et Ève et vous ne voyez rien d'autre d'ailleurs nous en sommes tous au même point plus ou moins c'est pourquoi pour le moment nous laisserons de côté le début et nous remontons simplement jusqu'à ce que nous rencontrions les premiers hommes qui ne s'appelaient certainement pas Adam et Ève parce qu'avant de pouvoir donner un nom à un autre il faut savoir parler tout cela est assez embrouillé c'est pourquoi nous négligerons carrément cette question et nous revenons à ce que Schluck Postier nous a proposé l'histoire a-t-il dit c'est la suite des événements importants que l'humanité a pris part c'est pas mal du tout Schluck s'il continue comme ça il sera bien noté c'est pas trop mal il se leva se promena dans la classe posant des questions et donnant aussitôt aux réponses des commentaires encourageants ce qui vous attend ici dit-il c'est plus que vous ne croyez vous pensez que vous devez simplement en apprendre plus en ce cas vous vous êtes drôlement fourvoyé qu'est-ce qu'il est en train
1:43:57 de vouloir dire là à votre avis vous pensez que vous êtes là pour apprendre plus et moi je vous dis non il faut se débarrasser de l'idéologie d'abord il faut enlever aussi il ne faut pas seulement acquérir du nouveau il faut enlever des préjugés on est en Allemagne après la guerre sur le juif sur le polac sur le russe sur le français sur le patron sur l'ouvrier il faut apprendre à penser à dépenser et apprendre à désapprendre c'est ce qui va dire vous devez le faire oui ici nous voulons arriver à remettre la pensée sur ses pieds si vous pensez que c'est moi qui vais le faire seul vous vous faites des illusions vous devez le faire avec moi je n'ai aucune recette pour vous simplement quelques règles mais on peut se fier à elle c'est ainsi que nous arrivons à la règle numéro 1 et à propos de cette règle je vais vous lire un poème oui je me justifierai ça le fait que je fais des détours par des poèmes n'est-ce pas si un prof de l'Allemagne communiste commence son cours d'histoire par un poème j'ai bien le droit de faire pareil en philosophie cela vous étonne et bien soyez étonné étonner ses élèves c'est ce qui plaît le plus à un professeur l'étonnement est la base sur laquelle peuvent s'ériger de véritables pyramides voici ce poème écoutez bien son premier cours d'histoire qui a bâti Thèbes aux sept portes il s'agit de la Thèbes grecque
1:45:10 ici pas de la Thèbes égyptienne la Thèbes d'Oedipe qui a bâti Thèbes aux sept portes dans les livres on voit les noms des rois les rois ont-ils traîné les blocs de pierre et Babylone si souvent détruite qui la reconstruit tant de fois dans quelle maison de Lima la dorée habite les ouvriers où s'en allèrent le soir où fut terminée la muraille de Chine les maçons premier cours d'histoire Riebenlamm lisait lentement sobrement d'un ton aussi pénétré que si c'était lui et non le poète qui posait ses questions quand il eut terminé il regardait attentivement les étudiants puis il dit nous avançons vous faites exactement les yeux que vous devez faire on vous ouvre des horizons le poète a gagné comment s'appelle-t-il au fait quelqu'un le connaît Robert Iswall le roman Iswall a dit que le poète s'appelait Brecht et qu'il s'était permis il voulait dire que le poète était formidable c'est permis il ajoutait mais peut-être que quelqu'un soit d'un autre avis je vous lis juste cette suite comment s'appelle-t-il Robert Iswall électricien puis après avoir consulté la liste des autres élèves il dit mademoiselle Paal cultivatrice je vois et paysanne
1:46:20 je vois à vos sourcils que vous n'êtes pas d'accord dites-nous nous sommes curieux de savoir elle osait intervenir voyez une paysanne ne va pas intervenir dans un amphithéâtre mais quand même elle fronce les sourcils la jeune fille se leva et dit précipitamment après un long silence est-ce que c'est un poème ? il se ressemble à un poème elle sera si effrayée il se cachera derrière son voisin mademoiselle Rose dit Riebenlamm d'un ton solennel tout en feuilletant un carnet de notes elle a premier à se distinguer au cours d'histoire de la faculté ouvrière et paysanne pourquoi ?
1:46:56 parce qu'elle a dit mais elle a pensé mais elle a dit mais regardez-la et prenez exemple je note donc mademoiselle Rose cultivatrice et étudiante s'est distinguée par son attitude exemplaire pendant le cours voilà je vous donne envie de lire n'est-ce pas ? l'amphithéâtre c'est superbe je termine par un poème alors je vous le dis de tête parce que je ne vais pas tant que distribuer je vais chercher vous savez je vous avais lu le texte de Rimbaud le conte si vous vous souvenez bien et je voudrais terminer mon dernier texte une citation de Rimbaud qui les vacances vont arriver qui résume bien je vous ai dit que le plus qu'on pouvait savoir en philosophie c'est de prendre conscience du présent historique que nous vivons ce qui est très difficile et très long il y a un poème où Rimbaud fait cet effort extraordinaire il vit vous voyez les années 1870 il voit les premiers les premiers décors du monde dans lequel nous vivons industriel, moderne un petit peu et il fait un poème qui s'appelle Mouvement vous le trouvez dans les Illuminations elles sont toutes sur en wiki Rimbaud, Illuminations il n'y a aucun problème retenez ceci le titre Mouvement au singulier tout bouge là-dedans alors je vous le dis parce que Rimbaud il n'est pas toujours clair en première lecture c'est très clair quand on l'a dit
« Mouvement » de Rimbaud : la conscience du présent historique
1:48:06 plusieurs fois visiblement c'est inspiré au cours de ces pérégrinations de vagabonds pédestres par un il vit dans les Ardennes souvent il bougeait pas mal en Allemagne et dans ces coins-là à l'époque par une centrale hydroélectrique ils ont pour aller vite les premiers barrages Mouvement le gouffre à l'étambot l'étambot c'est l'écluse le gouffre à l'étambot l'énorme passade du courant la terrible célérité de la rampe emmène les voyageurs par une nouveauté inouïe et dans les trombes du Val et du Strom ça commence fantastique il y a du mouvement dans la phrase les trombes la rivière il n'y a de barrages que là où il y a du courant les trombes du Val et du Strom il y a des mots allemands un peu comme ceux qui connaissent son aube de Rimbaud je ris au Wasserfall c'est la chute d'eau en allemand il est des Ardennes donc il y a quelques mots j'en ai les trombes du Val et du Strom bref il est dans une vision d'un décor scientifique d'avant-garde une espèce de féerie scientifique ce sont il parle des des hommes qui sont là des nouveaux hommes ce sont les forces productives
1:49:16 d'avant-garde ce sont les conquérants du monde cherchant la fortune chimique personnelle le sport et le confort voyagent avec eux c'était nouveau ils emmènent l'éducation des races des classes et des bêtes ça ne rappelle rien ça amener des bêtes oui non non non comme référence célèbre des bêtes qu'on embarque oui l'arche de Noé ils voient un peu le monde du futur comme une arche de Noé ils emmènent l'éducation il y a de l'eau partout dans ce poème ils emmènent l'éducation des races des classes et des bêtes sur ce vaisseau ça confirme vous voyez repos et vertiges à la lumière diluvienne je n'interprète jamais c'est pour ça que si je me permets de dire Noé c'est parce qu'il vient de dire à la lumière diluvienne le déluge c'est pas donc je corrobore un beau par un beau à la lumière diluvienne au terrible soir d'études car il y a de la science derrière tout ça c'est pas moi le vagabond qui peut comprendre je suis émerveillé mais enfin je ne suis pas un ingénieur je vais vous dire un mot
1:50:26 car de la causerie parmi les appareils le feu les fleurs le sang les bijoux on voit vous voyez le suspense de la phrase roulant jusqu'à la route hydraulique motrice monstrueux s'éclairant sans fin leur stock d'études eux ce monde nouveau lui il vient trop tard c'est une espèce d'éloignement eux chassés dans l'héroïsme et l'extase de la découverte bref une espèce d'illumination c'est le cas de dire c'est une illumination dans les illuminations créée chez ce vagabond par une vision de ce qu'il appelle dans un autre poème les fantômes du futur luxe nocturne et tout d'un coup la chute un couple de jeunesse s'isole sur l'arche comme s'il y avait un pont par-dessus le canal un couple de jeunesse dis donc ça c'est pas la science d'avant-garde ça existe depuis tout le temps vous savez ce couple de jeunesse dont on dit les amoureux sont seuls au monde dans quelques pays quelques lieux que ce soit un couple de jeunesse s'isole sur l'arche est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ?
1:51:23 point d'interrogation et chante et se poste point final magnifique car là vous avez tous les termes de la réflexion depuis les origines de l'homme jusqu'à maintenant c'est pas même nous sommes à la technologie il faut composer avec l'ancienne sauvagerie voilà je vous conclise sur un texte un peu mystérieux mais d'une telle beauté une telle richesse surtout ce gamin du livre dans une autre temporalité parce qu'écrire ça à 19 ans c'est quand même pas mal voilà mais si je suis ouvert à toutes les questions que vous voulez merci