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Le passage de l'état de nature à l'état civil chez Rousseau
0:00 Alors, j'ai une question de Jean-Vincent Berthaud, que je ne connaissais pas et que je ne regrette pas de connaître, parce qu'il nous pose une excellente question. Pardon, je fais des évaluations un peu arbitraires comme ça, mais... Je disais plutôt, merci de partager avec vous l'honneur. Je me souviens que vous aviez parlé d'une possible théorie du mal chez Rousseau. Ah là, qu'est-ce que je suis content quand quelque chose laisse une trace, mais quelque chose de capital dont je sens que la plupart du temps on glisse dessus, comme si ça avait l'air simple.
0:35 On va y revenir. Je vois très bien à quoi il fait allusion. Et je lui suis très reconnaissant que ça ne soit pas tombé dans l'oreille du sourd, comme on dit, n'est-ce pas ? Dans la Leçon de Ionesco, ça détend un peu, excusez-moi, c'est censé être comique, Ionesco, même si c'est assez dramatique, cette pièce, mais enfin, il n'y a que deux personnages, le prof et l'élève. L'élève dit, elle arrive, faire sa culture générale, en fait, elle ne sait pas additionner deux et trois, mais enfin, mes parents veulent que je fasse des études.
1:05 Ils veulent que j'aille en maternelle supérieure, enfin, c'est du Ionesco. Bon, alors, et à un moment donné, le professeur lui apprend à prononcer les voyelles, pas, pan, po, pi, comme ça. Voilà, allez, et vous développez ces phonèmes et ainsi les mots voltigeront, voltigeront, voltigeront. Ils ne risqueront plus de tomber dans les oreilles du sourd, qui sont les véritables tombeaux des cultures linguistiques. Voilà, j'en rajoute un peu, je déforme un peu le texte, parce qu'il y a longtemps que, je ne sais pas, aller dans les coulisses dans lesquelles j'ai rencontré Barbara.
1:42 Oui, oui, la chanteuse. Nous nous retrouvions au théâtre de la Huchette, qui est grand comme deux fois cette pièce, c'est-à-dire tout petit. Et les coulisses, vous voyez, on faisait ça et on voyait toute la salle. Et Barbara était là tous les soirs, elle était amie avec les gens de la troupe, et elle était, comme vous l'imaginez, toujours en noir, toujours souriante, charmante, silencieuse. Voilà. Oh, je vieillis, moi, je vous raconte des souvenirs. Alors, donc, mais je me rappelle de ça, les mots qui voltigent et qui ne risquent plus de tomber dans les oreilles des sourds, qui sont les tombeaux.
2:16 Merci beaucoup d'avoir cette mémoire, Jean-Vincent. Donc, ça c'était pour Rousseau. On continue. Pourriez-vous à l'occasion de développer cet aspect ? Et si cela vous paraît sensé, voilà quelqu'un qui marche prudemment, et donc sûrement, la mettre en perspective, cette théorie de Rousseau, avec la théorie de la violence chez Labica, Labica, ancien marxiste, que j'ai rencontré à l'IRM, l'Institut de recherche marxiste, en compagnie de Clouscard, d'ailleurs.
2:46 Et par la suite, si et seulement si cela est perspicace, quelle prudence ! La question qui va piano va sano, qui va sano va lontano, vous savez, comme on dit chez Nailan, qu'Italiote et en Corse aussi. La question du mal et ou de son origine chez Arendt. Bien à vous, merci beaucoup pour cette question. Bon, alors, c'est très précis sur quoi fait allusion ici Jean-Vincent.
3:21 Il s'agit d'un passage que j'ai déjà cité assez souvent, je crois, c'est le chapitre 8 du livre 1 du contrat social. Vous savez la différence. C'est surtout le Wikisource que vous voulez, et des tas de PDF, le texte que vous l'avez sous la main quand vous voulez. Rousseau, Jean-Jacques, Du contrat social, livre 1, chapitre 8, titre de ce chapitre, de l'état civil. Autrement dit, c'est le chapitre très important, capital, d'où dérive peut-être toute la pensée politique de Rousseau, où on va distinguer l'état civil, le monde social.
4:00 L'homme est « zôon politikon », comme dirait Aristote. C'est un animal social, on dit animal politique, c'est un animal qui habite dans une cité, une communauté. qui va opposer à l'état de nature. L'état de nature, l'état civil. Et il dit ceci. Le chapitre ne porte pas sur l'état de nature. Je dis tout à l'heure qu'il fallait laisser la nature aux physiciens ou biologistes, qui sont mieux qualifiés que moi et que d'autres, pour en parler.
4:32 Il ne porte pas non plus sur l'état civil. Elle porte sur le passage. Il y a ceux qui croient que le passage s'est fait il y a quelques millions d'années. Vous allez voir qu'il ne cesse de s'opérer, ce passage. Voilà, je n'en dis pas plus, je restitue le texte littéral pour arriver exactement au passage auquel fait allusion Jean-Vincent. Ce, vous voyez le démonstratif, là, ce passage de l'état de nature à l'état civil, produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant.
5:13 « Quoi qu'il se prive dans ce nouvel état, dans l'état civil, de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, nature, je peux l'avouer, j'ai le droit, plus personne ne me dit rien, quoi qu'il se prive dans ce nouvel état dans la cité, de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, il en regagne de si grand. » Et là, ça commence le crescendo. Ses facultés s'exercent et se développent.
5:43 Vous savez qu'on a fait des mesures sur des enfants sauvages. Vous savez, ces cas d'enfants qui, pour des raisons obscures, souvent inavouables, ont été, et soit ont été perdus, dérobés, ça c'est l'histoire de Mowgli, les enfants loups, mais même dans des fermes, souvent, vous savez, on a trouvé des enfants enfermés dans des remises comme ça, qu'on a retrouvés plus tard. Bref, qui ont été privés dès leur naissance, pratiquement jusqu'à un moment où on les découvre, et où le monde les redécouvre, et se sont trouvés privés de la relation à l'autre.
6:24 Et on a pu mesurer qu'il y a beaucoup moins de synapses, de liaisons cérébrales, que chez ceux qui ont vécu en société, qui ont eu le langage, par exemple. Deuxième exemple, parce que Rousseau va très vite, là il est elliptique, il va à l'essentiel. Ses facultés s'exercent et se développent. Mais attendez, c'est énorme, à ce que l'état civil apporte aux imbéciles qui croient que tout vient de la génétique. Il suffit de naître pour être, alors que ce n'est que le commencement d'un devenir.
7:01 Et voilà le deuxième exemple. Ça c'est des mesures, renseignez-vous surtout. Comparer le niveau de développement psychique, mental, de ce qu'on appelle un peu hâtivement l'intelligence, si vous voulez, pour autant que ce ne soit pas un mot vague, mais qui soit lié à des facteurs mesurables, entre le sourd muet de naissance et l'aveugle de naissance. Vous avez jamais pensé à faire la comparaison ? Vous devinez où je vais en arriver ?
7:31 Aux arts plastiques et à la musique ? Non, ça c'est moi qui fais un raccourci. Mais c'est vrai que les aveugles sont privés de la beauté du monde. Mais pas de la parole de l'autre. Au contraire, vous savez que les aveugles ont une ouïe extrêmement développée. Vous avez dans le cinquième, une association des accordeurs aveugles, tous les professionnels d'accordeurs de piano, n'est-ce pas ?
8:03 Ceux qui ont l'oreille la plus fine, pour voir si la note est bien accordée exactement à quelques commas près, le comma divise les demi-tons, etc. C'est souvent des aveugles. L'aveugle, il est privé, non pas des autres, mais des choses. Le sourd muet, il n'est pas privé des choses. Il promène ses regards sur le monde. Mais il n'entend pas, il ne m'entend pas. Et on ne l'entend pas.
8:34 Ils ont beaucoup plus de retard scolaire et de handicap mentaux, si vous voulez, chez un sourd muet de naissance. Toutes choses restant égales par ailleurs. Vous mettez un sourd muet avec quelqu'un, un bon éducateur, un bon formateur, qui fait les exercices appropriés. En tout cas, il y en a beaucoup, statistiquement, si on ne fait rien, il y a beaucoup plus de difficultés mentales chez le sourd muet de naissance que chez l'aveugle de naissance.
9:06 Donc, allez, je reprends le texte de Rousseau, mais regardez, il ne faut pas glisser trop vite. Ses facultés s'exercent et se développent. Ce n'est que le début d'un crescendo, mais regardez tout ce que je viens de dire déjà. C'était hâtif, je prends deux exemples. Et si, je terminerai quand même avant de quitter ce point-là. Ses facultés s'exercent et se développent. Il faut prendre l'exercice comme avec un muscle. Si vous ne vous entraînez pas au sport, vous ne serez jamais médaille d'or. Donc, le plus grand exemple, bien sûr, c'est tout ce que le langage apporte à la pensée.
9:42 Si vous n'avez pas le signe, comment voulez-vous avoir le contenu ? Si vous n'avez pas le mot, comment voulez-vous avoir la chose ? Je donne un exemple. Comment voulez-vous penser 20,287,719,000 ? Si vous n'avez pas des chiffres. Chiffre, c'est un mot arabe. Heureusement qu'on n'avait pas resté aux chiffres romains. Chiffre, c'est une manière de dire les quantités. Vous voyez, les Romains, il n'y a aucun grand mathématicien dans Rome.
10:12 Il y a des grands juristes, des extraordinaires architectes, des travaux publics, des champions. Mais, mathématiques, comment vous... Un, c'est un bâton. Deux, c'est deux bâtons. Trois, c'est trois bâtons. Ou au-delà de trois, on s'embrouille. S'il y a quatre bâtons. Donc là, on commence à mettre une lettre. Comment voulez-vous faire des mathématiques. Moi, je vous parle de 27,965,000. C'est précis, c'est déterminé. Je pense, ce chiffre énorme, je le pense très facilement.
Passions ennoblies et dégradation au-dessous de l'animal
10:42 parce que j'ai tout un système linguistique pour l'exprimer. Voilà. Allez, je reprends le texte et je n'interromps plus le crescendo. Donc, il perd des avantages. Nature, il en regagne de si grand. Je reprends là. Virgule, ses facultés s'exercent et se développent. Ses passions s'enoblissent. Oh, dis donc ! Là, ce n'est plus une sorte de connaissance, c'est les passions. La sexualité devient princesse de Clèves.
11:15 Tristan, Iseut, Roméo, Juliette, dites donc ! Ses passions s'enoblissent. Ça veut dire, non, l'enoblisse, ça ne veut pas dire qu'on leur donne une particule. Ça ne veut pas dire que c'est une élite. Ça veut dire que la passion, c'est là où on est passif. Les animaux, ils subissent la sexualité, ils subissent les lois de la reproduction de l'espèce. Nous aussi, pour reproduire l'espèce. Mais chez nous, la sexualité, qui n'est pas à notre service en tant qu'individu, qui est au service de l'espèce.
11:48 N'oubliez pas, dans le monde animal, on n'a rien à en cirer de nous-mêmes comme individus. Le plus bel exemple ou le plus tragique, comme vous voudrez, c'est les sauterelles. Elles s'accouplent et elles meurent tout de suite après. Voilà. Elles ont rempli leur fonction, l'espèce est assurée de continuer. Les individus s'en vont à jeter la poubelle. On les ramasse avec coup de balai après. En Afrique, il y a des criquets, il m'est arrivé d'en voir les poubelles entières. Alors, alors que nous, on tient quand même à tirer la libido vers notre profit individuel, personnel.
12:26 Je n'aimerais que toi toute ma vie. ses passions s'enoblissent. Vous voyez le crescendo. Ses facultés s'exercent et se développent. L'ordre théorique, ses passions s'enoblissent, l'ordre pratique. Son âme toute entière s'élève à tel point que, paf, là j'arrête et il y a le passage que Jean-Vincent a eu le mérite de ne pas oublier. Passage terrible et on revient à la problématique du mal.
12:59 Immensité de Rousseau. Son âme toute entière s'élève à tel point que, oui, vous croyez que c'est un abruti qui dit que dans la nature l'homme il est zéro et que dans la société ça y est, tout est réglé. Si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, attention à l'attention, je vous mets en garde grammaticalement, les verbes et les modes et les temps vont changer, jusqu'à là c'est indicatif.
13:33 Si, déjà c'est hypothétique, si les abus de cette nouvelle condition, les nouvelles conditions c'est le passage à l'état civil, à la société, si les abus de cette nouvelle condition ne le, le, l'homme ne le dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti, comment peut-on être en-dessous de l'état de la nature, en-dessous de l'animal ? Ce n'est pas seulement qu'on est une bête, c'est qu'on est bestial.
14:04 Ce n'est pas pareil, un animal, il n'est pas bestial, il est animal. L'animal, il ne connaît pas le bien et le mal. Il fait ce qu'il peut, non pas ce qu'il doit. Je dois manger pour vivre. Là, je suis animal, c'est vrai, c'est vrai que je dois manger pour vivre jusqu'à ma mort. Et ça, c'est la partie animale chez moi, ça, on partage ça avec le ver de terre. Ce n'est pas ça qui nous définit. Ce n'est pas ça qui fait qu'on se connaît soi-même. Par contre, je dois respecter le feu rouge ?
14:38 Pas de flic, deux heures du matin ? Ah non, vous ne le faites jamais. Clouscard a failli mourir. Le chauffeur a été tué, le taxi, un refus de priorité, ça a été terrible. Bon, bref. Une huille, il y a eu du Louvre. Je peux griller le feu rouge, mais je ne dois pas. Donc, c'est inutile de dire « je dois manger pour vivre » comme si c'est moi qui décidais parmi mes devoirs, n'est-ce pas ?
15:08 Quelle prétention ! Il faut dire, vous devinez que c'est le verbe pouvoir qui s'impose. Je ne peux pas vivre sans manger. Ça, c'est clair. Ça, c'est naturel, c'est physique, c'est animal. Là, je n'ai pas le choix, c'est là que je suis le moins libre. Surtout quand je n'ai pas de nourriture, il y en a qui ne voient pas à quel point c'est une contrainte parce qu'ils ont la chance, n'est-ce pas, d'avoir toujours un supermarché à côté. ils ne sont pas à Gaza.
Figures du mal : Gaza, le Congo, les Khmers rouges
15:43 Ça fait deux fois que le problème du mal nous ramène à Gaza. C'est l'actualité, vous me direz, mais on avait terminé sur les terribles tercets de la cloche fêlée de Baudelaire, n'est-ce pas ? Moi, mon âme est fêlée, regardez le crescendo, là encore, mais un crescendo terrible, et lorsqu'en ses ennuis, elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, il arrive souvent que sa voix affaiblie, semble, au contraire de la cloche qui résonne, que sa voix affaiblie, le râle épais d'un blessé qu'on oublie, c'est que c'est un râle, le sang qui vient obstruer la voix, le gosier, semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts, et là je pense tout d'un coup à des dizaines de milliers d'enfants sous le béton de Gaza.
16:30 De Gaza et du Liban, et qui meurent sans bouger dans d'immenses efforts. On parle du mal, non ? Oh, il n'y a pas que là qu'il y a le mal Je reviens à notre générique, n'est-ce pas ? J'ai tenu à commencer, je sais bien, je savais que je déteste ce voyeurisme, mais là quand même je ne peux plus empêcher de vous diffuser ces images insoutenables de la prison de Makala, qui n'est pas la plus grande prison, la seule grande prison, la seule, c'est terrible, le manque d'équipement, n'est-ce pas ?
17:07 De Kinshasa, la ville la plus peuplée de l'Afrique subsaharienne. Et oui, ben là, ce n'est pas les Juifs et les Arabes, ce n'est pas les Allemands et les Soviétiques, ce n'est pas non, ce n'est pas les nazis et les communistes, ce n'est pas ça. Ce n'est pas non plus tribal, ne croyez pas. Croyez pas. Le plus grand génocide des temps modernes, oui, oui, en nombre de morts.
17:37 Renseignez-vous, ne me croyez pas sur parole, c'est des choses graves, comment voulez-vous se fier à Pagani ? Sans controuver, comme on disait. Autrefois, regardez bien, vous cherchez sur Youtube ce que vous voulez dans Wikipédia, n'est-ce pas ? La tragédie de l'Afrique des Grands Lacs, je prends exprès une notion géographique qui englobe, bien sûr, essentiellement, je parlais de Kinshasa, du Congo ex-Belge qu'on appelle, entre-temps, le Zaïre, puis aujourd'hui, la République démocratique du Congo, la RDC, mais aussi, les deux petits pays qui s'accrochent là, frontaliers avec le Rwanda et le Burundi.
18:21 Vous savez déjà que c'est le plus grand génocide de l'après-guerre avec les Khmer verts, les Khmer rouges, pardon, vous savez, les Khmer verts, parce qu'ils ont commencé d'abord par fuir la ville corrompue et polluée pour amener les populations se faire massacrer à la campagne. farouchement anti-soviétique, je le rappelle parce qu'on a essayé d'en faire des instruments, n'est-ce pas, de l'anticommunisme. Bref, toutes les grandes puissances de l'OTAN occidentale soucieuses de liberté, de démocratie, votaient pour les Khmer rouges à l'ONU contre les Cambodgiens pro-soviétiques qui avaient débarrassé la planète de cet affreux régime.
19:06 C'est une histoire à écrire, ça. Parce qu'il y en a encore, n'est-ce pas, qui jouent les pro-Chinois comme s'il y avait continuité entre la Chine des gardes rouges et la révolution culturelle où des gamins de 14 ans avec une Kalachnikov braqués, les communistes qui avaient fait la longue marche aux côtés de Mao. Bon, bref, je parle du mal, vous savez, et les Khmer rouges et le Congo, ça fait ça, ça fait des cadavres.
19:36 Alors, je reviens au Congo, mais c'est plus de 10 millions de morts de bilan. Ce n'est pas fini, ce n'est pas fini. Renseignez-vous sur ce qui se passe à la frontière orientale de la RDC. Entre le Rwanda, l'Ouganda, la RDC, les anglophones, etc. C'est le roi des Belges, non, je le dis parce qu'il y en a plein qui ne sont pas au courant. Le Congo belge, à l'époque, n'appartenait pas, même pas, au peuple belge.
20:07 C'était la propriété privée de Léopold, du roi des Belges. C'était son jardin, un jardin tropical. Un jardin tropical, grand comme quatre fois la France, avec une Amazonie, une forêt vierge. Seulement, à l'époque, il n'y avait pas encore le caoutchouc synthétique. Lui, il avait vu, il fallait faire du blé avec le caoutchouc naturel. Je ne sais pas ? Et il trouvait que les rendements n'étaient jamais suffisants. On brûlait les villages. Mais regardez, il y a des photos de gamins de douze ans avec les bras coupés. Des femmes à qui on coupait les seins.
Définition du mal ; le nazisme et le néopositivisme
20:38 Mais je ne plaisante pas et je ne parle pas de ceux qu'on tuait. Le mal. Si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti. Là, merci Jean-Vincent de remarquer que pour la première fois il y a une théorie du mal, une théorie moderne du mal sous la plume de Jean-Jacques Rousseau, fondateur du contrat social.
21:10 Le mal, c'est quand l'état de nature est réinstauré d'une manière non naturelle. C'est compliqué ce que je dis ce soir. mais je tiens à cette réponse à la question de Jean-Vincent à ne pas être actif de la gravité de l'enjeu. Le mal, c'est quand ? On a bien vu l'état de nature, l'état civil. Relisez le texte Rousseau, vous n'oublierez plus jamais, n'est-ce pas ? Il y a l'instinct d'un côté, l'institution de l'autre, par exemple, la sexualité dans l'état de nature, le mariage, l'institution et non plus l'instinct.
21:46 C'est la preuve, c'est que ça change. Ici, c'est monogame, là-bas, c'est polygame, ça c'est entre humains, c'est plus la nature. Alors, il y a cette dichotomie, c'est bien clair, on a l'impression, si on ne s'arrête pas à « son âme toute entière s'élève à tel point que… » J'arrête toujours le texte sur ce que. Si on s'arrête là, on a l'impression que… On nous a très mal enseigné Rousseau, il est en train de nous dire qu'on a tout gagné à quitter la nature et à passer à l'état civil.
22:17 Enfin, quand même. Mais alors, il se contredit, puisqu'ailleurs, il dit « tout est bon sortant des mains du Créateur ». Je le cite, c'est un autre texte, « tout dégénère entre les mains de l'homme ». Il faudrait savoir. Il faut remarquer, il faut remarquer au passage, je ne voudrais pas développer ça aujourd'hui, mais je le dis à l'adresse d'oreille attentive comme celle de Jean-Vincent, qu'il ne dit pas « tout est bon sortant de la nature ». Tout est bon sortant des mains du Créateur. Moi, j'appelle ça du surnaturel.
22:50 C'est-à-dire exactement le contraire de la nature. Voilà. D'ailleurs, quand on a l'impression qu'il y a un miracle, au sens du jeu, on dit bien « oh là là, ça ne peut pas être seulement naturel. » Vous voyez ? Alors, je répète, le mal, c'est la réintroduction de l'état de nature, mais une réintroduction non naturelle par celui qui était passé à l'état civil. Qu'est-ce qui est horrible dans le nazisme ?
23:20 Non, non, je ne m'attarde pas, je ne suis pas voyeur. Le détail, vous savez, en regardant de près, je ne suis pas en train de blanchir les nazis loin de là. Mais je veux dire, vous lisez, la chronique de l'histoire humaine, c'est épouvantable. Il est dit dans l'écriture qu'elle vallée de larmes, n'est-ce pas ? Vous regardez les guerres de religion, les nez coupés, les langues coupées, les villages entiers, c'est épouvantable. Tenez, quand vous partez en vacances là, sur le midi, l'autoroute A6, A7, vous arrivez après Avignon, vous arrivez à Mornas.
23:53 Certains connaissent sur l'autoroute Mornas, c'est là que tout se décide, on va continuer vers l'Espagne, on va tourner vers l'ouest, on va aller vers la Côte d'Azur, vers l'Italie, ça se décide à Mornas. Et vous regardez à gauche, il y a une falaise, un à-pic, vous voyez des ruines, des remparts, c'est là que, c'est là que les catholiques jetaient les protestants comme ailleurs les protestants couperaient le nez et la langue des catholiques, je ne suis pas en train de compter les points là, de faire distribution des prix.
24:23 C'est pas ça. Qu'est-ce qui est affreux dans le nazisme ? C'est que ce n'est pas explicable par la barbarie, par l'état de sous-développement, ce n'est pas des bêtes, ce n'est pas des animaux, c'est des agrégés de philo, c'est des physiciens, c'est Heidegger, c'est Heisenberg. Heisenberg n'était pas, ce n'est pas quelqu'un qui dénonçait les gens à la Gestapo, mais enfin, je veux dire, il n'a jamais vu un inconvénient dans le régime, on a tous les témoignages, il trouvait que c'était pas mal ça, cette reprise en main de l'Allemagne.
24:57 Je dis ça parce que avec le néopositivisme qui est l'idéologie dominante, je ne sais pas, avec Popper à la tête, on a l'impression, il ne parle pas souvent du mal, lui, il ne voit jamais le mal dans l'écrasement du Vietnam sous plus de bombes que sur tous les champs de bataille de la Deuxième Guerre mondiale. Non, mais avec le néopositivisme qui nous environne, on croit que la pertinence scientifique suffit à garantir ce qu'elle disait la petite suédoise, la Greta, je ne sais pas comment, Greta Thunberg.
25:37 Elle disait, écoutez les savants, parce qu'elle y connaît la science. Moi, je n'y connais rien. La science la plus avancée de notre temps, comment voulez-vous que cette gamine n'y connaissent que quoi que ce soit la pauvre gosse à qui on fait jouer ce rôle, à qui on est en train, comme dit admirablement François de Negroni, non pas, comme elle se plaint qu'on lui a volé sa jeunesse à cause de je ne sais quelle pollution, mais qu'on est en train de lui voler sa maturité. Qu'est-ce qu'elle dit ? Écoutez les savants, écoutez les savants.
26:08 Jamais la pertinence scientifique que je respecte, je vous disais tout à l'heure, je ne serais pas en vie, et nous ne serions pas en vie si elle n'avait pas la science, les vaccins. Mais cette pertinence, scientifique, biologique, chimique, mathématique, astrophysique, ne garantit jamais une pertinence morale, politique, juridique. Je reviens à mon histoire de domaine. On y reviendra, à cette distinction des domaines.
Les deux domaines de Kant, légalité et légitimité
26:39 Je vous le dis très rapidement, ça va être clair d'une manière, pour la première fois, d'une manière bien conceptualisée dans l'extraordinaire introduction au chef d'œuvre de Kant, à sa troisième critique, à la critique de la faculté de juger, ou qu'on appelle critique du jugement, selon les traductions. Vous avez dans l'introduction de distinction qu'il y a deux domaines. Dans toute la connaissance qui s'offre à nous, elle se divise en deux domaines. Et vous allez retrouver Jussieu d'un côté et la Sorbonne de l'autre.
27:11 Il y a le domaine de la législation par nature. Y égale F de X. La chaleur dilate les corps. Il y a le domaine de la législation par nature. Et il y a le domaine de la législation par liberté. Qu'est-ce qui vient faire la liberté là ? Moi j'ai appris chez Deleuze, Machin, Onfray, Spinoza, qu'on est tous déterminés. Ah oui, oui, mais ça je n'ai pas dit le contraire. Mais entre être déterminé comme, vous voyez comme j'y reviens, vous croyez que je fais des détours.
27:46 Je dois manger pour vivre. On a vu que c'est de l'arnaque de parler comme ça. Je ne peux pas vivre sans manger, là c'est correct. Mais ce n'est pas moi qui décide que je dois, comme je dois me laver les mains avant de passer à la table ou que je dois proposer à la dame à ma droite à servir avant moi au repas. Il faut employer de voir quand il n'y a pas la nécessité physique, quand le contraire est possible et donc je suis plus libre lorsque ma détermination est sociale que lorsque ma détermination est naturelle.
28:21 Voilà le grand résultat auquel on aboutit aujourd'hui. Et donc ce qu'il y a de plus criminel, c'est qu'un être librement, puisque c'est un être humain, décide de réintroduire la nécessité physique, le rapport de force, c'est-à-dire ce qui gouverne l'état de nature. Encore une fois, quand je vois les chiens sauvages qui poursuivent le troupeau des gazelles qui s'enfuient et qu'une gazelle est en train d'accoucher, j'ai vu ça avec des gnous en Afrique, et qu'on voit le fœtus qui est en train de sortir, je suis désolé, mais j'espère que vos enfants sont couchés, mais les hyènes ou les chiens sauvages, les lycaons ou cynhyènes qui chassent en meute attrapent le fœtus qui est en train de sortir, c'est horrible, enfin c'est le mal, quel mal, quel mal, il a des enfants qui crèvent de faim dans la tanière, si vous voulez que je vous dise, lui il fait ce qu'il peut, il ne connaît pas le mal et le bien, il va jusqu'au bout de ses pouvoirs, et quand ses pouvoirs arrivent à ses limites, il se couche en terre et il pourrit.
29:29 il n'existe pas, il subsiste, c'est ça l'animal. C'est déjà pas mal, c'est mieux qu'un caillou, franchement. il faut voir, un pensée broutant dans l'herbe, dans la rosée du matin, il connaît l'affection heureuse, ou malheureuse, enfin heureuse, que n'a pas le caillou, non, non, quand même, mais le bien et le mal, ce n'est pas son problème, c'est bien mon sujet.
30:02 Tout ça, c'est dans la question de Jean-Vincent, je m'y attarde plus, parce que je sais que les autres questions qu'on a groupées, là, ce soir, vont regrouper ce que je suis en train de dire. Ça se tient, si vous voulez, à chaque fois. Nous avons fait un pas énorme, aujourd'hui, nous avons vu, grâce à Rousseau, qu'il y a deux déterminations. Oui, je ne suis pas contre le déterminisme, je ne suis pas idiot, s'il n'y a pas de détermination, ce serait inconnaissable.
30:35 Je ne pourrais pas tirer des lois, je ne sais pas. Mais, il y a des lois que je peux changer et d'autres que je ne peux pas changer. Je ne peux pas vivre sans manger. Je peux griller le feu rouge. Pétain est légal. Il n'a pas fait un coup d'État, il est conforme à la loi, c'est l'Assemblée qui lui a donné les pleins pouvoirs, oui ou non. C'est pour ça qu'on nous bassine avec la légalité, là. Mais il est illégitime.
31:07 Et celui qui est parti à Londres, le rebelle, il est illégal, mais c'est lui qui restaure la légitimité. Enfin, c'est lui, en s'alliant avec ceux qui sur le terrain se font trucider dans le Vercors, c'est-à-dire les communistes. voilà. Tout ce qui est combattu la droite gaulliste et la gauche communiste depuis, combien de générations maintenant ? Depuis Giscard, ça fait combien ? Mitterrand, Jospin, Sarkozy, tout ça. Non, mais vous vous étonnez de là où on en arrive.
31:40 Et c'est rien, vous allez voir la crise économique et financière qui arrive là. maintenant qu'il n'y a plus d'opposition marxiste pour faire de vous ce qu'ils veulent. Vous pouvez annoncer des mesures, mais vous n'allez pas en revenir. Voilà. Donc, les choses se tiennent, le mal, la réintroduction dans l'état civil, d'un état de nature, d'une manière non naturelle.
L'Émile : crise des révolutions et aliénation
32:13 Donc, j'y reviens. Quand je dis quand je renvoie à Rousseau, c'est parce que, et là je quitte le texte du contrat social que nous a très intelligemment et très pertinemment rappelé Jean-Vincent pour cet extrait de l'Émile, celui que je cite pour autre chose à propos du moment où le maître dans l'Émile qui développe en gros les idées de l'auteur de Rousseau essaie de convaincre la mère de son élève qui est une féodale, une duchesse, que son fils doit prendre un métier manuel, ce qui est un vrai scandale et sacrilège parce que dans la noblesse on ne travaille pas et surtout pas avec ses mains.
32:57 Déjà, les bourgeois, ils travaillent dans le commerce, la spéculation, mais enfin, le noble, il ne travaille pas du tout. quand il lui dit il la prévient avec un texte incroyablement prophétique à quelques encablures de la révolution. Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions. Des révolutions, fort au Soule, hélas, euh, pardon, de l'état de crise et des révolutions. Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors ?
33:31 Le grand devient petit, le monarque devient sujet, les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d'en être exempt ? Que fera dépourvu de tout ce fastueux imbécile qui parle de son fils, n'est-ce pas, que vous n'aurez élevé que pour la grandeur ? Que fera dans la bassesse ce satrape qui ne sait vivre que d'or, qui ne sait point user de lui-même et qui met tout son être dans ce qui est étranger à lui ? Première formulation. De l'aliénation que je pointe là historiquement. Et qui met tout son être dans ce qui est alius, en latin autre.
34:02 Et qui met tout son être dans ce qui est étranger à lui. Qu'on admire tant qu'on voudra ce roi vaincu qui veut s'enterrer en furieux sous les débris de son trône au cours d'une révolution de palais. Moi, je le méprise. Je vois qu'il n'est roi que par sa couronne et qu'il n'est rien sans elle. Comme Harpagon, il n'est plus rien s'il a perdu sa cassette, son blé. Le roi, il n'est plus rien s'il perd sa couronne. C'est l'aliénation. Mais celui qui la perd et s'en passe est alors au-dessus d'elle.
34:32 Du rang de roi qu'un lâche, un fou, un méchant peut remplir comme un autre, il monte à l'état d'homme. Du rang de roi, il monte à l'état d'homme. Que si peu d'hommes savent remplir au cas où il y en a qui croient qu'ils sont nés de parents humains, ça y est, c'est des hommes. Non. On a vu tout à l'heure que les enfants loups, on a eu bien du mal à prouver que c'était des hommes. Du rang de roi qu'un lâche, un méchant et un fou peut remplir. Il monte à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir.
35:03 Et c'est là qu'il y a les deux déterminations. C'est bon. Il y a de caractère ineffaçable, alors on ne peut rien faire, on ne peut rien changer, ineffaçable, que ce qu'imprime la nature. La nature a fait de telle sorte que moi je dois manger, pour vivre, consommer quelque chose, pour vivre. Et si possible, du vivant. Ben oui, c'est en forme de salade ou de viande, ce que vous voulez, mais de végane ou pas, mais il faut qu'il y ait du déjà-là vivant, n'est-ce pas ?
35:35 Les végétaux ont sur nous l'avantage, n'est-ce pas, de se nourrir avec les sels minéraux qui sont dans la terre. Ben oui, bon, et tout de même avec la chlorophylle. Mais enfin, tandis que l'animal, il est toujours cannibal, il a besoin de vivant. Bon, allez, on en reparlera de ça une autre fois. C'est intéressant. Il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature. Et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur. Ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire.
36:08 Donc, ces déterminations-là, on peut les changer. Et c'est pour ça qu'on ne vous parle jamais de la détermination sociale. Ou qu'on vous dit que c'est superficiel, que c'est une fantaisie des marxistes. Ben oui, comme par hasard. N'est-ce pas ? Et voilà comment on tire un trait sur les plus grands résultats de ce fabuleux siècle des Lumières. Ou qu'on dit carrément que c'est un siècle de trop, comme Jean de Viguerie et compagnie. Voilà. Une autre question peut-être ? Merci beaucoup en tout cas à Jean-Vincent. Vous voyez bien qu'il y a de la matière à revenir.
Le griot, puis Thésée et Tristan : une même structure
36:45 Bonjour, monsieur Blomond. Je passe sur les remerciements. C'est moi qui vous remercie. Vous savez bien que vous ne seriez pas là. Qu'est-ce que je serais embêté alors ? Ah oui, oui, ah si, si, non, si, la deuxième ligne et la moitié qui suit m'interpelle. Nous avons seulement à faire mieux que vous selon vos enseignements même. Ah ben voilà. Il ne faut pas savoir que ça me fait plaisir de lire des choses comme ça.
37:15 Moi, j'essaie, je vous ai déjà dit, je ne suis pas un créatif. Je ne fais que transmettre, n'est-ce pas, les créations des autres ou les avancées des autres. soit en philo, en musique, en littérature, en ce que vous voulez, ce que je peux. Je ne prends peut-être pas toujours le meilleur, mais je fais ce que je peux. Toujours est-il qu'à partir du moment où je vous les donne, vous vous prenez ça et puis vous allez plus loin. Mais voilà, je vous ai déjà dit que je n'ai pas de méthode sauf celle du griot. Vous vous rappelez mon griot ?
37:46 Pas de mémoire écrite, puisqu'il est d'un continent sans écriture, au sud du Sahara, n'est-ce pas ? Et donc, c'est la mémoire orale. Ça demande un effort qui ne va pas remonter très loin, vous voyez ? Vous vous rappelez ce griot qui, pendant la grande fête des Dogons, qui arrivent une fois tous les 60 ans, c'est très rare dans ces cultures-là, des cycles aussi longs, était le maître de cérémonie et saluait tous ceux qui arrivaient par les vallées de tels villages ethnies, les vallées, parce que Dogons habite une région de montagne, la falaise de Bandiagara.
38:25 Et voici Sidibé, fils de Touré, fils de Traoré. Il fait ce qu'on fait dans la Bible. Souleymane Ben Daoud, Salomon, fils de David. Vous voyez ? Et fils de ceci, et fils de Joseph, et fils de Joseph. Voilà. Et puis, et puis, le mille pattes à trop de pattes, on ne peut pas les compter. C'est le griot qui dit ça, comme un disque rayé. Ce n'est pas moi qui répète celui. Le mille pattes à trop de pattes, on ne peut pas les compter.
38:57 Ça vient, écoutez les mecs, moi j'ai fait mon boulot, jusqu'où je peux me souvenir. À vous de jouer. Comme dit Aragon dans un de ses plus beaux poèmes à la fin, en s'adressant aux jeunes, à vous de dire ce que je vois. Merci beaucoup pour ces deux lignes, Léo. Deuxièmement, j'aurais aimé comprendre le continuum odysséen de la figure féminine entre Antigone et Iseut. Iseut étant, d'après Clouscard, il nous rappelle très juste le titre Léo Martinez, l'Antigone.
39:30 Alors, ça je ne vais pas le traiter en une seule fois. Ce n'est pas que c'est plus profond ou plus important, c'est profond. Ce n'est pas que c'est plus difficile que ce qu'on vient de voir. Ce qu'on vient de voir, j'ai dit qu'on ne va pas cesser d'y revenir. Avec la question de Jean-Vincent. Non, mais c'est que il y a deux dossiers, si vous voulez. C'est vrai que j'avais déjà créé un continuum, pour reprendre l'expression de Saint-Agne de Léo, un continuum déjà entre la mythologie grecque et, comme on disait au Moyen-Âge, la matière de Bretagne.
40:15 C'est beau, hein ? Lancelot, Tristan, Perceval, le roi Arthur, la même guenille, la matière de Bretagne. N'essayez pas de distinguer la Bretagne française ou anglaise, tout ça, c'était un peu la même chose à l'époque. Vous avez une forêt de Brocéliande, pas loin de Carnac, n'est-ce pas ? Or, j'avais établi un continuum, enfin, j'avais établi, j'avais indiqué un continuum des deux mythologies, il suffit de les lire, sans interpréter.
40:53 Thésée, je parle de l'histoire de Thésée du Minotaure, le cycle crétois, c'est pas Antigone, Antigone, c'est le cycle thébain, le cycle des Labdacides, mais je comprends pourquoi Léo pose la question de cette façon. Je reviens au cycle crétois, toujours un peu inquiétant à la Crète, à savoir un héros, Thésée, qui quitte Athènes pour aller mettre fin aux agissements d'un monstre qui s'appelle Minotaure, en Crète, dans une île, et qui s'en tire et qui y arrive grâce à l'assistance de la demi-sœur du monstre.
41:35 Mais je ne plaisante pas. Ils ont la même maman, le Minotaure, et, comment elle s'appelle, le fil, Ariane. Ariane au rocher, comptant ses injustices. Ils ont la même maman, c'est-à-dire Pasiphaé, l'épouse, le roi des enfers de Minos, n'est-ce pas ?
42:07 Minos qui a fait construire le labyrinthe dans lequel Minotaure est enfermé. Oui ou non ? Je ne suis pas en train de plaisanter, là. Parce qu'elle a trompé son mari, qui, ça arrive souvent, avec un dos. C'est la mythologie, ce n'est pas moi. Une bestialité tout à l'heure, là c'est le bestialisme, comme on dit, c'est pas là. J'ai l'air comme ça d'aborder des choses délicates, mais vous savez, ce qu'on apprend dans les classes, dans le secondaire, Phèdre de Racine, j'y reviens.
42:44 Tout ça est dit clairement, enfin clairement, dans le code de l'époque. Tout le monde comprenait, tout le monde connaissait par cœur ces histoires, dans ce petit monde confiné de la cour, on ne sait pas, des gens cultivés, alphabétisés. Bon, les campagnes étaient un peu majoritairement analfabète, mais lorsque Phèdre dit « Ô haine de Vénus, ô fatale colère, dans quels égarments l'amour jeta ma mère ? » Vous voyez ! Tu parles d'égarements à un taureau, quand même.
43:16 ça a donné un hybride. Un hybride, un monstre avec un corps d'homme et une tête de taureau. La Crète, encore un effort pour aller vers la Grèce, là c'est encore à peu près de l'Égypte. Eh bien, incroyable ! Mais là, je passe des références Rousseau, Marx, je passe à Lévi-Strauss, qui l'eut cru, qui a fait l'analyse structurelle des mythes et qui dit que Wagner est le premier à l'avoir fait.
43:47 Il l'a dit dans une partition, comme par hasard, avant que ce soit fait dans un texte par Lévi-Strauss. La même histoire, le héros s'embarque vers une île pour mettre fin aux agissements d'un monstre qui s'appelle là le Morholt, en Irlande. oui ou non ? C'est bien une île, l'Irlande. Et le Morholt a comme demi-sœur Iseut.
44:19 Ariane trahit son camp en aidant Thésée avec le fil, là, vous voyez, parce qu'entre nous, les nanas, elles étaient subjugées. Enfin, les nanas, Iseut, je ne sais pas, on va voir après, puisque je ne m'attarde que sur la continuité, là, grâce à la question de Léo, mais je veux dire, en tout cas, les deux filles de Pasiphaé, Ariane et sa sœur, sa sœur Phèdre, la petite sœur, elles étaient amoureuses de Thésée avant de l'avoir vue, parce qu'il était précédé par les discours, par ses exploits, par les narrations de ses exploits.
44:57 N'est-ce pas ? Et pas seulement ses exploits de monstres, des monstres étouffés, les brigands punis et Procuste et Cercyon et Scirron et Sinnis, et les os dispersés du géant d'Épidaure et la Crète fumant du sang du minotaure. Ça, c'est les exploits, purgés, la terre, des monstres qui empêchent l'homme d'y résider. Mais il y a aussi ces conquêtes féminines. Ça fascine les jeunes filles. Hélène à ses parents dans Sparte dérobées, Salamine témoin des pleurs de Péribée, tant d'autres dont les noms lui sont même échappés, trop crédules esprits que sa flamme a trompé, Ariane au rocher contant ses injustices.
45:46 C'est beau ça. C'est la même histoire. Elle est amoureuse, tellement amoureuse de l'autre, de l'étranger qui vient d'Athènes. Et attention, parce qu'en fait, là c'est le marxiste qui revient, excusez-moi, le mythe, il est en train de rappeler dans l'inconscient de la religion mythologique, l'informulé mais très explicite, émancipation des Grecs par rapport aux Crétois.
46:16 Les Crétois et les Phéniciens et les peuples de la mer dominaient la Méditerranée à ce moment-là, bien avant que l'on parle de la puissance athénienne, n'est-ce pas ? Et bien, Athènes, en tuant le Minotaure, arrête de payer le tribut, c'est-à-dire l'impôt, sans doute, c'est pas au Crétois. La tribut, c'était dans le mythe de cette jeune jeune jeune et cette jeune fille qu'on devait livrer chaque année à être dévorée par le Minotaure. Ça veut dire qu'il devait donner pas mal de blé. Voilà. et de l'huile d'olive.
46:46 Donc, elle trahit par amour pour ce Thésée-là. Et bien, Iseut est la belle-sœur du Morholt, du monstre, du héros irlandais. N'est-ce pas ? Et comme Tristan vient de tuer en duel son beau-frère, elle devrait le venger et c'est ce qu'elle fait. Elle prend l'épée parce que Tristan est blessé pour l'achever. Et là, au malheur, elle croise ses yeux.
47:18 N'est-ce pas ? Et à partir du moment où elle croise ses yeux, il n'y a plus que ça. Le fameux accord de Tristan sur lequel il y a des mille pages de musicologie. Passons. L'amour fou. Voilà. Et ça, on n'est plus en Grèce. Merci, Léo. C'est là qu'il y a la discontinuité. N'est-ce pas ? La discontinuité, Thésée, lui, il se recycle après Ariane.
La discontinuité : l'amour fou, Iseut et Antigone
47:54 Je vais vous montrer maintenant la discontinuité. Thésée, il abandonne Ariane. C'est un mec. Les mecs, ils sont infidèles souvent. Parce qu'ils voyagent. L'homme navigateur, la femme riveraine, surtout dans ces sociétés archaïques. Maintenant, c'est différent. Il y a des femmes d'affaires qui prennent l'avion plus souvent que moi. C'est dégoûtant. Mais là, vous voyez, et donc, imaginez, Ariane, les cheveux éparses, se réveillant sur la grève parce qu'ils ont fait escale, il fallait prendre de l'eau douce, je ne sais pas, avec Thésée.
48:33 Il rembarque et il oublie. Enfin, ce n'est pas sympa. Elle lui a sauvé la vie, elle lui a donné le fil pour vaincre le Minotaure. Thésée, quoi. Mais il se recycle avec. Il revient, il a une cour, n'est-ce pas ? Et donc, il revient, elle est anormale. Il est en couple avec un roi, une reine, ce sera d'ailleurs la petite sœur d'Ariane. « Ariane, ma sœur, de quel amour blessé, vous mourûtes au bord où vous fûtes laissé ? » Vous voyez, alors que Tristan Iseut, c'est l'amour fou.
49:03 Ça, c'est moderne. Ça ne vient qu'avec le christianisme. Voilà. Donc, la continuité est ahurissante au niveau de la structure, au sens lévi-straussien du mythe. Un héros part vers une île où il y a un monstre à liquider et c'est d'une précision diabolique, n'est-ce pas ? Et il est aidé dans son exploit de tuer le monstre par la belle-sœur du monstre en question. Qu'est-ce que je dis la belle-sœur ? La demi-sœur. Moi, je dis demi-frère, demi-sœur.
49:34 Ce n'est pas pareil, tu as fait que belle-sœur. Voilà. Donc, je n'en dirai pas plus aujourd'hui, mais grande reconnaissance à Léo de m'avoir donné l'occasion de faire ces rappels. N'est-ce pas ? Mais ce qui est vrai, je terminerai là-dessus, c'est d'ailleurs là-dessus que termine la question de Léo, c'est vrai que Iseut, ce n'est pas Antigone. Antigone ne joue pas perso.
50:08 On l'a vu tout à l'heure, quand on l'a vu dans Rousseau, ses passions s'ennoblissent, ses facultés s'exercent et se développent à l'homme, ses passions s'ennoblissent dans l'état civil. C'est-à-dire que dans l'état de nature, la sexualité, ce n'est pas pour moi, c'est pour l'espèce. Je crois que c'est pour moi, c'est une ruse. Je me fais avoir. Regardez les sauterelles qui meurent après avoir fait l'amour. Après, ça va s'être accouplé, n'exagérons pas. Justement, les passions ne sont pas encore ennoblies. Alors que, tout ce que veulent Tristan et Iseut, c'est être, comment il dit dans la matière de Bretagne, chrétien de Troyes, corps à corps, nu à nu.
50:51 La première nuit que passe Perceval avec Blanche Fleur dans la quête du Graal, n'est-ce pas ? Corps à corps, nu à nu. Voilà. Et c'est Perceval. Tristan ruine sa carrière politique mondaine, si vous préférez, alors que c'était vraiment l'héritier du roi Marc, n'est-ce pas ? Et voilà qu'il trompe son oncle, le roi Marc, il le trompe par amour pour la femme qui était destinée au roi, pour Iseut la blonde.
La contradiction interne n'arrive qu'à quelqu'un
51:26 Voilà. On y reviendra. Léo, c'est inépuisable. Bastien du Rocher, j'ai une question un peu en retard, plutôt en lien avec le cycle précédent sur la contradiction. Ah ! Par rapport à la portée de la dialectique, et dès qu'on dit contradiction, on parle dialectique, c'est bien. Par rapport à la portée de la dialectique telle que vous la définissez dans vos vidéos, vous dites notamment que ce qui est dialectique, c'est le travail de contradiction interne à quelque chose et donc qu'elle est restreinte au seul sujet.
52:01 C'est Bastien, c'est très bien, il est très bien. Je suis ravi de voir à quel point la littéralité de ce que j'ai dit est perçu. Sauf que, à sa place, j'aurais terminé par c'est le travail de contradiction interne à quelqu'un. car quand la contradiction est interne, ça ne peut pas arriver à quelque chose, ça ne peut arriver qu'à quelqu'un. Enfin, il a bien compris, là, tu le montres. Et donc, elle est restreinte au seul sujet, c'est ça qui est important, puisqu'ils sont les seuls à posséder un...
52:33 Si vous vous demandez ce qu'est un sujet, c'est bien, Bastien, il vous donne la réponse. Ben oui, le mystère du sujet, ben voilà, Bastien, on a la réponse. De ce système, si je peux dire c'est quelque chose, d'un sujet, je dois dire c'est quelqu'un. Quelqu'un est passé par là. Je le vois à la disposition de la pièce, là, vous voyez. Donc, puisqu'ils sont les seuls à posséder un intérieur, le caillou, faute d'intériorité, vous voyez que ce n'est pas l'intérieur au sens physique, ça pouvait donner un coup sur le caillou.
53:14 Alors, vous arrachez un morceau de caillou et donc, vous croyez le voir à l'intérieur. Non, vous êtes toujours à l'extérieur. L'être à l'extérieur de soi, comme dit Hegel, n'est-ce pas ? Et de même que, puisqu'on revient au couple, à Tristan et Iseut, vous voyez, les questions se complètent finalement, puisque que veulent Tristan et Iseut, se posséder l'un à l'autre ? Mais non, ce n'est pas la possession des corps. La possession des corps est échevelée précisément par impuissance, par impossibilité de saisir ce qui se cherche là.
53:49 C'est que les deux sujets veulent fusionner. Ils ne peuvent le faire que par leurs objets respectifs, n'est-ce pas ? Et oui, on en voit des choses là. Je constate que les demoiselles prennent des notes, c'est bien. Mais oui, je ne suis pas le seul à le dire. Je demanderais à mon ami Christian, grand psychanalyste, si je ne sollicite pas Freud, mais il me semble que c'est un peu ce que Lacan, je veux dire, que c'est un petit peu le fond de ce que veut dire Lacan quand il dit qu'il n'y a pas de relation sexuelle.
54:26 La vraie relation, elle est entre les âmes. Les âmes ne peuvent pas se saisir. Quand je dis les sujets, c'est les âmes, n'est-ce pas ? Et comment voulez-vous saisir un regard avec les mains ? Rappelez-vous ce passage extraordinaire, là je commente, la contradiction interne, merci Léo, sans quoi on ne pourrait pas éclaircir tous ces... Non, ce ne sont pas des détails, c'est plus important que des détails passionnants, mais regardez, lorsque le narrateur dans la recherche du temps perdu voit pour la première fois la brune aux grosses joues, comme il dit.
54:59 Il ne sait pas encore que ça soit la passion de sa vie, c'est la future Gilberte, n'est-ce pas ? Et il s'attarde sur l'éclat. Il ne parle même pas de ses yeux, il ne parle même pas de son regard, il parle de l'éclat du regard. Vous savez, comme un regard peut changer d'éclat, selon le regard de ceci, cela, ou qu'on lui dit un mot qui peut s'assombrir, au contraire, s'illuminer. Et il dit ce passage incroyable, « Si nous pensions que les yeux de cette jeune fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, autrement dit, si on pouvait en faire la reconstitution la plus approchante possible, et si Proust l'imagine dans les années 1920, vous imaginez bien que maintenant, l'homme bionique, vous connaissez ça mieux, quoi, on peut donner l'illusion d'une apparence extérieure, n'est-ce pas ?
55:46 Si nous pensions que les yeux de cette jeune fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides d'unir à nous sa vie. Mais nous sentons, regardez comme il est prudent, ce n'est pas un savoir, allez savoir, mais nous sentons que ce qui luit, L, U, I, T du verbe luire, je vous dis que je parle de l'éclat, qu'il parle de l'éclat, mais nous sentons que ce qui luit, à travers ce disque réfléchissant, c'est la pelouse des hippodromes qu'elle a franchie la veille, les pâtisseries dans lesquelles elle va rentrer, c'est son monde, son monde de privilégiés, bien sûr, mais les ombres de sa maison, bref, son obscure et incessante volonté, et je sentais bien que pour posséder ce regard, il me fallait posséder toute sa vie que c'était impossible, c'est extraordinaire des passages comme ça, mais c'est en même temps, ce qui fait que, dans la rage, que ce soit impossible, on s'acharne sur les corps, je ne vais pas dire qu'on a tort, je ne vais pas dire
56:56 la morale, mais ce sont les âmes qui se cherchent à travers les corps, c'est intéressant, ce sont les sujets, oui, donc, le caillou ne peut jamais être contredit par son érosion, merci Bastien, parce que ce n'était pas évident de retenir ça, vous voyez, parce que, on est tellement habitué à faire des quelqu'un avec les quelque chose, et ça, ça a un nom, ça s'appelle l'animisme, vous êtes d'accord, donner une âme à ce qu'il n'en a pas, si je dis l'âme de ses lunettes, ne sais pas, me regarde, je suis mauvais, je ne suis pas pour être, mais voilà, l'âme de la montagne, l'âme végétale, un âme encore, il est vivant, quelque chose qui l'anime, chez les grecs, une âme végétale, pourquoi pas, ce n'est pas le dossier, l'âme en tout cas, ce qu'il faut retenir, là maintenant, et je remercie Bastien, de ne pas l'avoir loupé, c'est le rapport d'une montagne à son érosion,
58:06 on est tellement habitué à les personnifier, je reprends mon fil, qu'on dit que, par exemple, la houle s'attaque à la falaise, la falaise résiste comme elle peut, vous voyez, comme s'il y avait un combat, il n'y a pas de combat, c'est comme tout à l'heure, je dois manger pour, je ne peux pas vivre sans manger, la falaise, la mer ne peut pas arracher la falaise au premier coup, enfin au dixième, au centième, au cent millième, je veux dire, il n'y a plus de falaise, au contraire, c'est la mer qui recule et la côte qui s'étend comme un Aigues-Mortes, n'est-ce pas, où il y avait des eaux, des aigues autrefois, mais maintenant, il n'y a plus que du sol, Aigues-Mortes, comme il y a des eaux qui coulent et puis lorsque c'est des étangs, ça devient des Mortefontaine.
58:56 Voilà, merci d'avoir vu ça, oui, on croit qu'il y a une contradiction entre l'océan et la falaise, merci à Bastien de nous rappeler que ce n'est pas une opposition, c'est comme s'il y avait une âme dans le fait qu'il faut que je reste verticale et que je ne me laisse pas faire par l'océan. Dans ce cas, faut-il refuser toute dialectique de la nature telle qu'on peut les entreprendre Engels ou plus récemment, c'est non propre, ou plus récemment, il s'agit de l'immense Lucien Sève qui nous a quittés ou bien sûr Georges Gastaud, fondateur du PRCF, que je salue ici.
Dialectique de la nature ? Le domaine du philosophe
59:45 Mais c'est vrai qu'on a toujours ce point sur lequel on a du mal à se retrouver. Et là, je vais essayer d'être clair. C'est un dossier compliqué, mais nous n'avons pas tout le temps, je vais essayer d'être le plus dense possible, enfin, d'insister sur ce qui me semble décisif dans cette comparaison. Je n'ai pas dit qu'il n'y a pas de dialectique en dehors de l'homme et de l'histoire, même si, en tant que j'objure les penseurs marxistes s'intéressaient beaucoup plus aux effets de la dialectique dans l'histoire pour comprendre le monde qu'on vit, dans lequel on vit, comme résultat, depuis que, vraiment, les premiers silex éclataient et le début de l'histoire au sens extensif, même avant l'écriture, en comptant la préhistoire, depuis que, comment il dit Marx, qu'est apparu un animal qui ne se contente pas de naître pour être, mais qui produit son existence, dans la production sociale de leur existence.
1:00:53 Ce n'est même pas la production solitaire. Dans la production sociale de leur existence, donc avec des outils, puis plus tard des machines, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production, etc. Texte célèbre, préface de 1859 à la contribution à la critique de l'économie politique, titre originel du capital. Je vais vite. Et c'est des choses qui doivent être familières dans le champ où s'inscrit Sébastien, dans la pensée révolutionnaire.
1:01:26 Dans ce cas, la pensée dialectique, surtout, je pense qu'un marxiste doit surtout essayer de voir, bon, quand est-ce que ça a commencé la bourgeoisie ? On a eu une intervention très intéressante au café marxiste, qui n'existerait pas sans les initiatives justement de Gastaud et de… Je suis fatigué, je vieillis, j'oublie son nom, Gilda, notre chère Gilda, n'est-ce pas, fille de l'inoubliable Léon Landini, n'est-ce pas, qui est encore presque un peu plus âgé que moi, il faut le faire, et auquel je souhaite de rester le plus longtemps possible avec nous, il y avait une intervention de, comment s'appelle, ah bon, je ne trouve pas le nom qu'il nous avait fait justement, il y avait une tentative d'essayer de pointer la naissance du capitalisme, ce n'est pas évident, il n'y a pas beaucoup d'études là-dessus, chez les marxistes même, n'est-ce pas, est-ce qu'ils commencent avec les républiques italiennes,
1:02:38 les Gênes, Venise, etc., est-ce qu'ils commencent au Moyen-Âge avec les pieds poudreux, pie powders, à force de marcher, comme ça, de marcher en marcher, de ville en ville, les pieds, les pieds poudreux, si vous voulez, à l'époque où la bourgeoisie est encore embryonnaire, et je ne tranche pas, mais, en tout cas, ça mérite, l'investissement de marxiste, que de savoir si le Big Bang est une réalité, ou s'il y a quelque chose avant, qu'est-ce que, laissons ça aux physiciens, là par contre, c'est des désaccords que j'ai avec beaucoup de philosophes qui dépensent un temps fou, dans des domaines qui ne sont pas celui du philosophe.
1:03:18 Je n'ai pas dit que c'est interdit au philosophe, mais là, qu'il pose des questions aux compétences requises. J'essaye, moi j'essaye, quelquefois, quand j'ai le bonheur, grâce à vous, grâce à mon auditoire, j'ai, excusez-moi, je ne suis pas la génération de la vidéo, je suis un peu la génération de l'audio, à mon public, j'ai la chance de pouvoir m'adresser à d'excellents mathématiciens, je pense à Étienne Burle que j'ai vu récemment, je pense à Thomas de la Rochefoucauld, qui, bien jeune, a très vite déjà enseigné à des prépas, je pense à Erwan Sturm, pardon, je ne sais pas pourquoi j'ai remané son nom, que je salue, bien qu'ils nous aient quittés pour aller enseigner à Autun, à des prépas, à des futurs polytechniciens, quand même, vous voyez, je peux leur poser des questions quand j'ai un doute comme ça, bon, et que j'essaie de corroborer avec un autre après, en général, ils ne se contredisent pas, voilà, ce n'est pas notre domaine, il n'y a pas la question que dois-je faire dans les galaxies qui se pose,
1:04:28 c'est la question que puis-je savoir, oui, que nous partageons avec les savants, mais le philosophe avec tout ce qu'il y a à savoir, il y a combien de grains de sable dans le Sahara, vous savez, ou non, on s'en fout, vous me donneriez un chiffre et vous me direz, en fait, il y en a trois de plus ou de moins, qu'est-ce que ça peut nous faire ? Je veux dire par là, je ne critique pas la science, parce que la science s'occupe de savoir combien de grains de sable, je veux dire, le réel, il y a tellement de choses à savoir, pourquoi chercher à savoir ceci plutôt que cela ? Là, il y a autre chose que le savoir qui définit des priorités, et là, c'est que dois-je faire qui devient important.
Nature ou matière ; le beau naturel ; conclusion sur Gaza
1:05:04 Voilà, c'est un rappel. Donc, je n'ai pas répondu dans le dur à la question de Bastien, j'y arrive, donc je vous fais un scoop, parce qu'on me dit, il ne veut rien savoir de la dialectique en dehors de l'homme. non, il n'y a pas de dialectique de la nature, je pense même que la nature, je ne suis pas sûr qu'elle existe, je vais m'expliquer, ne vous affolez pas, je suis, je commence à être un peu gâteux, mais je ne suis pas encore tout à fait, mais par contre, je ne concède pas, j'affirme qu'il y a une dialectique de l'être, et l'être, ça comprend aussi bien et j'y arrive, vous allez comprendre quand je dis que la nature, ce n'est pas sûr qu'elle existe, je pense plutôt que c'est une création du langage humain, je veux dire, c'est curieux que des matérialistes aient besoin qu'on leur rappelle que l'ensemble le plus extensif, c'est la matière, je parle d'ensemble au sens mathématique, pour être rigoureux.
1:06:08 Un marteau n'est pas moins matérialiste qu'une salade, mais il n'est pas naturel. Il y a donc un très vaste ensemble de tout ce qui existe, qui est la matière, et dans cette matière, je fais ce qu'on appelle un langage ensembliste, une partition de l'ensemble, en deux grands sous-ensembles, une matière où l'homme n'y est pour rien, il y a une image de galaxies que les nouveaux télescopes, je ne sais pas, nous avons des images extraordinaires, et puis, il y a des matières qui ont été informées, des matières qui ont reçu une forme issue d'une finalité humaine, d'un but, d'un désir, d'une fonction.
1:07:10 ça, ça a une fonction, c'est d'améliorer ma vue, de près, même si maintenant, ça se gâte de loin, comme de près. Voilà, donc, voyez, je fais ces rappels pour dire, j'ai posé la question à tes partisans de la réalité de la nature, qu'est-ce que le concept de nature vient ajouter à celui de matière ? Je n'ai jamais eu de réponse satisfaisante, je veux dire, en termes logiques.
1:07:43 Sauf à ceux qui commencent à introduire dans la nature quelque chose qui n'est pas dans la matière, si j'ose dire, quelque chose de vivant, qui n'est pas inerte. Bref, ils avouent que c'est religieux. Derrière la nature distinguée de la matière, je ne comprends plus très bien, je pense qu'il y a un vieil archaïsme religieux, je réponds très sincèrement à Bastien, là.
1:08:13 Et donc, il y a une dialectique de la matière, oui, et de l'histoire. Mais pour qu'il y ait une dialectique de la nature, il faudrait que la nature existe en dehors du relatif, c'est-à-dire « Mais mademoiselle, vous avez des seins en silicone, ils ne sont pas naturels, excusez-moi, c'est pour détendre, parce que je vous demande un grand effort d'abstraction, là. Mais ces fleurs sont en plastique, qu'est-ce que je suis en train de dire ?
1:08:46 Je suis en train de dire « Elles ne sont pas naturelles, pour que je dise ça, c'est que je suis sorti de la nature. C'est que je suis dans un univers où il peut y avoir des fleurs autres que naturelles. » Donc, j'ai toujours le besoin de préciser, mais je vous garantis que celles-là, elles sont naturelles. vous voyez à quoi sert la nature ? À rappeler, un être, un environnement où, ah, c'est reposant, vous comprenez pourquoi ça nous plaît la nature, où on n'y est pour rien, où il n'y a pas besoin de travailler. C'est un déjà-là qui est offert, mais comme Dieu, Deus, Sive Natura, bien sûr.
1:09:21 C'est tellement plus simple. Et c'est pour ça qu'en se promenant sur une plage, on voit tout d'un coup un galet qui a une forme incroyable. C'est pas possible, c'est pas le hasard qui a fait cette forme-là. Et on est émerveillé, c'est Kant, qui a très bien compris ça. Dans la première esthétique moderne qui a été faite. Pourquoi on est fasciné là par des objets où on voit tout d'un coup une régularité où on se dit c'est pas possible ? C'est pas la nature qui a fait ça, c'est presque surnaturel si vous voulez. Vous voyez ? Pourquoi ?
1:09:51 Parce qu'il semble que la nature par elle-même c'est un chaos. Regardez les galaxies. Ça c'est pas possible que ça fasse une méduse. Méduse quand même, même sans cervelle, il n'y a pas de cervelle. Mais qu'est-ce que c'est organisé quand même ? Vous voyez ? Entre la coupole là-haut, je n'ai pas de langage zoologique, excusez-moi, les filaments, les tentacules, comme vous voulez, je ne sais pas, dont il faut se méfier. Vous voyez ? Non, mais...
1:10:21 Vous voyez ? Tout se passe comme si Kant, qui est hyper prudent, dit qu'il y a des moments où tout se passe comme si il y avait une finalité dans la mécanique. Et c'est ça qu'on appelle le beau. C'est la première fois. Le beau naturel, parce qu'il y a le beau artistique, ça on sait bien qu'il y a l'homme derrière, par définition, à la peinture, l'architecture, la sculpture, la musique, la poésie. oui, le skateboard, je... étendez le bel art au domaine que vous voulez, mais le beau naturel, comment ?
1:10:56 La nature, elle... On dit que la nature est belle quand elle ressemble, quand elle imite une finalité humaine, un beau coucher de soleil, un cimeur, un héros, un beau coucher de soleil, vous voyez, il y a la gloire, un beau lit là. Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre, ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer. Donc, autrement, or ça n'existe pas. Dans la réalité, je prends...
1:11:27 Non mais c'est affreux ce que je vais vous dire, mais qu'est-ce que vous voulez, il ne faut pas avoir peur du concept. Vous prenez une épingle, le concept c'est toujours pointu. Vous vous rappelez la lance dans Parsifal ? Ce n'est pas le Graal qui reçoit le sang, c'est ce qui fait jaillir le sang. Je prends une épingle, allez voir, je vais en arriver. Je suis ébloui par cette mer qui flamboie, comment il dit, Baudelaire ? Rien ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer. L'or liquide, comme ça, tout le monde a vu ça au moins une fois. Tantôt en argent, mercure, je ne sais pas.
1:11:57 Mais en tout cas, c'est éblouissant, c'est souvent de l'or à foison. Je prends une épingle, je la mets, puff, un millimètre, puff, ou je prends un verre d'eau dans l'or liquide, je retire le verre, incolore. Ah ben mince ! C'est que la couleur dorée là, ce n'est pas la mer qui est comme ça, ce n'est pas le soleil, c'est la rencontre des deux. C'est une relation, ce n'est pas une substance, on dirait en logique.
1:12:27 Donc le beau naturel se déploie sur des surfaces, on est loin. Vous ne pouvez pas faire des sciences de la nature avec l'esthétique de la nature. Voilà, pour la suite de ce point-là, je renvoie tout de même à un cycle que j'ai fait qui s'appelle « Nature ou paysage ? » Vous le trouverez sur notre site, dans le YouTube, n'est-ce pas, « Philosophique Dominique Pagani » avec vous donc, où je développe cet aspect-là. Je répète, je prends très au sérieux cette question, j'ai un désaccord avec ceux qui ne me donnent pas une réponse logiquement satisfaisante, épistémiquement satisfaisante sur ce que la notion de nature ajoute à celle de matière.
1:13:17 Je l'ai posé, on me répond souvent que la nature ajoute le vivant. Dans ce cas-là, ça veut dire que la nature, ce qui nous environne, ce n'est pas grand-chose. Parce que plus vous regardez loin, moins il y a de vivant. la plus grande usine nucléaire de notre banlieue, c'est le soleil. C'est une petite pierre dans le jardin des écolos. Heureusement qu'il y a des usines nucléaires qui fonctionnent quand même pour la vie et pour la mort, les flèches d'Apollon.
1:13:47 Mais ce qui est important ici de voir, c'est que le bio, le vert, tout ce qui est le marketing de l'écologisme, je n'ai rien contre l'écologie scientifique, tout ce marketing-là, c'est un contresens énorme parce que le vert, c'est exceptionnel dans la nature, dans l'univers, vous voyez, moi-même, je fourche.
1:14:17 Alors, disons, l'univers qui est à 9,9 dixième, je laisse un épsilon par prudence épistémique et par honnêteté intellectuelle, c'est de l'inerte, c'est de l'hydrogène, en majorité, à ma connaissance, de l'ammoniaque, c'est ce que vous voulez, mais c'est certainement pas du bio. Donc, j'attends toujours la réponse à la question qu'est-ce que le concept de nature vient ajouter à une matière.
1:14:47 Tant que je ne l'ai pas, je dis que la notion de nature est une valeur que je respecte comme valeur, comme devoir-être, ce n'est pas un être, ce n'est pas, qui ne peut être prononcée, qui ne peut avoir de sens et de contenu que pour un être qui est sorti de la nature, qui est passé du naturel à l'artificiel, à commencer par les galets éclatés, car ça commence là. Voilà.
1:15:17 Eh bien, je ne suis pas voyeur, mais je ne peux pas m'empêcher de… Je suis obsédé, c'est effrayant à l'actualité, actuellement, je suis… Ne croyez pas que… Je suis très sévère avec ceux qui profitent du fait que de plus en plus, heureusement, de plus en plus de gens commencent à réagir contre ce qu'il y a de monstrueux dans la politique de l'exécutif israélien.
1:15:47 J'essaie d'être clair, il y en a qui en profitent, n'est-ce pas, pour réalimenter l'antisémitisme. Ce n'est pas du tout le style de la maison, ni le contenu. Et non seulement ce n'est pas le style, mais je le démasque tout de suite. J'ai déjà donné un schibboleth, comme dit entre autres Hegel, c'est-à-dire, vous savez, comme pour essayer si c'est de l'or ou du cuivre, il y a des pierres comme ça, dures, pour distinguer celui qui est « Ah, moi, je ne suis pas antisémite, moi, je suis antisioniste. »
1:16:20 Oui, d'accord. La différence, vous le voyez, c'est que l'antisioniste antisémite, c'est celui qui dit « C'est les Juifs qui gouvernent le monde. » Ils ont tout, ils ont les États-Unis. Alors que nous, enfin, dans notre association, si on veut bien être en phase avec ce que j'essaye d'éclaircir, je dirais que si les États-Unis arrêtaient de livrer tous les jours des dizaines de milliers d'obus et de bombes à Israël, le problème du Moyen-Orient, oui, il n'est pas réglé, il y a un autre problème, mais l'horrible mortalité à laquelle nous assistons, de ces enfants, comment il dit Baudelaire, qui meurent sans bouger dans d'immenses efforts.
1:17:06 Je veux conclure sur eux et ne pas les oublier dans ce cycle du mal qui ne fait que commencer. Et je vous remercie de vos questions qui nous ont permis de tourner toujours en spirale, mais de nous rapprocher du centre. Merci à Pierre-Alain et je vous dis donc à très bientôt en espérant qu'on aura du mieux la prochaine fois à l'extérieur de nous. Voilà.
1:17:42 Merci.