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Robinson n'est pas un retour à la nature
1:30 L'île des peupliers qui arrive sur une île aussi.
2:02 Alors Rousseau, l'île, Robinson, les robinsonades, les célèbres robinsonades. Qu'est-ce que fait Robinson ? Qu'est-ce qu'il va faire sur son île quand il arrive Robinson ? Ah, si tu finis ta question comme ça, je vais commencer par la fin de ta question. Parce que là, on n'est pas loin de Marx. Lorsque Robinson arrive dans son île, il contredit toute l'imagerie qu'on a fait de Robinson. Je parle d'Robinson maintenant à un jeune, il pense que c'est la vie de rêve.
2:32 Le beau rêve, le jeune gavé par le discours anti-humaniste et pro-nature qu'on a autour de vous, va se dire si je pouvais être moi maintenant dans une île du Pacifique, etc., qu'est-ce que je serais le plus heureux si je n'avais pas à m'emmerder avec les examens, les lycées, etc. Et vous les recherches d'emploi non satisfaites. Maintenant, quand on regarde le texte, les 100 premières pages, c'est les efforts harassants de Robinson. Non pas de vivre comme un homme de la nature, mais au contraire, les efforts qu'il fait pour aller dans le bateau, dans l'épave du bateau, au travail duquel il s'est échoué dans cette île, il fait naufrage, d'arracher le maximum de technologies qu'il peut attraper pour subsister dans l'île.
3:09 Ça va des outils, bien sûr, les scies, les marteaux, les clous, etc. On ne nous a parlé aucun détail, mais aussi les outils théoriques. Je pense au calendrier, je pense au sextant. Donc, loin d'être une espèce de romanesque qui aura un redémarrage à zéro, Pas de retour à la nature. Comme dans Paul et Virginie, non seulement ce n'est pas ça, mais dès le départ, il bénéficie dans son île, dans un décor purement naturel, où il est seul maître, on verra après, avec Vendredi qu'il y a un problème. Dès le départ, il hérite de la plus haute technologie de l'époque, c'est-à-dire la technologie anglaise, maritime anglaise.
Un tombeau vide, le peuplier, le souffle et le peuple
3:44 Voilà, je constate, pour répondre à ta question. Maintenant, soyons sérieux, et grave, puisqu'on est sur une île, et qu'on est une île qui porte un tombeau, à gravité. même si ce tombeau, je le maintiens est sans doute un des moins funèbres qu'il nous ait donné de visiter d'abord parce qu'il n'a rien de fétichisme et de morbide puisqu'il ne contient pas les restes réels de Rousseau puisque comme tu le sais comme nous le savons c'est une belle journée de la révolution une belle nuit d'ailleurs plutôt les gens de la convention sont venus chercher les cendres du philosophe pour les transporter au Panthéon à la lumière des torches Donc pour une fois, on a affaire à un pur tombeau.
4:26 Un pur sema, on dit en grec tombeau. Et donc un pur sema, signe. Il ne fait que signifier la disparition des philosophes, sans que ces restes soient là au niveau naturaliste et réel. C'est intéressant déjà. Il n'y a aucun truc morbide, côté relique et immédiat, et fétichiste de venir ici. Ces cendres ne sont pas là. Donc, qu'est-ce qui reste ? On vient admirer quoi alors ? Le travail de Lesueur, qui a fait des sculptures contemporaines de Houdon, du bas-relief, ou simplement la beauté du décor. Pas seulement, ou plutôt, la beauté du décor en relation avec le dernier message de Rousseau. Et je reviens à l'île.
5:03 Il y a une barque, on ne la voit pas parce que le temps est un peu sombre, mais il y a une barque depuis des années et des années qui est au fond, là, à quoi ? 60 cm en dessous de la surface de l'eau. Une barque qui permettait d'aller entretenir, faire la cérémonie, elle n'y est même plus. Comme si toutes les passerelles étaient coupées. Rousseau est enfin tranquille, délivré de toutes ses inquiétudes et de tous ses tracas au sens propre de ceux qui l'ont traqué pendant toute sa carrière. C'est une chose qu'il ne faut jamais oublier.
5:34 Et donc ce qui se diffuse ici, c'est son message. Je veux dire, je suis frappé par l'importance du peuplier. Ce n'est pas un hasard que ce soit cet arbre qui soit là. Je raffine l'analyse, je suis désolé, mais ce n'est pas pour couper les cheveux en quatre. c'est parce que nous y sommes. Si on n'en parle pas ici, quand va-t-on en parler ? Peuplier est un cousin du tremble, c'est-à-dire avec des feuilles qui ont toujours la bougeotte. Au moindre souffle, même des fois, on ne ressent aucun souffle et elles bougent, parce qu'elles captent, elles ont des capteurs très subtils pour ça, ces feuilles. Ce qui fait qu'il y a une métaphore ici de la labilité des paroles, du souffle.
6:09 N'oublions pas que pneuma, le souffle, c'est quand même l'origine de l'esprit. Et que même dans l'Évangile, quand on interroge Jésus sur eux, C'est quoi l'esprit ? Il dit, tu entends le vent, tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va. Il y a une parenté que va voir très bien Hegel entre l'esprit et la liberté. Ainsi en est-il des choses de l'esprit. Donc, quand même, le philosophe de la liberté, fondateur, est là. Et, deuxième parallèle, cet arbre n'est pas de la fin à hasard, peuplier, peuple. Peuple.
« Mouvement » de Rimbaud et le plaisir sans privilège
6:39 Et toutes ces feuilles. Quand Rimbaud dit, je vois au ciel quelquefois dans des visions de blanches nations en joie, le chant des cieux, la marche des peuples, esclaves, ne maudissons pas la vie. Dans la saison en enfer, il y a une espèce d'entrevue, non pas des lendemains qui chantent, mais des lendemains qui frémissent comme ça, au soleil du futur. Alors, on en mesure un petit peu le paradoxe, à faire de Rousseau quand même. L'avant-garde de la modernité, c'est un peu fort, lui qui déplore tout le temps les gâchis que sont venus apporter sur ces modernisations par rapport à une vie frustre, traditionnelle, patriarcale, plus appropriée.
7:18 Il y a un texte de Rimbaud qui retrouve ce que Rousseau ne laisse jamais séparer, les trois éléments qui nous occupent actuellement. Le passé, le progrès, le futur, la technologie, qui va résumer un peu tout ce qu'on s'est dit. C'est un poème qui s'appelle « Mouvement dans les Illuminations ». On dit que c'est compliqué, que c'est hermétique, mais moi je trouve ça très clair. Ça commence par un décor quasiment futuriste. Rimbaud est contemporain des premières explosions, des premiers grands chantiers industriels, etc. Il y a plusieurs textes qui s'en ressentent, il y a quatre illuminations qui s'appellent Ville, Villes, soit au singulier, soit au pluriel.
7:49 Mais là, il s'agit visiblement d'un chantier hydroélectrique. Il n'y a qu'à voir la suite. Ça commence comme ceci, c'est très court. Le gouffre à l'étambot, c'est plus simple, le gouffre à l'étambot, l'énorme passade du courant, emmène les voyageurs entourés des trombes du Val et du Strom. Un petit mot germanique, le courant, Strom. Stream, les courants du Val et du Strom. Ce sont les conquérants du monde, alors on peut dire des savants du futur, cherchant la fortune chimique personnelle.
8:22 Le sport et le confort voyagent avec eux. Il y a une espèce d'hymne au futur. Et ils emportent sur ce vaisseau, qui ressemble un peu à l'Arche de Noé, vous allez voir la suite, à la lumière diluvienne, le déluge, Sur ce vaisseau, ils emportent l'éducation des races, des classes et des bêtes. À la lumière diluvienne, aux terribles soir d'études. Il y a un magnifique hommage. Je saute un petit peu le milieu du poème. Et à la fin, il dit, aux accidents atmosphériques, nous y sommes là, les plus surprenants, un couple de jeunesse s'isole sur l'arche.
8:52 On n'est pas dans le futur, ce qui existe depuis toujours. Il y a cette question, est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? Point de dérogation. Et chante et se poste. Point final. Les trois sont là. Rousseau n'est pas contre le plaisir, contre la jouissance. Mais il ne veut pas que le plaisir soit un privilège de classe. C'est pas un hasard si les libertins dont on nous fait l'apologie à travers les néo-nietzschéens, les Onfray en passant par Sollers, qui tiennent le haut du pavé, ce sont tous des gens qui ont le droit de cuissage à l'époque quand même. Que ce soit le comte des Noces de Figaro, car c'est bien le sujet le droit de cuissage des Noces de Figaro, après tout. Que ce soit Casanova, que ce soit le marquis de Sade, c'est des gens qui régnaient par l'épée quand même du point de vue strictement social, il ne faut pas oublier.
9:41 Et alors que avec Rousseau, et grâce à Rousseau va apparaître une nouvelle génération de couple et d'amour, je vais loin dans la psyché, comme dirait Goussard. Je pense à la personnage de Suzanne dans Les Noces de Figaro, dans Le mariage de Figaro. Les Noces, c'est Mozart. Dans Le mariage de Figaro qui est la première Les soubrettes qui deviennent une héroïne à part entière. Les soubrettes, avant, c'était des confidentes, juste ceux qui faisaient la réplique au Seigneur, qui essayaient un peu d'équilibrer leurs excès sans plus. Et au premier plan, ces nouveaux couples, ces nouvelles formes d'amour qui sont ni dans les bêtes qui défrichent le sol, ni dans l'aristocratie, mais qui sont dans ces nouvelles classes moyennes en train de monter.
Lecture de Sylvie : le temple de la philosophie
10:18 Et donc nous sommes les héritiers, en gros. C'est quand même fondamental. Donc tout ça est résumé par la figure de l'île. Pourquoi ? Parce que là nous y sommes. Et je reviens à mon Nerval, je voudrais conclure avec lui que personne n'a pensé ce lieu comme Nerval. Parce qu'il y a passé une partie de son enfance. Ça méritait de Mortefontaine à 4 km d'ici, donc la tombe de Rousseau, le parc d'Ermenonville, ce sont des références qui lui sont familières. Lorsqu'il arrive, je pars d'une nouvelle qui apparemment n'a rien ni de politique ni de philosophique, une nouvelle purement presque autobiographique.
10:52 on lira aujourd'hui Sylvie, qui est censée raconter un amour de jeunesse qui s'est mal terminé. Et donc je fais le détour du détour, je passe par l'autofiction pour arriver aux politiques dont nous parlions. Comme il arrive un peu tôt et que tout le monde dort à cause du bal, tout le monde est fatigué à cause du bal, on n'a pas dormi de la nuit, et que Sylvie dort, il décide pour remplir le temps de faire un petit détour de Loisy, qui est à 4 km d'ici, par la ramener en ville, en traversant la forêt, il arrive ici. Il arrive au temple. et lorsque je vis briller les eaux du lac à travers les branches des saules et des coudriers j'ai reconnu tout à fait un lieu où mon oncle dans ses promenades m'a conduit bien des fois c'est le temple de la philosophie que son fondateur n'a pas eu le bonheur de le terminer etc.
11:42 et il y a une réflexion un peu légère sur ce temple j'y tiens à la citer parce qu'on va voir qu'elle prend le contre-pied du naturalisme Aujourd'hui, c'est un poète, on n'est pas dans la praxis, c'est un poète. Il dit, oui, ce temple tombe comme tant d'autres. Le lierre envahit les marches disjointes. Les hommes oubliés ou fatigués se détourneront de ces abords. Mais la soif de savoir restera éternelle. Pardon, excusez-moi, je reprends.
12:15 Cette édification n'est déjà plus qu'une ruine. Le lierre le festonne avec grâce, la ronce envahit les marches disjointes. Là, tout enfant, j'ai vu des fêtes où les jeunes filles vêtues de blancs venaient recevoir des prix d'études et de sagesse. Il y avait une espèce de vie à la Nouvelle-Éloïse qui commençait à se faire dans l'enceinte du domaine. Où sont les buissons de roses qui entouraient la colline ? Ça, c'est le temps de l'Élégie. L'églantier, le framboisier, en cache les derniers plants qui retournent à l'état sauvage. Et les lauriers, les a-t-on coupés, comme dit la chanson des jeunes filles qui ne veulent plus aller au bois ? Non, ces arbustes de la douce Italie ont péri sous notre ciel brumeux.
12:45 Heureusement, le troène de Virgile fleurit, comme pour appuyer la parole du maître inscrite au-dessus de la porte, connaître la raison des choses, rerum cognoscere causas. Et là, il ajoute, oui, ce temple tombe comme tant d'autres. La nature essaie de reprendre le terrain que l'art lui disputait. Il y a un choix de Nerval et du poète pour l'art contre la nature quand même. On est loin de la contre-révolution d'aujourd'hui. et on ne peut pas dire que Nerval soit pour défigurer les décors qui nous environnent avec l'industrie, c'est le contraire.
13:16 Donc il est sacré ce domaine pour lui, la nature reprendra le terrain qu'elle aura disputé, mais la soif de savoir restera éternelle, mobile de toute force et toute activité. Voilà la réflexion qui agite. Et là il se tourne vers l'île et il dit, voici les peupliers et l'île. Ô sages, tu nous avais donné le lait des forts et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter. Nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères, et pourtant pas beaucoup de générations, entre avant la Révolution française et Nerval. Nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères, déjà, et nous avons perdu, je parlais de Hegel chassé de l'écran, déjà Rousseau était chassé, et nous avons perdu l'écho de ta parole, pardon, nous avons perdu le sens de ta parole, dernier écho des sagesses antiques, lien évident entre le contrat social et la République de Platon.