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Le générique des Nornes et le programme de la séance
4:54 Ça marche. Bonsoir tout le monde, bonsoir chers amis, bonsoir à tous les camarades, bonsoir à tous les... les... les sempiternels confinés. J'ai fait exprès de demander à notre régie, à Philippe, qui a fait un très beau montage.
5:24 C'est un style générique musical un peu plus long que d'habitude, dans l'espoir que les trois Nornes allaient enfin arriver au bout de cette voyance du passé, puisque c'est notre sujet, de cette anamnèse. Et puis, vous avez vu, les fils se sont enchevêtrés, le câble s'est cassé. Allez, c'est un petit peu surdéterminé ce que je suis en train de vous dire. J'anticipe sur notre deuxième partie. Vous avez remarqué que je vais commencer d'abord par quelques exemples de l'anamnèse collective, et puis après dans une deuxième partie, j'avais parlé de la mémoire surdéterminée.
6:12 Et là, je parle déjà de surdétermination, j'introduirai, je développerai le concept philosophiquement tout à l'heure, mais c'est un peu pour vous rassurer. Vous savez que j'aime bien vous rassurer au moment où on se croit perdu, c'est-à-dire cette image des trois Nornes avec le fil du destin qui s'embrouille, c'est un petit peu la situation de pas mal de mes auditeurs aussi qui disaient « mais avec Pagani on s'embrouille, enfin il nous avait donné un programme la dernière fois, il n'en a pas fait la moitié ». Il y avait deux textes de Hölderlin pour l'instant. On devait commencer par un texte de Hölderlin, on devait finir par un autre texte qui avait le même titre, Mnémosyne.
6:51 On devait commencer par Mnémosyne 1 et finir par Mnémosyne 2. On devait parler d'une vidéo qui raconte une petite révolution dans le monde de l'archéologie préhistorique, n'est-ce pas, Et ce sera avec une découverte essentielle au Maroc de… D'un fossile du genre homo, qui bouleverse la chronologie, enfin bref, avec un lien qui renvoie à un excellent documentaire sur Arte. Je n'ai pas parlé de tout ça. Moi aussi, j'embrouille.
7:34 Alors, des fois c'est pour des contingences, je me suis trop attardé sur un exemple et donc je n'ai pas le temps de traiter les autres. Mais là il ne s'agit pas du tout de ça. J'ai réfléchi pour les Hölderlin la complexité de leur contenu et il y en a, j'ai vu qu'il y a pas mal de commentaires qui ont dit « Oulala, c'est du lourd, l'air de dire il faut s'accrocher ». Bon, je vous rassure, ils ne sont pas les seuls. Les plus grands spécialistes, y compris les germanistes de cette littérature-là, eux-mêmes proposent plusieurs leçons, comme on dit, plusieurs interprétations, vous savez, je n'aime pas interpréter, plusieurs interprétations, plusieurs lectures, pour parler de manière simple, de ces textes que je vous propose. Donc, il n'y a aucun complexe à avoir.
8:23 Mais de toute façon, je ne suis pas en train de faire un commentaire de texte, je suis en philosophie. Donc il est possible que j'utilise un texte d'une page pour m'attarder sur trois lignes qui condensent l'enjeu philosophique du texte, Le reste servant à contextualiser l'exemple choisi. Ou au contraire, n'est-ce pas, qu'il y avait des lignes qu'on vous a envoyées et je remonte à une page en amont que vous n'avez pas pour situer le passage que nous étudions. Voilà. Je ne veux pas vous embrouiller.
9:02 Mais tout de même, pourquoi ? J'ai commencé par les Nornes et puis on va aussi finir par là, pour rester en phase avec la résonance mythologique de l'épisode l'année dernière. Enfin, il y a 15 jours. J'en profite pour conforter ceux qui trouvent que je ne bosse pas assez et qui veulent maintenant que je reprenne le rythme hebdomadaire de nos directs.
9:35 Alors je traîne les pieds, mais je m'exécute. Je suis ravi et je suis très heureux de constater qu'en essayant de faire nos directs une fois tous les 15 jours, Et il y a toujours sans frustrer quelques-uns. Donc après tout, ça demande une tension, surtout à la régie technique que je remercie. Donc la dernière fois, je m'étais attardé sur la mythologie hélénique, là je suis dans la mythologie nordique.
La Tétralogie de Wagner et Siegfried comme scherzo
10:07 Bon, je ne vais pas faire l'exégèse de Wagner. Je vous rappelle que le nombre de publications concernant Wagner bat le record mondial de toutes les publications Il y a une question concernant Concernant un nom propre, après Jésus et avant Napoléon. Deuxième position, le nombre d'écrits sur Wagner. Ça va d'essai sur le végétarisme de Wagner. Oui, il y en a qui croient que les véganes ont commencé avec leur génération. Voilà, sur son antisémitisme, ou au contraire, il y a un texte très intéressant d'un des plus grands chasseurs de nazis, Wiesenthal qui lui défend Wagner contre l'accusation d'antisémitisme en disant qu'il était antisémite, clairement, et il y a même une fruste, mais pas raciste, enfin vous verrez tout ça.
11:06 Je vous dis, il y a des milliers de publications là-dessus, il y en a même qui concernent sa musique, ça arrive, n'est-ce pas. Mais entre autres choses familières à ceux qui connaissent cette littérature, ne croyez pas que Wagner oppose une mythologie nordique-scandinave, il ne fait pas partie de la nouvelle droite contemporaine, avec le marteau de Thor et l'Atlantide et autres néo-nazis. Non, non.
11:42 C'est un livret d'opéra, c'est lui qui les faisait, ce qui est exceptionnel dans le monde de l'opéra. Il composait la musique et il faisait les textes. Donc je répète ces livrets, on les appelle dans le cas de Wagner ces poèmes. Quand il compose ses poèmes concernant la tétralogie ou le ring ou l'anneau du Nibelung, ces trois titres désignent la même œuvre gigantesque qui se représente en quatre journées.
12:18 En fait, c'est trois journées avec un prologue. Le prologue, c'est l'or du Rhin. Tout commence par l'or du Rhin. C'est la cosmogonie, la soupe primitive. Dans les profondeurs du Rhin, on a le Big Bang, le vol de l'or dans le Rhin, n'est-ce pas ? Des origines. Puis après, on a la suite, la Valkyrie, qu'on s'accorde généralement à considérer comme le plus humain des quatre volets. Sous-entendu le plus humain et non pas le plus surhumain ou le plus divin. Je constate que l'auditoire féminin de Wagner a toujours eu une préférence pour la Walkyrie, qui raconte surtout l'histoire des parents de Siegfried.
13:04 Un frère et une sœur jumelles, c'est scandaleux, c'est comme ça, c'est la mythologie. Puis on a vu que ce n'était pas triste dans la mythologie grecque la dernière fois, n'est-ce pas, quand on a vu la naissance de Vénus sur un océan du sperme d'Uranos. Puis après la Valkyrie à Siegfried, qui est donc la troisième journée, je le dis pour ceux qui connaissent un petit peu, même si c'est d'un peu loin, Les genres classiques.
13:35 Je pense ici à la forme sonate, les formes et les genres, c'est pareil, que la forme sonate se réalise aussi bien dans le genre symphonie que dans le genre concerto, dans le genre sonate proprement dite, instrumentale. On a coutume, entre le deuxième et le dernier mouvement, le troisième ou final, on a coutume d'intercaler une espèce de « zwischenspiel » comme on dit en allemand, « intermezzo » si vous voulez parler anglais, interlude. On a un très joli mot en français. On a donc une espèce de mouvement qui ne compte pas, parce qu'en principe la forme sonate c'est une œuvre qui se fait en trois mouvements, deux rapides encadrant un mouvement central qui est lent, mais on a coutume d'intercaler comme ça pour rafraîchir un peu l'atmosphère après le mouvement lent qui est souvent une descente dans les profondeurs.
14:29 On a coutume d'intercaler un mouvement plutôt dansant, plutôt rythmé, où l'élément rythmique est plus important, qui a été longtemps le menuet, à l'époque classique au sens musicologique, c'est-à-dire Haydn, Mozart, Beethoven, rien à voir avec le classicisme français d'un siècle auparavant, et qui, à partir de Beethoven, ce menuet va être remplacé par un scherzo. Scherzo, scherzare, en italien, ça veut dire se moquer d'eux. Il y a toujours un petit côté gai, humoristique, rythmé. Les Scherzo dans la musique russe sont souvent les sommets des œuvres concernés. Je dis comme ça en passant, quand vous avez un petit coup de léthargie, écoutez comme un courant électrique qui vous traverse le Scherzo de la quatrième symphonie de Tchaïkovski, tout en pizzicati, c'est la première fois dans l'histoire de la musique symphonique.
15:21 Il y a tout un mouvement qui se fait ploum ploum ploum ploum ploum ploum en pizzicati. Or on a souvent, pourquoi j'ai fait cette digression ? Parce que j'en étais à la troisième journée après l'Or du Rhin et la Valkyrie, Siegfried, qu'on a souvent dit que c'était un petit peu le scherzo de cette gigantesque symphonie en quatre mouvements que serait la tétralogie. Voilà, parce que Siegfried c'est la jeunesse, c'est le respect pour rien ni pour les dieux puisqu'avec son épée il va pulvériser la lance de Wotan, Du roi des dieux. Voilà. Donc, qui se termine par un superbe duo d'amour qui est le symétrique inversé de celui de Tristan.
16:02 Un duo d'amour solaire, sensuel, solaire. Alors celui de Tristan est mortifère et nocturne et les deux sont sublimes. Même Nietzsche, si sévère avec Wagner, disait que dans la scène entre Siegfried et Brünnhilde qui clôt ce duo d'amour du réveil de la Valkyrie qui clôt Siegfried, Qui dure trois quarts d'heure. N'utiliser la sphère du sublime et des orages elles-mêmes est dépassée. Et puis, le grandiose final, le Crépuscule des Dieux. La scène des Nornes par laquelle nous avons commencé notre générique sert de prologue au Crépuscule des Dieux.
Le fil se casse : la fin du fatalisme
16:46 Vous voyez, c'est pour ça que j'ai choisi cette scène, parce que ce prologue nous plonge dans un temps hors temps. C'était bien notre sujet. Nous sommes en effet dans un drôle de lieu, on est censé être près du rocher où la Valkyrie dort entourée de… le rocher de Brünnhilde, comme on dit, là où la Valkyrie pendant bien longtemps a dormi entourée de flammes avant que Siegfried n'arrive.
17:16 La réveille en franchissant les flammes et après avoir tué le dragon. Or, les Nornes nous révèlent des tas de choses qu'on apprend pour la première fois alors que c'est la fin de la tétralogie. Et mon fils, à qui je reviendrai, je m'avais fait remarquer car il est de votre génération. Il y a plusieurs classes d'âge, je m'en félicite dans ceux qui m'écoutent, mais enfin il y a pas mal de jeunes gens Les trois Nornes sont la réponse pour qui le Seigneur des Anneaux et surtout le Star Wars sont des choses plus familières encore qu'à moi, n'est-ce pas ?
17:51 Or, mon fils m'a fait remarquer que dans Star Wars c'est comme ça, c'est dans le troisième, alors je me trompe peut-être, dans la troisième partie dans Star Wars 3, qu'on apprend des choses qui se sont passées avant Star Wars 1, vous voyez il y a un temps cyclique. Voilà. Et ces trois Nornes sont la réplique, et c'est pour ça que j'ai fait le parallèle avec la mythologie grecque. Les trois Nornes qui filent pour chacun d'entre nous le câble des destinées sont bien sûr la réplique germanique des trois Parques de la mythologie grecque, qui ont la même métaphore, elles sont en train de tisser le fil, le câble, la corde de nos destinées.
18:36 Et c'est cette corde qui se rompt. D'une intensité dramatique sur laquelle je n'ai pas besoin de revenir, elle est spectaculaire, et surtout à l'audition encore plus qu'à la vision, et puis surtout avec le terme allemand, es riss, riss, ça veut dire ça se déchire, ça casse, ris, R-I-S-S, vous voyez, ça rip et ça ris, et ça rip au sens propre, parce que dans l'indication scénique, Une des Nornes a accroché l'un des bouts de la corde à un rocher, coupant, glissant, et ça a coupé la corde, ça a ripsé.
19:16 Nous sommes en philosophie. Donc quelles sont un peu les images maintenant ? Qu'est-ce qui est en train de se casser ? Le fatalisme. Le fait qu'on puisse prédire les destinées. Et c'est pourquoi, dans cette scène des trois Nornes, les derniers mots sont Lorsque le fil s'est cassé, c'en est fini de la sagesse éternelle. Sagesse au sens de savoir aussi, c'en est fini de l'omniscience éternelle.
19:48 Du moment où il y avait une place pour chaque chose, chaque chose à sa place dans ce qu'il savait, c'en est fini. Nous ne pourrons plus prédire les oracles. Qu'est-ce qui se passe ? Il se passe qu'il y a le contraire du fatalisme, du déterminisme, du prédéterminé, du si alors. Il y a le contraire, il y a l'acte libre qui a semé le Binz, si vous voulez parler un français plus familier, dans l'ordre des destinées.
20:22 C'est l'acte de Siegfried. Siegfried en brisant à la lance de Wotan, du roi des dieux, lorsqu'il était au pied du rocher de la Valkyrie et que Wotan voulait l'empêcher d'aller réveiller sa fille, soit dit en passant, alors qu'il était prêt à lui léguer tout l'univers, mais quand Siegfried s'apprête à franchir les flammes pour aller réveiller et donc posséder la vierge guerrière, celle qui jusqu'ici n'a été qu'une vierge guerrière, Vous voyez que la belle au bois dormant, ça se contamine. On va revenir à la surdétermination. Wotan, qui apparemment est possessif à l'égard de sa fille, comme Zeus l'est à l'égard d'Athéna, qui est sa fille préférée. Ce sont des vierges guerrières dans les deux cas, si vous regardez bien, qui aiment bien les champs de bataille. Et aussi l'omniscience. Donc Wotan s'oppose à Siegfried, qui, avec son épée, qui a forgé lui-même, Avec les tronçons de son père qui avait volé en éclats sous le coup de la lance de Wotan, quelle revanche, n'est-ce pas ? Je ne vais pas vous raconter tout le Ring, ça dure quatre jours.
21:38 L'acte par lequel Siegfried a tué le dragon s'est emparé de l'anneau à réveiller la Valkyrie. Bref, cette descente du monde divin vers le monde humain fait apparaître tout d'un coup l'acte libre qui rend par définition les destinées imprévisibles. Un quotient philosophique. Or, la mémoire joue un rôle énorme parce que que font les trois nornes ?
22:09 Depuis le début, vous voyez, le texte, il est quand même bien parlant. Le texte passe son temps à dire… Pardon. Voilà. Excusez-moi. Voilà. J'ai un petit… un onglet à rattraper. Voilà.
Les Nornes et le début de La Recherche du temps perdu
22:46 Le texte des Nornes insiste sur le fait que, et on avait commencé à voir ça la dernière fois dans la mythologie grecque, lorsqu'on a vu que le défunt devait boire à deux sources, une qui donne l'oubli et une qui donne la mémoire. Vous voyez ? Et on avait même remarqué qu'il y avait dans l'effort de mémoire aussi un contre-effort du sujet qui ne veut pas revenir sur certaines choses. Je reviendrai là-dessus.
23:20 Donc je vous lis un petit peu une version plus étendue des trois Nornes, mais vous allez reconnaître les mêmes thèmes presque obsessionnels. Ça commence comme ça. Est-ce le jour ? Dès le début, il y a une incertitude. Est-ce le jour ou est-ce l'éclat de la flamme ? Il fait peut-être nuit et l'éclat de la flamme nous fait croire que le jour se lève. Je suis sûr que ceux qui ont une culture romanesque, ça leur rappelle quelque chose. Mais oui, quelque chose. La phrase la plus célèbre d'une œuvre romanesque consacrée à la mémoire.
23:58 Ce n'est pas bien sorcier. Il s'agit bien sûr de la recherche du temps perdu. Quel est son début célébrissime ? Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Ah ! Tiens, tiens, quelle coïncidence ! Proust qui était un grand familier de l'œuvre de Wagner, soit dit en passant, mais ici, heureuse rencontre, la première phrase du narrateur qui dit « je » et qui ne donne jamais son âge bien précisément, mais qui dit « longtemps, pendant toute une période ».
24:28 Presque proto-historique. Je me suis couché de bonne heure, voyez l'enfance en s'en venir. Et suit quelques pages consacrées à cet état intermédiaire qu'on a vu avec Nerval, pour ceux qui nous suivent depuis longtemps, intermédiaire entre la veille et le sommeil, et dont Rousseau est le premier à avoir compris qu'il fallait lever un genre littéraire dans les rêveries du promeneur solitaire. Car la rêverie n'est ni la veille ni le sommeil.
25:02 Est-ce le jour ou est-ce… Or, Proust dit exactement la même chose. Il dit que des fois, le malade à l'hôpital, après une nuit d'agonie, Proust souffrait beaucoup, se dit « Ah, il voit le jour sous la… une raie de lumière sous la porte de sa chambre. » Il dit « Enfin le jour, les infirmiers vont arriver, vous vous êtes moi. » Très triste, ce n'était pas le jour, c'était une lumière électrique qu'un infirmier avait allumée dans le couloir et qui s'éteint.
25:33 Vous voyez ? Voilà, je fais exprès des rapprochements. Ce n'est pas des hasards tout ça. Que l'immense recherche du temps perdu, comparable par cette dimension qu'on occupe par exemple toute une vie à la tétralogie chez Wagner, commence par une incertitude sur l'instant, sur, je ne sais pas, qu'est-ce qui se passe. Donc, vous voyez, il faut s'attarder sur les Nornes. Dämmert der Tag, est-ce le jour ou l'éclat de la flamme troublés sont mes regards ? Alors si les Nornes qui sont censées connaître tout l'avenir, le passé, le présent, l'avenir, qui filent le câble, qui connaissent toutes nos destinées, si elles-mêmes leurs regards sont troublés, c'est que nous vivons des temps troublés.
26:20 Troisième fois je vous parle de surdétermination. Nous vivons des temps troublés. Par quoi ? Par le Covid ? Par les égorgements ? Par la guerre imminente ? Par le chômage de masse par millions qui revient et qui est caché par les deux précédents ? Ah oui, moi aussi je suis dans l'incertitude. On va beaucoup parler de la mémoire collective aujourd'hui. C'est pour ça que je ne m'attarde pas trop sur Proust, sauf pour faire ce rapprochement, pour montrer que ce n'est pas si personnel que ça, puisqu'on retrouve ça chez les Nornes, n'est-ce pas ?
Loge, le feu rusé, et les réseaux brouillés
26:59 Donc, je le lis comme ça sans tout commenter. Je ne suis pas là pour faire un commentaire de texte au sens littéraire, il faudrait commenter chaque virgule, mais je poursuis notre traque philosophique sur la mémoire. L'anamnèse et l'amnésie. Troublés sont mes regards, c'est une très mauvaise traduction, elle est moins bonne que celle que vous avez, qui date du XIXe siècle, qui essaie de faire ancien. Mal clair, je vois, bon je ne vois pas clair, je vois d'une manière trouble l'Auguste passé où Loge, Loge est le dieu du feu dans la mythologie germanique. C'est le Loki, pour ceux qui connaissent les mythes scandinaves, L-O-K-I, le Loki, n'est-ce pas, qui devient Loge, le dieu du feu, qui est un petit peu à la fois Hermès et Vulcain.
27:45 Mais aussi Hermès, c'est le messager des dieux. C'est le feu qui furette dans le monde entier à chaque instant et qui vient dire à Wotan, tiens, j'ai vu ça là-bas, tiens, ça, tiens, j'ai vu, il y a une seule personne qui a renoncé à l'amour, c'est un nain, mais parce qu'il a récupéré l'or. Enfin voilà, c'est un malin, c'est le dieu de la ruse, Loge, le feu. Je rappelle à ceux qui ont une culture philosophique, Héraclite, vous savez que tous les grands présocratiques ont une phrase clé, une ou plusieurs phrases clés, mais celle d'Héraclite la plus célèbre si on ne se met jamais deux fois dans le même fleuve ou bien tous s'écoulent, c'est la même chose un peu tout ça.
28:25 Et il avait de la même manière un principe, ou trois ou quatre, mais c'est toujours le même, qui s'appelle tantôt le devenir. Panta rhei, tout s'écoule. Le feu, c'est la mobilité par excellence, ça revient un peu au même. Le feu, c'est pas la pierre, c'est pas la terre comme élément. Le feu et le Logos, le rusé. Et de même que Hermès a des ailes au talon, n'est-ce pas, ou sur le casque, n'est-ce pas, Loge est toujours en train de joindre le haut et le bas. Enfin, je rappelle tout de même qu'en tant que Dieu du feu, il participe aux deux règnes, au monde souterrain, celui qui sert au forgeron, n'est-ce pas, à fondre les métaux, Et au monde supérieur, le feu de la lumière là-haut, dans l'Olympe, l'antithèse des nains qui vivent dans les ténèbres.
29:25 Donc, je vois mal le passé Auguste où Loge vint briller dans l'ardeur du feu. Sais-tu ce qu'il devint ? Chaque norne demande à sa sœur, elles sont trois comme les Parques, qui est devenu le Dieu du feu. Que répond-là ? Que répond-là ? La première norne, la nuit meurt, rien n'est visible. La corde en vain, j'en cherche les fils. Donc, vous voyez, incertitude sur ce qu'on voit et du coup, le cap du destin s'en ressent. Le fil n'a plus son côté droit et directionnel. Les fils s'embrouillent. Brouillés sont tous leurs réseaux. Bon sang, mais c'est actuel tout ça ! Je n'arrête pas de voir des posts en ce moment sur Facebook à la suite des événements que nous vivons.
30:08 Non, je parle au pluriel. Pour ne rien hiérarchiser. Qui disent « j'y comprends plus rien, tout s'embrouille, moi je jette l'éponge ». Quand même, vous voyez, brouillés sont tous leurs réseaux. Puisqu'on parle de réseaux, j'en profite. Mais oui, je vais parler du web, du net, pour rappeler que, Lorsque, avant que Siegfried franchisse les flammes, je ne raconte pas tout, mais par morceaux, on finirait bien par tout reconstituer, et puis de toute façon tout ça est bien documenté.
30:44 Lorsque Siegfried, après avoir tué le dragon, dans tous les contes et les mythes, il y a l'acte décisif par lequel le héros devient un héros, grâce à l'épée magique, à l'épée laser dans Star Wars, mais c'est pareil, il y a toujours une épée magique. Je vous renvoie à l'admirable morphologie du conte du russe Vladimir Propp qui, alors que le mot structuralisme n'existait pas, est l'ancêtre de toute approche intelligemment structurelle. Je le dis rapidement, le résumé, c'est quelqu'un qui a étudié des milliers de contes.
31:18 La Russie est très riche en contes, comme souvent les peuples qui ont encore une grande tradition rurale et archaïque. Et c'est pour ça d'ailleurs que les œuvres faites par les musiciens ou les écrivains russes pour l'enfance ont un succès mondial. Je pense aussi bien à Pierre et le Loup à Casse-Noisette, un désordre intéressant. Les Russes savent parler à l'enfance. Donc il a remarqué que tous les contes suivent une même structure diachronique, une même chronologie, que ce soit Blanche-Neige ou un conte nordique ou grec.
31:51 Ça commence toujours par la parenté du héros. Il était une fois un roi, une reine, etc. et puis une méchante marâtre. Puis un interdit, une boîte qu'il ne faut pas ouvrir, une chambre où il ne faut pas rentrer, un diamant qu'il ne faut pas tourner, une serrure qu'il ne faut pas ouvrir, et la boîte de Pandore chez les Grecs. Et ce qui ne donne qu'une envie, c'est d'ouvrir, bien sûr, ce que fait Pandore. Puis, la transgression de cet interdit « met le héros en danger », apparaît à ce moment-là toujours l'arme magique qui va lui permettre de surmonter les dangers, et ainsi de suite, vous voyez.
32:33 Donc là, ça s'applique très bien, n'est-ce pas ? Siegfried a son épée à lui qu'il a forgée avec les tronçons que le forgeron qui l'a élevé lui a donnés et qui sont censés venir de son père. Je ne pilote pas de savoir si c'est une contre-castration, enfin bref. Alors, sinon je vais parler pour une quatrième fois de la surdétermination, mais je vais y revenir.
33:03 Et il a tué le dragon, il est vainqueur de tout, et puis tout d'un coup il est midi, il a chaud, il est en pleine forêt, et il a un coup de blues, comme on dirait maintenant. Parce qu'il se trouve tout seul, pour la première fois de sa vie, il a été élevé par un forgeron, qui l'a élevé uniquement pour s'assurer de lui, pour qu'un jour il tue le dragon et prenne le trésor et qu'il l'empoisonne après, qu'il empoisonne le jeune Siegfried. Et en fait, grâce à un oiseau dans la forêt, Siegfried comprend la ruse du méchant Forgeron, donc il a tué son père adoptif, il a tué le dragon, il est devant deux cadavres, il est seul dans la forêt, il fait chaud, il est midi.
33:39 Je vous dis, c'est pas Tristan, c'est pas nocturne, c'est solaire, Siegfried. On est en forêt en plein midi et il a un coup de chaleur. Mais oui, il a le manque. Et guidé par l'oiseau qui ressurgit, qui dit c'est le seul être sympathique que j'ai vu depuis que je suis ici, l'oiseau lui dit maintenant que tu as tué le dragon pour que tu sois le maître du monde et que tu es le maître du monde parce que tu as l'anneau dont le dragon était le gardien, excusez-moi, Il te reste à conquérir la plus belle des choses.
34:17 Elle dort au sommet d'un rocher entouré de flammes et c'est comme ça que le destin s'accomplit et que Siegfried s'achemine vers le rocher de Brünnhilde. Et tout ça, c'est ma parenthèse sur le mot réseau. Vous voyez, je ne perds pas mon fil, c'est le cas de le dire. Un réseau, ça fait plus penser au tisserand qu'au forgeron. Les anthropologues connaissent très bien dans l'étude des sociétés africaines, par exemple, Il y a une dichotomie entre les deux et les deux. La figure du forgeron, toujours un peu inquiétante, et celle du tisserand, toujours positive, qui crée des liens.
Tisser son chant : le web et le visage de l'horreur
34:56 On pense un peu à la dichotomie freudienne de la pulsion de mort d'un côté et au contraire de la pulsion d'Eros qui crée des liens. Du lien, si vous préférez. Or, lorsque l'oiseau parle à Siegfried, il dit « mais d'où tu sors toi ? » Je ne sens que du bien de toi. Et l'oiseau lui dit, chante-toi l'amour, sing ich mein Lied, je chante mon chant. Web' ich mein Lied, un pluriel des Lieders.
35:31 Alors, Web' ich mein Lied, le premier, première personne du présent au singulier du verbe Weben, d'où vient web, web avec W anglais, mais en allemand ça se prononce V, Volkswagen, les voitures, la voiture du peuple, là vous avez les deux, le VF et le VV, Volkswagen. Web' ich mein Lied, ça veut dire je tisse mon chant. Il prend la métaphore du tissage l'oiseau pour dire comment son chant s'écoule de son gosier. C'est intéressant. Je vous avais déjà dit que dans l'Ouest africain, dans le Sahel, un griot, c'est-à-dire celui-ci, Le fleuve qui chante se dit Djeli et le fleuve qui s'écoule se dit Djoli, Djoliba, le Niger, Djoli.
36:29 Vous voyez, tout ça, ce sont des rencontres. Je fais exprès de semer des graines là, pas pour vous embrouiller, mais au contraire, pour créer du lien. Et il n'est pas nécessaire que chacune d'elles germe, mais sur toutes celles que je jette un peu au hasard comme ça, Je pense à cette phrase de Nerval, je vous en dis tout cela au hasard, mais d'après des données sûres. Donc, je reviens à Réseau, Réseau, le web, l'horreur m'apparaît. Pour moi, tout se confond.
37:02 Alors, tout d'un coup, il y a quelque chose d'inquiétant et qui va aboutir à la dramatisation finale que vous avez vue dans le générique, c'est-à-dire au fil qui se casse. C'est que... alors... Alors, toutes les traductions, je les ai toutes regardées, il n'y en a aucune qui traduit le mot qui est là et qui est précis, qui dit « gesicht », qui veut dire « visage ». Un visage, un visage sinistre m'apparaît, comme si dans une boule de cristal on voyait apparaître un visage insoutenable. Alors pourquoi les traducteurs ont évité ce mot ? Est-ce que c'est parce qu'on ne sait pas très bien de qui il s'agit ? Est-ce que c'est le visage du Nibelung qui poursuit sa malédiction depuis qu'on lui a volé l'anneau ? N'est-ce pas ? Le nain ? Du monde souterrain, le forgeron ? Est-ce que c'est le visage de Siegfried qui va bientôt mourir ? On ne sait pas très bien. Bon bref. Donc, ce qui est sûr, c'est que l'horreur m'apparaît.
37:56 Je vous ai dit que je répète toujours la même chose depuis le début de mes causeries. J'ai commencé toutes ces causeries par un cycle qui s'appelait entre crise et guerre, philosopher. Dans le but complètement utopique, j'en ai bien conscience que mon discours pourrait, de quelque manière que ce soit, contribuer, si faiblement soit-il, à différer le retour du pire de la guerre.
38:27 L'horreur m'apparaît, pour moi tout se confond. Je rappelle quand même, je l'ai déjà dit, mais je ne cesse de le répéter parce qu'on n'en parle pas, que pendant qu'on parle du Covid, pendant qu'on parle des égorgements, et tout ça n'est pas secondaire. Ou plutôt si c'est secondaire au sens strict, c'est-à-dire ça vient en seconde, mais pour cacher un primaire. Donc c'est pas si secondaire que ça. Nous sommes dans le monde des masques en ce moment, comme vous savez. Or, qu'est-ce qu'il y a sous le masque ? Il y a le fait qu'il y a la plus grande armada de tous les temps qui se met en place aux deux extrémités de l'Eurasie, en mer de Chine.
39:14 – Bien, j'espère que vous m'entendez malgré cette coupure. Je précise, suite à l'information de la régie, qu'il ne s'agit pas, comme ça peut arriver à cause de la saturation d'un bug sur la connexion Skype, mais il s'agit d'une coupure Facebook, ce qui est beaucoup plus rare. Est-ce dû à une soirée électorale ? Les soirées électorales sont nombreuses de la Côte d'Ivoire aux États-Unis, bien sûr, et en passant par tant d'autres en ce moment.
39:44 Mais j'espère que vous m'entendez et que la connexion est bonne. Donc je vous disais qu'il faut que chacun d'entre nous réalise à quel point il serait, je crois que la liaison a repris là, qu'il serait très dans le pire, qu'on entre dans ce que les géopoliticiens spécialistes appellent une stratégie, une logique de guerre.
40:19 C'est-à-dire un événement, je vous dis, deux avions qui se sont frôlés trop près, ça arrive tous les jours, d'un incident comme ça. Vous regardez un petit peu les sites concernés, il y a tous les jours deux avions de l'OTAN qui reconduisent un avion russe au-delà d'une certaine limite, ou vice versa, deux avions russes qui disent à un avion espion américain « Merci d'aller voir ailleurs ». Donc, il ne faudrait pas qu'une fois un incident aille au-delà des protocoles habituels et qu'une logique s'enclenche dans laquelle même les politiques ne peuvent plus l'arrêter. Voilà. Ça s'appelle une logique de guerre.
41:04 Donc, quand les Nornes disent un visage terrible m'apparaît, il faut prendre ça très au sérieux. J'essaie de revenir, voilà. Rémi Cardinal, je le remercie pour sa fidélité en général et en particulier parce que là, il nous précise que le contact est rétabli, ce qui est bien aimable de sa part. Et je salue un ami et un camarade et un grand musicien, un grand pianiste. Je rappelle qu'il a fondé, et je vous renvoie à ce site, je ne sais si vous le rappelez, surtout à ceux qui s'intéressent à la chose musicale, à ce site sur Facebook. Cette page s'appelle La Convergence des Luttes, L-U-T-H-S. Les musiciens sont en lutte. En tout cas, ceux qui sont en lutte, vous les trouverez sur cette page.
41:56 Donc, merci, Rémi. Voilà, ne croyez pas que je vais fouiller dans les archaïsmes, comme ça, pour faire un vernis de mythologie, de mysticisme. C'est le contraire, c'est pour en arriver à l'actualité la plus immédiate. Les choses s'embrouillent. Et comme je l'ai montré avec des exemples de mémoire individuelle, Proust, Nerval, cette fois, aujourd'hui, pour que ce soit bien complémentaire, je reviens au titre de tout ce cycle, n'est-ce pas, l'anamnèse et respectivement l'amnésie et l'anamnèse, Je n'ai pas eu une anamnèse individuelle et ou collective pour rappeler que des distinctions sur lesquelles je tiens à insister ce soir.
Mémoire individuelle et amnésie collective
43:05 La mémoire personnelle, je n'y reviens pas, elle fait partie de l'ordre du champ psy, pour prendre un terme très général, psychologique, psychanalytique, peu importe, chacun y trouve son école, n'est-ce pas ? Par contre, la mémoire collective, première différence, outre le fait qu'elle est individuelle et elle est collectif, c'est que pour qu'il y ait une anamnèse, dans le cas de la mémoire individuelle, il faut que j'ai connu, J'ai été conscient d'un souvenir, puis je l'ai oublié, puis il me revient. Tandis que dans l'amnésie collective, elle consiste à envoyer dans la haute de l'oubli des choses qui n'ont jamais été sues par les individus. Je pense au programme scolaire.
Le texte de Bruno Guigue et l'« Occident », concept occultant
44:05 Et c'est pour ça, je vais prendre deux exemples, je vais les prendre pas tout à fait dans l'ordre qu'on vous l'a donné, au lieu de commencer par l'exemple du couteau de Le Pen qui est très intéressant, je vais commencer par le texte de Bruno Guigue, n'est-ce pas, qui est très clair à ce niveau-là. Le voilà. Donc, vous voyez, il est extrait de la pour-titre Blanchiment occidental du terrorisme islamiste, suite du titre Le théorème de Bachar el-Assad, voilà, par Bruno Guigue, et c'est paru dans Initiatives communistes, un site que vous trouvez facilement sur le web, en rouge et blanc.
45:02 Or, quand vous prenez connaissance de ce texte, vous voyez, on ne peut pas dire qu'il n'ait pas d'actualité, parce que c'est un texte qui s'oppose d'une manière très claire au discours de nos dirigeants actuels, c'est essentiellement un dirigeant français, mais enfin je veux dire, occidentaux ne veulent rien dire, Je ne vais pas le rappeler une énième fois, puisque selon la définition, le monde de l'économie de marché, etc.
45:36 À ce moment-là, il y a le Japon qui n'est pas vraiment l'Occident. Bon bref, c'est un terme qui ne veut rien dire, Occident. Si, ça sert à cacher. Ça s'appelle un concept occultant. Ça ne sert pas à faire connaître, ça sert justement à faire oublier. Oublier quoi ? Qu'on parle du capitalisme. Alors là, on peut mettre le Japon, les États-Unis. Parce que des fois, on dit aux Occidentaux, c'est les Européens. Je croyais que le leader c'était les États-Unis. Ah oui, zut, ça ne va pas. Ah ben disons, c'est le pays développé, le pays industriellement développé. Ah bon, et le Japon alors c'est un pays occidental. Ah non, mais non, vous voyez, ça ne va pas occidental, ça ne veut rien dire. Allez, soyons clairs, disons des gros mots capitalistes. Je me rappelle, j'avais travaillé pour un grand opérateur privé, comme on dit, n'est-ce pas ? Hachette pour rien vous cacher.
46:26 Et j'avais eu un patron. Je n'ai pas trop à une époque qui m'avait précisé, vous savez, on n'aime pas trop quand on dise ce mot-là dans nos réunions. Donc, comment le texte de Bruno Guigue s'en prend à ceux qui désignent, à la vindicte, n'est-ce pas, à la religion musulmane, les musulmans, n'est-ce pas ? Je suis renversé de terreur par les égorgements qui ont… c'est une liste, il y avait déjà la promenade des Anglais à Nice, à une autre échelle, et bien maintenant ce qui s'est passé dans les Notre-Dame, ce qui s'est passé à Vienne, n'est-ce pas ?
47:17 Tantôt c'est à la sulfateuse, comme on dit en argot, tantôt c'est à l'arme blanche. Il ne s'agit pas de minimiser ça, il s'agit au contraire, pour s'en protéger, de rappeler que ceux qui ont armé le plus les mouvements intégristes islamiques sont ceux qui voudraient nous faire entrer en guerre, enfin nous faire revenir aux croisades. Alors regardez bien, je m'arrête de commenter, je lis simplement ceci, n'est-ce pas ?
47:54 « La guerre qui sévit en Syrie depuis dix ans a fait l'effet d'un révélateur chimique ». Belle métaphore. A la faveur, à la faveur, n'est-ce pas ? Hélas, à quelque chose de malheur est bon, à cause des drames épouvantables que vit le peuple syrien et la nation syrienne, au moins ça servait à révéler des choses qui jusque-là étaient un peu embrouillées. On est passé du fil embrouillé des Nornes et maintenant on vient à la clarification. La guerre qui sévit en Syrie depuis dix ans a fait l'effet d'un révélateur chimique.
48:26 Première parenthèse, vous remarquez qu'on n'en parle plus. Le Covid, c'est merveilleux quand même. On ne parle plus que du Covid ou bien d'un djihad islamique, ou bien de temps en temps, n'est-ce pas, d'un porc qui a fait un Weinstein. Bref, vous voyez ce que je veux dire. Mais surtout en ce moment c'est le Covid qui coiffe toute l'actualité. Or la première urgence pour les mêmes qui voudraient qu'on ne parle que du Covid, la première urgence c'est de regarder ces réfugiés syriens à cause de ce bourreau de Bachar el-Assad, regardez-les dans ces camps en Turquie, les malheureux. Les mêmes. Or, on n'en parle plus. Et pourtant, ce n'est pas calmé.
49:13 Depuis dix ans a fait l'effet d'un révélateur chimique. Protagoniste embusqué de ce bain de sang ? Quoi ? Les barbus ? Non ! Non, non ! Les gouvernements américains, britanniques, français, turcs, vous rappellent que la Turquie qu'on montre du doigt, Macron qui bombe le torse, Erdogan, moi je suis là. Règlement de compte à OK Corral, les deux là. Aussi faux-jetons l'un que l'autre. Je rappelle que la Turquie est la plus puissante armée classique non nucléaire de l'OTAN, même plus que l'Allemagne fédérale dans certaines armes, en blindé par exemple. Je le rappelle, et dans l'aviation, je le rappelle au passage, n'est-ce pas ?
50:01 Et si donc le pilier de l'Alliance Atlantique, qui a abattu le premier avion russe, abattu depuis la plus grande saignée de tous les temps, c'est-à-dire les pertes du peuple soviétique pendant la deuxième guerre mondiale, la première fois qu'un avion a été abattu depuis, c'est tout récemment là en Turquie, il y a trois ans, trois ans je crois, à peu près. Il y a eu une telle tension et la diplomatie, je vais vite, la diplomatie russe a tellement bien joué que non seulement il n'y a pas eu la guerre que l'Occident espérait entre la Turquie, ce que l'Occident n'est jamais. L'Occident n'est pas pour la guerre. Il fait se battre les autres.
50:40 Je me rappelle que pendant la guerre du Vietnam, quand les Américains commençaient à se désengager, vu que c'était le fiasco au niveau intérieur aux États-Unis, depuis que les cercueils des G.I.s revenaient en cargaison, je me rappelle qu'ils formaient à toute vitesse l'armée sud-vietnamienne, l'armée des collabos si vous préférez, des tortionnaires, des dictateurs du Sud-Vietnam de l'époque. Oh, il y avait une... L'expression journalistique à l'époque on disait ils jaunissent les cadavres. Jaunir les cadavres, que ce ne soient plus des cadavres de nos boys, ce sont des cadavres aux yeux bridés donc on n'en parlera pas.
51:18 Voilà, c'est pas grave. Alors donc là on comptait faire pareil avec les Turcs. Mais attends Pagani tu remontes, comment je remonte ? Qu'est-ce qui défrayait l'actualité là ? Juste avant les égorgements, la guerre aux Turquie, c'est-à-dire la Turquie contre l'Arménie, oui ou non ? Et oui, parce que si la Turquie commence, puissance de l'OTAN, non seulement à ne pas faire la guerre russe, mais même à leur acheter des SS-400, des missiles très performants antiaériens, où va-t-on ?
Complotisme et blanchiment du front Al-Nosra
51:52 Donc il est temps de Pagani de nouveau, de trouver quelque chose qui fait que l'entente ne marche plus sur quelque point que ce soit entre la Russie et la Turquie. Je suis dans le complot, alors je vais m'arrêter. Vous savez qu'il n'y a plus que deux théories politiques. C'est ma manière de présenter. Chaque fois qu'on vous accuse de complotis, je ne parle pas de ceux qui sont pour de bon, qui vont sur Internet, les illuminatis. Non, non. Moi, je ne parle que de choses qui sont vérifiables et mesurables. Et dans des journaux et des médias bien connus, sans aller chercher des photos floues dans des sites introuvables. Non, non. Mais quand on vous dit que vous, vous êtes complotis simplement parce que vous dites quelque chose de différent de la version officielle, eh bien, vous répondez, il n'y a plus que deux interprétations de la politique.
52:35 L'officiel, et dès qu'on s'en écarte, on est complotiste. Dans ce cas-là, on est complotistes, bien sûr. Alors, je reprends l'exposé de Bruno Guigue. Vous voyez la liste. Les gouvernements américains, britanniques, embusqués, masqués je disais moi, français, turcs, saoudiens et qataris qui sont derrière chacun de ces barbus égorgeurs, passeront à la postérité pour ce qu'ils sont les bourreaux d'un peuple, le peuple syrien, qui ne leur avait rien fait.
53:06 La tragédie syrienne, Les Français a dissipé leurs faux-semblants. Elle a exposé au grand jour leurs stratégies les plus retorses. Mais la pire de tout a consisté à blanchir le terrorisme chez les autres. Comment résister, je reprends la phrase, à la nausée devant la viscosité de ces politiciens qui, à chaque attentat sur le sol français, se répandent en condamnation indignée d'une violence terroriste qu'ils ont nourrie et encensée ailleurs ?
53:38 Je vous retrouve pour la troisième fois. Je vous ai perdu trois fois. Je vous indique tout de suite, avant que ça ne risque de recouper, que c'est la dernière fois que nous relançons la machine Facebook, si vous voulez, et que si ça coupe une nouvelle fois, plutôt que de faire bis repetita, Philippe a la gentillesse de me proposer d'enregistrer. Je vais continuer.
54:09 Ma causerie, hélas sans vous en direct, mais il va l'enregistrer et vous aurez très vite le montage. Voilà, c'est la meilleure manière de procéder. Donc j'en étais au texte de Bruno Guigue, n'est-ce pas, quand je disais que loin d'être, de ressembler à du complot ou de l'imaginaire, En disant que ce sont les puissances occidentales qui sont derrière, il y a le pire dans le terrorisme imputé à l'islamisme.
54:46 Je condamne le salafisme, je condamne le wahhabisme, tout ce que vous voulez, mais l'islamisme, on ne sait jamais si c'est l'islam qu'on condamne. Il faut faire attention aux mots. On se souvient qu'il n'y a pas si longtemps, donc il dit ça pour illustrer son propos, il n'y a pas si longtemps la médiasphère occidentale, donc vous voyez, C'est extensif. Les médias, presse, écrivain, internet, télévision, la médiasphère occidentale déployait sa fausse dialectique pour faire de la branche syrienne d'Al Qaïda, c'est-à-dire le front Al-Nosra, ça a plein d'autres dénominations, mais on prend les plus connues, une respectable organisation combattante.
55:31 On nous disait que, vous allez voir, qu'il ne va pas se contenter de dire « oh, il va y avoir des noms », que le front Al-Nosra, c'est ainsi qu'il se nommait, finirait par se normaliser. Il fallait, tranchait François Burgat sur une chaîne publique, négocier pour de bon avec cette organisation destinée à faire partie du futur de la Syrie. Je saute un paragraphe, si, non, quand même. Monsieur Fabius, c'est la caricature même de notre Premier ministre sous Hollande, a ainsi estimé mercredi que tous les Arabes étaient vent debout contre la décision américaine de déclarer Al-Nosra, organisation terroriste, parce que sur le terrain, je cite Fabius, donc chacun peut vérifier, Là, on n'est pas dans le complot.
56:25 Dans les photos cachées ou des sites introuvables. Parce que sur le terrain, ils font un bon boulot. Al-Nosra, chacun a pu voir, enfin j'espère que vous ne l'avez pas montré à vos enfants, les égorgeurs d'Al-Nosra sur la place publique qui suppliciaient un gamin de 14 ans dans une camionnette à Alep. Et vous quand on vous parle d'Alep... Vous parlez des crimes du régime syrien, pas de ceux dont, fort heureusement, le régime syrien et ses alliés ont débarrassé une des plus anciennes villes de l'histoire de l'humanité.
57:04 Donc, M. Fabius a ainsi estimé mercredi que tous les Arabes étaient vent debout contre la position américaine parce que sur le terrain, ils font un bon boulot. Donc la France en pointe derrière eux. Je dis les barbus comme métonymie, n'ont pas fâché personne. C'était très net, parce que j'adore le plein de gens qui ont la barbe. C'était très net et le président de la coalition était aussi sur cette ligne, a ajouté le ministre, le président de la coalition. Alors, son affiliation, l'affiliation d'Al-Nosra, revendiquée à Al-Qaïda, branche syrienne d'Al-Qaïda, son idéologie haineuse et sectaire, Sa pratique répétée des attentats aveugles frappant les civils, on ne vous en parle jamais, c'est le moment de rappeler que les musulmans sont les principales victimes du terrorisme salafiste ou wahhabite ou intégriste, comme vous voulez.
57:54 Et je rappelle que l'intégrisme vient d'un mot intègre qui veut dire « pur ». Et que les évangélistes chrétiens, ceux qui vont à la messe de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et qui ne supportent pas qu'on ne fasse pas la messe en soutane, Je veux dire que l'intégrisme n'est pas propre à l'islam. Il y a un intégrisme protestant, il y a un intégrisme catholique, qui n'est pas la majorité des fidèles, tant s'en faut. Voilà. Mais les principales victimes, il y a presque toutes les semaines un attentat qui fait des dizaines voire des centaines de victimes à Kaboul, à Bagdad, tout le monde s'en fiche.
58:34 Tout le monde s'en fiche. Alors qu'ici, ça sert à renforcer des lois liberticides à l'égard de ceux qui n'y sont pour rien. Deuxième parenthèse que je fais pour illustrer ce que dit Bruno. Oui, il y a des fous de dieux, des barbus au sens courant, qui y croient en plus, qui sont des instruments de tout ça et qui finissent par prendre un couteau. Mais il y a aussi des gens qui étaient travaillés par des services occidentaux.
59:09 Quoi de plus facile que d'aller dans une prison à Bruxelles, à Paris, à Londres, où vous voulez, et de voir un gars qui est là parce qu'on l'a pris en train de dealer du shit ? Tu t'embêtes, c'est désagréable la prison, tu ne veux pas aller faire un petit tour en Afghanistan ? On te paye la formation. Ou alors tu vas en Syrie par la Turquie, parce que là-bas en Turquie on a des bases. Il reprend dans le complot Pagani. Ah non, non, non. On a identifié ceux qui ont fait les plus grands massacres terroristes qu'aient connus la France cet an dernier, je pense bien sûr aux événements du 18e arrondissement, du 19e, du 20e, du Bataclan et toute cette série terrifiante.
59:54 C'était des gens qui n'étaient pas du tout des barbus intégristes. C'étaient des gens qui étaient connus par tout leur entourage comme se tapant plusieurs bières dans la journée, enfilant les pétards, avec une blonde dans chaque bras. Très bien pour eux, moi je ne moralise pas, mais je veux dire que ce n'était pas tout à fait le rigorisme des mouftis. Je rappelle au passage, on n'est pas tout à fait là dans le délire, loin de là, qu'il est temps de faire de l'anamnèse, parce qu'on le sait tout ça, mais on ne veut pas le savoir, donc j'insiste, on le sait.
Nasser, Palmyre et les « terroristes modérés »
1:00:29 Merah tutoyait le flic qui est venu le flinguer. C'est une vieille connaissance. Mais oui, donc, tout ça, régime de terreur, pratique répétée des attentats aveugles, frappant des civils, tout ça, bref, peccadille. Une sorte de mutation génétique devait valoir à l'organisation de djihadistes concurrents de Daesh pour rétribution de ces services rendus contre Damas.
1:01:00 Dans les états arabes, il y en a qui ne faut pas louper, c'est ceux qui ne sont pas islamistes. Vous savez, les trois qui ont fait la guerre, la Syrie, l'Irak, la Libye. Tiens, c'est curieux, c'est les trois dirigeants arabes et puis Nasser à l'époque. Nasser, la France et l'Angleterre débarquant parce que Nasser a osé s'approprier le seul secteur qui rapportait un peu de pognon dans son au pays qui n'a pas de petrol, le canal de Suez. Vous voyez, du coup on a dit, un nouvel Hitler. Déjà, ceux qui jouaient pas Hitler contre l'Union soviétique, plutôt Hitler que le Front populaire, maintenant ils désignent comme un nouvel Hitler tous ceux qui martyrisent leur peuple comme ils disent.
1:01:50 Donc, beaucoup d'entre vous ont vu cette extraordinaire vidéo, n'est-ce pas, où on voit Nasser faire rire tout son exécutif, tout l'état-major de l'armée, de la police, son gouvernement, ils sont tous rassemblés là, en vanant le chef des frères musulmans qui lui a proposé de voiler les femmes égyptiennes et dit « Tu n'arrives même pas à voiler ta fille et tu veux que moi je voile toutes les égyptiennes ? » Ça ne dure que six minutes, je vous recommande cette vidéo. On a envie de pleurer tellement qu'il semble que ce soit une autre époque, presque une préhistoire par rapport à maintenant.
1:02:25 Ce n'était pas politiquement correct à l'époque, l'époque où les nations arabes étaient anti-islamistes, anti-intégristes. Donc, une sorte de mutation génétique devait valoir à l'organisation de Al-Joulani concurrent de Daesh pour rétribution de ses services rendus contre un régime arabe laïque, Damas. Un véritable brevet de respectabilité. C'est ainsi que la diplomatie occidentale faisait des miracles. De son chapeau de magicien, elle sortait des terroristes modérés. Les égorgeurs, là, il y a des vidéos où on les voit manger les viscères de leurs victimes. Je connais plusieurs d'entre vous qui l'ont vu.
1:03:06 Al-Nosra, dont Fabius disait « ils font du bon boulot ». C'est ainsi que la diplomatie occidentale faisait des miracles de son chapeau de magicien. Des terroristes modérés, des extrêmes démocrates, des coupeurs de têtes humanistes, oui, à chaque fois ce sont des entités, comme on dit en fin d'ici, des mangeurs de foie, je vous dis qu'ils mangeaient des viscères, des mangeurs de foie, philanthropes, ne croyez pas que ce soit des hyperboles, pour reprendre une autre figure de style, ce n'est pas des exagérations, hélas.
1:03:37 Alors un peu d'anamnèse collective. Je vous recommande de lire la totalité de l'article, c'est de l'anamnèse sur toute la ligne, mais j'insiste sur quelques passages. Je saute trois paragraphes, trois alinéas. Dans son combat sans merci contre la Syrie, les tueurs d'Al-Qaïda, ce que nos journalistes appellent le régime, ils ne disent jamais le gouvernement de Damas, le régime.
1:04:18 On parle de Macron, on ne dit pas le régime. Dans son combat sans merci contre la Syrie, les tueurs d'Al-Qaïda pouvaient ainsi compter sur leurs précieux amis. La Turquie leur livrait des armes. Vérifiez ! Ne faites pas comme ceux qui sont les vrais complotistes. Vérifiez ! La Turquie, on ne compte pas le nombre de bases, leur livrait des armes, Israël soignait leurs blessés, le Qatar leur versait un chèque à la fin du mois, les pays du Golfe en général, mais spécialement le Qatar dans le cas de la Syrie, et le quotidien, le monde, qui est devenu l'immonde, vous savez, les faisait passer pour des enfants de chœur.
1:04:55 Alors, qui se sou... Je vous souviens qu'en 2014, anamnèse, lorsque le front Al-Nosra s'est emparé du village chrétien de Maaloula, ça a été terrible. Ce quotidien osait nier le monde, que les extrémistes aient tué le moindre civil. Alors qu'on pouvait voir sur la BBC ici, au même moment, les obsèques religieuses des victimes de cette agression, dont ce qui restait de l'Église. Et là, les égaux.
1:05:27 Les églises chrétiennes qui ont sombré dans les flammes au Moyen-Orient bien avant qu'on s'attaque aux nôtres. Il fallait s'en occuper à ce moment-là. C'était l'époque où la prétendue coalition internationale, en fait c'est l'OTAN, lors de l'offensive de Daesh vers Palmyre s'abstenait de tirer la moindre cartouche. Vous voyez la Syrie, vous voyez Palmyre, un bijou. Il y a un poème de Hölderlin. Forêt de colonnes sur l'étendue des déserts, cité perdue de Palmyre, des merveilles que l'État islamique a fait exploser parmi les plus beaux restes archéologiques de cette ville miracle.
1:06:10 Elle est en plein désert. C'est idéal pour l'aviation. Si on veut la stopper, vous la prenez entre deux chasseurs, ça suffit. Il n'y a plus de colonnes. Il y avait 400 km à faire pour Al-Nusra pour aller de sa base en Irak vers Palmyre. La coalition, qui était toute puissante dans le ciel à ce moment-là, a laissé faire. N'est-ce pas ? C'était l'époque où la prétendue coalition internationale, lors de l'offensive de Daesh vers Palmyre, s'abstenait de tirer la moindre cartouche.
1:06:44 Ce sauf-conduit au ferro-terroriste illustrant la parfaite duplicité de l'antiterrorisme proclamé à Washington et à Paris. Entre la poussée du pseudo-État islamique sur l'axe Palmyre-Damas et celle du front Al-Nosra sur l'axe Alep-Damas, Palmyre-Damas, ça vient par l'Irak, par l'Est, Alep-Damas, ça vient de la Turquie du Nord. Il faut toujours avoir plusieurs fers au feu, mais c'était sans compter avec la résistance du peuple syrien et la loyauté de son armée.
1:07:14 La mobilisation générale de la piétaille takfiriste, salafiste si vous préférez intégriste, devait coûter un milliard de dollars par an aux pétro-monarchies du Golfe. Dites donc là on en trouve de l'argent pour aider les égorgeurs. Acheminée aux organisations terroristes par l'intermédiaire de la CIA, cette manne n'a pourtant pas suffi à provoquer la chute de Damas. Anamnèse. Voilà. Donc, j'aime beaucoup… Je saute encore deux alinéas. Cette mise au point sémantique de Bruno Guigue. Devant ce constat, tout le reste n'est que littérature. C'est une citation de Verlaine, je vous rappelle.
1:07:58 Les distinctions entre rebelles démocrates, modérés, laïcs, islamistes, djihadistes sont des stupidités sans nom dont le seul effet est de jeter un voile pudique sur une nébuleuse terroriste, dont l'intention est parfaitement claire, imposée par la force, un pouvoir sectaire et collaborateur de l'impérialisme. Ce qui est bien, n'est-ce pas, avec les intégristes, c'est qu'ils ne parlent jamais de nationaliser les moyens de production. Il garde un peuple dans le sous-développement intégral, premièrement, et deuxièmement sauf l'Iran.
1:08:36 L'Iran est un des rares pays islamistes, alors république islamique au sens constitutionnel, mais où il peut y avoir des femmes ingénieurs nucléaires. Je rappelle au passage, puisque c'est un de nos ennemis désignés. Donc, les distinctions entre rebelles, démocrates, modérés, laïcs, islamiques, quand vous mangez les viscères de vos ennemis devant une caméra, c'est que vous êtes un modéré, sont des stupidités sans nom dont le seul effet de jeter un voile pudique sur une nébuleuse terroriste dont l'intention est parfaitement claire imposée par la force, un pouvoir sectaire et collaborateur de l'impérialisme.
1:09:13 Je répète, je m'interrompe exprès pour marteler le plus important de l'anamnèse, là, dans l'épisode que je suis en train de développer, la plupart des victimes du terrorisme intégriste se réclamant de l'islam sont des musulmans. À 10 contre 1. Au moins. Si les puissances occidentales et régionales qui ont alimenté ce brasier avaient cru aux soi-disant rebelles modérés, elles n'auraient pas blanchi le front al-Nosra accrédité au tournant de 2014 comme successeur potentiel du régime à abattre.
1:09:50 Allez, un peu d'anamnès, je suis sûr qu'il y en a parmi vous quelques-uns qui vont dire « mais oui, c'est vrai, j'ai oublié, bon sang ». On nous disait chaque jour qu'Assad, il n'en a plus que pour deux ou trois jours, on va prendre un avion, on va le retrouver en Russie, au mieux s'il n'est pas abattu d'ici là et lynché comme on l'a fait pour Kadhafi. Vous vous rappelez, non ? Eh non, il est là. Mais tout le monde a compris que la réalité du conflit syrien depuis dix ans, c'est la lutte qui oppose un conglomérat terroriste sponsorisé, Il faut les acheter les missiles. Et une armée nationale qui défend son pays contre l'invasion étrangère.
1:10:26 C'est l'occasion de rappeler que nous avons des soldats en activité sur le sol syrien et que personne ne les y a conviés. Les Russes qui y sont accomplis mettent en œuvre un traité d'alliance. Les Américains qui eux occupent carrément entre un quart et un tiers du territoire syrien à l'est dans la région la plus productive au Au niveau pétrolier, la région de Deir ez-Zor ne se concentre.
Lawrence d'Arabie et la vieille complicité avec l'intégrisme
1:10:56 Les armées d'invasion. Depuis 2011, les avatars successifs de la filiale semi-clandestine de la CIA qui porte la dénomination d'Al-Qaïda ont accueilli à Syrie un flot incessant de mercenaires lobotomisés. Je m'arrête là, parce qu'on pourrait développer, j'ai concentré la focale, grâce au texte de Bruno Guigue, sur le conflit syrien, qui sert de révélateur, comme il dit très bien, qui sert à faire tomber des masques, mais le dossier de la complicité, je prends du recul maintenant, entre les régimes dits occidentaux, en fait capitalistes, atlantistes, c'est le terme le plus précis, parce que ça permet d'éviter de bouffer de l'Américain, Les Américains qui sont très bien et qui luttent contre ça. Cette tradition de complicité entre les forces les plus conservatrices, les néo-conservateurs, comme on dit, les faucons de l'atlantisme et les plus intégristes des salafistes remontent à bien avant même la guerre, la Deuxième Guerre mondiale et même avant la Première.
1:12:06 Mais oui, vous avez tous entendu parler de Lawrence d'Arabie, grand archéologue, grand connaisseur de l'Orient, n'est-ce pas ? Eh bien, Lawrence d'Arabie était un espion de sa majesté britannique. Pourquoi pas ? Il lui servait à faire la guerre contre les Turcs. Il y a comme ça des métiers idéaux pour faire de l'espionnage. L'archéologie en fait partie. Vous faites des fouilles dans les endroits les plus disputés de la planète et vous avez une couverture magnifique. Donc, Lawrence d'Arabie a créé l'Arabie Saoudite. Il a mis des années à unifier avec l'argent de l'Angleterre, bien sûr, les tribus bédouines pour créer cet état de toutes pièces.
1:12:51 Et les dossiers que les Anglais, bien avant que les Américains ne comptent au niveau international, les Anglais savaient comment utiliser l'intégrisme à résonance islamiste, aussi bien au Moyen-Orient, avec déjà les intérêts pétroliers, mais aussi dans le sous-continent indien. Ceux qui sont des cinéphiles connaissent l'admirable film où Gary Cooper a à peine 20 ans, les trois lanciers du Bengale, où on se bat contre Mohamed Khan, le chef des intégristes d'un pays qui ne s'appelait pas encore le Pakistan, qui était une partie de l'Inde qui était musulmane. Vous savez que c'est les Anglais qui ont créé le Pakistan. Tout de même, mais oui, beaucoup d'anamnèse.
1:13:41 Et après ces dossiers-là, quand l'Angleterre s'est affaiblie, a perdu son empire, elle a refilé le bébé aux Américains qui, eux, y ont mis leurs moyens, ce qui n'est pas peu dire. Donc voilà, mais on a vu en tout cas que le gouvernement français, non seulement il n'est pas en reste, mais il est en pointe, n'est-ce pas, dans cette tactique. Voilà, donc, ça nous fait combien de temps là, Philippe ? – Ah oui, je pensais une récarte, ok. Donc, je vais maintenant faire ma contre-offensive, parler de ceux qui traiteraient mon discours de complotisme. Je ne pense pas à un journal comme Libé, au contraire, là on est dans le journal bien pensant.
Le poignard de Le Pen et les vacances de Joffrin
1:14:31 Et là, je vous renvoie à l'article qui est paru sous la plume de M. Marciac et qui nous a été transmis et partagé, et je la remercie par notre camarade et ami Michel Clouscard, que je salue ici très affectueusement, ainsi que toute sa famille là-bas, dans le si beau pays de Beaumont-de-Lomagne.
1:15:01 Le titre de l'article, c'est « Le poignard de Le Pen ». Ceux qui l'ont consulté ont pu voir une photo de ce poignard. Si vous cliquez sur le lien qu'on vous a donné, vous voyez ce poignard qui s'étale, une superbe ligne horizontale. Il y a marqué dessus « Jean-Marie Le Pen » et en dessous « Premier rep ». Je n'en parajoutais pas le premier rep. Alors, on va mettre un peu de clarté dans tout ça. À 25 ans, Laurent Joffrin passait des vacances avec Jean-Marie Le Pen. Il s'en défendit assez mal dans l'Obs.
1:15:37 Oui, je rencontrais deux ou trois fois Jean-Marie Le Pen dans les années 70, dont une fois en vacances, c'est tout juste ici, c'est pas par hasard parce qu'il était un voisin de tente dans un camping, tant qu'on y est, Quand il était un personnage plutôt marginal, c'est ce qu'on va voir, j'étais jeune journaliste, tout m'intéressait. C'est un métier où on rencontre toutes sortes de gens. J'ai ainsi parlé dans ma carrière avec des terroristes, des braqueurs, des apparatchiks staliniens en Pologne, vous avez vu les amalgames, ou en Chine, un trafiquant de drogue au Mexique.
1:16:12 J'ai aussi parlé avec Jean-Marie Le Pen. Cela n'impliquait aucune sympathie pour ses idées que j'ai toujours détestées. Et pour cause je suis entré au PS en 71. C'est curieux parce que ce PS, refondé le nouveau PS, comme on l'appelle en 71, par un Mitterrand qui vient de Vichy, c'est curieux, n'est-ce pas, qu'on se sent obligé de détester Le Pen par fidélité au PS.
1:16:42 Bref, pour en sortir quand je suis devenu journaliste huit ans plus tard. Le problème, petit malin, c'est que vous n'avez pas rencontré deux ou trois fois Le Pen, c'est que vous avez passé des vacances avec lui. Allez, l'anamnèse. Pénard à la fraîche. Vous voyez la photo ? Vous voyez les deux torses nus, là ? Le barbecue n'est pas loin. Décontracté du torse. Avez-vous fait ça aussi avec des terroristes ? C'est sa liste à l'instant. Non, des braqueurs, des... Paragric, Trafic en drogue, non, non, juste avec Le Pen qui fonda le Front National et il regroupa une brochette d'anciens de la Waffen-SS, d'anciens de la division Charlemagne, je le dis pour les plus jeunes, il y a comme ça des divisions comme la LVF, des volontaires français qui partaient combattre le bolchevisme, le communisme, et oui, vous croyez à l'abjecte concept de totalité, cible du punaire, Il a aussi des philosophes, par sa groupie, même mépris pour donner des noms, tout le monde les connaît.
1:17:51 En fait, les vrais fascistes, ils allaient faire le coup de feu contre les communistes, surtout qu'ils étaient flanqués des SS et de la Gestapo, qui a été en position de force en Russie, à ce moment-là en Russie soviétique. Voilà, ils n'affrontaient pas l'armée rouge culnue. D'anciens divisions Charlemagne, d'anciens de la Légion des volontaires français, l'ALVF dont je vous parlais, contre le bolchevisme, d'anciens du Parti populaire français, Jacques Doriot, d'anciens collaborateurs du gouvernement de Vichy. Et oui, ce n'est pas Marine Le Pen. Marine, elle a fait un aggiornamento. Elle a compris qu'il lui fallait une base sociale. Non, non, ça a eu un aggiornamento.
1:18:33 Hélas, Joffrin a passé des vacances avec lui sans avoir entendu parler de ce que son hôte avait fait en Algérie. Le jeune journaliste que tout a intéressé, c'est ce qu'il disait là, trois lignes auparavant. Tout m'intéressait. Et puis à l'époque de la guerre d'Algérie quand même, si tu n'en restes pas à la guerre d'Algérie que tes journalistes, ça fait des ordres. Alors il a rencontré deux ou trois fois Le Pen, passe des vacances avec lui et ne demande pas des nouvelles de son poignard. C'est ballot ! Alors allons-y maintenant, le poignard de Le Pen. Écoutez bien, comment on est rentré, comment on a une photo de ce poignard.
1:19:08 Anamnèse, dans la nuit du 3 mars 1957, donc en pleine mise à sac, je ne sais pas, je cherche une personne plus violente de la casbah d'Alger, avec les atrocités qui se sont suivies, dans la nuit du 3 mars 1957, une patrouille de parachutistes commandée par, je cite, le rapport « un homme grand, fort et blond » que les hommes appellent « mon lieutenant » et qui se révèle Jean-Marie Le Pen fait irruption au domicile des Moulay dans la Casbah d'Alger.
1:19:43 Moulay est un titre princier dans la université marocaine, mais ne mélangeons pas. Ahmed Moulay va être soumis à la question, à la torture. Gégène, supplice de l'eau. Jusqu'à en mourir sous les yeux de sa femme et de ses six enfants. Quand les tortionnaires repartent, ils oublient un poignard. C'est ballot. C'est un couteau des jeunes Ah, il n'a pas acheté aux puces ! Fabriqué dans la Ruhr dans les années 30, sur le fourreau on lit Jean-Marie Le Pen, premier rep, l'un des enfants du supplicié le trouve et le cache. Il se taira quand les bourreaux reviennent pour le retrouver. Vous n'avez pas vu un poignard ? Il se taira. Le poignard deviendra une pièce à conviction dans un procès intenté au Monde et perdu par Le Pen pour diffamation.
1:20:36 Alors voyez là je renverse le complot, vous avez tout, vous avez les actes de justice vérifiés. Il ne faut jamais me croire sur parole. Ah jeunesse. Oui mais j'étais jeune plaide-t-il. Ah j'attends donc que des malfaisants, des malfaisantes rentrant en France après avoir buloté avec Daesh en Syrie, vous voyez, plaident non coupable, leur âge étant une excuse suffisante. Joffrin avait à peu près 25 ans, d'après Marine Le Pen, qui un jour où Joffrin l'avait agacé, a dévoilé le secret, si bon, longtemps si bien gardé, qu'il passait des vacances avec le papa.
Audin, Alleg, Chomsky : l'anamnèse contre Libération
1:21:10 25 ans. Joffrin confirme vaguement, il se rappelle à peine. 25 ans. C'est là où le mathématicien Maurice Audin, que beaucoup de nos camarades connaissent, Et voilà un qui est l'objet d'une amnésie scandaleuse, n'est-ce pas ? Torturée à mort par des officiers de l'armée française, ça a même été avoué plus tard par ceux qui l'ont fait, on n'est pas dans le complot ou dans le soupçon ou dans le procès d'intention. Militants du Parti communiste algérien disparaissaient après avoir été torturés selon plusieurs témoins dont Henri Alleg qui en parle dans son livre La Question.
1:21:49 Je ne me compare pas avec tous ces gens-là, je suis la génération d'après, je suis passé entre les gouttes, donc j'étais moi trop jeune, j'étais encore lycéen quand on mobilisait pour aller faire la guerre en Algérie. Donc je ne vais pas me comparer, mais tout de même je suis fier, j'ai un point commun avec Henri Alleg, c'est qu'on a le même éditeur. Je suis fier d'avoir un éditeur qui a édité un livre du grand Henri Alleg. Que la terre lui soit légère, comme on dit en Afrique. Il avait été arrêté par des militaires du premier régiment de chasseurs parachutistes de Silema, on le trouve partout ce régiment-là.
1:22:27 Alors, vous cherchez dans Wikipédia, on n'en est pas dans le complot, Wikipédia, majoritairement constitué d'anciens SS et de fascistes hongrois, tiens, tiens, recrutés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le 1er REP comptait en ses rangs Jean-Marie Le Pen. Disons que c'est une coïncidence. Joffrin ne savait rien. 25 ans. À cet âge, Georges Séguy militait contre tous les fascismes, et pour cause, c'est moi qui rajoute, après avoir survécu au camp de concentration nazie où l'avait conduit son patriotisme actif, dès l'âge de 15 ans, il crachait ses poumons dans le camp de Mauthausen.
1:23:02 C'est pas précisé ici. À 25 ans, Raymond Aubrac était tombé aux mains de la Gestapo. À 25 ans, le colonel Fabien mourait, 8 ans après avoir combattu les franquistes dans les brigades de Il y a eu des études internationales en Espagne et trois ans après avoir abattu un officier nazi dans le métro, déporté et assassiné. Voilà, Joffrin se fut libé, qui restera libé, s'ennuie parce que le patron c'est Drahi maintenant. Alors, dans un article publié par le Monde diplomatique d'août 1998, Noam Chomsky, c'est pas un bolchevique, d'abord c'est un érudit, un grand linguiste, un des plus grands de notre époque, je suis pas d'accord avec toutes ses prises de position, Mais enfin, quand je vous le dis tout à l'heure, Alors il y a une Amérique qui en veut autant à l'Amérique atlantiste que moi.
1:23:49 Voilà un bel exemple, remarquable à ce niveau-là. Noam Chomsky, citant les travaux d'un chercheur des Pays-Bas sur la presse européenne, a pu écrire que le pire de tous était le quotidien parisien Libération dixit Chomsky. Je ne suis pas sur une feuille internet de complotistes convulsés extrême droite ou rouge-brun. Noam Chomsky citant les travaux d'un chercheur des Pays-Bas sur la presse européenne a pu écrire que le pire de tous était le quotidien parisien.
1:24:23 Libération super Reaganien. Reagan, c'est l'extrême droite américaine, allant au-delà des pires journaux des États-Unis dans son adhésion à la propagande du gouvernement américain. Et dont la vis motrix, comme on dit en latin, était notre cher Geoffrin. En 2017, la Libération, pardon, le journal Libération a reçu, allez 6 millions, on va dire, parce que je parle d'anamnèse, si je dis un chiffre trop précis, 5 913 1419, on va l'oublier, 6 millions d'euros de subventions publiques.
1:25:00 Mais oui mon grand, je m'adresse à l'un d'entre vous là. Mais oui ma chère amie et chère fidèle auditeur, on tape votre pognon pour subventionner le journal de Joffrin. Et puis pas qu'un peu, hein. 6 millions d'euros, dites donc, c'est la somme que les électeurs contribuables ont payée pour que soient diffusées les opinions politiques de Joffrin sous la surveillance du patron. Drahi, un milliardaire qui est un des trois français les plus riches de Suisse où il bénéficie du statut privilégié de résident fiscal. On reste dans le beau monde. Voilà. Et donc, si vous voulez savoir qui va sauver la gauche en 2022, c'est Joffrin.
Définitions de la surdétermination
1:25:51 Je ne veux pas abuser, je ne veux pas dépasser le temps raisonnablement imparti, on doit être à 1h40 là, non ? Je préfère laisser la place à des questions. Tout de même, je voudrais faire une petite chute sur le concept, je l'avais promis, de surdétermination. Je ne prendrai qu'un exemple extrait du texte de Proust, je vais le refaire la prochaine fois, je vais le contextualiser, mais là je n'ai pas le temps, je vous dis juste le temps fort, n'est-ce pas, de ce qui devait être le temps fort de la lecture de cet extrait de Proust qui va illustrer ce que signifie pour la mémoire d'être surdéterminé.
1:26:40 Je vous donne au passage deux petites définitions comme ça que vous trouvez dans les glossaires. Dans le Larousse, processus de détermination multiple selon un certain nombre de facteurs ayant entre eux des liens structurels. Ça ne vous semble pas très clair ? Je trouve aussi. De toute façon, si pour savoir ce que c'est que la liberté suffisait d'ouvrir le Larousse illustré, ça aurait économisé des millénaires de réflexions. Alors dans le Centre national des ressources textuelles et lexicales, excellent site, détermination provoquée par une cause de niveau supérieure aux causes immédiates, apparentes.
Proust : le baiser du soir et les sanglots qui n'ont jamais cessé
1:27:19 Allez, ça me suffit. Donc voilà, très vite, ça a toujours été un drame pour le petit, la main Proust enfant, que sa mère ne vienne pas lui donner un dernier baiser avant qu'il s'endorme. C'est une maladie, c'est une pathologie. C'était des palpitations, c'était des vraies maladies. Parce qu'on a tous comme ça des chagrins, on a tous fait des caprices. Là, il ne s'agit pas de ça, c'était une vraie maladie. Et je vous passe les dix pages précédentes où il dit comment sa mère reçoit des invités en bas au rez-de-chaussée, il est dans sa chambre, il est désespéré que parce qu'il y a du monde, elle ne vienne pas lui dire bonsoir, il fait glisser par la bonne qui est méfiante, des mots à sa mère en plein repas.
1:27:53 Tout ça, il prend des risques terribles. Et puis au dernier moment, je veux dire, quand elle vient enfin, elle monte l'escalier, les invités sont partis pour aller dégraffer son corsage, comme elle dit, il surgit. Elle est d'abord surprise puis en colère. Mais qu'est-ce que tu fais là ? Comme un fou ! Si ton père te voyait, et au moment où elle dit ça, on voit la bougie, l'ombre de la bougie du père qui monte l'escalier, et le narrateur dit lui-même, n'est-ce pas, Je suis perdu. Elle dit une formule que personne n'entendit sauf moi, je suis perdu. Et voilà que le père lui dit, je vais très vite, dit à la mère, mais va te coucher avec lui, vous veillez aller, vous êtes des nerveux tous les deux, tu vois bien qu'il y a du chagrin ce petit, nous ne sommes pas des bourreaux. Un moment de grâce. Alors que le père est très sévère d'habitude contre les états d'âme de son fils qui juge une mauvaise. Voilà que cette fois-ci, c'est la grâce au sens religieux. Et maintenant j'enchaîne.
1:28:52 Allez comprendre pourquoi le rapport avec la mémoire, surdéterminé. On ne pouvait pas remercier mon père. On l'eût agacé par ce qu'il appelait des sensibleries. Je restais sans oser faire un mouvement. Il était encore devant, grand, en sa robe de nuit blanche, sous le cachemire de l'Inde, violet et rose. Proust écrit ça quand il agonise, c'est-à-dire toute une vie après la scène qu'il décrit. Regardez, les détails sont précis. L'Inde violet rose qu'il nouait autour de sa tête depuis qu'il avait des névralgies avec le geste d'Abraham dans la gravure d'après Benozzo Gozzoli que m'avait donné M. Swann, disant à Sarah qu'elle a à se départir du côté d'Isaac.
1:29:28 Et là, regardez bien, c'est le temps fort, il y a bien des années de cela. La muraille de l'escalier où je vis monter le reflet de sa bougie n'existe plus depuis longtemps. En moi aussi, et je crois que vous pouvez tous intégrer ce moi, vous identifier à ce moi, en moi aussi, bien des choses ont été détruites que je croyais devoir durer toujours. Et de nouvelles se sont édifiées, donnant naissance à des peines et à des joies nouvelles que je n'aurais pu prévoir alors, de même que les anciennes me sont devenues, et on revient aux Nornes, difficiles à comprendre.
1:30:09 Il y a bien longtemps aussi que mon père a cessé de pouvoir dire à maman « va avec le petit ». La possibilité de telles heures ne rénaîtra jamais pour moi. Bien sûr, quand il dit tout ça, ses parents s'en vont. Mais depuis peu de temps, écoutez bien, c'est le cas de le dire, car c'est un son. Je recommence très bien à très bien percevoir, si je prête l'oreille, les sanglots que j'ai la force de contenir devant mon père et qui n'éclatèrent que quand je me retrouvais seul avec maman.
1:30:41 En réalité, ils n'ont jamais cessé. Vous voyez, chacun des souvenirs depuis tout, souvenirs amoureux, souvenirs de traumatismes au travail, littéraire, peu importe le paysage, Il a pour fond un autre souvenir matriciel, originel. C'est ça une surdétermination. Il faut aller au-delà des déterminations immédiates. Il vous enveloppe déjà. Je recommence à très bien percevoir si je prête l'oreille les sanglots que j'eus la force de contenir de mon père et qui n'éclatèrent que quand je me retrouve seul avec maman.
1:31:21 Vous savez, on connaît tous ces moments où on pleure, non pas parce qu'on est malheureux, mais parce qu'au contraire, on vient d'échapper à un malheur et qu'on est tout d'un coup en sécurité. Les sanglots que j'eus la force de contenir devant mon père et qui n'éclatent que quand je me retrouvais seul avec maman. En réalité, ils n'ont jamais cessé. Et c'est seulement parce que la vie se tait. Ça c'est le vieillissement, n'est-ce pas ? La vie se tait maintenant davantage autour de moi que je les entends de nouveau. Comme ces cloches de couvent que couvrent si bien les bruits de la ville pendant le jour, on les croirait arrêtés, mais ils se remettent à sonner dans le silence du soir. J'écoute vos questions.
1:32:13 – Première pas de question, je renvoie ce palpitant feuilleton à la prochaine fois. J'espère qu'il est palpitant. En tout cas, là, il était palpitant pour des raisons qui nous échappent un peu. C'est qu'on a eu des palpitations, la régie technique aussi bien que moi-même. Et puis, j'en profite pour remercier, mais très très chaleureusement de vous remercier d'être resté, d'être revenu. Je vois, sur une quarantaine. Il y a plus de 35 qui sont revenus au poste, qui se sont accrochés, alors qu'ils auraient eu droit à un mouvement d'humeur et à jeter l'éponge.
1:32:49 Merci du fond du cœur et à la prochaine fois. Et n'oubliez pas d'amnésie de tout ce qu'on vient de se dire, restons là, à la prochaine fois.