Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Mallarmé en prose et le contexte de « Conflit »
0:00 Je ne peux pas résister à l'envie ou désir même de vous lire un extrait du Mallarmé que je préfère.
0:30 C'est-à-dire non pas le poète en vers, il est chose splendide, admirable. Tel qu'en lui-même, enfin, l'éternité le change. Vous savez, l'expression telle qu'en lui-même que tout le monde utilise maintenant tous les jours, ça vient du tombeau d'Edgar Poe de Mallarmé. Bon, non, non, mais là, c'est Mallarmé en prose. Et sa poésie atteint des sommets lorsqu'elle s'exprime en prose. Baudelaire avait ouvert un mouvement, comme vous savez, avec Spleen de Paris. Une prose poétique, n'est-ce pas ? Et Nerval, là, bien sûr, avait été le précurseur.
1:02 Alors, dans cette série des textes de Mallarmé en prose, qui sont un peu comme des... Tiens, je prends un titre à lui, Divagation, au pluriel, vous voyez, Divagation. Je prends ce texte qui s'appelle... Le titre est déjà musical, n'est-ce pas ? Variation sur un sujet. Ce sujet, c'est la crise que subit la poésie à son époque, qui pour lui est une crise d'une fécondité extraordinaire. Bref.
1:33 C'est du Mallarmé, c'est difficile, on lui reproche d'être hermétique, c'est-à-dire qu'on n'y comprend rien, en première lecture en tout cas, dont je vous dis quand même, pour faciliter l'audition, bien sûr, et la lecture, je vous renvoie à sa lecture. Il s'agit de variations sur un sujet, et le premier morceau de variations sur un sujet, la première variation s'appelle Conflit au singulier. Et vous allez voir que ça va loin, et qu'on ne va pas être loin, et c'est très inattendu de la part de cet auteur décadent, aristocratique, il n'est pas du tout aristocrate d'origine, mais enfin de manie aristocratique, très fin de siècle, très précieux, qu'il aille dans ce texte, vous allez voir, il va illustrer, comme il dit, la lutte des classes sur le gazon, avec les ouvriers.
2:24 Donc, conflit au singulier. Et je vous dis donc le contexte, le pitch si vous préférez, pour que ce soit clair, l'auteur Mallarmé avait l'habitude d'aller dans un pavillon de banlieue, une maison où les propriétaires n'étaient pas là pour admirer le soleil couchant à travers la grille du jardin, voilà, et puis voilà, que ce jour-là, il y arrive, qu'on commence le texte, et que tout d'un coup, tout ce paysage lui est gâché par du bruit, du chantier, de la boue, il se trouve qu'on est en train de construire une ligne de chemin de fer, et il est furieux, qu'on lui gâche son joyau, le heurte brutal entre le progrès, l'industrie, l'ouvrier, avec ses grosses mains pleines de doigts, comme disait un ami très cher, il s'agit de René Commer, et puis le poète aristocratique, décadent, raffiné, bon, je n'en dis pas plus, c'est ça le contexte.
La maison abandonnée envahie par les travailleurs
3:16 Longtemps, voici du temps, je croyais que s'exempta mon idée d'aucun accident, même vrai, préférant au hasard puiser dans son principe jaillissement, je ne m'interromps pas, si vous ne comprenez pas tout, ce n'est pas grave, ça s'explique au fur et à mesure, un goût pour une maison abandonnée, lequel paraît très favorable à cette disposition, amène à me dédire, tant le contentement pareil chaque année, verdissant l'escalier de pierre extérieure, poussé contre les murailles les volets hivernaux pour raccorder, comme si, pas d'interruption, le jadis à présent, au spectacle immobilisé d'autrefois, voilà, voilà tout ce qu'il y trouvait à chaque fois, avec délice, si vous voulez, gage de retour fidèle, mais voilà, que ce battement vermoulu, scande un vacarme, refrain, altercation en dessous, et je me rappelle, notamment la légende de la malheureuse demeure, dont je hante le coin intact, envahi par une bande de travailleurs, en train d'offenser le pays, parce que tout de solitude, avec une voie ferrée,
4:27 ce souvenir survint, m'angoissa, au départ, y rejoindre, me fit presque hésiter, à revoir, tant pis, donc ils décident à y aller, ce sera à défendre, oui, une lutte commence contre la classe ouvrière, ce sera à défendre, comme mien, arbitrairement, s'il le faut, le local, et j'y suis, une tendresse exclusive, dorénavant, que c'était lui, lui, le coin, une tendresse pour l'endroit, qui, dans la suppression, concernant des sites précieux, reçut la pire injure, hôte, je le deviens, de sa déchéance, invraisemblablement, le séjour chéri, pour la désuétude, et l'exception, tourné par les progrès, en cantine d'ouvriers, de chemin de fer, terrassier, puisatier, par qui un velours, hâve aux jambes, semble que le remblai bouge, il dresse, il au pluriel, il dresse au repos, dans une tranchée, la rayure bleue et blanc, transparente des maillots,
5:37 comme la nappe d'eau, peu à peu, et entre parenthèses, vêtements, eau que l'homme, élu, est la source qu'il cherche, ce sont les, mes colocataires, jadis, ceux en esprit, quand je le rencontrais sur les routes, ils croisaient les ouvriers, des fois comme ça, choyés comme les ouvriers, quelconques par excellence, la rumeur les dit chemineaux, vous les voyez sur les chemins, n'est-ce pas, las et fier grouillement, partout où la terre, a souci d'être modifiée, eux trouvent en l'absence d'usine, parce que là, ils sont un petit peu plus libres, il n'y a pas l'œil du patron, ils sont en chantier, ils trouvent en l'absence d'usine, sous les intempéries, indépendance.
6:20 Je saute les trois quarts du texte, n'est-ce pas, il est en train de projeter, de faire un petit jardin, qui sera son coin, avec un petit chemin, où ils passeront, et en contournant son jardin. Voilà. Et donc, je reprends là, oui, où je souhaiterais, pour couper court, qu'on me cherchât querelle, en attendant, et seule stratégie, s'agit de clore un jardinet, sablé, fleuri par mon art, et en terrasse, sur l'onde, la pièce d'habitation à la campagne.
« Fumier ! » : la lutte des classes sur le gazon
6:54 Qu'étranger ne passe le seuil, comme vers un cabaret, les travailleurs iront à leur chantier, par un chemin loué, et fauché, dans les moissons. Point à la ligne. Fumier ! Entre guillemets. Accompagné de pieds dans la grille, se profère violemment. Je comprends qui l'aménité nomme. C'est adressé à lui, bien sûr. Fumier ! Eh bien, même d'un soûlot, grand gars, le visage au barreau, elle me vexe malgré moi.
7:25 Est-ce castes ? Du tout ! Il était fauché, malheur. Il a été prof d'anglais à Tournon, un coin perdu dans l'Ardèche. Et il disait, en écrivant à un ami, ce département résume mon destin, l'art et l'Ardèche. Donc, je ne mesure individu à individu de différence en ce moment, et ne parvient pas à ne pas considérer le forcené, titubant et vociférant comme un homme, ou à nier le ressentiment à son endroit. Très raide, il me scrute.
7:55 Quelle scène extraordinaire. Très raide, il me scrute avec animosité. Et là, il y a cette phrase que j'adore. Impossible de l'annuler mentalement. Il aimerait bien. Impossible de l'annuler mentalement, de parfaire l'œuvre de la boisson, le coucher d'avance en la poussière et qu'il ne soit pas ce colosse tout à coup. Grossier et méchant, sans que je ne cède même par un pugilat qui illustrerait sur le gazon, écoutez bien, c'est dit en toutes lettres, la lutte des classes.
8:32 C'est une nouvelle provocation débordante. Attention, parce que le retournement du texte commence. Le mal qui le ruine, l'ivrognerie y pourvoira à ma place. Au point que le sachant, je souffre de mon mutisme, gardé indifférent qui me fait complice. je saute un passage et je vais directement au moment où les ouvriers sont épuisés, ils ont travaillé toute la journée, la nuit est tombée et donc il se dit, je vais enfin pouvoir, je suis venu pour ça, contempler la vue à travers les étoiles, le clair de lune sur le jardin et j'enchaîne.
Les ouvriers endormis et la part du sacré
9:14 véritablement aujourd'hui, qu'y a-t-il ? L'escouade du labeur gît au rendez-vous, mais vaincu. Ils ont trouvé l'un après l'autre qui la forme ici affalée en l'herbe, l'élan à peine chancelant, tout comme sous un projectile, d'arriver à combler cet étroit champ de bataille. Quel sommeil de corps contre la motte sourde ! Alors, vais-je librement ainsi admirer et songer ?
9:46 On revient au début ! Et là, écoutez, c'est un de plus beau que ce que je connaisse, bouleversant ! Non ! Ma vue ne peut de l'ouverture où je m'accoude s'échapper dans la direction de l'horizon sans que quelque chose de moi enjambe indûment ! Indûment ! Je n'ai pas le droit, n'est-ce pas ? Pardon, je perds, c'est écrit petit. Enjambe indûment avec manque d'égard et de convenance à mon tour cette jonchée d'un fléau dont en ma qualité je dois comprendre le mystère et juger le devoir.
10:30 Car contrairement à la majorité sous-entendue d'entre nous, contrairement à la majorité et beaucoup de plus fortunés, le pain ne leur a pas suffi. ils ont peiné une partie notable de la semaine pour l'obtenir. D'abord ! Et maintenant, la voici. Demain, ils ne savent pas quand... À l'époque, c'était les journaliers, il n'y avait pas le salariat mensualisé, n'est-ce pas ? Ils ont peiné une...
11:00 Excusez-moi. Demain, ils ne savent pas campe par le vague et proche sans mouvement qui fait en son sort un trou égal à celui creusé jusqu'ici tous les jours dans la réalité des terrains, fondation, certes, de temples. Ils réservent honorablement, sans témoigner de ce que c'est que s'éclaire cette fête, la part du sacré dans l'existence. Oui, ces ouvriers témoignent de la part du sacré dans l'existence par un arrêt, l'attente et le momentané suicide.
11:34 La connaissance qui resplendirait d'un orgueil inclus à l'ouvrage journalier, résister simplement et se montrer debout, alentour, magnifié par une colonnade de futaie, il doit y avoir une petite forêt à côté, quelque instinct la chercha dans un nombre considérable pour les déjeter ainsi de petits verres et ils s'en sentent avec l'absolu d'un accomplissement rituel moins officiant que victime à figurer au soir les battements de tâches si l'observance relève de la fatalité plutôt que du vouloir.
12:10 On dit que Mallarmé est incompréhensible, je trouve d'une clarté. Les constellations, c'est la fin, enfin c'est le dernier développement, les constellations s'initient à briller comme je voudrais que parmi l'obscurité qui court sur l'aveugle troupeau, les ouvriers qui dorment là épuisés, aussi des points de clarté, telle pensée tout à l'heure se fixasse malgré ses yeux scellés, ne les distinguant pas. pour le fait, pour l'exactitude, pour qu'il soit dit, je penserai donc uniquement à eux, les importuns, qui me ferment par leur abandon, en dormant, n'est-ce pas, par leur abandon, le lointain vespéral, plus que naguère par leur tumulte.
13:01 Ces artisans, pardon, sont de tâches élémentaires, il m'est loisible les veillant, lui qui était leur adversaire, il est devenu celui qui les veille, qui les garde, qui protège leur sommeil. Les veillant, à côté d'un fleuve limpide, continue, d'y regarder, d'y regarder quoi ? Le peuple, une intelligence robuste de la condition humaine, leur courbe l'échine, journellement, pour tirer, excusez-moi, mais j'ai la grippe qui commence, j'ai une voix un peu enrouée, pour tirer, sans l'intermédiaire du blé, le miracle de vie qui assure la présence.
13:43 D'autres ont fait les défrichements passés et des aqueducs, c'est les six dernières lignes. Où livreront un terre-plein à telle machine, les mêmes, Louis-Pierre, Martin, Poitou, le Normand ? Quand ils ne dorment pas, ainsi s'invoquent-ils selon les noms ou la province. Mais plutôt, des naissances sombrèrent à l'anonymat. Et l'immense sommeil, louis à la génération, les prostrants, cette fois, subit un accablement et un élargissement de tous les siècles.
14:22 Et autant cela possible, réduite aux proportions sociales, et c'est le dernier mot, d'éternité. C'était conflit. sans doute un des plus beaux textes de cette fin de siècle. Autant de choses contradictoires ont été remuées. Et voilà, un des poètes soi-disant, un des plus réactionnaires, aristocratiques, faisant peut-être le texte, un des textes les plus sociaux, d'une profondeur qu'on voit même rarement dans la littérature proprement révolutionnaire.
15:02 Et un des plus généreux.