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La distinction entre État et appareil d'État
0:00 C'est Poutine, là, carrément ! Action. L'action restreinte, comme dit Mallarmé. Bon, alors, une distinction que nous avons souvent développée.
0:30 et creusée, quand je dis nous, je pense à Michel Clouscard, c'est la distinction entre l'État et l'appareil d'État. Je suis étonné que la distinction ne soit pas devenue une banalité en philosophie politique. Je sais qu'il y a plein d'officines où on enseigne, au niveau universitaire, je ne parle même pas des sciences politiques, les sciences po, n'est-ce pas, c'est presque une antiphrase quand on entend ce qui s'y passe. Non, je suis étonné que cette distinction ne soit pas devenue presque un lieu commun.
1:08 Tant elle devient incontournable, quand on regarde un peu de près, pour dénouer les pièges dans lesquels s'enferment la plupart des discussions qui rôdent autour de, en gros, de l'État, de notre rapport à l'État. Ah ! L'État, c'est ce qu'il faut abattre. Il y en a qui se réclament de Marx pour dire ça, vous savez. Il y a plein de pages de Marx qui peuvent corroborer ça, surtout le jeune, vous remarquerez. Déjà, le Marx plus expérimenté, et qui a achevé l'essentiel, enfin, achevé, n'a jamais achevé, et qui a considérablement avancé dans son travail théorique, je pense à celui qui est contemporain du Capital, de la contribution à la critique de l'économie politique.
1:56 Ce Marx-là, lui, quand il écrit ce petit bijou politique, cette fois, pas seulement théorique, qui est la critique du programme de Gotha et d'Erfurt, critique adressée à l'extrême gauche de l'époque, n'est-ce pas ? Qui avait tendance à oublier ce que c'est que, justement. Je vous donne un exemple, parce que j'ai peur que ce soit abstrait, vu la gravité des enjeux, je vais essayer d'être concret. Dans leur programme, les braves sociodémocrates, comme on disait à l'époque, c'était un peu l'avant-garde à l'époque, allemand, avait dit, il faut restituer aux travailleurs l'intégralité des richesses produites par le Capital.
2:41 Ah bon, dit Marx ? L'intégralité. Aux travailleurs. Donc, ceux qui ne travaillent pas, les retraités, les enfants, on laisse tomber. Ça ne marche pas. Déjà, il faut défalquer de la cagnotte collective. On va venir à l'État. Il faut défalquer de quoi payer les retraites. Nos anciens, c'est quand même essentiel. Si on est là, c'est parce qu'ils ont produit de la valeur. Donc, on ne peut pas tout restituer aux travailleurs.
Propriété privée et forêt domaniale
3:16 Parce qu'il faut aussi payer, les aider à financer leur santé, la sécurité sociale. On ne restitue pas tout. Alors, je vais être de plus en plus concret, quitte après à dégager tous les concepts qu'on voudra. Je me promène dans la forêt en automne. Vous vous doutez bien que je cherche des champignons.
3:48 C'est un bonheur. Ce n'est pas une corvée. L'odeur de l'humus, le pourri, bon, je ne vais pas recommencer. C'est comme le parfum qui pue. Il faut rappeler. C'est curieux qu'on adore. L'odeur des feuilles en train de se décomposer. Allez, ce n'est pas un autre sujet ce soir. Tout le charme de l'automne, je ne fais pas un dessin, tout le monde le connaît. Et puis, ça repose de la chaleur qu'on est en train de souffrir en ce moment. Boum. Et voilà que j'arrive devant un petit mur. Je vois un panneau, il y a marqué « Propriétés privées, champignons interdits ».
4:22 Là, je comprends bien ce que ça veut dire, privés. Et ça veut dire « Dégage, je t'en prive de tes champignons. Ici, c'est chez moi. Pourquoi pas ? » Je ne fais pas l'anar. Je dis « Bon, je m'incline ». Ça, c'est le privé. C'est le plus contraire de l'État. Propriétés privées. Ce n'est pas le public. Privé, public. Vous voyez, c'est concret. Et puis, j'arrive, vous savez, j'aime bien aller du côté du pays de Nerval, parce que ce n'est pas très loin de Paris.
4:54 Les automnes, ils sont somptueux. Les champignons, il y en a plein. Les forêts. Forêts de Chantilly, forêts de Senlis, forêts de Pontarmé, forêts d'Halatte, forêts d'Ermenonville. Et là, je vois marqué « Forêts domaniale de Chantilly ». Ça veut dire quoi, domaniale ? Ça veut dire que je peux y rentrer, vous aussi. C'est à nous. Donc, l'État, c'est ça aussi. L'État, ce n'est pas seulement celui qui m'interdit, qui met un papillon sur mon pare-brise parce que je suis mal garé.
L'État oppresseur et la contradiction de la notion
5:30 Ce n'est pas celui qui déclare la guerre sans me demander mon avis et sans consulter le Parlement. C'est aujourd'hui qu'on a décidé, au sommet de l'OTAN, d'augmenter de 5% les dépenses militaires des pays les plus riches du monde contre un pays qui ne nous a jamais attaqué. Au contraire, qui a sauvé l'honneur. Si on n'est pas sous la botte nazie, c'est parce qu'il y a 30 millions de Popov qui sont tombés. Des Soviétiques.
6:00 Parce qu'il n'y avait pas que des Popov. Il y avait des Tungus, des Tchouktches, des Tchétchènes, des Kazakhs, des Ouzbeks. Vous connaissez la chanson « La butte rouge » ? Car les bandits qui sont cause des guerres ne meurent jamais, on ne tue que les innocents. Certains ne connaissent pas ces classiques.
6:30 Ce n'est pas la faute des jeunes, on leur a chouravé leur héritage. Mais quand même, pour d'autres qui n'ont pas l'excuse de la jeunesse, vous connaissez Prada, qui ne connaît pas Prada. Qui ne connaît pas Porsche. C'était des entreprises nazies, je veux dire, qui ont appuyé à fond le régime nazi. Elles ne se sont jamais si bien portées. Car les bandits qui sont cause des guerres ne meurent jamais on tue que les innocents. Vous croyez que je n'étais pas dans l'actualité ?
7:05 Pardon, mais le café est un excellent remède contre la canicule. Je ne suis pas médecin, vérifiez quand même. Donc, l'État, moi aussi, je pense souvent qu'il y a trop d'États. Alors, l'anar, le libertaire, va dire, il faut se débarrasser, il y a trop d'États. Moi, ce que j'aime, c'est la liberté libre, comme disait Rimbaud à l'époque où il était révolté. Époque dont il rira deux ans plus tard, parce que lui, des évolutions qui demandent une vie à chacun d'entre nous, lui, il a fallu deux ans pour qu'il passe du révolté au révolutionnaire qui dit quelle bêtise c'était.
7:45 En parlant de sa révolte, quelle bêtise. C'était la Saison en enfer, ne me croyez pas, sur la parole, lisez, c'est pas long. L'État, il y a deux sens. Tantôt, c'est l'oppression, c'est vrai. Je parlais de la guerre. Vous avez toutes ces législations-là qui, tout d'un coup, décident de ramener les programmes scolaires à la portion congrue, tout ce qui fait que les profs n'ont même pas le choix et qu'on leur donnera toujours tort devant les parents d'élèves, devant l'administration et devant les élèves, le prof il aura toujours tort.
8:28 Oui, je sais, je sais. Les gens de droite, ils n'aiment pas les profs à cause de ça, parce qu'ils transmettent. Donc, ceux qui veulent que ça reste entre nous, là, vous voyez, les vraies valeurs, ceux-là, ils n'aiment pas les profs. Ils n'aiment pas le partage. Les communistes, à une époque, on les appelait les partageux. Les gens de droite, ils les appelaient les partageux. Je me rappelle quand j'étais dans la Drôme, région rurale, on voyait au moment des élections un vautour avec la faucille et le marteau noir, comme ça, au-dessus d'un troupeau de moutons.
9:02 Il y avait marqué les communistes vont vous prendre vos terres. Résultat, ils n'ont plus de terres. Les communistes n'ont jamais été au pouvoir, mais les terres sont parties. Et les paysans sont partis à la ville. Vous connaissez la suite. Donc, ça fait trois fois que je m'interrompe, cette fois je poursuis. L'État, c'est deux sens. Non, pas seulement différent, je ne suis pas en train de faire une distinction. Je suis en train de montrer une contradiction dans la notion d'État.
9:33 qui peut signifier A et non A si je parle à des gens qui ont une formation mathématique. Alors qu'en principe, c'est ou A ou non A, on ne peut pas être les deux. Si, l'État, c'est les deux. Si on ne précise pas. Dans le langage, on ne précise pas. Alors, le libertaire va dire il y en a marre de l'État, j'y reviens. Ah ben, l'État, ni Dieu, ni César, vous ne connaissez pas. Sauf que le MEDEF, pareil. Il y a trop d'État, trop de règlements, trop d'administrations, on ne peut pas exploiter comme on veut.
L'appareil d'État : police, armée, secret
10:04 Vous voyez comme c'est ? Ce n'est pas simple. Alors, allez, pour clarifier, parce qu'on a besoin de clarifier, d'univocité pour des choses aussi importantes, je reviens à mon exemple de la cueillette des champignons. Forêt domaniale d'Ermenonville ça veut dire, là, toi, elle, lui, moi, nous, ça augmente notre liberté. Là, on peut aller dans la forêt. Il n'y a pas marqué la propriété privée, champignons interdits.
10:37 Et puis, il y a l'État, au contraire, qui opprime. Ce n'est pas l'État. C'est là que je vous propose la distinction. C'est l'appareil d'État. La police, l'armée, la justice, les conseillers, les cabinets des différents ministres, ceux qui parlent entre eux de choses qui ne sont jamais publiques. non, je suis sérieux. Tenez, Churchill, c'est un homme d'État, quand même, ne manquez pas de sérieux, vu l'époque qu'il a connu et dont il a été un des principaux acteurs.
11:11 Churchill disait, si les citoyens savaient de quoi on parle entre nous, nous, les dirigeants, les patrons, les gouvernants, les ministres, ils viendraient à Buckingham Palace pour venir nous pendre. c'est pas un communiste qui est passé, Churchill, anticommuniste, s'il en fut. Je crois que c'est la théorie du complot. Non, Churchill, il disait ça. On n'a jamais traité de complotiste. Si les citoyens étaient au courant, sous-entendu, d'un dixième de ce que nous agitons entre nous et qui n'est jamais public, ce qui est hors caméra, off-records, ils viendraient nous pendre.
11:51 Là, là, là. Au Parlement, ou à Downing Street, ou à Buckingham Palace. Donc, il y a l'État oppresseur convenant entre nous, maintenant que nous avons clarifié, de ne plus dire l'État pour l'État oppresseur et qui s'oppose à nos libertés. Il faut l'appeler l'appareil d'État. C'est concret, ça existe, c'est terrible. Vous avez vu ceux qui ont manifesté à Los Angeles, qui continuent, pour une part, parce que les braises sont là, il ne suffit pas grand-chose pour que les flammes se rallument.
La volonté générale, un tout organique
12:31 On leur a envoyé l'armée. L'armée, pas la police. Les deux polices armées font partie de l'appareil d'État par excellence. Alors que l'État qui augmente, ma liberté, celle qui est dans ton intérêt, dans le sien, dans le nôtre, dans le vôtre, dans l'intérêt que nous avons en commun. Eh bien, il a pris naissance dans ce que Rousseau appelle à l'apogée du siècle des Lumières, la volonté générale. Pas la volonté de quelques-uns, la volonté générale, qui n'est pas la somme des volontés de chacun.
13:05 C'est plus que ça. Un tout qui est plus que la somme des parties. Un tout organique, pas un tout mécanique. Ah, je deviens un peu philosophe là. prenez un tas de cailloux, ça c'est un tas mécanique. Un caillou plus un caillou plus un caillou, ça fait un tas. Vous enlevez un des cailloux, ça reste un tas. Vous enlevez le cervelet, il n'y a plus de Pagani. Ça, c'est un tout organique. Chaque partie est indispensable, vous voyez. et où les parties, comme disait magnifiquement Leibniz, conspirent entre elles.
13:38 C'est ce qui fait que quand on trouve la dent d'un dinosaure, on peut déduire qu'il était herbivore ou carnivore rien qu'à la forme des dents. Autrement dit, la dent renvoie à une certaine forme d'estomac qui renvoie à une certaine forme de squelette et ainsi de suite. Ce n'est pas un tout mécanique ça. Ça veut dire qu'il y a quelque chose, une unité, une totalité qui circule entre toutes les parties. le contraire d'une totalité totalitaire. Car ce qui est abominable dans le totalitaire, je n'aime pas me servir de cet abominable concept qui a permis à Hitler de sortir de la solitude de son cachot historique pour se retrouver avec les communistes dedans grâce à une disciple du plus nazi des philosophes.
14:20 Je ne vous fais pas de dessin. Ce qui est abominable dans ce qu'on désigne comme totalitaire, l'Héry, ce n'est pas que c'est le tout qui dirige. J'aimerais bien que le tout dirige. Le tout, ça veut dire qu'on est tous dedans. On est tous à gouverner. Écoutez, je ne vois pas ce qu'on aurait contre à ce moment-là. C'était ça le totalitaire. Non, ce qui est abominable, c'est qu'il y a une partie qui règne sur le tout. C'est une classe qui règne sur les autres. C'est une famille quelquefois dans certains pays.
14:50 Un clan qui règne sur la totalité de la population. c'est ça qui est abominable. Ce n'est pas quand c'est le tout qui règne, c'est que c'est la partie qui dirige le tout. Ça, vous ne trouverez pas dans les journaux de l'extrême-centre, c'est-à-dire la quasi-totalité des journaux. Quand on dit les journaux, c'est aussi bien des journaux télévisés, internétisés, pardon pour le barbarisme. Voilà. Je voulais vous entretenir de ça ce soir. La distinction entre état au sens de la volonté générale, rappelez-vous les gilets jaunes.
Les gilets jaunes et le paradoxe du présent
15:27 Comment ça commençait ? Par des gens qui étaient furieux que le domaine public, à savoir le remboursement de mes dépenses santé, se retrouve tout d'un coup à 70 km et que ma voiture nous avait encouragés à tous acheter du diesel à l'époque parce que c'était plus conforme aux intérêts du moment. Maintenant, tout d'un coup, on décide, maintenant qu'on est tous dans le diesel, n'est-ce pas, à l'augmenter de X % et en envoyant l'école primaire où allaient mes enfants et la sécurité sociale à 70 km de mon patelin.
16:03 Donc, fort heureusement, les gens ne sont pas idiots. Ils se plaignent d'un recul de l'État, d'un éloignement de l'État, de l'État au sens le plus défendable. Donc, je reviens maintenant à l'État dont on peut se plaindre et dont je vous dis qu'il vaut mieux l'appeler l'appareil d'État. C'est important ce qu'on dit ce soir. Je tourne autour exprès parce qu'on n'est pas habitué à cette distinction. Donc, il faut quand même la rendre opératoire. Cet appareil d'État, il roule pour qui s'il ne roule pas pour nous ?
16:36 Alors là, on arrive au paradoxe. Ce paradoxe, c'est un chef-d'œuvre, un chef-d'œuvre de dissimulation et d'hypocrisie. Nous vivons actuellement peut-être le plus monstrueux appareil d'État de l'histoire humaine. Qu'est-ce que c'est que le troisième Reich ? Il n'y avait pas les caméras, il n'y avait pas les satellites, il n'y avait pas les portables qui paraissent. Tout le monde l'a dit, je ne sais pas si c'est vrai, comme un portable même éteint, il sait que je vis ici, là. Il y a un appareil d'État, maintenant, entre les mains de ceux qui dirigent les collectivités, d'une force monstrueuse comme il n'y a jamais eu.
17:11 Mais il est au service de quoi ? Je repose ma question, je n'ai pas répondu. Et voilà la grande surprise, au service du contraire de l'État, au service du privé, du don, ça, il fallait le faire. Un monstrueux appareil d'État au service de la haine de l'État. Vous savez, le MEDEF, écoutez-le, il est toujours à râler que l'État met son nez partout. Je ne peux pas licencier sans avoir donné des indemnités, tout ça.
17:41 Je ne peux pas le mettre au chômage sans payer des indemnités chômage. Et puis, le combat actuellement, vous avez vu, le combat sur les retraites qui revient. Il y avait une réunion aujourd'hui où notre Premier ministre s'est trouvé en difficulté. même les socialistes, n'est-ce pas, l'extrême-centre, c'est-à-dire une partie de la droite, quoi. Même les socialistes, ben oui, écoutez, vous croyez que je cherche souvent Foucault, etc., et Deleuze, et...
18:19 Ben là, je vais le citer pour une fois titre positif, une phrase intelligente de Foucault lorsqu'il a dit Mitterrand, c'est Vichy. Ce n'est pas un communiste bolchevique qui a dit ça, c'est un anticommuniste comme Foucault. Mitterrand, c'est Vichy. Regardez la photo où il est présenté à Pétain, Mitterrand, regardez, avec son illumination. A partir du moment où le gaullisme à droite et le communisme à gauche ont été évacués par les événements de 68, la suite aux événements de 68, attention, ce n'est pas une opinion, ça, vous mesurez, vous prenez une règle et vous mesurez.
19:06 Vous mesurez le déclin des partis communistes ou des partis gaulliens à partir de 68. Vous verrez. Il ne reste plus à droite que qu'est-ce qui s'oppose à la fois, qu'est-ce qui s'oppose aux gaullistes ? Moi, je votais contre De Gaulle quand c'était au pouvoir, contre le pouvoir gaulliste. Et puis, il y en a qui votent contre les communistes, pourquoi pas ? Moi, je suis démocratique, on a le droit d'être anticommuniste. Mais quand on en veut aux deux, quand on écarte à la fois les communistes et les gaullistes, moi, ça me rappelle un certain régime où on faisait la chasse aux gaullistes et aux communistes, ça s'appelait la chasse aux résistants.
19:50 C'est grave la période que nous vivons qui est dirigée par l'extrême centre depuis les années 70. Ça fait que longtemps quand même. Ça fait plus d'un demi-siècle maintenant. Il ne faut pas trop s'étonner de ce qui se passe dans le monde autour de nous. Ça nous emmène une simple, apparemment, distinction académique entre l'État, l'appareil d'État, encore un truc d'intello. Non, non, non, c'est grave. On est dans le concret.
De l'essentiel à l'existentiel : les faux alliés
20:21 Je résume l'essentiel au cas où il y en a qui vacilleraient un peu ou trop règle, ça va trop vite. Nous vivons actuellement sous le régime du plus monstrueux appareil d'État, monstrueux, je veux bien retirer le mot, de l'appareil d'État le plus puissant à l'égard des individus que nous sommes qui ait jamais existé. Mais cet appareil d'État est au service de la négation de l'État qu'est le privé. Voilà ce qu'il faut retenir.
20:53 Je tiens à préciser tout de suite que je viens de vous dire en gros l'essentiel. ce n'est pas suffisant à l'essentiel. Il y a loin de l'essentiel à l'existentiel. N'est-ce pas ? C'est là qu'on le voit. Je veux dire par là que si on ne s'en tient qu'à l'essentiel, Mozart, musicien autrichien, oui Hitler était autrichien aussi, on n'a pas dit grand-chose de l'un et de l'autre. Vous voyez ? À force de vouloir s'en tenir à l'essentiel, on devient réducteur.
21:24 Donc, ce que je voudrais préciser là maintenant, c'est que libre à vous de tempêter contre l'État. Moi, je veux bien, ça ne me dérange pas. À condition à chaque fois de ne pas jeter ce qu'on appelle admirablement en français, de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Sachez bien, et je vais prendre un énième exemple, que ça peut entretenir des confusions graves où je me fais piéger croyant que j'ai quelqu'un qui est un peu de mon côté alors qu'il est en train de faire le contraire de ce que je souhaite.
22:01 Exemple. Je suis anti-gaulliste. Ça m'est arrivé, ce n'est pas votre génération, mais pendant la guerre d'Algérie. Je suis anti-gaulliste. On me dit, moi aussi, j'ai voté contre De Gaulle, pas une seule fois, j'ai voté pour lui, sauf pour le référendum à l'indépendance des pays africains et d'Algérie. Oui, parce qu'il est en train de livrer l'Algérie aux Arabes. Oui, l'autre aussi, il est anti-gaulliste.
22:31 Ce n'est pas le même. Vous voyez la confusion que je dénonçais. Si on en reste à l'essentiel, je suis anti-gaulliste. Ah oui, très bien. Mais il y en a qui détestent De Gaulle parce que c'est l'homme de la résistance et qu'ils n'ont jamais digéré que les soviétiques, n'est-ce pas, mettent fin au 3ème Reich à partir de Stalingrad jusqu'à Berlin. C'est ça qu'on ne leur pardonne pas au Popov. Dans un certain milieu, ce serait bien si le monde pouvait se partager entre Allemands outre-Atlantique, les Américains, Wasp, vous savez, White, Anglo-Saxon, Protestant, Eisenhower, Kissinger, Bush, c'est germanique, l'essentiel, les peuples blancs de l'Amérique.
23:16 Je ne peux rien non pas complexer comme les Allemands. Et vous en êtes dans l'actualité. Quelqu'un qui se fait élire aux États-Unis pour se désengager des interventions à l'extérieur et de penser à l'Amérique d'abord, qui commence, qui livre tous les jours des milliers de missiles aux nazis ukrainiens et des dizaines de milliers de missiles à l'État d'Israël, à l'exécutif Netanyahouesque.
Le privé, le particulier et les rouges-bruns
23:58 Il faut faire attention avec cette histoire d'État et d'appareil d'État. Voilà, je crois que j'ai un peu clarifié. Moi, je veux bien qu'il y ait une mise en garde contre le côté menaçant de l'appareil d'État, mais pas contre la volonté générale, au contraire, au profit de la volonté générale. Et non pas utiliser le souci légitime que nous avons du secteur public pour renforcer le privé.
24:33 Je n'ai pas dit le particulier. nous avons tous une partie privée de notre vie. Ce n'est pas dans laquelle personne ne rentre. Je parlais avec un puritain l'autre jour. Enfin, un ami, un camarade même. Peu importe son nom. Mais qui a de temps en temps des raideurs puritaines. Ça peut arriver. On peut discuter pendant des heures, c'est sociétal. Je ne sais pas sur l'infidélité féminine ou masculine, sur les homosexuels, toujours les mêmes problèmes, les hommes, les femmes.
25:06 Et lui, il contestait le fait qu'il puisse avoir un domaine privé. Non, non, le collectif doit avoir un droit de regard. Je dis, ah bon ? Mais dis donc, tu ne fais pas l'amour avec ta copine sur la place de la Concorde à 18h, que je sache. Non ? Mais tu as bien raison. Alors, il faut respecter aussi le droit à un petit domaine privé de tout un chacun, de toute une chacune. D'accord ? Mais le privé dirigeant le public, ça c'est le MEDEF.
25:38 et qui se sert de l'appareil d'État, donc de vos impôts, de nos impôts, pour exercer cette domination. Voilà ce que je tenais à mettre au point aujourd'hui. Et beaucoup de confusion dans les discussions politiques aujourd'hui viennent du fait, vous savez, ce qu'on appelle les rouges-bruns, on ne sait plus qui est à gauche, à droite, viennent du fait, justement, qu'on crédite comme étant de gauche tous ceux qui sont contre l'État, c'est tellement facile.
26:12 Alors que les premiers être contre l'État, ce sont les gens les plus à droite de notre société, d'abord. Maintenant, tous les États dits occidentaux, vous savez, je n'aime pas ce mot, je préfère dire l'impérialisme atlantiste, c'est précis. Il y a d'autres impérialismes, mais celui qui dirige le monde, c'est l'impérialisme atlantiste, de moins en moins. Mais enfin, encore pour une bonne part, le budget de la défense américain est 13 fois supérieur à l'ensemble des autres budgets militaires de la planète.
26:51 Même en déclinant, il a encore de la marge. Mais moi, je ne bouge pas de l'américain, je vous l'ai déjà dit. Je m'attaque à l'atlantisme, ce qui est très différent. Combien de fois je devrais répéter qu'on peut être atlantiste et luxembourgeois ou nigérien ? Je n'ai pas dit nigérien. Et inversement, il y a aux États-Unis des gens qui déplorent aussi l'impérialisme atlantiste et que je salue.
27:21 Il y en a. On leur fait moins de pubs qu'aux autres. Et pour cause. voilà. Donc, clarifions bien, il faut retrouver il faut qu'on... que ce qu'on appelait autrefois la gauche, je dis autrefois parce que c'est comme si on n'avait plus une espèce à ce niveau-là, qu'elle retrouve un terrain commun avec la notion de volonté générale.
L'universel contre les cultures et les gènes
28:00 Je vais encore, pour ne pas risquer que des choses aussi importantes soient dans la confusion de l'abstraction, je vais prendre encore un exemple concret. Lorsque j'étais... Vous savez, j'ai passé une partie de ma carrière dans les pays d'Afrique francophone et que de fois j'ai vu des hommes d'affaires, français en l'occurrence, là, quelques fois même non français, mais peu importe. Le plus souvent français arrivant au Côte d'Ivoire, au Togo, au Bénin, peu importe, au Niger.
28:35 Et souvent, on me les présentait et on me disait mais il faut demander à Dominique Pagani, qui est un vieil africain, comme si le fait d'y avoir été des années, de me donner une compétence moi j'en connais plein qui disent moi les nègres pendant 50 ans je les ai pratiqués, je sais ce que c'est ceux-là, ils n'ont rien compris ni à l'Afrique. Mais enfin, les gens me disaient alors vous connaissez bien l'Afrique, alors qu'est-ce que... parce que moi ça prend fin que je viens, alors qu'est-ce que... comment on doit parler à leurs femmes ? Qu'est-ce qu'on doit laisser un pourboire ?
29:05 Ils me posaient des questions comme si on parlait des martiens. Et moi je leur ai répondu alors écoutez, vous me demandez... vous me demandez des tuyaux sur les Africains et je vais vous les donner mais eux... alors c'est un scoop, il faut répéter, les Africains, ce qu'ils veulent c'est que leurs enfants soient en bonne santé, qu'ils aillent à l'école et qu'ils rapportent de la thune. Oh ! Ils étaient déçus. Ils voulaient que je leur parle des nègres et moi je leur parle des hommes.
29:36 vous voyez ce que c'est l'universel qu'on combat tellement maintenant, on va enfermer chacun dans sa culture. Dans ma culture, il n'est pas prévu que... Ce n'est pas dans nos gènes, c'est encore pire ça. Ce n'est pas dans nos gènes. Depuis le troisième Reich, on n'a jamais autant parlé des gènes que maintenant. Pas des gènes au sens scientifique parce que ça, moi je respecte que ce n'est pas ma partie, c'est autre chose. D'accord ? Mais imputé aux gènes, vous vous rappelez Sarkozy ? Rappelez-vous !
30:06 Quand il avait dit il faut voir aussi les jeunes, la criminalité si ce n'est pas génétique, parce que ce n'est pas clair tout ça. Vous voyez ? Comme les choses reviennent comme ça. Du gauchisme, c'est-à-dire de la gauche anticommuniste, on passe au fascisme. Et vous voyez ici la pertinence d'un ouvrage écrit en 1972 avec Clouscard. Néofascisme et idéologie du désir. On commence par l'idéologie du désir est interdit d'interdire comme ben dites vivre et consommer comme des porcs et on finit par aller tête baissée, augmenter de 5% le budget militaire pour aller se battre contre ceux qui nous ont libérés du nazisme.
30:55 Voilà. Je vous laisse sur ces réflexions. Je ne veux pas trancher. Vous devinez bien moi vers quoi je penche, n'est-ce pas ? Non, pas à la réussite de Poutine, mais Poutine c'est un anticommuniste, ce n'est pas mon camp. Mais je préfère mille fois un anticommuniste comme Poutine que certains qui se disent communistes, n'est-ce pas ? Et qui livre des armes à ce qui reste de nazis en Europe financés par par quoi ? Par quoi ? Par l'appareil d'État de l'impérialisme atlantiste.
31:28 Voilà. Je vous laisse devant ces configurations qui avaient l'air de commencer dans l'abstraction et qui butent sur une actualité hélas brûlante.