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Ouverture : une géopolitique scindée en deux aires
1:47 Je me détourne de l'orchestre dirigé par Valery Gergiev vers vous, et avec le bonheur que vous imaginez de vous retrouver après une si longue absence, Pour prendre un titre célèbre, Mes tous premiers mots seront d'abord des mots de gratitude que je ne vais pas développer parce que ce n'est pas le lieu. Je m'adresse surtout ici aux adhérents qui savent de quoi je parle. Et je serai plus explicite à leur égard à ce niveau-là au cours de la prochaine Assemblée Générale dont vous avez été avisé qu'elle ne saurait tarder à se tenir dans les jours prochains de février.
2:29 Un dimanche, ce sera un dimanche, selon votre choix. J'ai été très touché par le mouvement de solidarité qui s'est exprimé. Ceci dit, je reviens tout de même au programme prévu pour ce soir. Vous avez été avisé que j'ai donné la priorité de cette intervention à la situation géopolitique, pour parler simple.
3:05 C'est des notions dont je me méfie tout ça. Mais il y a pire comme notion, c'est pas ça. On peut l'employer. Chacun sait de quoi je parle. Sauf qu'une fois de plus pendant cette séquence, cette géopolitique qui implique une géographie va être scindée en deux aires apparemment tout à fait indépendantes. On ne peut plus d'abord s'éloigner l'une de l'autre, c'est le moins qu'on puisse dire, je veux dire l'est de l'Europe bien sûr, et les pays frontaliers de la Russie.
4:14 En gros, quoi. Du point de vue économique et l'OTAN du point de vue politico-militaire. Ce qu'on appelle aussi dans les mêmes médias la communauté internationale. Comme si la communauté internationale, on pouvait l'amputer d'un milliard 500 millions de Chinois, d'un milliard 200 millions d'Hindous, d'Indiens, de 100 millions de Russes, de tous les pays africains.
4:44 J'en passe. Je ne parle pas de l'Amérique latine, etc. Donc j'y reviens, la même scission géographique, parce que ce sont les mêmes forces qui se cherchent et qui se trouvent parfois, n'est-ce pas, à l'est de l'Europe et dans les tout récents événements qui viennent de se produire, à la stupéfaction générale des principaux intéressés, des sortants, je joue un peu sur l'expression, je pense ici à notre exécutif, n'est-ce pas, parce que La politique de Macron et de Madame Parly au sud du Sahara vient de se ramasser une double claque en peu de temps, je veux dire d'abord au Mali, puis au Burkina dans les deux derniers jours, et de nouveau au Mali aujourd'hui où on a appris que le contingent danois que nous avions fait venir, n'est-ce pas, comme ça, pour redéployer notre activité militaire au Sahel, On va impliquer carrément tout l'OTAN, les pays de l'OTAN. On dit la Commission européenne, oui, mais c'est les pays de l'OTAN.
La cinquième symphonie de Prokofiev, composée en 1944
5:53 En fait, la guerre froide traque ses adversaires aussi bien à l'est de l'Europe qu'au sud du Sahara. Je reste pour l'instant assez général, dans la mesure où vous allez avoir des vidéos concernant ces événements dans très peu de temps. Avant de laisser la place à ces vidéos, sur lesquelles je ferai une reprise qui sera le vrai début de notre séance, car ceci n'est qu'une introduction surplombante, je dis quelques mots aussi des quelques mesures de la cinquième symphonie de Prokofiev, dont on s'accorde à dire que c'est le sommet de son œuvre symphonique, et ce n'est pas peu dire, mais pour vous informer qu'elle a été faite en 1944.
6:46 Au moment où il revient de l'étranger, Prokofiev, qui trouve sa patrie défenestrée, brisée, pas brisée, pas le moral, n'est-ce pas, victorieuse. Mais à quel prix ? A quel prix ? Au prix de 30 millions de morts, au prix de 70 000 villes détruites, au prix de la destruction de tout ce qui avait été édifié avec tant de sacrifices Pendant les plans quinquennaux.
7:20 Je ne sais pas, je vous dis tout de suite pour bondir au présent si la Russie même s'est jamais remise d'une telle destruction sans précédent d'un État-nation à cette échelle. Voilà, et cette symphonie, n'est-ce pas… Elle se ressent de ce contexte tragique dans lequel il retrouve sa patrie après un court séjour à l'étranger. Je fais une petite parenthèse un peu plus légère, mais il adorait Paris parce que c'était un morphal, comme on dit en termes peu galants, n'est-ce pas ?
7:55 Il adorait la bonne chère. Eh ben oui, qu'est-ce que vous voulez ? C'est un salopard de bourgeois, c'est sans doute un fasciste puisqu'il aime, n'est-ce pas, Quand un prolétaire décide d'améliorer tant soit peu l'ordinaire un dimanche, de mettre une nappe plus amidonnée que d'habitude, ou plus décorée, et d'avoir un vin un peu meilleur que d'habitude, que celui qui ravit le cœur et ruine l'estomac, c'est la réclame pour qui ravit.
8:28 Et plus une bonne viande qui change un petit peu des surgelés et des fast-foods. Voilà que maintenant il est accusé de fâchisme, ce prolétaire, mais ça suppose un mépris, je pense bien sûr, à la manière dont les propos de Roussel, Fabien Roussel ont été accueillis. Je ne défends pas une chapelle, je suis effaré par l'hostilité qu'on a rencontré, le fait qu'il appelle, que tout le monde, il dit bien, c'est bien ce qu'il disait, devrait avoir accès à ces moments de bonheur, de bonheur populaire.
9:11 Prokofiev adorait à Paris aller dans les grandes tables quand il le pouvait et il avait un appétit terrifiant de cosaque. Je referme la parenthèse. Ici, vous voyez, ce n'est pas le même ton. Cette Cette symphonie se ressent, tragédie que vient de subir son pays. Prokofiev découvre les premières immenses, gigantesques et terribles séquelles.
9:43 Et si de temps en temps, ceux qui ont l'oreille l'ont déjà perçu, si de temps en temps il y a des tentatives du grand lyrisme slave de venir percer malgré tout et d'ouvrir des horizons d'espoir, Ils sont vite entravés par un monde métallique, chaotique, hostile et dangereux. C'est le tout début, quand je vous ai passé là. Je m'arrête là parce que vous aurez des développements plus exhaustifs de cette symphonie en générique de fin de cette vidéo. Mais je vous la recommande, la cinquième symphonie de Prokofiev, dirigée ici par l'un des plus grands chefs vivants, Certains disent le plus grand chef vivant, même si certains médias l'aiment pas, parce que paraît-il, Poutine aime bien aller écouter ses concerts, ce qui prouve bien que ce chef ne vaut rien.
La vidéo de Biden au Council on Foreign Relations
10:29 Il s'agit de l'immense Valery Gergiev, que chacun a pu applaudir ici à la Philharmonie, à l'Opéra, à Garnier, à la Bastille, où vous voulez, qui est ici bien sûr, dans son élément avec cette cinquième symphonie de Serge Prokofiev. Alors, la première vidéo que je vais passer, elle n'est pas incroyable, vous n'allez pas en croire vos yeux si, on voit le président Biden entouré de quelques super consultants, on va s'expliquer, en train de parler de la manière dont il est intervenu face au gouvernement ukrainien en 2018.
11:13 Vous voyez pourquoi je la passe ? En 2018, c'est pas si vieux, il était là-bas parce que c'était un peu chaud pour son fils qui avait été piqué pour malversation là-bas. Et un procureur s'apprêtait à l'inculper. Et Biden raconte dans cette vidéo, je vous dis dans quel cadre, parce qu'il faut sourcer ces informations. Il y a des vidéos qui se promènent, on ne sait pas très bien de où elle tombe. Là, on ne peut plus sécure, n'est-ce pas ? C'est la vidéo de CFR, c'est un des plus puissants « think tank » comme on dit, n'est-ce pas ? Lobby, des super influenceurs, des petits influenceurs que nous sommes sur YouTube, c'est de la roupie de sansonnet à côté de ces grands « think tank » américains qui ont des budgets gigantesques et qui font et défont des régimes quelquefois.
12:04 Et ici, il se croit à l'aise, c'est pour ça qu'il tombe le masque. Vous n'allez pas en croire vos oreilles, je vous le dis, ou vos yeux si vous lisez le texte, parce que le texte de son intervention en anglais, bien sûr, est traduit en français. Vous le verrez sur l'écran. Il dit comment il est allé à la rencontre des responsables ukrainiens de 2018, Poroshenko et Iatseniouk, ce gouvernement dont la moitié est constituée par des partis ouvertement nazis, je pense au parti Svoboda, qui a même les insignes les plus extrêmes de l'imagerie nazie.
12:47 Cette ferblanterie. Et comment il leur dit, écoutez, on était prêt à vous donner un milliard parce que vous avez quand même une qualité, c'est que vous êtes anti-russe. Mais si votre procureur s'acharne comme ça contre mon fils, moi je ne vous les donne pas. Mais il raconte ça devant nous. Les gens éclatent de rire, les grands consultants. Alors on n'est pas au congrès, on n'est pas dans un contexte parlementaire, Dans une interview publique, on est entre soi, entre faiseur et défaiseurs de ce monde.
13:27 Et donc il raconte comment, il a dit que si vous voulez ce milliard, il faut commencer par virer ce procureur. Mais oui, par virer le procureur ! Je parle du pays dont on dit que la Russie, agresse, est atteinte à son autonomie, à son indépendance. Regardez comme il s'en moque de l'indépendance de ces pays-là, c'est les pays satellites. L'Ukraine, les Pays-Baltes, ce qu'est devenu la Pologne maintenant, qui sont à la botte de la soldatesque otanesque.
13:57 Et il est à peine croyable de voir le crédit dont jouissent les Américains encore aujourd'hui en Ukraine après ce que vous allez entendre. Parce que là, il dit, j'ai dit au responsable ukrainien, je reprends le fil et je termine, virez-moi ce procureur, sinon vous n'aurez pas le milliard. Les autres lui répondent « mais vous n'êtes pas le président ». Il était vice-président à ce moment-là. Ah bon ? Il a appelé le président. Déjà, ça éclate de rire, mais ce n'est pas dans le bureau où se déroule cette conversation. Et Biden ajoute, écoutez, moi, dans six heures, je prends l'avion. Débrouillez-vous comme vous voulez. Tant qu'il est là, ce procureur, vous n'aurez pas le milliard.
14:33 Et il conclut en disant, bien sûr, ils ont fini par le virer, cet enfoiré. Et nous avons mis quelqu'un de sûr. Je comprends mais il n'y a pas de quoi rire c'est terrifiant. Le monde dans lequel on vit, n'est-ce pas ? Car c'est pour ces gouvernements fantoches, ces marionnettes, qu'on ameute toute l'opinion française comme si c'était elle la victime des troupes russes amassées sur le territoire russe, comme disait un excellent post récemment que je dois à notre ami et camarade Jean-Paul Legrand, qui l'a partagé d'ailleurs, Les troupes russes sont sur le sol russe, les troupes américaines sont dans le monde entier. De la mer de Chine à l'Amérique du Sud en passant par ce que vous voulez, et surtout en Europe.
15:30 Voilà, la plus grande base américaine du monde entier, c'est Ramstein, c'est pas en Allemagne. Oui, même nom que le groupe, on a les goûts qu'on peut en musique. Voilà, place à la vidéo, il fallait que je vous la contextualise parce que sinon vous n'en auriez pas cru vos oreilles, n'est-ce pas ? Je vais demander à Pierre-Alain de lancer ce document à peine croyable, nous sommes en janvier 2018.
16:08 We spent so much time on the phone making sure that everyone from, at the time, Hollande, to Renzi, wouldn't walk away. They wanted no part of these sanctions on Russia. It had an impact on them. It was basically, you've got to do that. And thank God Merkel was strong enough at the time to, reluctantly, she didn't like it either. I went over, I guess the 12th, 13th time to Kyiv and I was supposed to announce that there was another billion dollar loan guarantee.
16:43 And I had gotten a commitment from Poroshenko and from Yatsenyuk that they would take action against the state prosecutor and they didn't. So they said they had, they were walking out to the press conference and said, no, I said, I'm not going to, we're not going to give you the billion dollars. They said, you have no authority, you're not the president. The president said, I said, call him. I said, I'm telling you, you're not getting a billion dollars. I said, you're not getting a billion, I'm going to be leaving here, I think it was what, six hours? I looked, I said, I'm leaving in six hours. If the prosecutor's not fired, you're not getting the money.
17:16 Oh, son of a bitch. Got fired. And they put in place someone who was solid at the time. Édifiant, si je puis dire, n'est-ce pas ? Édifiant, terrifiant, glaçant, obscène surtout. Cette obscenité, cette vulgarité en plus, vous voyez ? Son of a bitch. Cette vulgarité, vulgus c'est le peuple, je n'ai rien contre la vulgarité généreuse d'Honorine. Vous savez dans le Marius de Pagnol, la plus de marchande de poissons qui a sa petite échoppe devant le bistrot de César, Il y a une saveur populaire dans cette vulgarité dont on se réjouit quand on l'entend. Il suffit d'aller sur les marchés de Provence pour comprendre ce que je veux dire. Ou ailleurs. La vulgarité au sens étymologique, l'expression populaire qui se soucie peu des figures de style.
18:21 Et puis, il y a ce qu'il y a de plus obscène. La seule vulgarité impardonnable, la vulgarité friquée, avec sa morgue et son mépris. Puisque j'en suis à la morgue et au mépris, je reviens maintenant. Je crois que vous comprenez ces va-et-vient à géographie, n'est-ce pas ? Nous allons passer au Sahel. Nous n'avons pas fini de parler de ce qui se passe à l'est de l'Europe.
Danger de guerre et échec français au Sahel
18:51 Je vous résume tout de suite l'enjeu. J'ai 75 ans passés, je n'ai jamais vu un danger de guerre aussi pressant que ces jours-ci. Voilà. Ça ne veut pas dire qu'il y aura la guerre. Il y a des éléments de dissuasion. Mais je n'ai jamais vu le monde au bord de l'Apocalypse à ce point, et j'ai vécu la guerre froide, l'alerte des crises des missiles à Cuba, le pont aérien à Berlin, on a vu d'autres.
19:24 Jamais ça n'a autant senti le pire. Donc, il y a une autre question. Je reviens au Sahel, pourquoi ? Parce que je voulais esquisser, on dit qu'on est là-bas pour se battre contre le djihadisme, sauf que les peuples sont en train de nous en chasser. Les peuples qu'on était censés protéger contre les rebelles constatent que depuis qu'on est arrivés, ça fait presque dix ans bientôt, enfin, ça fait sept ans, les victimes du djihadisme, ça a été multiplié par 50.
20:03 D'où les coups d'État militaires que nos médias désignent avec cette morgue dont je parlais, cette vulgarité friquée, la junte, n'est-ce pas ? Quand on voit la liesse populaire dans les rues de Bamako et plus récemment dans le coup d'État qui vient d'avoir lieu dans les 48 dernières heures au Burkina, Un pays juste à l'est du Mali, au point que nos forces sont obligées de se replier de plus en plus à l'est vers le Niger et bien sur le Tchad, qui a toujours été, n'est-ce pas, la caserne de la politique française avec la chair à canon régionale, pour ne pas dire locale.
20:49 Quand on voit cette liesse, et que nos médias donnent des leçons de démocratie, si c'était nos médias, ils sont à la botte, mais notre ministre, Madame Parly, ministre de la Défense, il faut voir la violence des termes dans lesquels elle s'exprime à l'égard des autorités maliennes. Et puis ça n'avait pas resté à des paroles. La diplomatie parisienne a obtenu de la CEDEAO la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, c'est-à-dire un ramassis de chefs d'État dont certains ont prolongé abusivement trois fois leur mandat.
21:30 La quasi-totalité ne font rien contre une corruption qui gangrène à leur pays. Je ne juge pas moralement pour l'instant. Je constate que quand on est issu de ce genre de contexte, on ne donne pas des leçons de démocratie à un peuple qui vient de prendre le risque de secouer un joug, le joug de l'intervention étrangère dans son pays. Je pense ici à l'armée française. Je vous ai déjà dit la dernière fois que j'en ai parlé, que je ne parlais pas un mot contre les soldats qui sont sur le terrain. Ils y sont parce qu'on les y a envoyés. Et tout le monde n'est pas dans la position de ceux qui sont sur le terrain et dont certains y laissent leur peau, ou pas plus tard encore qu'hier il y a eu une victime à Gao.
22:20 Non, non, je vise ici les politiques qui les envoient au casse-pipe et qui ont de bien meilleurs termes avec ceux qui sont censés être les ennemis qu'ils traquent, c'est surtout ça, et les populations commencent à réaliser, à comprendre que c'est quand même, si vous connaissez un peu la région géographiquement, le Sahel c'est une boule de poussière presque permanente dans l'année, au sens propre, je veux dire. Une mobilette, quand vous la voyez Sur une piste , même à 1 km, c'est un énorme nuage de poussière. La dessiccation, avec l'effarante chaleur sahélienne et subsaharienne, la dessiccation des sols font que les sols sont plus pulvérulents et qu'au moindre souffle, et Dieu sait s'il y a du vent qui vient tantôt de l'Atlantique, tantôt au contraire du fond du désert, du nord, comme l'harmattan, immédiatement ça soulève des...
23:15 D'énormes nuages de poussière. Ce n'est pas le Vietnam où les maquisards pouvaient se cacher dans la jungle. Non ! Le moindre véhicule, la moindre mobilette, la moindre voiture, la moindre colonne a fortiori de djihadistes avec leurs 4x4 et leurs mitrailleuses se repèrent immédiatement d'un avion, d'un hélicoptère, même à plusieurs milliers de mètres d'altitude. Et dix ans après, on n'entend jamais parler vraiment d'un gros coup, une bataille, on entend, il y a des captures, paraît-il, on neutralise un commando qui a tiré sur nos troupes, ça oui, mais les peuples de la région ne se sentent plus en sécurité.
23:59 Et ce qui a déclenché… Je pense au Burkina maintenant, puisque c'est le dernier en date ce qui a déclenché le processus qui a amené au récent coup d'État au Burkina. C'est le fait que les deux gouttes d'eau qui ont fait déborder le vase, si vous voulez, c'est en juin 2021. 164 villageois, des villageois, femmes, enfants, vieillards, 30 enfants ont été massacrés devant leurs parents Et les parents ont été liquidés ensuite dans des petits villages, dans le nord du Burkina, soit dans le nord, soit dans ce qu'on appelle la triple frontière Burkina, Mali-Niger.
24:42 Burkina vient de s'encastrer entre les deux grands et immenses pays, Burkina et un peu plus petits, Niger à l'est et Mali à l'ouest, qui le coiffe, si je puis dire. Donc un carnage épouvantable, c'est le plus important, mais il y a presque tous les week-ends 50 morts ici, 30 morts là-bas dans les villages. Et puis, deuxième événement grave à titre d'échelle, 54 gendarmes, alors là c'était juste avant les fêtes, enfin courant décembre, pardon, non en novembre 2021, Il y a des gens qui ont été assassinés.
25:23 assassinés, toujours par ces djihadistes qui sont bien armés, personne ne dit jamais par qui. C'est des pauvres hères, dans cette région-là il n'y a que des pauvres hères, ils ont à peine de quoi acheter à manger, comment ils peuvent acheter les armes les plus sophistiquées. Et les gendarmes… Et ce qui a mis le feu aux poudres, c'est que l'enquête a montré que c'est… Les pauvres gendarmes étaient devenus une proie facile car ça faisait des lustres. Ils étaient abandonnés par le pouvoir central, celui pour lequel la France demande qu'il revienne au pouvoir, que c'est scandaleux.
25:58 Il a été élu démocratiquement, vous savez, le droit formel, ça, ils connaissent. Ils ont été abandonnés par le pouvoir central, tellement abandonnés qu'ils n'avaient plus rien à manger, Ils allaient chasser en brousse pour pouvoir se nourrir et que même les blessés, résultant des escarmouches qu'ils avaient de temps en temps en effectuant à leur devoir de soldats devant les djihadistes, n'envoyaient pas des véhicules ou des aéronefs pour les rapatrier sur les établissements médicaux de la capitale. C'est effrayant !
26:36 Et voilà que les autorités occidentales, comme un seul homme, il n'y a qu'à voir les condamnations faites par Bruxelles, n'est-ce pas ? Paris n'en parlons pas, bien sûr, c'est son pré carré. Et il y a pire. C'est que les nouvelles autorités qui ont chassé ces pouvoirs indignes de leur peuple font appel aux Russes au niveau de lutte contre le djihadisme. Ils ont entendu parler qu'en Syrie ils n'ont pas fait long feu là-bas, je veux dire, dans les zones, quand ce n'est pas les Américains qui les protègent, n'est-ce pas ? Je pense à ce qui se passe à Deir ez-Zor, si vous suivez un petit peu ce qui se passe en Syrie.
27:21 Donc voilà, je veux dire, c'est grave, c'est grave, comme si on était là beaucoup plus pour des raisons géopolitiques, n'est-ce pas, empêcher Russes et Chinois de venir nous disputer nos colonies, nos prébendes, comme si, je ne tranche pas sur le fond, encore une fois je ne veux pas charger le militaire, le soldat de base qui est là-bas et qui risque gros. Il ne faut pas tirer ni sur les ambulances ni sur les cercueils.
27:52 C'est tout, ni sur les hommes qui ont le courage de courir le risque suprême, n'est-ce pas ? Encore une fois, je vise le fait qu'on les envoie au contraire au casse-pipe. C'est pas contre eux que je parle. Et tout ça pour des tas de choses, des intérêts, des intérêts, si c'était les intérêts du peuple français ou des C'est l'intérêt d'une clique mondialisante, n'est-ce pas ? Qu'elle ait même mode de vie à Amsterdam, à Paris, à Tokyo, à peu de choses près.
Les « valeurs » occidentales et l'obséquiosité des dirigeants
28:34 Et même valeurs, ils aiment bien parler de leurs valeurs. Ces pays-là ne respectent pas nos valeurs. Mais valeurs, ce n'est pas ce qui est en train de se passer aux États-Unis, on est en train de féliciter Biden de nommer une femme afro-américaine, n'est-ce pas, à la Cour suprême. Vous vous rendez compte ? Mais deux... Mais trois générations après Kennedy, presque quoi, après la fin de l'apartheid, il faut appeler les choses par leur nom, c'était comme ça avant Kennedy, n'est-ce pas ? Avant le busing, avant que les Noirs et les Blancs puissent prendre les mêmes bus.
29:08 C'était interdit, jusqu'à quand j'avais 12-13 ans, je ne suis pas né sous Vercingétorix. Et on est là à s'extasier, encore aujourd'hui, en 2021, n'est-ce pas ? Qu'une Afro-Américaine puisse accéder à la Cour suprême. Et ça donne des leçons. À qui ? À l'ignoble Poutine, à ce monstre assoiffé de sang, qui ose emprisonner cette crapule de Navalny. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais Navalny, il serait à Paris, il serait lynché par les antifas. Si les antifas étaient vraiment antifascistes, ce dont je doute fort.
29:48 Bon, mais, M. Navalny qui a parlé des Tchétchènes et des Caucasiens, des peuples de l'ancienne Union soviétique qui sont à la région du Caucase, mais comme des insectes qu'il faut écraser du talon, je le cite ! Xénophobes, antisémites, caucasophobes, tout ce que vous voulez.
30:18 Il est en plus impliqué dans des histoires très louches au niveau business, y compris en France. Il y a des tribunaux français qui lui attendent des procès pour malversation. Mais non, c'est lui la victime, n'est-ce pas ? L'heure est grave, parce qu'on dirait que les masques sont en train de tomber. Je suis très heureux d'avoir reçu déjà un commentaire de cette vidéo à peine croyable de Biden se croyant en confiance.
31:00 Ça a suscité ce commentaire chez une vieille connaissance, enfin un bien jeune homme qui connaît très bien l'histoire du cinéma Qui en plus fait des appâts géants, n'est-ce pas ? Est en train de se construire une culture musicale avec beaucoup de pertinence. Et je pense à Sébastien Deville qui nous fréquentait déjà à l'époque de nos séances en présentiel, comme on dit à Goscinny, dans le 13ème.
31:34 Sébastien dit ceci après avoir vu cette vidéo, je présume que vous le devinerez vous-même entre les lignes de ce qu'il dit, à quel point il a été aussi commotionné. « La raison dans l'histoire se passe bien de nos atermoiements moralistes, et nous n'avons pas le choix de ceux à qui sont attribués tel ou tel rôle historique objectif. » Je précise ceci parce que quand on retombe sur ces images, donc la vidéo de Biden, mais qu'on se rappelle aussi tout ce que se sont permis ces salopards d'assassins sans gêne, ainsi que la lâcheté, la déférence, l'obséquiosité de nos dirigeants.
32:16 Alors on le voit bien, là, vous avez vu comme Biden parle de Merkel, des Français, de Renzi, l'Italien, c'est pas comme des bétails qu'on dirige dans le sens qu'on veut. L'obséquiosité de nos dirigeants qui n'ont jamais su leur répondre, voire même qui semblaient prendre plaisir à se faire humilier, quelle meilleure illustration est-ce que dit ici Sébastien, si justement que l'affaire des sous-marins australiens ? Pour une histoire à moitié moins préjudiciable pour la France, un De Gaulle aurait sans doute presque rompu les relations diplomatiques.
32:57 Et là, on est là à faire une... L'Union sacrée autour de celui qui nous a chouravé 11 milliards de contrats à ce niveau-là, si c'était que ça, pour faire la peau au pop-off. Donc voilà, ainsi que la lâcheté, la déférence, l'obséquiosité de nos dirigeants qui n'ont jamais su leur répondre, voire même qui semblaient prendre plaisir, on y était, à se faire humilier. « Je ne vois pas pourquoi, conclut Sébastien, nous devrions étouffer un tant soit peu notre profond soupir de soulagement et de satisfaction lorsque nous voyons qu'enfin quelqu'un, devinez que la Russie n'est pas loin, fut-il autre chose que notre tasse de thé ? On n'est pas là pour dire « Vive Poutine et si j'étais en Russie je voterais Poutine ». Non, je l'ai dit mille fois que si j'étais en Russie il n'est pas du tout évident que je voterais Poutine.
33:54 Mais je le défendrai. Il y a toujours contre les crapules dont vous venez de voir un échantillon en vidéo, et qui font autrement plus de sang et de larmes à travers le monde, de l'Irak à l'Afghanistan, en passant maintenant par l'Afrique subsaharienne. Lorsque nous voyons, sur le Proche-Orient, n'en parlons pas, regardez dans quel état sont la Libye, l'Irak. Lorsque nous voyons qu'enfin quelqu'un fût-il autre chose que notre tasse de thé puisse leur dire sans ambages, Niet, maintenant ça suffit. Et oui, la Russie a reculé depuis la chute du mur, n'est-ce pas ? Ce n'était pas prévu, devant les forces de l'OTAN, et maintenant, comme disent les responsables russes, on est devant notre porte. Si vous continuez à progresser, vous rentrez chez nous.
34:49 Voilà, je ne suis pas prophète, je ne sais pas comment ça va se passer, je suis quelque peu rassuré, je ne veux pas jouer non plus l'alarmiste tous azimuts, par le fait que ça s'est enfin mis à discuter, ce qui est déjà une grande victoire de la diplomatie russe. Parce qu'au départ il y avait cette morgue, de quoi je mêle, enfin l'Ukraine a le droit, c'est un pays indépendant et souverain donc il a le droit de choisir ses alliances, vous avez vu. À quoi se mesure la souveraineté de l'Ukraine ? Pour qu'un président américain leur dire « je ne vous donne pas le milliard si vous ne virez pas votre procureur général ».
35:26 Quand même, quand même, quelle farce si ce n'était pas si tragique. Voilà, je rappelle que je… on dirait qu'il n'y a pas beaucoup de philosophie dans tout ce que je viens de dire. Et pourtant, dois-je répéter encore que j'ai commencé toutes mes interventions publiques sous le titre « Entre crises et guerres philosophées » c'était il y a plus de sept ans.
Entre crises et guerres : la crise et le relèvement russe
35:56 Entre crises et guerres, j'espère que nous sommes encore entre crises et guerres, celle-ci étant l'effet de celle-là, soyons clairs. Et à ce titre, il faut bien voir que ce n'est pas un hasard, de même que la Deuxième Guerre mondiale enchaîne sur la plus grave crise économique et financière qu'a subie le monde capitaliste depuis son apparition, la crise des années 30.
36:29 De même, là il semble, n'est-ce pas, que… Et les dirigeants des pays capitalistes, ceux qui se reconnaissent du point de vue politico-militaire autour de ce qu'il est convenu d'appeler le traité de l'Atlantique Nord, qui aurait dû disparaître lorsque le mur de Berlin est tombé, puisque son but était de le faire tomber. Mais apparemment, il est plein de ressources encore, n'est-ce pas, pour toute politique qui se veut indépendante, justement, de ce club des super-grands.
37:09 Il est important de voir que la crise économique n'a cessé de s'aggraver depuis son déclenchement, Depuis son aggravation subite en 2008, ça a commencé bien avant, mais enfin depuis 2008, avec les injections de milliards de milliards de milliards de dollars dans le circuit après nous avoir culpabilisés pour la dette, vous voyez comme tout ça est cohérent, ça patine.
37:39 A l'instant, la Chine avance à pas de géant, la Russie retrouve sa dignité et une partie de sa force. Alors qu'à l'époque de Eltsine, l'enfant chéri des dirigeants occidentaux, parmi les dirigeants russes occidentaux, ce grand démocrate qui est le seul chef d'État, pas des dernières années, mais du XXe siècle, de l'époque contemporaine, qui a osé faire tirer à coups de blindés sur son Parlement pour tirer sur des députés parfaitement élus, des députés, en en liquidant plus de 150.
38:19 C'était notre héros, Eltsine, celui dont on trouvait sur les membres de sa famille, sur la Côte d'Azur, des cartes bleues égarées. La Russie s'est relevée de cette humiliation. Comment elle a à se relevé ? C'est pour ça que Poutine est à ce point Et je vous répète que, pour reprendre l'expression de notre camarade Denis, ce n'est pas nécessairement ma tasse de thé, mais c'est autre chose tout de même comme figure. Et je comprends, je le dis pour ceux qui croient qu'il exerce une dictature sur son peuple comme on veut le faire croire, faites un sondage en Russie, un sondage indépendant, sans compter que plus de 60% des Russes maintenant regrettent l'époque de l'Union soviétique. Et oui, ça va mal pour les affaires de l'Occident.
39:09 Ça va mal en Afrique où on est chassé. Allez, dernier élément, ça c'est hier. Hier, le gouvernement du Mali, montré du doigt par Bruxelles, par Paris, par la CEDEAO, vous savez, ces chefs d'État dont je parlais tout à l'heure, qui se sont rassemblés, qui ont pris des mesures, des sanctions dans toute l'histoire de l'Afrique post-indépendance. La première fois, je vois des sanctions si graves prendre contre ce pays pour le simple fait, n'est-ce pas, qu'il a récupéré sa souveraineté. Et voilà, et qu'il entend mener lui-même la lutte contre ses ennemis qui égorgent ses compatriotes, et plusieurs fois par semaine, tous ces chefs d'État se reçoivent une gifle en même temps que nos dirigeants, par le fait que la France est en difficulté.
39:58 Elle a dit, on va remplacer. Si à la présence seulement française, on va maintenant impliquer les forces armées européennes. Eh bien oui, c'est tous des pays de l'OTAN. C'est-à-dire que l'OTAN s'installe au Sahel. Il ne faut pas prendre les Africains pour des imbéciles. Hier, le Mali a demandé aux contingents danois que la France a fait venir, C'est-à-dire sans consulter. D'une manière formelle, le gouvernement malien, de bien vouloir retourner dans son pays.
40:31 C'est grave ce qui est en train de se passer. Il y a vraiment un rapport de force qui est en train de s'établir. Restons mesurés. Je défends la France ici, même si la France ça ne veut rien dire quand on reste général comme ça. Pétain n'est pas moins français que de Gaulle, vous savez. Pétain et de Gaulle ne sont pas moins français que les résistants communistes.
41:01 Donc à chacun sa France. Vous imaginez bien la France que je défends ici. Celle à laquelle on n'en veut pas au Sahel. Et même si, comme vous allez voir dans la vidéo qui va suivre, qui est destinée à ceux qui croient encore qu'une junte militaire a écrasé la démocratie dans ces pays, regardez comme ce peuple souffre sous le poids de cette junte. Je vais demander à Pierre-Alain de passer un document presque immédiatement postérieur au coup d'État militaire qui vient de se passer au Burkina Faso.
Reportage sur Ouagadougou au lendemain du putsch
41:42 Ouagadougou, le jour d'après. Au lendemain de la chute du président Kaboré, l'avenue proche de la place de la Nation était noire de monde. Impossible pour les automobilistes de se frayer un chemin. Vuvuzelas pour les uns, photo pour les autres. Ici, tout le monde veut participer à la fête pour exprimer son soutien aux militaires putschistes. Je suis venu ici ce matin pour soutenir le putsch. Nous attendons des militaires qui vont revoir. Il y a trop de corruption dans le pays. Nous voulons qu'ils s'en occupent. On veut passer au président qu'on veut payer une transition de six mois, un an, deux ans, trois ans. On veut une transition qui doit revenir au pays à sa normale.
42:20 Certains espèrent que la junte militaire mettra rapidement fin à l'insécurité que connaît le pays depuis 2015. On est fatigués de cette situation, on est fatigués de pleurer, on est fatigués de toujours souffrir parce que nos frères sont tués. Nous sommes exaspérés. Pancarte anti-France, drapeau malien et chant pro-russe. Après la chute du président Kabore et face à l'avancée des djihadistes dans le pays, Une partie de l'opinion veut radicalement changer de partenaires internationaux.
42:51 On a besoin de faire comme le Mali, les pays voisins quoi. Mais franchement, nous sommes avec les Maliens. Mais on veut être en liberté, on ne veut pas mourir cadeau. On veut que la France nous dit bye bye et on revient à la Russie. Si eux aussi ça ne va pas, on va leur dire bye bye. En attendant de voir quelles seront les premières mesures prises par les militaires, La vie a repris son cours normal à Ouagadougou au lendemain du septième coup d'état qu'a connu le Burkina Faso depuis 1960. Voilà, je crois.
43:30 Je crois qu'il n'y a pas photo, il y a une vidéo. On n'a pas l'impression que les jeunes gens qu'on vient d'entendre, cette jeune fille, ces jeunes gens, sont des espions payés pour parler devant des caméras. Enfin, quand même, on voit bien un immense soulagement et surtout le calvaire qu'ils ont subi quand la jeune fille dit « on en a marre de voir nos frères assassinés ». Enfin, quand même, ça ne pouvait plus durer. Et c'est bien cette situation qui justifiait la présence étrangère.
Le Gorgias et la patience du concept
44:12 Donc, en rappelant que mon propos se situe depuis plus de sept ans entre crise et guerre, je rappelle quand même les enjeux philosophiques. Et tant que nous pouvons en parler, c'est bien. J'ai ressorti un extrait du Gorgias de Platon il n'y a pas si longtemps, une vidéo que j'avais faite suite aux objurgations dont j'avais été l'objet de commenter une vidéo de ce pauvre Rochdi.
44:51 J'avais sorti cet extrait de Gorgias de Platon, or dans le Gorgias, Calliclès ne se contente pas de développer tous les thèmes pré-nietzschéennes, sous-nietzschéennes, il y a autre chose, heureusement que ces thèmes-là, enfin ce sont ces thèmes qui font sa gloire auprès des petits chefs-là, Il dit bien à Socrate, tu n'étais pas si vieux, tu mériterais les verges.
45:23 Il y a la violence qui plane, il y a le déchaînement de la violence qui plane sur ce dialogue. Et jusqu'au bout, Socrate n'arrive pas à convaincre Calliclès. On croit toujours que Platon s'efface. Si Socrate emberlificote son interlocuteur, et Platon fait triompher son Socrate comme Agatha Christie fait triompher Hercule Poirot. Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas comme ça. À la fin, Socrate dit, écoute, Puisqu'on n'arrive pas à te convaincre, je vais te raconter une histoire et ça finit sur un mythe, le mythe du jugement des morts, etc.
45:55 Et qu'il vaut mieux subir l'injustice que la commettre. Voilà, pour montrer que les enjeux philosophiques, ce n'est pas qu'ils sont absents de ces considérations géopolitiques, Qui sont immenses au contraire. Et peut-être qu'on revient même à l'essentiel. Peut-être que toute l'histoire humaine, dans sa partie la plus invisible, dont on parle le moins, celle de tous les jours, des patiences, du travail, je parle des sillons que trace infatigablement le laboureur depuis des millénaires.
46:30 Le laboureur ici, celui qui fait la récolte du mil dans le Sahel, et n'en parlons pas dans l'artisanat, dans le monde ouvrier, dans le monde industriel, la patience du concept, pour parler comme Hegel, le calvaire de l'histoire. Ce qui est positif dans tout ça, c'est qu'on a pu abriter quelques périodes de parenthèses pour se protéger de la guerre.
47:00 On dit que les pages... Les pages non tragiques de l'histoire, on dit que c'est ces pages blanches. Je rends hommage à ces pages blanches. Voilà, je me réoriente de plus en plus sur le conseil des uns et des autres vers les formats courts. Je crois qu'il y a assez de matière, déjà vu l'actualité, n'est-ce pas, pour passer la parole à notre public.
Les accords de Minsk et l'arme de l'amnésie
47:32 Je vais quand même regarder. Alors, je vois une première question qui vient de Mounir Bougmati. Bonsoir Mounir. Quid des accords de Minsk ? Signer des accords et ne pas les appliquer n'est-ce pas perfidement albionesque ? Bien, je ne crois pas que l'Angleterre soit en première ligne ici, encore qu'elle ne soit pas en dernière ligne non plus. Je fais une petite parenthèse uniquement à propos d'Albion avant de répondre à Mounir, mais quelle providence pour Boris Johnson qui est au bord de se faire censurer par son Parlement, n'est-ce pas ? On ne sait pas comment ça va évoluer, c'est un malin.
48:16 Mais je veux dire qui est vraiment très mal menée, disons, à la Chambre des communes dans les heures où nous parlons. Et quel bonheur pour lui de se défausser sur l'Ukraine. Il faut absolument faire la peau aux Russes, vendre des armes tout de suite, transférer des armes , l'Angleterre fournit des armes anti-chars par pays baltes interposés aux Ukrainiens. Nous devons toujours croire que l'agression vient de l'autre côté. Des Russes qui sont toujours sur leur territoire, à ma connaissance.
48:52 Alors que les Américains, les Anglais, les forces qui se pressent, les Français qui se pressent des Pays-Baltes jusqu'à la mer Noire, sont bien loin pour les Américains, à des milliers de kilomètres de chez eux. Enfin, on l'a déjà vu, les troupes russes sont en Russie, les troupes américaines sont partout, les troupes atlantistes, vous savez que je n'aime pas bouffer de l'Américain comme une substance. Oui, c'est bien de rappeler les accords de Minsk, c'est bien parce que c'est une manière de se battre contre les pulsions de mort qui progressent en silence. Et une des armes favorites du silence, c'est l'amnésie. Ne plus en parler. De quoi ? Ben les accords de Minsk ! Car il y avait déjà eu un Il y a des affrontements graves qui ont fait près de 13 000 morts.
49:44 Entre la partie orientale de l'Ukraine, je résume ce que la plupart d'entre vous doivent savoir, qui est russophone, qui est très attachée à la Russie, et dans laquelle les travailleurs frontaliers, comme on dit depuis des générations, n'est-ce pas, aller chercher, aller trouver de l'emploi et gagner leur vie en Russie, quittant leur pays, Et depuis que l'Ukraine est indépendante, tombe dans un collapsus et une corruption dont on n'arrive même pas à imaginer, Ces pays de l'est de l'Ukraine, qu'à Kiev on appelle les provinces séparatistes, ce qui strictement matériellement n'est pas faux apparemment, justement pour limiter ce conflit intérieur à l'Ukraine entre l'Ukraine occidentale, l'Ukraine de l'Ouest, qui est catholique, uniate, pro-occidentale et qui a le plus collaboré avec les nazis pendant la guerre.
50:39 Les péchés des parents ne sont pas retombés sur ces enfants. Mais enfin, les dirigeants actuels de l'Ukraine reprennent ce flambeau-là dans leur propre déclaration et font de ceux qui ont le plus collaboré avec les SS à l'époque des héros nationaux à l'heure où je parle. Je pense à Bandera, ceux qui connaissent cette histoire. Donc, allez se renseigner, c'est facile, avec les banques de données que vous avez et que vous connaissez et sur lesquelles vous naviguez mieux que moi. Donc pour essayer de calmer le jeu entre ces deux Ukraines, l'agricole d'extrême droite de l'Ouest en gros, et celle qui est pro-Russe et beaucoup plus ouvrière, car le Donbass est un des plus grands bassins rouillés de l'Europe, qui est à l'origine une puissante industrie métallurgique, se sont réunis les parties prenantes de l'Ouest.
51:36 Vous allez voir pourquoi je parle. Les deux principaux belligérants, les Ukrainiens de Kiev et les Ukrainiens de Donetsk, de Lugansk, pour parler des principales villes dites séparatistes, et qui jouxtent c'est la frontière russe, bien sûr, pour calmer ce jeu, se sont réunis. Et Français, les Allemands et les Russes. Donc deux parties prenantes, les Russes de Kiev et les Russes de l'Est, et les Ukrainiens de Kiev, pardon, les Ukrainiens des provinces dites séparatistes, et trois chargés de surveiller, enfin de garantir les accords de Minsk, qui prévoyaient, c'est là que Mounir fait bien de le rappeler, qui prévoyaient, et ça n'a jamais été appliqué par l'Ukraine, Que des élections aient lieu dans la partie orientale. Non pas pour séparer comme les Occidentaux l'ont fait pour le Kosovo qui a été arraché à la Yougoslavie.
52:44 Je dis ça parce que maintenant ils donnent des leçons. La Crimée, la Crimée, ben oui, ben écoutez, vous vous êtes permis, n'est-ce pas, les premiers de défenestrer le statu quo de l'après-guerre en Europe. Ça fait quand même 70 millions de morts cette histoire. Il ne fallait pas réveiller ces démons-là. Et voilà que les Ukrainiens refusent de faire ces élections. Encore une fois, il ne s'agit pas, il n'a même pas été prévu aux accords de Minsk l'indépendance des provinces de l'Est, mais simplement de leur accorder une relative autonomie qui soit autorisée à parler russe ce qu'ils font depuis des millénaires . Et que des élections soient organisées pour qu'ils désignent leurs représentants au sein de l'Ukraine. Jamais l'Ukraine n'a voulu les appliquer. Elle a même toujours dit que les accords de Minsk étaient un diktat imposé, n'est-ce pas, par les autres parties prenantes qui se sont allongées devant les Russes. Vous voyez, vous voyez à qui on a affaire.
53:48 Les mêmes qui, en moins de six heures, dit Biden, ont arrêté une procédure contre le fils Biden pour avoir un milliard, n'est-ce pas ? Un milliard qui, vous en doutez bien, n'est pas allé dans les hôpitaux et dans les établissements scolaires, ni même, je terminerai là-dessus pour l'instant avant de passer à une autre question, ni même à acheter des armes, pas besoin, parce que je vous la prends comme ça, Je veux dire, c'est les chiffres occidentaux, la moitié du budget de l'Ukraine qui va à la défense est offert cadeau par les occidentaux.
La CIA, Wagner et le droit de choisir ses alliances
54:31 Je connais beaucoup de pays qui ont cet avantage, qui ne payent même pas leurs armes. Merci Mounir pour cette question. Je salue avec bonheur notre camarade Inès Oudoudeh, je présume qu'elle est toujours à Bruxelles, même si elle doit faire la navette de temps en temps avec son Amérique latine, qu'elle connaît bien, mieux que moi. Monsieur Dominique, vous avez vu le livre noir de la CIA, c'est très illustratif de toutes les saloperies qu'ils font dans le monde avec l'aide des picopères allemands, français, anglais, oui bien sûr, il y a pas mal de publications là-dessus.
55:14 J'ai préféré y plonger par un fait bien circonscrit, je pense à la vidéo de Biden, sinon Inès a raison, il y aurait 50 volumes, comme la CIA, celui à laquelle elle fait allusion, qui est très bien fait. On pourrait faire 50 volumes, la matière est riche. Vous prenez le dossier guerre du Vietnam, qui ne s'est soldé que par la bagatelle de 3 millions de morts.
55:44 Ça ne compte pas, ça ne vaut pas un Navalny. Ne serait-ce que sur le Vietnam. Tout ce que la CIA a fait, les provocations dans le golfe du Tonkin, l'entretien de tribus montagnards, toujours la même tactique d'aller voir des soi-disant peuples opprimés par les Vietnamiens, mais oui, non pas par les Américains, par les Vietnamiens dans les montagnes là-bas. Vous savez, on trouve toujours des ethnies marginales.
56:16 Oui, bien sûr, on ne fera jamais assez de… L'épluchon de mots progressant en silence, c'est bien de faire parler ce que la CIA veut taire. La CIA et ses alliés, je suis plus sévère contre nos dirigeants encore que contre la CIA. Là aussi, une vieille connaissance, un jeune homme met une vieille connaissance, Christian Régnier. « Nos politiques ne sont-ils autre chose que des mercenaires sans état d'âme au service des milliardaires occidentaux, de la même façon que Poutine déploie les mercenaires Wagner au service des siens ? » Il ne faut pas oublier que la manière dont on parle des mercenaires Wagner, C'est une manière occidentale. Oui, c'est une compagnie privée, tout à fait, c'est pas ma tasse de thé, tout ça, je l'ai dit.
57:08 Mais enfin, si vous êtes un tant soit peu sensible aux jeunes gens et aux jeunes filles qu'on voyait dans la foule burkinabé tout à l'heure, dont les parents se sont fait égorger par villages entiers, femmes, enfants et vieillards, vous n'allez pas leur envoyer des enfants de chœur. Vous vous direz, vous êtes en train de bafouer les droits de l'homme. Non, pas moins que toutes les forces armées qui luttent contre des guerriers. Vous savez ce que font nos forces en Syrie ? Nous avons des forces, les Américains en ont beaucoup plus. Vous savez ce qu'on fait aux côtés de nos alliés qui égorgent des enfants de 14 ans sur la place publique ? Vous vous rappelez de Fabius qui avait dit « Al-Nosra a fait du bon boulot en Syrie ». Du bon boulot.
57:56 Donc avant de montrer du doigt les mercenaires Wagner, je constate qu'au moins ceux-là, ils sont accueillis en liesse par la population qui est là. Je ne sais pas s'ils vont faire du bon boulot, j'en sais rien, je ne suis pas en train de défendre la Russie, je ne suis pas en train de dire qu'elle va régler ce que nous on a mis 10 ans à aggraver. Je ne dis pas ça, j'essaie de rester honnête intellectuellement et politiquement surtout. Je suis en train de dire, vous ne pouvez pas interdire à un peuple qui vient de subir ce qu'il a subi, et quand je dis, c'est une façon de parler, parce qu'il y avait le Mali, il y a le Burkina, et à mon avis, ce n'est pas fini dans le Sahel.
58:38 Et là, je me permets de prophétiser parce que je ne risque pas gros, croyez-moi, à suivre. On ne peut pas leur interdire, je ne sais pas combien de décennies après l'indépendance, de choisir leurs alliances. Enfin, quand même ! On ne peut pas leur imposer de subir toujours l'ancien colonisateur comme étant le seul à décider de leur politique étrangère et de leur politique de défense. C'est quand même énorme ! Il faut se réveiller de temps en temps.
D'où viennent les djihadistes ? Libye, libéraux libertaires, Afghanistan
59:10 Geoffrey, oui, là encore, je suis content de voir qu'il y a de la fidélité. Je ne comprends pas à qui vous semblez imputer directement ou par entremise les agissements terroristes dans ce pays du Sahel, dit les mobiles enjeux alliés de ce terroriste. Bonne question ! Oui parce qu'il y a un tel flou, les pulsions de mort progressent en silence, on ne vous parle jamais. Qui sont ceux, ces terroristes ? Je ne sais pas plus que vous en termes d'identité, je ne pourrais pas dire que ce sont des gens financés par untel. Je constate ce que tout le monde peut constater, ne me croyez pas sur parole, parce que là on revient à l'objectivité, qu'ils ont surgi juste après notre opération en Libye. Ça c'est la nôtre.
59:47 Je n'ai jamais dit que Kadhafi était mon héros personnel. Je constate premièrement le respect dont il était l'objet dans toutes les populations d'Afrique et surtout dans la population de la rue, dans les pays d'Afrique noire, subsaharienne, si vous préférez parler politiquement correct. Et je constate que lorsqu'il était au pouvoir, la Libye était un des pays les plus prospères de la région du point de vue économique.
1:00:20 Maintenant, c'était un chaos où même on ne peut même pas circuler tranquille dans Tripoli où des milices se tirent dessus dans la capitale même, des années et des années et des années après qu'on est lynché d'une manière épouvantable, dans l'horreur Kadhafi. Il fallait supprimer un témoin gênant, je crois que tout le monde est courant, n'est-ce pas, de la manière dont il a financé les campagnes électorales de certains de nos partis. Mais oui, je réponds à votre question. Ces djihadistes ont surgi à la faveur du raz-de-marée des armes qui étaient en Libye et qui se sont déversées sur le sud du Sahara, dans l'Irégion-Ce, pour contrôler des endroits comme ça.
1:01:06 Vous pouvez toujours mettre un policier ou un soldat malien ou nigérien ou burkinabé pour parler du Sahel, c'est le pays immense, le Niger fait plus de deux fois la France. C'est gigantesque ces régions-là, et avec très peu de routes et de pistes dans le désert. Donc on se régale, c'est le non-droit dont rêve le libéralisme. Là je vais un peu plus loin dans la réponse à votre question. Vous savez que le capitalisme déteste les lois, les règlements, les choses comme ça, sauf quand c'est lui qui les fait.
1:01:40 Mais sinon, il est contre l'État. C'est le grand point commun entre les anarchistes et les capitalistes, qui font comprendre l'immense profondeur d'un concept clouscardien comme celui de libéraux libertaires. On comprend bien, alors. Dans les deux cas, je ne parle pas de la grande tradition anarchiste aux côtés de la classe ouvrière, je ne parle pas de ça, je parle des libéraux libertaires, c'est le contraire des anarchistes auxquels j'ai rendu hommage et dont je viens de parler, Qui sont des compagnons de route.
1:02:11 Il faut faire attention à mes mots, il faut être précis pour être équitable. C'est le point commun entre cet anarchisme-là, n'est-ce pas, et le capitalisme, de refuser tout ce qu'ils appellent l'État. Et donc, vous savez, en m'écoutant quand même depuis le temps que ce n'est pas l'État, mais un gigantesque appareil d'État qui peut être hyper oppressif en termes économiques, militaires, sociales, financiers, sanitaires. Mais au service de cette absence d'État qu'est le privé. Ça c'est la grande arnaque et le grand mystère de notre époque. Voilà. Qui est un peu moins mystérieux quand on le formule aussi clairement.
1:02:50 Quand un appareil d'État est au service du privé dans les pays capitalistes. Regardez les flux financiers, ce sera vite vu à qui on prend l'argent et où il va. Voilà donc ces djihadistes-là font du bon boulot et je peux vous identifier certains, je change de région, mais en Afghanistan, et vous avez vu la lamentable issue à ce jour, les problèmes de l'Afghanistan ne sont pas terminés malheureusement, du dossier afghan, c'est que les Américains ont surarmé les barbus, D'Afghanistan, les talibans, quitte à les diaboliser après ou avant, parce qu'il paraît qu'ils ne sont pas bien avec les femmes, pourquoi ils les ont mis au pouvoir ?
1:03:39 Pour chasser les Popov, il y avait un gouvernement pro-soviétique à ce moment-là en Afghanistan, on ne sera jamais assez reconnaissant, à ces barbus, qui sont les seuls djihadistes, au sens de guérilla islamiste, je ne confonds jamais avec islamique, Et de très loin, les principales victimes de ces djihadistes sont des musulmans. Il ne faut jamais oublier. Que ce soit au Moyen-Orient, que ce soit au Mali, au Niger, au Burkina, ce sont des musulmans.
1:04:09 Les musulmans qui font leurs cinq prières par jour et qui n'ont rien à voir avec le djihadisme. Donc, j'y reviens. Le, le, le. C'est terrible ce qui s'est passé en Afghanistan. C'est la seule guérilla djihadiste auxquelles les Américains ont fourni les fameux missiles Stinger. Oui, il faut savoir, ces missiles où un gamin de 14 ans, il en a un, il déquille un hélicoptère ou un avion soviétique. Mais oui ! Vous me demandez comment les identifier. Ce n'est pas si mystérieux que ça. Comme vous entendez parler de Boko Haram , changeant toujours de nom, Al-Qaïda au Sahel. On peut comme ça baptiser, s'amuser à faire croire que c'est de nouvelles identités alors qu'il y a toujours les mêmes forces derrière.
La baisse tendancielle du taux de profit mène à la guerre
1:04:56 Voilà. J'en sais pas plus, donc je ne vais pas plus loin, mais j'oriente un petit peu le regard. Le capitalisme dans sa énième crise de baisse du taux moyen de profit nous reconduit-il dans la configuration de pré-guerre de 1914 ? Christian Régnier, 150% d'accord Christian. Ça c'est un point de vue marxiste, marxien même, au sens le plus profond, n'est-ce pas ? Oui, bien sûr, bien sûr, j'ai rappelé tout à l'heure, n'est-ce pas, que le plus grand carnage à ce jour, n'est-ce pas, celui de la Deuxième Guerre mondiale, S'est enchaîné sur la crise de 29 qui était loin d'être résorbée, même avec les mesures du New Deal de Roosevelt qui avait résorbé une partie du chômage, mais loin d'être revenu à la phase d'avant-crise.
1:05:53 Rappelons-nous qu'il y avait à ce moment-là 20 millions de chômeurs aux États-Unis et qu'en Allemagne il y en avait 13 millions, c'est l'Allemagne qui était le plus touché en Europe, et ainsi de suite. Et donc après, ça a permis à Hitler de se constituer son électorat. C'était rêvé. On pouvait montrer du doigt ce capitalisme qui était devenu indéfendable, ce capitalisme-là, qui dans la bouche d'Hitler était une sale chose, non pas parce qu'elle était capitaliste, mais parce qu'elle était enjuivée et pénétrée par les judéo-bolcheviques.
1:06:36 Les mêmes qui, à la suite de Hannah Arendt, groupie du plus nazi des philosophes, les mêmes qui ont habitué des générations de jeunes lycéens, étudiants, intellectuels d'Europe occidentale à mettre sur le même plan le communisme et le nazisme, Ce sont les mêmes qui avaient tout intérêt à faire oublier qu'Hitler confondait dans la même malédiction les juifs et les communistes, le judéo-bolchevisme.
1:07:17 Ce n'est pas moi, lisez la presse de l'époque, c'est du document, là on n'est pas dans la spéculation, dans l'hypothèse, dans le procès d'intention. C'est une obsession. Dès ses premières prédications, c'est le judéo-bolchevisme. Et puis, si c'était que lui, tous les... le parti nazi, après, reprend toujours le flambeau. Si vous ajoutez à ça que Chamberlain, le premier ministre anglais de l'époque, oui, les mêmes Anglais qui donnaient le centre démocratie au monde entier, et qu'on cite souvent, Emmanuel Todd, n'est-ce pas ? Il vient rappeler que l'Angleterre a la plus vieille démocratie. Pourtant, Todd, ce n'est pas un idiot.
1:07:54 Et il lui arrive d'être salubre par moments. Le premier ministre anglais, Chamberlain, revenant de Munich, un an avant le pacte germano-soviétique, dont on se sert pour crédibiliser la mise sur le même plan des nazis et des communistes, en oubliant que s'il y a eu le pacte germano-soviétique, c'est une réplique à l'atrocité diplomatique qui venait se passer à Munich un an auparavant, Et pourtant, on livrait à Hitler, pratiquement toute l'Europe centrale, et surtout la porte de l'Union soviétique, s'ils pouvaient leur rentrer dans le chou.
1:08:34 Et que notre principal concurrent, je pense à la tête d'un Anglais ici, notre principal concurrent, pas adversaire, l'Allemagne, et notre principal ennemi de l'Union soviétique, s'ils pouvaient s'affaiblir l'un à l'autre en se faisant une guerre, ce serait parfait. Et bien oui. Le pacte germano-soviétique est venu ruiner cette perspective. Or, Chamberlain, qu'est-ce qu'il a dit au retour de ce scandaleux accord de Munich qui a donné des ailes à Hitler pour les 70 millions de morts qui vont suivre ? Il a dit « Mr. Hitler is a gentleman ». Et puis, pour continuer sur ce chapitre et toujours répondre à votre question, pour montrer que vraiment on sortait d'une crise grave, à l'époque, qui était ambassadeur à Londres, le poste le plus sensible, du département d'État, du ministre américain des Affaires étrangères, du département d'État, c'était le père Kennedy, mais oui, le père de John, qui avait de telles sympathies pro-hitlériennes, pro-nazis, et il y avait un puissant parti d'extrême droite en Angleterre à l'époque, très puissant même, il avait de telles sympathies que Roosevelt était obligé de le rappeler.
1:09:45 Ça commençait à tourner à l'aigre. Donc oui, sa énième crise… Je voudrais qu'on remette une seconde à la question de Christian. Juste une seconde, voilà. Sa énième crise de baisse du taux moyen de profit. C'est la formulation la plus intelligente qu'on peut avoir dans ce genre de problématiques. Car la baisse tendancielle du taux de profit est sans doute l'avancée scientifique dans les sciences de l'histoire la plus profonde de Marx, la plus opératoire, si vous préférez profonde.
1:10:20 On a l'impression que c'est métaphysique. Non, la plus opératoire, la plus vérifiable, ça veut dire que toutes choses égales par ailleurs, sauf conflits, machin, guerres qui viennent troubler, remettre à zéro les compteurs, Dès qu'il est en vitesse de croisière, le capitalisme creuse sa propre tombe. C'est une formule de Marx, n'est-ce pas ? Bien creusé, vieille taupe. Citation de Shakespeare dans Hamlet. C'est-à-dire que le taux moyen de profit, à force de vouloir être concurrentiel, très rapidement, je vous explique la formule que Christian a bien raison de citer ici, la baisse du taux moyen de profit, Pour rester concurrentiel, il faut que je diminue les coûts, il faut que je baisse les prix. Si mes prix restent élevés, je ne vends rien et c'est mes concurrents qui l'emportent. Donc je dois baisser les coûts, mais en baissant les coûts, je baisse ma marge. D'accord ? Donc ou bien je mets la clé sous le paillasson ou bien je compense la baisse du taux de profit par l'augmentation de la masse de profit.
1:11:17 Je veux dire un établissement plein de succursales comme la FNAC, je prends au hasard, il y a des domaines où c'est bien plus évident, préférera faire une petite marge, mettons de 2% sur des milliards, n'est-ce pas, qu'un petit disquaire du coin, comme il n'y en a presque plus d'ailleurs, puisque la FNAC les a bouffés justement, FNAC et d'autres, préférera faire une petite marge sur une très grosse masse de profits, 2% sur des milliards, c'est mieux que 14% sur un tout petit chiffre d'affaires.
1:11:52 Donc, tendanciellement, le taux moyen de profit baisse et c'est ce qui explique que périodiquement le capitalisme met la clé sous le paillasson. Oh pas lui, non, non, non, c'est pas le capitaliste qui va aller à l'ANPE, non, non, il met ses employés au chômage. Vous savez, on dit qu'il aime bien prendre des risques. Oui, mais c'est les autres qui prennent des risques, ce sont ses salariés qui sont au casse-pipe. Et quand toutes les ressources économiques sont épuisées, on a tout essayé, vous avez vu depuis la crise des subprimes, on a jeté des millions de litres d'essence sur l'incendie, de la dette, du déficit, de l'impossibilité de relancer la croissance, car c'est ça le fond du problème, le Japon étant le plus bel exemple.
1:12:47 Ils ont tout essayé là-bas, il n'y a rien à faire. Et bien, à la fin, il n'y a plus que la guerre pour remettre les pendules à l'heure et fausser les données, et repartir à zéro. Merci Christian de nous rappeler ces choses aussi fondamentales et aussi actuelles. Malou qui nous dit que les USA n'ont pu sortir de la crise qu'avec leur entrée dans la Deuxième Guerre mondiale. Oui, c'est un peu ce que j'ai voulu dire tout à l'heure, tout à fait. Historiquement, c'est vérifiable.
New Deal, commandes militaires et innovation
1:13:20 Dans la mesure où, malgré, et je ne tire pas la pierre au New Deal, qui parvient des aspects, vous savez que Roosevelt était traité de bolcheviques par les milieux les plus libéraux des États-Unis parce qu'il osait imposer aux entreprises privées, par exemple aux grandes monocultures, coton, blé, maïs, de supprimer près de 20 à 30 % des emblavures pour limiter la surproduction. Il a osé doubler les droits de douane du jour au lendemain, n'est-ce pas ? Et puis, effectivement, l'emploi revenait.
1:13:56 Mais enfin, la crise était loin d'être résorbée, effectivement, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Et là, à partir des moments, avec les commandes militaires, c'est toujours ça qui relance la dynamique. Mais c'est grave ce qu'on est en train de voir. Vous voyez qu'il n'y a pas l'économique ici, le social, le militaire. Non, ce ne sont pas des catégories juxtaposées, indépendantes les unes des autres. Internet, c'est une création du Pentagone, du Saint des Saints de l'armée américaine. Il y a eu les talkie-walkies 50 ans avant les portables.
1:14:34 Donc ce n'est pas le principe, le principe, vous savez, ce qu'on dit, le capitalisme c'est bien, la Silicon Valley, ce n'est pas eux les grands découvreurs, n'est-ce pas ? C'est les besoins de la guerre et de la défense qui ont fait des grandes découvertes. Après, il y a quelques petits malins qui miniaturisent tout ça pour mettre à la portée des grands publics des décennies après. C'est ça qui est en train de se passer. La NASA n'ayant plus les budgets qu'elle avait lorsqu'elle a ses grandes heures de gloire, le premier homme sur la Lune, les grandes premières spatiales, elle délègue au privé ses imbéciles, Elon Musk dont on peut faire des petits génies des temps modernes, alors qu'ils ne font que travailler des savoir-faire qui ont été payés par les impôts de ses compatriotes pendant des décennies.
1:15:25 Oui, les USA sont… Personne ne peut sortir de la crise qu'avec leur entrée dans la Deuxième Guerre mondiale. Le jour se lève, que je vois reparaître comme un serpent de mer. Je ne dis pas ça. Il y en a qui se méfient de la figure du serpent, un familier de l'Afrique, vous savez, le serpent. Les neuf dixièmes des serpents que nous voyons sont parfaitement inoffensifs. La crise du Covid avec ses plans de relance pharaonique ne joue-t-elle pas le rôle que jouait la guerre dans les crises précédentes du capital ? Oui, c'est des serpents de mer parce que de temps en temps, je m'en sens si proche, puis après, je n'en entends plus parler, puis elle réapparaît.
1:15:58 C'est un peu peut-être les robots des réseaux sociaux qui dispatchent comme ça les posts. Et en tout cas, il me semble qu'à chaque fois, le jour se lève, fait du bon boulot. Pas dans le sens de Fabius cette fois, mais dans le sens que je lui donne, n'est-ce pas ? Et je l'en remercie. La crise du Covid avec ses plans de relance pharaonique ne joue-t-elle pas le rôle que jouait la guerre dans les crises précédentes du capital ? Je comprends l'argument. Il est fondé dans le principe, mais pas en termes quantitatifs, ce n'est pas du tout les mêmes échelles. Je suis beaucoup plus inquiet de la hausse faramineuse des budgets militaires, y compris en France.
1:16:45 On n'est pas agressé, je veux dire, on est beaucoup plus soucieux d'augmenter notre budget militaire que lorsque l'Allemagne nazie était sur le Rhin. Alors là, qu'elle nous menaçait pour de bon. Mais vous lisez le magnifique ouvrage « L'étrange défaite », n'est-ce pas ? Et vous verrez qu'il y en avait pas mal qui comptaient sur les hordes nazies, n'est-ce pas, en France, pour prendre leur revanche contre ce scandale qu'a été pour eux le Front Populaire qui a osé instaurer ces obscénités à leurs yeux que sont des congés payés la semaine de 40 heures.
1:17:26 Voilà. Maintenant, ce qui s'appelle dans l'opinion « Big Pharma », etc., je comprends, je veux dire, c'est clair qu'il y en a qui se font, je vais être un peu grossier, qui se les font non pas en or mais en diamant. Moi j'ai mes trois doses, vous vous rendez compte déjà, ce que j'ai rapporté à Pfizer. Non, non, mais c'est incroyable. Quand on voit le prix unitaire, en plus, il pourrait jouer le jeu. Quand on voit une telle masse de ventes, en général, on diminue le prix unitaire, même pas.
Le Covid : exploitation médiatico-politique et biopolitique
1:17:58 Voilà, donc en partie oui, je dis au jour se lève, voilà. Mais on est loin du compte. « Comment analysez-vous la crise Covid à la lumière du matérialisme dialectique ? On trouve très peu d'analyse sous cet angle. Sans nier le virus storytelling, est-il une conséquence de la baisse du TDP, du TDP, du TDP ? Je ne suis pas sûr de comprendre, mais ça c'est ma faute. Je suis un vieil africain, les Africains adorent parler par sigle. Ils ne disent pas le secrétaire général adjoint, ils disent le SGA.
1:18:32 En tout cas, la première partie de la proposition. Je ne voudrais pas décevoir ceux qui me parlent du Covid. Mais vous en trouvez ? S'il y a un sujet qui n'est pas passé sous silence, c'est bien celui-là. On ne parle pratiquement que de celui-là pour remplir, n'est-ce pas ? Pour combler le silence qu'on jette sur ceux dont on ne veut pas parler. J'essaie, moi, d'intervenir dans les sujets dont on ne parle pas et qui sont beaucoup plus menaçants, encore que la dictature sanitaire, que je ne suis pas le dernier à dénoncer, si vous préférez. Sauf que, et là je crois avoir à peu près la même position que des zombificateurs, c'est joli comme pseudo si je peux me permettre, sans nier le virus, vous voyez, donc il n'est pas dans la parano, que le virus a été inventé pour nous asservir non plus.
1:19:30 Je résume ma position comme ça sur le Covid, mais je n'en dirai pas beaucoup plus. Vous avez dit que je n'ai pas tellement envie d'en parler. Vous trouverez du monde pour parler du Covid dans tous les sens. Dans le sens le plus contestataire, le plus hagiographique, le plus discipliné, le plus révolté. Ma position est claire. Le virus existe, il n'est pas une invention, il est dangereux. Je suis plutôt pour le vaccin. Je sais que je ne fais pas que des amis, même dans mon camp. Ce n'est pas la question.
1:20:01 Puis ça peut discuter. Je ne suis pas un scientifique. C'est une opinion que j'ai là, ce n'est pas un savoir. Mais ce que je dénonce et qui est scandaleux, c'est l'exploitation médiatico-politique La manière dont l'appareil d'État qui nous dirige utilise cette pandémie pour des finalités bien éloignées de nos intérêts sanitaires. Voilà, je ne peux pas être plus clair.
1:20:31 « Storytelling Covid est-il une conséquence de la baisse du taux de profit ? » Je ne dirais pas, ce n'est pas aussi mécanique, mécaniste, je dirais, le storytelling est indispensable, n'est-ce pas, Donc on parle d'autre chose que de la baisse du taux de profit, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Il y a aussi le discours écologique, la planète et tout ça, je veux dire, excusez-moi, mais moi je les mets sur le même plan. Et d'ailleurs, il n'y aurait pas eu l'une sans l'autre.
1:21:04 Ah, mais oui, écoutez, si vous avez suivi la séquence des 50 dernières années, vous verrez qu'il a fallu des décennies de sensibilisation écologiste. Ou comme je disais à des jeunes, mais bon sang, quand j'avais votre âge, il n'y avait que les vieux qui parlaient tout le temps de « ne mange pas ça, c'est pas bon pour ta santé, pour ton foie, pour ton cholestérol ». Il n'y avait que les vieux, maintenant c'est universel. Je vois des jeunes regarder les boîtes dans des supermarchés où il y a les choses, je ne dis pas les meilleures, encore qu'eux. On idéalise un peu les cuisines de nos grands-mères.
1:21:37 Les grand-mères ont bon cœur. Quand c'est leur petit-fils qui vient de temps en temps, elles donnent le meilleur, c'est clair. Mais le quotidien de l'époque, il n'était pas terrible, vous savez. Dans la classe populaire, je parle. Je ne parle pas de ceux qui allaient dans les meilleures tables de Paris tous les soirs. Non, non, non. Si vous savez le nombre d'intoxication, relisez les journaux de l'époque, mortels à botuline, C'est cette terrible infection qu'est le botulinisme. Le nombre d'infections qu'il y avait à l'époque où avant les frigidaires il y avait les garde-manger, c'est terrifiant les chiffres quand vous regardez de près.
1:22:15 Et je ne parle pas de la pollution des eaux, des maladies qui venaient des eaux, je parle simplement de la nourriture ici. Donc il a fallu cette sensibilisation à la menace écologique, dite écologique, que j'appelle écologiste, n'est-ce pas, dans le discours, pour rendre les citoyens tout prêts à trembler devant un virus car le point commun c'est la santé, c'est le corps. On est en plein Foucault là. Vous voyez ? C'est une biopolitique bien réussie ça. La séquence qui va du discours écologique répandu dans les masses jusqu'à le discours sanitaire, disons méta-sanitaire.
1:22:58 Voilà. Je résume ma position. Le virus n'est pas une invention, il faut s'en protéger. Des pays ont montré beaucoup plus vulnérables que nous. La Chine, comment elle a pu se débrouiller pour juguler une telle épidémie ? Enfin, je veux dire, quand on voit la surpopulation, les quartiers, la fréquentation et le nombre d'habitants qui sont encore dans un secteur rural, n'est-ce pas ?
1:23:30 La Chine, le Vietnam, soyons honnêtes, Taïwan, qui n'est pas à la même Chine, n'est-ce pas, qui a un adversaire acharné, ont réussi à juguler. D'accord ? Je veux dire, donc il y a des mesures à prendre, on peut les prendre. Ce qui m'inquiète, c'est la manière dont on pérennise des tas de choses. A chaque fois qu'on est… ça y est, on en sort, c'est bon, je crois que le virus commence à s'estomper, on peut sortir, on peut enlever les masques, et hop, à chaque fois, ça repart. Ah oui mais y a une...
1:24:00 C'est une nouvelle variante qui vient de l'Adriatique, je dis n'importe quoi, demain ce sera du Salvador, et qui fait qu'on est désolé mais on est obligé de revenir au confinement et peut-être que si on les laisse faire, ça m'étonnerait à ce rythme-là. Je vois que vous êtes vigilants et que vous vous en méfiez, et ça a au moins cette vertu de ne pas laisser faire. Mais si on les laissait faire, dans 15-20 ans on en sera au 38ème reconfinement, Au 54ème rappel de vaccin, voilà, je suis dans les hyperboles exprès, mais vous comprenez bien ce que je veux dire.
Nigeria : identités ethniques et lutte des classes
1:24:36 Et ça, c'est scandaleux, l'exploitation médiatico-politique d'une pandémie par ailleurs bien réelle contre laquelle il faut se protéger. Voilà, je privilégierai maintenant les questions qui ne parlent pas que du Covid. Alors, vous qui êtes un connaisseur de l'Afrique de l'Ouest, oui, je connais l'Afrique de l'Ouest un peu mieux que la moyenne des Français de l'Hexago, Je ne suis pas ce qu'on appelle un spécialiste. Même si ceux qu'on nous exhibe comme spécialistes dans nos médias me font un peu rire.
1:25:08 Enfin, pensez-vous que l'on est en droit d'attendre à une forme de lutte des classes d'un genre XXIe siècle, léniniste, en Nigeria ? Au Nigeria, alors pourquoi le Nigeria ? Je présume que mon interlocuteur, c'est T.J.M. Bernard, Je présume que mon interlocuteur n'a pas l'air, puisqu'il s'intéresse à l'Afrique, de confondre le Nigeria avec le Niger, comme beaucoup en France confondent. Je rappelle que le Niger est un pays qui fait entre 8 et 12 millions d'habitants, et qui est francophone, et qui est à la limite, les deux tiers sont occupés par le Sahara, qui sont la partie nord et est du Sahel, presque à la jonction de l'Afrique occidentale et de l'Afrique centrale.
1:25:53 Avec ses 12 millions d'habitants pour un territoire presque deux fois grand comme la France, alors que le Nigeria est un pays continent à lui tout seul, qui a lui 160 millions d'habitants avec une tonne de pétrole par habitant. Et donc le pays qui pèse le plus économiquement, humainement, démographiquement, et dans l'Afrique subsaharienne, pour ne pas dire l'Afrique noire, avec l'Afrique du Sud en gros, ce sont les deux plus grandes puissances dans ce sens-là de l'Afrique subsaharienne.
1:26:32 On pense qu'on a une forme de lutte des classes. Écoutez, c'est une très bonne question, surtout qu'on ne la voit pas se profiler. Enfin, en tout cas, sous la forme, je présume, à laquelle vous faites allusion, avec des grèves générales. Ah oui, alors très bien, je suis attentif aux détails que nous donne ici notre interlocuteur. J'ai pensé au Nigeria parce qu'il est bien peuplé, bravo, donc c'est bien ça, et à une économie différente de la région, il est très important dans la région.
1:27:03 Bravo. Donc, Nathan Taylor Cohn-Bendit connaît bien ce contexte. Oui, je réponds. Je veux dire, ce qui me fait peur, j'aimerais bien moi, Il y en a des vidéos. Vous savez, c'est un immense pays, il y a une diversité de la presse ahurissante, par exemple. Il y a même assez rare dans la région, il y a des polémiques, il y a des contestations, des détournements de tel budget, de telle instance corrompue, etc.
1:27:34 Mais enfin, ce n'est pas tout à fait le lutte de classe, c'est la lutte politique classique, avec une opposition et une majorité. Par contre, ce qui m'inquiète, c'est toutes les étapes que doit franchir la population avant d'arriver à se reconnaître, reconnaître que l'essentiel de ces problématiques, de ces souffrances ou de ce qui ne va pas, doit être formulé en termes de lutte des classes. Car il y a une telle prégnance au discours religieux, fétichiste, Fétichiste, Vaudou, enfin Vaudou apparenté, Vaudou c'est plutôt le Bénin mais c'est pas loin, ethnique, religieux, périodiquement par exemple, il doit le savoir, notre interlocuteur le Nigeria est ensanglanté par des conflits qui opposent des populations musulmanes au nord du pays, en particulier la puissante ethnie haoussa, J'ai dit, j'ai dit.
1:28:32 Une des plus nombreuses, qui fait près de 50 millions de haussas presque dans cette région, ce qui pour l'Afrique subsaharienne est énorme pour une seule ethnie, n'est-ce pas ? Et les populations catholico-christiano-animistes du Sud, plus évangéliques que catholiques, animistes du Sud, n'est-ce pas ? Par exemple, il y a tellement de fantasmatiques à franchir parce que les puissants de ce monde jamais ne vont consentir à tomber le masque qui couvre la lutte des classes. Ils vont toujours la déguiser derrière des conflits d'ethnies, des identités régionales, nationales, les Slaves contre les Germains, les Corses contre les Français, les Hutus contre les Tutsis.
1:29:28 Et tout ça, ça fait des morts. Et plutôt que de dire qu'il y a des bretons riches qui exploitent des bretons pauvres… Je donne un exemple très précis que je dois à un ancien collègue, un camarade que je salue ici, un camarade qui est à la France Insoumise, Je me permets de l'appeler un camarade car il mérite ce titre. Je pense à Arnaud Le Gall, si je me permets de le nommer, parce qu'il m'avait donné un très bon exemple, il est de Carhaix en Bretagne, sa famille, et à l'intérieur de la Bretagne, où il n'y avait que deux grands donneurs d'emploi dans Carhaix.
1:30:22 C'était la gare et l'hôpital. Les deux ont été liquidés. Mais le maire de Carhaix, pour protester contre cette perte d'emplois, car il savait bien que pour être réélu, il fallait qu'il dénonce cette mise au chômage, disait « Paris dépouille la Bretagne ». Vous voyez, comme s'il n'y avait que la Bretagne qui était dépouillée par Paris, comme si ce n'était pas dans toute la France.
1:30:52 La méchante France, comme la méchante Russie va dépouiller l'Ukraine, la méchante France dépouille la Bretagne. C'est terrible, comme on voit par tous les mêmes schémas, dès qu'on est en termes identitaires. Alors, notre interlocuteur précise encore, l'inégalité devient très visible, ça je vous crois sur parole, pour illustrer ce que dit ici Bernard. Je connais des femmes d'affaires, des épouses d'hommes d'affaires nigérians qui sont dans une ville de Brousse, je dis ça ironiquement, c'est des villes de Brousse qui font 2 millions d'habitants, je pense à Kano, Kaduna, dans le Nord, et qui prennent l'avion privé de leur mari pour aller faire des emplettes à New York et retour dans la semaine.
1:31:32 Nigérians c'est ça, c'est pas le Tchad ou le Mali, c'est pas la pauvreté, à part une petite caste au pouvoir, tout le reste est vraiment dans une espèce de néant économico-social. L'inégalité devient très visible, mais il y a trois ethnies en gros dans un état. J'ose espérer que le lutte intestine s'estomper. Mais écoute, c'est un excellent vœu, je le partage avec Bernard. La meilleure manière de faire disparaître ces luttes fratricides et trop souvent sanglantes entre identités, c'est de supprimer leur statut d'identité et de revenir à l'universel.
Algérie, révolutions de couleur et conscience de classe
1:32:07 C'est-à-dire qu'il y a des exploiteurs contre les exploités, quelques ethnies qui s'appartiennent. Daniel Arias. Bonsoir Daniel, ça me fait plaisir. C'est toujours instructif les interventions de Daniel et pour tout le monde, y compris pour moi. Ces derniers jours, les tensions montent entre le Maroc et l'Algérie, amis des Russes et pays indépendants. C'est bien de rappeler ici de parler de l'Algérie parce que l'Algérie aussi, lorsque le Mali a été scandaleusement pénalisé par la réunion de la CEDEAO que j'ai dénoncée tout à l'heure, par ses chefs d'État, Auquel le grand Sankara faisait allusion quand il disait « il vaut mieux l'eau pour tous que le champagne pour quelques-uns ».
1:32:51 Eh bien, c'est les champions du champagne pour quelques-uns qui ont condamné au nom de la démocratie, il faut le faire, les populations en liesse que vous avez vues, enfin le régime militaire que ces populations en liesse applaudissait et pour lequel elles se réjouissaient. Sur les images que vous avez vues, l'Algérie, lorsque le Mali a été menacé d'isolement économique, parce qu'on veut l'étouffer, c'est comme les sanctions pour la Russie, c'est les mêmes schémas.
1:33:21 C'est cette monotonie de la nouvelle mondialisation. On retrouve toujours les mêmes schémas, les révolutions de couleurs partout, trouver une petite ethnie marginale là, C'est une ville d'Ouest, dont on va dire qu'elle est opprimée par l'État qu'on veut abattre, et susciter des guérillas dedans avec des colonnes de réfugiés, parce que forcément il y aura répression, c'est le schéma du Yougoslavie, du Kosovo. C'est comme ça que le monde entier a basculé du côté des anti-Serbes. Les anti-Serbes. Et oui. Alors que Belgrade était la seule ville au monde où il y avait une statue en hommage à la France.
1:33:55 Et on a été dans la coalition de l'OTAN pour bombarder ce pays, profitant qu'à l'époque la Russie n'avait pas un Poutine à sa tête mais un Eltsine. Donc oui, oui tout à fait, l'Algérie a offert son aide à une stratégie de repli ou d'arrière fraternelle au Mali, avec laquelle elle a une immense frontière, Il faut regarder les cartes, bien sûr, en plein désert. Daesh est réactivé en Syrie. Je crois qu'ici, Daniel fait allusion, il suit bien l'actualité.
1:34:30 Avec les événements de la prison, c'est la guerre. En même temps, tentative de coup d'État au Kazakhstan et montée de la tension Maroc-Algérie. Eh bien oui, les vagues s'agitent. Ce n'est pas une mer calme, à l'époque dont je parle. C'est pour ça que je me permets de mettre la guerre et la paix au centre de nos préoccupations. Merci Daniel, c'est bien de nous rappeler tous ces conflits-là dont aucun hélas n'obère les autres. Khaled Nordin, c'est facile de critiquer le PCF, nos dirigeants, mais nous à titre individuel, on en est où de notre conscience de classe ?
1:35:02 Bonne question Khaled, je ne voudrais pas parler à la place des Algériens, mais je sais, et je m'en félicite, et je suis très touché, Je sais que nos interventions sont suivies d'une manière très fidèle et si je peux me permettre, c'est par moi de faire des jugements de valeurs très intelligentes, très pertinentes, je veux dire par des gens renseignés visiblement. Et dans lesquels il y a des, la plupart du temps c'est des hommes, mais il y a aussi des femmes, je pense à cette grande mathématicienne qui est Amel Boulahir, que je salue au passage, et qui sont des gens qui observent, qui ne sont alignés sur rien.
1:35:40 Ce sont des vrais indépendants. Ils ont du mérite entre leur régime et ceux qu'on fait passer pour l'anti-régime dans la rue et qui est sous-mariné par des puissances étrangères le plus souvent, ils ont du mérite à garder une lucidité et une pertinence analytique. Merci Khaled.
Le final de la symphonie, Leningrad et les peuples danseurs
1:36:11 Sarah, le storytelling Covid, je vous ai dit que je ne voulais plus trop répondre sur le Covid, mais enfin on y a répondu quand même, mais il est lié au taux de profit, c'est sûr qu'en partie, oui, je répète. S'il n'y a pas d'autres questions, parce que je vois que les mêmes reviennent, je voudrais encore, avant de vous rappeler qu'il va y avoir la suite de cette magnifique symphonie de Prokofiev, avec le plus important je crois c'est cette dichotomie qui est entre le grand lyrisme slave qui voudrait surgir de la force orchestrale du chaos de l'orchestre, comme ça, n'est-ce pas ?
1:36:52 Pour avoir des perspectives tant soit peu élargies vers l'immense horizon de la steppe russe, et qui en est empêchée par des montagnes de souffrances, de matériel, de villes bombardées, de fermes brûlées, incendies, et de populations massacrées. 30 millions de morts. Voilà, avant de vous… Mais je signale aussi pour ceux qui auront l'excellente idée d'écouter la symphonie en entier, pas seulement les extraits du premier mouvement que je vous passe. Les quatre mouvements sont chacun pris à part un chef-d'œuvre. En tout, ce genre de symphonie, ça fait entre 30 et 42, 43 minutes. Je veux dire, si on prend tous les quatre mouvements, ce n'est pas non plus la mer à boire.
1:37:35 Mais le final, conformément à une tradition classique au sens du classicisme, précisément parlant, celui de Haydn, Mozart, Beethoven, même si l'orchestration est beaucoup plus moderne, beaucoup plus post-debussyste, dissonante, vous verrez jusqu'à la souffrance quelquefois, ou à la provocation, c'est souvent le cas de Prokofiev, le final nous laisse sur une note heureuse. Le final c'est une espèce de cavalcade dans la steppe russe retrouvée tout d'un coup et où tous les espoirs qu'on croyait à jamais abolis par ce carnage sans précédent et dont je maintiens qu'il continue à obérer et l'économie et la démographie et le développement de la Russie actuellement.
1:38:23 On ne se remet pas d'un carnage pareil en deux ou trois générations. Je ne parle pas seulement des morts, je parle des destructions matérielles. Un détail pour illustrer ce que je dis rapidement, parce qu'on nous le dit tellement peu souvent, le siège de Leningrad, le siège de Leningrad, je ne parle même pas de Stalingrad, le siège de Leningrad, il y a comme ça ce qu'on appelle des villes martyres, que l'Union Soviétique a décerné au titre de ville martyre. À Leningrad, il y a eu un.
1:38:54 Un million de morts. Hitler a fait en sorte que les populations ne puissent pas sortir pour qu'ils meurent de faim et de froid. Il va y avoir faim dans l'hiver russe, et puis Leningrad c'est bien au nord. Un million de morts par la guerre, par les bombardements, par les armes, par le froid, par la faim. Un peuple et les soviétiques ont fini par briser le siège. Ça a été une victoire à la fin de Leningrad.
1:39:28 À quel prix ? Vous me direz, mais c'est une victoire. Un peuple qui peut encaisser un siège comme ça, vous croyez qu'on va le tenir avec des sanctions économiques, Même en le retirant de la zone dollar, ça fait rire les Russes. Les russes, pardon. Ça lui fait rire. Voilà, n'est-ce pas ? Donc je reviens à cette symphonie. Elle redonne de la perspective et du bonheur à l'horizon, au final, magnifique final de cette symphonie, avec un rythme, un rythme que seuls les Russes, qui est un peuple de danseurs.
1:40:06 Les plus grands peuples de danseurs sont les Espagnols et les Russes dans la musique, dans la tradition de la musique classique européenne, populaire et classique. La musique classique, c'est non seulement, elle ne s'oppose pas à la musique populaire, à la différence des musiques people, qui liquide les musiques populaires, qui les aplatit, qui les arrasent et qui les uniforme sur la planète entière. Mais la riche diversité des musiques populaires, quoi de plus différent, c'est pas que le flamenco et une danse cosaque, qu'un trépak, comme on dit, une des danses les plus déchaînées traditionnelles de la Russie.
1:40:41 Il est intéressant de remarquer que les deux plus grands peuples danseurs de l'Europe sont aux extrémités de l'Europe. L'une à la médiation africaine, l'Espagne, et l'autre à la médiation asiatique, la Russie. Je m'arrête là pour vous enjoindre. Ce serait vraiment dommage de ne pas saisir cette occasion, surtout sous la baguette de cet immense chef Il dirige avec un cure-dent, comme vous avez vu, c'est son originalité et qui est adoré par les musiciens d'orchestre en quelques pays. Ce serait dommage de ne pas l'écouter jusqu'au bout, s'il rend une seule fois au moins en fractionné, comme on dit en athlétisme.
1:41:31 Par ailleurs, je voudrais rappeler que c'est les jeudis maintenant que nous nous retrouverons tous les 15 jours, donc on se retrouve dans jeudi en 8, mais on ne s'abandonne pas d'ici là. Dès le week-end prochain à peu près, nous avons déjà enregistré des réponses aux questions, nous sommes très en retard sur les réponses aux questions, on a essayé, on a comblé en partie ce retard dans les jours qui ont précédé avec Pierre-Alain, Et il en avait peu par rapport à son travail. Donc je vous annonce que vous aurez très bientôt sur YouTube une séance enregistrée de réponses aux questions qui reprendra ce dont nous sommes en train de parler. Donc je vous dis au revoir et à très bientôt et surtout merci, merci mille fois pour vos questions, pour votre fidélité.