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Présentation des invités et d'un article sur le confinement
0:00 Musique Je suis heureux de vous retrouver, chers amis, chers camarades, très heureux, d'autant plus heureux, que au cas où vous seriez lassé de ma personne, ce que je serai le premier à comprendre, vous ne serez pas en tête à tête avec moi ce soir, car nous avons des invités que je suis trop heureux et honoré d'ailleurs de vous présenter.
0:47 Enfin, honoré qu'ils aient bien voulu prendre sur leur temps pour participer à ce direct. Philippe Moreau, que je n'ai plus à vous présenter, et qui reste aux commandes de manière vigilante pour toute notre régie, a eu comme moi une excellente impression à lire l'article d'Alexandra Tricottet, qui n'est pas inconnu pour ceux d'entre vous qui sont les plus fidèles.
1:20 Philippe Moreau, que je prolonge ma parenthèse, mais Alexandra Tricottet, je vous rappelle qu'elle a commis ce petit bijou qui s'appelle la truelle et le marteau. C'est un petit bijou parce qu'il y a question de moi. Non, sérieusement. Il y a question surtout de Clouscard et de Negroni et de François Negroni et de bien d'autres choses et surtout d'un regard rétrospectif sur les décennies qui viennent de s'écouler. Et croyez-moi, la plupart d'entre vous seront bien contents de voir cet éclairage qui confirmera ce qu'ils en pensent apparemment.
1:59 Mais donc, Alexandra Tricottet vient de publier un article dans la dernière parution d'un blog créé par Benjamin Le Louarn qui est avec nous aussi ce soir. Donc, après Alexandra, je vous parle de Benjamin. Son blog, certains d'entre vous le connaissent déjà. Il s'agit du Gros Rouge qui tâche et qu'il vous présentera. Je ne vais pas le faire à sa place, mais je vous le recommande.
2:31 Non pas les yeux fermés, ce serait dommage pour la lecture. Mais là encore, c'est gratifiant pour ceux qui sont à juste titre un peu exaspérés de voir la monotonie de ce qu'on entend par ailleurs. Ça fait quand même ce qu'on appelle un appel d'air, tout ça. Et donc, Philippe et moi-même, nous avons été, allez, je vais parler comme vous, bluffés par la qualité de l'article, je vais la faire rougir, d'Alexandra Tricottet, qui semble, n'est-ce pas, se focaliser sur l'événement dont nous venons de sortir.
3:16 Point d'interrogation, le confinement, je ne suis pas sûr qu'on en sorte de sitôt. Mais enfin, je veux dire, vous savez, la dernière fois, je vous ai parlé d'un déconfinement impossible. Nous sommes un peu dans cette période-là. Mais elle en parle tellement bien que je n'ai pas trop envie de m'attarder. Ce qu'il me semble, mais elle me corrigera si je me trompe, c'est qu'à partir du confinement, ou plutôt elle le présente un peu comme une métonymie, sans dire le mot, parce qu'elle n'a aucune pédanterie, j'en profite pour dire qu'Alexandra est une universitaire qui a suspendu sa fréquentation de l'alma mater, de l'académie, pour construire des maisons avec ses mains dans des matériaux traditionnels.
4:04 Et croyez-moi, je prolonge ma parenthèse, moi qui ai vécu au Sahel, dans les régions parmi les plus chaudes du globe, j'ai bien vu la différence quand il y a une panne de courant et qu'il n'y a plus de climatiseur entre le béton armé avec le fer qui rayonne toute la nuit, après avoir subi près de 50 degrés dans la journée, et les maisons en terre, c'est bien ça, Alexandra ? Oui. Je dis en torchi parce que je ne suis pas un connaisseur, en banco, on dit en Afrique, mais enfin voilà. Et croyez-moi, c'est du luxe par les temps qui courent.
4:36 Donc, Alexandra n'arrête pas de cogiter pendant la construction de ses maisons. Ça nous vaut les articles de cette excellente tenue. Et je vous dis, elle présente un petit peu le confinement comme une métonymie de l'époque que nous vivons, un peu comme un révélateur, ou une accélération de la prise de conscience vraiment de l'époque assez incroyable que nous vivons.
5:13 Je pense à un livre qui va paraître bientôt, que son auteur me pardonne de le compromettre avant l'apparition, mais je pense à Dominique Mazuet qui va bientôt faire paraître « Les veaux et les choses », qui est une espèce de brûlot contre la vulgate écologiste, et non pas contre l'environnement auquel nous sommes tous très attachés. Et dedans, il répète ce slogan auquel je tiens, n'est-ce pas ? L'écologisme, stade final du capitalisme, n'est-ce pas ?
5:48 Ou phase finale, si on veut, des métaphores médicales, n'est-ce pas ? Vous voyez ? Donc, on revient à cette métaphore médicale. Avant de parler, je n'ai pas envie d'occuper le terrain, mais avant de passer la parole d'abord à Benjamin, qui va vous présenter son blog, puisqu'il est l'hébergeur, et Alexandra qui a commis cet article qui nous occupe ce soir, je voudrais juste me reporter à la fin, les dernières lignes, vous voyez, de l'article d'Alexandra.
La chute de l'article : Nerval devant la tombe de Rousseau
6:21 Alors, ça perd un peu son sens, si on n'a pas lu tout ce qu'il y a avant. Mais après avoir montré, n'est-ce pas, que dans cette époque, sa réflexion l'a amené à montrer que les destins individuels et le destin collectif ne sont pas séparables à la hache, tant s'en faut ? Je vous lis simplement sa chute sans commentaire. Notre choix revient donc encore une fois à celui de Nerval dans Angélique, soit le roman individuel est fantasmé, soit la tombe de Rousseau et le destin collectif.
6:52 Évidemment, Alexandra fait allusion à l'auteur du contrat social, le destin collectif. Et suit une citation de Nerval, qui devant la tombe de Rousseau à Ermenonville, pendant sa balade dans Sylvie, lâche ces mots significatifs en s'adressant à l'auteur d'Émile, « Tu nous avais donné le lait des forts ». Je prolonge la citation. « Et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter.
7:22 Nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères et nous avons perdu le sens de ta parole. Dernier écho des sagesses antiques. » Voilà. Et Alexandra, de conclure son article, « Espérons que nous ne soyons pas trop faibles, ce coup-là pour en profiter. » Profiter de toutes ces révélations qui se sont produites à la faveur des masques tombés pendant le confinement. Mais c'est mal barré. Je continue à lire la chute d'Alexandra. C'est mal barré. Au moins, la lutte aura encore gagné en clarté.
Un blog communiste et rabelaisien : la « troisième restauration »
7:53 Voilà. Je passe donc la parole à Benjamin Le Louarn, créateur et initiateur et rédacteur dans son blog « Le Gros Rouge qui tâche », qui va vous présenter son blog. Et après, nous revenons, bien sûr, à l'article d'Alexandra. Benjamin, je suis content de mettre en relation avec notre public. C'est à toi. Déjà, c'est moi qui te remercie, Dominique. Merci pour le blog et puis pour Alexandra parce que c'est une plume avertie qui mérite d'être connu et diffusé.
8:32 Donc, merci à toi et merci à Philippe pour l'invitation. Alors, pour parler du blog, c'est un journal en ligne qu'on essaie de... qui est sur une ligne communiste et rabelaisienne. Et pour en parler, je vais... C'est pas un mauvais programme. Non, j'aime bien. Pour une fois, tu vois, Pagani, je vais t'imiter, tu vois, parce qu'il n'y a pas de raison. Je vais commencer par un petit détour. Chiche ! Allez, il n'y a pas de raison. Et alors, bon, j'ai un ami et un camarade qu'on a en commun d'ailleurs, Victor Sarkis.
9:10 Donc, c'est un jeune philosophe marxiste. Excellent camarade. Donc, je vous recommande à la fois les conférences et les articles. Et il dit souvent, sous la forme d'une boutade, que... Il dit, voilà, si je devais écrire une biographie, je la commencerais en disant, je suis né à l'aube de la troisième restauration. Bon, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tout simplement, que ceux qui sont nés dans les années 90 sont en quelque sorte nés confinés, si vous voulez.
9:43 C'est-à-dire, enfin, confinés pour... Je suis valide. ...dépossédés. C'est confinés sur le plan de la raison, mais aussi du sentiment, mais du sentiment à la Rousseau. C'est-à-dire du sentiment comme éducation à la raison, confinés esthétiquement, confinés politiquement. Et ça, c'est lié clairement à la chute de l'Union soviétique et de toutes les formes culturelles qu'il y avait, et politiques qu'il y avait autour de l'Union soviétique. Alors oui, ça a été dit mille fois, elle avait plein de défauts.
10:14 On peut parler de la bureaucratie, l'absence de démocratie directe. Mais toutefois, l'effondrement de cette structure, qui était l'Union soviétique, a, je crois, retiré au tiers-monde et au prolétariat européen, toute alternative réelle, en fait, à l'anthropologie sociale, produite par le capitalisme atlantiste depuis 1945. Donc, il y avait une alternative socialiste dont on peut discuter, mais qui était réelle, et dont l'écroulement a objectivement consacré l'avènement du capitalisme mondial sous pilotage nord-américain.
10:55 Donc, par ailleurs, si vous voulez comprendre, je pense, et si mon jugement moral a priori, la nostalgie actuelle est grandissante des Russes pour l'Union soviétique, simplement penser à Hobbes. Parce que je crois que l'Union soviétique, ça a été pour le peuple russe, le Léviathan qui devait dévorer le Béhémoth. C'est-à-dire, on avait là un collectif qui était contraint, sous l'épée de la nécessité historique, et pour se sortir du sous-développement aussi, de mettre à genoux la logique prédatrice du marché.
11:32 Donc, je retourne sur ce temps qui est le nôtre, celui de cette troisième restauration. Alors, quand on regarde un peu le paysage, on a eu un écroulement du communisme, du socialisme, du républicanisme gaullien, du républicanisme tout court, en fait, du jacobinisme, du nationalisme arabe, de la cosmétisme, de notre souveraineté, même des marxismes africains. Et finalement, on se retrouve, à l'échelle du monde, à une espèce de confinement mental général.
12:05 Parce qu'on a un terrain idéologique dont on commence à sortir, mais qui a longtemps été divisé au début des années 2000, entre d'une part la fin de l'histoire de Francis Fukuyama, et puis d'une part le choc des civilisations de Huntington, si je voulais résumer. En plus, cette fin de l'histoire de Fukuyama dans le paradis démocratique libéral, ça s'est quand même concrètement effectué dans l'enfer de ce capitalisme prétendument démocratique, et qui ne procède au devoir d'ingérence ou à la responsabilité de protéger qu'à l'encontre de nations fragiles et faibles.
12:41 Je vous rappelle, c'est connu, le fameux mot de Madeleine Albright, quand on lui demande, voilà, 500 000 enfants irakiens morts suite à l'intervention, est-ce que ça valait la peine ? Il a dit, oui, oui, le prix en valait la peine. Donc ça, c'est vraiment exactement ce que fait Jacques Vergès qualifier de démocratie à visage obscen. Bon, j'ai pas... J'ai fait un petit détour là, mais tout ce que je veux dire, c'est que, bon, on pourrait se dire, voilà, nous, on est des léninistes, des léninistes disciplinés, et dans le léninisme, il y a quand même la volonté, l'ambition de mettre à la portée de tous, c'est spécialement auprès des moins pourvus, financièrement, socialement, de se prendre de la classe, des formes de connaissances, de savoir, voilà.
Se séparer gaiement de son passé : Marx et le rire
13:30 Mais nous aussi, je pense, avec Alexandra, on veut être sérieux et rigoureux, mais pour autant, on veut pas être, comme nous invite souvent à l'être, à notre époque, je crois, des pisse froids orchidoclastes, quoi. Vous voyez ce que je veux dire. Tu travailles sur ce texte-là en ce moment, Pagani, mais c'est dans l'introduction à la critique de la philosophie du droit de Hegel. Il y a un moment que j'aime bien où Marx mentionne la mort des dieux antiques romains.
14:05 Il nous dit, ces dieux-là sont morts deux fois, donc d'abord avec gravité, avec Eschyle et le prométhée enchaînée, et ensuite dans un grand rire, grâce à Lucien de Samosate, qui en gros les ridiculise et les caricature. Donc de nouveau, la comédie qui succède à la tragédie. Absolument, et c'est ce genre d'attitude, nous dit Marx, qui, dans une très belle phrase, nous dit, voilà, ça permet à l'humanité de se séparer avec gaieté de son passé. C'est passif. C'est profondément en cela que nous deux, au gros rouge qui tâche, on est rabelaisiens.
14:40 On veut contribuer à ce que cette séparation en cours, avec cette anthropologie libérale-libertaire, se passait là, se déroule aussi gaiement que possible. Et ce n'est pas facile, surtout au regard des terrifiantes pesanteurs moribondes qui non seulement pèsent sur les consciences idéologiques actuelles, mais aussi du fait de la contrainte économique et de la crise. Donc, voilà. Je terminerai là-dessus.
15:10 Le but du journal, en ligne, il est double. Si je ne voulais pas se ticher, c'est un peu pourquoi des satiristes marxistes entendent de dénuants. Et pour le dire concrètement, on a envie quand même de se moquer rigoureusement de la tronche des idéologues stipendiés par le pouvoir, de tous ces politicards qui croient faire l'histoire, qui ne mettent jamais en branle que des parodies de guerres picrocholines Et puis, aussi, et ça, je tiens, tu parlais de l'écologie, je pense qu'il faut aussi libérer la parole marxiste des verrous idéologiques qu'on entend lui imposer.
15:51 Et surtout, on entend lui imposer diverses coteries modernes. Et c'est des coteries dont le manque de... Moderne, je ne sais pas. Actuelle, disons. Post-moderne. Voilà, post-moderne, c'est bien. Et leur manque de... À ces gens-là, leur manque de représentativité concrète auprès des masses, elle est inversement proportionnelle à leur capacité de nuisance idéologique. Quand on voit aujourd'hui la valorisation de thématiques comme la nature, la race, le sexe, au détriment du social et du combat de classe.
16:28 La couleur et le genre. Voilà, on a... Là, on a vraiment, je crois, un énième confinement décisif sur le terrain de l'émancipation. Donc, voilà. Je me tais après. C'est Alexandra qui est à l'honneur. Et encore, merci à toi, Dominique, et à Philippe. Merci pour cette introduction. chers amis, chers camarades, si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à vous abonner en ligne au Gros Rouge qui tâche. C'est bien intitulé exact.
17:00 Oui. Voilà. Il y a un extensif complexe sur ta chambre. Voilà. Je tâche. Je rebondis très rapidement avant de passer à la parole à Alexandra sur ton couplage marxisme-rabelaisien. Non seulement, je n'ai rien à dire contre, mais je m'en réjouis en tant que marxiste et même communiste français. Je parle de communiste très librement ici.
Rabelais, le bonheur et « l'écologisme, opium du people »
17:30 Je ne fais pas allusion pour l'instant ni à un parti. Ni pour ni contre, d'ailleurs. Je laisse l'anti-PCFisme aux trotskards maoïstes et autres anars, je veux dire. C'est-à-dire à ceux qui se prétendaient à gauche du PC en 68 pendant qu'ils nous refilaient la droite, ce qui est à droite de De Gaulle et qui nous gouvernent depuis. Post-Vichy. Non, non, ce qui me plaît dans le côté rabelais, c'est d'abord le rire, le bonheur.
18:02 Parce que dans la... Il y a la substantifique moelle, comme dit Rabelais. Et la moelle, ce n'est pas un hasard comme métaphore. Ça fait du bien par où ça passe, dans le palais et à la langue. C'est bon. Il y en a marre de cette culpabilisation de l'humanité qui salope la nature, je veux dire, et que nous sommes tous des salopards de consommateurs pendant des millénaires. Cette trahison d'un certain christianisme qui s'appelle les églises instituées nous ont fait battre la poitrine, mea culpa, mea maxima culpa.
18:39 Et voilà que l'écologie prend la relève. Ce qui me fait dire, d'ailleurs, que m'inspirant de Marx, disant que la religion est l'opium du peuple, moi je dirais que l'écologisme c'est l'opium du people. C'est l'actualisation de la formule de Marx, sauf que le people c'est plus réactionnaire que le peuple, mais ça, ce sera l'objet peut-être d'une autre discussion. Donc voilà, merci pour le rabelais. Je mets rabelais, disons, en harmonique, au sens musical du terme, en phase, si vous préférez, avec une des plus belles phrases des révolutions françaises, celle de Saint-Just, disant « Le bonheur est une idée neuve en Europe ».
Lecture d'Un immense caveau de François de Negroni
19:23 Premièrement, alors, deuxièmement, ce qui m'a frappé, donc, l'article d'Alexandra, c'est cette convergence, vous voyez, du destin individuel et du destin collectif. Non pas qu'on ne puisse pas les séparer, mais quand on ne les sépare, le destin individuel devient une névrose mortifère. Je ne crois pas trahir la pensée d'Alexandra quand je dis ça.
19:54 Or, je vois que, je viens, mais ce sont des coïncidences, il y en a-t-il, il y a-t-il un hasard ? Écoutant un petit peu la moins mortifère des Parano prétendent qu'il n'y a pas de hasard, comme je suis tenté de le dire, de le penser parfois, parce que je reçois de François de Negroni, que je salue, qui est en Corse, sa toute dernière publication, elle aussi me pardonnera, parce que je me demande si le livre est déjà en librairie, il l'est à peine, parce qu'il vient tout juste d'être édité, et dans lequel on trouve, vous voyez, à la fin, je ne veux pas, bien sûr, éventer le récit, mais la dernière journée du personnage qui est le centre de son récit, je le montre ici, ça s'appelle Un immense caveau, n'est-ce pas, voilà, c'est un ouvrage qui fait près de 90 pages, et donc, c'est la dernière journée du personnage, je n'en dis pas plus, je dis juste ces lignes-là, et vous verrez tout de suite le rapport qu'il y a
21:04 avec la conclusion d'Alexandra, et surtout avec quelques thèmes qu'elle reprend et qu'elle va développer dans le corps de son article. Lorsque, voilà, donc le héros, le principal personnage du récit, sort de chez lui sur sa dernière journée. 6h30, il franchit d'un bond décidé le seuil de sa demeure, ça se passe dans un village en Corse. Dehors, un léger vent frais d'aurore le saisit, il dut réprimer en lui le fugace jaillissement d'un élan vital qui n'était plus de mise.
21:36 On n'est pas dans le collectif, là, on est dans l'anecdote personnelle, apparemment, un récit. On est dans un roman du romanesque. Perché sur une borne, un goéland l'observait tranquillement. Vous voyez, dans le roman, l'œillade moqueuse, à l'aise, sans manifester aucun signe d'effarouchement. Je signale au passage, il faut aller vite, ça vous fait gagner du temps que le goéland et le surgissement de la nature. Tout d'un coup, dans le récit, c'est l'animal. L'œillade moqueuse, à l'aise, sans manifester aucun signe d'effarouchement.
22:07 Il était donc vrai, ce charmant conte de fées, serinées en boucle au poste et illustrées au travers de maints exemples animaux ou végétaux. Deux points, à la faveur du bouclage planétaire de son irresponsable prédateur bipède, la nature s'avisait de recouvrer ses droits. Elle se débauchait, s'empanachait d'herbes folles jusqu'au sein des fourmilières urbaines artificielles, tandis que pavoisaient les intégristes décroissants du lumpenbobotaria, végétaliens fanatisés, environnementalistes convulsifs, antispécistes hargneux, Sainte-Gréta, l'adolescente suédoise dont on avait volé la maturité.
22:58 Je vous rappelle qu'elle dit toujours qu'on a volé son enfance et sa jeunesse, mais je crois que c'est bien plus grave ce que nous révèle François de Negroni, c'est qu'on lui a volé sa maturité. Reprenaient du poil de la bête, tout comme le Zarathoustra de TF1, l'intranquille monsieur Hulot, ce génial lanceur d'ultimatum au genre humain. À la bonne heure, vous voyez, on était partis pour l'anecdote personnelle, regardez comment on retrouve notre temps, le vôtre, le mien, le nôtre. À la bonne heure, respire à plein poumon, etc.
23:28 Voilà, je ne veux pas éventer la suite du récit. On a envie de savoir la suite. Ça, c'est l'art de l'écrivain. Bon sang, on ne sait pas où il va, on ne sait pas ce qu'il fait. Voilà, pour ça, vous lirez un immense caveau aux éditions Materia Scritta. Je suis sûr, Alexandra, que tu as compris pourquoi je citais ce passage et en quoi il est en harmonique avec ton texte. J'ai essayé de suivre, mais je ne suis pas sûre d'y arriver.
24:00 Ah, tu ne te rends pas justice. Bien, moi-même, je me laisse intimider par la plume de François de Negroni, que j'envie, mais enfin, j'ai pris un immense plaisir à la tienne et c'est pour ça que nous sommes là ensemble. Donc, voilà, je voudrais te demander est-ce que je me trompe quand je dis que le Covid, qui est le sujet principal de ton texte, puisque le titre, après tout, c'est « Ave Covid, morituri te salutant »
« Ave Covid » : la mort comme maître absolu
24:32 et non pas cette plaisanterie de corps de garde, pardon, d'ICD qui faisait dire « Tu es mort, et tu ris, et salue ta tante ». On va me traiter d'homophobe. Non, non, je crois que c'est très important que tu rappelles ça, parce qu'il y a de la gravité dans ce titre. Il y a le maître absolu, la mort, que tu cites deux fois dans ton texte. Je rappelle que c'est Hegel qui montre que s'il y a un moment qui ripe dans la dialectique, c'est bien celui de la mort, le moment qu'il appelle lui-même le maître absolu.
25:08 Ce n'est plus un maître qui est esclave de l'esclave, c'est le maître absolu. Donc, est-ce que je me trompe en pensant que le Covid est ce que, je ne sais pas, un Marcel Mauss, aurait appelé par un phénomène social total qui permet de voir beaucoup d'autres choses simplement que le Covid lui-même, que la pandémie elle-même. Est-ce que je me trompe ? Non, non, tu ne te trompes pas puisque ça a eu un effet loupe quand même assez important que beaucoup de gens ont remarqué.
25:43 Voilà, c'est ce que j'ai essayé de décrire aussi, c'est que ça rendait les angoissés encore plus angoissés, les inquiets encore plus inquiets, etc. Après, Ave Covid, c'est parce que c'est ce que les gladiateurs disaient à l'empereur avant le combat. C'est aussi un programme. Oui, merci de le rappeler parce qu'on a plein de jeunes amis qui ne font plus de latin à l'école.
26:18 La formule des gladiateurs en passant devant César avant les combats et leurs prestations, c'était « Ave César morituri te salutant », ce qui veut dire « salut, César, ceux qui vont mourir te saluent ». Donc, voilà, c'était pour rappeler que de toute façon, on allait tous mourir, mais que ça n'empêchait pas de se battre. Voilà. Voilà une réponse de gladiateurs écrivains, écrits avec le glaive, c'est bien, et le rétiaire, avec le filet.
26:53 Voilà, mais j'aimerais que tu gardes la parole. Alors, il y avait l'histoire de la sidération qui m'avait parue importante aussi, c'est-à-dire que finalement… J'ai été frappé par ça, voilà, je te la rends tout de suite, mais tout le début de ton texte est superbe dans la mesure où tu t'attardes sur l'effet de sidération qu'a produit d'abord ce changement qui a été pour l'immense majorité d'entre nous, la quasi-totalité, le surgissement du Covid dans notre vie quotidienne.
27:27 Je te la rends. Et le fait, enfin, le surgissement du confinement, en fait, parce que… C'est ça. Ça a eu une… Oui, ce n'est pas le virus, c'est les décisions politiques qui ont suivi. C'est comme si on nous empêchait de nous battre aussi contre ce qui se passait, c'est-à-dire qu'on était… On nous demandait de rentrer à la maison en attendant que ça passe. et finalement, tout le monde, enfin, il me semble, moi, tous les gens que j'ai vus à ce moment-là, avaient la même impression, c'est-à-dire qu'on était comme si on avait été taclés, qu'on était un peu hébétés, qu'on avait beaucoup de mal à réfléchir, on avait beaucoup de mal à continuer à faire ce qu'on faisait et pas seulement pour des raisons matérielles.
28:14 Il y avait une espèce de choc, de sidération. Voilà, c'est ce que j'essayais de décrire. C'est pour ça que je prenais l'image du croche-pied. Voilà, on s'étale et en s'étalant, on se voit s'étaler. Je ne sais pas comment dire mieux, mais il y a eu une espèce de ralenti à ce moment-là. C'est très bien rendu dans ton texte, je veux dire, justement, cette sidération, il faut d'autres mots, on ne va pas se répéter, mais je répète qu'il s'agit moins ici du virus en lui-même, je veux dire, dont il ne s'agit pas de nier, comme certains complotistes.
Le complotisme et le tri des malades
28:56 Je fais une parenthèse à propos de complot, pour être clair. J'ai deux clarifications à faire, qui vont me faire revenir d'ailleurs à l'introduction de Benjamin aussi. C'est que, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer, ça simplifiait énormément le discours politique. Vous savez, Aristote disait déjà il y a 2500 ans, la mathématique unit les hommes, la politique les divise. Ça n'a pas perdu son actualité énormément ce truc-là. Mais, ils divisent tellement qu'on se demande comment Pagani peut avoir la prétention de vouloir tout simplifier.
29:27 Eh bien, si, si, je vais vous résumer la solution de tous les problèmes politiques en une seule formule. Il n'y a plus que deux positions politiques et non pas dix mille. Ne vous laissez pas impressionner. Il y a la théorie officielle, celle de ceux qui nous gouvernent. Dès que vous vous en éloignez d'un millimètre, vous êtes dans le complot. Dès que vous êtes en désaccord avec les médias, avec la voix de son maître, vous êtes dans le complot. Voilà. Ça, c'est pour rendre hommage à ceux qu'on traite de complotistes aussi.
29:57 Ceci dit, c'est vrai qu'il y en a qui sont un peu allumés du ciboulot. Le virus existe. Nous avons tous eu des connaissances, des proches, pas quand même, qui en ont été victimes. Et puisque tu parles du confinement, alors qu'on nous a dit rentrer chez vous, nous avons tous connu soit un parent, soit un proche, soit un ami qui est allé à l'hôpital pour autre chose, pour d'autres pathologies, voire même atteint par le virus, mais d'une manière, disons, bénigne, entre guillemets, à cause de leur âge, par exemple.
30:29 Et qui se sont vu dire, à leur grande stupéfaction par les médecins, rentrez chez vous, on a d'autres choses à faire. Vous êtes, moi, on a dit à ma fille, vous êtes debout, donc vous ne nous intéressez pas. Je ne m'intéresse qu'à ceux qui viennent ici au dernier stade et agonisant, quoi. C'est quand même sidérant. Je ne parle pas ici de personnel soignant, je parle des instructions à l'entrée. C'est quand même effrayant. C'est un peu comme s'il y a des motards sur la route qui vous vont mettre de côté parce qu'il y a un cortège qui passe, une ambulance, je ne sais pas, et on se retrouve là au bord de la route, comme tu dis, sidéré et hébété, qu'est-ce qu'on fait là ?
31:08 Et comme on dit, vous allez y passer quelques jours sur la route, sur le fossé. Il y a eu ça, il y a eu le tri aussi, qui est quelque chose de sidérant aussi. Développe, ça m'intéresse. Le tri, c'est-à-dire passé 70 ans, on n'est plus soignable, on n'est plus admis en réanimation. Alors que ça fait 40 ans qu'on nous bassine en nous expliquant qu'à 70 ans, on est encore jeunes. Oui. À qui le dis-tu ? On est bien d'accord.
Révolution et contre-révolution depuis 1789 ; la perte d'un recours
31:38 Alors, je lui ai dit que je revenais en arrière aussi au niveau de ce que disait Benjamin qui a parlé, qui a fait un découpage chronologique avec son excellente formule emprunté à Victor Sarkis que je salue au passage, de la troisième restauration. C'est si bien vu. Alors, j'ai du mal à se remettre d'une seule. Je rappelle ici que depuis la prise de la Bastille, nous ne vivons pas un temps révolutionnaire ni un temps contre-révolutionnaire, mais nous vivons le combat des deux.
32:13 On l'oublie un petit peu trop souvent. et dans ce combat des deux, ça fait quand même quelques temps maintenant depuis 1789, ça fait plus de deux siècles maintenant largement. Voilà que, si on regarde de près, l'historienne me corrigera, je me trompe, mais je crois que tout le monde est d'accord, le temps de la contre-révolution a été beaucoup plus long, celui de la restauration, celui des restaurations après Robespierre, après Waterloo, après Charles X, après Louis-Philippe, puis après, il y a eu M. Thiers qui a encore restauré après la Commune.
32:57 Enfin, oui, nous vivons l'époque des restaurations. Et puis, le magnifique programme du CNR, n'est-ce pas, on a essayé en partie de le chouraver, Friot montre ça très bien, comment une certaine droite a essayé de récupérer ce que les prodigieuses avancées de l'exécutif de la politique et du programme social de la résistance. Voilà. Donc, j'apprécie beaucoup cette formule.
33:28 Et puis, il l'a datée, il l'a fait coïncider avec la chute de l'Union soviétique. Alors, je rappelle ça pour mettre, il faut faire deux mises au point. Premièrement, une que j'emprunte à feu notre ami René, René Comer, je ne sais pas, qui a été une bénédiction pour la dernière période de la vie, la dernière longue période de la vie, sans doute la plus heureuse de Michel Clouscard et que nous avons perdu suite au cancer qu'il a emporté il y a quelques années, qui a eu cette phrase qui est peut-être la plus sensible que j'ai entendue sur la disparition de l'alternative à la planète atlantisée.
34:05 de la mondialisation atlantiste. Lorsqu'il a dit la chute du mur de Berlin, ce n'est pas un échec du communisme, c'est un grand pas en arrière de l'humanité. C'est la première mise au point. La deuxième, là, je sais que je vais agacer mes amis du PRCF et je le dis parce que je tiens à garder les excellents rapports que j'ai avec eux, je les salue, je contre-signe 90% de ce qu'ils disent et de ce qu'ils publisent. Je peux me permettre juste de dire ceci, ce qui n'est pas un reproche à eux, je dis ce que je pense pour moi.
34:39 Je pense qu'avec ma grande gueule, j'aurais été fusillé sous Staline. Voilà, voilà, ça y est, j'ai arrêté de les agacer, tout est dit. D'accord ? Je ne suis pas en train de faire l'apologie de l'Union soviétique. Mais je dis que le monde dans lequel nous vivons depuis la chute de l'Union soviétique est terrifiant. si les Vietnamiens ont sauvé l'honneur, si les Vietnamiens ont mis en échec les deux plus grandes puissances impérialistes de l'époque, de la guerre d'Indochine à la guerre du Vietnam, s'ils ont abattu plusieurs milliers d'aéronefs américains, via aéronefs pour comprendre les hélicoptères, les chasseurs F-105, tout ce que vous voulez, les premiers F-15 bombardaient le Vietnam, les B-52, s'ils l'ont pu le faire, ce n'est pas avec des lances-pierres.
35:25 C'est avec des fusées soviétiques SAM-6, SAM-7. Il y avait un recours. Il faut avoir vécu, comme je l'ai fait depuis, enfin, pour ceux qui ont besoin d'être empiristes, parce qu'il y en a qui le savent très bien sans être allés en Afrique, mais il faut avoir vécu dans ce qu'on appelait à l'époque le tiers-monde pour voir à quel point la disparition de ce recours a été une sidération au sens le plus négatif pour des millions de populations parmi les plus exploitées du monde.
35:55 Je me rappelle que lorsque Sankara était assassiné par le camp atlantiste, soyons clairs, c'est un secret de Polychinelle. Je prends un problème régional exprès ici. Les Africains avec qui j'ai parlé à ce moment-là, les jours qui ont suivi, qui étaient des opposés à Sankara, qui étaient des gens un peu plus conservateurs, largement plus conservateurs, certains que lui, qui se sentaient un peu effrayés par la rapidité avec laquelle il faisait rouler des ministres en Renault 5, ce qui était la première fois depuis l'indépendance que je voyais des grands changements en Afrique politique, faire rouler des ministres en Renault 5, et non, pas en Mercedes.
36:41 Donc, ils étaient atterrés, ils étaient opposants à Sankara, ils étaient atterrés de voir son assassinat, de voir que tout d'un coup, ils étaient seuls face à la machine atlantiste. Je dis toujours atlantiste pour ne pas bouffer de l'Américain, il y a des Américains qui se sont battus contre l'atlantisme et que je salue au passage. Bien sûr, l'Amérique est le navire amiral de l'Alliance Atlantique. Mais voilà, je dis ça pour faire une mise au point pour ne pas que à la suite de l'introduction de Benjamin.
Gilets jaunes et partage de classe pendant le confinement
37:11 On croit qu'on est tous les trois payés par les services spéciaux russes, vous savez comment ? Ça se dit ces jours-ci, ça défraie l'actualité. Maintenant, tous les bulletins commencent par le fait que les Russes commandent tout, toutes les élections, tout ce qui se passe en Occident est commandité par les Russes et si on élit Miss Arcachon à la fin du mois d'août, on dira c'est les Russes qui ont magouillé l'élection de Miss Arcachon sur la plage. Miss Arcachon, ce n'est pas possible. Pourquoi ? Ils sont assez forts.
37:44 Bon, alors Miss Beaumont sur Lomagne, Beaumont de Lomagne, pardon. Ça, c'est possible. D'accord. Beaumont de Lomagne est une merveilleuse petite région près de Montauban où réside notre amie Alexandra et son mari Laurent que je salue au passage. Un fin connaisseur entre autres choses de la Révolution française. Voilà. donc Alexandra, je crois qu'on est bien d'accord. Oui, moi, je suis frappé justement par aussi ce que tu dis justement de ces subterfuges sociétaux qu'on nous envoie à la figure, n'est-ce pas, pour pas que ça prenne feu au niveau social.
38:32 Je n'oublie pas que les Gilets jaunes, ça a commencé par une histoire de taxes écologiques qui a été refusée. On ne va pas nous le faire. Si je dois aller chercher ma sécu ou un certificat maintenant ou envoyer mon fils à l'école, si je dois faire maintenant 60 km de plus et en plus augmenter la taxe de carburant qui me permet d'y aller, c'était la goutte de carburant qui a fait déborder le vase. Si on a vu des vieux de mon âge sur les ronds-points sur les braseros et en plein hiver, quand même, ce n'est pas des hasards tout ça.
39:09 Là aussi, c'est pour ça que j'ai lu le passage de Negroni qui est en phase avec ton texte où le goéland et la nature reprend ses droits et est-ce que tu veux bien nous synthétiser tous ces passages où tu dis qu'il y a eu un partage de classe entre ceux qui pouvaient trouver une nouvelle vie dans le raffinement, retrouver les charmes de l'intimité avec les cailloux, les oiseaux et du vent dans leur résidence secondaire pendant que les filles de salle dans les hôpitaux n'est-ce pas, attrapaient le Covid.
39:45 Je t'en prie. Oui, les filles de salle, les ouvriers sur les chantiers, ils ont continué. Tous les métiers qui ne télétravaillent pas en fait, tous les métiers où on doit porter des plaques de placo et d'autres, un tas de bazar. On ne peut pas le faire en vélo, on ne peut pas télétravailler, on est obligé d'aller au turbin. Il y avait, dans le métro ou dans le RER, on voyait bien les populations qui allaient bosser.
40:20 C'est, je ne sais pas quoi dire. c'est vrai qu'on a entendu à ce moment-là tout un tas de, il y avait le texte qui s'est passé, qui est passé sur les réseaux sociaux que les gens s'envoyaient qui s'appelait Le virus qui parle, qui était un texte absolument dégueulasse sur le virus qui disait aux humains vous avez trop profité, vous avez trop abusé, maintenant vous allez payer.
Le « virus qui parle » et la culpabilisation
40:50 Et les gens autour avaient une espèce de jouissance à lire ce truc et à se le passer. Et c'était un... Pardon, là je t'interromps. Je t'interromps parce que là, Alexandra est historienne donc pour elle, c'est familière. Elle n'imagine pas à quel point ce n'est pas familier pour beaucoup. Surtout pour les jeunes à qui on n'apprend plus l'histoire. Si, il y a des jeunes qui sont incollables sur le vignoble bourguignon au XIe siècle et qui ne savent pas si Pétain est avant et après Jésus-Christ bientôt.
41:20 Donc, puisque tout ça, c'est l'histoire démodée à papa, linéaire, enfin totalitaire. De toute façon, donc, elle est en train de rappeler que ce discours-là, que le Covid, c'est notre châtiment parce que nous avons trop consommé, nous avons trop péché. Je ne trahis pas ta pensée, Alexandra. Non, non, mais ça c'est... C'est exactement le discours de Pétain pendant l'occupation. Si la France a été vaincue, c'est parce qu'elle avait osé faire le front populaire, augmenter les salaires et obtenir les congés payés.
41:50 Bande de parasites profiteurs. C'est quand même incroyable, incroyable, n'est-ce pas, que ceux qui consomment le plus dans le monde dans lequel nous vivons, je présume que dans les hôtels où descend Hulot, etc., les jacuzzis, les trucs, les hammams, enfin, je vais m'énerver, je n'insiste pas. Ceux qui consomment le plus dans le monde où nous vivons passent son temps à nous culpabiliser en disant que s'il y a plein d'aide sur les chauves, c'est à cause de vous et de moi.
42:21 Et puis, il y avait aussi... Enfin, je ne sais pas si vous l'avez eu, ce texte-là sur le virus qui parle, mais c'est assez... Bien sûr, c'était obscène. Obscène, oui. Et donc, qu'est-ce que tu lui fais dire au virus ? Je vois bien que tu répètes ce que tu lui fais dire à la place de... En lui rendant la parole vraie. Je ne me souviens plus parce que je ne vais pas le trouver comme ça. Mais il y avait aussi tous les collapsologues invités spéciaux qui expliquaient la même chose, c'est-à-dire il fallait rajeunir le monde, qu'il faut...
43:02 C'est ça. En gros, il faut se débarrasser des vieux, il faut se débarrasser des moches, il faut se débarrasser de... On ne sait pas jusqu'où ça peut aller, mais ça rappelle quand même des trucs pas très brillants de notre histoire. Qu'est-ce qu'il disait, le virus ? Je ne sais plus. Ce qui m'avait choqué aussi, c'était l'histoire de prenez soin de vous, cette espèce d'injonction... Oui, j'ai dit que j'y reviendrai. ...qui voulait dire finalement, prenez soin de vous parce que personne ne va le faire pour vous.
43:34 Donc, c'était un truc très... très violent, en fait. Grave, un abandon, quoi. Oui, une espèce d'abandon. D'ailleurs, les gens se sont sentis abandonnés parce qu'il n'y avait aucune explication nulle part, c'est-à-dire, il n'y a aucun... il n'y a eu aucun message en disant, bon, alors, si vous avez le Covid, il faut que vous surveillez ça, ça et ça, il faut que vous, je ne sais pas quoi, que vous buviez de la tisane, que vous...
44:05 Il n'y avait aucune recommandation, il y avait leur geste barrière à la con, là, tousser dans son coude, ce que personne ne fait, parce que ça ne nous viendrait pas à l'idée. Voilà. Et tout... Et c'est vrai que tous les gens qui se sont confinés... Parce qu'il y a eu une confinitude involontaire, c'est-à-dire, les métiers, les boulots se sont arrêtés, il y a eu télétravail à la place d'aller au boulot, mais il y a eu aussi tous ceux qui se sont retirés de l'économie, c'est-à-dire, par peur, par angoisse, par je ne sais pas, ils se sont dit que la fin du monde était proche et que donc, ils restaient chez eux, ils rentraient chez eux et eux, ils étaient...
44:47 ils attendaient, en fait, que ça valide leur... leur angoisse, l'angoisse qui ressasse depuis des années, c'est-à-dire que... Ça valide la pire des hypothèses, la pire des hypothèses. Voilà, il y a trop de monde, on est trop nombreux, on pollue trop. sur tous les autres, c'est pas moi qui suis en trop, c'est les autres toujours. Du coup, ils restaient dans leur... dans l'entre-soi, en fait, à écouter le chapelet mortuaire tous les soirs. Alors, je rends la parole au virus, pour te la rendre tout de suite, mais pour te la rendre indirecte.
45:21 Alors, je te cite, s'il parlait effectivement, il, le virus, s'il parlait effectivement, il ne dirait pas aux humains du 21e siècle, vous vous êtes mal conduits, et c'est pour ça que je viens mettre de l'ordre. Il dirait, vous vous êtes fait baiser depuis 50 ans. Marx avait raison, et Clouscard aussi, ne vous déplaise, c'est ce qu'il révèle, effectivement, même aux plus incrédules qui s'accrochent encore à leurs illusions de démocratie occidentale, d'Europe progressiste et d'États-Unis, exemplaire de modernité.
L'Europe absente et les travailleurs qui s'organisent
45:56 Voilà, je tenais à restituer ce superbe, passage. Il y avait la réaction des Italiens, enfin, les réactions des Italiens qui étaient très impressionnantes parce que c'était juste un peu avant nous, et ils étaient vraiment en colère, en colère contre l'Europe, ils brûlaient les drapeaux, ils n'en revenaient pas en fait de cette fête. Je suis sûr qu'il y aurait eu un référendum sur un Italexit je ne sais pas quoi, quand même, je suis sûr qu'il y aurait eu 90% pour quitter l'Europe.
46:28 Oui, je ne sais pas, 90, je ne sais pas, mais en tout cas, ils étaient bien vénères les Italiens. Ils ont vu arriver les avions chinois, cubains, ou tout ce que vous voulez, mais Bruxelles, tant de ça. Oui, oui, oui. Enfin, il y en a qui, maintenant, qui disent que l'Europe a fait ce qu'il fallait. oui, absolument. On ne l'a pas passé. Vous allez voir, à la rentrée prochaine, en septembre, vous allez voir au chiffre de l'emploi que l'Europe a fait tout ce qu'il fallait. Oui. Pour que ces chiffres vous surprennent. Je ne sais pas si ça rend bien, vous allez voir qu'il y aura des surprises.
47:00 même les fermetures de frontières, elles ont été prises unilatéralement par chacun des pays au dernier moment, dans des conditions n'importe quoi. Enfin, voilà. Ce n'était pas une décision européenne. On a entendu... Ce qui était impressionnant aussi, c'était même les télétravailleurs. On n'entendait pas la hiérarchie, en fait. Il n'y avait personne aux commandes. C'était assez impressionnant, ça. C'est-à-dire, même dans les hôpitaux, c'est les métiers de soin les aides-soignants.
47:32 c'est tout le personnel qui s'est organisé pour réinventer des lits de réanimation, réquisitionner des trucs, utiliser le mari de l'infirmière qui bossait dans une famille dans une usine de plastique pour avoir, je ne sais pas quoi, des intercalaires pour faire des masques. Voilà, l'histoire des sacs poubelles. Tout. Effectivement, il y a eu plein de réactions et plein de choses qui ont été faites dans l'urgence. notamment pour ce qui est de l'hôpital, mais l'hôpital public, parce que les cliniques, on n'en a pas du tout entendu parler, mais toutes ces réactions-là, elles ont été faites par ceux qui étaient au boulot, en fait.
48:16 toutes les décisions ont été prises par ceux qui étaient au boulot, à la banque, partout, acheter du scotch, trouver du gel hydroalcoolique, ça n'a pas été fourni par le directoire, par la hiérarchie. Eux, ils étaient, je ne sais pas où, à la piscine, sans doute, je ne sais pas. ce qui est quand même confortant dans cette horreur, c'est qu'une société où les travailleurs se prennent en main est faisable. Oui, bien sûr, mais on se demande pourquoi ça continue.
Le télétravail et la dichotomie communauté-camaraderie
48:47 On n'a pas besoin des actionnaires et des traders pour vivre dans une société, mais on a besoin de ceux qui oxygènent les patients et qui assurent les transports. On est bien d'accord. Après, oui, pardon, je t'en prie. Non, je disais, après, il y avait toute l'histoire par rapport au télétravail que soulevait Philippe, c'est-à-dire le fait qu'effectivement, il n'y avait plus le temps de transport, ce qui était quelque chose qui changeait radicalement le boulot.
49:18 Il y avait le fait que ceux qui télétravaillaient pour mettre en place le télétravail passait un temps infini à régler un tas de problèmes informatiques. Rien n'était prêt, en fait. Donc, il fallait tester, il fallait, et ils passaient leur journée à régler des soucis techniques et pas du tout à produire, mais avec une espèce de... Sécurité informatique, par exemple. Avec une... Voilà, les problèmes de sécurité, notamment, et avec une espèce de mise en scène du travail qui était encore plus forte que la mise en scène habituelle quand on va bosser où on s'habille, où on se met dans un personnage.
50:01 Voilà, c'était... On avait chez soi, en fait, pour ceux qui avaient des conjoints télétravailleurs, la chance d'avoir des conjoints télétravailleurs, une espèce de mise en scène du travail. Non, mais tu parles d'or parce que, justement, à propos du télétravail, dans ton article, tu introduis une nouvelle dichotomie que j'ai trouvée superbe entre deux formes de sociabilité, une qui...
50:32 que je trouvais exécrable et que tu dénonces aussi bien et en termes très clairs qui est le communautarisme, et Dieu sait si par les temps qui courent, ça défrait la chronique. C'est tellement plus simple, n'est-ce pas, de jeter les communautés dans la rue pour faire croire qu'il y a de l'opposition que de jeter la société. Société, c'est un titre célèbre. Gemeinschaft und Gesellschaft. Société et communauté. Mais... Et que tu opposes à la camaraderie, terme dont on a l'impression qu'il appartient à l'histoire ancienne, bientôt.
51:07 quand on voit le nombre de fois où on l'évite, où on l'élude et que tu restitues et tu montres qu'il est revenu ici, justement. Et avec les gilets jaunes, déjà, il était revenu à la surface et qu'à la faveur du confinement, on avait retrouvé... Voilà, j'aimerais que tu développes aussi cette dichotomie de... de la communauté et la camaraderie. Moi, j'ai parlé de ça aussi par rapport à notre boulot.
51:41 C'est-à-dire que... Comme pour les gilets jaunes, comme... C'est-à-dire que face à la menace, qu'est-ce qu'on a comme choix ? Est-ce qu'on continue de travailler ensemble ou pas ? Tout simplement. Donc, on avait des... Nous, on a eu un collègue qui, pour des bonnes raisons, parce que... Il avait peur ou parce que sa... Sa famille avait besoin de lui, j'en sais rien. Mais c'est... S'est extrait du...
52:11 De la... De la camaraderie, justement. De la camaraderie au travail, en plus. Parce que la camaraderie, elle se fabrique au travail, en fait. Et voilà, voilà. C'est pour ça que j'ai dit qu'il faut sortir de chez soi, du confinement, du rester chez vous. Il faut sortir... La parenté, c'est un lien important, je n'ai rien contre la famille, mais la parenté, ce n'est pas la camaraderie. La camaraderie, il faut sortir de chez soi. Et ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si la première fois qu'on entend ce mot pour soi-même, c'est dans la cour de l'école, quand on a quitté les jupons de maman et qu'on est dans la cour de l'école, qu'on se frotte aux camarades.
« Prenez soin de vous » et la solidarité immanente du camarade
52:44 Oui, bien sûr. comme par hasard. Donc, comme tu le dis très bien, c'est surtout dans le travail qu'on découvre la camaraderie, mais justement, je le mets en relation avec prenez soin de vous. Tu dénonces la formule. Et tu dis, c'est une manière d'abandon, c'est très inquiétant comme formule. Or, j'ajouterai juste ceci, pardon de le tourner un peu vers la psyché et le destin personnel plutôt qu'au collectif, mais ce n'est pas rassurant. C'est qu'un ami qui avait eu un gros chagrin qui s'était fait planter par sa copine, auquel était très attachée, il dit, le pire, c'est quand elle m'a dit en partant, prends soin de toi.
53:29 À chaque fois, c'est bien ressenti comme un abandon. Ça veut dire, bon, ciao, merci, j'ai donné, maintenant, c'est terminé. Vous êtes seul. c'est quand même terrifiant. Un gouvernement qui dit à ses administrés ne comptez pas sur nous. Oui. Voilà. Et le fait aussi que la camaraderie, il y a une forme d'élection, d'affinité élective, mais il y a aussi un...
54:02 au travail, en tout cas, on le fait avec ceux qui sont là. Ah ben moi, je sens une solidarité dans le mot camarade. Voilà. L'implication logique n'a pas l'air évidente, mais pour moi, elle est... C'est pas une communauté, c'est pas une communauté choisie, c'est pas... Voilà, voilà, voilà. Voilà. C'est pas une famille, c'est pas une famille au sens de la famille traditionnelle. C'est... Voilà, c'est les gens avec qui on... on... on bosse tous les jours, quoi, voilà. Ben, je sais pas, les camarades cubains envoyant des médecins en Italie, c'est quand même...
54:37 C'est pas un lien de parenté, ça, quoi. ou à l'époque du Front populaire, les épouses amenant, pour montrer que c'est pas incompatible avec la parenté non plus, amenant la tambouille à leur mari qui sont en lock-in, qui sont à l'intérieur de l'entreprise et derrière les grilles, en train d'occuper le lieu de l'emploi, quand même. Alors, il y a bien une solidarité immanente aux termes de camaraderie.
Questions : déchet, pollution, Union européenne et métiers parasitaires
55:07 Oui, bien sûr, oui. Mais une solidarité, enfin, je sais pas comment le dire, mais une solidarité quotidienne, quoi. Voilà, voilà, on est bien d'accord. Et non pas conjoncturel. Philippe, est-ce qu'il serait pas le temps de donner la parole à ceux qui voudraient nous poser des questions ? D'après le timing. Ah ben écoute, si tu veux, oui.
55:37 S'il y en a. Alors, j'ai profité de ma position privilégiée pour souligner ce qui vient d'être dire sur, je pense que dans le texte d'Alexandra, il y a quelque chose qui est vraiment à creuser, c'est cette histoire de camaraderie face à la communauté, enfin face, comme alternative. Je trouve que ça a des ramifications sur tout, quoi. Moi, ça me parle surtout sur ce qui se passe au niveau des Gilets jaunes, sur énormément de choses.
56:07 Je trouve que là, il y a un truc à creuser et j'aimerais que j'aimerais que le maximum de gens s'interrogent s'interrogent là-dessus. Parce que ça, je trouve que c'est un esprit d'ouverture qui se place à un niveau je trouve qu'il y a un très fort potentiel à ça. c'est-à-dire que le faire avec n'est absolument pas dans un esprit de... Je me souviens d'un élu local que j'ai un peu connu ici qui était du PCF et qui, à chaque fois, qui avait un contact avec quelqu'un qui faisait une demande un peu personnelle, un peu maladroite, un peu comme ça.
56:50 il me regardait et il disait ah oui, c'est ça, c'est l'humain avec une condescendance absolument terrible alors qu'il avait sa carte du parti depuis 25 ans. Ça, ça, je ne comprenais pas. C'est ce blocage-là qu'il faut casser. C'est-à-dire qu'il ne faut pas être condescendant avec les camarades qui sont à notre porte sur le rond-point des Tempes ou de Montlhéry. Tout à fait. Il y a un truc en commun à mettre en œuvre qui est naturel où il n'y a pas besoin de se forcer, il n'y a pas besoin de condescendance et qui est une alternative à la communauté, au repliement ou alors aux conneries du j'aime tout le monde.
57:30 À l'entre-soi. Etc. Voilà, l'entre-soi. Donc moi, ça m'a vraiment... Enfin moi, ça a été un choc quand j'ai vu ce passage-là dans le texte. Et ça serait... Monsieur l'hébergeur du blog. J'aimerais bien qu'il y ait des retombées là-dessus, quoi. Moi, je... Je peux faire quelques remarques ? Oui. Bien sûr, bien sûr. Bien sûr. On tient vite. Bon, je vais reprendre très vite votre discussion. Ça m'a éveillé plusieurs choses.
58:02 Déjà, je... Bon, je ne vais pas faire l'obsessionnel sur l'écologie, mais je trouve que... À moi, vous avez parlé de déchets, par exemple, la question des déchets. C'est Alexandra qui a mentionné ça. je trouve que dans la pensée écologiste, il y a une tendance à amalgamer, en fait, le déchet au gaspillage sous la catégorie de pollution. Et ça, c'est vraiment un truc qui est très important parce que quand vous avez une expérience du travailleur dans la santé, dans le soin, dans l'aide à domicile, dans l'aide à personne ou même dans le monde hospitalier, si on prend cette catégorie strictement de la pollution cette catégorie écologique, je peux vous assurer qu'il n'y a rien de plus polluant qu'un handicapé, une personne alitée, qu'une personne alitée en deux mots, une personne qui est en dépendance complète.
59:03 Là, vous voyez, il y a quand même un problème, c'est que le déchet, c'est normal dans une société, dans une civilisation qui fonctionne. Par contre, poser la problématique du déchet c'est forcément poser la problématique de la gestion. Exactement. Donc ça, c'est le premier truc que m'avait inspiré vos remarques. Et puis, pour parler d'Italie aussi, Alexandra, je crois que vraiment là, ça a été démontré dans cette épreuve du Covid que l'Union Européenne est complètement frappée d'irréalité politique.
59:40 C'est une espèce de structure acéphale avec une concurrence institutionnelle qui est pensée pour être incapacitante et qui a vraiment dévoilé et révélé sa vraie nature, sa vraie fonction sociale. de la même manière que je pense que le Covid a aussi démontré, Dominique en parlait, mais effectivement, les secteurs de métier sur lesquels repose la nation française et toute nation en réalité.
1:00:13 On voit que ce soit dans la santé, dans l'énergie, dans le transport ou dans l'alimentation. Ça, ce sont les secteurs qui font effectivement tourner un pays. Je ne veux pas être désagréable pour des secteurs de métier. Moi, je n'ai rien contre le télétravail. Le télétravail, c'est aussi une flexibilisation à outrance. Vous avez des gens qui travaillent dans la CAF, des gens qui sont avocats, des gens... Il a fallu gérer tout ça. Je veux dire, les allocations... Et là-dessus, le télétravail a considérablement augmenté les journées de travail des télétravailleurs concernés.
1:00:48 Mais bon, je veux dire, on ne voit pas trop dans le Covid à quoi a servi un financier, un trader, un communicant, un publicitaire. Autant les métiers essentiels au progrès social ont été dévoilés, autant, je crois, qu'il y a quand même une prise de conscience sur les diverses formes de métiers parasitaires dans les couches moyennes qui vivent au dépens des travailleurs collectifs et qui sont d'autant plus dans la culpabilisation et dans un discours écologiste, idéologique, qui vivent au dépens de ce travailleur collectif.
1:01:28 Donc, voilà, c'est le seul truc. C'est les quelques remarques rapidement que vous éveillez tout ce que vous disiez. Les médias, on a vu pour les médias à quoi ils servaient, à faire peur, à rien, à faire chier. Ça, c'est clair, mais Clouscard a tout dit dans les dégâts de la pratique libérale. voilà, il n'y a rien à ajouter. Il faut juste le lire sur les métiers de l'animation et de l'information.
1:02:05 L'effet loupe, c'était un truc important quand même. C'est-à-dire, ça a vraiment... Je pense qu'il y a pas mal de gens qui ont réalisé un tas de choses qui se sentaient confusément avant, mais ça a confirmé quand même toutes ces impressions. Et ça a choqué un peu tout le monde. Alors maintenant, il faut l'oublier rapidement et reprendre ses activités.
Communisme et « guerre civile chez les pauvres »
1:02:37 Mais je pense pas que ça passera comme ça. Je voudrais juste ajouter un truc. C'est important sur la question du communisme. C'est que je pense que dans l'histoire de toute l'humanité, à mon avis, on n'a jamais autant réuni les conditions pratiques, technologiques et scientifiques de réalisation du communisme. Et je pense que jamais en même temps, non seulement la théorie communiste, n'a jamais été si marginalisée, et puis surtout le mouvement ouvrier est autant affaibli et désorganisé.
1:03:20 Je pense que c'est un vrai problème qu'on doit affronter. Je pense que c'est le problème de notre temps en tant que communiste. C'est un effet de ce que Clouscard avait, pardon l'expression, prophétisé, mais il n'y a pas d'autre mot, franchement, quand il avait dit dès les années 70, le capitalisme portera la guerre civile chez les pauvres. Au lieu que ce soit justement que ce soit ce que tu appelles la théorie communiste qui soit diffusée, c'est au contraire la haine de tous contre tous.
1:03:53 Je veux dire les beurres contre les Roms, les hommes contre les femmes, les Corses contre les Français, les Hutus contre les Tutsis. Bref, tout ce qui est identitaire, tout ce qui n'a rien à voir avec les classes sociales, c'est merveilleux pour le MEDEF, il n'y a plus qu'à se rouler les pouces et attendre que tout ça s'entretue et s'affaiblisse et se disperse. Bon, ceci dit, moi, je ne veux pas être pessimiste, pardon Philippe, je te rends tout de suite la parole, mais je constate tout de même que coup sur coup que paraissent conjointement l'ouvrage Un immense caveau de Negroni avec la partie que je vous ai lue, l'article d'Alexandra et l'article consacré à Clouscard dans Marianne qui l'eut cru, je ne suis pas abonné à Marianne, mais enfin, je veux dire, ceci dit, c'est un journal qui n'est pas beaucoup plus à droite que l'Huma par les temps qui courent.
1:04:50 Hélas, je suis le premier triste à le dire, je ne suis pas du tout en train de rendre hommage à Marianne, je trouve ça accablant pour l'Huma. Donc, je rends hommage aux journalistes de Marianne qui ont pris cette initiative. Voilà, je veux dire, il y a quand même quelque chose, il y a quand même, comme disait Alexandra, un effet de loupe qui permet à plus en plus de gens de voir de plus en plus de choses.
1:05:20 Philippe, je t'en prie, je t'ai coupé.
1:05:54 Oui ?
L'État comme volonté générale et l'appareil d'État
1:06:24 Je vais commencer par l'État. Pour ressortir quelque chose qui ne va pas prendre grand-chose à nous habituer, disons à ceux qui s'habituent. Mais enfin, comme c'est une idée très peu répandue, j'ai l'impression, même en la répétant, à livrer un script, on coupe à chaque fois.
1:06:59 Contre l'État, vous avez l'anarchiste et vous avez le MEDEF. C'est curieux quand même, parce qu'on a l'impression qu'ils ne peuvent pas se blairer. Mais oui, le libertaire peut être libéral. Et le libéral a compris depuis les années 60, depuis le début des années 70 surtout, le profit qu'ils pouvaient tirer d'être libertaire dans son capitalisme.
1:07:30 Ce sont des incontournables de Clouscard. Où je veux en arriver pour l'État ? À cette distinction, auquel nous tenions beaucoup, Michel Clouscard et moi-même, entre l'État et l'appareil d'État. Je vais être très simple. Et si je suis en train de chercher des champignons, pardon, mais comme j'ai vécu longtemps dans les pays où il n'y a pas d'automne, je suis un petit peu plus motivé que la moyenne pour aller chercher des champignons, parce que ça m'a manqué. Comme vous voyez votre route dans les bois stoppés, avec une barrière où il y a marqué forêt privée, champignons interdites, privée ici veut dire, attention, ce n'est pas l'État ici, ce n'est pas toi, c'est moi.
1:08:11 Ce n'est pas toi, ce n'est pas vous, ce n'est pas la collectivité, c'est moi et moi seul. D'accord, ça veut dire, c'est privée, forêt privée, ça veut dire, tu en es privée, mon gars. Tu en es privée. Par contre, quand je vois marqué forêt domaniale, de Donzis, de Vizzavona, de Chantilly, vous d'ailleurs, là, ça veut dire, on peut y aller, c'est à nous. Ce n'est pas l'État dont on nous parle, les anarchistes et le MEDEF. Les contraintes, les règles, les règlements, la bureaucratie.
1:08:43 Non, c'est le contraire. Ce n'est pas l'État qui restreint ma liberté, c'est celui qui l'étend, dont on ne vous en parle pas beaucoup, celui-là, c'est ce que Rousseau appelait la volonté générale. Voilà où je veux en arriver. Quand l'État, c'est ça, alors je réponds oui. Nous manquons d'État. Nous avons le plus monstrueux appareil d'État qui nous gouverne. Des caméras de surveillance au GAFA, enfin bref, et bientôt au puce sous la peau.
1:09:15 Je veux dire, nous avons le plus monstrueux appareil d'État au service, oh, surprise, horrible surprise, au service de quoi ? Au service du privé. Le plus monstrueux appareil d'État de tous les temps, vu les technologies d'aujourd'hui, au service de cette absence d'État par définition qu'est le privé. Voilà comment je réponds, pardon. Éric. C'était pas avant Raphaël, c'était Éric. Voilà, voilà, voilà. Donc, merci Éric, excellente question qui nous permet de nous réconcilier avec non pas l'appareil d'État, dont il nous faut se débarrasser, mais de nous réconcilier avec l'État comme volonté générale.
1:09:58 Cette volonté générale, et je terminerai là-dessus, ma réponse sur l'État, nous l'avons exprimée en 2005. On n'en a pas tenu compte. Nous vivons en coup d'État d'un point de vue strictement constitutionnel depuis le rejet du référendum de 2005. C'est la première fois à ma connaissance, j'ai parlé avec des spécialistes du droit constitutionnel qui m'ont confirmé qu'il n'y a pas, il n'y avait pas jusque-là, je n'avais jamais eu, un scrutin référendaire annulé par un scrutin représentatif, par un scrutin indirect.
Aide à domicile, marché et port du masque
1:10:36 Voilà. Si vous avez des réponses aux deux autres questions, je ne tiens pas du tout à monopoliser la parole. Tu peux rappeler, Philippe ? Oui, vas-y, vas-y. J'aurais juste une remarque, c'est pour rebondir sur ce que tu viens de dire, pour rester dans la thématique du Covid. Par exemple, le monde de l'aide à domicile, c'est un monde que je connais bien. Et ce qu'il faut dire, c'est que le marché, la privatisation, poussent les aides à domicile à court-circuiter le collectif et l'État.
1:11:09 C'est-à-dire qu'en fait, vous avez des secteurs domiciles où les rémunérations sont assez basses. C'est entre 7,90 euros, un truc comme ça, et le SMIC. Et ça dépend si vous avez un CDI ou pas, si vous travaillez les week-ends ou pas, si vous acceptez les nuits ou pas, si vous faites sauter votre journée de congé ou pas. Donc, la rémunération varie, mais elle reste assez basse. Et si vous arrêtez, en fait, d'être travailleur déclaré, comment dire, dans une boîte traditionnelle d'aide à domicile, vous vous mettez à faire du black.
1:11:50 Moi, ça m'est arrivé concrètement, j'ai doublé mon salaire. Par contre, quand il y a eu le Covid, là, il n'y a pas d'assurance. Il n'y a aucun truc. Et en fait, les familles, naturellement, elles protègent leur vieux. Et là, vous êtes à poil. Vous êtes complètement à poil. Je dis ça parce qu'à la Sorbonne, il y avait des séminaires de critique de l'ontologie sociale, donc Comprendre, séminaires anti-marxistes. Ils ont fait notamment la promotion d'un bouquin de Laurence Fontaine, que j'ai trouvé absolument ignoble.
1:12:21 Ça s'appelle Le marché, histoire et usage d'une conquête sociale. En fait, l'argument de Fontaine... Un petit problème de son ? C'est l'appareil d'État qui censure. Et voilà, l'appareil d'État censure. Et donc, il dit, en gros, les marginalisés, c'est une espèce d'argument foucaldien libéral où elle dit, voilà, ce sont les marginaux qui ont recours à l'État.
1:12:59 Et cet État est émancipateur pour l'individualité, etc. C'est des choses quand même qui sont à dire. Parce que ce sont des séminaires de critique de l'ontologie sociale qui se faisaient à la Sorbonne, avec, en parallèle, c'était sublime, des séminaires sur Heidegger. Et ça a duré un moment. Une belle division du travail. Celui qui disait que nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer. Ah ben je cite, hein, si le cœur vous en dit. Voilà, voilà.
1:13:31 Et après, pour les histoires de Port du Masque, il y a, moi j'ai lu un post, comme on dit, en globish d'un médecin urgentiste à la Salpêtrière qui parle des, à propos du Port du Masque obligatoire maintenant, etc., qui parle de la deuxième vague. Je crois que c'est Sylvain Bourgeois ou Bourgois, je ne sais pas qui l'a publié, ce témoignage-là.
1:14:04 Et c'est intéressant parce que c'est un médecin qui rétablit les chiffres. C'est-à-dire, quand on parle à la télé, moi j'ai remarqué, quand on nous explique qu'en Bretagne, ça repart, ou en Mayenne, ou je ne sais pas quoi, dans les médias, il n'y a aucun chiffre. C'est-à-dire, il y a des pourcentages, il y a des tendances, il y a tout ça. Mais il n'y a pas le nombre de cas d'hospitalisation ou le nombre de… Il n'y a pas l'augmentation réelle.
1:14:36 Et donc, lui, il parle d'un passage, par exemple, de 2 à 8, de 2 personnes à 8 personnes. Voilà, il n'y a pas de deuxième vague, en fait. Le virus est toujours actif dans certains endroits. Il est toujours craignose, quoi, enfin, je veux dire, dangereux. Mais pourquoi on nous fait porter des masques à tous maintenant, depuis lundi, je crois, dès qu'on rentre quelque part, alors qu'on n'est plus du tout au pic et pendant le pic, on n'avait rien.
1:15:11 On était obligés de se fabriquer des trucs avec des soutiens-gorges, quoi. C'est le comble de l'absurde. Il faudrait des… Moi, je ne suis pas contre le port du masque s'il y a un danger ou s'il y a un problème. Voilà. Mais je ne vois pas, là, les 135 euros d'amende si on ne porte pas le masque quand on sort. Je ne vois pas à quoi ça sert d'autre maintenant qu'à nous habituer à faire ce qu'on nous dit, quoi.
Vérité et mensonge : le scientisme et la stratégie de l'incertitude
1:15:43 Je ne sais pas. Je n'arrive pas à me débarrasser de cette idée-là. En tant que philosophe, je reprends la parole quand même parce qu'il y a un drôle de bilan de ce que tu viens de dire. D'une manière générale, en prenant du recul sur vérité et mensonge dans tout ça, parce que c'est de ça qu'il s'agit. Je n'en sais rien, moi. Moi, je ne suis pas spécialiste. Je ne suis pas un technicien, un scientifique. Je ne peux pas te dire, le masque est utile, le masque est inutile. Je ne peux pas trancher. J'ai entendu, comme toi, comme tout le monde, tout et son contraire là-dessus. Mais c'est ça qui est inquiétant.
1:16:14 C'est qu'un pouvoir qui nous a balancé une Greta pendant des lustres pour nous dire écoutez les scientifiques et arrêtez de réchauffer la planète comme s'il y avait la science univoque. Alors ça, ce n'est pas la science, c'est le scientisme. Voilà, c'était notre religion, là. Ou bien vous êtes complotiste, ou bien vous écoutez Greta qui écoute les soi-disant scientifiques. Et voilà que maintenant, ah, on ne sait pas, il y a selon certains trucs, les masques, oui, selon une période, c'est utile, selon une autre, ça ne l'est pas.
1:16:44 C'est dépistage, oui, dépistage, non. C'est quand même extraordinaire. Et ça, par contre, pour moi, ce n'est pas fortuit. Je me ferais traiter de complotiste, ça m'est complètement égal. J'ai expliqué tout à l'heure que rien qu'en étant opposant, je suis déjà complotiste au discours dominant et à la pensée unique. Mais je veux dire, c'est déjà une stratégie de nous laisser dans l'angoisse et dans l'incertitude. Il y a une manière d'expérimenter en direct, ça coûterait des milliards à faire en réalité en temps normal, mais le Covid leur permet de faire ça gratuitement, de mettre une population avec le petit doigt sur la couture du pantalon en heure et en temps voulu.
1:17:25 C'est quand même extraordinaire. Voilà, c'est ce que je répondrai pour ce qui est du mal. Sur le fond, je ne suis pas spécialiste, je ne tranche pas. Bon, voilà, on a le droit d'aller manger maintenant. Je pensais que Benjamin allait lire un extrait. Ah ! Non ? Ah oui !
Kafka, lecture sur la camaraderie et conclusion
1:17:55 Peut-être qu'on peut finir comme ça d'ailleurs, parce que je ne vois pas de nouvelles questions. encore une fois, il y a des remarques, mais... On n'entend pas Paga. Non, excusez-moi, je réponds à la question incelubrement provocatrice d'Alexandra, en disant à propos d'aller manger que je réponds à ce que dit le prêtre dans le chapitre de Kafka, l'avant-dernier chapitre du procès qui s'appelle « Dans la cathédrale », où il dit « Est-ce que je peux m'en aller maintenant ? »
1:18:27 Le prêtre lui dit « La loi te prend quand tu viens, et te laisse quand tu t'en vas. » Ainsi en est-il des choses de la loi. Donc, une petite lecture. Oui ! Alors, c'est le passage sur la camaraderie, c'est ça ? Ce serait avec plaisir. Ok. Moi, je ne me lasse pas de réentendre ou de le relire. D'accord. Pour les auditeurs, c'est le passage de l'article d'Alexandra, qui met en contrebalancement la notion de camaraderie et de communauté.
1:19:07 C'est ça. Vous y allez ? Je t'en prie. Oui. Alors. Tous ceux qui empêchent cette union avec le commun, en en appelant à la vertu individuelle, à la conscience individuelle, à la responsabilité individuelle, ignorent que seule la camaraderie permet de faire face à l'adversité. Et la camaraderie n'a rien à voir avec la communauté choisie. Elle ramasse ce qu'elle trouve, ce qu'elle rencontre. Elle fait avec ce qu'elle a. La communauté, à l'inverse, se rêve aristocratique, justement pour décollectiviser les choses en les communautarisant pour avoir une plus grosse part.
1:19:46 Forcément, ils sont toujours moins nombreux dans une communauté. La fameuse part du mérite, celle que leur vaudrait leur singularité ineffable, est d'autant mieux valorisée ou monnayée dans un groupe restreint. La singularité est temporaire. Elle finit avec son porteur et est soluble dans le commun. Et plutôt crevée que la laisser se dissoudre. Le voilà le terrain, âprement gagné. Le moi tyrannique et érotisé. Narcisse qui se mire et se trouve rudement beau.
1:20:16 Merci pour cette belle lecture. Je fais un dernier petit post-lude avant de clore cette session. D'abord, je remercie Alexandra et Benjamin d'avoir bien voulu participer à notre direct ce soir. Bien sûr, grâce au miracle permanent que Philippe arrive à réaliser. Mais j'en profite pour dire un petit mot à ceux qui nous avaient très fidèlement suivis pendant ma série d'entretiens sur la logique du sujet et sur son chapitre esthétique.
1:20:51 Ne croyez pas que je vous ai oublié. Ne croyez pas que j'ai lâché le morceau. J'y reviens dès mercredi prochain.