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La cantate du café de Bach et les cafés de la Révolution
0:00 Je suis pris en flagrant délit de m'envoyer, s'il peut me permettre ce vocabulaire familier un peu désinvolte, de m'envoyer des resucées de café. J'avais vu dans un vieux dictionnaire médical, comme on en trouve dans les familles autrefois, à l'entrée café, il y avait marqué tout ce que vous imaginez.
0:38 Et à un moment donné, en conclusion, pris à dose mesurée, c'est un excellent remède contre la fatigue. Je vais prendre du café de plus en plus parce que je suis de plus en plus fatigué. Non, j'arrête de vous bassiner avec ça. Mais tout de même, tout de même, vous voyez un musicien comme Jean-Sébastien Bach, et oui, ça s'appelle un détour.
1:12 Vous savez bien que quand je commence à faire un détour, c'est qu'on rentre dans le vif du sujet. qui n'est pas connu pour parler du café de ça, lui, c'est une cantate tous les dimanches, pour le dimanche de Pâques, pour la nuit de Noël, pour ce que vous voulez, un oratorio, une cantate, musique sacrée, commandée par les sévères consistoires protestants de Leipzig, qui avaient l'œil sur lui, attention, c'est les puritains. Il était absolument interdit de faire de l'opéra.
1:44 L'opéra, c'est des prostituées, c'est des homosexuels, je vous parle comme à l'époque. C'est pour ça qu'on n'a aucun opéra de Bach. Même s'il se rattrape un peu dans des cantates, un dialogue des fois entre l'âme et Jésus, où il y a un duo d'amour. Bref, quel rapport avec le café ? Eh bien, dans les quasi 200 cantates qu'il a faits, sur le texte religieux, on en a perdu énormément. On en a conservé 200 dont chacune est un chef-d'œuvre, et dans chacune, si c'était un autre musicien qui l'avait composé, il serait placé dans les plus grands bacs.
2:19 Il en a fait comme ça tous les dimanches sur commande. Et parmi ces cantates, sur les textes sacrés, sur les occasions qui correspondent au calendrier religieux, il y en a fait deux, trois, je crois, cantates profanes, sur des sujets profanes. Il y a la cantate de la chasse, et il y a la cantate du café. Mais oui, il y a une cantate du café, chez le on ne peut plus sérieux, Jean-Sébastien Bach.
2:49 Vous n'imaginez pas ce que ça a été, que l'irruption du café au XVIIe-XVIIIe siècle, dans les foyers. Et dans cette cantate, on voit un duo entre le père qui engueule sa fille, tu prends du café et tu es une fille perdue, on dirait qu'elle prend des bédos. Mais papa, je ne peux pas m'en passer. C'est ça le sujet de cette cantate. Vous voyez ? Vous croyez que je plaisantais, que le café, c'est des choses sérieuses. Et à la fin, il y a un chœur final un peu fantastique, où le père prend du café, la grand-mère prend du café, le grand-père prend du café, le chat prend du café.
3:27 L'Allemagne va à vau-l'eau. Pas mal. Allez, je conclue cette parenthèse sur le café, par le fait que la révolution, la révolution, quand on dit la révolution tout court, avec un grand R sans préciser, si c'est la révolution cubaine, la révolution, on sait que c'est 89, que c'est la révolution française, elle a été préparée dans ce qu'on appelle, dans les manuels scolaires, les salons et les cafés. Je vous parle de tout ça, parce que j'ai beaucoup de remerciements à exprimer, tellement que je ne les ferai pas tous, je ne vais pas vous faire perdre votre temps, mais il y en a quand même quelques-uns que je ne voudrais pas manquer.
4:20 C'est d'abord à l'égard d'Adrien Ribot, il est en face de moi, en train de filmer, il vient d'Aubervilliers en vélo, pour venir me filmer à Cachan, toute l'île de France, du Nord-Sud. Non, écoutez, franchement, après je me plains de je ne sais pas quoi, j'ai de la chance quand même. Et en plus, je suis toujours surpris par la qualité de ces montages. Donc un grand merci, faites que grâce à Adrien, vous avez remarqué qu'on a repris sur un rythme qui redevient régulier.
5:00 Notre série de vidéos, là nous en sommes, je vous le dis, pour être clair, ce soir on va revenir dans le genre réponse aux questions, parce qu'il y a tellement de questions en retard que c'est toujours, ce n'est jamais du temps perdu de faire une séance de réponse aux questions pour combler un peu ce retard. Et surtout que je viens d'en recevoir quelques-unes, dont une, je donne son pseudo, c'est Alias, je respecte son anonymat.
Hegel en 1805 : la manufacture d'épingles
5:34 Alias voudrait que je revienne sur ce texte de jeunesse de Hegel, donc extrait de la première philosophie de l'esprit, c'est le titre, aux éditions des presses universitaires de France, dans la collection Epiméthée, œuvre écrite en 1805, quand à Iéna, la période la plus féconde, n'est-ce pas, de Hegel à ce moment-là, et qui va aboutir en 1807 à la publication de la phénoménologie de l'esprit, excusez du peu, mais me demande de revenir sur ce passage, un extrait de ce texte « Première philosophie de l'esprit », quand je lis des extraits de cet ouvrage, sans dire que c'est de Hegel, on me dit « mais c'est du Marx ».
6:19 Et Alias me dit « je sens quelque chose d'important dans ce qu'il dit de l'argent, est-ce que vous pourriez revenir là-dessus et éclaircir ? » Parce que c'est dit en termes hégélien et un peu abstrait. Après tout, je vous lirai un tout petit extrait, vous allez voir. on parle même de ce qui se passe dans une usine, les premières, c'est les premiers balbutiements de la révolution industrielle, une usine où on fabrique des épingles, c'est l'exemple qu'il prend. C'est pas ?
6:49 Dans une manufacture anglaise, Hegel, 1805, « Première philosophie de l'esprit », aux presses universitaires de France, mais oui, je l'ai depuis longtemps, le livre, il part un peu en morceaux, mais ne vous inquiétez pas, je le conserve précieusement dans une enveloppe. Dans une manufacture anglaise, 18 hommes travaillent à la fabrication d'épingles. Chacun a une tâche particulière et n'a que cette tâche. Un ouvrier singulier ne pourrait peut-être pas produire 20 épingles, ni même une seule.
7:24 Ces 18 opérations distinctes réparties sur 10 ouvriers donnent une production de 4000 épingles par jour. Or, pour ce travail, ces 10 hommes, s'ils avaient travaillé dans une équipe de 18, en produiraient 48 000 en un jour. Mais la diminution de la valeur du travail, la diminution, mais écoutez, je ne dis pas qui c'est, on me dit c'est du Marx, la diminution de la valeur du travail est en rapport direct avec l'augmentation du volume des objets produits.
7:54 Le travail devient d'autant plus absolument mort. Il devient le travail d'une machine. L'habileté de l'ouvrier singulier devient d'autant plus infiniment bornée et la conscience de l'ouvrier d'usine est rabaissée au dernier degré d'abrutissement. Il y a toute la critique que Marx fait de l'exploitation impitoyable du plus grand goulag de tous les temps modernes, c'est-à-dire de l'usine anglaise du 19e siècle. Si vous permettez.
8:28 Mais oui, oui, oui, votre enfant, votre gamin qui a 9 ans, dans ce contexte de l'usine anglaise, il est déjà en train de marner l'usine près du four en sidérurgie, près de l'acier fondu. Déjà, les adultes ne font pas de vieux os, vous savez, dans ces conditions de travail. Vous imaginez les gamins, oui, mais les patrons, surtout les quakers, les religieux, à cette époque-là, disaient, oui, mais dans pendant ce temps, les enfants évitent de faire les voyous dans la rue. Il y a toujours une bonne raison, un droit de l'homme, un droit des enfants, mais...
9:02 Allez, je ne m'égare pas parce que ça va m'énerver. Donc, je répète ce passage, on n'est pas encore arrivé à l'argent, j'arrive, l'habileté de l'habileté. L'habileté de l'ouvrier devient d'autant plus infiniment bornée et la conscience de l'ouvrier d'usine est rabaissée au dernier degré d'abrutissement. Et la connexion d'une espèce singulière du travail avec toute la masse infinie des besoins devient tout à fait impossible à voir et se transforme en une dépendance aveugle de sorte que, souvent, une opération éloignée gêne subitement et rend superflu et inutilisable le travail de toute une classe d'hommes qui, par lui, satisfaisaient leurs besoins.
9:42 Saisissant, on croirait qu'il est en train d'illustrer la manière dont l'Angleterre, renseignez-vous, tous les historiens le connaissent, a ruiné l'industrie textile anglaise au 19e siècle, n'est-ce pas, en produisant les cotonades qu'on appelait à l'époque elles étaient tellement importantes dans la production indienne qu'une cotonade, on disait une indienne, une femme allemande qui allait dans une boutique qui vendait du tissu au mètre, il disait donnez-moi 4 mètres d'indienne, ça a été ruiné par Manchester.
L'argent, concept matériel existant
10:17 N'est-ce pas ? Bon, alors ce n'est pas notre sujet, c'est pour dire qu'on est très près de Marx. Et là, j'y arrive. Attention, c'est un passage que je vais vous lire d'autant plus important et qu'il se termine par une allusion à une métaphore animale, la bête sauvage qui a inspiré à Michel Clouscard le titre que vous connaissez. vous voyez, j'arrive à la fin du volume, c'est l'avant-dernière page.
10:49 Ces travaux variés en vue de la satisfaction des besoins pris comme choses doivent de même réaliser leur concept, leur abstraction. réaliser, c'est-à-dire, comme le dit le mot, n'est-ce pas ? Il faut que ça cesse d'être des concepts et que ça rentre dans l'existant, dans le réel, n'est-ce pas ? Leur concept universel, si ça vous paraît un peu compliqué, ne vous inquiétez pas, ce qui suit explique ce qui précède. Leur concept universel doit de même être une chose comme eux.
11:23 Autrement dit, Hegel voit ce que Marx va génialement voir dans cette théorie de la valeur que parmi les choses aussi différentes en termes d'usage qu'un crayon, je dis n'importe quoi, un crayon, deux kilos de viande de bœuf, une roue de chemin de fer, vous voyez, il y a quelque chose de commun qui circule dans tout ça qui font que ce sont, et c'est la première phrase du Capital, une énorme accumulation de marchandises.
11:53 Aristote, qui est le premier à s'être posé des questions qui relèveraient de ce qu'on appelle aujourd'hui l'économie politique, s'était posé la question, mais il dit, c'est bizarre cette histoire, comment je peux échanger un lit contre trois cochons ? Ça pouvait arriver à l'époque, c'est pas du troc. Il dit, c'est pas possible parce qu'Aristote, lui, c'est un philosophe de la substance, il n'y a aucun rapport entre les cochons et un lit, donc, il a fallu 2500 ans pour que Marx montre ce qu'il y a de commun à tout ça.
12:24 C'est pas, c'est que toutes ces marchandises sont le produit d'un travail et supposent un temps de travail qui permet de toutes les mesurer et de les comparer. Or, ça on le sait chez Marx, c'est classique, mais est-ce qu'on sait que ça se trouve sous la plume du jeune Hegel en 1805 ? Je reprends et je ne m'arrête pas. leur concept universel à toutes ces choses doit de même être une chose comme eux.
12:56 Vous sentez venir l'argent, une chose comme eux, ce n'est pas une notion ou un concept ou une idée, vous avez un bifeton à la poche, c'est une chose, mais une chose qui, en tant qu'elle est un universel, les représente tous. L'argent, et c'est souligné dans l'italique, dans le texte, l'argent est ce concept matériel existant, ce n'est plus dans ma tête, ce n'est plus un concept dans ma tête, l'argent est ce concept matériel existant, la forme de l'unité ou encore, écoutez bien, c'est le plus important philosophiquement, la possibilité de toutes les choses du besoin.
13:38 Je vais revenir sur cet extrait de phrase et vous allez voir jusqu'où ça nous amène, mais pour l'instant, je termine ce paragraphe admirable, le besoin et le travail élevé à cette universalité forment ainsi pour soi dans un grand peuple, c'était le début de la révolution industrielle, un immense système de communauté et de dépendance réciproque, une vie qui se meut en soi-même d'une réalité morte, vie qui, dans son mouvement, s'agite d'une manière aveugle et élémentaire, il s'agit de la société civile capitaliste et qui, tel un animal sauvage, voilà notre bête sauvage, a besoin d'être continuellement dompté et maîtrisé avec sévérité.
14:26 Hegel n'est pas, n'est-ce pas, un libéral fasciste. Alors, je reviens à ce fragment de phrase, l'argent est la possibilité de toutes les choses du besoin et là, on ouvre les battants d'une immense porte philosophique et vous comprenez pourquoi l'argent ça rend fou. Vous savez, les discussions qui sont les plus importants dans la vie, c'est l'amour, c'est la religion, c'est la thune, c'est l'argent, c'est la santé, vous savez, comme si tout ça était séparable.
Le possible, le réel, le nécessaire et le désir indéterminé
15:06 La santé de ceux qui n'ont pas un centime, vous savez, la santé coûte cher. La possibilité de, pourquoi j'insiste sur ce passage de toutes les choses du besoin ? Parce qu'il y a le mot possible. Je vous le dis pour ceux qui aiment bien bosser sur des choses précises. Il y a dans la logique générale en philosophie ce qu'on appelle les postulats de la modalité.
15:40 Vous pouvez oublier. Par contre, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est quelles sont les trois étapes de ce postulat. C'est quand on veut en gros essayer d'anticiper l'avenir. Il y a le possible dans l'ordre, le réel et le nécessaire. Une connaissance, c'est déjà pas mal. Quand elle fait un énoncé qui évite tout ce qui est impossible, par exemple, c'est une contradiction. On peut déjà jeter à la poubelle en mathématiques, vous imaginez.
16:10 Mathématiques, c'est A ou non A. Il n'y a pas entre les deux « Tu es mon ami, je te fais un prix ». Non, c'est A ou non A. C'est un piano ou ce n'est pas un piano. C'est un piano pour ainsi dire. Mais bon, ça c'est le possible. Tant qu'il n'y a pas de contradiction, au moins ce que je dis ne correspond peut-être encore à rien de réel. Mais il n'y a pas de contradiction. Je peux dire un château de 200 millions de pièces. Ça n'existe pas. Mais il n'y a rien de contradictoire dans cette notion.
16:41 Par contre, si je dis un château qui n'occupe aucun espace, ça va commencer à être bizarre. Voilà. Donc, il faut que l'énoncé soit possible. après, il faut qu'une réalité lui corresponde. Donc, on passe du possible au réel. Mais la science a besoin de plus. Elle ne veut pas un réel comme ça. Tiens, il fait beau. Ah tiens, il pleut. Non. Elle veut avoir des lois qui permettent de prévoir tout ça. Comme depuis l'Antiquité, on sait déjà prévoir les éclipses.
17:11 Maintenant, au niveau de l'astronomie d'aujourd'hui ou de l'astrophysique, on peut prévoir les éclipses qu'il va y avoir dans un million d'années et celles qui ont eu lieu dans les trois millions de dernières années. C'est extraordinaire. Cette puissante anticipation, ça veut dire qu'il y a du nécessaire dans la nature. Le contraire du hasard, si vous voulez. Il y a du nécessaire. Je n'ai pas éliminé le hasard. Je dis, il y a du nécessaire. Le possible, le réel, le nécessaire. Là, on en est au possible, au premier degré. L'argent est la possibilité de toutes les choses du besoin.
17:41 Ça veut dire quoi alors ? Maintenant, je vais être concret parce que je suis un peu exigeant ce soir. Je viens de vous demander un effort d'abstraction. On va se reposer. sur un cas concret. Vous n'auriez pas compris ce cas concret si je n'avais pas entraîné un peu vos méninges à abstraire avec mes trois étapes de la modalité. à savoir, je viens d'être payé. C'est un je impersonnel.
18:13 Mais enfin, chacun d'entre vous connaît ce moment plutôt heureux. On vient de recevoir sa paie. Là, on revient du distributeur de billets. On a retiré. Ça fait des jours qu'on l'attend parce que c'était la fin du mois. Vous connaissez ça, tout le monde. Ah, ça fait du bien. je vais enfin me pouvoir... Quoi ? Justement, vous commencez à comprendre la possibilité, mais pas réelle. Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Cet argent me met devant tous les possibles que je peux acquérir, toutes les acquisitions possibles, je peux, avec cette somme déterminée.
18:54 Mais je ne sais pas encore lesquelles. je suis donc dans mon désir indéterminé. Je suis au cœur de l'anthropologie. Ce n'est pas la soif. Ça, nous le partageons avec l'animal quand on a soif. Vous savez que on a plus vite fait de mourir de soif que de faim quand on n'a ni l'un ni l'autre, quand on n'a ni nourriture, ni boisson, ni eau. C'est surtout le manque d'eau, n'est-ce pas, qui est le plus fatal.
19:24 Ça, on le partage avec l'animal, c'est un besoin déterminé. Ça veut dire l'objet de ce besoin. C'est clair, c'est l'eau. Quand l'eau est là, le besoin est terminé. Bien. Ça fait du bien quand on a soif de boire. La deuxième gorgée est moins bonne que la première, vous savez ça. La troisième est moins bonne que la seconde. On s'ennuie assez vite à cette satisfaction des besoins. Heureusement qu'il y a des milliers d'années d'histoire pour rajouter au besoin des fanfreluches, n'est-ce pas ?
19:54 Allez, je suis sérieux. J'aimerais bien que les dirigeants syndicaux méditent l'exemple que je vais donner. Lorsque les hommes de la préhistoire ont commencé à peindre sur les cavernes, ça n'ajoutait rien à la satisfaction des besoins. Ce n'est pas un dessin de bison admirablement fait. Je pense à Lascaux, bien sûr, à Altamira en Espagne ou à Chauvet plus récemment. C'est extraordinaire peinture animale. Vous imaginez les moyens qu'ils avaient.
20:24 On n'achetait pas des pinceaux à la boutique d'à côté à l'époque. Bon. Mais ce n'est pas l'image d'un bison qui fait que je mange de la viande de bison. C'était plutôt des aurochs en Europe. n'est-ce pas ? Donc, ça ne sert à rien au niveau du besoin animal et naturel la peinture sur les cavernes. Ça veut dire quoi ? Et pourquoi je fais allusion aux dirigeants syndicaux ?
20:54 Parce que quand les patrons leur disent écoutez, vous avez le minimum vital, estimez-vous heureux, c'est déjà pas mal. Mais comment ? Le minimum vital, je viens de dire qu'il a été dépassé déjà à la préhistoire. Il faudrait qu'on s'estime heureux en 2025, n'est-ce pas ? D'avoir le bonheur de recevoir du capital, le minimum vital, mais c'est sordide. Voilà, c'est un petit rappel en passant pour dire possibilité de toutes les choses du besoin. Mais possibilité, là pour l'instant, je ne suis pas déçu par l'objet.
L'argent permet de différer la connaissance de soi
21:31 Pour la bonne raison qu'il n'est pas encore déterminé. Je ne sais pas si je vais faire un bon repas, frimer, inviter des potes, acheter, payer à la femme que j'aime un billet pour l'amener à l'endroit dont elle rêve. À condition qu'elle en rêve avec moi, pas avec un autre. Et ainsi, vous voyez l'infinité des possibilités. Je peux m'acheter aussi pour 1000 euros de chewing-gum à un centime. Je vous le dise.
22:03 Je ne vous conseille pas pour les dents et tout ça. où je veux revenir. C'est que ce qu'il y a de magique, mais au sens aussi, vous savez, il y a de la magie noire. Il y a un côté négatif. J'ai aussi une mise en garde avec de l'argent. c'est que comme la somme que j'ai à ma disposition n'explicite pas la satisfaction déterminée que je vais faire avec à la première dépense, titre de transport, fleurs, repas, un complet chez un tailleur, ce que vous voulez, comme l'argent ne l'exprime pas et que ce n'est pas sa fonction d'exprimer la particularité de tel ou tel besoin déterminé.
23:03 Dans ce cas-là, et là j'arrive à une chose que je n'ai pas encore dite. Je vous ai dit que c'est un grand enjeu de la philosophie. Donc, grâce à l'argent, je peux renvoyer à plus tard quoi ? Le principal impératif de la philosophie que Platon rappelle dans l'Apologie de Socrate et qui était marqué sur le fronton du temple de Delphes, l'endroit le plus sacré de la Grèce, quand on venait consulter l'oracle, il y avait marqué à l'entrée du temple, vous le savez, Gnothi seauton connais-toi, toi-même.
23:38 Je n'ai pas besoin, je n'ai pas besoin de savoir si je... quel est le désir qui est le plus important, prioritaire, à satisfaire. j'ai de l'argent, d'accord ? Là, maintenant, je me fais un repas, après, je ferai un petit voyage, vous voyez ? C'est ça qui est magique et dangereux avec l'argent, c'est qui me permet de renvoyer à plus tard la connaissance de soi. Qu'est-ce que je devrais faire avec ça ? Je ne parle pas de ceux qui ont des besoins urgents ou qui courent amener à leur maman agonisante le médicament qui va la sauver, je ne parle pas de ça.
24:13 Je parle, vous avez vu mon exemple, le quidam qui reçoit sa pension, sa paye, son salaire, ses dividendes, si c'est un... un ordre du patronat et ainsi de suite. C'est que l'argent me permet de différer, de renvoyer à plus tard, de différer, de remettre à plus tard la connaissance de soi, l'effort de se connaître soi-même qui est tout le programme de la philosophie.
24:50 On ne s'y attendait pas à celle-là en partant de l'argent. Voilà. C'est la réponse que je fais à Alias. Oui, qui disait que ce passage lui semblait obscur. Effectivement, ce n'est pas évident. Mais vous comprenez la métaphore de la bête sauvage, n'est-ce pas ? Si je passe outre à l'importance de se connaître soi-même et de savoir quel serait le meilleur usage, la meilleure manière de réaliser ce possible, ce qui pour l'instant n'est que possible et sans aucune réalisation.
La société civile bourgeoise, bête sauvage à dompter
25:34 Si je passe outre, je tombe dans le terrible monde de la bürgerliche Gesellschaft. je le dis en allemand pas parce que je suis heideggérien, ne vous inquiétez pas pour ça, mais parce qu'il y a presque un jeu de mots là. Burger, ça veut dire bourgeois en allemand. Mais pas au sens où un homme de gauche critique le bourgeois. ça fait toujours bien de critiquer la bourgeoisie, les bobos, etc. Comme quoi je suis de gauche puisque je critique la bourgeoisie. Mais en allemand, ça peut faire des contresens.
26:11 Burger, ça veut dire aussi l'habitant du bourg de la ville, un berliner. Burger, en allemand, ça veut dire un citoyen de Berlin. Tout simplement, c'est un habitant de la ville de Berlin. Et vous venez d'où ? Frankreich, je viens de France. Ah, vous êtes un citoyen français. Mais là, c'est plus extensif qu'au bourgeois. Peu importe que le mec soit ouvrier, patron, il est citoyen de telle ville, de tel pays.
26:44 Le mot est plus éclaté, donc on peut être un Freiburg, un citoyen de Freiburg. Pourquoi j'insiste ? Pourquoi ? Parce qu'il compare la société civile bourgeoise à une bête sauvage, alors attendez, parce que ça fait presque peur. Ça, c'est du thriller.
27:14 Le besoin et le travail élevé à cette universalité que toutes les marchandises, je vous ai dit tout à l'heure, un kilo de viande de bœuf, je veux dire, une belle robe, que ce qui circule à travers tout ça, qui est universel dans toutes les marchandises, c'est le fait qu'elle cristallise, c'est le terme que prend Marx, du temps de travail, n'est-ce pas ? De production, quoi. Élevé à cette universalité forment ainsi pour soi dans un grand peuple un immense système de communauté et de dépendance réciproque, une vie qui se meut en soi-même d'une réalité morte, ça commence à être inquiétant, vie qui, dans son mouvement, s'agite d'une manière aveugle, vous voyez, aveugle, on pourrait dire, on réunit les membres du gouvernement, les membres du Parlement et démocratiquement, on décide, écoutez, voilà le budget dont on dispose, qu'est-ce serait la priorité ?
28:13 On va voter. Non, mais attendez, là, on rêve. Moi, j'aimerais bien que ce soit ça. Mais si on fait ça, le capital va dire mais vous êtes des bolcheviques, vous êtes, c'est la dictature, mais il ne faut pas qu'il y ait une finalité, chacun a la finalité qu'il veut, le contraire est totalitaire. Vous voyez tout ce qu'on voit à partir de l'étude de l'argent au cœur de la société civile et bourgeoise. Allez, je reprends, le besoin et le travail élevé à cette universalité forment ainsi pour soi dans un grand peuple un immense système de communauté et de dépendance réciproque, une vie qui se meut en soi-même d'une réalité morte, vie qui dans son mouvement s'agite d'une manière aveugle et élémentaire et qui, tel un animal sauvage, a besoin d'être continuellement dompté et maîtrisé avec sévérité.
29:08 Et oui, il y en a qui disent « Regardez, le pays le plus capitaliste c'est la Chine. » Ah bon ? Je croyais que c'était dirigé par le Parti communiste. Oui, mais il est vendu. Ah bon ? Quand il y a une surchauffe dans l'industrie du bâtiment, je parle de choses actuelles, une surchauffe qu'on appelle en termes économiques, que l'argent circule un peu trop facilement, l'exécutif chinois intervient, il dompte avec sévérité la bête sauvage, quitte à envoyer deux ou trois patrons qui ont fait des affaires énormes et puis ont licencié tout leur personnel en envoyant l'argent quelque part dans des paradis fiscaux, en taule.
29:50 Non, non. Il y a une intervention de l'État dans un régime démocratique. On ne laisse pas la société civile livrée à elle-même. Cette société civile qui a mis et qui a fini par mettre l'écume nazie au pouvoir, n'est-ce pas, dans les années 30 en Allemagne. Merci beaucoup, en tout cas, Alias, pour cette question sur l'argent. Je résume l'essentiel au cas où il y en a qui s'embrouillerait.
30:21 Ce qui fait la force, la magie de l'argent et qui fait qu'il y en a que ça rend fou et que ça concerne tout le monde à ce niveau-là, c'est qu'il incarne la possibilité, sous-entendu non réalisée, de toutes les choses du besoin. Donc, il me permet de satisfaire aussi bien ceci que cela, à somme égale. Donc, je ne suis pas obligé de savoir si l'important c'est ceci ou cela.
30:52 Je passe outre et je passe de l'un à l'autre. Et voilà comment le rapport à l'argent et à cette part quasi métaphysique n'est-ce pas, d'auto-mutilation de soi quelque part. Je me bats pour que les gens aient de l'argent. Je ne suis pas en train de faire un discours religieux qui maudit l'argent.
Une question sur Clouscard, Gastaud et la dialectique de la nature
31:24 Non, non, non. Je me bats pour qu'on en ait. N'est-ce pas ? Mais pas d'une manière comme on a dit aveugle et élémentaire. Voilà. Alors, là-dessus, je vais passer à des questions d'un tout autre ordre puisque ce que j'ai le temps que je récupère voilà mes sources. J'ai deux questions qui tournent autour des problématiques disons écologistes et plus précisément de la fameuse dialectique de la nature.
32:03 N'est-ce pas ? Comme j'en ai souvent parlé, comme j'ai souvent répondu à des questions qui tournaient autour de cette question, y a-t-il ou non il y a-t-il de la nature, il y a des passages que je sauterais parce que je les ai souvent répétés, par contre, je vais m'attarder à d'autres qui sont quasi inédits, surtout à travers cette longue question pour laquelle je remercie notre cher ami et camarade Teseron, T-E-S-E-R-O-N, si je me permets de le saluer ici à cause de sa fidélité, à cause de son humilité, il passe son temps à dire que c'est compliqué, c'est difficile, les textes, qu'il n'a pas la formation pour...
32:42 Il passe son temps, je ne dis pas à s'auto-humilier parce que ce n'est pas l'humiliation, il se grandit, n'est-ce pas ? En ayant cette soif de savoir et d'être impatient contre les difficultés de ce que Hegel appelle le « Anstrengung des Begriffs », l'effort astreignant du concept. Je suis sûr que notre ami camarade Tesseron, notre camarade ami, comme je vais me dire, comprend très bien de quoi il s'agit quand Hegel parle de...
33:14 effort astreignant du concept. Alors, voici ce qu'il me dit. Bonjour, M. Pagani, deux questions, peut-être est-ce deux fois la même ? Dans l'introduction à l'être et le code, Michel Clouscard, à la suite de Hegel, nie toute dialectique de la nature. Là, c'est clair, il n'y a pas de la nature. Ça, c'est Clouscard. Georges Gastaud, dans « Lumière commune », monument, je ne sais pas que je ne saurais trop vous recommander aux éditions Delga, en huit volumes.
33:47 Georges Gastaud, dans « Lumière commune » à la suite d'Engels, en fait grand cas, puisque cette dialectique constitue la base ontologique du marxisme. Qu'en pensez-vous ? Page 148 du tome 4 de « Lumière commune », Georges Gastaud livre sa vision de la philosophie hegelienne de l'Histoire. Elle ne me semble pas, oui, comme il est humble, il n'est pas sûr, elle ne me semble pas correspondre à la vôtre, qui m'apparaît être plutôt une philosophie de la prise de conscience de la liberté dans l'Histoire, en passant, entre autres, par le dépassement et même la victoire, sous-entendu, de la liberté, sur les déterminismes naturels.
34:37 Je peux mourir tranquille, il y a des gens qui écoutent quand même. Vous voyez, ça me fait plaisir. Quelque part, parce que c'est quelqu'un qui dit « c'est compliqué, je ne comprends rien, mais si tout le monde faisait un quart de l'effort qu'il vient de faire, philosophique, ce serait pas mal, ce serait de grandes avancées. » En ce sens, la philosophie hegelienne de l'Histoire n'aura aucune raison de s'achever dans un quelconque état prussien. Alors je passe, parce qu'il y en a à l'époque, vous comprenez, dans la bourgeoisie, dans la réaction, dans la droite, en gros, dans la droite théorique, intellectuelle, idéologique, surtout, dirait Marx, parler de Hegel, c'est embêtant, parce qu'on finit par parler de Marx, c'est ça qui ne plaît pas dans Hegel, ça n'a rien à voir avec ce que dit Hegel précisément, le simple fait que Marx ait dit que ce soit de loin le plus grand penseur bourgeois avec lequel il ait été en contact, jusqu'à dire que par rapport à lui, les autres sont de là, je n'ose pas dire, mais ça se dit en cinq lettres, dans une lettre, n'est-ce pas, vis-à-vis de Hegel, les théoriciens français,
35:50 bon, sont de là, ce que vous pensez, ce que vous imaginez, donc, ceux-là, pour noircir Hegel et le tirer vers la droite, disent qu'il était le philosophe officiel de la monarchie administrative prussienne, je ne reviens pas sur ces dossiers, si ça vous intéresse, je ne veux pas dire que ce n'est pas un peu pourtant, mais c'est des affaires classées, lisez un vieux classique des études hegeliennes qui s'appelle Hegel et l'État de Eric Weil, excusez-moi, je prononce en allemand Weil, W-E-I-L, Eric Weil, où il montre très bien que tout ça, ne correspond pas du tout au texte de Hegel, au contraire, que Hegel était traqué par la police prussienne, surveillé par des indicateurs dans ses classes, ce n'est pas pour voir s'il ne profitait pas de son enseignement pour divulguer les idées françaises, c'est à l'époque ce que veulent dire les idées françaises, ça veut dire plutôt la prise de la Bastille, n'est-ce pas, que l'hymne à l'État prussien, bon, alors, en ce sens, et là, notre ami, camarade, Tesson, voit très bien
37:00 le contresens, la philosophie hegelienne de l'histoire n'aurait aucune raison de s'achever dans un quelconque État prussien, fukuya-mesque, vous savez, ce japonais qui avait dit au moment de l'écroulement de Murs de Berlin, c'est la preuve, n'est-ce pas, encore un carré, y compris Hegel, que Hegel avait raison de dire que la bourgeoisie, la société civile bourgeoise est le stade ultime de toute l'histoire universelle et que maintenant, l'histoire est finie et qu'il n'y aura plus rien, vous comprenez, avec tout ce qui s'est passé depuis, avant l'invasion de l'Irak, avant le...
37:30 Bon, bref, la guerre en Ukraine, etc. De nouveau, qu'en pensez-vous ? Je tiens à terminer en vous remerciant pour les heures que j'ai pu gagner en vous écoutant. Au début de celle-ci, vous dites que Clouscard est le plus grand penseur marxiste de l'après-guerre. Que c'est frustrant. Vous me direz pourquoi il dit que c'est frustrant. Moi qui bataille avec la lecture de L'Être et le code, et là, j'admire comme Tesseron, mais est en train de dire que pour lui, des fois, ça semble du chinois.
38:10 Et donc, moi, je lui dis que c'est le plus grand penseur marxiste. Mais si je ne comprends pas, c'est que je passe à côté du plus grand penseur marxiste. Non, il ne s'inquiète pas. Je vois tout de suite que notre amie Tesseron comprend l'essentiel. Je le rassure à ce niveau-là, si je peux me permettre, c'est peut-être pas moi qui suis détenteur de l'essentiel. Je suis certain de ne pas être seul dans ce cas. Bien sûr. Malheureusement, la pensée de Clouscard est très difficile d'accès, malgré les éclaircissements encore peu nombreux quand on les compare au contenu disponible concernant les œuvres de Marx et Hegel.
38:43 Il y en a beaucoup plus que sur Clouscard. apporté par Christian Riochet, Aymeric Monville, les éditions Delga via les ateliers de la Praxis, les contributeurs du... Je ne sais pas, c'est des sources que vous connaissez, bien sûr. C'est d'autant plus dommage pour ceux... Pardon, je pense que rares sont ceux qui ont accès à toute la richesse théorique de Clouscard. C'est d'autant plus dommage pour ceux ayant des convictions politiques et tentant de défendre le communisme. Car je suis persuadé, comme vous, que Clouscard est très important.
39:15 Quelques passages prophétiques de ses écrits en sont une bonne indication. Sans doute la plus saisissante si jamais quelqu'un fut prophète, s'il y a eu Rousseau, mais enfin, lorsque Rousseau dit dans les années 1760 et nous approchons de l'état de crise et du siècle de révolution à quelques encablures de la Prise de la Bastille, ça vaut son besoin de rébellir. Clouscard, dans les années 70, quand il écrit « Néofascisme et idéologie du désir », il anticipe déjà sur ce qui se passe sous vos yeux.
39:46 Combien d'exécutifs en Europe ne seraient pas au pouvoir s'il n'y avait pas l'appui des néo-nazis ? Pensez à l'Autriche, pensez à l'Italie où c'est quelqu'un qui vient de l'extrême droite qui est le chef du gouvernement italien. Pensez au pays scandinave, pensez à ce que devient l'Allemagne qui ne rêve que d'une chose, c'est la revanche sur Stalingrad, maintenant. Il y en a qui rêvent, quand même, qu'il aille voir.
Qu'est-ce que le concept de nature ajoute à celui de matière ?
40:17 Donc, qu'il ne s'inquiète pas, quelques passages prophétiques de ses écrits sont une bonne indication qu'il a beaucoup de choses à dire. Vous voyez, cette longue question, je ne réponds pas sur le fond, la dialectique de la nature, enfin, je ne réponds pas ce que j'ai déjà répondu, mais je vais être très clair, n'est-ce pas ?
40:48 Non, je ne suis pas de ceux, et là, je donne le point à ceux qu'ils nomment, Gastaud ou d'autres, qui disent que la dialectique ne se confine pas seulement au monde de l'histoire et de l'homme, qui est une dialectique, déjà, indépendamment de l'homme et de l'histoire, n'est-ce pas ? Alors, eux, ils disent la nature, moi non, je dis une dialectique de la matière. J'ai souvent posé une question à ceux qui sont partis dans la dialectique de la nature, je leur ai dit, je suis bien conscient qu'il y a une dialectique de la matière, une montagne, c'est matériel, après tout, tout naturel que ce soit.
41:30 Mais, qu'est-ce que le concept de nature ? Voilà ma question. Elle est toute simple. Ce qui est étrange, c'est pour cette question aussi simple et courte, ne vous inquiétez pas, je vais la formuler, je n'ai toujours pas de réponse. Et ça fait des années, je l'ai posé à des gens cultivés, intelligents et sagaces. Il n'y aurait pas un blocage idéologique qui relève de l'idéologie au sens de Marx, de l'inconscient au sens de Freud, du négatif au sens de Hegel.
42:07 Donc, voici ma question. Qu'est-ce que le concept de nature vient ajouter à celui de matière ? Voilà ce que je commence à répondre de manière claire pour notre ami ici qui se rassure. Je ne suis ni de ceux que critique à juste titre Georges Gastaud dans Lumière commune ou dans d'autres publications d'ailleurs.
42:37 De même, je donne le point à Engels quand il parle d'une dialectique qui n'est pas confinée et limitée seulement à la sphère anthropologique, c'est-à-dire à l'histoire, à l'homme et dans son mouvement historique. Sauf que cette dialectique-là qui est indépendante de l'homme, ne soyons pas idéalistes, je ne l'appelle pas dialectique de la nature. Nous sommes en philosophie.
43:08 La manière dont nous parlons et les mots que nous choisissons, on s'avance sur des œufs. Il faut faire attention. Moi, je parle de dialectique de la matière. Alors, regardons un peu plus près. C'est pas un marteau, une météorite. Rien à voir. Si, les deux sont matériels. un marteau, bien que fait par l'homme, avec une forme et qui suppose une pensée, vous savez, le fameux passage où Marx dit ce qui distingue immédiatement, le plus maladroit des architectes de l'abeille la plus experte, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité.
43:50 Ça s'appelle la pensée, ça, avoir quelque chose dans la tête avant même de le produire dans la réalité. un marteau, une météorite. Les deux sont matériels. Alors, soyons rigoureux, mettons-nous d'accord sur notre manière de parler. C'est une proposition que je vous fais, nous ne pourrions pas se mettre d'accord sur le fait de dire qu'il y a un grand ensemble qui inclut tout ça. Ce que j'appelle la nature, l'homme, l'histoire, il y a un grand ensemble qui s'appelle la matière.
44:22 dans laquelle je fais une partition, comme on dit en mathématiques, de deux sous-ensembles. Une matière qui ne doit rien à l'homme et qu'on peut appeler maintenant la matière naturelle et une matière, n'est-ce pas, qui ne serait jamais advenue s'il n'y avait pas une activité humaine qui s'appelle la production. A commencer par les premiers galets éclatés.
44:57 Alors, pourquoi ? L'animal, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus naturel, l'animal, lui aussi, vous savez, il y a des singes qui prennent un caillou et qui cassent une noix. Oui, bravo, c'est bien de le savoir. Il y a même des choses plus complexes. Je peux vous donner de l'eau à votre moulin. Il y a des oiseaux, on dit un crâne de piaf, vous avez entendu, il n'y a pas grand-chose. Tête de linotte, vous savez, comme on dit. Avec une pointe de sexisme, comme les têtes de linotes se faisant tendue dans une crâne de piaf, il n'y a rien. Eh bien, il y a des oiseaux qui prennent une épingle, une épingle, voyez mon lapsus, une épine avec leur bec.
45:32 L'épingle, c'est naturel, historique, spirituel, artificiel, historique, anthropologique. L'épine, non. Ils prennent une épine, ils la plantent dans un trou où il y a une larve et ils tirent. Vous savez, comme on tire une saucisse à l'apéritif avec un petit stick. C'est compliqué, dites donc, ça ? Oui. Un singe qui prend deux roseaux qui les emmanche comme ça pour atteindre le fruit qu'il n'arrive pas à attraper avec le bâton trop court, dites donc, c'est compliqué.
L'outil et l'instrument selon Tran Duc Thao
46:08 Oui. Alors, qu'est-ce que je veux dire ? Que c'est le privilège de l'homme ? C'est que l'outil, c'est plus que l'instrument. L'outil chez l'homme, c'est plus que l'instrument dont indéniablement auquel l'animal a accès. C'est quoi la différence ? Je vous renvoie ici à celui qui a le mieux théorisé cette différence, un grand marxiste, hélas, pas assez diffusé, le contraire, vous étonneriez, puisque dès les années 70, la puissante contre-révolution idéologique, n'est-ce pas, qui s'est d'abord appelée structuralisme, puis après, n'en parlons pas, parce que l'entropie, de moins, il y a quand même, il y a des gens fortifs là-dedans, même si c'est captieux idéologiquement, mais enfin, après, il y a eu les nouveaux philosophes, vous voyez la suite, les BHL et compagnie.
47:05 Non, c'est sérieux, ce philosophe-là, qu'on a tout fait pour oublier, est un Vietnamien, Tran Duc Thao, qui avait publié, je vous donne la référence, aux éditions sociales, si vous arrivez à le trouver, je n'ai pas encore vérifié, je le vérifie souvent, mais là, il y a fait un moment que je n'ai pas regardé, le titre c'est, Recherches sur l'origine de la conscience et du langage, où il montre, maintenant soyons sérieux, ce qu'il nous manquait pour la différence entre l'instrument, animal et l'outil, c'est ce qui caractérise l'outil humain dès la préhistoire, je l'ai vérifié dans le Sahara où on trouve des tas de pointes de flèche, l'outil a ce qu'il appelle une forme typique, c'est-à-dire un type qui suppose, comme dit très bien Marx, qui a quelque chose dans la tête, il y a un modèle dans la tête, lorsqu'il y a un coup de vent dans le Sahara, vous voyez tout d'un coup des dunes qui se déplacent et vous voyez apparaître des choses qui étaient cachées depuis peut-être des milliers d'années, n'est-ce pas, sous le sable, et vous voyez là,
48:15 parce que le Sahara était très peuplé à une époque où il était beaucoup plus vert qu'aujourd'hui, j'en profite pour faire mon combat non pas contre l'écologie, qu'est-ce que je connais à l'écologie ? Je ne suis pas un scientifique, mais mon combat contre l'écologisme, contre les discours de ceux qui sont aussi peu scientifiques que moi, voire le discours de quelques-uns qui ont une formation scientifique, des fois même solide, mais une formation scientifique n'a jamais empêché l'aveuglement idéologique.
48:45 Si, sur les sujets qui sont leur spécialité, oui, scientifique, quelle que soit son idéologie, elle en sait mieux que moi, n'est-ce pas ? Les lois qui régissent le spin de l'électron. Mais par contre, je veux dire, un des plus grands physiciens de tout le monde moderne, il est mort maintenant, je pense à Werner Heisenberg, celui qui a le plus puissamment contribué à cette Bible de la physique contemporaine qui est la théorie des quantas, et qui a créé ce qu'on appelle les relations d'incertitude au nom desquelles on ne peut pas connaître à la fois la position et la vitesse d'une particule, je ne m'attarde pas, pas seulement parce que ce n'est pas ma partie, mais parce que ce n'est pas notre sujet, surtout, qui est un des plus grands physiciens qu'on ait jamais vu.
49:39 Et à la pointe, vraiment, qu'est-ce qui est à la pointe de la physique au début du XXe siècle ? qui, dès le début du XXe siècle, c'est la théorie de la relativité d'Einstein et la théorie des quantas dans l'école dite de Copenhague. Il avait des sympathies pour le régime nazi. Une immense intelligence, une intelligence, fût-ce celle qui était à l'oeuvre dans les sciences dites dures, ne garantit absolument pas que mon entendement, c'est ça, intelligence, intellectus en latin, verstand en allemand.
50:11 Vous allez voir pourquoi je multiplie les langues. Parce que l'allemand distingue bien verstand, l'entendement, et vernunft, la raison. Il faut aller au-delà de l'entendement. L'entendement est idéal dans les sciences, dans les sciences dures en particulier pour comprendre les lois qui régissent les objets, pas les lois qui régissent les sujets que nous sommes, vous et moi. Vous voyez comment on en revoit des choses à travers cette belle question de notre amitié cesseront sur la dialectique de la nature.
50:45 L'aveuglement, ce n'est pas la cécité, ce n'est pas des yeux qui souffraient Heisenberg. C'est que dans son inconscient, oui, les juifs, les communistes, tout ça, si le chancelier Hitler pouvait nous en débarrasser, ce n'était pas un salaud, ce n'était pas le nazi qui dénonçait, non, ce n'était ni un tortionnaire. Il avait des sympathies pour le régime, vous voyez. Alors, je reviens à Tran Duc Thao, je ne sais pas, si je suis ému rien que d'y penser et quand j'étais au Niger, j'ai vu dans le désert comme ça, affleurer des collections de pointes de flèche qui ont toutes exactement, on dirait qu'elles ont été conçues sur le même modèle, le même pattern, on dirait aujourd'hui.
51:29 Vous voyez, qu'il y en a un qui a donné le modèle et après, on fabrique. Ça veut dire qu'il y a là-dedans une pensée, il faut que ça pénètre dans le corps de l'animal avec la force de la corde de l'arc, jusqu'à faire craquer les os au passage. il faut toute cette pensée préalable pour produire et non pas l'objet que j'ai sous la main comme le singe qui prend le caillou qui est là pour casser une noix, ce qui est déjà...
La production sociale de l'existence : l'homme n'est pas une espèce
52:01 Un ver de terre ne sait pas faire ça. Non, non, c'est formidable. Mais on en est aussi loin de l'outil, n'est-ce pas, que le ver de terre du singe. Voilà. Donc, il y a une dialectique de la matière que cette matière soit naturelle ou que cette matière soit historique, c'est-à-dire suppose un monde produit par l'homme, je fais des rappels. Le texte dont je dis souvent que ce qui contient le plus de Marx dans le minimum de lignes, la fameuse préface de 1859 à la contribution à la critique de l'économie politique, titre original du capital, originelle, pardon, c'est-à-dire le capital devait s'appeler à l'origine avoir pour titre critique de l'économie politique, mais Marx n'a jamais cessé jusqu'à son dernier souffle de modifier sa pensée, jamais content, jamais convaincu, ça y est, d'avoir fait le tour de toute la question.
53:00 Il est mort à la tâche, notre Marx, et en progressant à chaque fois. Donc, dans cette préface, elle commence par cette phrase célébrissime, dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports nécessaires, indépendant de leur volonté, rapports de production, je suspends ici la citation, pour revenir en arrière, parce qu'on glisse, c'est tellement énorme qu'on glisse sur les enjeux dans la production sociale de leur existence.
53:34 Ah, qu'est-ce qu'on apprend ? Que l'existence de l'homme, elle ne se contente pas de la biologie, non, c'est une production, il n'y a pas d'homme avant la production par l'histoire et la technologie, il n'y a pas d'homme, il y a un animal, je ne dis pas qu'il n'y a rien, je ne suis pas un idéaliste, je ne dis pas que c'est tombé du ciel, d'accord ? Mais tant que c'est cet animal qui ne produit pas son existence, mais qui se contente comme le blaireau qui est né avec un équipement qui a des griffes pour creuser un terrier, et qui toute sa vie va s'abriter dans ce terrier, ce qui fait que vous voyez rarement des blaireaux sauf la nuit.
54:12 ou comme l'ours blanc qui est né blanc, ce qui fait que dans l'Antarctique pour le repérer c'est un peu compliqué, heureusement qu'il n'est pas en Amazonie, il ne ferait pas 24 heures, il serait repéré comme le loup blanc pour faire un mauvais jeu de mots. L'animal, il a son équipement spécifique, chaque espèce spécifique et l'épithète qui vient d'espèce. Mais l'homme, ce n'est pas une espèce, car il creuse des terriers et des tunnels.
54:45 Si vous saviez le travail des tunneliers qui sont en train de faire en Chine, des choses que même les pharaons, enfin les ingénieurs qui étaient au service de ce pharaon, on n'avait jamais osé imaginer. L'homme, il fait, il creuse des souterrains comme le blaireau et beaucoup plus puissant. Il peut vivre au Groenland, il peut vivre dans la jungle amazonienne. Il n'est pas une espèce déterminée par un biotope déterminé.
55:16 On revient toujours aux mêmes choses. Il ne s'adapte pas comme l'animal à un certain biotope, quitte à mourir si ce biotope est brusquement bouleversé par la nature, une catastrophe naturelle ou par l'activité humaine irresponsable. Ben oui, je suis écologique quand il le faut. Je suis anti-écologiste quand je ne suis pas naturaliste. Mais alors, mais alors, ça veut dire que l'homme, il n'est pas spécifique, il est général.
55:52 Je suis en train de jouer sur les termes d'espèce et de genre, cher à Darwin, n'est-ce pas ? On change de genre, on décolle de la sphère zoologique et on lui superpose une sphère anthropologique. Je n'ai pas dit qu'on décolle au sens où on n'a plus rien à voir avec l'animal. Moi, jusqu'à la fin de ma vie, je devrais manger pour vivre. Ça, ça ne doit rien ni à l'histoire, n'est-ce pas ? Ni à la culture, ni à la technologie, ni à la production. Mais ça, ça ne définit pas l'homme. parce qu'une mouche aussi, il faut qu'elle mange pour vivre.
56:23 Un ver de terre, il faut qu'elle mange pour vivre. Ça ne définit en rien ce qui fait la spécificité de l'homme. Ça ne sert à rien de rappeler ces choses-là quand c'est pour faire une réduction de l'anthropologie à ce qui est largement inférieur à l'homme. C'est pas un jugement de valeur qui est inférieur dans la chronologie, un stade de l'évolution antérieur, si vous préférez. On en voit des choses précises avec cette immense question sur la dialectique de la nature. Donc, vous voyez, on apprend dans ce début, la phrase de la préface de 1859, dans la production sociale de leur existence.
57:03 Ah ben attendez, attendez, creusons encore. Donc, on vient d'apprendre, mais c'est énorme, que notre existence en tant qu'être humain, n'est-ce pas ? Elle ne doit rien ni à la biologie. Je veux dire, elle ne se réduit pas à l'apport biologique. Attention, je vais être extrêmement clair. Sans la nature, rien de ce dont je parle n'existerait. A commencer par moi, par l'homme, etc. Mais c'est pas pour ça que l'homme est réductible à quelque chose de naturel.
57:33 Vous commencez à comprendre la nuance. Je resterai animal jusqu'à la fin de ma vie, chaque fois que j'ai besoin de manger pour vivre, c'est-à-dire jusqu'à mon dernier souffle ou de respirer. Simplement, ça c'est naturel. Là, je suis animal. Mais s'il n'y avait que ça, je ne vois pas ce qui me distingue de n'importe quelle espèce animale. Par contre, quand je construis des maisons sur pilotis dans la préhistoire, c'est compliqué, vous savez, ce ne sont pas des cavernes, ce n'est plus développé que des cavernes, c'est compliqué, des maisons sur pilotis sur des marais.
58:03 là, on peut se réfugier contre des prédateurs ou des tribus hostiles, là, sur des marais, c'est comme ça, qui sont à l'origine de villes comme Venise, ou Vannes, ou Amsterdam, j'ai l'air de plaisanter, non, non, je suis sérieux, Vannes, fondées par les Vénètes, et oui, la Vénétie, c'est la région où il y a Venise en Italie, Vannes en Bretagne, où on retrouve ce besoin de se réfugier sur un contexte qui n'est ni la terre ni l'eau, mais un mélange des deux, mais au moins qui fait que on aura du mal à nous retrouver là, n'est-ce pas ?
58:43 Après, ça donnez ce que vous savez, en particulier à Venise et à Vannes qui est une très belle ville. Donc, voilà, dialectique de la matière, oui, mais enfin, je veux dire, dans les milliers de pages consacrées par Marx à son propre travail d'élaboration théorique, trouvez-moi combien de pages qui s'attardent sur la dialectique de la nature, montrez-les-moi, moi je ne les connais pas, Dieu sait si j'ai traqué tout ce qu'on peut savoir sur Marx, je ne suis pas le seul, mais quand même, trouvez-moi les pages qui disent oui, oui, dans les galaxies, le carbone, nous ne nous occupons pas de ce qui n'est pas de notre domaine, laissons la nature aux physiciens.
59:33 Par contre, là où Georges Gastaud a raison, c'est qu'il faut corriger le physicien quand il sort de sa compétence scientifique et quand il prend le langage de tous les jours qui est beaucoup plus piégé, on envoie des choses, on révise là. Quand je dis y égale f de x, je suis dans les mathématiques. y est fonction de x, y dépend de x, y est déterminé par x, tout ça, ça veut dire la même chose, y égale f de x.
1:00:04 Ils ont pris les précautions depuis l'antiquité, les mathématiciens, ils se méfient du langage de tous les jours, j'en étais là. Celui que je prends avec vous là maintenant, avec des mots de tous les jours comme tablette, homme, nature, animal, c'est les mots de tous les jours, ça. Mais ce ne sont pas des mots qui ont l'univocité et la précision des termes retenus par les mathématiciens qui ne sont pas des mots qui sont des algorithmes, des mathèmes si vous préférez. f tout court, égal, c'est pas ?
1:00:35 Le mot égal, c'est un mot, mais le signe qui montre l'identité là, qui permet de dire si A égale B, alors B égale A, ça c'est des mathèmes. Donc là, notre camarade Gastaud a raison de venir corriger le physicien qui viendrait profiter de son prestige, je ne sais pas, de prix Nobel, etc., pour affirmer tout d'un coup des choses qui dépassent ou qui sont en deçà, sans venir même de ses compétences.
1:01:06 Et de nous sortir au fait, en fait, ce qu'il y a d'irréductiblement et inconsciemment religieux partout où l'on valorise la nature tout en diabolisant l'homme. C'est bien l'idée aux vies contemporaines dominantes, il me semble, enfin, dans ce petit monde confiné qu'on appelle l'Occident, vous savez que ce n'est pas mon appellation à moi. Mais chez nous, en Occident, ce qui est le discours dominant, il y a d'avoir une grande bataille sur les pesticides, n'est-ce pas ?
1:01:40 C'est de montrer que ce que l'homme fait est mal, ce que la nature fait est bien. Je caricature, je caricature. Vous comprenez très bien ce que je veux dire, ce qui est grave, et j'en terminerai là-dessus avec cette question, c'est qu'on ne prend pas garde à ce que disent les mots. À tort, vous avez raison, mais ce qu'ils disent, si on parle à la place des mots, qui va parler, franchement ? Où je veux revenir ? Nature, c'est quoi le radical ?
Nature et naissance : les enfants sauvages
1:02:11 N-A-T. Vous l'avez dans nativité, dans le pays natal, oui ou non ? Comment on dit Noël ? La nativité en italien, natale. La nature, c'est ce que ma partie naturelle, c'est celle que j'ai à la naissance. Oui. À la naissance, les enfants sauvages ne sont pas des hommes. Vous savez, ça a été étudié, les Mowgli, les quelques descendants d'êtres humains, ce n'est pas qu'il y a eu pour des raisons, ce n'est pas comme ça arrive, pas seulement aux Indes, il y en a en Pologne, il y en a fait des enfants ours, des enfants cochons, il y a eu tout ce que vous voulez, et il y a eu des études là-dessus, je vous renvoie à le titre Les enfants sauvages de Lucien Malson dans la collection 10-18 qui a fait un beau dossier sur ce sujet.
1:03:12 On constate qu'on n'a jamais pu leur apprendre à parler, qu'ils marchaient à quatre pattes. Un être comme ça, on ne l'appelle pas un homme. Voyez, on revoit des choses importantes. Donc, voilà quoi. Sans la nature, nous n'aurions pas l'existence, mais si on ne tient compte que de la nature, j'existe, mais pas comme homme, pas comme un être humain.
1:03:42 Voilà. Donc, l'homme, ce n'est pas un 31 décembre à minuit de je ne sais quelle année passer brusquement. On est passé de l'animal à l'homme avec la pensée. Non, ce n'est pas comme ça. C'est à chaque instant que je suis en train de vous parler des efforts, des immenses chantiers qui se font dans l'humanité. Je parle des chantiers au sens positif. Je reviens à la Chine, n'est-ce pas ? Les douze travaux d'Hercule, n'est-ce pas ?
1:04:12 Qu'est-ce qu'il y a de commun à tout ça ? C'est le fait que ça aménage un espace qui est propre à l'homme et qui ne se réduit pas à des fonctions à vouloir seulement manger, boire, dormir. Allez, je termine là-dessus. Chaque fois qu'en Afrique, j'ai vu des lions, j'en ai vu souvent et roupillés. Et roupillés. Laissons à l'homme la prétention inimaginable de vouloir faire un peu mieux dans cette vie que boire, manger, dormir et se reproduire un peu plus.
1:04:52 Lisez l'immense bouquet magnifique de la littérature d'amour simplement et vous verrez qu'il y a autre chose quand même que boire, manger, dormir, se reproduire. Merci, cher ami testéron, bravo pour vos efforts. Un petit reproche, c'est que vous vous sous-estimez quand vous dites que les textes de Hegel sont difficiles. Vous avez raison, de Clouscard aussi. Vous en savez plus, je me permets de le dire, je ne suis pas là pour vous évaluer à aucun titre, mais enfin, je constate que vous en savez plus dans la manière de formuler votre question que bien de ceux qui professent être des professionnels de la philosophie.
Une accusation de nazisme et le naturalisme nazi
1:05:33 Je fais exprès de jouer sur le mot. Voilà. Eh bien, on va continuer, si vous voulez, dans la sphère écologique. Alors, on change un peu de ton, là, vous allez voir. Alors, écoutez, je m'abstiens de donner son nom et même de donner son pseudo, parce que c'est tellement accablant la question que je vais vous lire, que je déteste, n'est-ce pas, nuire aux personnes physiques.
1:06:05 Je lutte contre des discours contre des personnes morales, moi, le capitalisme, mais pas contre les personnes physiques. Or, il dit ceci, M. Pagani est toujours autant à côté de la plaque en matière d'écologie. Pourquoi pas ? Dans la lignée du lamentable Luc Ferry, je ne sais pas à quoi il fait l'allusion, Luc Ferry est un homme de droite, il ne s'en cache pas. Mais lamentable, si la plupart de ceux qui sont écolos avaient le dixième de la culture de Luc Ferry, littéraire, historique, philosophique, ce serait déjà pas mal.
1:06:44 Même si c'est un adversaire pour moi en politique. Mais il n'est pas lamentable. Il recycle la propagande nazie, voilà ce que je fais, moi, Pagani, au sujet de l'écologie. Alors ça, c'est quand même, ça je ne l'ai pas lu depuis longtemps, mais c'est fantastique. Voilà que ça devient nazi de critiquer l'écologie. Ou alors, je n'ai rien compris, mais il me semble que les toutes premières réserves de protection de la nature, Naturschutzgebiet, je peux vous le dire en allemand, je les ai vus, en Thuringe, Thuringe, ce qu'on appelle dans la culture allemande le cœur vert de l'Allemagne, la région de Nuremberg, si vous préférez, tout ça.
1:07:24 C'est là qu'ont été créés les premières réserves de faune, de flore. Je ne dis pas que c'est mal d'avoir fait ça, je dis que ça s'est fait sous le nazisme. Il n'est pas plus écologique, attention, je n'ai pas dit, je viens de faire la faute, il n'est pas plus écologiste que le nazi. Mais je n'ai pas dit écologique, encore une fois, moi je ne suis pas glaciologue, je ne suis pas climatologue, je ne suis pas astrophysicien, mais il y en a qui paraissent ils sont tous en même temps. Je ne croyais que jamais la science n'avait été aussi spécialisée.
1:07:55 Et comme dit très bien Gaston Bachelard dans le rationalisme appliqué, il y en a qui font le tas sur la bibliothèque d'Alexandrie, admirablement pour l'époque, mais qui disent que c'était une perte pour l'humanité, qu'elle était brûlée. Et Bachelard dit si on a pu liquider toute la physique d'une époque dans une seule bibliothèque, c'est qu'elle n'était pas très développée parce qu'aujourd'hui, aucun incendie ne pourrait liquider tout ce qui est publié. Et pas seulement en livre, mais maintenant en microfilme, en tout ce que vous voulez, en numérique, sur la physique.
1:08:29 Donc, ces gens qui sont spécialistes de tout, c'est contradictoire, ou bien on est spécialiste, ou bien on est généraliste. Alors, il y en a qui sont écolos au sens qu'ils étudient l'environnement. Je cherche la nature, pour l'instant, je ne la vois pas, c'est mon environnement. Ah ben, attends, tu triches là, tu es à l'intérieur d'une maison construite par l'homme. Mais j'ouvre la fenêtre. C'est bien, il y a des arbres, j'ai des écureuils. C'est un parc, ça n'a rien de naturel. Les arbres qui sont là sont plantés, les fleurs sont...
1:09:02 Allez, vous connaissez la suite. On est toujours en contact avec un environnement. Si l'écologie est la science du environnement, je n'ai rien à dire, mais c'est la science de tout et de rien. On ne peut pas être spécialiste de tout dans l'environnement. Il y a des choses qui relèvent de la chimie, d'autres qui relèvent de l'astrophysique, de l'activité solaire, du volcanisme. On ne peut pas être spécialiste de tout ça. Déjà, une seule vie suffit à peine à être astrophysicien. Ce n'est pas sérieux.
1:09:33 Vous voyez ? C'est pour vous dire qu'encore une fois, que quand on me dit que c'est nazi de critiquer l'écologie il oublie que ce qui est fondamental dans l'idéologie nazie, c'est le naturel, précisément. C'est de mettre la nature bien au-dessus de l'histoire et de l'homme. C'est un anti-humanisme. Il ne faut jamais l'oublier. On dit souvent pour attaquer les souverainistes.
1:10:04 Je suis un peu contre les ismes en général. Moi, le souverainisme, je m'en méfie souvent. Il est souvent à droite. Mais par contre, je défendrai toujours la souveraineté qui est un des plus grands acquis révolutionnaires depuis que Rousseau l'a modélisé dans le contrat social et que la révolution française l'a fait entrer dans l'acte et au niveau d'un peuple. Et ça s'est propagé à bien des peuples sur la planète. Quoi donc ? Le fait qu'un peuple n'a pas envie de dépendre d'un autre peuple aurait-il sa capitale à Bruxelles ou d'une organisation militaire comme l'OTAN ou alors qu'il le fasse librement en toute souveraineté c'est ce qu'on fait on fait les élections non, non, non en 2005 on nous a présenté une constitution européenne pour qu'on la valide ou qu'on la refuse on l'a refusé on nous l'impose quand même.
1:11:06 C'est grave ce qu'on est en train de voir. Non. Le nazisme mais au-dessus de tout Hitler le cite non pas le nationalisme je laisse tomber mais dans le souverainisme je vais au-delà le nationalisme mais comment l'Allemagne par-dessus tout oui bien sûr mais Hitler a dit c'est des citations renseignez-vous je ne parle pas à sa place en tout cas je parle à partir de sources il aurait dit ce n'est pas la nation la plus importante c'est la race ça va loin ça parce que la nation allemande d'accord mais oui mais les Norvégiens et les Suédois c'est la même race c'est des nordiques c'est des blonds aux yeux bleus c'est tout ça Hitler n'avait rien à blonds aux yeux bleus rien c'est les pauvres malheureux ça qui font des dégâts quand vous regardez Goering vous avez du mal à reconnaître le dolichocéphale blond surhomme avec sa bedaine je n'ai rien contre les gros mais j'ai contre les gros qui disent
L'écologisme et le néopositivisme, verrous du capitalisme
1:12:16 que le plus important c'est la race vous voyez notion naturaliste c'est par nature que je suis noir ou blanc ou que j'ai les yeux bridés c'est extraordinaire qu'on m'accusait de nazi par anti-écologie peut-être pour couvrir ce qu'il y a de nazisme dans l'écologisme dans la lignée du lamentable Luc Ferry il, Pagani recycle la propagande nazie au sujet de l'écologie pour voir une analyse plus pertinente vous pouvez lire analyse les nazis étaient-ils écolos par Samy Bounou on va troquer Hegel Marx Kant Rousseau contre qui c'est ?
1:13:02 Samy Bounou pardon Bounou excusez-moi mais de quoi je me mêle quelqu'un qui en peint dans l'idéologie dominante n'est-ce pas ? mais cela ne m'étonne pas que M. Pagani soit bloqué sur ce sujet vous n'avez encore rien vu de cette question vous allez voir j'ai dû le relire pour y croire soit bloqué je suis bloqué sur le sujet de l'écologie pourquoi pas ? chacun à ses fonds de temps peut-être j'ai un point invulnérable mais non mais ce n'est pas ça qui dit seulement car à partir d'un certain âge nous y voilà et il nous donne 30 ans peut-être il ajoute peut-être la pensée se fige se sclérose on se demande vraiment ce qu'Einstein faisait à 60 ans franchement on aurait dû le liquider avant il était devenu inutile au-delà de 30 ans on est sclérosé et moi je ne suis pas Einstein alors oui je dois avoir raison je dois être bloqué sur ma trentaine n'est-ce pas ?
1:13:59 30 ans peut-être la pensée se fige et se sclérose à l'exception quand même il y a quelques vieux oui de Kant tiens tiens et quelques autres je n'ai rien contre Kant mais cet usage frauduleux de Kant comme de Nietzsche ne m'étonne pas ce que c'est sous certaines plumes cela n'enlève rien au fait que M. Pagani est très pertinent sur d'autres sujets je ne parle pas écologie elle n'est pas mauvaise celle-là voilà je tenais à vous dire allez je vais être sérieux si le capitalisme est encore là c'est grave ce que je vais dire là et là je ne le démontre pas je le démontrerai un peu plus tard dans d'autres vidéos parce que l'enjeu est énorme c'est grâce au ghetto sonore dans lequel on enferme les jeunes allez je résume beaucoup de choses que je répète souvent à l'écologisme c'est-à-dire à la divinisation de la nature et à la diabolisation de l'homme dans ce sens-là je ne parle pas des sciences qui font partie de l'écologie je ne suis pas glaciologue encore une fois et le néopositivisme
1:15:09 c'est-à-dire de n'admettre comme scientifique que les sciences qui ne s'occupent que des objets extérieurs et qui ne veulent pas voir qu'il y a une logique aussi rigoureuse lorsqu'on parle des sujets je l'ai développé à partir d'analyses de certains textes de la prose de Nerval par exemple j'y reviendrai certainement mais voilà je tenais à montrer la gravité des enjeux l'écologie fait partie de ces verrous par lesquels le capitalisme se maintient encore sinon tout s'écroule je ne donnerai qu'un seul exemple pour en finir sur ce dossier on produit trop paraît-il il y a surproduction de ceci ou de cela bonne nouvelle pour le patronat ce discours écologiste qui dit que franchement on s'est vautré dans une société de consommation parce que lui ce qu'il veut ce n'est pas de donner de l'emploi le patronat il trouve qu'il y a trop d'emplois trop de parasites trop de fonctionnaires allez vous l'entendez tous les jours dans les partis libéraux peu importe qui se réclame de la droite de la gauche ou de l'extrême centre
1:16:19 les nuances qui entre centre gauche et centre droit vous êtes forts pour les voir moi avec une loupe aussi puissante qu'un télescope je n'arrive pas à voir la différence l'extrême centre tout ce qu'il faut retenir de ce dossier c'est que cette manière de ne rien vouloir savoir de ce qui vient du sujet et de ne retenir comme scientifiques ce n'est pas que les mouvements des astres ce qui est fondamental moi je ne serais pas vivant là s'il n'y avait pas les sciences dures je ne suis pas en train de dire le moindre mot contre les sciences dures je suis en train de dire que de limiter la science le savoir le contraire de l'opinion au café du commerce à rigueur de le limiter seulement des objets extérieurs à l'homme tiens comment on y reste dans la nature c'est une manière de refouler de ne jamais être en face de soi-même voilà merci de vos questions regardez
1:17:29 toutes ces révisions qu'elles nous occasionnent que quand je fais mes conférences j'essaie de couvrir des fois je ne dis pas que je bâcle encore que il m'arrive souvent de le penser mais je peux ou alors elle dure 4 heures à la conférence donc grâce à vos questions je peux revenir sur les points où j'étais passé un peu vite et comme on vient de le voir là creusé comme à propos de l'argent n'est-ce pas de la possibilité de toutes les choses du besoin cette ivresse que j'ai quand j'ai ma paye dans la poche et que je ne sais pas encore ce que je vais en faire et que tous les possibles sont ouverts ça ne dure pas longtemps mais ça fait du bien voilà donc un immense merci à vos questions je suis bien conscient que je suis loin d'avoir répondu à toutes et je continue j'ai trouvé une petite méthode pour essayer d'accélérer le rattrapage du temps perdu par rapport aux réponses aux questions c'est que je prends les questions les plus anciennes et les plus récentes on finira bien par arriver au milieu après avoir répondu à toutes les questions voilà merci encore
1:18:39 à Adrien d'avoir la gentillesse de se déplacer et de faire un si bon travail après quand il a le dos tourné voilà quand il m'abandonne et merci à vous et merci à notre camarade testron qui nous a fait faire de belles avancées je vous dis à la prochaine fois et nous allons parler des ressources de l'association je vous le dis rapidement comme ça parce que ce n'est pas le sujet de ce soir à la rentrée parce que la trésorerie d'association est arrivée à si bas étiage que nous sommes à la merci d'un accident de trésorerie d'un équipement qui bug je ne sais pas qui se détériore voilà c'est les sujets courants dans les assos ne vous inquiétez pas mais tout ce que peut me permettre de vous dire avant la rentrée c'est que ceux qui n'ont pas leur cotisation à jour il est urgentissime d'essayer de les mettre à jour car nous n'avons pas d'autres recettes en dehors de quelques donateurs qu'on ne remerciera jamais assez et que je ne remerciera jamais assez merci mille fois de votre attention
1:19:49 de votre patience et à la prochaine fois dans pas très longtemps j'en..