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Du jeune Marx à Hegel et au positivisme
0:00 Le film est clair, il s'agit du jeune Karl Marx et il se termine au moment où il va devenir Marx.
0:30 C'est sa formation préférée. Et je ne dis pas que la jeunesse de Marx n'est pas importante, c'est loin de là, mais je veux dire, le philosophe que Marx a le plus travaillé, c'est Hegel, n'est-ce pas ? Le travaillant, le critiquant, le renversant, tout ce que vous voulez, mais il a toujours dit qu'il y a une distance énorme entre Hegel et les autres philosophes bourgeois, tout de même. Il a même été un peu plus grossier que ça. C'est un texte un peu moins connu dans une correspondance avec Engels.
1:05 Il dit, je viens de lire les... La mode était au positivisme à ce moment-là. Je ne fais pas des détours. On est en plein dans la formation de Marx. Le positivisme, vous savez, qui a été fondé par Auguste Comte, et qui n'est pas une pensée idiote, loin de là. Enfin, qui est un petit peu réductrice sur beaucoup de plans, surtout par rapport à l'œuvre de Marx, qui développe ce que Marx, à partir de Marx, va appeler un matérialisme mécaniste et non pas un matérialisme dialectique.
1:39 C'est des mots où on va se mettre d'accord sur tout ça. Ce n'est pas le plus important. On est sortis de la terreur structuraliste des années 70. On peut parler comme on veut, de tous, et qu'on s'entende sur ce que veulent dire ces mots-là. Je vais faire une deuxième parenthèse. Je vous saoule avec mes parenthèses, mais je fais exprès. Parce que c'est important. On m'a demandé d'intervenir comme philosophe. C'est embêtant parce que c'est la seule discipline qui a... Le botaniste, il a les plantes en objet. Le zoologue, il a les animaux.
Le philosophe a les mots pour objet
2:11 L'astronome, planète, les étoiles, les astres. Philosophe, il a les mots. Étoiles, animaux, végétaux. Si il y a une poule qui rentre dans la pièce, je vous demande si c'est un animal ou un végétal. Tout le monde va dire que c'est un animal. On est d'accord. Je ne suis pas idiot. Comment on le sait ? Elle bouge la poule. L'arbre, il est... Si, l'arbre, il bouge, mais en hauteur. Il croît.
2:42 Philosophe, c'est agaçant parce que ça interroge les mots. Puis le corail, il est comme l'arbre, il est planté, mais on le classe dans les animaux. Je ne pousse pas trop parce que ça va vous exaspérer. Ou vous amuser, c'est pareil. Bon, voilà. Mais on ne peut pas en perdre du temps. L'essentiel, c'est qu'on voit qu'on se mette d'accord sur l'usage du mot pendant notre conversation. Je vais donner un exemple parce que je m'arrêterai là sur cet aspect des mots. Parce que je travaille dans une discipline qui a été fondée par un Socrate qui a agacé les gens en posant des questions dans la rue.
3:15 Qu'appelles-tu ? Qu'appelles-tu ? Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'une étoile ? C'est une question d'astronome. Qu'appelles-tu une étoile ? C'est une question de philosophe. D'accord ? Qu'est-ce que Dieu est ? La question ne porte plus que qu'est-ce qu'il est. Mais on a déjà dit qu'il est. Le philosophe ne va pas si vite. Qu'appelles-tu Dieu ? Quand tu m'auras dit, je te dirai si ça peut exister un truc comme ça ou pas. Vous voyez ? Et ça peut exister. Allez, je finis ma parenthèse sur un... puisque je suis dans le religieux.
3:45 Mon royaume n'est pas de ce monde. C'est une citation importante qui est tirée d'un livre canonique, l'évangile d'une religion qui est celle de l'Occident quand même. On peut dire que si on n'est pas de ce monde, voilà. Comme dirait Nietzsche, Nietzsche est très à la mode, beaucoup plus que Marx. Ah, ça c'est vraiment les arrière-monde, mon royaume n'est pas de ce monde. Voilà, le christianisme ça renvoie à des choses invisibles. C'est contre le monde réel où il y a des maîtres, des esclaves, voilà.
4:16 Et lui il se mette dans les maîtres. C'est les collectivistes, les progressistes qui sont des idéologies d'esclaves. Je ne peux pas porter le chapeau à ce pauvre Nietzsche qui a fini bien mal, mais je veux dire, je me moque un peu du néo-nietzschéisme à la mode qui arrange le capital. Voilà. Vous savez, il y a des gagneurs, des losers, il y a des maîtres et des esclaves. Mon royaume n'est pas de ce monde. Alors oui, on peut dire, ça veut dire, l'essentiel ce n'est pas ici, ce n'est pas dans la vie que ça se passe, ça se passe ailleurs.
4:46 Mais attendez, attendez. Moi je regarde les mots, je philosophe, mon royaume n'est pas de ce monde. Pronom démonstratif, là, ce. Moi non plus, mon royaume n'est pas de ce monde dirigé par le capital. Ce moment où le Christ est violent, c'est en chassant les marchands du Temple, que je sache, non ? Ça peut vouloir dire simplement, il faut changer de monde, mais mon royaume n'est pas de celui-là. Vous voyez, le tout, c'est qu'on se mette d'accord. Je ne dis pas que c'est ça, je ne veux pas donner une interprétation de plus.
Le résultat n'est rien sans son devenir : la marchandise
5:16 Ça fait 2000 ans qu'on interprète l'Évangile. Mais pour vous dire, la manière de procéder, il faut être honnête. Pas donner une définition, puis en trouver une autre. Voilà, je vais finir avec cet exemple-là. Donc, dans cette lettre à Engels, Marx tombe sur des considérations de philosophes positivistes qui n'ont pas tous le même talent que le fondateur Auguste Comte. Il dit à côté de Hegel, c'est de là, excusez-moi, en cinq lettres. Voilà.
5:46 Or, pourquoi j'ai fait intervenir Hegel ? Parce qu'on parlait, vous voyez, de la jeunesse de Marx. Et je lui ai dit, oui, mais là, le film s'arrête quand il devient Marx. Or, Hegel a une formule que Marx n'a jamais reniée. Le résultat n'est rien sans son devenir. Ça ne sera rien. Un résultat, c'est rien. C'est un néant si on ne tient pas compte de tout le temps qu'il a fallu pour produire ce résultat.
6:17 Toute cette partie éternellement cachée qu'on nous dérobe, qu'on nous censure. La marchandise ne dit pas par où elle est passée, ce n'est pas marqué sur elle. Par quel enfer elle est passée ! Si ça vous intéresse, de restituer la partie cachée de la marchandise. Pas la partie vitrine, pas la partie bling-bling, pas la partie qu'on nous présente. Pas le marketing, mais merchandising. Enfin, c'est donc plus multiplié. Vous avez vu ? Le but, ce n'est pas de dire ce qu'elle est, par où elle est passée.
6:49 Le but, c'est que vous l'achetiez. Le but du marketing. Mais son histoire réelle. J'ai vécu 34 ans au sud du Sahara. Parmi les pays les plus pauvres du monde. Je pense au Mali, au Niger. J'ai vu arriver des experts, avec des guillemets, ça s'appelle comme ça, de la Banque mondiale, du FMI, qui venait conseiller les dirigeants de ces pays.
7:19 en leur disant, vous vivez au-dessus de vos moyens. Les pays les plus pauvres du monde, les PMA, ça s'appelle comme ça, hein ? À Bruxelles, les pays les moins avancés. Ce n'est pas les pays en voie de développement, c'est dans les pays en voie de développement, ceux qui sont en bas de l'échelle, financièrement, économiquement parlant, qu'on appelle les PMA. Vous vivez au-dessus de vos moyens. Vous allez me faire plaisir de liquider tout le secteur public, de privatiser. On va créer un bureau de reconversion, dans ce pays, ça a été créé.
7:51 Je l'ai vu sous mes yeux. J'étais même financé par vous. Je n'ai jamais gagné autant d'argent. Je vous rassure, j'ai fait un suicide social entre-temps où je ne me suis pas loupé. Je suis beaucoup mieux maintenant. Mais enfin, non, parce que c'était financé par la Commission européenne, le projet auquel j'ai travaillé, c'est-à-dire par vos impôts. C'est quoi la Commission européenne ? Ça finance avec les impôts qu'on vous prélève. Je m'occupe de musique, je vous rassure. Donc, les experts arrivent, vous vivez au-dessus de vos moyens.
8:25 Vous allez liquider le secteur public dans un pays où un fonctionnaire fait vivre 300 personnes. Un petit policier, un douanier, quelqu'un de la poste. Vous vous rendez compte du nombre de personnes qui défilent chez lui tous les jours ? Ah, toi, avec un salaire, il faut nous donner un peu parce qu'au village, on est malheureux. Oui, pour mieux. Et vous allez tripler le prix des produits vivriers, le mil, le maïs, le riz, etc. Mais si vous faites tout ça, on vous prêtera peut-être, avec un intérêt, quelques milliards par tranche.
9:02 Si vous votez pour moi l'ONU, contre les Russes, etc. Ce n'est pas fait pour se développer, l'aide au développement. Vous avez déjà vu un pays en aider un autre à devenir son concurrent, vous ? Avec cette histoire. C'est incroyable qu'on y croit, des trucs comme ça. Vous vous rendez compte ? On se chamaille entre nous, entre allemands, français, anglais, pour qui va vendre sa camelote, ses usines nucléaires, ses bagnoles. Et vous voulez qu'on ait le Nigeria rentré dans la danse ? Un pays de 140 millions d'habitants avec une tonne de pétrole par habitant ? Il ne manquerait plus qu'il se développe On serait bien.
9:33 Déjà avec les Américains, vous avez vu, hein ? Pas de cadeau, hein ? Et vous voulez qu'on... Non, ça n'existe pas. On les aide à avoir juste l'argent pour payer leur police et leur armée pour pas qu'il y ait le coup d'État. Il faut vous avoir avec nous. Donc ces experts-là, ils arrivent, ils disent ça, après ils s'en vont. Il y a une émeute de la faim derrière eux, vous comprenez bien, si vous privatisez, c'est dans ces pays-là, c'est le peu qu'il y a. D'accord ? Mais eux, ils sont partis. Ils vont faire leur rapport, la Banque mondiale, et ils vont encaisser quatre plaques à la fin du mois.
10:10 Ça, c'est pas... C'est actuel, l'aide au développement. L'aide à ne pas se développer. Ah, il y a des pays qui sont sortis du sous-développement et qui sont devenus des géants industriels. Je pense au Japon, mais précisément parce que c'est pas la Banque mondiale, c'est eux-mêmes qui ont décidé. Vous savez, c'est l'ère du Meiji, c'est pour ceux qui ont fait un peu d'histoire, où les empereurs ont décidé. Voilà. C'est pas des saints, les empereurs. J'avoue, on est loin de là. Mais enfin, le développement, il est venu d'eux-mêmes.
10:43 Citez-moi un seul pays qui soit passé au stade du développement économique avec l'aide d'un autre. Moi, je n'en connais pas et pourtant, j'ai vécu dans le monde du développement. Je suis né au Vietnam, je suis corse. Alors, je suis corse. Je suis né de la misère corse dans l'empire colonial. Je suis né dans les valises de mes parents. Et, vous voyez, je suis né en Asie. Et je tiens beaucoup à rappeler ces choses-là parce qu'elles sont concrètes. Le résultat n'est rien sans son devenir.
11:13 Je suis en train de vous montrer avec la monstruosité d'une politique de la Banque mondiale. Mais je ne suis pas en train de parler d'un type qu'on voit en train de poser une bombe, ou d'égorger un passant, ce qui est horrible. Non. Je parle de criminels qui sont bien dans leur peau. et qu'on ne prend pas comme des criminels. Ils sont même des démocrates qui donnent des leçons de démocratie. Dites donc, il y a eu une élection au Burundi, ce n'est pas clair. Mais quel droit ? C'est extraordinaire. Et les Burundis ne sont pas capables de... Vous vous rendez compte ?
11:43 On a fait quand même 3 millions de morts au Vietnam. Je suis né, alors j'en parle un peu plus passionnément. Comme ça, parce que ce pays à 10 000 km des Etats-Unis avait décidé d'avoir une option communiste. 3 millions de morts. Vous apprendrez. C'est quand même extraordinaire. j'en courais pareil à l'époque. Maintenant, on dit que c'est les Coréens qui nous menacent. Ce n'est pas ma tasse de thé. C'est un autre problème. Si la Russie n'était pas entourée de menaces comme jamais elle a été entourée. J'ai 70 ans passés.
12:14 J'ai vécu la guerre froide. Je n'ai jamais vu autant d'engins de guerre que maintenant. C'est pour ça que je parle un peu... Ça peut durer. Je ne suis pas en train de dire que demain c'est l'apocalypse. Mais je n'ai jamais vu autant de dangers de guerre généralisée que maintenant. Il y a la plus formidable armada de tous les temps qui se déploie de la mer Baltique à la mer Noire. D'accord ? Si ce n'était pas le cas, si la Russie n'était pas menacée et que j'étais citoyen russe et qu'il y avait cette élection, rien ne vous garantit que je voterais Poutine. Ce n'est pas ça mon problème.
Nucléaire, progrès et idéologie dominante
12:44 Ça, c'est le problème des Russes. Mon problème, c'est la tortuosité du parcours de la marchandise. Je ne l'ai pas oublié. J'ai parlé du FMI à cause de ça. Quand une marchandise comme simplement un kilowatt d'électricité nous arrive, j'ai parlé du Niger parce que c'est le dernier pays dans lequel j'ai vécu. C'est notre plus grande ressource en uranium. Vous voyez pourquoi j'en parle. Sans le Niger, pas d'énergie nucléaire.
13:17 Je ne suis pas contre l'énergie nucléaire. Je sais que ça choque beaucoup de gens, y compris parmi vous. J'ai le courage de mes opinions. Je pense que de loin l'énergie la plus propre et écologiquement et à tout point de vue. Quant au problème des déchets, on a quelques millions d'années pour y penser. Il faudrait être naïf pour croire que dans quelques millions d'années, ça se posera comme aujourd'hui quand on voit la vitesse à laquelle les problèmes technologiques changent. Je n'ai pas une confiance aveugle dans la technologie. Je dis simplement que quand on regarde les inconvénients des autres sources d'énergie, c'est de loin la moins dangereuse.
13:49 Je pense même que le progrès a toujours été écologique. Je sais que je choque. Allez, on va se mettre d'accord. Le charbon de bois, c'est ce qui a précédé tout dans nos régions. Ça a précédé le charbon même. Si on avait continué le charbon de bois, il n'y aurait plus rien d'arbre sur Terre avec l'énergie qu'on produit aujourd'hui. Heureusement, il y a eu le progrès, c'est-à-dire qu'on est passé du charbon de bois au charbon. Mais le charbon, c'est une catastrophe aussi du point de vue de trace.
14:19 La couche d'ozone. Donc, heureusement, on est passé du charbon au pétrole. Parce que simplement, ça c'est du scientifique, il faut sept fois moins de quantité de pétrole que de charbon pour produire une quantité d'énergie. Et heureusement qu'on est passé du pétrole au gaz. Vous voyez comment j'arrive au nucléaire ? C'est tout. Moi, c'est comparatif. J'espère qu'on va arriver à ITER. Vous savez, ITER, entre Pierrelatte, la France a eu la chance bien battue parce que l'Américain voulait que ce soit le Japon d'abriter ce qui sera la source d'énergie des siècles qui viennent.
14:50 La fusion contrôlée où il n'y a même plus de radioactivité et qui utilisera comme matériau l'hydrogène. Alors là, vous savez, on ne risque pas d'en manquer parce qu'on vous parle de la raréfaction des ressources. On produit plus de nourriture pour 11 milliards d'habitants maintenant qu'on en produisait pour moins de 2 milliards il y a 150 ans. Je fais une parenthèse très marxienne. Marx se moquait d'un syndicaliste anglais qui était contre la hausse des salaires.
15:24 Il y avait déjà des CFDT. Et qui disait c'est pas en augmentant la taille des cuillères qu'on aura plus de soupe. Marx disait oui, ça veut dire que la soupière ne bouge pas comme quantité globale. Et maintenant, on vous dit les ressources sont limitées. Vous ne voyez pas le rapport ? Allez, l'hydrogène, 98% de l'univers, y compris notre corps, c'est l'hydrogène. Ça, on risque pas en manquer. Au siècle des siècles, comme disent les livres. Voilà. Je refais ma petite parenthèse qui n'est pas provocatrice.
15:55 Je pense sérieusement qu'on nous terrorise. il ne faut pas être terrorisé. C'est un devoir, pas un droit. Mais le désaccord avec moi, vous le trouvez dans tous les journaux. Donc, pour l'instant, juste pour ce soir, vous me permettez d'apporter une autre note que l'idéologie dominante. parce que vous n'allez pas me faire le coup de l'écolo subversif. J'ai écouté Macron, il est contre les éoliennes, il est pour... Non, mais j'ai écouté, je écoute.
16:25 Le nucléaire, je pense que l'idéologie nucléaire, dominante, elle est plutôt courte. Au autre sens, non, non, non. Vous n'écoutez pas les discours des dominants. Non, mais vous ne voyez pas ce qui se passe pour plus. Mais si, si. Non, mais je suis aveugle, je sais bien, je sais bien. Non, non, je vous vois venir. Mais je vous dis, laissons ça de côté, d'abord parce que je suis sûr que d'autres voudraient la parole, je vous la donnerai, mais quand on passera aux questions. Oui, oui. Je n'ai pas fini mon chapitre. C'est développé au propos de Dominique, après il y aura moins... Pour une fois que j'enfonce un coin dans l'idéologie dominante, dominante, je veux dire interrogez autour de vous, tout le monde sera contre moi, et d'accord avec vous.
16:58 Mais vous aurez la parole, il n'y aura pas de souci. D'accord ? Tout le monde sera d'accord avec vous que de nos jours, le progrès, c'est une catastrophe, qu'on ne respire plus, qu'il y a de la couche d'ozone et qu'il y a de la réchauffement. Tout le monde sera d'accord là-dessus, pas moi. Donc, ce n'est pas vous le subversif ici. Ce n'est pas vous. Alors, c'est peut-être moi qui ai tort, mais vous, vous êtes majoritaire. Mettez-vous bien ça dans la tête. Ce n'est pas vrai. Mais si. Interrogez autour de vous. Commencez par la salle. Vous verrez. Et la salle, vous savez, c'est ce qu'il y a de mieux par rapport à Nui.
17:29 Nui, ils ne pensent qu'à ça. Je vous donne un décompte précis. Sur Facebook, on me poste l'autre jour, sur le poste de mon association, on me poste un véhicule sur la Seine, un véhicule très aérodynamique, qui est expérimental, qui ne dégage pas un atome de carbone et qui est absolument silencieux, électrique. Tôlé des commentaires écologistes. Moi, je croyais que vous alliez dire voilà enfin quelque chose qui nous change des péniches avec le mazout et les catastrophes.
17:59 Ah non, ça, ça ne vous avait pas dérangé. Comme quoi, ce n'est pas l'environnement qui les intéresse, c'est le progrès qui les agace. Parce qu'avec le progrès, il y en aura pour tout le monde. Vous vous rendez compte si les ménagères chinoises prennent des machines à laver, où va-t-on ? Il faudra 50 planètes. Vous voyez, vous le dites avant moi. Je vous le dis avant vous, pardon. Non, mais on connaît ça. Allez dire aux Chinois si vous ne voulez pas être lynchés, je vous interdis avoir des machines à laver, c'est nous qui les avons eues. Il fallait être là avant. Maintenant, c'est trop tard. La planète va supporter que vous en ayez aussi.
18:30 Essayez. Je suis contre cette écologie-là. Voilà. Maintenant, mon environnement, j'en suis soucieux comme tout le monde. Je ne me couche pas sous les tuyaux d'échappement, respirant avec délices leurs émanations. C'est quoi ces causes-là où tout le monde est d'accord ? Personne ne veut un mauvais environnement, ni pour soi, ni pour ses enfants, ni pour personne. Voilà. Maintenant, je suis en train de vous montrer ce que Marx appelle l'idéologie dominante. Il n'y a pas d'idéologie marxiste. Dans la production sociale de leur existence, je le cite mot pour mot là, le texte peut-être où il y a le plus de Marx dans le moins de lignes, pour ceux qui n'ont pas le temps ou qui avaient la flemme de lire le reste, parce que c'est une vie colossale d'efforts à la rédaction de Marx.
L'homme se produit : Marx et le Contrat social
19:14 Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports nécessaires, déterminés, indépendants de leur volonté, il n'a pas attendu Freud, rapports de production qui correspondent à un degré déterminé du développement des forces productives. Je m'arrête là, parce que c'est abstrait, comme tout ce qui est extrêmement concret. C'est Leibniz, le grand philosophe du XVIIe siècle qui disait il n'y a de concret que par l'abstrait. On ne connaît la structure du monde concret qui nous entoure que depuis qu'on a fait le détour par les mathématiques , réfléchissez. Alors que quand on observait les astres sans faire des maths, à l'époque de l'astrologie, on ne comprenait rien du tout au monde qui nous entourait.
19:48 On croyait qu'en bâtissant des tours, on verrait mieux les étoiles. Les tours de 30 mètres. Dans la production sociale de leur existence, première chose, l'homme s'est produit, ce n'est pas naturel. Dans la production sociale de leur existence, les hommes, etc. L'homme, c'est une production, ce n'est pas naturel. Et ça, ce n'est pas Marx qui est le premier. Il y a eu un XVIIIe siècle qui a eu un siècle des Lumières avant dont il est l'héritier. C'est Rousseau dans le contrat social.
20:18 Celui qu'on vous déforme en disant, lui, c'est l'homme de la nature. Rousseau dans le contrat social. Je ne parle pas dans son dos, je le cite. Livre 1, chapitre 8. Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et en donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. Avec la main droite, je fais l'état civil, à la main gauche, je fais l'état de nature. Quoi qu'il se prive dans ce nouvel état, pardon, c'est alors seulement que la voix du devoir succédant à celle de l'appétit et le droit à l'impulsion physique, l'homme qui jusqu'ici n'avait regardé que lui-même, l'individu dans la nature, se voit forcé sur d'autres principes et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants.
21:06 Quoi qu'il se prive dans ce nouvel état, Rousseau n'est pas idiot, de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, il en regagne de si grands. ses facultés s'exercent et se développent, ça va vite. Rien que ça, ça résume le rapport qui est entre langage et pensée, par exemple. Imaginez qu'on soit en train de faire des calculs avec les chiffres romains où on en serait. Vous savez, chiffres romains, c'est empirique. Un, c'est un bâton, deux, c'est deux bâtons, trois, à partir de quatre, on s'embrouille, alors qu'il faut une lettre. Vous vous rendez compte, pour exprimer les grands nombres où on en serait, la manière dont on parle détermine comme un million dont on pense.
21:41 On n'a pas pu penser de grands nombres et dont dépend la vie quelquefois d'un astronaute à des millions de kilomètres, c'est important, ces choses-là, les grands nombres. Si on n'avait pas eu des chiffres pour exprimer ces nombres, c'est un mot arabe, chiffre, qui ne désigne pas une quantité, mais la manière de les exprimer, le langage, détermine la pensée. Donc, je ne vais pas te recouper Rousseau, ces facultés s'exercent et se développent, ces passions s'enoblissent, ben oui, la sexualité qui n'est pas du tout à mon service, c'est au service de l'espèce qui se moque de moi complètement, les sauterelles s'accouplent et meurent immédiatement après.
22:14 Elles n'ont plus leur fonction pour l'espèce. La sexualité devient amour, devient mariage. Et même au bout de quelques millénaires d'histoires, de polygamie passent à la monogamie exogamique. Ça a été étudié très rapidement, à l'époque d'ailleurs où sort le mythe de Tristan et Iseult, comme par hasard. J'illustre Rousseau. Je ne veux pas interrompre cette phrase extraordinaire, cette progression, ce crescendo. Il en regagne de si grands avantages en passant de l'état de nature à l'état civil.
22:46 L'homme, ses facultés se développent, ses passions s'enoblissent, son âme toute entière s'élève à tel point que... Et j'arrête le crescendo là. Parce que si on arrête là, on se dit, franchement, on nous a très mal enseigné Rousseau, on nous a dit que c'est un naturaliste, alors il est en train de dire qu'on a gagné le pompon en passant à l'état civil, à vivre en société, c'est quand même mieux que dans la nature. Oui, seulement, il y a une phrase terrible qui suit. Si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, comment peut-on être en dessous de l'animal ?
L'homme, l'universel, le progrès et la société de consommation
23:25 Il devrait, l'homme, bénir sans cesse l'instant heureux qu'il en arracha pour jamais, ne pas retourner à l'état de nature pour Rousseau, et qui d'un animal stupide et borné fait un être intelligent et un homme. Je reviens sur mes pieds quand Marx dit dans la production sociale de leur existence, il faut sortir de l'état de nature pour produire ce qu'on appelle l'anthropologie, sinon on reste dans la zoologie, dans laquelle nous sommes jusqu'à notre mort pour certaines parties. Quand je dis il faut manger pour vivre, ça nous le partageons avec le monde animal, mais il y a autre chose qui s'est intervenu.
23:55 Dès les premiers silex éclatés, il y a autre chose. Car les enfants qui sont nés à l'âge de la pierre polie ne vont pas retourner à l'époque de la pierre taillée. Ils ne recommencent pas à zéro comme l'hérédité biologique. Il y a un progrès. Les trois notions les plus combattues depuis 40 ans, et en particulier depuis que le capitalisme a le monopole de l'idéologie mondiale, mondialisante. Le triangle maudit dans l'idéologie dominante, a pour sommets l'homme, l'universel et le progrès.
24:34 Ce sont les trois notions les plus combattues. Je précise ce que j'ai appelé l'idéologie dominante tout à l'heure parce que j'ai été interpellé là-dessus. Ça, je permets de faire ce développement. L'homme, regardez Foucault, le maître à penser de la post-modernité. C'est comme ça qu'on dit, non ? Le philosophe des bobos. Je suis bobos, socialement, je veux dire, mais j'ai essayé d'en sortir. Je laisse parler Foucault, moi, je ne parle pas dans son dos. L'homme est une création récente et qui, fort heureusement, est appelée à disparaître bientôt. Je cite une de ses phrases les plus célèbres.
25:07 Je ne sais pas. je pourrais citer Lévi-Strauss, tous les maîtres à penser du post-marxisme, je veux dire, il s'attaque l'humanisme à Althusser, qui pourtant était censé, n'est-ce pas, être, bien connaître Marx en avouant après, après le meurtre de sa femme, la terre lui soit légère, comme on dit en Afrique, ou lui est son homme, comme vous voulez, et qu'il a fait sa confession où il avoue qu'il n'avait jamais lu et qu'elle, bon, de toute façon, je vais m'énerver.
25:37 Il dit, elle dit, le marxisme n'est pas un humanisme. Cet acharnement contre la notion d'homme, vous voyez, ça rejoint, je rejoins l'écologie, là. J'ai parlé avec des jeunes qui me disent, mais attendez, à côté d'eux, Hitler, c'est un petit bricoleur régional. Hitler, il en voulait aux progressistes, aux communistes, aux juifs, mais pas à l'humanité entière. Il y en a qui disent, à la plaie de l'univers, c'est l'humanité. Moi, j'entends ça. Je le lis même dans des revues que l'homme est l'ulcère de la nature.
26:07 C'est contre cet écologisme-là que je me bats, encore une fois, je me battrai toujours pour défendre un environnement collectif sain et de plus en plus amélioré et débarrassé surtout des tares que la cupidité du capitalisme lui impose. Donc voilà, je veux dire, le résultat n'est rien sans son devenir. Je commente toujours cette phrase de Hegel. À valeur de démonstration, le simple fait de reconstituer l'histoire des marchandises que nous consommons.
26:40 Je ne vous reproche pas de les consommer, je suis le premier à les consommer. Il ne manquerait plus qu'on culpabilise. Là encore, je fais une parenthèse. Je suis fatigué d'entendre critiquer la société de consommation. Moi, je trouve que je ne consomme pas assez. Voilà, je vais être obscène par rapport à l'idéologie dominante. Parce que j'entends ça à la télévision des gens. Vous imaginez ce que gagnent les présentateurs d'Antenne 2. Non, ça existe encore Antenne 2 ? Je suis un peu vieux. Excusez-moi. J'ai beaucoup voyagé. Je ne sais plus où je suis.
27:11 France 24. Et qui sont là en train de dire que dans notre société de consommation, Nicolas Hulot il descend dans les hôtels avec des jacuzzi et consomment une flotte parce que moi, je ne consomme pas ni vous. Le centième de la flotte qu'ils consomment. Bon, peu importe. Ce n'est pas ça que je vise. Ce que je vise, c'est l'expression. C'est mon côté philosophique. L'expression société de consommation. Je n'ai rien contre le consommateur. Je suis fatigué qu'on me montre un reportage sur une grande surface et qu'on me dit les consommateurs, comment les consommateurs ?
27:41 Mais il y a des ouvriers là-dedans. Il y a des producteurs. Il y a une femme qui sort d'une journée épuisante à la poste où elle s'est fait insulter par une queue de 200 personnes parce qu'on a supprimé la moitié des postes et qu'on lui fait porter le chapeau à elle. Vous avez déjà vu ça à la poste ? Voilà. Moi, une fois, je me suis fâché contre la queue. J'ai dit, écoutez, vous avez voté pour les gens qui supprimaient des emplois. Alors, vous n'allez pas l'engueuler, elle, non ? Vous voyez, s'il y a une société de consommation, j'ai un grand ami qui est mort, Michel Clouscard, sans doute le plus grand penseur français de la prière.
28:15 On commence à en reparler. De plus en plus, on vient de rééditer son chef-d'oeuvre monumentale, une espèce d'histoire de la France en gros, du Moyen-Âge à la Révolution française non incluse. Toute la formation de l'Ancien Régime, si vous voulez, qui s'appelle L'Être et le Code. Or, Clouscard dit à un moment donné, avec son accent du Tarn outré qu'il avait, s'il y a une société de consommation, il faut me dire où elle est, j'y vais tout de suite, c'est le communisme réalisé.
28:48 Enfin, il ne faut pas... Quand vous consommez, vous consommez, vous avez bien le droit, vous avez produit plus de valeur que vous ne consommez. Il y a deux classes sociales dans l'histoire, il y en a 10 000, quand on nuance. Mais il y en a deux toujours qu'on retrouve. Il y a la classe de ceux qui consomment plus qu'ils ne produisent. La classe de ceux qui produisent plus qu'ils ne consomment. Pendant que je vous parle, il y a des enfants de 5 ans aux Indes qui, pendant toute leur vie, vont fabriquer des briques. Ils ont commencé à 5 ans pour payer les dettes de leurs parents dans les briquetteries où l'espérance de vie n'atteint pas la quarantaine. Et nos enfants faisaient ça il n'y a pas si longtemps à l'époque du film qu'on a vu à Manchester.
29:25 On a les rapports d'inspecteurs du travail. Je ne suis pas en train de noircir le tableau. Je suis bien en deçà de la vérité. Il y avait des enfants de 6 ans. Votre gamin de 6 ans travaille au four l'espérance de vie il fait 45 ans. Au four de la sidérurgie de l'époque il n'y avait pas les trucs, les machines de sécurité il n'y avait pas de sûreté. Il n'y avait rien. Si loin mon père a travaillé à 12 ans. C'est déjà plus mais ce n'est pas comme nous. Voilà. Ça paraît monstrueux. Heureusement que ça paraît monstrueux. Vous voyez ? C'est le plus grand goulag de tous les temps l'usine du siècle dernier si vous regardez bien.
30:01 Ce sont ceux-là qui donnent des leçons des droits de l'homme à la terre entière. Alors voilà. Le résultat n'est rien sans son devenir. Ce devenir est monstrueux. Restituer l'histoire et devenir des marchandises. Or, je suis là quand même pour essayer de nous rendre un peu plus familière la parole de Marx. Mais ce n'est pas simple vu qu'elle a été recouverte pendant presque les 40 dernières années. Vous trouverez le Marx le plus concret qui est très agréable à lire parce qu'il est moins abstrait et moins théorique que la première section du Capital qui décourage beaucoup de gens.
30:37 Je ne décourage pas de la lire. Mais enfin, on peut aller tout de suite à un chapitre qui s'appelle l'accumulation primitive. Alors là, vous n'en croyez pas vos yeux et vos oreilles. Je ne sais pas vous connaissez ce qu'on apprend sur ce que les Hollandais faisaient en Indonésie. mais ce n'est pas possible. Je n'ai rien contre les Hollandais. Et même, lecteur de Hegel, j'ai une grande admiration pour ce petit peuple qui s'est libéré, qui a chassé les Espagnols et qui a conquis la terre sur laquelle ils travaillent sur la mer et sur les flots. Non, non. Je parle du capitalisme hollandais rapace comme tout le monde.
31:09 À l'époque, il y a une époque où ils étaient même la pigeose anglais avec l'amiral Ruyter et les Hollandais ont été pendant une courte période des maîtres des mers. Mais il faut voir l'histoire des prisons hollandaises avec les esclaves. Je ne veux pas entrer dans le détail parce que je n'aime pas le voyeurisme. C'est insoutenable. Je dis ça parce qu'il y en a qui disent « Oui, Marx, il parle toujours de ce qui est négatif dans la vie. Il ne parle pas des dimanches de la vie. Il a à peine soulevé un coin du voile. Il y en a qui ça donne déjà des brûlures d'estomac.
Produire et abuser de l'état civil
31:39 À qui ça gâche leur sieste du dimanche quand même. Voilà. Donc, je reviens. Dans la production sociale de leur existence, l'homme est une production. Je ne suis pas en train de faire une réduction matérialiste outrancière. Au contraire, je suis en train de spiritualiser l'homme. Enfin, je ne sais pas moi, c'est Marx. En insistant sur la lettre de ce qu'il dit. Parce que dans produire, il y a pro. Je suis encore philologue. Je suis philosophe, pardon.
32:09 Il y a ducere aussi. Oui, et ça vient du latin et ça veut dire dans un but, dans une direction. Procession, vous savez, progrès, etc. Ça veut dire qu'il y a une orientation, que ce n'est pas au hasard dans toutes les directions. Je suis en train de dire quoi ? Je suis en train de dire que toute fabrication n'est pas une production. C'est admirable ce que fait une abeille. Ce n'est pas une production. Je fais allusion à une phrase célèbre de Marx qui distingue immédiatement l'architecte le plus malhabile de l'abeille la plus adroite.
32:39 C'est que l'architecte à sa maison dans la tête avant de la réaliser dans la réalité. Ce qu'on appelle la pensée. Il y a d'abord un plan dans la tête. On n'habite pas sur un plan de maison. On n'habite pas dans un plan de maison. Il faut heureusement qu'il y ait des ouvriers pour passer de l'architecte à la... Les maçons, en l'occurrence, souvent des Portugais et des Italiens, d'admirables maçons français. Il n'y a qu'à voir nos cathédrales dans la réalité, bien sûr. Mais enfin, je veux dire, pour que ce soit une production, il faut qu'il y ait un programme.
33:10 Vous voyez, je retrouve pro. Un but. Seul un animal qui sait qu'il va mourir peut avoir un but. Là, je fais un lien profond entre Marx et Hegel. Je ne parle pas de la mort et du tremblement dans la voix. C'est un vieux problème que l'homme a surmonté dès qu'il a commencé à faire des outils. Enfin, qu'il a surmonté. Il n'est pas resté comme ça, paralysé par l'angoisse de la mort. Il a progressé en se faisant son monde à lui puisque ce monde n'est pas fait pour lui, il s'en est fait un autre.
33:43 C'est ça, le monde dans lequel nous vivons, le monde dans l'anthropologie. Je reviens à la phrase de Rousseau. J'ai l'air comme ça d'avoir un parcours un peu labyrinthique, mais c'est parce que je reste au centre que je fais des détours. Lorsque Rousseau fait ce passage inquiétant, après ce beau crescendo où on dit qu'on a tout gagné à passer de l'état de nature à l'état civil, son âme toute entière s'élève à tel point que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait, au conditionnel, bénir sans cesse l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme.
34:23 Fin de citation. Je tiens à restituer la lettre de son propos pour l'analyser. Ça veut dire quoi abuser de l'état civil. Vous savez, vous parlez le français comme moi. Qu'appelles-tu abuser ? Abuser d'une personne, la violer par exemple, c'est ce que ça veut dire. C'est une violence. Abuser quelqu'un financièrement, c'est le tromper, le filouter. L'arnaquer, on dira, je ne suis plus familier. Abuser de la boisson, c'est en prendre trop.
34:54 Ce n'est pas les mêmes sens. Rousseau ne précise pas parce qu'il les prend tous. Et je prends le sens surtout de tromper. Abuser, tromper. Il m'a abusé, il m'a trompé. Où est la tromperie qui fait que quelque chose peut surgir dans l'état civil qui est plus monstrueux que ce qu'il y a de pire dans l'état de nature ? Pire de la nature, il n'y a pas du choix. J'ai vu en Afrique comme ça des chiens sauvages qui poursuivaient une antilope en train d'accoucher, de fuir dans la savane avec son petit, vous voyez qu'elle était en train de mettre bas, et la hyène qui dévorait le petit, excusez-moi.
35:30 On ne peut pas dire qu'elle est méchante, la hyène, elle a des petits à nourrir aussi. Je ne suis pas en train de faire la morale de l'animal. Il n'y a pas de bien et de mal dans la nature. Il n'y a pas de mal parce qu'il n'y a pas de bien. On fait ce qu'on peut, parce qu'on doit. Voilà. Bravo. Les 50 premières... Bravo, Hervé. Mais c'est beaucoup plus rigoureux qu'on croit ce que tu viens de dire. Car les 50 premières pages du contrat social sont une analyse par Rousseau du principe du droit du plus fort. Qu'on nous restitue maintenant. Soit à l'entreprise, ah ben oui, elle est loser, vous n'êtes pas les plus forts, tant mieux pour vous.
36:06 Soit par l'idéologie à l'astromone, n'est-ce pas ? Je reviens à Foucault, Onfray, vous savez, Nietzsche, le surhomme. Ben oui, Nietzsche, il dit tout ce qui est démocratique, il y a tout, c'est des sortilèges, des incantations faites par les faibles que nous sommes, les inférieurs, n'est-ce pas, pour impressionner les gens supérieurs, qui sont une minorité. Pardon ? Les premiers de cordée. Les premiers de cordée, voilà, tout à fait. Exactement. Donc, vous voyez, ça revient, cette histoire de... Or, justement, Hervé, tu as soulevé un lièvre, je ne vais pas te lâcher.
36:41 Quel est le premier concept qu'on apprend en physique ? Pourquoi je passe à la physique ? On n'est pas dans les sciences de la nature, je suis dans Marx, on est dans les sciences humaines, l'histoire. Non, le premier concept, c'est la force, tout simplement. Qu'est-ce qu'une force ? Vous êtes tous d'accord, vous avez fait le premier cours de physique, la force, puis avec la force sur la distance, c'est le travail, la force, la distance, autant, c'est la puissance, c'est tout est basé sur la force. Parce que la physique, un objet, c'est phusis, c'est en grec, c'est à dire la nature. Ce qui règne dans la nature, c'est la force. Si la lune tourne de la Terre, c'est parce que la masse de la Terre est plus grosse, c'est Newton.
37:14 Elle n'a pas le choix. Elle ne se dit pas, je me peux fatiguer tout autour de la Terre, je vais faire un tour autour de Saturne, ça me changera les idées. Non. Il n'y a pas de liberté. Marx et Engels disaient qu'il fallait passer de l'empire, de la nécessité au royaume, de la liberté. Les mots sont choisis, de l'empire, impérialisme, de la nécessité au royaume, de la liberté. C'est pour ça que je retiens ton mot. Oui, le fait qu'il y ait rapport de force, qui n'est pas en soi anormal dans la nature, je l'ai montré avec la hyène, mais quand on est passé à l'état civil, réinstaurer une loi du plus fort, c'est ce que Rousseau appelle abuser de l'état civil, nous faire croire qu'on est dans l'état civil alors qu'on a restauré l'état de nature.
38:00 C'est ça qui est monstrueux. Ça va loin ce que je dis parce que c'est très actuel. Tout le monde est contre l'état. Les anarchistes, au MEDEF. Je suis un peu maso, j'écoute BFM Business. Pas BFM, non, non, BFM Business. C'est la radio pour les les gagneurs, les traders, enfin ceux qui se prennent. Il y a des gamins qui rêvent aussi. Startupeurs. Bon.
38:30 On leur disait, allez-y, allez-y, à la course. Il y en a un ennemi qui va arriver sur un million, je leur dirais qu'il va les écraser les autres. Vous voyez bien. Il n'y a qu'à voir les chiffres d'affaires de Google ou de Amazon. Bon. J'écoute. Ils sont tous contre l'état. À BFM Business. Ah, il y en a marre des réglementations, des lois, des trucs. Pourquoi il faudrait que je mette des douches dans mon usine pour les frais supplémentaires ? Non, mais ça résonne un écho avec ceux qui se disent à gauche de la gauche, souvent.
39:01 Les libertaires. Vous voyez ? La liberté de renard dans le poulailler ou de loup dans la bergerie, comme vous voulez. Je vais dire. Vous voyez ? La force, c'est ça. Il faut se méfier. Réintroduire le rapport de force alors qu'on est censé être en état de droit, le contrat social. Vous voyez ? Il y a une musique dans ces mots-là qui sonne en phase ou qui ne sonne pas en phase. Vous voyez ? Là, je suis en train de mettre en phase les concepts que Marx emprunte à Rousseau.
Déterminisme social, totalité et propriété
39:31 Dans la production sociale de leur existence, je continue maintenant, les hommes entrent en des rapports déterminés nécessaires, indépendants de leur volonté. Alors, on me dit, voilà ce que je reproche à Marx. Déterminer, déterminer et la liberté. Alors, je ne m'étonne pas que ça dérive en totalitarisme. C'est ce que c'est le totalitarisme. C'est l'écrasement de pauvres individus par l'ignoble société. De la partie par le tout. Vous avez vu ça ? Moi, j'ai vu en Allemagne nazie, une race se prétend supérieure à toute l'humanité, c'est-à-dire une partie écraser le tout.
40:05 J'ai vu quelquefois des partis uniques prétendre parler au nom de la société de manière abusive. Je n'ai jamais vu, moi, le tout dominer l'individu. Ce serait bien parce que dans le tout, il y a vous, il y a moi. Par définition, quand on dit, on est tous là, ça veut dire que personne ne manque. Si la totalité était au pouvoir, ce serait la démocratie réalisée. Qu'est-ce qu'ils ont contre la totalité ? C'est bizarre. Vous voyez comment on inverse les choses ? En détournant notre horreur légitime des régimes que ça désigne dans l'histoire, contre quoi ?
40:36 Contre vous et moi, contre la société qui est en train d'opprimer le pauvre individu qui est le patron. J'ai bien le droit de faire ce que je veux après tout. Non. Voilà. Jusqu'ici, c'était non, avec Macron, on ne sait jamais. Voilà. Je ne veux pas accabler le pauvre Macron qui était une marionnette, mais pas du patronat. Mais le chemin était bien, bien balisé avant lui, n'est-ce pas ? Toute la séquence qui va de Giscard en passant par Mitterrand à Pompidou. La séquence de la privatisation continue.
41:09 Privatisation. Je rebondis sur ces mots-là. On sort l'automne, vous avez des forêts magnifiques. Je cherche des champignons, j'arrive à un mur, champignons interdits, propriété privée. Wallou ! Je peux chercher ailleurs, mais pas là. Ça veut dire que j'en suis privé. Ah oui. Je ne suis pas contre. Dans le film, Marx engueule Proudhon, n'est-ce pas ? De vouloir supprimer toute propriété. Qu'est-ce qu'il y a tué à ma femme et à ma brosse à dents aussi ?
41:39 Non, vous savez que Marx, il est pour la propriété collective des grands moyens de production et d'échange. Non, parce qu'il y en a qui vous font croire qu'il va vous prendre votre brosse à dents et votre femme. Ben oui. Moi, je me rappelle quand j'étais dans la Drôme, je commençais à militer, il y avait des affiches où vous voyez un vautour tout noir qui fondait sur un petit village de la campagne qui a marqué « Les communistes vont vous prendre vos terres ». Ah oui. Vous l'avez vu ? Oui. Oui, mais les terres, elles sont parties. Mais les communistes n'étaient pas au pouvoir.
42:09 Les paysans, ils ont fui les pauvres, les crédits et tout ça, ils sont partis. Ils ont quitté la campagne. Ce n'est pas le vautour qui les en a chassés. Bon, voilà. J'insiste beaucoup sur ces aspects-là, ces aspects de manière de parler dans lesquelles nous l'obligions si facilement. Donc, un rapport nécessaire déterminé indépendants de leur volonté. Oui, c'est le rapport déterminé, mais attendez.
Ce que les hommes ont fait, ils peuvent le défaire
42:41 Mais tu ne nous dis n'importe quoi. Tu nous mènes dans la farine. Tu es en train de dire la lune, c'est l'empire de la nécessité parce qu'elle tourne autour de la Terre. C'est la nature. C'est bien ce que j'ai dit. La loi Newton, Y égale F de X. C'est ça la nature. Elle fonctionne de, elle est déterminée par. C'est pareil, tout ça. Dépend d'eux. Et maintenant, tu nous dis que Marx dit que nous, on est pareil. Ah non, non, non. Et là, je vais reprendre Rousseau. Vous voyez, les lumières sont travaillées. S'il y a des esclaves par nature, dit Rousseau, c'est parce qu'il y a eu des esclaves contre nature.
43:20 La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués. C'est magnifique. Du contrat social. C'est des phrases claires, solennelles. C'est vrai qu'il y a des natures. Il critique Aristote qui avait dit il y a des hommes nés pour commander, des hommes nés pour obéir. Il y a des natures serviles. Rousseau dit oui, il avait raison, mais il prenait l'effet pour la cause. Les hommes perdent tout dans leurs fers, troisième citation, autour du même thème, jusqu'au désir d'en sortir, dit Rousseau. Là encore, il faut restituer l'histoire.
43:51 Donc, ce n'est pas le même déterminisme que celui qui est dans l'être, dans la nature, qu'on ne peut rien. Je vous ai dit, il faut manger pour vivre, même dans 10 millions d'années, ça restera vrai. Quelques manières qu'on ait inventé technologiquement après pour se nourrir. Il faudra toujours manger pour vivre. Ça, c'est une loi de la nature. qu'on partage avec l'animal et avec les végétaux. Une loi de la vie. Par contre, j'ai envie de vous le dire avec une citation de Rousseau tellement qu'elle est belle. Dans l'Émile, il fait la leçon à la maman de son élève.
44:24 Vous savez, il a fait exprès de choisir une mère qui est dans l'aristocratie. il lui dit, vous vous fiez à l'ordre actuel madame, vous fiez à l'ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables. Rousseau écrit en 1765, si jamais quelqu'un fut prophète, et qu'il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le monarque devient sujet, le riche devient pauvre. Il y a eu des émigrés à la révolution qui s'appartient à l'Angleterre à vivre au milieu.
44:55 Les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d'en être exempt ? Que fera dépourvu de tout ce fastueux imbécile que vous n'aurez élevé que pour la grandeur ? Que fera à la misère ce satrape qui ne sait point user de lui-même et qui met tout son être dans ce qui est étranger à lui ? Première définition d'un concept marxiste fondamental de l'aliénation. L'étranger, c'est l'alius. Vous voyez, l'autre en latin. Qu'on admire tant qu'on voudra ce roi vaincu qui veut s'enterrer en furieux sous les débris de son trône, moi je le méprise.
45:28 Je vois qu'il n'est roi que par sa couronne et qu'il n'est rien sans elle. Mais celui qui la perd et s'en passe est alors au-dessus d'elle. Du rang de roi qu'un lâche, un méchant, un fou peut remplir comme un autre, il monte à l'état d'homme. Du rang de roi, il monte à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir. C'est là qu'on voit que chez Rousseau, l'homme c'est pas fini. Je suis en train de dire que ce déterminisme-là, et il ajoute, c'est la phrase capitale, tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire.
46:00 Il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature. Et la nature ne fait ni riche, ni grand seigneur. Ce déterminisme-là, ne me dites pas que c'est comme la lune autour de la terre. Il n'est pas contradictoire avec notre liberté. Au contraire, il nous donne les moyens de la conquérir. Quand je réalise la différence de la pauvre dame, je dis juste la dame parce que j'ai souvent entendu les concierges, je n'ai rien contre les concierges, mais c'est une phrase qu'on entend. C'est une concierge un peu caricaturée. Une concierge un peu de la commedia dell'arte.
46:30 Vous savez qu'il y a des personnes qui vous disent « Vous savez mon petit monsieur, il y aura toujours des riches et des pauvres, quoi qu'on fasse. » Ils avaient entendu ça. Ce que je n'ai pas les propos de concierge, je ne sais pas que les concierges qui les tiennent. Mais je la comprends, « Ah, pauvre dame, elle est tellement découragée, elle en a tellement vue. » Vous voyez, il y aura toujours des riches et des pauvres. Il est dans l'intérêt des pouvoirs de faire croire que c'est aussi inéluctable qu'une loi naturelle. Vous voyez où je veux en venir ? Que c'est comme la lune tournant autour de la Terre. Et il faut des patrons pour donner du travail. Oui, oui, non, non. Attendez, un directeur d'une entreprise nationalisée, tout fonctionnaire qu'il est, c'est un patron.
47:03 C'est ça qu'on entend. Voilà. Et puis, il y a des petits patrons où je me suis battu pour eux parce qu'ils se battaient pour l'emploi de leurs employés. Je veux dire, moi, je ne bouffe pas du patron. Ce n'est pas la question. Je bouffe du patron qui bouffe tous les autres patrons et tous les ouvriers en même temps. Je veux dire, il y en a. C'est ceux-là qui dominent le monde. Donc, et ceux-là, ils n'ont pas de nationalité. Il y en a aussi bien en Chine, en France, en États-Unis. Je ne suis pas sectaire en disant ça. Donc, je suis en train, c'est une bonne nouvelle, c'est après ce que veut dire l'évangile, après tout.
47:37 c'est que notre déterminisme, celui que nous avons créé, nous en tant qu'hommes, tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent les détruire, les hommes peuvent le défaire, dit Rousseau. C'est une bonne nouvelle. Donc, le plus important, c'est qu'est-ce qui, dans la vie quotidienne, dépend de nous ou ne dépend, oui, inéluctable, n'est-ce pas, être un déterminisme naturel contre lequel je ne peux rien. Vous vous rendez compte, mais on balbutie à peine dans la réponse à cette question. Il y a des milliers de choses qu'on croyait être dans l'ordre des choses, comme dit la langue française et dont on s'aperçoit très bien qu'ils ne sont pas dans l'ordre des choses.
Classes sociales : lutte et abolition
48:12 Tenez Racine, notre poète tragique, dans sa préface à Phèdre, dit, j'ai fait une entorse à la tradition qui dit que c'est Phèdre qui a calomnié son beau-fils, là. Parce que j'ai pensé que la calomnie est une chose trop épouvantable pour la mettre dans la bouche d'une princesse qui, de son état, ne peut se livrer à une chose aussi loin. son état, ça veut dire classe sociale à l'époque, un tiers état. C'est extraordinaire. Ça veut dire qu'à l'époque, de naissance, n'est-ce pas, on pouvait calomnier. C'est extraordinaire. N'est-ce pas ?
48:42 Voilà. Donc, c'est pour retracer, j'ai fait ces longs détours pour comprendre la richesse de la réflexion de Marx quand il parle de classe sociale. Parce qu'il y en a qui disent « Ah, le marxisme, c'est un des rares défauts du film. » C'est qu'on a l'impression que Marx est pour la lutte des classes. Non, il est pour l'abolition des classes sociales. Comment voulez-vous qu'il y ait lutte des classes et où il n'y en a plus ? Réfléchissons.
49:12 Une classe, quand les grèves de 36, les ouvriers se sont défendus contre une attaque. Ils n'étaient pas agressifs. Contre une attaque contre leur dignité, leur salaire, leur niveau de vie, le travail de leurs enfants. Voilà. Que mes enfants ne soient plus comme moi. Ce n'est pas l'agressivité, c'est le contraire. Ils se sont battus pour l'humanité, si vous regardez bien. Voilà. Donc, il fallait passer, je reviens encore à ce texte. Je cite ce texte pour revenir à la notion d'idéologie parce que j'ai employé les notions d'idéologie dominante tout à l'heure.
Forces productives, rapports de production, mode de production
49:44 Je ne voudrais pas que ça reste comme ça un slogan ou comme une insulte. Ce n'est pas mon genre. C'est pour que ce soit précis et qu'on puisse le retourner contre moi donc aussi bien en discutant. Mais, on y arrive. des rapports nécessaires indépendant de leur volonté, rapports de production qui correspondent, voilà, le Y égale F de X, à un degré déterminé du développement des forces productives. Pour aller très vite, c'est une autre citation de Marx, le moulin à bras donne la féodalité, le Moyen-Âge, le moulin à vapeur donne la bourgeoisie et le monde industriel. En gros, les forces productives déterminent certains rapports de production.
50:17 Maintenant, quand vous conjuguez, je redeviens un peu abstrait, mais j'alterne un peu les deux parce que si on n'est qu'abstrait, ça fatigue un peu la tête et si on n'est que concret, on se perd. Donc, j'essaie d'alterner. Lorsqu'on conjugue les forces productives, en gros, tout ce qui nous permet de produire les moyens de production, du galet éclaté jusqu'à l'accélérateur de particules. Eh bien, oui. Lorsqu'on les conjugue avec les rapports de production qui sont des rapports de propriété, dit Marx, vous avez une charrue comme seule chose pour produire dans une petite commune perdue quelque part dans la campagne.
50:54 Ça ne donne pas du tout la même société selon que cette charrue appartient à un seul qui taxe tous ceux qui veulent l'utiliser, le seigneur, par exemple, ou si elle appartient à une coopérative, par exemple. Ça, c'est les rapports de production. Rapports de propriété. Si on conjugue les forces productives et les rapports de production, on obtient enfin une unité historique, une époque, comme on dit dans le langage courant, que Marx appelle le mode de production. Voilà. Je ne veux pas être plus abstrait. Force productive, rapport de production, mode de production. Vous avez tout ça dans ce texte. Au fait, je donne la référence puisque j'ai dit que c'est le maximum de marxisme dans le minimum de pages.
51:27 Donc, on peut critiquer Marx. Je vous dis tout à l'heure que moi, tant que philosophe, il ne manquera plus que je serais. Je suis au contraire de la contradiction, surtout quand on est philosophe qui se réclame de la dialectique. C'est la préface ou l'avant-propos, ça dépend des traductions, à la contribution à la critique de l'économie politique. C'est le titre complet. Contribution à une critique de l'économie politique. c'était le titre initial du capital. Donc, c'est le Marx définitif. C'est important. Et ça, c'est la préface de 1859. Quand vous avez un doute, vous mettez ça sur Google et vous avez tout de suite trois pages absolument incontournables.
51:59 Que je continue. Je viens de résumer en fait, ce que grosso modo tout être tant soit peu cultivé connaît en gros de Marx. Il y a en bas, en bas, infra, infrastructure, n'est-ce pas ? Infra en grec, ça veut dire en dessous. Le monde matériel est au-dessus, supra. N'est-ce pas ? Les superstructures, tout pour simplifier ce qui est dans nos têtes. Que ce soit des sentiments, des idées, des religions, etc. Pour Marx, ce qui est en dessous détermine ce qui est au-dessus.
52:29 Je viens de résumer le marxisme faux. Vous voyez ? Ah ben oui, je vous surprends. Si on arrête le texte là, on n'a que la moitié de Marx. Donc, pas faux au sens d'inexact, mais faux au sens où il me dit c'est quoi Mozart, je vous réponds c'est un autrichien. C'est pas faux, c'est pas inexact, mais enfin Hitler aussi. Je ne vous ai pas répondu grand chose. C'est faux, vous savez, quand on vous dit la justice est profonde, la vérité, il faut dire toute la vérité. Si on dit une partie, c'est qu'on dit du faux. Je suis en train de rappeler que cette première partie fait comme s'il n'y avait pas d'histoire.
53:02 Or, Marx inaugure la science de l'histoire. On est dans l'éternité avec en bas des choses matérielles et au-dessus des gens qui pensent. à la ligne, à un certain degré de leur développement, alors là, on rentre dans la dynamique, dans le temps, vous voyez, non plus dans l'espace, en dessous, au-dessus. Les forces productives, matérielles, entrent en conflit avec les rapports de production dans lesquels elles s'étaient développées jusqu'alors. J'ai dit tout à l'heure, le moulin à bras donne la féodalité, le moulin à vapeur donne la bourgeoisie.
53:37 Oui, mais on ne passe pas de la féodalité à la bourgeoisie un 31 décembre 89 à minuit. En s'embrassant, salut, tenez, je vous donne les clés. On a perdu la partie, à vous de jouer, c'est pas comme ça que ça se passe. Il a fallu couper quelques têtes, il a fallu vaincre de toutes les armées d'Europe l'OTAN, pardon, ça ne s'appelait pas l'OTAN. Ça ne s'appelait même pas encore la Sainte Alliance. Ça s'appelait les émigrés, n'est-ce pas, qui s'alliaient avec les grandes puissances d'Europe pour mettre fin à cette épouvantable chose de la révolution.
Parenthèse africaine : les guerres imposées
54:08 Je fais une parenthèse, je reviens à l'Afrique. Chaque fois qu'un pays a conquis son indépendance et a choisi une option un peu différente de l'OTAN, du monde libre, comme vous voulez, il faut qu'on se mette d'accord si elle désigne les mêmes pays. L'Éthiopie, le Congo, ex-belge, je ne sais pas, il a changé de... Non, je parle en Afrique pour l'instant uniquement. Burkina. Oui, excuse-moi, j'ai compris le Vietnam. Oui, Burkina, merci. Comme j'ai failli publier Mémoire de Feu Sankara, je fais bien d'en parler.
54:41 On lui flanque immédiatement une agression, une guerre. Si vous voyez l'état dans lequel le pauvre Mali, PMA, franchement, c'est terrible, socialement. Je dis ça et ne croyez pas que je suis là pour faire pleurer parce que j'aimerais bien être heureux un quart comme eux. Ils ont du mérite à être heureux. Enfin, je veux dire, ils n'affichent pas leur misère, ils ne sont pas là en train de... Mais, en chiffres, c'est terrible. Or, vous les voyez traverser la Méditerranée trois, quatre fois, noyant, revenant, c'est que ça ne va pas très bien au pays.
55:15 Or, imaginez ce que serait le Mali si en plus, il avait une guerre. je suis en train déjà d'oublier qu'on lui en a flanqué une avec Hollande. Oui, non, mais attendez, attendez. L'Éthiopie, on lui a mis trois guerres. C'était un des pays les plus pauvres. Vous vous rappelez, les familles, on disait, les petits éthiopiens, c'était devenu emblématique de la famille. Trois guerres, une par le nord, l'Érythrée, pays islamiste comme par hasard. L'Éthiopie, un des rares pays qui est chrétien, non pas par la colonisation mais parce qu'il est de Bilob d'Étan.
55:48 L'ancien empereur d'Éthiopie s'appelait Négus, roi des rois, lion de la tribu de Juda, descendant du prêtre Jean, faites-en autant. Ça, c'est des titres. Par l'Érythrée, par le sud, par la Somalie qui était pro-américaine à l'époque, islamiste aussi, vous voyez. Et par l'est, dans l'Ogaden, trois guerres à ce pauvre pays. Comment voulez-vous, je vais dire, les meilleurs, c'est ceux qui laissent leur peau dans ces trucs-là. À Stalingrad, ce n'est pas les planqués qui sortaient de la tranchée ou qui se mettaient à la fenêtre pour tirer.
56:22 C'est une loi générale, c'est affreux ce que je dis, mais c'est comme ça, c'est les meilleurs qui laissent leur peau. Pensez à la Russie. Après ce que la barbarie nazie y a fait et après ce que les purges staliniennes y ont fait, qu'est-ce qui reste ? Ce qu'on peut, les Bois-Gneufs, ce qu'on peut. Malgré ça, on achète tout le sucre de la production de Cuba parce qu'il faut les aider. et tout. Enfin, à la fin, on met un genou en terre. Voilà, je suis en train de faire cette parenthèse un peu sombre, mais je veux dire, c'est important les guerres et la violence.
Quand les rapports de production deviennent des entraves
56:55 J'ai fait un séminaire toute l'année, l'année dernière, qui s'appelait Entre crise et guerre, philosopher, point d'interrogation. Tant qu'on peut encore entre crise et guerre, c'est la guerre, on ne philosophe plus, il n'y a plus que deux camps. Il n'y a plus besoin de... Il n'y a plus de troisième voie de sortie. Donc, vous voyez, si en plus, on flanque une guerre à des pays comme ça, il ne reste rien. Donc, quand je parle, je reviens en arrière, n'est-ce pas, lorsque Marx dit à un certain niveau de développement des forces productives, entre en contradiction avec les rapports de production.
57:29 Et là, il y a cette phrase capitale de forme... La phrase, c'est un peu compliqué parce qu'elle est à l'envers. De forme, d'expression, si vous voulez, de ces rapports qu'elles étaient, elles en deviennent des entraves. jusque-là, les rapports de production étaient l'expression des forces productives. Le moulin à bras donne la féodalité, le moulin à vapeur donne la bourgeoisie. Mais lorsqu'il y a cette distorsion, c'est-à-dire qu'un nouveau, de nouvelles forces productives apparaissent, progrès technique, mais les rapports de production restent là. On a toujours le féodal sur la...
57:59 qui nous taxent dès qu'on franchit la Marne, par exemple, à l'époque, il y a des péages partout. Et on taxe, et c'est pour ça que la bourgeoisie a été révolutionnaire parce que sa marchandise arrivée au bout du rouleau, elle était invendable avec toute la taxe qu'il y avait. Elle avait intérêt à abolir tout ça et elle a bien fait. Marx lui rend hommage dans une partie de... Le plus grand hommage à la bourgeoisie ascendante qu'on ait jamais fait, c'est les premières pages du manifeste du Parti communiste, si vous regardez bien.
58:29 Donc, il y a une distorsion. Vous voyez ? C'est pour ça que j'ai dit qu'il y a une première partie où c'est du Marx fou, un peu abstrait, si vous voulez. Et puis là, on devient concret. C'est jamais comme ça. C'est jamais mécaniquement, n'est-ce pas, l'économique qui produit le fait que, tiens, j'aime bien cette chemise-là. Ce n'est pas si simple. Je préfère les violettes ou les vertes. Ce n'est pas l'inverse. Ce n'est pas si simple. Il y a toujours des distorsions.
58:59 et ces distorsions, elles viennent du fait que le temps de développement des forces productives est beaucoup plus rapide que celui des mentalités. Tout le monde le sait. Vous le savez bien. Donc, de formes de ces rapports de production, des forces productives qu'elles étaient, ces rapports de production deviennent des entraves. Virgule. Alors, s'ouvre une époque de révolution sociale. C'est ce que nous vivons. La révolution peut prendre mille formes, elle est silencieuse quelquefois. Alors, pendant que je...
59:31 Enfin, dans les... 20 dernières années, combien de centaines de millions de Chinois sont passés d'une misère millénaire au... Pas au Pérou, dans des petits ateliers où ils marnent comme des dingues. Mais dans des conditions que ni vous ni moi, heureusement, n'accepterions. Mais c'est un progrès. Il y a des révolutions silencieuses. Ils ne sont plus enfoncés le fumier humain avec les pieds toute l'année. pour manger. Pour manger. Uniquement pour manger. Ils peuvent s'acheter une moto, bientôt une voiture.
La distorsion actuelle et les moyens de se libérer
1:00:03 C'est des révolutions silencieuses. Je ne parle pas des révolutions, vous les connaissez, de la médecine, de la... Donc, le développement des forces productives est beaucoup plus rapide que celui des mentalités. Mais, à la fin, qu'est-ce que je suis en train de dire à travers Marx ? Et là, je reviens à l'actualité. C'est que, vu le niveau de développement des fantastiques forces productives d'aujourd'hui, ces criminels vont continuer à les gérer avec un rapport de production qui est apparu au 19e siècle. N'est-ce pas ?
1:00:33 Avec, vous avez vu, les poulies, les courroies, c'était la révolution industrielle, c'est ça, et des gamins de 5 ans qui laissent leur peau. Or, on est encore dans ces rapports de production capitaliste, avec propriétés privées, des grands moyens de production et d'échange. C'est monstrueux la distorsion qu'il y a. L'élastique va casser. Je ne suis pas nécessairement optimiste, ça peut casser dans une révolution. Vous savez, il y a eu des révolutions. Les nazis parlaient de la révolution nationale. Ils parlaient d'ordre nouveau. Ne confondez pas les conservateurs, parce qu'il y a pire, il y a les réactionnaires.
1:01:06 C'est-à-dire, ceux qui ont eu peur et qui sont méchants. Vous savez, ceux qui étaient partis en Angleterre après la Révolution française et qui sont revenus à la restauration, on disait, ils sont terribles parce qu'ils n'ont rien appris ni rien oublié. Ils n'ont toujours pas compris ce qui s'est passé, mais ils n'ont pas oublié qu'ils ont eu peur. Ils sont devenus méchants. Voilà. Je m'arrête là pour l'instant parce que je suis revenu à l'actualité. C'est ce que je voulais. C'est l'essentiel pour comprendre Marx. C'est qu'aujourd'hui, le niveau des forces productives est tel qui permet des choses où les problèmes à lesquels nous nous débattons vont apparaître dérisoires à nos enfants.
1:01:42 Je donne un dernier exemple avant de vous donner la parole. Il y a des comptables anglais qui avaient calculé en 1840 que bientôt on pourrait circuler dans Londres parce qu'il y aurait tellement de chevaux, de voitures à chevaux, que la hauteur du fumier atteindrait 30 mètres de haut dans les rues. Vous voyez ? On croit qu'on anticipe l'avenir. On est dans les déterminations du présent. Il faut nous libérer de tout ça. Nous en avons les moyens. J'ai fait une allusion tout à l'heure à ITER qui travaille sur la fusion contrôlée avec l'hydrogène. Je veux dire, heureusement que dans le siècle qui vient, l'énergie elle-même ne sera pas un problème de coût.
1:02:17 Par exemple. C'est comme René Dumont qui disait que c'était des tonnes de nourriture qui étaient gaspillées. Ça fait plus de 30 ans déjà qu'il en a parlé. Oui, mais quand elles sont gaspillées, oui, quand il y a eu la crise des années 30, il y a un économiste qui vous donne raison. Il y a un économiste qui a dit le spectacle absurde des foules crevants de faim devant des greniers trop pleins. On jetait le café dans les locomotives pour faire baisser les cours. On jetait le lait dans les caniveaux alors qu'il y a des enfants, vous avez vu, les raisins de la colère comme tout le monde.
1:02:47 C'était terrible la misère. Donc, on ne dise pas qu'on produisait trop parce que j'entends ça, mais alors qu'on produit trop. Pas pour moi, je trouve que je n'ai pas assez. Je suis dans un des cinquièmes pays le plus riche du monde. Moi, quand j'entre dans une grande surface, je ne sais pas vous, je ne prends le produit le plus cher tout de suite sans regarder les prix. Non, alors, on n'est pas des consommateurs. On ne se vautre pas dans la consommation. Madame, vous ne vous vautrez pas dans la consommation. J'aimerais bien. Je vous le souhaite. On n'en est pas là. Voilà, j'arrête de parler. Merci à vous.