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Ouverture et question sur l'« inextricable vérité »
0:00 Nous sommes dirigés par, non pas par la droite gaullienne ou la gauche marxiste, non, mais par l'extrême-centre. Vous savez cette formule que j'aime bien répéter, l'extrême-centre, pour dénoncer. Vous voyez le cynisme ? Le cynisme de ceux qui font passer leur extrémisme par une modération. Fragments de Hölderlin. Des rouges pour l'enommer et passer sous silence la plus belle des héroïnes.
0:35 Dont les cadavres jonchent, les plages de Turquie ou de Méditerranée du Sud ou du Nord ou des îles grecques. Quand je pense que toute l'Europe connaît le nom de Navalny, espèce de crapule raciste, xénophobe, qui parle des Tchétchènes comme des insectes et des cafards qu'il faudrait écraser du talon. Le prolétaire, son plus grand désir, c'est de sortir de la Dèche.
1:09 Ce n'est pas que tout le monde y rejoigne. Non, vous croyez qu'un capitaliste est riche, vous n'avez rien compris. Les deux producteurs éloignés se retrouvent au milieu, au marché. Le marché, la vitrine, la partie qu'on montre et donc qui n'est pas la vérité.
1:46 Et vous verrez qu'il ne faut jamais confondre la vitrine et l'arrière-boutique, celle où on produit, celle qu'on cache, le monstrueux, l'obscène. Non, il faut regarder Berlin-Ouest. La vitrine de l'Occident qu'on montrait aux populations qu'on avait rasées.
2:16 Il y a d'abord une question de Frédéric. Il fait allusion à nos efforts de transmission. Il dit « travail de pensée et de partage dans leur inextricable vérité ». J'ai beaucoup aimé la formule. Je ne suis pas là pour faire de la littérature. Je trouve que c'est très pertinent en termes de contenu, pas seulement de formule.
2:46 « travail de pensée et de partage dans leur inextricable vérité ». Vous admirez la tension qui se joue rien que par le rapprochement de deux mots qu'on n'a pas coutume de fusionner ainsi, par le lien de l'épithète à son substantif, n'est-ce pas « inextricable vérité ». En général, la vérité, elle est claire et elle vient dénouer tout ce qui paraissait inextricable. Et là, la conscience de la conscience de la conscience n'est-elle pas, en dernière analyse, l'expression dialectique de la victoire du cynisme matérialiste bourgeois ?
3:29 D'abord, je n'aime pas qu'on dise « je n'y comprends rien ». On comprend toujours quelque chose. Je me rappelle, j'avais des proches dans ma famille qui n'étaient pas des intellectuels et qui, par curiosité, prenaient un livre au hasard chez moi. Ils avaient ouvert un bouquin de Kafka en disant « je n'y comprends rien, je n'y comprends rien du tout ». Je lui faisais relire la phrase qui lui tombait sous le nez. Alors, le chien est entré dans la chambre et se mit à tourner autour, puis il se dirigea tout droit vers la terrasse. Je lui dis « pour l'instant, c'est quoi ? » Non, non, ça je comprends. Mais voilà, on va dire quand même.
4:00 Non, allez, soyons sérieux. Pour vous rassurer, je vais situer ce qui fait qu'on n'arrive pas à tirer ça au clair d'une manière immédiate. C'est qu'on ne voit pas de rapport entre le sujet de cette phrase, la conscience de la conscience de la conscience, voilà le groupe sujet, et sa mise en relation avec, je cite, « la victoire du cynisme matérialiste bourgeois », plutôt l'expression dialectique de quoi ?
4:31 De la victoire du cynisme matérialiste bourgeois. Quel rapport entre le cynisme matérialiste bourgeois et la conscience de la conscience de la conscience ? Et bien là, vous voyez, en mettant les deux, un rapport ne serait-ce que pour dire que c'est ça qui crée la difficulté, on a déjà une occasion d'en dénouer une grosse partie. Je veux dire, je tiens un petit bout de fil, pour filer ma métaphore, par lequel on pourrait dénouer au sens propre, comme font les marins ou les couturières, n'est-ce pas ?
5:04 De ce qui paraît ici à eux, comment il dit, inextricable. Pour cela, et qu'il me corrige, quand il voudra, par écrit ou par le même canal, il me semble qu'il fait allusion à une métaphore que j'avais employée, ou s'il ne fait pas allusion, c'est encore mieux de se retrouver en relation d'analogie avec cette référence, mais c'est une métaphore. Quand j'avais parlé du sujet conscience, vous voyez, là on s'en rapproche, j'avais pris la métaphore du projecteur.
Du miroir empiriste au prisme kantien
5:41 Vous voyez, pour faire comprendre, par exemple, peut-être l'essentiel de l'enjeu de la critique kantienne, de la connaissance, je ne parle pas de la morale de Kant, de la raison pratique, je parle de la critique, de la raison pure de son effort dans le domaine théorique, qui est de loin ce qui a fait couler le plus d'encre dans la postérité de Kant, n'est-ce pas ? À l'époque des empiristes, le sujet était un miroir passif. L'empirisme depuis Aristote jusqu'aux empiristes anglo-saxons qui sont encore dominants, surtout depuis que c'est un peu la pensée unique, n'est-ce pas ?
6:17 Depuis qu'il n'y a plus d'alternative en face. Futel continental. À savoir, Kant remplace cette attitude passive du sujet, qui est résumé dans la formule scolastique. Si vous ne voyez pas de rapport avec la question que je viens de lire, ne vous inquiétez pas, je suis en train d'établir. Donc, c'est normal qu'on ne le voit pas tout de suite. Mais je fais des rappels pour ça. Ce côté passif du sujet miroir, que je lie à la position empiriste, empirisme au sens le plus courant, la vérité, c'est tout ce que je vois, ce que j'entends, etc., ce qui me vient par les sens, par l'expérience, et l'expérience même pas scientifique, mais avant d'expérience immédiate, l'expérience sensible, celle qui nous vient par les sens, au sens strict, et le plus simple.
7:04 Donc, le sujet y est passif. Si j'ai par exemple, je viens de voir mon chat passer, c'est que ma rétine reçoit passivement, comme ça, n'est-ce pas, des rayons lumineux qui partent du chat et qui arrivent à ma rétine, et ainsi de suite. Puis après, ça se met à l'envers, à l'endroit, je m'y perds un peu, je ne suis pas oculiste. ni ophtalmologiste, je vais me faire bientôt opérer de la cataracte, c'est peut-être pour ça que spontanément, je prends des métaphores. Non, non, j'ai toujours pris des métaphores optiques pour faire comprendre comme vous allez voir.
7:35 Cette position-là est admirablement résumée dans une formule qui remonte à Aristote, selon les commentateurs, et qui traverse toute la scolastique médiévale et qui fait encore autorité dans la pensée empiriste, je disais, en majorité anglo-saxonne, à savoir, il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens. On ne peut pas dire que c'est compliqué ça. Il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens.
8:09 C'est le d'abord qui est important, vous vous en doutez. Allez, vous voyez pourquoi c'est pratique ma métaphore optique. Ça revient à dire, il ne peut rien avoir dans un miroir s'il n'y a pas d'abord quelque chose devant le miroir. Peut-on faire plus ça ? Pour parler du miroir, c'est très simple. Sauf que pour parler de l'esprit, ça le rend entièrement passif. Or, Kant va remplacer, tout en restant dans la métaphore optique, va remplacer le miroir par un prisme.
8:40 Vous savez ce que c'est un prisme en optique ? Il y a un rayon lumineux qui rentre, exactement comme l'image de mon chat tout à l'heure frappait ma rétine. mais, ce qui sort après, l'image que j'ai, n'est pas le simple reproduction passive, le reflet, fût-il le plus fidèle possible et sans aucune déformation faite par la pensée, les idées, les mots, le langage. Non, dans un prisme, il y a une lumière blanche qui rentre d'un côté et il en ressort des couleurs de l'autre côté, une lumière colorée.
9:13 Il en sort l'arc-en-ciel, si vous préférez, le spectre des couleurs autrement dit, ici, ce qu'il y a entre, ce qui rentre et ce qui sort, à savoir, le sujet, on va se rapprocher de la conscience, le sujet n'est plus du tout passif, c'est au contraire une petite usine qui transforme la lumière blanche en lumière colorée, par exemple. N'est-ce pas ? Et c'est pourquoi Leibniz, pour prendre le contre-pied, tout en l'intégrant de la formule traditionnelle il n'est rien dans l'esprit qu'une fois d'abord passé par les sens, donc je vous le dis en latin pour comprendre la réponse en latin de Leibniz, nihil est in intellectu, dans l'esprit, dans l'intellect.
10:02 Quod prius, qui d'abord, quod prius, fut, in sensu, qui sera d'abord passé par les sens, nihil est in intellectu quod prius, fut in sensu, point. Chez les empiristes, Leibniz met une virgule et ajoute nisi intellectus ipse, sinon l'intellect lui-même. Admettons, dit Leibniz, que ce soit un miroir, mais ça n'existe pas le miroir parfait. Un miroir est toujours un peu bombé, un peu inégal, avec des tâches ici ou fêlées là-bas, plus ou moins clair, plus ou moins sombre, demander un peu aux astronomes ce que ça leur coûte d'avoir un miroir qui se rapproche un petit peu de l'idéal qu'on n'atteint jamais.
10:50 J'admire ceux qui transportent des miroirs qui seront au bout de télescopes, des miroirs qui font 5, 6 mètres de diamètre qui doivent passer par la cordillère des Andes pour arriver dans le désert du Pérou où le climat est tellement sec comme on a installé un immense observatoire les plus puissants au sol, on ne parle pas des laboratoires, des télescopes qui sont dans l'espace dans les satellites. Voilà, donc, nous ne nous égarons pas. j'ai pris une métaphore optique.
Le projecteur qui ne peut s'éclairer lui-même
11:22 Or, quand j'ai parlé de retour au logique du sujet et là, je me rapproche brusquement de la question de Frédéric, j'avais comparé l'illusion de la connaissance avant Kant, avant que Kant n'exprime et ne dénonce cette illusion, à celui qui veut éclairer son jardin pour voir ce qu'il y a dedans. Parce que son obsession, c'est de savoir comment est le jardin objectivement, c'est-à-dire qu'en lui, sujet n'y est pas. Et pour ça, il éclaire.
11:52 La nuit, il éclaire. Il éclaire. Plus son projecteur est puissant, 500 watts, 1000 watts, 2000 watts, 10 000 watts, 10 millions de watts. N'est-ce pas ? Plus on voit chaque détail, mais on voit de moins en moins, n'est-ce pas ? Ce qu'est le jardin indépendamment du sujet. Parce que s'il n'y avait pas de sujet, le jardin serait dans les ténèbres et on ne verrait rien. Donc, il y a une incidence du sujet sur la manière dont empiriquement nous recevons l'objet.
12:23 Voilà. Je dis les choses tellement banales et qui en plus ont une traduction physique plus compliquée que ce que je viens de dire. Et qui n'est pas une dénonciation de toute méthode expérimentale. Tant s'en faut, au contraire, c'est un raffinement. Dans l'expérience, je pense bien sûr aux relations à l'incertitude d'Heisenberg qui exprime très bien que c'est par notre simple activité de connaître qui rend impossible une approche, une saisie objective de l'objet.
13:00 Je donne un exemple très simple, mais pour repérer la position d'une particule, il faut l'éclairer. Par exemple, et pour l'éclairer, on la bombarde de particules lumineuses, de photons, d'ondes, comme vous voulez, je ne tranche pas, ni entre ceux qui disent que c'est une particule, ni entre ceux qui disent que c'est une onde, ni dans ceux qui disent que c'est quelque chose qui réunit les deux. Mais en tout cas, il faut bien le bombarder avec de la lumière et ce bombardement change la vitesse de la particule et la fait changer de position, ainsi de suite.
13:32 Bref. Donc, or, le projecteur peut tout éclairer sauf lui-même. Et j'avais dit sauf lui-même, évidemment, si on le met devant un miroir, mais ce n'est pas ça qu'il veut savoir. Et il a tort, c'est ça qu'il devrait faire. Connais-toi, toi-même. Vous voyez comment on y revient toujours et là, on quitte les sciences pour la philosophie. Le sujet écarquille les yeux tout le temps. Il fait comme Oedipe, la tragique erreur d'Oedipe de chercher le coupable partout, en prenant des mesures draconiennes pour que celui qui ne dit pas tout ce qu'il sait sur ce qui se permettrait de trouver une piste pour trouver le coupable, celui-là le condamnera aux pires châtiments.
14:09 Il cherche le coupable partout, à l'extérieur de lui. Il peut-il le rechercher longtemps ? Et donc, il faudrait que le projecteur s'éclaire lui-même. Eh bien voilà, la conscience de quoi ? Non pas d'un objet, pas la conscience de l'écran que j'ai en face de moi ou de mon chat qui vient de repasser, mais la conscience de la conscience. Vous voyez la boucle qui s'appelle réflexivité, en mathématiques, la petite boucle qui fait lire à la relation R, non pas ARB au sens A égale B ou A plus grand que B ou A plus petit que B ou D1 à droite perpendiculaire à D2 ou parallèle à D2.
14:56 Tout ça, c'est des relations, c'est ARB mais ARA, c'est ça la réflexivité. Donc, ce n'est plus une flèche qui va de A vers B, c'est une flèche en boucle qui retourne la question dans la gorge du questionneur. Qui es-tu, toi, qui poses la question qu'appelles-tu ? Vous voyez, et là, on a éclairci ce qui veut dire la conscience de la conscience parce qu'on a l'impression qu'on peut aller à l'infini comme ça.
15:32 Dès l'instant que j'essaie d'avoir conscience de moi, ce n'est plus vraiment ce que je vise. Je n'obtiens pas ce que je visais puisque dès l'instant que j'ai conscience de moi, je n'ai plus affaire à moi comme sujet mais comme objet. quel rapport avec le cynisme matérialiste bourgeois ? Et c'est là, c'est là que Frédéric, le sachant ou ne le sachant pas, comme je dis, c'est encore plus fort de sa part.
La catégorie du milieu, point aveugle du cynisme
16:02 S'il ne le sait pas, s'il n'a pas été informé de la chose, il arrive exactement à ce que je dis quelquefois mais j'ai l'impression que mes auditeurs glissent un peu dessus tellement qu'il y a peut-être quelque chose justement d'assez effrayant dans l'enjeu. C'est quand je parle de la catégorie dite du milieu. Je prends un mot très simple d'abord, le milieu. Vous savez, le milieu M du segment AB. je ne peux pas être plus simple.
16:32 Je prends plus, vous voyez, non pas un point quelconque au milieu quelque part d'un segment AB mais je prends le point médian. Vous voyez, plus simple à voir. Et rappelez-vous, parce que là, je crois que ça, par contre, chacun s'en souvient, enfin de ceux qui l'ont entendu. En supposant que j'ai peint AM à la peinture rouge et MB la deuxième partie du segment de partie égale en bleu, chacun m'accordera que le point M est violet.
17:03 Il est à la fois rouge et bleu si vous préférez. Alors, où je vais en arriver ? Au fait que le point M n'est pas clair. C'est un point aveugle. Et donc, je commence à comprendre cette histoire de cynisme. Moi, c'est le mot cynisme. Le cynisme, vous voyez, c'est un pur regard en l'absence complète de tout état d'âme. Rappelez-vous Primo Levi, C'est cet Italien qui a été prisonnier dans les camps de la mort quand il a échappé par miracle et qui raconte entre...
17:41 Les choses effrayantes, mais je ne suis pas là pour faire le voyeur, il y a l'embarras du choix. Simplement, il avait arraché une glace pendant qu'il travaillait un petit morceau de glace parce qu'il était assoiffé. Il était déshydraté et il était en train de sucer la glace. Quand l'autre lui arrache un SS, lui arrachait le glaçon. et Primo Levi, enfin le prisonnier n'est pas pu s'empêcher de dire pourquoi. Warum denn? Es gibt kein warum.
18:12 La réponse, il n'y a pas de pourquoi. Pourquoi c'est déjà un état d'âme? Qu'est-ce que tu fais intervenir le sujet? Ce regard, bleu acier là, vous savez, ce regard comme ça, qui est un pur milieu, milieu au sens physique maintenant, comme on dit que les poissons sont dans l'élément marin. Cet élément se dit en allemand Mittel, milieu, middle. Chez Hegel, vous avez le terme élément, non pas au sens atomistique, l'élément au sens élémentaire, non, mais au sens de milieu, comme on dit, les oiseaux sont dans l'élément aérien, les poissons dans l'élément aquatique et ainsi de suite.
18:54 L'élément, ça veut dire ici milieu ambiant. Donc, cette catégorie étrange du milieu qui est ni ceci, ni cela, mais leur compénétration. Vous voyez, on parle aujourd'hui des rouges-bruns, par exemple. J'ai déjà été interrogé sur cette notion, j'ai dit qu'elle méritait une approche critique, simplement, avant d'absoudre, de glorifier ou de dénoncer.
19:28 comme dit Spinoza, il ne s'agit ni de rire ni de pleurer quand il s'agit de connaître, il s'agit de comprendre. Et là, quand il s'agit purement de comprendre toute affectivité mise à part, tout état d'âme mise à part, alors c'est une faculté en nous et une seule des trois grandes facultés dont Kant a constitué toute notre connaissance, la sensibilité, l'entendement, la raison. Mais c'est celle qui est au milieu, vous l'avez entendu, c'est l'entendement. C'est précisément l'intellect, la pure intelligence.
19:59 « Nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu » C'est une catégorie du milieu. Alors, je développe le milieu, ça peut être le moyen. Moyen, vous savez, chacun sait ce que c'est que le moyeu d'une roue. Une roue de vélo, elle a un moyeu. Ça veut dire encore le centre, le milieu, même si c'est un milieu de surface, et non pas de segment cette fois. Oui, je passe tout le temps du sens propre au sens figuré, mais parce que c'est comme ça que les métaphores agissent sur nous.
L'extrême centre et Monsieur le Modéré d'Adamov
20:29 C'est à partir d'objets bien concrets qui nous suivent tout au long de la métaphore fut-elle la plus abstraite et la plus abstriente ou fut-elle un avenir maintenant, en passant du milieu du segment au moyeu de la roue, au centre. Vous m'avez déjà entendu en politique dénoncer ce qui nous gouverne depuis si longtemps. Depuis si longtemps au point qu'on se demande comment il a pu y avoir autre chose. À l'époque, on parlait encore des Trente Glorieuses. Comment il a pu y avoir cette autre chose qui était les Trente Glorieuses alors que depuis, nous sommes dirigés non pas par la droite gaullienne ou la gauche marxiste, non, mais par l'extrême centre.
21:12 Vous savez cette formule que j'aime bien répéter, l'extrême centre, pour dénoncer. Vous voyez le cynisme ? Le cynisme de ceux qui font passer leur extrémisme par une modération. J'avais même cité l'une des dernières pièces écrites par ce grand dramaturge communiste oublié que fut Arthur Adamov. Je salue sa mémoire au passage. Le troisième de cette grande trilogie du théâtre de l'absurde qui se ponctuait par les noms bien plus glorieux pour les deux premiers.
21:48 De Beckett pour le tragique. Ionesco pour la version comique mais de la même vision absurde, ce n'est pas la même, du monde. Et Adamov. Et celui-là, il est passé à la trappe. Son nom a été oublié alors qu'il était très connu à ce moment-là, dans les années 50-60. Et vous trouvez ses œuvres aux éditions de l'Arche. Et vous avez aussi de très beaux DVD sur ses pièces de théâtre. Je vous dis au hasard des pièces, des chefs-d'œuvre comme Ping-Pong, comme le professeur Taranne, comme Paolo Paoli, la politique des restes.
22:24 Sainte Europe, déjà Sainte Europe. On compare l'Europe de Bruxelles au Saint-Empire. Off-limits, qui se passe dans les milieux underground américains. Off-limits. Voilà. Bon, je cesse de parler d'Adamov, sauf qu'il avait écrit vers la fin de sa vie cette pièce qu'il avait pour titre M. le modéré. Bien sûr, en liaison à M. le maudit. M. le maudit, c'est un serial killer qui a une pulsion compulsionnelle qui fait qu'il doit égorger un enfant pour commencer à respirer jusqu'à ce que...
23:03 Après, vous connaissez la suite du film, n'est-ce pas ? La police le cherche et les truands il y a une course de vitesse entre le milieu et la pègre qui en a marre de ce type parce que depuis qu'il existe et que l'opinion s'impatiente qu'on ne le trouve pas et que la terreur règne dans les quartiers populaires où il sévit, ce qui fait les rapts d'enfants dans les cours d'immeubles ou dans la rue. Du coup, le milieu n'aime pas trop que la police mette le nez un peu dans des affaires ou arrive dans des quartiers de non-droit comme on dit maintenant dans lesquels n'avaient pas coutume de venir et donc le milieu décide.
23:37 de pincer le serial killer qui est joué par cet extraordinaire acteur qui est Peter Lorre que vous retrouvez dans Casablanca où il ne fait pas long feu où il tombe sous les balles allemandes. Bref, Peter Lorre, grand acteur, M le maudit, oui, et voilà que Adamov en donne la forme apparemment comique mais qui est encore plus atroce de M. le modéré. Il est obsédé par être toujours dans le juste milieu dans la modération et c'est ça qui fait des millions de morts, l'extrême centre.
24:10 Alors vous savez que ce soit centre gauche ou centre droit, la belle affaire. Mais c'est ce qui nous gouverne depuis si longtemps, si longtemps qu'on a oublié qu'il y a pu y avoir quelque chose avant peut-être. N'était l'histoire mais l'histoire ce n'est pas une discipline très glorifiée par les temps qui courent. Est-ce un hasard ? Depuis le structuralisme on privilégie la synchronie contre la diachronie. Vous savez que je suis un dialecticien plutôt je prône l'approche dialectique ça a marqué je ne dis pas méthode l'approche dialectique de la dialectique immanente à ce qui est et c'est la raison pour laquelle je veux dire la vérité a autant besoin de la synchronie que de la diachronie.
La bourgeoisie comme moyen terme et les couches moyennes
24:56 Mais justement il ne s'agit pas d'anéantir l'histoire au profit des structures intemporelles comme on a tendance à le faire depuis les sixties. Donc on commence à y voir de plus en plus clair le cynisme matérialiste bourgeois. Bon sang ! C'est tellement gros qu'on ne l'avait pas vu. Vous voyez que c'est beaucoup plus simple qu'on ne croit ce paragraphe apparemment énigmatique. La bourgeoisie mais c'est le moyen terme entre le proletariat et l'aristocratie. Alors que l'aristocratie soit au sens historique la féodalité monarchique ou qu'elle soit comment on dit aux Etats-Unis le roi de la sardine à l'huile ou le roi du ketchup.
25:35 C'est les gens qui me disent on est parti de rien tu parles. Vous vous rendez compte le nombre de bouteilles Heinz qui a sur les restaurants dans les foyers dans les familles du ketchup. Heinz à chaque fois ça tombe dans l'escarcelle de Heinz. N'est-ce pas ? Le roi du ketchup c'est une aristocratie aussi. Mais entre ces extrêmes c'est pas le MEDEF le sous Wall Street quoi. C'est pas la version de cheap de Wall Street le MEDEF.
26:06 Et le proletariat vous avez vous et moi bon sang les classes moyennes enrichies par de consignements ce concept clouscardien de couches moyennes parce que vous voyez bien que la classe moyenne c'est trop extensive ça comprend tellement de choses différentes parce qu'après tout ni vous ni moi nous risquons de périr dans ces barques qui essayent de traverser la Méditerranée en fuyant la misère ou l'insécurité ou les deux que 60 ans d'aide au développement ont instillé dans l'Afrique subsaharienne entre autres parce que ça vient aussi du Proche-Orient des régions en guerre et entre cette sous-humanité au niveau social je veux dire ce sont les hommes les plus dignes qui soient ceux qui tentent cet effort-là je vous le dis avec leurs enfants et leurs femmes et que ce soit une occasion ici de leur rendre hommage et quand je pense que toute l'Europe connaît le nom de Navalny espèce de crapule raciste
27:16 xénophobe qui parle des Tchétchènes comme des insectes et des cafards qu'il faudrait écraser du talon comme d'un grand héros de la liberté qui noircit des pages et des pages voire des heures de bulletins télévisés sauf depuis qu'il a cessé sa grève de la faim ça fait trois jours vous avez remarqué on n'en parle plus comme quoi on avait rien à en foutre de lui soit dit en passant parce qu'on devrait dire il est sauvé rassurez-vous non du moment que il n'est plus à charge contre le pouvoir soviétique ou moins il est déjà moins intéressant mais surtout le fait qu'on en parle et qu'on parle cent mille fois plus de lui que de chacun de ses héros et de ses héroïnes « Heldin »
27:58 « möcht ich nennen » « und schweigen » « Die Schönste Heldin » « Fragment de Hölderlin » « Des rouges pour en nommer » « Et passer sous silence » « La plus belle des héroïnes » « Dont les cadavres jonchent les plages de Turquie ou de Méditerranée du Sud ou du Nord ou des îles grecques » « On n'est pas ceux-là » « On n'est pas non plus le MEDEF » « On ne possède pas des îles entières dans l'océan Indien »
28:29 « Voire des archipels » « Certains » « Donc on est dans la classe moyenne » « Vous voyez que ça réunit des choses trop différentes » « Depuis le petit restaurateur » « Qui à peine arrive à joindre les deux bouts » « Qui commençait à y arriver lorsque les fermetures liées au Covid l'ont obligé à mettre la clé sous le paillasson » « Jusqu'à un grand médecin » « Peut-être pas connu dans le monde entier mais dont les affaires marchent bien » « Qui a un joli bateau de plaisance »
29:01 « Et puis tant mieux moi je ne suis pas mon je n'ai rien contre la richesse je vais sur la manière de l'acquérir » « Moi je ne sais pas que tout le monde soit riche » « Je ne suis pas pour amener » « Je suis un peu le prolétaire » « Son plus grand désir c'est de sortir de la dèche c'est pas que tout le monde y rejoigne » « Bon, c'est un autre débat mais vous voyez pas très éloigné » « La bourgeoisie » « C'est un terme trop vague trop extensif »
29:33 « C'est celui qui n'est plus à la campagne » « Vous vous êtes entendu je ne parle pas de celui qui est en résidence secondaire » « Il n'y a pas plus bourgeois » « C'est même le comble du bourgeois » « Lisez l'admirable chapitre » de Clouscard sur les maisons de campagne j'en ai lu une partie il y a deux ou trois fois deux ou trois séances extrait du capitalisme de la séduction regardez la table des matières du capitalisme de la séduction et regardez à la fin du volume la maison de campagne je l'ai déjà dit ça vaut son pesant d'or c'est un vrai poème en prose et non non il ne s'agit pas de alors justement d'un très grand médecin parisien je dis d'un médecin ou d'un patron d'une usine pharmaceutique qui se porte pas mal sans être dans les grandes trusts du Big Pharma et qui du coup s'est payé une villa dans le Lubéron et puis puis un chalet à Megève et puis une petite une petite maison sur la plage en Corse là vous voyez ça avec le petit restaurant dont je parlais où ça turbine comme des fous à la plonge tout ça mettre tout ça dans la catégorie classe moyenne c'est trop extensif
30:43 c'est pour ça que Clouscard a parlé des couches moyennes celles qui apparaissent à partir de la fin des 60's tiens ça alors 68 la fin des 60's c'est curieux comme coïncidence vous voyez et qui sont produites par le nouveau capitalisme c'est toujours le capitalisme plus que jamais mais il a trouvé une nouvelle manière de perpétuer sa domination c'est de ne plus être le capitalisme de papa l'effort le travail l'épargne mais non si vous commencez à épargner on fait faillite il faut que les gens claquent et l'illusion d'appartenir à la société de consommation c'est-à-dire de revenir au milieu vous voyez ce concept s'enrichit au fur et à mesure que je le prononce maintenant le milieu c'est le marché le marché c'est le moyen terme entre deux producteurs à l'origine au moyen âge où la bourgeoisie était même pas embryonnaire ou alors je veux dire il fallait vraiment un microscope
Le marché, vitrine et arrière-boutique
31:53 pour en découvrir les premiers germes les pieds poudreux comme on les appelait parce que c'est des gens qui marchaient sur les routes en terre de l'époque les pieds poudreux oui un digne qui produisait je dis n'importe quoi quoi des objets en bois ou des fromages quelque part en altitude il les descendait dans la vallée les marchés étaient dans la vallée au confluent des rivières au confluent des routes c'est ça un marché à l'origine il faut marcher pour y arriver mais oui c'est de là que ça vient tout ça d'accord et là il se trouvait avec un forgeron et il pouvait échanger ses fromages que les échanges soient monétaires ou en nature peu importe ici il était déjà monétaire il pouvait échanger ses fromages contre une lame des couteaux voire une c'est plus normal une petite gâterie pour sa femme un petit textile un petit une jolie petite collerette les deux producteurs éloignés se retrouvent
33:03 au milieu au marché le marché la vitrine la partie qu'on montre et donc qui n'est pas la vérité lisez bien Marx ce petit opuscule qui s'appelle achat et vente de la force de travail enfin qui s'appelle salaire, prix et profit pardon c'est le titre dans lequel vous avez un chapitre capital achat et vente de la force de travail qui concentre ce qui va être développé dans la théorie de la plus-value dans le capital n'est-ce pas et vous verrez qu'il ne faut jamais confondre la vitrine et l'arrière boutique celle où on produit celle qu'on cache le monstrueux l'obscène non il faut regarder Berlin ouest la vitrine de l'occident qu'on montrait aux populations qu'on avait rasées population martyrisée qui avait laissé 30 millions de cadavres sur le terrain et 70 000 villes détruites pendant que les états-unis je m'en félicite pour le peuple américain moi c'est pas un reproche mais il n'y a pas eu une brique d'une maison
34:13 d'une ville fut-elle qui eut subi la moindre éraflure pendant le plus grand cataclysme de tous les temps à la deuxième guerre mondiale mais tant mieux pour eux moi je déplore pas c'est pas qu'il n'ait pas été détruit je déplore que ceux qui ont fait le plus grand sacrifice pour nous libérer de la botte nazie on venait à Noël faire un bling bling regardez nous comment on est riche à l'ouest là vous voulez pas abandonner vos conneries de communisme et passez à l'ouest on vous donnera cinq marques pour un marque de l'est bon je dis des choses familières à ceux qui ont connu ces époques-là et ces lieux-là mais dites ces mots ma vie retenez vos larmes comme dirait Aragon le marché le milieu c'est tout ça la victoire de cynisme matérialiste bourgeois bon sang mais c'est excellent Frédéric là parce qu'il rejoint ma dernière intervention mais je à moins que ça qu'il ait mis sur la voie je ne sais pas comme il a une forme très concentrée je veux dire peut-être qu'il fait exprès de rester
Le capital, le néo-positivisme et le balcon de Comte
35:23 c'est bien formulé d'ailleurs moi j'apprécie ce n'est pas un reproche quand je lui dis que c'est allusif énigmatique c'est presque aphoristique il rejoint mon intervention où je lui dis que l'idéologie dominante aujourd'hui de la bourgeoisie j'ai dit que je ne voulais pas me servir de mots trop extensifs mais du capital dans sa version la plus actuelle pour dire une chose déjà beaucoup plus mesurable car nous parlons entre bourgeois mais les bourgeois nous ne sommes pas tous des capitalistes on s'en fout n'est-ce pas c'est-à-dire vous croyez qu'un capitaliste c'est un riche vous n'avez rien compris non non un capitaliste c'est ni riche ni pauvre c'est celui qui commence par le capital et non pas par le travail pour acquérir le capital qui commence par le capital on en parlera une autre fois c'est la différence entre MAM et AMA entre marchandise argent marchandise vous vous rappelez le marché celui qui fait des fromages et le forgeron chacun fait une marchandise M il se retrouve
36:34 au marché ou avec de l'argent A il s'échange n'est-ce pas marchandise argent marchandise alors que le capital c'est argent d'abord A avec l'argent j'achète une marchandise la force de travail du prolétariat et avec cette force de travail elle me fait gagner de nouveau de l'argent AMA prime elle me fait gagner plus d'argent que je n'en ai mis je le dis comme ça très schématiquement vous voyez que ça mérite qu'on y revienne vous voyez que c'est au milieu que ça se passe à chaque fois c'est le M ou le A au milieu vous voyez c'est à la or dans ma dernière intervention j'ai dit que l'idéologie dominante du capital d'aujourd'hui ce n'est pas l'idéalisme je ne suis pas en train de défendre l'idéalisme je constate que concentrer ces attaques d'une manière obsessionnelle contre l'idéalisme comme si on était encore à l'époque d'un politzer et bien sûr d'un jeune Marx parce qu'après à partir des
37:44 thèses sur Feuerbach il rappelle tout d'un coup que l'idéalisme a mis en exergue l'activité du sujet comment on y revient ce que ne faisait pas le matérialisme de Feuerbach le matérialisme qui manquait singulièrement de dialectique et surtout de dialectique historique parce qu'il y en a encore qui sont qui veulent revenir à Démocrite bon moi je pense que la vision qu'a Démocrite de l'atome est plus idéaliste que l'idéalisme de Leibniz par exemple c'est un point de vue c'est intéressant de discuter entre spécialistes mais là nous ne sommes pas en spécialistes nous sommes en public soyons démocratiques l'idéologie dominante je fais un suspense exprès d'aujourd'hui c'est le néo-positivisme il parle de cynisme matérialiste mais nous y voilà de quoi vous plaignez vous êtes marxiste qu'est-ce que vous avez contre le matérialisme ah non non non le matérialisme historique s'oppose au matérialisme naturaliste
38:54 c'est-à-dire la matière réduite ce qui reste de la matière quand on a fait abstraction de tout ce que l'homme a transformé depuis l'apparition de l'homme sur terre des dons c'est-à-dire lorsqu'on réduit l'histoire à zéro qu'à l'anéantissement comme on dit à l'époque nazie qu'elle l'anéantissement après que je fais les amalgames je suis loin du compte je suis loin de on n'est pas là pour terroriser les populations après tout mais voilà où m'emmène la question de Frédéric la conscience de la conscience n'est-ce pas la conscience à force de se chercher et de se fuir elle-même parce qu'au fur et à mesure qu'elle se recherche elle se fuit parce qu'elle veut se saisir mais elle est le saisissant elle ne peut pas être le saisie c'est Auguste Comte un positiviste mais non pas un néo-positiviste qui disait très judicieusement on ne peut pas être à la fois au balcon et se regarder passer dans la rue c'est ça que voudrait faire la tentative d'être la conscience de la conscience il s'arrêtait à 3
40:04 il aurait pu aller à 10 000 vous voyez vous êtes déjà passé devant des miroirs qui se font face vous voyez votre image reflétée à l'infini alors je m'arrête là pour l'instant pour ce qui est de la question de Frédéric et je vais lire une autre question ils ne se sont pas du tout concertés en superposant les deux textes ils s'éclairent mutuellement et le fait de les superposer devrait contribuer à diminuer l'obscurité due à la forme elliptique du texte précédent et allusive où là au contraire Laurent vous allez voir est très explicite mais d'une manière extrêmement théorique et abstraite qui peut qui peut demander un effort inhabituel à ceux qui n'ont pas coutume de manier les concepts mais plutôt de se mouvoir dans ce que Hegel oppose au concept les représentations allez avant de lire son texte je vais vous donner un exemple très simple et vous n'oublierez plus l'abîme qui sépare
Représentation et concept : l'exemple du prolétaire
41:14 le concept de la représentation d'abord je vous le dis tout de suite on est tous dans la représentation au départ mais enfin de là c'est le lien au concept c'est plus difficile donc voilà prolétaire je dis le mot prolétaire immédiatement chez les uns chez les autres chez les unes vous avez des représentations vous ne pouvez pas vous empêcher même visuel il y en a qui les voient en bleu travail déjà Colmar j'en sais rien je veux dire vous voyez ou un type de l'époque de Zola qui va à l'Assommoir un peu aviner prolétaire je remplace l'image par des mots par des concepts celui qui n'a que ses chaînes à perdre c'est la définition par Marx du prolétaire ce n'est pas une définition mais c'est un prédicat qui caractérise le prolétaire qui le détermine et dans déterminer il y a déjà dé, fini, terminé, fini ça se rapproche d'une définition le prolétaire est celui qui n'a que ses chaînes à perdre alors là qu'il soit en col bleu ou en col blanc quelle importance qu'il soit prof dans un lycée non titulaire
42:25 ou titulaire menaçant bientôt de faire disparaître le secteur public éducation nationale de le remplacer comme le rêve Macron et tous ceux qui sont derrière lui pour l'instant ils n'y arrivent toujours pas mais ils poussent dans ce sens pour les remplacer par des agences des agences qui vont s'occuper de notre santé de notre éducation n'est-ce pas à partir de firmes privées même si avec le Covid on s'est aperçu de la catastrophe n'est-ce pas où la gestion privée a entraîné nos hôpitaux et je ne parle même pas de ce que sont devenus nos lycées je ne parle pas de ceux qui enseignent même s'il y a à boire et à manger je ne suis pas en train ni de sanctifier ni de condamner le conseiller en tout cas il a du mérite de travailler dans les conditions on le fait travailler je vais lire le texte de Laurent mais vous voyez le prolétaire n'a que ses chaînes à perdre celui qui est dans la représentation correspond à ce que vous aviez dans l'esprit quand vous représentiez le prolétaire mais qui a une toute petite échoppe
43:37 sur la rue là où il plastifie des cartes d'identité ou des permis de conduire celui-là est déjà propriétaire d'un moyen de production qui est sa petite machine à plastifier il n'est déjà plus dans les prolétaires il n'a pas que ses chaînes à perdre il a un petit capital un petit fond de commerce le prolétaire c'est celui qui n'a que sa force de travail rapporté si on lui fait cesser de travailler pour une raison ou pour une autre il ne lui reste plus rien vous voyez l'enjeu de remplacer une représentation par un concept allez je passe à la question de Laurent qui est dans les concepts donc bonsoir pourriez-vous commenter s'il vous plaît ce passage que je pressens décisif de l'introduction de L'Être et le code de Michel Clouscard on y revient donc Clouscard écrit ceci nous voulons donc montrer d'abord en quoi la démarche critique de Kant peut être considérée comme légitime avis à tous ceux qui croient que Clouscard passe son temps à pourfendre le kantisme alors qu'il pourfend le néo-kantisme et il va jusqu'à dire que Kant fait partie
Le sujet transcendantal selon L'Être et le code de Clouscard
44:47 dans la séquence qui va de Rousseau à Lénine en passant par Kant lui-même et Hegel et Marx c'est la philosophie dite de la révolution française c'est un concept construit par Clouscard nous voulons donc montrer d'abord en quoi la démarche critique de Kant peut être considérée comme légitime puis donc dans un deuxième temps comment le sujet transcendantal notion kantienne voilà la fameuse conscience qui est derrière toutes les consciences alors voyez comme les deux questions se tiennent excusez-moi je vous avais essayé de deviner le point commun je suis en train de le dire bon allez c'est intéressant de superposer les deux ça c'est clair vous voyez bien Kant dit le je pense c'est ça le sujet transcendantal le je pense je suis emprunté à Descartes le cogito cogito veut dire je pense en latin c'est la première personne du verbe penser le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations justement que je me représente comme roi comme pauvre hère comme homme comme femme ou comme les deux peu importe et qui vous dit monsieur que je suis un homme peu importe
45:58 et dans tous les cas ces représentations doivent être accompagnées par la conscience le je pense le je transcendantal doit pouvoir accompagner toutes mes représentations et là vous voyez bien que le je transcendantal c'est pas François René Descartes qui a un grain de beauté sur la narine gauche ou Kant qui a des petites manies d'allemand régulier sa petite promenade tous les jours et qui va accrocher ses mouchoirs au plafond à des cordes pour pas perdre de temps à les chercher dans ses poches tellement qu'il était assidu au travail ça c'est tout ce qui est individuel propre à chaque individu le je pense c'est le même en chacun de nous c'est le projecteur qui n'éclaire rien pour l'instant dont la lumière est déchaînée ou un moteur qui ne fait tourner aucune roue attention ça s'emballe ça peut être dangereux un moteur qui n'embraye sur rien le je pense le milieu le voilà on croit que c'est la source en fait c'est le milieu dans lequel baigne vous voyez le milieu le milieu marin
47:08 pour les poissons tout à l'heure le milieu dans lequel baigne toutes mes représentations le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations voilà donc je reprends la citation maintenant qu'on a éclairée par ce concept kantien que j'ai explicité et qui mette cette question en relation avec la conscience de la conscience nous voulons donc montrer d'abord en quoi la démarche critique de Kant peut être considérée comme légitime puis autrement dit soupçonner que le sujet n'est pas seulement un truc passif comme ça mais être une usine de transformation il faut bien prendre conscience en tout ce qui nous apparaît de ce qui vient de nous et de ce qui est apporté à nous pour n'être ni idéaliste ni bêtement réaliste mais être intelligemment réaliste pour être réaliste comme vous voudrez nous voulons donc montrer d'abord en quoi la démarche critique de Kant peut être considérée comme légitime puis comment le sujet transcendantal se pervertit en un idéalisme subjectif réactionnaire et oui ce sujet transcendantal si vous le séparez de son contenu si vous oubliez l'énoncé de Husserl
48:18 qui dit avec sa prudence épistémique qu'il honore toute conscience est conscience de quelque chose une conscience pure conscience de la conscience qui ne serait conscience que de la conscience ce n'est pas être une conscience sans objet le sujet pur le sujet transcendantal là on fait de ce qui devrait être sujet on fait un objet on fait une chose on réifie on chosifie ce qui est le moins chose on fait de l'acte car c'est qu'a pensé cette activité la Tätigkeit et il disait Marx dans les thèses sur Feuerbach que l'idéalisme a su développer cette activité quand on en fait quand on a fait une matière mécanique on la chosifie on est retombé de l'acte dans l'être et après vous vous étonnez que je sois méfiant à l'égard de l'ontologisme déchaîné en idéologie dominante voilà donc il est bien il est bien clair il me semble n'est-ce pas que avant même de poursuivre la question jusqu'au bout ce que je vais m'empresser de faire vous voyez déjà le rapport entre ce sujet transcendantal
Réification en savoir de classe et morceau de cire
49:28 qui au dire de Clouscard lorsqu'on l'isole lorsqu'on le substantifie voilà le terme lorsque du sujet on le fait retomber dans la catégorie de la substance nous voulons donc montrer d'abord en quoi la démarche critique de Kant peut être considérée comme légitime puis comment le sujet transcendantal se pervertit en un idéalisme subjectif si encore c'était l'idéalisme dialectique réactionnaire autrement dit on n'est pas très loin tout à l'heure du cynisme de la bourgeoisie autrement dit l'accession au sujet de la connaissance ça c'est tout l'itinéraire qui va de Descartes à Kant l'accession au sujet de la connaissance étant révolutionnaire c'est une catégorie politique c'est Clouscard qui parle à l'égard de la connaissance empirique irrationnelle du moi psychologique la réification ce qui veut dire res c'est la chose en latin la chose la chosification de ce sujet transcendantal en un savoir de classe empirique et sensible ce savoir de classe qui est présent dans toutes les facultés qu'on appelle
50:38 de sciences humaines ou de sciences sociales en un savoir de classe empirique et sensible fondement de l'anthropologie parcellaire sera révélatrice oui les deux textes sont quand même pas très difficiles à superposer l'accession au sujet de la connaissance étant révolutionnaire à l'égard de la connaissance empirique irrationnelle du moi psychologique et la réification de ce sujet en un savoir de classe bien sûr complètement à l'insu de l'individu qui en fait état on a dit il faut bien distinguer chez Descartes l'extraordinaire potentiel révolutionnaire qu'il y a dans l'initiative cartésienne ce qui n'existait pas avant lui je vais y revenir pour le résumer le condensé d'une manière qu'on ne puisse pas en oublier l'essentiel coexiste dans l'oeuvre de Descartes avec au contraire l'émergence d'une bourgeoisie ou d'une noblesse de robe ce qui revient un peu au même n'est-ce pas qui va constituer progressivement l'appareil d'état de la monarchie absolue
51:48 et qui préfigure les futurs cadres de la bourgeoisie regardez bien nos rois c'est pas bête ils s'entouraient de bourgeois les Colbert les Louvois les Vauban les Choiseul le ministre de Louis XV grand diplomate et compagnie je veux dire je ne dis pas que ce qu'il a fait est bien je dis que c'était un fin diplomate et viennent de cette classe moyenne à l'époque de la bourgeoisie qui a tout le pouvoir juridique économique financier sauf le pouvoir politique excusez-moi elle ne l'aura qu'après la révolution française et bien chez Descartes les deux coexistent je vous en donne une illustration maintenant ce qui fait dire à Clouscard que chez Descartes vous avez ce côté révolutionnaire que je vais préciser encore une fois mais vous avez aussi comment ça a émergé cet appareil d'état de l'encadrement
52:59 de la féodalité monarchique ou de la monarchie féodale plutôt qui se constitue comme ce qu'il appelle le savoir de classe et ce savoir de classe doit éliminer tout ce qui est la production au sens manuel du terme que Rousseau sera le premier à réhabiliter au siècle suivant il faut qu'Émile apprenne un métier manuel c'est une autre histoire qui vient bientôt après Descartes alors je vais illustrer les deux aspects de Descartes pour mettre les deux textes et les deux questions ensemble lorsque je vais commencer par Descartes négatif c'est bien sévère je vais dire par celui qui effectivement n'exprime rien d'autre que les intérêts de sa classe émergente qui redresse la tête à ce moment là c'est une petite noblesse de province mais c'est il est moins élevé socialement qu'un président du parlement de Bretagne ou d'Aquitaine ou de Bordeaux lorsque Descartes pose l'extraordinaire question dans le morceau de cire n'est-ce pas
54:09 lorsqu'il montre que le morceau de cire au départ c'est quoi ce morceau de cire et comme nous tous il est empiriste d'abord spontanément il est quelque chose qui est blanc qui sent le miel des fleurs dont il a été recueilli qui a une couleur blanche qui a une forme cubique etc. mais voici que cependant que je parle on l'approche de la flamme d'une chandelle le blanc devient jaune sa grandeur augmente la chaleur dilate les corps le blanc devient jaunâtre et cramé si vous préférez il ne le dit pas comme ça bref tout ce par quoi je l'ai défini en termes sensibles de ce qui était objet de mes sens à changer et au lieu de changer de mot de dire tiens il y avait la cire maintenant il y a autre chose non je garde le sujet grammatical et je change les épithètes la cire était blanche elle est devenue jaune Descartes a le mérite de poser la question ce que ne fait pas la langue courante qui continue à garder la permanence de la cire dans le mot Descartes va jusqu'à dire la même cire demeure-t-elle après ce changement là il va très loin là il est sur le chemin qui mènera à Kant à la pensée de la révolution
55:19 là il est révolutionnaire il est encore plus par un autre point que je vais soulever après mais j'ai dit que je commençais par son côté négatif point à la ligne certes elle demeure et personne ne le saurait nier certes elle le demeure c'est bien la même cire il n'a pas eu le temps d'examiner si c'était la même ou pas à peine a-t-il posé la question que comme pris de peur devant sa propre question il verrouille la réponse avec ce mot si peu cartésien certes elle demeure et personne ne le saurait nier sans doute sans crible sans passer au crible donc il ne s'agit plus de savoir ce que c'est que cette cire de lui trouver quels épithètes lui conviennent et non plus de savoir si c'est vraiment là encore la cire le morceau de cire voilà donc pour vous montrer que Descartes ne peut pas être tout le temps oh oh il est tellement innovateur qu'il ne peut pas être tout le temps au sommet de ses innovations il reste encore quelqu'un même par bien par bien des côtés quelqu'un de la renaissance soif de savoir encyclopédique de toute la discipline il est plus il appartient plus d'ailleurs c'est ce qui lui correspond historiquement à l'âge baroque qu'à l'âge classique
56:29 qui va suivre qui est plus sombre plus pessimiste et qui humilie la connaissance alors que Descartes montre qu'elle peut aller jusqu'à l'infini c'est pas limité que par la faible durée de ma vie etc. maintenant Descartes le plus révolutionnaire oh je ne veux pas chercher loin je ne vais pas chercher un truc rare des textes non je vais chercher la première phrase de son ouvrage le plus connu mais oui cette fameuse phrase vous savez il avait appris à faire des discours c'est un discours de la méthode un discours à l'époque c'est extrêmement élaboré au niveau formel car à l'époque il y avait une discipline qui l'emportait sur toutes les autres quand on faisait ses études et dans laquelle Rimbaud était le premier donc ce qui a duré jusqu'au fin du XIXe siècle c'était la rhétorique en classe de littérature on apprend d'abord la rhétorique avec ses figures comment on construit un discours comment on commence par une exorde et comment on finit
Le bon sens, chose du monde la mieux partagée
57:40 par une péroraison avec des développements moi je ne veux pas ça Descartes le savait admirablement il avait appris ça chez les oratoriens n'est-ce pas les frères oratoriens où il avait fait ses études au collège de la Flèche où il y avait déjà l'avant-garde de l'intelligentsia si je puis oser ce c'était un anachronisme de son époque or quelle est cette première phrase célébrissime en français car Descartes tenait pour cet ouvrage décisif qui est comme un pavé qu'on jette dans la mare il tenait à ce que tout le maximum de gens alphabétisés puissent le lire qu'ils soient pas en latin mais en français donc pas adresser seulement à la communauté intellectuelle des savants ça c'est le latin mais en français et ça commence par en français le bon sens est la chose du monde est la mieux partagée il savait qu'il fallait commencer par quelque chose qui surprend qu'on ne comprend pas tout de suite le bon sens est la chose du monde la mieux partagée et tout de suite d'enchaîner car chacun s'en croit si bien pourvu autrement dit chacun s'efforce
58:50 d'être un peu plus musicien d'être un peu plus mathématicien selon ses goûts selon ses visées selon mais personne ne demande à ce qu'on lui donne plus de bon sens ce qui est bien la preuve dit Descartes très ironiquement qu'on l'a c'est quoi ce bon sens le vocabulaire n'est pas fixé on n'est pas dans Kant il n'y a pas des mots comme apagogique ostensif impératif hypothétique catégorique que sais-je non pas besoin on n'est pas encore dans la pneumatologie rationnelle ne s'inquiétez pas c'est pas compliqué tout ça si c'est compliqué mais c'est pas difficile une fois qu'on a la définition c'est rien du tout et Kant les donne avant de s'en servir c'est pas compliqué c'est pas difficile par contre Descartes est d'autant plus difficile que le vocabulaire n'est pas fixé donc il précise un petit peu après quelques pages après le bon sens la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux ou l'entendement ou la raison pour lui c'est un peu c'est le même mot tout ça la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux mais ce qui dit le plus important c'est la deuxième partie de la phrase est la chose du monde la mieux partagée il y a une égalité
1:00:01 de tous les hommes voilà en quoi c'est une bombe révolutionnaire des hommes purement hommes il le précise après je parle pas de ceux qui sont secourus par la grâce à l'époque il fallait ménager l'église qui venait de condamner Galilée mais l'homme non secouru par la visitation divine ou la grâce c'est-à-dire c'est dans uniquement des ressources de sa propre indigence de son bon sens qui lui fait dire que si A égale B alors B égale A la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux ce qui est révolutionnaire c'est qu'il dit qu'elle est égale en chaque individu il n'y a pas de privilège à ce niveau-là ça c'est pas dû à la naissance dire ça à l'époque où pour être noble il fallait naître noble c'est énorme car toutes les autres différences de valeurs sont partagées de cette manière n'est-ce pas ?
1:00:59 vous voyez quelqu'un qui est d'une classe inférieure il est forcément sale il est forcément vicieux il est forcément il a tous les défauts qui vont avec son rang ou plutôt son absence de rang voilà donc vous voyez le plus révolutionnaire chez Descartes c'est toute première phrase le bon sens ce levier qui d'Archimède disait qu'avec ce levier on pourrait soulever le monde ce bon sens qui fait résider en gros sur le principe de non-contradiction la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux si A égale B je me contredirais de ne pas en conclure que B égale A c'est pas que ce serait faux à l'extérieur c'est que c'est moi qui me contredirais c'est le bon sens n'est-ce pas m'enjoint de l'éviter voilà je n'irai pas plus loin pour ce soir mais je vous montre que nous passons entre temps à rôder avec cette faculté du milieu entre toutes qui est l'intellect le bon sens l'entendement qui n'est ni la sensibilité que nous partageons avec l'animal qui a des sens aussi je dis même que la truffe d'un chien est sans doute plus sensible que notre odorat je parle pas de
1:02:12 l'audition de la chauve-souris vous savez quand on a les ultrasons qui lui permet de se guider au sonar alors que nous sommes dans un spectre auditif beaucoup plus restreint les dauphins pareil les baleines qui marchent les vibrations dans l'eau comme ça ça c'est la sensibilité et puis il y a la raison à l'autre extrême n'est-ce pas qui est la faculté des fins ça c'est pas j'ai des sens la fin c'est ce qui n'est pas là comment voulez-vous que je la vois un tableau de présignalisation qui vous dit stop à 150 mètres vous dit il y a un stop au loin télé télévision voir au loin la téléologie la science des fins voilà je vous laisse sur cette superposition des deux questions j'espère que en essayant d'éclairer les questions j'ai éclairé un peu ma réponse à ceux qui les posaient et de toute façon je ne manquerai pas d'occasion d'y revenir les toutes prochaines fois je vous remercie en tout cas de l'effort que nous avons fait ensemble nous ayons été
1:03:24 un petit peu athéniens ce soir puisque Hölderlin aime à dire que le principal de ce qu'il regrette dans la Grèce c'est pas c'est nul n'était seul à supporter la vie donc pour défricher certaines vérités il ne faut pas être seul il faut votre contribution et c'est pourquoi je vous remercie le plus sincèrement qu'il est possible