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Le griot de Boubon et les musiques de possession
0:21 Un art ne vit que par le plaisir qu'on y trouve. Ce plaisir peut aller de la simple satisfaction des maîtres des sons jusqu'à la profonde joie spirituelle que peut donner l'audition ou l'exécution des chefs-d'oeuvre.
1:16 Boubon. Sur la nationale de Niamey-Tillabéri, rien ne signale la présence d'un village. À perte de vue, quelques rochers noirs et une poignée d'arbres. Et en dévalant un chemin soudain, la vallée du fleuve apparaît. Le miracle de l'eau s'est accompli.
2:15 Le rôle du griot est devenu plus modeste. Au marché de Boubon, Ousmane égrène quelques notes nostalgiques sur son godier, une vièle monocorde. Ce instrument spécifique des musiques de possession est accompagné généralement d'instruments de percussion comme la calebasse.
3:16 Ousmane vit à son compte en jouant et en chantant les louanges liconioses ennuis.
4:51 Et ma kani ebon sezama ekan anbo dillen di kone nan kankubay nan ke siinil kule eko. Zame tam ha, se skariola eko hal piyong nyong. Eko piyong nyong sestival di mondo kankye noodi en 89. Koret eko yodi. Yifu noodi wodi mbande 91 yeki eko libi kwenye. Afrique, Lade, Ganga, Togo, Tene, Ghana, Codivar, Burkina, Kulenice, Philippe Sabura.
Survivance des cérémonies et création du CFPM
5:55 Les cérémonies traditionnelles survivent envers et contre tout et cette survivance est donc aussi celle des musiques qui les accompagnent. Ces images font partie intégrante de la vie quotidienne au Niger où la musique traditionnelle est particulièrement vivante aussi bien chez le peuple sédentaire que chez les nomades. L'art musical de Peuls Bororo, par exemple, est exclusivement vocal.
8:03 Il se fait jour une prise de conscience du patrimoine culturel traditionnel, et la volonté d'en sauvegarder les témoignages. Un signe tangible et très réjouissant de cette volonté réside dans la création du Centre de Formation et de Promotion Musicale, le CFPM. Le centre est motivé à l'origine tout d'abord par la volonté des musiciens du Niger de sortir un peu de l'isolement géographique et historique en partie, Le Cécile, où ils étaient jusqu'à l'ouverture de ce centre en 1989.
8:34 Son originalité consisterait à regrouper simultanément les fonctions de formation, comme dans un conservatoire, de recherche, comme dans un institut, et de promotion, c'est-à-dire un soutien à la production musicale, a été formulé, tout ce qu'on appelle, de la part des musiciens. Il n'y a pas précisément de lieu qui exprime une formule identique à la nôtre où l'on voit en même temps les chercheurs, les étudiants, les débutants, les musiciens avancés, confirmés, se côtoyer dans un même lieu.
9:14 Le gouvernement nigérien a eu la satisfaction de voir que la Commission européenne, la Commission des Communautés européennes, que l'on connaît mieux ici sous le titre de Fed, a fait cette occasion de faire entrer dans le concret les dispositions prévues dans la Convention de Lomé, convention qui lie donc les 12 pays de la Communauté européenne aux pays du Sud, aux pays du ACP, Afrique, Caraïbes-Pacifique.
9:44 Dès le début des années 80, la convention de Lomé III prévoyait déjà dans ces textes l'intégration de la culture comme un volet à part entière du développement, aux côtés des domaines plus traditionnels de l'aide au développement. Mais c'était un petit peu une lettre morte et c'est déjà une raison de fierté pour le Niger que ce soit la première incarnation dans les faits de ces textes. Il y a le fait que dans le monde entier on applaudit des violonistes coréens, des chefs d'orchestre japonais, dans des grands concours internationaux de musique classique, essentiellement dans les pays du Nord, pratiquement toutes les régions du monde voient des lauréats sauf l'Afrique sub-saharienne.
Le paradoxe africain et les orchestres ateliers
10:30 Et il serait étonnant d'avancer l'hypothèse dans laquelle, je ne sais pas moi, les Coréens auraient été mieux doués pour la musique que les Africains. Je crois qu'il y a une contradiction entre le fait que le monde entier reconnaît que l'Afrique subsaharienne est une... et de toutes les régions du monde, celles où les populations sont les plus motivées musicalement, et paradoxalement c'est dans cette région qu'il y a le moins d'institutions de formation musicale. Il y avait une distorsion avec laquelle il fallait remédier. Un jeune japonais, par exemple, choisir de faire du rock, de faire de la salsa, de faire de la musique classique, de s'occuper de musique traditionnelle japonaise ou du jazz.
11:10 Et un jeune nigérien ne pouvait pas le faire car il n'avait pas à ce niveau-là d'institution adéquate. Ce qu'on ignore, par contre, c'est que certains jeunes musiciens arrivaient chez nous tout à fait comme débutants, qui n'avaient jamais vu par exemple un clavier de leur vie, sont devenus maintenant des professeurs qui non seulement gagnent leur vie, mais qui enseignent quelquefois à l'extérieur du centre et qui ont quelquefois un revenu mensuel égal ou supérieur à un directeur central de l'administration. Par ailleurs, les orchestres, et c'est une des originalités de notre formule, les orchestres ateliers que nous avons constitués, dans lesquels les musiciens dits modernes travaillent parallèlement avec des musiciens dits traditionnels, Les orchestres ateliers sont devenus maintenant de véritables prestataires de services qui sont commandés quelquefois deux ou trois fois dans la même semaine, soit auprès de particuliers qui ont les moyens de s'offrir un orchestre pour une soirée privée, soit d'institution, ça peut être un hôtel qui fait une nuit antillaise ou une soirée choucroute avec de la musique allemande.
12:27 Le monde autrichien, ça peut être une soirée de gala, une soirée dansante. Et il fallait donc bien pour cela constituer des orchestres avec des musiciens capables d'assumer tous ces répertoires. C'est une grande première aussi dans la région. Et à ce niveau-là, les musiciens du Niger n'ont aucun complexe à avoir à présent vis-à-vis des autres musiciens de la région. Je dirais même que trop souvent les Nigériens, si je peux me permettre ce reproche, regardent trop souvent vers l'extérieur, vers l'étranger, en ignorant les trésors que sont chez eux.
13:03 Et quand on me parle des nombreux orchestres qui foisonnent dans les pays limitrophes, le Burkina ou le Bénin, on trouve effectivement d'excellentes orchestres, mais qui sont enfermées dans un seul répertoire, La vie musicale nigérienne présente de remarquables signes de vitalité. Le plus évident et important de ces signes réside dans le maintien de l'héritage.
Maintien de l'héritage et enseignement au centre
13:45 Parallèlement au style nouveau dont il n'y a pas un lieu de contester la légitimité. De par sa vocation, le CFPM et la Jutaya de Niamey constituent un projet unique en Afrique. Son orientation définitive ne peut pas encore être déterminée précisément Et son originalité.
14:15 réside justement dans sa souplesse et son caractère de rencontres et de confrontations musicales pluriethniques, informelles et polyvalentes. Il représente une formule adaptée à cette région d'Afrique. Notamment entre autres des cours de théorie générale sur la musique, d'initiation à l'analyse musicale, la flûte, la batterie, le solfège, le saxophone, la trompette et la lutherie, des cours de guitare et de clavier.
15:52 Les musiciens professionnels étrangers sont même invités à former des fêtes. Le repère, un peu plus brusé parce que les enfants sont très nerveux, je vais un peu fortement.
17:01 Les vidéos, des révues et des instruments de musique en grand nombre et de qualité sont mis à la disposition des débutants et de ceux qui veulent s'initier à la musique.
L'atelier de lutherie et le tambour sacré
17:42 Le CFPM s'attache à promouvoir les instruments de musique traditionnels et la musique à laquelle il donne droit. Dans cette optique, l'atelier de fabrication et de maintenance des instruments de musique a été créé en juillet 1990. L'atelier doit permettre l'apprentissage des métiers au-delà de toute considération socio-professionnelle ou religieuse attachée à la fonction du griot ou du ménestrel. Signent des temps les artistes dits traditionnels qui assurent la formation de travail.
18:48 L'instrumentarium du Niger est riche et varié. On y rencontre tous les types d'instruments. Membranophone, tambour, cordophone, Vielle, luth, aérophone, flûte, hautbois, idiophone, percussion. Ces instruments sont fréquemment dotés d'une attribution ou d'une fonction particulière. Quant aux implications animistes, il faut mentionner principalement le tambour. Cet instrument que vous voyez, qu'on appelle le banga. Cet instrument est sacré. Sacré d'abord, parce que l'utilisation parce qu'il n'est utilisé que chez les chefs traditionnels.
19:21 Le sacré parce que le tissu que vous voyez ici, c'est du linceul blanc. Et ce linceul là, c'est le morceau de tissu qu'on prend après le décès de quelqu'un. Et originellement, avec l'islamisation, les choses ont une tendance, sinon même changé, la peau, la membrane que vous voyez ici était de la chérémonie. Et je m'en vais encore loin de délivrer certains secrets, c'est que quand il y a un litige au niveau des vies de cour entre deux princes, en cas de décès d'un chef traditionnel, c'est ce tambour-là qui est un moment et c'est le départage.
Mohamed Garba, chanteur et chercheur
20:10 Né en 1954 à Kornaka dans le département de Maradi, Mohamed Garba se bat depuis près de 20 ans en faveur de l'épanouissement de nos musiques. Musicien et musicologue, Mohamed Garba est une conscience vivante de sa propre culture musicale, ethnique, religieuse, mais aussi de la situation présente de la pratique musicale en a. avec les problèmes que pose depuis quelques décennies l'évolution de la société des mœurs dans le sens d'une européanisation. On découvre chez lui un véritable enthousiasme pour les valeurs les plus authentiques des traditions nigériennes et la volonté ferme de contribuer efficacement à leur conservation et à leur revalorisation.
20:50 C'est dans cet esprit qu'il a entrepris une vaste enquête sur les pratiques musicales du Niger pour en tirer la matière d'une thèse de doctorat en musicologie, Le 1er juillet 1992 au département de musicologie de l'université de Strasbourg en France.
21:39 Comme je le disais, il y a des chants, des chansons et des jeux chantés qui ont disparu et qui nous sommes en train de réhabiliter en faisant la collecte. Il en est de même maintenant pour ce qu'on appelle l'organologie. Les instruments de musique qui ont disparu ou qui sont même en voie disparition que nous restaurons et pour leur revitalisation et leur sauvegarde. C'est aussi que vous avez derrière moi ici, c'est le pavillon, cet atelier de lutherie qui est une sorte de musée vivant où les instruments sont non seulement exposés, mais utilisés.
22:11 Utilisés par ceux qui font de la recherche. Vous avez vu, il y a un luthier qui est là qui ferme le site et qui fait la fabrication. Pour lier l'utilité à l'agréable, indépendamment de la recherche, la particularité de notre centre, c'est que ce centre, indépendamment de la recherche, nous faisons de l'enseignement. Et l'enseignement de la musique aux traditionnels qui la connaissent, mais pour essayer de marier la tradition et modernisme. C'est-à-dire que Mohamed Garba, le chanteur, c'est en fait celui qu'on voit sur scène en train de chanter. C'est ce visage que les mélomanes et d'autres qui connaissent, connaissent de moi.
22:46 Mais en fait, le chercheur, c'est autre chose. Je peux sans pour autant chanter, essayer de chercher, de faire de la recherche sur un genre musical par exemple comme le Biti. Le but, je peux l'étudier, étudier le rythme, le rythme vraiment propre à être utilisé dans une musique moderne jeune. Et un jeune qui veut bien utiliser ce rythme-là, je le mets à sa disposition, je lui fais des arrangements et c'est un échange. Cette recherche consiste non seulement à permettre aux musiciens, eux, qui accordent de l'oreille, mais d'autre part aussi pour permettre à cet instrument, Nous avons aidé aux musiciens modernes d'utiliser ces instruments avec les instruments modernes, connaître son étendue, l'échelle de l'instrument.
23:28 Nous avons mis à partir de cet appareil qui a à la fois un métronome mais aussi un accordeur électronique.
25:14 oo La musique de tradition orale liée à l'improvisation est née dans la rue peut s'apprendre à l'école.
25:49 Le motif d'un instrument est un passage obligé comme une rivière à franchir avant de poursuivre son chemin. Les moyens utilisés pour passer l'obstacle ne changent en rien ni la direction ni la destination du voyageur.