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Question et problème
0:00 La sécurité, est-ce le conservatisme ou la révolution ? C'est simple comme ça. Mais alors si vraiment on devait choisir un lot de questions pour les élèves de terminal ou de licence ou d'agrégation d'ailleurs, puisque les enseignants de philosophie, à quelque niveau que ce soit, disent toujours que le plus important au début d'une dissertation, c'est de poser un problème. C'est-à-dire terminer l'introduction par un point d'interrogation, en gros, informellement. Mais attention, toute question n'est pas un problème. Quelle heure est-il ? Il y a un point d'interrogation. Ce n'est pas un problème, c'est une question. Comment t'appelles-tu ? C'est une question.
0:46 C'est un problème que pour Parsifal qui ne sait jamais quel prénom il a. Je dis ça parce qu'il répond au vieillard qui lui posait question. Au moins, dis-nous ton nom. J'en ai eu beaucoup, mais je ne me souviens d'aucun. Voilà. Comme ça dure cinq heures, je m'arrête là. Mais ici, on voit bien la différence. Daniel ne pose pas seulement une question, il pose véritablement un problème.
1:20 Intensément philosophique. Pourquoi ? Je vous réponds d'abord formellement. Ce qui distingue une question tout court d'une question problématique, c'est que la question problématique, à la question problématique, on ne peut pas répondre immédiatement par oui ou par non. Ça ne veut pas dire que je vais répondre à la Normande. Pardon pour la Normande. C'est-à-dire peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Je ne sais pas. Oui, en un sens, c'est la conservation, en un sens, c'est la révolution. Non, non. C'est le conservatisme.
La sécurité n'est pas un terme réactionnaire
1:53 En un autre sens, c'est la révolution. Non, non. Je vais répondre d'une manière plus engagée, plus impliquée. Mais je voudrais dire ici que la sécurité est un terme extrêmement riche. Allez, je plonge maintenant dans le contenu. Dans les débats sociétaux d'aujourd'hui, on pourrait penser que la sécurité est du côté, disons-le simplement, de la droite, du conservatisme.
2:23 Il n'y a qu'à voir, comme le besoin de sécurité revient d'une manière récurrente chez tous les réactionnaires, n'est-ce pas ? Est-ce que ça veut dire que la sécurité est un terme réactionnaire ? Ce serait une insulte incroyable et surtout un mépris et un cynisme à l'égard de ces milliers, et là, c'est des centaines de milliers de pauvres hères qui, avec des familles entières, traversent le désert, puis la Méditerranée, n'est-ce pas ? Et affrontent la plus terrible des insécurités, n'est-ce pas ?
2:55 Celles de ces embarcations au moins hasardeuses, pardon pour l'euphémisme, c'est plus tragique que ça. Qui va leur donner des leçons, ceux-là, d'affronter le danger ? Ce sera obscène, n'est-ce pas ? Donc, c'est là qu'on voit que la richesse, la conception hegelienne de moment, il y a un moment de la sécurité, qui est vital.
3:25 Et ce n'est pas, pour ceux qui disent que la liberté est au-dessus de la sécurité, il est facile de le répondre, et là, peu importe que la réponse vient d'un homme de droite ou de gauche, car elle est fondée, cette réponse qui consiste à dire, la première des libertés, c'est la sécurité. Lorsqu'une gazelle est face à une panthère qui est prête à lui sauter dessus, la fuite, c'est sa première liberté. C'est-à-dire la recherche de la sécurité par la fuite, de fuir le danger.
Justice sociale et sécurités élémentaires
3:57 C'est bien ça, la recherche de la sécurité, c'est fuir le danger. C'est la meilleure manière, pour l'instant, d'exercer ce qui lui reste de liberté, tant qu'elle l'a. Je vous rassure, d'ailleurs, c'est très souvent, n'est-ce pas ? Elle sème le prédateur. Il faut qu'il se reprenne à plusieurs fois. Voilà, donc, la question d'Anne est d'autant plus intéressante, n'est-ce pas, qu'on peut même renverser, n'est-ce pas ? Contredire ceux qui ont un usage réactionnaire de la sécurité et dire que si on insiste sur la nécessité d'une justice sociale et d'un progrès social, c'est pour assurer la sécurité à des millions de gens qui ne l'ont pas, qui n'ont ni la sécurité de l'alimentation, ni la sécurité de la santé, ni pour soi-même, pour ses enfants, pour ses proches, c'est quand même faramineux qu'au XXIe siècle et dans la cinquième puissance la plus riche du monde, nos hôpitaux sont dans l'état où ils sont actuellement.
5:00 Donc, lorsque le corps médical, les gens que je salue, les admirables agents hospitaliers, quels qu'ils soient, que ce soit de grands professeurs, de grands directeurs de services ou que ce soit des, comment on dit, des techniciens de surface, heureusement qu'ils sont là, dans tous les cas, ou des, comment on dit autrefois, des filles de salle, qui ont un spécial hommage qui feraient leur boulot à leur place, elles viennent au-devant de la sécurité la plus élémentaire, et cette sécurité est une libération pour celui à qui elle est octroyée, elle est accordée.
5:52 Voilà, donc merci beaucoup Daniel, on peut faire un usage réactionnaire de la notion de sécurité, c'est-à-dire réduire le collectif, la volonté générale, l'État. Je sais bien que ça fait râler les anars, enfin, je ne parle pas de l'appareil d'État au service du privé ici, ce qui caractérise l'État bourgeois, l'État capitaliste, un appareil d'État au service de cet ennemi de l'État qui est le privé, et c'est là où l'anar et le MEDEF ont une certaine complicité, leur acharnement, n'est-ce pas, contre l'intérêt général.
6:31 Pas tous, il y a une tradition anarchiste, compagnon de la classe ouvrière que je salue et avec laquelle je fraternise. Mais il y a un anarchiste de droite qui fait florès en ce moment. Donc, j'en profite pour souligner, à travers de la question de Daniel, qu'il ne faut pas laisser le monopole de la vraie sécurité, qui est inséparable précisément de la justice sociale et donc de l'égalité.
Contre la priorité de la liberté sur l'égalité
7:07 j'ai espacé un petit peu mes apparitions à la librairie Tropiques parce que, je vais dire, j'aime beaucoup, je respecte le professeur Bernard Bourgeois, qui a été mon directeur de recherche, donc j'ai toujours un petit réflexe de déférence vis-à-vis de quelqu'un qui a fait d'excellentes publications. Mais enfin, j'étais un peu fatigué d'entendre répéter incessamment que c'est bien joli l'égalité, mais enfin, c'est la liberté qui vient d'abord.
7:42 Quand on connaît la dialectique comme M. Bernard Bourgeois, on ne peut pas, on ne devrait pas se permettre de bafouer. Ce n'est pas la plus élémentaire dialectique qui montre que la liberté devient une forme vide, abstraite. La liberté du vide, une irréalité, lorsque elle n'est pas conjuguée avec le progrès de la justice sociale et donc avec l'égalité. Voilà ce que je réponds à Daniel Arias.
8:12 Non, non, je n'ai pas oublié la sécurité dans l'égalité et la justice. Au contraire, j'insiste et je répète, et je termine là-dessus, la réponse à cette question. L'exigence de justice sociale est en soi une exigence de sécurité élargie, non pas à quelques-uns, à une poignée de privilégiés, mais à l'ensemble du corps social, au moins les sécurités élémentaires que j'ai énumérées tout à l'heure. Merci.